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French Pages [340]

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Parlons psy Sans complexe ni lapsus
Du même auteur :
Le Marché du travail (Entreprise 1963) L'Intelligence (CAL/Denoël, Paris 1981)
Paris
moderne 1969,
d'édition,
Paris
2e édition,
Retz,
Participation à : Encyclopédie de la psychologie (Fernand Nathan, Paris 1972) La Psychologie moderne de À à Z (CAL/Denoël, Paris 1967) Sistemi avanzati di direzione del personale (Orga, Milan 1968) Psychologie sociale (Fernand Nathan, Paris 1972)
Films Adulte es-tu là ? (Images pour la formation, 1981) Quand deux États du Moi se rencontrent (Images pour la formation, 1982) S'exprimer (Images pour la formation 1984)
©
Hachette, 1986
Alain Sarton
PARLONS PSY SANS COMPLEXE NI LAPSUS Dessins de René Fouin
HACHETTE
Digitized by the Internet Archive in 2022 with funding from Kahle/Austin Foundation
https://archive.org/details/parlonspsysansco0000sart
Introduction Depuis quelque temps, chaque fois que je mettais le nez dehors, j'entendais des mots PSY : dans la rue, dans le métro, au restaurant. Quand je ne sortais pas, si j'écoutais la radio, c'était pire — même sur France Musique. Les magazines, n'en parlons pas. Pour me changer les idées, j'allais parfois à une réunion de ma Société de psychanalyse. En vain : là aussi, ça parlait PSY. Ce parasitage devenait obsessionnel, et pourtant je ne suis pas fou, c'est bien avec mes oreilles que je les entendais. Pour m'en remettre, j'ai appliqué le remède que je conseille parfois à mes clients : je me suis mis à écrire mon obsession. Ce qui suit est le résultat de ma décompensation.
J'ai collecté les mots pendant des mois, au fil de mes conversations
et de mes
lectures, souvent
en prétant une
oreille indiscrète à la table d'à côté. J'ai réuni, dans l'espoir de les faire se parler, des mots d'origine modeste, mais bien significatifs (pardon, signifiants) et des termes qui ont séjourné longtemps à l’université. Ces derniers, souvent pâlichons comme les bons élèves, je leur ai fait faire un peu de sport, sinon d'acrobaties, et j'ai eu la satisfaction de leur voir reprendre des couleurs, les couleurs de la vie. Ceci est donc un répertoire, pas un dictionnaire. Il n'y a pas tout, loin de là. Mais avec ce (ceux) qui y figure, on peut déjà comprendre mieux ce qu'on dit et ce que disent les autres, s'intéresser plus à eux et à soi. Car les choses de la psychologie sont à tout le monde, il suffit de les expliquer « comme tout le monde ». Les mots sont rangés dans l'ordre alphabétique. Pour les lecteurs à qui ce découpage créerait une angoisse de morcellement, j'ai regroupé les mots appartenant à certains grands thèmes dans des itinéraires.
Chaque itinéraire propose une randonnée à travers une région de la psychologie ou une région de la vie que la psychologie a explorée et où elle s'est acclimatée. Le long de l'itinéraire, les mots en gras servent de repère. Vous pouvez faire un détour par ceux qui vous intéressent et continuer dans le sens indiqué. Je m'attends à ce que des randonneurs à l'humeur buissonnière fassent la visite dans le désordre. Ceux qui souhaitent faire ainsi pourront s'autoriser de permission. Les autres chercheront en vain le mot discipline.
Répertoire des itinéraires On trouvera à
l'itinéraire
Animal AT. Bonheur Corps Enfant Folie Grand
animalier de l’Analyse Transactionnelle du bien-être au bonheur du corps de l’enfant de la folie et des grands troubles des grands hommes
Homme
de l’homme et de la femme
Je Normal Organisation Paradoxal Psychanalyse Psychologue Vie
je et les autres de l’homme normal de la psychologie des organisations paradoxal de la psychanalyse des professions en PSY de la vie
Ado. Adolescence. La sexualité est redécouverte...
T4Lee1
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A Abrégé de Adulte, l’un des États du Moi en Analyse Transactionnelle (voir ces mots).
AA Alcoholics Anonymus, célèbre association américaine au sein de laquelle les alcooliques se réunissent pour se soutenir mutuellement dans leur projet d’abstinence. A une maîtresse de maison trop empressée à mettre du whisky dans le coca : « Non merci, je suis aux AA. » Est aussi le sigle d’un non moins fameux automobile club anglais, mais ça n’a pas de rapport.
Abandon La plupart des êtres vivants ont besoin, pour leur survie, d’être assistés dans leur croissance un temps plus ou moins long par le ou les parents qui les ont mis au monde. Dans de nombreuses espèces, le bébé émet un signal sonore qui rappelle son existence à l’ancien qui a la charge de le nourrir et de le protéger. Chez les poussins, par exemple, ce bip-bip, qui est un cui-cui, est quasi ininterrompu. Au-delà d’une certaine durée d’attente, l’enfant meurt. Chez les humains, même devenus adultes, le vécu d'abandon est ce qui remplace la mort physique. Celui qui est en proie au sentiment d'abandon (dans la dépression notamment) mime les conséquences naturelles de la disparition du parent: raréfaction de la nourriture, confinement, apathie, menace extérieure.
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Abandonnique Personne est le mot clef de l’abandonnique : « Personne ne » (se rend compte, m'aide, m'aime). Corollaire: « Tout le monde... » (s’en fiche, ne pense qu’à soi, me laisse tomber). Réciproque : « D’ailleurs je...» (ne m'intéresse à rien, suis incapable d’aimer, n’existe pas). L’abandonnique se présente deux formes sous extrêmes : le chien-perdu-sans-collier qui affectionne les lieux où passent beaucoup de gens pressés (gares, entrées d’autoroutes), où « personne ne fait attention à lui » et, si quelqu'un s’arrête, c’est par hasard, ou pas pour le bon motif. L'autre, c’est le rassembleur : il crée des associations, il se fait mécène, il réunit des assem-
blées : il a ainsi la preuve qu’on s'intéresse à son projet, son argent, son pouvoir, pas à lui. « Remplissez-moi », dit l’abandonnique, mais le tonneau est percé. Il trouve suffisamment de gens qui se disent : « Enfin un tonneau vide, je vais pouvoir m'y installer tranquillement. » Ils y tombent la tête la première, essaient de s’accrocher, ne touchent pas le fond,
et se demandent ce qui leur arrive.
Abusif, Abusive Qui commet l’abus. Désigne le père ou la mère qui s’attachent à leur fille ou leur fils d’un amour exclusif, excessif ou trop possessif. Ce qui s’interprète techniquement comme une relation contre-œdipienne où c’est le parent qui investit érotiquement l’enfant — généralement de l’autre sexe — avec passage à l’acte ou non. Le nombre des pères abusifs est grand, mais le secret est
en général bien gardé. Au contraire, la mère abusive est une figure assez populaire, purifiée jusque dans ses excès par l’amour maternel. Ce n’est pas tâche facile d'entreprendre de devenir le partenaire d’un homme ou d’une femme qui ont eu une mère ou un père abusifs. Mais existe des parents non abusifs ?
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comment
savoir s’il
Accueil Desmond Morris fait remarquer que nous sommes une espèce où les salutations, que ce soit pour se quitter ou se retrouver, tiennent une place considérable. Il attribue ce phénomène à l’importance du départ à la chasse et du retour dans la tribu primitive. Encore aujourd’hui, celui qui revient du travail, de l’école, de voyage, s'attend à être accueilli. Dans la tribu primitive, c’étaient les mâles qui allaient chasser. Quand, dans la tribu d’aujourd’hui, c’est la femme qui va travailler au loin, il est fréquent qu’en vertu du patrimoine génétique ou de toute autre raison, l’homme ne sache pas l’accueillir quand elle revient et s’attende encore à être bichonné, bien qu’étant resté sur place. L'accueil comprend quatre phases principales : — montrer qu’on se dérange pour accueillir (s’interrompre dans ce qu’on est en train de faire, se lever, aller au-devant) ;
—
reconnaître à distance (sourire, faire des signaux, tendre les bras) ;
—
rencontrer (poignée de main, embrassade, claques sur l’épaule) ; — bichonner (prendre des nouvelles, commenter sur la mine, la coiffure, toucher ou arranger une mèche, s'emparer du parapluie, aider à ôter le manteau). Le dosage de chacune des étapes est fonction de l’intimité entre les partenaires et de la durée (ou distance) de la séparation. Dans la vie professionnelle, bien que les brochures et les hôtesses se multiplient, la cérémonie d’accueil a beaucoup perdu en chaleur et en inspiration. Cela fait pourtant chaud au cœur d’entrer en fête dans sa tribu ou dans une tribu amie. L'accueil primitif se retrouve presque intact chez les singes et les hommes politiques. Les huissiers de nos grandes administrations ne sont ni les uns ni les autres.
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Acte Chose agie. Le mot a eu son heure de gloire à l’ère de la France belliqueuse et coloniale : on voulait des actes (des démonstrations de pouvoir). Dans ce contexte, s’opposait à ce qui reste intérieur à la personne : la croyance, les (bonnes) intentions. On sera jugé « à ses actes ». S’opposait aussi à paroles, suspectes de ne modifier que les apparences. A trouvé des emplois secondaires, comme un général à la retraite, dans les expressions passage à l’Acte, Acte manqué : Voir-Ci-dessous.
Acte (passage à l) Casser la gueule à quelqu'un au lieu d’énoncer : « Monsieur, je ressens une certaine agressivité vis-à-vis de vous. » Le passage à l’acte consiste à agir la pulsion au lieu d’en prendre conscience et (si on est en analyse) de la dire. Avec un hooligan, on emploiera de préférence le terme anglais acting out : « No acting out, please. » Si la scène se passe dans le cabinet du psychanalyste, ce dernier ordonnera d’une voix sévère, en tamponnant sa lèvre meurtrie avec un kleenex : « Retournez immédiatement à votre place » (sur le divan). Pour éviter sans doute de s’exposer à ce genre de situation désagréable, la psychanalyse traditionnelle avait des mots très durs pour le passage à l’acte : « L’acting out est une caractéristique de la psychopathie
et des troubles de comportement » (Dictionnaire de la psychanalyse de Rycroft). Les nouvelles thérapies, se basant sur l’idée simple que les états d'avant là parole peuvent être atteints plus commodément sous forme non verbale, favorisent certains passages à l’acte tout en prenant soin d’éviter les dégâts : « Frappe, mais sur ce coussin. » Fort
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et fragile,
bienfaisant
et destructeur,
l’acte
est
l'enfant sauvage de la pulsion. cage : l’apprivoiser.
Ne pas le mettre en
Acte manqué Expression forgée par Freud pour désigner les petits événements de la vie quotidienne où notre prestation est prise en défaut, semble ne pas répondre à notre volonté ou à notre intention. Erreurs, oublis, gaffes, confusions de choses, dates, personnes, sont des actes
manqués. Freud s’est attaché à démontrer que les actes dits manqués étaient tout aussi réussis que les autres, mais répondaient à une autre intentionnalité qu’il attribuait à l’inconscient, comme si un personnage farceur, rusé ou cynique se mettait momentanément à agir à notre place. Quand :l revint de combattre le Minotaure, Thésée oublia de remplacer la voile noire de son embarcation par une blanche, signe convenu pour annoncer le succès de sa mission. Le roi, son père, qui guettait son retour, le croyant vaincu, se précipita dans les flots. Ce geste de désespoir permettait à Thésée, son légitime héritier, d'occuper le trône devenu vacant. Mais après tout, peut-être n’y avait-il dans l’acte manqué du fils aucun calcul et la voile noire signifiait-elle tout simplement qu'il faisait le deuil de sa jeunesse aventureuse. Comment faire bon usage de nos actes manqués ? 1. Ne pas se fâcher contre soi-même, même si nous avons
perdu nos clefs, raté le train, oublié notre
rendez-vous avec papa. 2. Partir du principe que, dans le fond, notre inconscient nous veut du bien. 3. Apprendre à faire la différence entre les cadeauxsurprise et les colis piégés de l’Agent secret.
Actif Qui fait (réagit) avant de sentir et de penser. Ayez toujours un actif à la maison. C’est pratique pour
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éplucher les pommes de terre, allumer le feu, couper le gaz, réparer les plombs.
Adaptation L'une des manières qu’a l’organisme vivant de traiter avec tout ce qui n’est pas lui : selon l’expérience qu'il en fait, il s'approche, s’écarte, laisse le passage, prend la place disponible. Pour survivre, il accepte de se détourner de son chemin et même de se modifier. Les humains, sauf naufragés ou en proie aux cataclysmes naturels, s'adaptent à une réalité déjà médiatisée par la vie sociale. Bon-mauvais est signalé par permis-défendu, approuvé-désapprouvé. L'autre manière de faire consiste à modifier le réel au lieu de modifier soi. Normalement, les deux processus alternent et se complètent. Les organismes et les sociétés qui se sclérosent ne font plus que s'adapter. L'adaptation est une qualité recherchée par les entreprises chez leurs futurs collaborateurs : « Il a une bonne capacité d'adaptation » est une appréciation mieux reçue que ne serait : « Il est capable de changer ce qui existe. »
Adapté Celui qui a pris racine, supporte le climat, est conforme aux normes, ne fait pas de vagues. « Enfant bien adapté au milieu scolaire » : le milieu a toujours raison et l’adapté ne lui donne pas tort. Celui-là a ses chances de devenir prof.
En AT, adapté est l’une des formes de l’État du Moi Enfant : celui qui pour être en accord avec parents et Parent (voir ce mot) met une sourdine à sa spontanéité, renonce à contester ce qui ne lui plaît pas, se donne pour objectif principal de faire plaisir « aux autres », d’être comme il faut et comme eux. Ce sont les adultes qui posent les règles (de politesse par exemple) ; l’enfant a tendance à croire que devenir adulte, c’est finir par se conformer à ces règles aussi pré-
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cisément que les adultes qu’il connaît. Ce que beaucoup de gens appellent « être adulte » est, en vérité, être l'enfant adapté d’une famille un peu plus grande que la famille d’origine. Quand ces ex-enfants ont eux-mêmes des enfants, ils sont étonnés et déçus que ceux-ci ne leur soient pas livrés tout-adaptés. Ils sont effrayés d’avoir mis au monde un petit monstre. Ils n’ont de cesse de faire du petit monstre une poupée de salon ou un chien savant : car c’est l’image qu'ils ont d’un bon enfant et d’un futur véritable adulte.
Ado Abrégé de adolescent. Les ados sont les jeunes gens ou grands enfants dont s’occupent d’autres jeunes gens ou grands enfants, ces derniers dénommés monos.
Adolescence L'âge en -teen dans la littérature américaine (de 13 à 19). Période de la vie qui va de l’enfance à l’âge adulte, ou encore de la puberté à la majorité légale. Parfois avec
enthousiasme,
le plus souvent
avec
angoisse,
le
garçon ou la fille qui entrent dans ce sas ont à découvrir ou définir par et pour eux-mêmes ce que c’est que « n'être plus un enfant » — ou « être un homme, être une femme ». La sexualité, en partie oubliée entre cinq et douze ans (période dite de latence), est redécouverte, souvent avec culpabilité. Les sentiments d'amour se désinvestissent des parents pour se poser sur des ami(e)s de même âge. Il est traditionnel de parler en termes de « crise » de l'adolescence. La rupture avec le noyau familial : « crise d'indépendance » ; la recherche
de soi : « crise
d'originalité juvénile » ; la mise en question des valeurs adultes : « révolte ». En toute justice, 50 % de la crise de l’adolescence est la crise des adultes face aux adolescents. Les parents sont profondément ébranlés de voir émerger une autre manière d’être adulte que la leur, tout
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en prétendant maintenir les règles antérieures du retour à la maison, des repas, des loisirs en commun.
Dans les
(rares) familles qui reconnaissent à l’adolescent le droit de poser de nouvelles règles, il n’y a tout simplement pas de crise. Les adultes qui n’ont pas eu droit à leur adolescence à l’âge ci-dessus défini peuvent encore la faire bien plus tard, jusques et y compris l’âge de la retraite : « Quand je serai veuf, je ferai mon adolescence. » Vous reconnaîtrez que vous entrez dans cette période de mutation à cinq signes qui ne trompent pas : — tomber amoureux plusieurs fois de suite, — écouter des jours entiers la 9e de Beethoven, — faire des randonnées solitaires à bicyclette, — tenir un journal secret, — manger la salade avec les doigts.
Adulte Age de la vie, en principe le plus long, entre jeunesse et vieillesse. L'image sociale est celle d’un individu autonome, responsable, productif. Dans les biographies, c’est la période de la maturité: ayant achevé sa propre construction, le grand homme peut se consacrer à ses œuvres. Il est évident que l’adulte est un homme. La femme passe directement de l’enfant à la mémé (« Mais toi, ma chérie, tu es exceptionnelle »). En AT, Adulte, avec un À majuscule, est l’un des États
du Moi, celui qui occupe la place centrale dans le PAE. Le bon vieux Moi de la deuxième topique lui laissait une place toute chaude, mais bien encombrée des mécanismes de défense, avec même de l’inconscient dans les
coins. Adulte a déblayé. Il a aussi travaillé l’étanchéité. Ce qui cloche chez Adulte, ce sont des infiltrations qui viennent de chez ses voisins P et E. Adulte fait venir un expert, bouche les fuites et repeint. Cela s’appelle « décontaminer ». A est devenu si propre, si transparent, qu’on finit par se demander qui est A. A est tout ce qui n’est ni E ni P. A
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n’a ni préjugés, ni a priori, ni sentiments. Il s’informe et traite l’information. Il ne répond qu'aux questions qu'on lui pose. Le désir vient de E, le jugement de P. A évalue en fonction de données actuelles, et réalise. Il est
notre agent de voyages : dites-lui où vous voulez aller, il organisera votre expédition dans les meilleures conditions, au meilleur prix, pour un coût énergétique modeste. Tout irait pour le mieux dans notre organisation intérieure si nous avions une image réellement adulte de notre Adulte et si nous le laissions faire son boulot correctement. Or, nos représentations de l’État Adulte viennent de l’époque où nous étions enfant et où nous composions un « adulte idéal » à partir des adultes réels que nous avions autour de nous. Il nous reste de cette époque des croyances non révisées telles que : « pour être un vrai adulte, il faut dire des choses importantes en parlant fort et en fronçant les sourcils » ; ou « quand on est adulte, on a tout l’argent qu’on veut, il suffit d’aller
le chercher à la banque » ; ou « être adulte, c’est avoir une petite dame à la maison qui fait le ménage et prépare les repas (à l’heure) » ; ou « devenir adulte, c’est apprendre à supporter les difficultés de la vie en gardant le sourire ». Dans la relation thérapeutique, le psychologue offre en principe un Adulte de secours à son client, celui même que chaque parent devrait offrir à son enfant réel, pour l'aider, comme disait le philosophe, à devenir ce qu'il est.
Affectif Qui ressent avant de penser ou d’agir. Hyper-affectif : qui ressent si fort qu’il n’est plus capa-
ble de penser ni d’agir. Avant d’insulter la femme-au-volant qui bloque le carrefour, faites l'hypothèse que vous avez peut-être affaire à une grande affective : souriez-lui.
Lo.
Agent secret L'Agent secret habite une cave dans l'inconscient. Il en sort de temps à autre, vêtu comme un citoyen ordinaire, pour mettre à exécution ses noirs desseins. Au moment où on s’aperçoit d’un sabotage, d’une fuite, d’une disparition, d’une trahison, il est déjà retourné dans sa tanière. Son action est clandestine, imprévisible et redoutable. L’Agent secret est la partie de moi-même qui me veut du mal. Selon les gens qu’il parasite, il fait du trafic de calories, ou de cigarettes, ou d’alcool, ou d’argent, ou
de sentiments. On n’a de chance de le neutraliser qu’au prix d’une véritable mobilisation des services de sécurité. Certaines stratégies thérapeutiques tentent, avec tous les risques que cela présente, de l’appâter pour le faire sortir de sa cachette et le capturer une bonne fois.
Agression Quand la poule mange un ver et quand nous mangeons la poule, c’est de la consommation. Quand un coq tue un autre coq, ou un citoyen un autre citoyen, c’est de la violence. Quand deux poules se disputent le même ver, deux voisins la même poule, ou deux automobilistes la même place de parking, c’est de l’agression. Lorenz a montré que l’agression est liée à la proximité et à la possibilité de communiquer. S’agressent : les frères, les cousins, les voisins, les animaux de la même
espèce. L’agression économise la violence en la remplaçant. Les deux adversaires font une parade symbolique qui suf-
fira normalement à les départager : ils enflent la voix, hérissent leurs poils et battent l’air de leurs mains. L’agression a sa place chaque fois que la dominance est
remise en question. C’est, en général, le dominant qui se plaint de l’agression de l’autre, ne la « comprend pas ». Faites l’expérience.
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Agressivité Apparaît, dès l’âge de 18 mois, chez l’enfant qui doit lutter pour son territoire. Ce qui est, au point de départ, un comportement de légitime défense peut se stabiliser en trait de caractère. L’agressif est prompt à déployer les signaux d’agression du patrimoine génétique. Regardez-le derrière son bureau : il gesticule, frappe du plat de la main, parle fort, foudroie du regard. L’agressif est un dominant. Quand il échoue à l’être, il se précipite dans la violence.
Allergie Réaction d’intolérance de l’organisme. Rhume
des foins, urticaire, eczéma,
asthme
sont des
allergies. Par extension, réaction de rejet (irraisonnée, épidermique) vis-à-vis de quelqu'un ou de quelque chose. Vous reconnaîtrez que vous êtes atteint à deux signes : 1. Le niveau de sensibilité : vous devenez vulnérable à des doses de plus en plus minimes de la substance qui vous agresse. Par exemple, jusque-là, vous ne supportiez pas qu’il laisse traîner ses vêtements partout ; maintenant, même un kleenex usagé sur la cheminée vous est insupportable. 2. L'extension des manifestations de rejet : elles concernent des zones de plus en plus étendues de votre être. Par exemple, sa manière de s’habiller choquait votre sens esthétique. Maintenant, son odeur vous écœure, ses manières à table vous cou-
pent l’appétit, le son de sa voix vous écorche les oreilles, ses élans vous glacent.. Il existe divers traitements, spécifiques ou généraux. Quand on le peut, la solution la plus simple consiste à éloigner l’agent perturbateur. Mais comment faire, si on aime son chat et qu’on ne supporte pas ses poils ?
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Alpha (onde) Nom donné à l’une des ondes caractéristiques des flux d'électricité émis par le cerveau. L’onde Alpha est produite dans un état de relâchement du tonus musculaire,
les yeux fermés. Elle procure une sensation de repos. Fleurissent de temps à autre des publicités qui célèbrent (à juste titre) les bienfaits de l’onde Alpha et vendent la méthode pour se la procurer. L’onde Alpha est comme l’onde, naturelle et à notre disposition.
Ambivalence Désigne des sentiments contraires concernant la même personne : « Je t’aime et je te déteste. » L’ambivalence se cache aussi dans notre rapport aux choses : « J’aime la pluie et elle m’agace. » La propension aux attachements ambivalents est à rattacher aux expériences primitives où l’un des parents est à la fois bon et mauvais pour l’enfant. Ce qui explique que, plus tard, les objets à la fois bons
et mauvais,
comme la cigarette ou l’alcoo!l, soient investis d’un attachement aussi fort. Les personnes sujettes à l’ambivalence ont une vie sentimentale agitée et conflictuelle, se privent de la paix intérieure que donne la certitude d’aimer les uns, de ne pas aimer les autres. Est utilisé improprement pour caractériser l'incertitude et l’hésitation : « Je me demande si je vais accepter cette invitation : je suis en pleine ambivalence. »
Amour Nul ne semble douter, quand la mère chatte surveille,
nourrit pleure Parmi elle, il
et lèche ses chatons, ou quand elle les cherche et s’ils lui sont enlevés, qu’elle aime ses petits. les petits, quand ils grandissent en liberté avec arrive que l’un d’entre eux, le plus timide, ou ie
boiteux, s'attache définitivement à la mère et ne cherche pas à s’en éloigner pour faire d’autres rencontres.
Les animaux et leurs petits nous proposent un modèle
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de comportement qui « ressemble » à ce que nous appelons amour : un attachement qui se manifeste par proximité,
protection,
demande
et
don
de
nourriture,
échange de messages (appels, cris, ronronnements), soins et caresses. Quand l’attachement est interrompu prématurément, les petits dépérissent et les parents donnent des signes d’affolement puis de souffrance et parfois de dépression. La vie sociale, chez les humains en tout cas, a surajouté au modèle biologique des contraintes et des formes qui obscurcissent, transforment et trahissent plus ou moins
le lien primitif. Le lien d’amour étant le lien individuel le plus fort, la société, gestionnaire du lien social, ne
pouvait que le concurrencer ou le détourner à son profit. Cela se produit aussi dans les sociétés animales. On ne sait quel « sentiment » ont les abeilles pour leur mère (reine). Ce qu’on sait, c’est qu’elles se battent et meurent pour elle si elle est menacée. La psychanalyse, et à quelque degré la psychologie moderne, sont restées tributaires de l’expérience individuelle, non pas de Freud, mais de Sigmund. Il avait un vieux père et une jeune mère. Ses commentaires laissent à penser qu’il n’a jamais douté d’être « le préféré » de celle-ci. Plus tard, il a épousé la jeune fille dont il était amoureux. L'amour n’a pas fait problème pour lui, mais le désir, et tout un aspect de son œuvre représente une tentative, parfois compliquée, pour libérer (sublimer) l'amour des péripéties du désir. Cette équation se retrouve dans sa conception même de la relation entre le thérapeute et le patient : acceptation de la relation d’amour (dite transfert) et non-satisfaction (frustration) du désir. La tendance des thérapies nouvelles est d'approcher l'amour d’une manière plus simple, moins analytique, moins conceptuelle. L'histoire d’une relation un tant soit peu significative pour un adulte, que ce soit au travail ou dans sa vie privée, peut se lire comme une histoire d'amour. En cela, elle est une réédition de sa plus ancienne histoire d'amour, dans la démarche et dans les
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sentiments. Revivre l’ancien peut être une étape nécessaire pour vivre autrement le nouveau.
Amoureux (états) Impression d’être transformé par l’existence d’une autre personne : on se sent comme un être nouveau, rajeuni, ressuscité ; on voit le monde avec un œil neuf. Les apparitions et les disparitions de la personne en question deviennent les événements essentiels qui rythment la vie comme l’alternance de jour et de nuit. L'état amoureux nous fait revivre les joies et les émois de la toute première relation d’objet, de la première fois où nous sommes nés à une autre personne : la nouveauté absolue. Selon les latitudes et les saisons, l’état amoureux amène des aubes émouvantes, des soleils brûlants, de lents cré-
puscules, des nuits interminables.
Anal Qui concerne l’anus. Nom donné par Freud à l’un des stades de l’évolution de la libido, celui qui suit le stade oral, c’est logique. Au stade anal, l’enfant découvre le plaisir que lui procure la rétention de l’expulsion de son caca. Comme, en plus, les adultes se mettent à y attacher une grande importance, dans un sens ou dans l’autre, le pouvoir que cela lui donne devient coextensif à la jouissance. Si les adultes entreprennent de l’en priver, il s’y cramponne, ce qu’on appelle fixation. La personnalité dite anale privilégie la rétention. Retenir est la garantie de son pouvoir, l’anticipation d’une jouissance toujours reculée. La règle analytique demande au patient de dire sans rien retenir. L’analyste fait (ses interprétations) quand il le juge opportun. Tiens, tiens.
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Analysant (Mieux que analysé) : celui qui est sur le divan (qui associe, qui paye).
Analyse Abrégé de psychanalyse (voir ce mot). Désigne la cure psychanalytique. Trois missions ont été assignées par Freud à la cure : 1. Restituer une partie de l'inconscient au moi conscient (interprétation). 2; Pour ce faire, surmonter les résistances (analyse proprement dite). :e En s’appuyant dans cette double tâche sur le transfert (manipulation du transfert). Les effets escomptés sont : 14. Libération de l’énergie qui devient disponible pour de nouveaux investissements.
2 Renforcement du moi. 3. Diminution des conflits intra-psychiques, en particulier apaisement des vieilles luttes entre le surmoi che ca Une analyse peut durer des années, à raison d’une à quatre séances (50 mn environ) par semaine. Comme d’autres jouent au tennis tous les mardis de 5 à
7, n'hésitez pas à vous retirer d’une réunion qui traîne en disant : « Excusez-moi, j'ai ma séance.» Si vous pouvez, restez écouter les commentaires derrière la porte : cette fois-là, l’analyste ce sera vous.
Analyse transactionnelle Voir A.T.
Analyste Qui fait profession de psychanalyse. Est souvent médecin, psychiatre ou psychologue de formation, mais cela ne suffit pas. Il doit s’être soumis à
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une analyse (dite didactique) et être reconnu par ses pairs, c’est-à-dire reçu membre d’une Société de psychanalyse. Est un homme (même si le mot peut choquer) qui s’astreint à une grande régularité dans son emploi du temps et ponctualité dans ses rendez-vous. Traditionnellement, respecte aussi une certaine réserve et confidentialité. Certains ont craqué devant l’appel des médias, ce qui permet maintenant des rencontres de mots paradoxales telles que «je suis allé voir un analyste en renom » ou « si tu regardes la télé mercredi soir, tu verras quelle tête a mon analyste ». Dans le contexte du dispositif analytique, est celui qui est assis derrière le divan (qui interprète, qui est payé).
Anamnese Remonter le cours de la mémoire. Ne pas confondre avec biographie, historique du cas, antécédents. L’anamnèse va d’aval en amont comme dans la chanson, toi à 40 ans, à 36, à 32... à 12, à 8, à 2. Ainsi apparaît la continuité des images et des états affectifs au lieu de l’enchaînement rationnel des causes et des effets. Une vraie anamnèse, dans l’émotion de la rencontre avec soi, fait pleurer. « Un jour, je pousserai ma barque dans le lit de ta mémoire et je ferai ton anamnèse. »
Angoisse État de malaise qui s'accompagne d’une crainte diffuse. Les familiers de l’angoisse savent la localiser, le long du sternum,
entre
la glotte et le plexus
« leur boule ». On a longtemps l'effet d’un conflit rant des thérapies explication plus
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solaire;
ils ont
tenté d’expliquer l’angoisse comme intra-psychique. A la faveur du couémotionnelles, on a maintenant une simple : l’angoisse serait le retour
d’une peur ancienne, datant d’avant la mémoire consciente, ce qui la rend d’autant plus inquiétante qu’elle paraît venir de nulle part.
Angoisser Être pris d'inquiétude pour une raison cachée face à une cause bien identifiée : classer ses papiers ou ranger la vaisselle sale. « J’angoisse, c’est idiot » — mais comment désangoisser? a) Trouver la situation d’enfance avec laquelle celle-ci a une vague ressemblance : « C’est un peu comme quand... (je traînais pour faire mes devoirs, je ne voulais pas ranger ma chambre). » b) Évoquer les ennuis qui en résultaient autrefois : «… et je finissais par (me faire engueuler, être privé de dessert) ». Une difficulté est que la menace contenue dans les états d’angoisse paralyse aussi la mémoire.
Animal L'objet de la psychologie est le comportement (voir ce mot). Parmi les animaux, l’homme et, parmi les hommes, le psychologue, se sont employés à faire une théorie du comportement valable pour tous les autres,
c’est-à-dire même ceux qui ne sont ni psychologues ni hommes. L'ensemble que nous venons de désigner ainsi est très vaste, puisqu'il inclut des millions d’espèces. L'homme de science est obligé, même à son corps défendant, de simplifier. En psychologie, une règle non écrite est que ce qui a été vérifié à la fois sur le rat blanc et sur l’homme blanc est universellement valable. Les musées, comme les zoos, sont faits pour préserver ce qui est rare ou en voie de disparition. Nous avons rassemblé dans notre musée-zoo quelques témoins à la notoriété incontestable.
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ITINÉRAIRE ANIMALIER (visite au musée-z00 de la psychologie) C'est un vaste bâtiment, de forme indéfinissable. Nous pénétrons dans le hall. Au centre, dans une vitrine, un vieux chien naturalisé. On peut lire chien de Pavlov*. Vous l'auriez reconnu à sa fistule, mais il y a bien longtemps qu'elle ne coule plus. Les héritiers d'un ancêtre aussi glorieux, devenus trop encombrants, ont été radiés du parti de la science et ne sont plus employés au laboratoire. Juste en face, sous une cloche, un volatile empaillé : pigeon de Skinner. La notice fait observer que le mammifère regarde vers l’est, l'oiseau vers l'ouest, et qu'ils se tournent le dos, le pigeon ayant la sale habitude de picorer dans les plates-bandes de son illustre prédécesseur. À ce moment, deux joyeux personnages traversent la salle en se donnant de grandes tapes dans le dos et vont s'acheter une boisson au distributeur automatique. Ils fouillent dans leur slip et dans celui de l’autre pour y trouver des jetons. Un examen plus attentif nous révèle que l’un est un psychologue, représentant tardif de l'Homo sapiens, l’autre un grand singe anthropoïde, et que chacun des deux imite les gestes de l’autre parce qu'il croit que c'est la bonne manière de communiquer avec lui. Malgré l'avertissement « expérimentation en cours », nous pénétrons dans une pièce latérale. Un homme joue au rat (comme on dirait jouer au train) en faisant courir les petites mécaniques sur des passerelles qu'il appelle labyrinthe. Quand le rat arrive à une * On trouvera à leur place alphabétique la définition des mots en gras.
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gare, il reçoit tantôt une boulette de viande, tantôt une décharge. L'homme ne joue pas de la flûte, mais prend activement des notes. Ils sont blancs, l’un à cause de sa blouse, les autres de leurs poils. Ni les uns ni les autres ne s'intéressent à la ville ou aux champs : ce sont des bêtes de laboratoire qui travaillent à l'avancement de la science. On nous emmènera alors dans une autre aile du bâtiment où l'obscurité se fera peu à peu, seulement traversée de lueurs et de cris primitifs reconstitués au synthétiseur. L'espace se peuple d'êtres hybrides : une gueule de loup, un corps de serpent, une queue de rat. Vous éprouvez un mélange de jouissance et de terreur. Une voix annonce : « Vous êtes ici dans l’espace imaginaire, peuplé d'animaux : on vous expliquera plus tard. » Quand on vous reconduit à la sortie, vous demandez timidement : « Et la petite oie grise?» On vous répondra avec sévérité : « Les tenants de l'éthologie, ceux qui ont le projet fou d'observer en liberté les animaux, ont refusé de s'associer à la construction de notre musée. Entre nous, leurs histoires d'amour avec des animaux réels, ce n'est pas très sérieux. Mais si c'est cela que vous cherchez, il ne manque pas de chats et de chiens ordinaires. »
Anti-psychiatrie Mouvement de contestation de la psychiatrie. A une présentation de malades, dans un hôpital psychiatrique, un patient crie avec véhémence : « Quel est votre nom ? Qu'est-ce qu'il ferme ? Il ferme les yeux. Qu'est-ce qu'il entend? Il ne comprend pas. Comment ? Qui ? Où ? Quand ? Que veut-il dire ? Quandje lui dis de regarder, il ne regarde pas comme il faut. Vous, là, regardez! Qu'est-ce que c'est ? Attendez! Il n'attend pas.
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Je vous demande ce qu'il y a. Pourquoi ne répondez-vous pas ? Vous allez de nouveau être insolent ? Je vais vous montrer ! Vous ne voulez pas faire la putain pour moi ? Ne faites pas le malin : vous êtes un insolent et un voyou. Il recommence ? Vous ne comprenez rien. Il ne comprend rien du tout. » La conclusion du psychiatre qui présente le cas est que « les propos du patient n’ont été qu’une suite de phrases incohérentes, sans aucun rapport avec la situation » (exemple cité par Laing). L’anti-psychiatrie (comme pourrait le faire un non-psychiatre tout simplement) fera observer que ce malade exprime, certes dans un certain désordre : 1. Les questions dont on l’assaille ; 2. Les commentaires et reproches que lui font médecins, infirmiers, gens de son entourage ; 3. Son propre rejet de la situation où il est le cobaye (il refuse de « faire la putain »). Quelques affirmations de l’anti-psychiatrie : — La folie n’est pas une maladie, mais une manière de refuser la réalité ambiante. — Les propos que tient le fou ne sont pas dénués de sens, mais ont une rationalité, une cohérence différente de ceux des gens normaux.
— La société n’enferme pas le fou pour le guérir, mais pour s’en protéger ; fréquemment, le « traitement » qu'on lui applique aggrave son cas.
Appât Voir bite
Approche Manière d’aller vers. L’attraction exercée par l’objet du désir croît d’une manière linéaire en fonction de la proximité. Cette loi a été établie expérimentalement sous le nom de gradient d'approche. Sa traduction en littérature donne quelque chose comme : « Quand il la vit, il se mit à marcher len-
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tement vers elle, puis son pas s’accéléra, enfin il se mit à courir et se jeta dans ses bras. » Quand les contrôleurs aériens font la grève du zèle, les avions tournent en rond au lieu de se poser. La même chose nous arrive quand le contrôle prend le pas sur la pulsion.
Archaïque Ancien. Tout ce qui remue le terrain (fouilles, travaux neufs, ou
simple labour) peut faire surgir du matériel archaïque. On datera l’archaïque par ce qui le suit : — d’avant la naissance (vie intra-utérine), — d’avant la parole (pré-verbal), — d’avant l’organisation du moi (pré-moïque).
Argent La psychanalyse a popularisé l’idée que l’argent, c’est du caca : ça sent mauvais, ça attire les parasites, et il y a des endroits où on peut s’en débarrasser moyennant un modeste pourboire dans tous les lieux publics. Bon — ça n’épuise quand même pas le sujet. L'argent est un signe, une abstraction, une sorte d’équivalent universel facilitant les choix et les échanges. En parallèle avec cette vision Adulte, nous gardons au sujet de l’argent des croyances, des craintes ou des espérances indestructibles qui viennent de notre enfance. Nous trouvons normal de payer comptant le juste prix quand nous allons acheter du pain et de la viande — et tout à coup, nous prenons notre banque, l’entreprise où nous travaillons, le PMU, ou la poche de nos amis, pour le cloaque primitif, le bas de laine de maman ou la caverne d’Ali Baba. Et puis il y a les grands obsédés de l’argent. Leur maladie, bipolaire comme la plupart des troubles mentaux, consiste pour les uns à creuser des trous, pour les autres à faire des tas. On voit déjà ces deux catégories d’enfants sur les plages : ils jouent au
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sable avec acharnement et n’ont pas le temps de s’intéresser à autre chose.
Assertiveness D'importation américaine récente : capacité à s’affirmer. Mesurez votre quotient personnel d’assertiveness en dénombrant pendant une journée le nombre de questions auxquelles vous avez répondu par oui ou non rapporté au nombre de réponses courtoises, évasives, incertaines, nuancées, interrogatives que vous avez faites.
Un principe d’assertiveness : qui ne sait pas dire NON ne sait pas non plus dire OUI.
Association (libre) Les mots et les idées s’ordonnent selon des configurations qui permettent, comme les grains de limaille pour le courant électrique, de déceler le champ magnétique de celui qui les produit. Freud en avait fait la règle de base de production du matériel soumis à l’analyse. Jung avait systématisé la méthode pour en faire un détecteur de complexes. Berne a pensé réhabiliter l’introspection — l’Adulte est capable de lire en soi et de se comprendre — face à l’association, jugée passive et rebondante.
Assumer Prendre sur soi. Reconnaître sa responsabilité. Familier : payer l’addition. S’assumer : reconnaître qu’on est ce qu’on est. Comme tout le monde n’a pas le privilège de recevoir en tribut son propre pesant d’or, s’assumer vire souvent à
reconnaître qu'on n'est que ce qu'on est : « Je suis gros, pas bien riche et déjà vieux. » Qui s’assume de cette manière est un maso scrupuleux qui, à force de comp-
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ter, dépense de moins en moins : « Cesse de t’assumer, vis. »
AT. Analyse transactionnelle. En anglais, T.A. (Transactional Analysis). À partir, comme
le nom le dit, de l’analyse transaction-
nelle imaginée par Berne, est devenu un corps de doctrine qui tente d’expliquer l’ensemble de notre vie individuelle et sociale. On attribue souvent l’invention de l’A.T. au dépit de Berne de n’avoir pas été accepté comme membre d’une société de psychanalyse. En termes d’A.T., son Enfant a pensé quelque chose comme : « Puisque c’est ainsi, je ferai ma propre société, ma propre analyse, et je leur montrerai de quoi je suis capable. » Son Adulte s’est mis au boulot. Son Parent a trouvé que c'était bien et même que ça pouvait être utile. L’A.T. est sans doute aujourd’hui la théorie psychologique la plus répandue et la plus appliquée dans le monde entier. Ses Associations comptent le plus grand nombre de psychologues et d’apprentis psychologues. Elle a été adoptée par beaucoup de grandes entreprises comme étant leur doctrine officielle des relations humaines.
ITINÉRAIRE DE L'A.T. On rencontrera souvent l’A.T. au détour d'un mot. Pour une visite organisée : On commencera par saluer l'inventeur, Berne. On abordera États du Moi dans leurs trois formes : Parent, Adulte, Enfant, puis réunis en un seul sigle :
PAE. On sera alors prêt à visiter transaction. A partir de là, on peut s'égayer dans le parc d'activi33
tés de la vie selon l'A.T. — petites ou grandes, ce n'est qu'une question d'échelle : passe-temps, jeu, contrat, injonction, imposition, décision. On débouchera sur le (triangle de) Karpman : on contemplera son architecture austère avec sauveur, persécuteur, victime. On pourra alors lever les yeux vers scénario, clef de voûte de l'édifice. Pour finir, on se stroker(a) avec un stroke bien mérité en s'accordant caresse ou n'importe quel autre mot de bon augure. L'accompagnateur (pour ne pas se faire oublier) vous fait un dernier clin d'œil à humour.
Attachement Les êtres vivants sont extraordinairement liés les uns aux autres. Par différenciation progressive, ou à la suite d’une simple rencontre de hasard, un autre être vivant,
de la même espèce ou pas, devient indispensable à la survie du premier : « Je ne peux pas vivre sans toi. » Dans certains couples, quand l’un meurt l’autre suit, même s’ils passaient leur temps à chicaner. Il arrive que des êtres inanimés, et parfois immatériels, soient investis de cette propriété : un lieu, une potiche chinoise, une croyance. Le désattachement est déchirement et, à l’intérieur de soi, déchirure.
Atteint Se dit de qui vient d’être touché par le virus de l’épidémie ambiante. Les collectivités favorisent la propagation rapide des microbes, des idées et des comportements. On reconnaît le type qui vient d’entrer (et n’est donc pas encore atteint) à ce qu’il s’exclame : « Mais ils sont tous fous là-dedans. » Cela peut même arriver à un malade (ou un médecin) récemment admis (ou nommé) dans un hôpital psychiatrique.
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Authenticité Qualité essentielle au thérapeute, selon Rogers. Aptitude à reconnaître ses propres sentiments et à les communiquer à autrui. Observez au fil des échanges les signes de non-authenticité : « Je te dis ça, c’est pas une critique. » « Agressif, moi ? Franc, tout simplement. » « À quoi tu penses ? — A rien. » « Tu m'aimes ? — Voyons, mon chou, tu sais bien que je t’adore. » On reconnaîtra que l’authenticité est le fruit d’un travail (voir ce mot). Il ne suffit pas de prononcer le mot et il est hasardeux, voire frauduleux, de se l’attribuer à soi-
même : «Je suis un authentique homme de gauche (paysan, penseur, alsacien, militant, disciple de Freud, patron chrétien...) ».
Autisme Repli sur soi, impossibilité ou refus de communiquer. On parlera d’un «enfant autistique », plus moderne que « schizophrénique » et que (ancien) « dément précoce ». Nous pouvons avoir un aperçu du vécu de l’autisme quand sous l’effet d’un choc physique ou moral le monde qui nous entoure se trouve tout à coup dépouillé de ses significations habituelles. Il arrive qu’une image, un mot, occupe alors tout l’espace mental.
Autonome Qui se gouverne selon ses propres lois. Est surtout utilisé au futur : « Un jour, je deviendrai autonome », non pas tant pour définir un projet de gouvernement que pour exprimer le vœu de ne plus être tributaire des subventions de son époux, de l’opinion de ses amis, des décrets de son patron. En attendant la proclamation de l’indépendance, l’autonomiste forme à l’intérieur de soi un groupuscule révo-
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lutionnaire directe.
qui, de temps
à autre,
passe
à l’action
Autorité Aptitude à donner des ordres de telle manière qu'ils soient respectés. L'autorité est liée à un pouvoir ; ses sources sont donc diverses. Il y a confrontation ou conflit quand deux personnes puisant leur pouvoir à des sources différentes (appartenant donc à deux hiérarchies distinctes de dominance) se rencontrent. L'autorité primitive est liée aux schémas biologiques d’appropriation, de défense du territoire et de manifestations efficaces d’agressivité. Plus un groupe social est lui-même dominant par rapport à d’autres, plus l’autorité y est valorisée. Les dominants cooptent des dominants (ce qui ne manque pas de générer ensuite des rivalités et des règlements de comptes). Ce sont les dominants qui ont inventé le concept d’autorité naturelle, manière de déclarer leur avantage incontestable et définitif. Rien ne prouve que l'autorité soit innée ; ce qui est sûr, c’est que les patterns d’autorité se différencient très tôt chez le jeune enfant, entre douze et dix-huit mois, en fonction de ses interac-
tions avec ses parents et de sa position dans la famille. Les aînés absolus ou les aînés relatifs (l’aîné des garçons, l’aînée des filles) sont fréquemment des dominants. | Dans
les organisations,
toutes
sortes d'avantages
sont
attachés à la dominance et à la hiérarchie qui en résulte : salaire, surface de bureaux, moquettes, places de parking, secrétaires, titres. Du haut vers le bas, on
sera discret sur ce chapitre et l’on parlera plutôt de pouvoir de décision ou, plus vaguement encore, de responsabilités. Du bas vers le haut, le mot est décliné abondam-
ment, de préférence dans les couloirs et à la cantine
pour que les courants autoritarisme, autocrate.
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d’air l’emportent : autoritaire,
Autres (les) Un individu peut citer jusqu’à vingt personnes qui lui sont proches (dont quelques intimes). Jusqu'à deux cents personnes qu’il connaît. Mais les autres, dirait-on, est une notion qui n’a pas forcément de rapport avec des personnes réellement existantes. Le même individu déclarera : « J’ai du mal à aller vers les autres ; quand
les autres important eux, ils ne en faisant sa relation
sont importants pour moi, je ne suis pas pour eux et quand je deviens important pour sont plus importants pour moi. » On l’aidera observer avec gravité « qu’il cherche à définir d’objet fondamentale ».
Avaler Déglutir. Au figuré : encaisser, choir par-dessus. Les grands rancuniers lés) accumulent ainsi cracherai ce qu’il m'a
ne pas riposter, mettre son mou(techniquement, agressifs refoudes munitions : « Un jour, je lui fait avaler. »
Avoir (se faire) Être victime. On fera preuve de lucidité en reconnaissant qu’on s’est (encore) fait avoir par (ses patterns, son scénario, sa mégalo) plutôt que par (son patron, sa femme, un vendeur d’encyclopédies à domicile).
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Beauté. Il ne prend pas la Vénus de Milo dans ses bras...
Beaute Manière d’exprimer une certaine relation d’un sujet à un objet. Le sujet éprouve une sorte de transe, un élan interrompu dans sa trajectoire. Il ne prend pas la Vénus de Milo dans ses bras, il la regarde. L’action se change en contemplation. C’est de lui qu’on devrait dire : « Les bras lui en tombent. » Il arrive au psychologue d’éprouver cette expérience au cours de son travail thérapeutique : quelqu'un dont il était habitué à voir le corps alourdi, les traits déformés par les tensions, le front plissé par le souci et, tout à coup, une autre unité se fait, imprévue, fragile, qu'il n’a plus qu’à regarder. Il sait alors que la personne qui est là est en train de faire éclater sa peau usée. Il sait aussi que cette même personne à ce même
moment
éprouve
cette expérience de l’intérieur, se sent neuve comme un bébé dans un chou un matin de soleil. Une condition pour voir la beauté : regarder. Une condition pour être regardé en beauté : se donner à voir. Que ces conditions ne soient pas très différentes de celles de l’amour est une chance pour la beauté.
Bénéfice Profit que l’on retire d’une opération. En anglais, pay
off.
Une fois posé le principe que dans l’économie psychique, comme dans l’autre, le mobile le plus général de l’action est le profit, les experts ont été amenés à se pencher sur le cas des opérations non bénéficiaires, voire déficitaires, et, bien sûr, ils se sont aperçus qu'il y avait
de la magouille. C’est ainsi qu’a d’abord été percé à jour le symptôme, taxé d’un double bénéfice, primaire par sa fonction symbolique (le halètement de l’asthmatique :
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« Voyons, dans quelle autre circonstance avez-vous l'impression de perdre votre souffle ?») et secondaire par son effet bien réel sur l’entourage du malade (« Ne me contrariez pas, je sens venir ma crise »). Après le symptôme, l’enquête a touché toutes sortes de transactions, des plus anodines (« Oui, mais. ») ou soi-disant de bienfaisance (« Moi qui voulais seulement te rendre service ») : tout y est passé; on recherchera le bénéfice de la gaffe, de la scène
de ménage,
de la mauvaise
humeur, de la bonne action. Pas bien joli, tout ça. Pas étonnant que les gens normaux se sentent, en présence du psychologue, comme un honnête citoyen devant un inspecteur des impôts.
Berne Erik. Psychiatre américain inventeur de l’Analyse Transactionnelle et fondateur du premier institut d'Analyse Transactionnelle, celui de San Francisco.
Sa mère écrivait, son père soignait, il fit les deux. Comme Freud, à qui il se comparait secrètement, a fait plusieurs tentatives, avant sa grande découverte, pour accéder à la gloire. Mort d’une crise cardiaque exactement au même âge que sa mère, il n’en a connu que le début. Intelligence foisonnante, esprit caustique, cela l’amusait plus de créer des concepts, et de faire joujou avec, que d'approfondir et d’unifier sa doctrine comme le fit le père de la psychanalyse. D’autres s’en chargent depuis.
Bidon Récipient de peu de valeur qu’on peut remplir avec n'importe quoi. On met couramment du vin dans un bidon à eau et de l’essence dans un bidon à huile. Par analogie, désigne une personne habile à simuler n'importe quel symptôme ou émotion parce que « ça fait bien ». La même personne, quand elle est en panne de phénomènes intéressants, va voir un autre psy pour se faire remplir. Le praticien, sensible à la résonance
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que fait ce creux, posera un diagnostic d’abandonnisme narcissique. Le non-praticien, plus elliptique : « Son truc, c’est bidon.
»
.
Bio Abrégé de bio-énergie. Ensemble de techniques dérivées des idées de Reich, revues et peu corrigées par Lowen. Voie d’accès au monde intérieur qui utilise comme point de passage l’accentuation des tensions musculaires. Est une forme de torture douce appliquée à nos agents clandestins. Après un quart d’heure, et plus s’il le faut, allongé sur le dos, jambes en l’air, plantes des pieds parallèles au plafond, vous vous mettez à trembler par rafales, signe que l’énergie circule à travers vos branches, et vous passez aux aveux. On n’est pas un vrai militant si on n’est pas passé par là. Vous entendrez dire : « J’ai fait un peu de bio. » Car on est courageux avec ces choses-là, pas téméraire.
Bite (Prononcer baïte.) Appât, en anglais. Ce qui fait que le poisson mord à l’hameçon. Choisir le ver ou la mouche est tout l’art du pêcheur. Argent : « le truc qui peut rapporter gros ». Régime : « deux kilos en une semaine sans se fatiguer ». Relations : « un type formidable ». Affaires : « une petite société très juteuse à reprendre ». Cœur : « cette blonde à qui ton mari a parlé toute la soifée En Analyse Transactionnelle, coup d’envoi d’un passetemps ou d’un jeu (voir ces mots). Le raseur : celui qui ne peut se retenir de manger gloutonnement son appât préféré. Ça en dégoûte les autres.
Désillusion : « je ne mords plus à ton bite » (prononcer correctement).
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Blocage Si le cerveau crampe.
était un
muscle,
Devant ma feuille, mon
le blocage
serait
sa
chef, ma petite amie,
« j'ai eu un blocage ». Sert d’explication (vague) et d’excuse (qui ne trompe personne) à toute conduite d’échec ou d’impuissance. Tentez un petit massage du genre : « Si ton blocage se mettait à parler, il dirait quoi ? » Techniquement, impasse (voir ce mot).
Bonheur La conscience, c’est bien. La satisfaction, c’est agréable.
La liberté intérieure, c’est mieux. L’illumination, je suis pas contre. Moi, si j'étais grand, je chercherais comment faire pour rendre les gens heureux, au fond y’a qu’ ça qui les intéresse vraiment. Pour cela, et bien que l’idée ne soit pas tout à fait nouvelle, j'irais voir du côté de leur enfance : quels bonheurs ils ont eus, quels bonheurs leur ont manqué, quelle idée ils se sont faite du bonheur à ce moment-là. Je regarderais, depuis, sur lesquels de ces bonheurs ils ont mis des croix. Après cela, je considérerais avec eux l’éventualité d’ôter les croix qu'ils ont mises et, s’ils sont d’accord, j’apporterais ma boîte à outils spéciaux pour défaire les croix. Chaque fois qu’on aurait Ôté une croix, on s’embrasserait. Tiens, ça pourrait être un métier rudement chouette.
ITINÉRAIRE DU BIEN-ÊTRE AU BONHEUR Vous croyez rêver ? Vous pensez être déjà au ciel ? ou dans une de ces vallées de l'Himalaya qui s'en approchent ? Allons, allons, il y en a partout chez nous de ces val44
lées heureuses et même les talus des bords de route sont couverts de fleurs sauvages. Le moyen de transport est certes archaïque, mais il a Jait ses preuves : c'est le corps. Enveloppez-le d’une matière confortable et naturelle, la peau, et, pour la marche, donnez-lui des pompes dans lesquelles il soit bien. Choisissez encore l'itinéraire, celui de la vie, et aux
carrefours, préférez la voie oblique, la troisième. De temps à autre, asseyez-vous au bord du chemin pour vous remettre en question, et, si vous estimez vous être Jfourvoyé, re-décidez. D'autres pèlerins empruntent la même route. Soyez ouvert à la rencontre (avant de toucher, vous aurez fait du contact oculaire), et peut-être vous accorderezvous une halte pour passer avec l’un ou l’autre un moment fusionnel, ou vous laisser glisser dans un état amoureux. Vous avez plaisir à faire. Vous êtes, dans le travail, laborieux comme la fourmi. Prévoyant comme elle, vous investissez et vous vous impliquez dans vos investissements. À d'autres moments, insouciant comme la cigale, vous accueillez la joie, la danse et la beauté. Bonheur n'est pas le but, ou la fin du voyage. C'est une manière de voyager.
Boufje Nourriture avec une nuance de dévalorisation. « J'en ai marre de faire la bouffe », expression à double sens. Celle qui fait la bouffe est aussi la bouffe. La bouffe a un arrière-goût de « mauvaise mère » ; la nourriture porte une menace de destruction pour celui qu’elle attire. La sorcière dit : « Mange ma pomme, regarde comme elle est belle. »
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Boufjer Littéralement : gonfler. Beaucoup d'hommes s’accusent de « trop bouffer » (les femmes se plaignent seulement de kilos en trop).
Boulimie Littéralement : une faim de bœuf. Compulsion à ingérer de la nourriture. Dans le cycle complet de l’accès de boulimie, le sujet (souvent une femme) après s’être rempli, se vide en vomissant; après avoir vidé le frigo, il remplit la cuvette. Les nourritures préférées du boulimique sont molles, pré-mâchées : purée, gâteaux, fruits, laitages. La boulimie est clandestine : c’est un mélange de plaisir et de souffrance chargé de culpabilité dans une relation fantasmatique et archaïque à la mère : la boulimie consomme aussi beaucoup de mots psy.
Brainstorming Quand Victor Hugo décrivit la «tempête sous un crâne » de Jean Valjean, le brainstorming n’était pas encore inventé, et il est douteux que les inventeurs du brainstorming aient lu les Misérables. C’est ainsi que de grandes découvertes pouvaient autrefois se faire indépendamment sur deux continents séparés par l’océan. Le brainstorming est un procédé qui vise à stimuler la production d’idées nouvelles. Les règles en sont simples : 1. Proposer le plus grand nombre d'idées possibles, même les plus absurdes. 2. Ne critiquer ni ses propres idées ni celles des autres. 3. Piller les idées des autres à volonté. 4. Faire le tri et l'exploitation dans une phase de travail ultérieure.
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Au lieu de dire banalement qu’on va étudier ensemble une question, on annoncera : « On va faire un brainstorming », et même
si l’on y a réfléchi seul, en toute
modestie : « Je me suis fait mon petit brainstorming. »
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Caca. Enfantin…
Ça C’est délibérément que Freud, influencé par son ami et disciple Groddeck, a adopté ce simple pronom pour désigner ce qu’il considérait comme la région la plus essentielle et la plus vaste du monde intérieur. Il cite des expressions populaires comme: «ça me fait tressaillir » ; « J'avais ça en moi » — et même (en français dans le texte) : « c'était plus fort que moi ». Eh oui, ça est plus fort que moi. « Plus étendu, plus grandiose et plus obscur que le moi (c’est Freud qui parle), le ça est à proprement parler le psychisme. » Ne dites pas : « je suis comme ça », dites : « je suis ça ». Ne demandez à personne: «pourquoi m'as-tu fait ça ? », demandez-vous : « ça, quel m’as-tu fait ? ».
Caca Enfantin pour désigner les fèces ou excréments. Le caca est la première production de l’enfant. Elle peut susciter, selon les circonstances, admiration ou réprobation, être commentée ou passée sous silence, contem-
plée ou évacuée. Elle peut être jugée trop rare et sollicitée, exigée ou, au contraire, surabondante, inopportune,
intempestive. Chacun de nous continuera à traiter ses productions ultérieures de la même manière qu’a été traitée celle-là autrefois. Un enfant pas heureux aura tendance à se réfugier dans son caca jusqu’à ne plus vouloir s'intéresser à autre chose. En raccourci, caca est synonyme de problèmes : « laisser quelqu'un dans son caca » (sous-entendu : c’est opaque, ça sent mauvais, mais il y est au chaud, il s’y plaît).
SI
Caca-boudin Un des mots favoris de l’enfant vers deux ans et demi,
trois ans. Il s’en sert pour qualifier ce qui l’intéresse et en spécifie progressivement l’usage à ce qui le dérange, ce qu'il y a lieu d’évacuer. Seront caca-boudin la soupe trop salée ou le visiteur qui accapare l’attention de sa mère. On peut observer sur ce petit échantillon, si je puis m’exprimer ainsi, le processus de socialisation : le mot prend le relais de la chose (l’enfant pervers continuera à agresser avec de la matière) et le mot lui-même se désinvestit de l'attrait pour accepter la signification du rejet. Vu sous un autre angle, constitue une sorte de mot de passe des enfants entre eux: c’est la toute première expérience d’une langue underground. Quand il sera devenu grand et fréquentera les sociétés savantes, 1l emploiera des locutions comme «stade anal » pour prouver son appartenance.
Caractère Système des mécanismes de défense propre à une personne. Cette définition savante permettra de traduire en langage technique quelques locutions courantes claires mais simplistes. Par exemple : au lieu de: «il a du caractère », dites : «il mobilise des défenses rigides » (n’est pas versatile, ne s’adapte pas avec souplesse) ; au lieu de: «tu as mauvais caractère », dites: «tu recours à des mécanismes de projection » (tu crois que les gens t’en veulent, se moquent de toi) ; au lieu de : « elle a bon caractère », dites : « elle fonctionne par annulation » (bof, ce n’est rien) ou « déplacement » (le temps est à la neige, ça rend nerveux). Et si vous n'êtes pas compris, vous pouvez vous excuser avec, au lieu de : « je coupe les cheveux en quatre, c’est dans
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mon caractère » — « eh oui, je suis suréquipé en mécanismes d’intellectualisation ».
Caractère (trait de) Réactions prévisibles d’une personne. Furent des réponses à une situation particulière qui se sont rigidifiées. La cire molle a pris l’empreinte et a durci (l’image est de Laborit).
Caresse Geste de la main qui glisse le long d’une partie du COrps. Signifie affection, tendresse. Fait du bien, apaise.
S’applique métaphoriquement
aux autres sens que le
toucher : son regard, sa voix me caressaient ; son odeur
caressait mes narines (plus risqué). Dans les relations amoureuses, est un préliminaire et une préparation à l’acte sexuel. L'usage pronominal (se caresser) est réprouvé et donc honteux: «se caresser avant de s’endormir » (ce qui explique que tant de gens préfèrent souffrir d’insomnie). L’Analyse Transactionnelle a beaucoup insisté sur l’utilité des caresses dans les rapports humains. Ce qui permet maintenant de dire sans choquer personne : mon patron était de mauvaise humeur, je lui ai fait une caresse ; le flic était prêt à me mettre un excès de vitesse, heureusement, j'ai pensé à lui faire un gros câlin.….
Casser Briser, rompre. Utiliser un objet (transitionnel donc) pour démontrer sa
puissance : « Il a tapé si fort sur la table qu'il l’a cassée en deux. » Inversement, au sens figuré, est une menace d’impuissance : « Elle me les casse. » Celui qui s’accidente porte atteinte à sa propre puis-
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sance et prête à rire: « Ah, ah, tu t’es cassé, comment
as-tu fait ton compte ? » (littéralement, tu as mal compté tes membres). Ce qui est cassé (objet, lien, contrat) évoque des fantasmes de morcellement (voir ce mot). « J’ai senti qu'il y avait quelque chose de cassé ». Casser est instantané. Longues sont les voies de la réparation — et incertaines : « C’est du replâtrage. »
Cassure Rupture, séparation. Intervalle entre deux parties faites pour être réunies. Pour masquer l’angoisse que suscite cette anomalie, il est courant de remplir la cassure avec un excès de bruit, de mots, de sentiments. En vain. Une cassure n’est pas un creux, c’est du vide, une sorte d’anti-matière.
Castration La différence entre le garçon et la fille, c’est que sur le premier pèse la menace qu’on la lui coupe, alors qu’elle, mise devant le fait accompli, n’a plus qu’à s’en procurer une de rechange. Cette question préoccupe beaucoup les enfants vers l’âge de cinq ans, les adolescents vers l’âge de treize ans, et les adultes tout le reste de leur vie. Cela fait aussi qu’ils ont tendance à se mettre par deux pour chercher la solution.
Censure Mesure de surveillance qui, en temps de guerre, frappe les organes d’information. Si la libido est une armée en campagne, ses mouvements et ses positions ont intérêt à rester confidentiels. Quand la censure marche trop bien, il arrive qu’un général ne sache plus lui-même ce que font ses troupes ni contre qui il est en guerre. Les vieux adjudants ou les vieux cadres ont appris par expérience quelles informa-
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tions échappent à la censure, comme « rien à signaler », « pas de problème », « la soupe est bonne ».
Centrer sur (se) Diriger toute son attention sur quelqu'un ou quelque chose. Laisser la personne ou la chose à sa place, dans sa position, sans la pousser ni la bousculer. Ne pas ramener à soi. Rogers (voir ce nom) a prôné la centration comme l'attitude fondamentale qui permet d’aider la personne à apprendre, progresser, guérir. La pédagogie devrait être centrée sur l’élève, la thérapie sur le patient, la médecine sur le malade. Fini le temps des grands écrivains narcissiques (voir ce mot): l’auteur d’aujourd’hui se centre sur son lecteur, ne trouvez-vous pas ?
Cerveau Organe logé au sommet de la tête — ce qui lui permet de prétendre à être l’instance suprême. Sa forme arrondie prête à divers équivalents fruitiers: citron, citrouille. « C’est tout ce qu’a trouvé ta courgette ? »
En langage scientifique : encéphale. Le cerveau est fait de deux moitiés à peu près symétriques, ce qui offre une justification anatomique à l’idée que nous aurions deux cerveaux et non pas un, l’un (le gauche) fonctionnant en numérique et produisant des idées, l’autre (le droit) en analogique et produisant des images. Comme avec bâbord et tribord si l’on n’est pas marin, attention à ne pas s’emmêler les pinceaux. Il peut être commode de se souvenir que les nerfs moteurs se croisent au niveau du bulbe, ce qui fait que le cerveau gauche pilote le corps droitier et réciproquement. A un homme
de communication,
on recommanderàa :
« Calcule avec ton cerveau gauche et parle-leur avec ton cerveau droit. » Ce qui complique les choses.est que les gens de gauche
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accusent les gens de droite de faire comme ça et les gens de droite les gens de gauche de faire l'inverse.
Champ Mot dont l’emploi n’est pas à la portée de tout le monde. Si je suis une topique et si ma topique est une maison, on peut concevoir que les fenêtres de ma maison donnent sur un autre espace, des champs. Gardant cela présent à l’esprit. 1. on ouvrira le champ, expression elliptique pour dire qu’on ouvre les volets qui occultaient le dehors jusque-là, 2. on situera le champ (ou on se situera par rapport au champ); par exemple, on dira: « dans quelle perspective. », 2. on qualifiera le champ, afin qu’on sache au moins ce qu’on y cultive, 4. on ensemencera le champ, avec des mots, des représentations, 5. on les regardera lever et s'épanouir en associations et interprétations. Seuls les familiers des grands espaces intérieurs peuvent se permettre, sans que la clarté de leur énoncé en souffre, de sauter l’une ou l’autre de ces étapes : « L’écoute psychanalytique des sujets singuliers en groupe suppose la constitution d’un champ contre-transféro-transférentiel » (Kaës). J’allais oublier le plus important peut-être: tout ce qui n’est pas dans le champ est hors du champ.
Chargé Qui contient une énergie disponible non utilisée. Relation chargée : qui génère des tensions sans qu'il y ait décharge. « Il a une relation chargée avec sa secrétaire. » Le risque de charger sans décharger est que ça pète. Pas chargé: cool.
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Clair (au) Plus usité sous la forme négative : « Je ne suis pas au clair » (sur mon
orientation, ma relation avec Paulette,
mon désir d’enfant). Notez que ce qui n’est pas au clair, n'est pas non plus obscur, ce qui impliquerait qu’on sache de quelle source lumineuse on aurait besoin — soleil, lune, lampe de poche, ou la lumière de tes yeux.
Clarifier L'une des missions que se donne le psychosociologue. Les gens s’attendent à ce qu’il clarifie sa pensée ou la leur. Sa démarche n’est pas celle-là. Il jette dans l’éther de la relation des fragments de matière très dense, tels que
cliver, censurer,
occulter
—
fantasme,
fusionnel,
symbiotique — destinés à créer un précipité. Tout à coup quelqu'un avoue que, par angoisse, il avait toujours voulu que tout soit clair. Il réalise combien ça ne l’est pas. Mission de clarification accomplie.
Classification « Vous, les psychologues, vous mettez les gens dans vos petites cases. » Classer, c’est naturel. Les enfants alignent leurs peluches, leurs billes, leurs crayons de couleur, leurs petites voitures. Les adolescents mettent des notes aux joueurs de foot ou aux chanteurs de rock (ou aux garçons, aux filles avec qui ils sortent). Les adultes comparent
les
produits,
les
machines,
le rendement
des
actions, la performance de leurs collaborateurs. On classe : ce à quoi on s'intéresse, pour exprimer sa préférence (sous couvert d’un jugement objectif). Il y a deux sortes de classificateurs. 1. Les radins (ou obsédés, ou totalitaires), pour qui tout peut se mettre en deux catégories: les gens (dont ils font partie) qui rebouchent le dentifrice après s’en être servi — et les autres ; chez les psychologues : les gens normaux (dont ils sont) — et
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les autres, ou les freudiens (dont ils sont) — et les autres. 2. Les généreux (ou curieux, ou tolérants) qui sont toujours prêts à revoir leurs catégories et en ouvrir de nouvelles en fonction de leurs observations. Mais alors, à laquelle est-ce que j’appartiens ?
Client Celui qui se procure, pour un prix convenu, les services d’un homme de l’art. Dénomination plus Adulte que patient, qui implique une attitude de passivité et un rapport de dépendance. Il me reste à être le patient de mon garagiste et de ma femme de ménage.
Clitoridien Il y a quelques dizaines d’années, la femme avait deux orgasmes : vaginal et clitoridien. Ce qui donnait aussi lieu (!) à spéculations sur ses deux sexualités. Depuis la pilule, cette distinction, n’étant plus nécessaire, est tombée en désuétude.
Co-conseil Comme le nom le dit, technique d’aide psychologique mutuelle. L’inventeur du co-conseil se trouvait un jour auprès d’un de ses amis qui était en crise. L’ami lui raconte ce qui ne vas pas, se met à trembler, se fâche, pleure et,
après tout cela, commence à se sentir mieux. Lui, n'ayant pas su quoi faire, n’avait rien fait. Il en retira trois idées qui donnèrent naissance au co-conseil : 1. Etre présent, écouter sans intervenir, a en soi un
effet thérapeutique. 2. Il n’y a donc pas besoin d’être un spécialiste pour aider quelqu'un. 3. Après avoir fait sa crise et en être sorti, son ami aurait bien pu lui rendre le même service. Les avantages du co-conseil sont aussi ses limites : sim-
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ple, économique, égalitaire. Bien des gens considèrent que « leurs problèmes » méritent un traitement compliqué, onéreux, conduit par un spécialiste. Il existe une association internationale du co-conseil.
Colere Réaction naturelle à l’agression. La colère est une mobilisation générale de l’organisme : décharge d’adrénaline, production de corticoïdes, accélération de la circulation sanguine, élévation du tonus musculaire, ce qui permet une action offensive fulgurante. La colère est aveugle, dit-on. En effet, elle rend anonyme, indifférenciée, la chose ou la personne à laquelle elle s’en prend. Elle est une levée des contrôles, une interruption dans le pacte social. Plus de cérémonie ni de salamalecs qui tiennent : la jungle. Qui se met en colère s’expose à des retours de bâton. C’est ce qui arrive aux enfants. Les adultes leur concèdent difficilement le droit à la colère. De peur d’être puni, ou seulement qualifié de méchant, l'enfant apprend à « rentrer » sa colère, « la garder pour lui ». Il évite d’entrer en relation pour ne pas courir de risque. Il se planque, comme s’il attendait l’occasion au coin du bois. Il s’installe dans sa drôle de guerre. La plupart des « difficultés relationnelles » contiennent de la colère refroidie et conservée, avec, à l’intérieur, des tensions,
de la tension, de l’hypertension. Ne laissez pas refroidir votre colère : servez-la chaud.
Comme st. Introduit un mode de pensée analogique que les psychologues utilisent avec plus ou moins de bonheur pour court-circuiter la pensée rationnelle et parler à l'Enfant. On dira encore (moderne) : Le comme si facilite l’expression du cerveau droit. Permet une ré-exposition des faits dépouillés des justifi-
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cations : « Tout se passe comme si tu avais fait exprès de “ rater ton rendez-vous, te mettre en retard, provo-
quer sa colère. ”.» Les enfants utilisent spontanément le comme si sans comme si: « Monsieur poudre de lait est tombé dans madame bol de chocolat. »
Communication Que font deux êtres vivants qui se rencontrent ? L’un mange l’autre — ou ils se mettent à communiquer. Quelques voraces qui se piquent de protocole commencent par un procès d'intention comme le loup avec l’agneau: ils vous convoquent dans leur bureau pour mettre les choses au point. « Si vous avez quelque chose à me
dire, c’est le moment » (car, en
effet, l’instant
d’après vous allez disparaître sans laisser de traces). La communication est la livraison d’une information de chez un expéditeur (dit « émetteur ») jusque chez un réceptionnaire (dit « récepteur »). L'information, à la suite de ce transport (par vibration de l’air, ondes électriques, signes, gestes, chiffres), arrive en plus ou moins bon état. L’émetteur demande au récepteur s’il a reçu. Le récepteur dit que oui, cinq sur cinq (car s’il laisse à penser qu’on n’est plus en situation de communication, il risque de se faire manger). Tôt ou tard, l’émetteur s'aperçoit que le récepteur a compris autre chose. L’émetteur, qui croit comprendre ce qu’il dit lui-même, redit ce qu’il avait dit la première fois : « Je dis et je répète pour la dernière fois (c’est-à-dire avant de vous manger)... » Que faire? Un séminaire de communication, par exemple.
Là, c’est un autre qui émet, qu’on
appelle animateur. L'histoire recommence : lequel des deux va manger l’autre — pardon: comment vont-ils réussir à communiquer pour apprendre à mieux communiquer? « Je t’aime. — Tu dis que tu m'aimes.
—
J'ai dit ça, moi? Ce n’est pas du tout ce que j'ai voulu dire. »
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Compétence Savoir-faire. La compétence est le fruit du savoir et de l’expérience. Elle inspire confiance. Le garagiste compétent examine et réfléchit avant de démonter. Après avoir démonté, il remonte. Après avoir remonté, il s’assure que ça marche. Ainsi font le psychiatre ou le psychologue compétents. Autorité de compétence : qui est reconnue pour la qualité de son jugement au lieu de s’affirmer en criant des ordres. Competency based education : mouvement pédagogique américain. Consiste à laisser à chaque étape l’élève choisir son objectif, mettre à sa disposition les informations dont il a besoin, lui fournir le moyen de vérifier l'acquisition. La compétence a besoin d’être reconnue, fût-ce par la personne elle-même. « Il n’y a de compétences du nouveau-né que celles qui lui sont reconnues par le milieu, et en particulier par ses parents. » Déjà!
Complexe Idée ou sentiment inconscient qui crée une sorte d’orage magnétique dans certaines régions de l’espace intérieur. A l’approche de la zone perturbée, les appareils de contrôle se dérèglent, les commandes ne répondent plus et le pilote perd les pédales. Jung, inventeur du concept adopté ensuite par Freud, avait mis au point un test d’association de mots qui mesurait la déviation comme un galvanomètre. Dans le système freudien, il n’y a qu’un complexe fondamental, le complexe d'Œdipe. En dérivent : le complexe de castration, celui qui détourne les vols à destination de Cythère, et le complexe d'infériorité, celui des passagers du charter de luxe qui se retrouvent dans un hôtel de troisième catégorie avec vue sur route et moustiques. Ce dernier engendre, chez les irréductibles, le complexe de
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supériorité (« faire ça à un type comme moi: petits cons ») avec sa variante complexe d'intelligence (« j'ai tout compris et je le prouve »). L'expression « je suis bourré(e) de complexes » pourrait bien être une tentative du troisième type : « Un seul petit complexe, moi, vous voulez rire ? » Certains parents souffrent encore d’un complexe jusqu'ici non répertorié, celui de « coller des complexes à leurs enfants » s’ils ne cèdent pas à toutes leurs envies. Appelons-le complexe de la pomme, celui qu’a donné le père céleste à Adam et Eve, avec les funestes conséquences que l’on sait.
Compliqué « Je t’expliquerai une autre fois (comment on fait les enfants, pourquoi je rentre tard le lundi, ce qui m’oblige à faire un emprunt), c’est très compliqué. » Le compliqué habille le simple. Un compliqué dira: « Mets le porte-jarretelles que je t’ai offert, et tes bas, ceux en dentelle, je préfère comme ça. »
Comportement Quand, un jour, la psychologie sera reconnue comme discipline fondamentale (mais n'aura toujours pas réussi à transformer la pédagogie), voici comment elle s’enseignera dans les écoles (ou les églises): Q : Qu'est-ce que la psychologie ? R : La psychologie est la science du comportement. Q : Qu'est-ce que le comportement ? R : Le comportement est l’ensemble des réponses d’un organisme à son environnement. Q : Comment s’analyse un comportement ? R : Un comportement s’analyse en :
— — —
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stimulus (pluriel: stimuli) venant de l’environnement, réponse(s) venant de l’organisme, état «intérieur» de l'organisme, qu’on nomme aussi parfois motivation.
Q : Quelles sont les différentes sortes de comportement? R : On classe les comportements selon: — la nature de la réponse : moteur, verbal... —
—
—
la finalité de la réponse : alimentaire, sexuel,
cognitif. sa fonction dans une chaîne de comportements: d’approche, d’évitement ; appétitif, consommatoire.. la conformité de la réponse à certaines normes : adapté, inadapté ; normal, patholo-
gique ; social, a-social.. Il est curieux de constater que ce concept, clef de voûte de la psychologie scientifique, est souvent utilisé dans le langage courant avec une intention critique et moralisante :
«son comportement
est détestable » ; «si vous
ne faites pas en sorte d’améliorer votre comportement... ». La personne qui prononce ces jugements sans appel oublie qu’elle fait partie de cet environnement auquel le comportement de l’accusé est une réponse.
Comportemental Parti pris méthodologique consistant à ne considérer que ce qui est observable en faisant abstraction de « ce qui se passe à l’intérieur ». Dire : « je me fous de ce que tu penses, la seule chose qui m'intéresse est que tu fasses ce que Je te dis » est une attitude comportementale.
Comprendre Embrasser par la pensée. Nous ne sommes plus des enfants, mais nous voulons tout de même être embrassés par la pensée. L’ennui c’est que, comme
tout le monde a ce besoin, il ne reste
plus grand monde pour le faire aux autres. Percer un mystère, une énigme. Comme l'énigme primitive est «que font papa et maman quand ils sont ensemble ? » ou « comment naïis-
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sent les enfants? », chaque fois que nous cherchons à comprendre, nous faisons allusion au mystère de la vie. Vous voyez maintenant pourquoi on vous a dit si souvent: «C’est comme ça, ne cherche pas à comprendre ».
Conditionnement Processus d’apprentissage. Tout ce que nous avons acquis (par différence avec l’inné), nous l’avons acquis par conditionnement. On se plaint rarement de ses propres habitudes, ou de celles qu’on réussit à inculquer aux autres. Mais si un troisième larron veut introduire les siennes, on déclenchera l’alarme: « Méfiez-vous, c’est du conditionnement. »
(Voir Pavlov, Skinner.)
Confiture Prenez des sentiments
bien frais, faites-les cuire à feu
doux en remuant sans interruption, n’ajoutez pas de sucre afin qu'ils gardent leur acidité, saupoudrez d’arsenic à volonté, laissez refroidir, tartinez... D'une maladresse, un mot malheureux, un mouvement de mauvaise humeur, on disait autrefois : « Tu ne vas
pas en faire des confitures. » Les confituriers raffinés préfèrent ments ambivalents, comme
cuisiner
les senti-
des fruits doux-amers : « A
moi qui t’aime, comment as-tu pu faire ça... Salaud, moi qui croyais t'aimer... Pardonne-moi, je ne voulais pas te blesser, dans le fond je t’aime, mais je ne peux supporter que... » Le terme moderne est rackett.
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Connotation Une oreille musicale très fine entend les harmoniques et les dissonances qui échappent à une écoute plus fruste, du premier degré. Ce mot signale qu’on est un capteur psy d’une grande sensibilité qui ne laisse pas échapper le moindre vibrato. On s’exercera d’abord avec des choses simples pour être sûr de ne pas rater son effet: « Ton pet a une légère connotation anale. » Puis on compliquera progressivement : « Tes histoires de régime ont une indéniable connotation narcissique — exhibitionniste — pré-génitale. »
Conscience La bonne vieille conscience morale a poussé son dernier soupir (un très long soupir) avec les poètes du xIxe siècle. Le savoir, et avec la révolution freudienne, le savoir
de soi, l’a remplacée. L’espérance de Freud: qu’une meilleure connaissance de soi rende les hommes meilleurs. Son doute, exprimé à mi-voix : est-ce que cela les rend vraiment meilleurs ? Conscience,
l'École
awareness,
Gestalt.
est l’un des
Awareness
ne
maîtres
résulte
mots
pas
de
d’une
démarche rationnelle et verbale, mais d’une écoute à la fois attentive et diffuse de mon intériorité, des rumeurs
de mon corps, de l’écho de mes liens avec les autres et de ma place dans l’univers. La psychologie moderne est contemporaine de l’électricité. Fini de s’éclairer à la bougie.
Conscient S’oppose à inconscient (voir ce mot).
Conscientiser Nouveau venu dans le vocabulaire psy du management. Depuis des années, on déployait des efforts pour motiver les travailleurs, responsabiliser les cadres, sensibili-
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ser la direction. Tout cela n’ayant pas encore suffi, la nécessité est apparue de conscientiserle personnel, tâche urgente car si l’entreprise n'existe plus dans la conscience de ceux qui la composent, elle est menacée de glisser dans le néant (en clair, de se casser la figure).
Conseil Avis, suggestion. On demande de préférence sa route à un habitant du coin, un conseil à quelqu'un de mieux informé que soi. Dans le domaine psychologique, paradoxalement, c’est l’indigène qui demande à l’étranger de l’aider à trouver le chemin de chez soi. « Je vis avec Jacques ; c’est Paul que j'aime : qu'est-ce que tu ferais à ma place? » Bien des gens ne résistent pas à la tentation de proposer leur solution: « Laisse tomber Jacques et va vivre avec Paul. » À ce moment-là,
ils ont la surprise d’entendre: « Oui mais, tu comprends, Jacques est si gentil (ou “ ne s’en remettrait pas ”) et je ne suis même pas sûre d’être amoureuse de Paul (ou “ qu’il veuille de moi ”). » Le psychologue à qui on demande conseil évitera cette fausse manœuvre. Il renverra le questionneur à sa question avec une réponse du genre : « Vous vivez avec un homme, vous pensez en aimer un autre, et vous vous demandez que faire » (reformulation); « Vous vivez avec celui que vous n’aimez pas et vous ne vivez pas avec celui que vous aimez » (confrontation) ; « Quand vous
aimez un homme,
une
sorte d'interdiction
vous
empêche de vivre avec lui » (interprétation) ; « A votre place, j'en chercherais un troisième » (recommandation paradoxale). Rogers a été l’initiateur de cette manière de conseiller qui est un non-conseil ou encore un conseil non directif. C’est au client à trouver sa propre direction.
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Constructif L'énergie que vous employez à décrire le problème, appliquez-la donc à chercher les solutions. Vos défauts, vos handicaps, sont de vous connus et reconnus. Prospectez plutôt vos ressources. «Think positively », disent les Américains.
Construire « Il est temps que je construise ma vie. » Rêve d’enfant de construire sa vie comme une maison et de l’habiter. Maison de poupée, terrier, pavillon de banlieue, cathé-
drale. Les apprentis architectes oublient de tenir compte du vent, des séismes, et même, parfois, de la pesanteur. Avec l’âge, bien des gens habitent leur vie et la font visiter comme un monument historique : « Ce mur était polychrome autrefois ; on l’a passé à la chaux pour le protéger.» Quelques-uns continuent à parcourir le monde à bicyclette ou à bord d’un camping-car: ils découvrent de nouveaux paysages, traversent des climats
différents.
A
l’intérieur
d’une
construction,
les
habitudes suffisent.
Contact Ce qui fait que le courant passe ou pas. On s’exercera à décrire comment une personne établit le contact (se branche) : distant, réservé, froid, chaleureux,
spontané. On apprendra à classer les gens selon les disponibilités de contacts qu’ils offrent : prise unique, mâle ou femelle, ou multiple; prise standard ou spéciale; prises chercheuses avec électro-aimant ; prises de sécurité à déconnexion automatique. Quand on aura maîtrisé cette quincaillerie indispensable à l'installateur,
on
s’intéressera
aux
conductions
internes, Ô combien plus complexes ! On travaillera à « contacter sa peine, ou sa douleur, ou son plaisir » et, à un stade encore plus avancé, à « être en contact avec soi », tout simplement.
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Contact oculaire Laisser ses yeux toucher les yeux de l’autre dans le regard. Laisser autrui pénétrer en soi par le regard et se laisser pénétrer chez lui. Nourrir et être nourri de cette substance impalpable qu’est la conscience d’exister pour l’autre, la conscience que l’autre existe pour soi. Laing voit dans le contact oculaire, et le sentiment de plénitude qui l’accompagne, l’une des expériences qui nous donnent une idée de ce qu’a pu être notre vie intra-utérine.
Contrat Engagement mutuel. Les
bons
contrats,
dans
le domaine
des
relations
humaines, sont simples, clairs et souvent implicites. C’est quand il y a méfiance ou manipulation qu’on cherche à formaliser le contrat. Nous
continuons
à faire
avec
nous-mêmes,
ou
avec
d’autres, le même genre de contrats que nos parents ont faits avec nous. « Quand tu auras fini tes devoirs, tu pourras aller t’amuser », est une proposition honnête. Si ce qui suit est du genre «trop tard, maintenant, c’est l’heure d’aller te coucher », c'était une manœuvre
mal-
honnête et l’enfant apprendra vite lui aussi à truquer ses engagements.
L’AT utilise volontiers la notion de contrat pour renforcer le pouvoir de l’Adulte. Théoriquement, un contrat entre deux Adultes est inattaquable. Comme c’est tentant! «Je te propose un contrat Adulte-Adulte : aujourd’hui, c’est toi qui fais le ménage, épluches les pommes de terre et t’occupes des enfants. » Si Parent et Enfant ne sont pas des partenaires réguliers, même un Adulte notaire ne réussira pas à éviter la querelle. Un couple qui faisait profession d'Analyse Transactionnelle avait dans un de ses placards un dossier spécial
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des contrats
entre elle et lui. Le dossier est resté. Eux
ont fini par se séparer.
Contre-ædipien Désigne la façon qu’a chacun des parents de vivre l’æœdipe de son enfant. Non seulement l’enfant, mais chacun des trois est pris dans une relation triangulaire. La présence d’un garçon peut susciter la jalousie du père, la présence d’une fille celle de la mère. Les réactions contre-œdipiennes
des parents, quand elles sont
trop violentes, empêchent l’enfant de dépasser la rivalité et de s'identifier positivement, le fils avec son père, la fille avec sa mère.
Contre-phobique Gribouille avait une attitude contre-phobique par rapport à l’eau (certains enfants vers six-sept ans développent une phobie de la pluie). Les gens qui affichent un grand courage physique et embrassent des métiers à haut risque, cascadeur, parachutiste, pilote de course, sont, par hypothèse, des contre-phobiques. De même, si l’on remonte à l’interprétation freudienne,
ceux qui risquent leur sexe n’importe où et sans discrimination.
Contre-transfert Je lis transfert (voir ce mot) et je me demande : « Bon, mais lui, le thérapeute, pendant ce temps-là ? » Un psychanalyste américain, Searles, a écrit tout un livre pour répondre à cette question. Sa réponse: la même chose. Oui, à tout moment, le thérapeute éprouve
le même genre de sentiments que ceux qu'est en train d’éprouver le patient. Il va jusqu’à supposer que le patient a lui aussi le projet de « guérir » son thérapeute. Si l’un doit guérir, l’autre aussi. La vraie nature des sentiments est la réciprocité.
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Contrôle 1. Vérification par une autorité du respect des règles qu’elle a énoncées. Réplique naturelle : essayer de passer au travers. 2. Feed-back sur un fonctionnement, une performance, un flux, permettant à ceux qui sont concernés de l’améliorer. Réponse naturelle : vérifier que la communication est établie. La manière qu'ont les individus de se contrôler euxmêmes, selon ce qu’ils ont connu et intériorisé, est du premier type ou du second. Les uns se mettent toutes sortes de prescriptions et d’interdits qu’ils déjouent avec mauvaise conscience; les autres s’informent de l’évolution de la situation et de leurs résultats par rapport à leurs objectifs. Le contrôle est soit Parent (le premier), soit Adulte (le second).
Corps On dit que chaque molécule d'oxygène de la planète a transité par un être vivant. Chaque grain de pensée, chaque vibration de sentiment, sont passés par le corps. Inversement, notre corps est à tout moment représenté, reflété, présent et impalpable dans notre monde intérieur. Pour le psychologue, le corps est la porte du monde intérieur, mais quand il a passé la porte, qu'il se croit dans le monde
intérieur, ce sont encore les images, les
organes et les fonctions du corps qu’il retrouve. Quelle est ma relation à mon corps ? Une bête que je fais avancer à coups de trique, un parent demeuré que je laisse à la maison faire les basses besognes, une liaison orageuse dont je tire gloire en public et qui me coûte cher en soins et ornements — ou peut-être un copain que je retrouve de temps à autre pour aller courir, jouer, danser.
Comment cela a-t-il commencé ? Une des choses que le
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bébé apprend en premier, c’est la manière de traiter un Corps, son Corps, qui, vu de l’extérieur, ressemble à un
paquet de chairs et d’os mal ficelé. Une deuxième chose qu’apprend l’enfant peu après, c’est ce sur quoi les adultes ont du pouvoir, ces membres qui donnent prise, ces surfaces exposées aux regards et aux coups — et ce qui leur échappe parce que c’est invisible : les pensées, les images, les sentiments. À ce tournant, la partie invisible (et invulnérable) de lui-même peut décider de faire alliance avec la visible (et vulnérable) et de la secourir, ou la prendre en pitié, ou haine — ou l’ignorer — ou s’en séparer.
ITINÉRAIRE DU CORPS C'est l’itinéraire qu'il faudrait se faire soi-même, pour soi-même. Alors, que celui qui se sentirait gêné ou fâché prenne la liberté de sortir du chemin tracé pour aller cueillir des pâquerettes : n'ayant pas eu la même histoire, nous pouvons ne pas emprunter les mêmes voies pour aller au corps, ni avoir la même exigence pour en parler. On dépouillerait le corps de sa gangue sociale, pour le regarder nu. On écouterait le corps qui somatise, ou malade de maladie. On évoquerait l'inquiétude du morcellement. On imaginerait l'intérieur : organe, tripes — on referait l'unité en mettant le tout dans un sac, la peau. On visiterait les régions du corps, de haut en bas, tête, fesses, et d'avant en arrière, ventre, dos. On s'attarde-
rait aux creux et aux reliefs, nombril, pénis. On serait attentif à la rumeur que fait le corps dans ses grandes fonctions : bouffer, avaler, cracher, digérer, respirer.
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On chercherait l'intimité avec le corps près des entrées et des sorties, orifices. On considérerait avec sérieux la production non sociale du corps, devenue symbole des autres productions, sociales celles-là, le caca. On se ferait pardonner une visite par trop médicale, qui peut être ressentie comme
un viol, en laissant le
corps en liberté et en lui offrant sa fête, la danse, là où cet itinéraire rencontre celui du bonheur.
Couple Unité sociale devenue prédominante dans notre culture depuis le développement de l’automobile avec deux sièges avant. Le passager n’est plus obligatoirement « mon mari » ou « ma femme ». Il peut être « compagnon, compagne » (pour un tour) — ou simplement un auto-stoppeur. La norme étant de circuler en couple, s’est établie celle de vivre en couple, et d’avoir éventuellement des enfants pour garnir la banquette arrière. Pour montrer qu’on prend de la distance par rapport à la pesanteur sociologique du couple, on dira plutôt «relation duel». Ce qui permettra de charmantes figures en costumes d’époque telles que : « J’ai provoqué Ghislaine en relation duel sur la pelouse et j'ai demandé à Georges d’être mon témoin. »
Couple moderne Deux critères de modernité du couple : 1. La redistribution du travail en fonction des goûts et commodités plutôt que selon la norme traditionnelle homme/femme. Par exemple, l’homme fera la cuisine, s’occupera des enfants ; la femme
vaillera à l’extérieur..
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tra-
2. La liberté et l’indépendance dans le choix des loisirs et l’utilisation du temps libre.
Courir (après) L'homme est un animal qui court après (le bonheur, la fortune, le succès, la chance, l’aventure). Nos ancêtres couraient après (cerfs, gazelles, buffles, sangliers) ; ainsi
courons-nous. « Qu'est-ce qui me fait courir? » dit l’actif quand il fait une pause. Quand la réponse arrive, il est déjà loin. Après quoi court le jogger? Dans une culture où tout le monde court pour attraper (un avion, un budget, une information, une affaire), mais du fond d’un taxi ou d’un fauteuil à bascule, et sans que les muscles profitent de l'ivresse de la poursuite, le corps lui aussi fait plaisir à part : il court, comme ça, après rien.
Cracher Expectorer avec force. Le crachat (encre, venin) est chez certains animaux une arme défensive ou offensive. Reste chez les humains une arme du combat rapproché : « Je lui ai craché ses vérités. » Une tactique consiste à obliger l’autre à épuiser ses munitions : « C’est lui qui est responsable, il n’a qu’à cracher. »
Craquer Ouvrir dans le système défensif une brèche par laquelle va s’engouffrer la pulsion. « Quand j'ai vu ce petit ensemble Chanel (ou “ quand il m’a emmenée à Deauville dans son Alfa-Romeo ”), j'ai craqué. » Dans un sens absolu, et non plus relatif, est la manière
convenable d’annoncer qu’un cadre investi de hautes responsabilités, et après une résistance héroïque, a fini par céder lui aussi à la montée du ras-le-bol: « Ses défenses ont lâché, il a craqué. » Sera, à son retour de
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congé-maladie, muté dans un poste plus tranquille, à l’écart des sentiers de la gloire.
Créatif Qui innove au lieu de répéter. Un examen plus approfondi montre qu'être créatif consiste à répéter autrement, en introduisant des variantes, ou en changeant de code, de sorte que cela,
bien que dans une langue connue, n’avait jamais été exprimé comme cela. La liberté que prend le créatif avec ce qui est connu et reconnu a divers noms: invention, hardiesse, impertinence, provocation, génie.
Créativité Technique ayant pour ambition d’enseigner comment être créatif. Les participants d’un séminaire de créativité se voient proposer toutes sortes d’activités insolites, allant du jeu des petits papiers ou du portrait chinois (si mon poste était un paysage, ce serait. à l’analyse fonctionnelle d’un objet (quelles sont les fonctions d’un tournevis ?). Entreprise paradoxale : comment mettre Picasso en kit et le distribuer chez Ikea ? Taylor et Galbraith étaient eux de grands créatifs ; ils ont contribué à dé-créativer des millions de gens.
Cri Son inarticulé, appel. Fait partie de l’ensemble des signaux que les êtres vivants ont à leur disposition pour communiquer entre eux. Le bébé humain,
comme
dans d’autres
espèces, émet
des signaux sonores pour ainsi dire en routine, afin que sa mère ne risque pas de le perdre ou de l’oublier. D’autres cris sont associés au besoin ou à la souffrance, mais leur finalité reste d'appeler quelqu'un au secours.
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Nous avons une mémoire enfouie de nos premiers cris d’avant la parole, ce qui fait que « je ne supporte pas de l’entendre crier » est à traduire en « cela m’est douloureux qu'il réveille l’écho de mes propres cris ». Dans les thérapies émotionnelles, la personne est amenée à pousser des cris anciens et à revivre ainsi des états primitifs de manque et d’abandon. Soyez attentif aux voix des personnes qui vous entourent : vous entendrez des restes du cri primitif.
Criser Faire sa crise, décharger, décompenser (voir ces mots).
Culpabilité On dit « sentiment de culpabilité » bien qu’apparemment ce soit un jugement qui me déclare coupable: «Ce que tu fais là n’est pas bien (pas honnête, pas franc, pas sérieux, pas mérité, pas normal). » Ce jugement, je devrais pouvoir en demander la révision, faire appel devant mon propre tribunal, mais non, la plupart du temps, je m’impose à moi-même de purger ma peine au pain sec et à l’eau. La culpabilité nous fait revivre, chacun à notre manière, et selon un cycle d'événements très précisément réglés, ce qui se passait dans notre enfance avant, pendant et après que nos parents nous eussent déclarés coupable. Elle inclut le « sentiment » sous trois formes : — notre sentiment à cette époque lointaine, — le sentiment, intériorisé par nous, de notre (nos)
—
juge,
pour partie, le sentiment que notre juge nous accusait d’avoir causé à notre victime (la victime supposée pouvant être, dans de nombreux cas de figure, le juge lui-même). La culpabilité est désaccord avec soi. Elle postule que nos envies sont illégitimes ou que ce qui est légitime est ipso facto peu réjouissant. Que le coupable prenne un avocat : ensemble, ils porte-
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ront sa cause devant une nouvelle juridiction. Un obstacle est que les vrais coupables ont peine à croire qu'il existe de vrais avocats : « Je suis allé voir un psychologue et je n’ai rien osé lui dire. J’avais honte. J’ai senti qu'il me jugeait. »
Cure La cure, à l’époque de Freud, c'était les eaux. Il alla jusqu’à accompagner, à la demande de la famille, une de ses patientes prendre les eaux. « Je n’en étais qu’à ma deuxième année de cure, que je transférais déjà à plein tube et suppliais mon analyste de m’emmener à Baden-Baden. »
Curiosite Envie de connaître ce qui est caché. Parmi les pulsions de l’enfant, à l’âge où il découvre le monde, la pulsion sexuelle est celle qui ne lui est ni nommée ni décrite. On peut donc supposer que le désir d’éclaircir ce mystère anime ses spéculations ultérieures. La forme que prend la curiosité de l’enfant aura une influence décisive sur le choix de son activité d’aduite. Celui qui se demande « que font-ils ? » deviendra juriste, inspecteur, chef de personnel. Celui qui cherche à savoir « comment ça marche » : technicien, ingénieur. Celui qui se pose la question « pourquoi ? »: chercheur, philosophe. Celui qui se contente des réponses qu’on lui donne: fonctionnaire. Celui qui préfère les solutions qu’il s’invente: artiste, écrivain.
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7
Décharger. Après la décharge vient la relaxation.
Danse primitive Sous
couvert
d’un
rituel
social,
la danse
ouvre
un
espace de liberté au corps pour s'exprimer. À travers la danse, il peut manifester en direct, hors des mots et des
gestes habituels, les choses essentielles comme le désir, la séduction, la provocation, l’affrontement, l’abandon
à un autre corps. En boîte, la musique, les paroles et les cris sont fournis par la sono. Dans la danse dite primitive, calquée sur le cercle de danse africain, ce sont les
spectateurs qui fournissent tout cela, « chauffent », puis accompagnent ceux qui dansent. Le danseur se met nu, se peint le corps, entre dans le
cercle, vit sa transe. Une expérience de danse primitive est un trip, une fête dans la clairière de la forêt primitive.
Débile Faible. Débile mental : faible d’esprit. Dans la classification légale de certains États américains : qui a un QI inférieur à 70. L’adjectif sert à dévaloriser une idée, une décision, une initiative. « Ton truc, c’est débile. » Est débile l’avorton, le prématuré, l’enfant mort-né de la nouveauté. Quand tout le monde roule entre 90 et 110, c’est débile de rou-
ler à 60 (rouler à 150, c’est fou).
Décharger Vider d’un coup un fardeau, une accumulation de tensions, des détritus. Se soulager d’une tension, par l’extériorisation d’une émotion (pleurer, crier, frapper) ou simplement par un spasme musculaire (bâiller, éternuer, trembler).
fé
Après la décharge, vient la relaxation.
Decider Anticiper mentalement sur une action à venir : « Quand je décide, c’est comme si c’était fait. »
Decision Lé
e
e
Choix volontaire. Une vraie décision se prend dans l'instant, avec évidence, n’est plus remise en question. «Je vais réfléchir, je vais faire mon possible, je vais essayer de. » sont des faux-semblants, des décisions en trompe-l’œil. Une décision se prend quand elle est mûre, c’est-à-dire quand l’ensemble du système est prêt à bouger. Une serrure rouillée ou coincée ne peut décider de s’ouvrir. Nous prenons si facilement certaines décisions dans la vie adulte parce qu’elles ne sont que la déclinaison d’une décision ancienne, prise dans l’enfance, oubliée depuis. Ce ne sont pas des décisions à proprement parler, mais l’application d’un modèle. Si tu n’es pas content du résultat, fais un détour par les vieilles décisions dont tu es tributaire, et décide de
re-décider (voir ce mot tout de suite).
Décompenser Employé comme synonyme de décharger par les gens élégants qui pensent au lieu de charger. « Mon jogging (tennis, golf, yoga) me permet de décompenser. » Dans le vocabulaire médical (et donc psychiatrique), désigne une brusque rupture des défenses et une poussée pathologique violente : « Il s’est mis à poil au tiebreak et s’est jeté sur l’arbitre. »
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Défenses Moyens que le moi met en œuvre pour empêcher la pul-
sion de marquer des points. Quand la pression de l’attaque est trop forte, il connaît l’angoisse du gardien de but.
Défensif Se dit de quelqu'un qui joue toujours en défense, où que soit la balle, et qui se croit en championnat même dans une rencontre amicale.
Degoüt Réaction de rejet spécifique au tractus alimentaire. Remettez dans votre verre une gorgée d’eau qui est passée par votre bouche, ou dans votre assiette une bouchée d’aliments bien mastiqués : le programme biologique stipule qu’on ne mange qu’une fois les mêmes aliments. Cette règle est a fortiori valable pour ce qui a été pré-digéré par quelqu'un d’autre : « Mon chef me mâche le travail, ça me dégoûte. » Ce même principe s’applique évidemment aux matières qui ont fait le trajet complet : « Sa merde, je n’achète pas. » La réaction de dégoût frappe ceux qui oralisent le sexe. On leur offre du lait de second choix : berk!
Délire Suivre jusqu’au bout la logique interne de son idée. La plupart des gens se prennent pour le Napoléon, la Jeanne d’Arc, la Marie-Madeleine
ou le Judas de leur
entreprise — mais secrètement. Le délirant se permet de l’annoncer publiquement, ce qui fait qu’il n’y a pas de petit délire : «ce type est en plein délire »; « délire complètement ».
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Demande L'enfant attend de ses parents de l’attention, des marques d’affection, du temps pour jouer et faire avec eux. Il attend aussi des soins, des dons, de l’aide. L'enfant demande au fur et à mesure de ses besoins et de ses envies. Il arrive que ses demandes dérangent ses parents : «Il ne sait pas ce qu’il veut; il casse les pieds. » Alors l’enfant réprime, détourne et déforme sa demande. Il en arrive effectivement à « ne plus savoir ce qu’il veut », à « ne plus avoir envie de rien ». Nous entrons dans l’âge adulte avec une capacité de demande
atrophiée. Mauvaise
humeur,
ennui, plainte,
revendication, sont les multiples formes que prend la demande qui ne s’exprime pas. Nous mettons de petites demandes à la place des grandes : « On pourrait, un jour où tu serais libre, aller ensemble au cinéma. » Il nous faut réapprendre à demander, et demander grand : « Je te veux pour moi tout seul. » A « j'ai envie de quelque chose, mais je ne sais pas quoi », on répliquera : « Sois clair, fais ta demande. »
Démarche Faire une démarche : solliciter, se conformer à un processus en vue d’un résultat. La démarche thérapeutique comporte deux préalables : 1. Admettre que je (et non tu, il, eux) suis responsable de ce qui m'arrive. 2. Accepter l’idée qu’un changement encore jamais éprouvé est possible. Parmi ceux qui entreprennent une démarche, deux grandes catégories : ceux qui ont pris la décision d’obtenir — et ceux qui veulent se prouver une fois de plus que rien ne marche, ni la marche ni la démarche.
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Dement Tellement hors des normes reconnues que ses actes sont imprévisibles et que, par sécurité, on l’enferme. Au neutre, exprime la surprise et le plaisir que trouvent les gens sains à un moment de désinhibition individuelle ou collective : « On a joué à D & D toute la nuit, c’est dément. »
Demolir Destabiliser quelqu'un de très construit (voir ces mots). « Complètement démoli » : arasé. Passant devant ce terrain vague, quelle étudiante en architecture ne se dit : « Si on tentait de reconstruire quelque chose ? »
Dent A trois mois, il a poussé sa première dent. Sa maman était fière. A trois ans, il a mordu le chien, et son père a
pensé qu'il irait loin dans la vie. A vingt ans, il a percé ses dents de sagesse, ce qui ne l’a pas empêché de réussir ses concours. À vingt-cinq ans, il est entré dans une multinationale en tant que jeune loup aux dents longues. Il a eu des dents contre des rivaux, s’est cassé les dents sur une OPA trop ambitieuse, s’est payé des couronnes en or et a mutilé les adversaires qui prétendaient mettre le doigt sur ses caries. Devenu vieux, ses dents continuaient à pousser. Il ne les usait pas a$sez vite, et se mit à broyer du noir. Des conditions sauvages de survie réveillent nos pulsions cannibales et mobilisent notre équipement carnassier.
Dépendance Attachement vécu comme inévitable et souvent insupportable. Ceux qui dépendent de vous — les dépendances de
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votre domaine actives.
—
jouissent de servitudes
passives et
Dépression Anciennement : mélancolie, psychasthénie. « Le sujet éprouve un mélange de fatigue, de tristesse d'angoisse. Son tonus est faible. Il n’a pas d’envies. est habité par de sombres pensées : il dévalorise passé, annule le présent, redoute l’avenir. S’il en avait
et II le le
courage, dit-il, il se suiciderait. »
Dans la mythologie du déprimé, la dépression a sa vie propre, en dehors de lui. Il la fuit, dans le sommeil par exemple, mais elle le rattrape au réveil. Il ruse avec elle,
lui administre des antidépresseurs. cache
derrière
une
excitation
Elle aussi ruse, se
de surface,
l’attend
au
tournant.
Ce que se garde de dire le déprimé est le soin qu'il prend de sa dépression : il lui évite les distractions, les bonnes nouvelles, les projets — tout ce qui risquerait de la détourner de lui. Il lui aménage un mode de vie solitaire, confiné, sans soleil, sans friandises et sans amuse-
ments. La dépression s’installe après une période heureuse, elle fait suite à un état de bien-être lié à une relation fusionnelle : « Là-bas, j'étais bien. » Elle rétablit une autre forme de relation fusionnelle, dont l’objet est absent de la conscience, un veuvage, un deuil. Elle perpétue le lien avec le, la, cher(e) disparu(e). Deux circonstances permettent au déprimé de quitter sa dépression : la rencontre d’une nouvelle relation fusionnelle, en chair et en os ; un emmerdement bien réel qui l’oblige à se mobiliser. Ça peut être quand la personne auprès de qui il croyait pouvoir trouver de l’aide dit qu’elle en a marre et l’envoie promener.
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Déprime Petite dépression épisodique, apprivoisée, qu’en langage psychiatrique on appelle réactionnelle. Peu dangereuse car on en connaît la cause : « Un coup de déprime»; «revenir à Paris, ça me fiche la déprime ».
Desir #7
ee
On peut définir le désir en positif ou en négatif, en plein ou en vide, en saillie ou en creux — comme
conscience
de la pulsion ou comme conscience d’un manque. Le désir inclut ce plein et ce vide, il entreprend de les unir, il meurt de leur union. Si cela vous gêne idéologiquement d’être objet de désir, disons que vous n’en êtes que la spécification. Mais attention, il arrive qu’une fois les spécifications bien établies, le désir joue le mauvais tour de disparaître, laissant l’impression d’un couvert vide à la place d’honneur où devait être l’invité principal : « René est un mari charmant, aux petits soins et tout. ah ça, je ne peux pas t’expliquer, il travaille beaucoup, ça fait des mois qu’on n’a pas fait l’amour. » Le désir, le vrai, le sauvage, trouble, fait fondre, fait cra-
quer, foudroie. N’ayons pas honte d’être objets et sujets de désirs. Dans le tramway de la psychanalyse, tous les passagers sont des êtres désirants — dé s irants.
Destabiliser « Si tu lui dis ça, tu vas la déstabiliser. » Ça ? Qu'elle devrait suivre un régime, laisser tomber son jules, être plus ferme avec son môme. Emprunt au vocabulaire sociopolitique des années soixante : on déstabilise l’État bourgeois, le régime castriste. Permet à de petites conspiratrices de se prendre pour des agents de la CIA ou des Brigades Rouges le temps
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d’un déjeuner à la cantine. Celle qu’elles ont choisie pour cible vit les derniers moments d’une tranquillité qui va s'avérer illusoire.
Deuil Choses et gens perdus et disparus une vie souterraine. Si nous leur donnons asile sans les fier dans un deuil social, ils coulent jours tranquilles et continuent en
continuent en nous embaumer et momiauprès de nous des nous à se modifier.
Cette modification est le deuil, le vrai.
Développement personnel Manière positive d'envisager le changement. Se concentrer sur ce qu’on veut faire pousser dans son jardin plutôt que sur l’arrachage du chiendent et des orties. On obtient des résultats plus rapides en cultivant ses qualités qu’en luttant contre ses défauts. La qualité qui s’épanouit occupe le terrain, fait de l’ombre à la mauvaise herbe. La pomme de terre est un désherbant.
Diagnostic Définition de ce dont souffre le patient. Comme en médecine, sert aux spécialistes à se communiquer entre eux des informations utiles. Leur sert aussi à se faire plaisir et à mettre en valeur leur perspicacité au regard de la légèreté de leurs confrères : «X me l’adresse avec un diagnostic d’hystérie d’angoisse et je tombe sur des défenses paranoïdes avec délire en voie de structuration. » Je n’oserais, sans vous avoir examiné à fond, établir un
diagnostic complet de votre cas, mais je peux déjà vous donner quelques indications : je sais que vous êtes resté immature (vous avez des excuses, soit), que vous contrôlez mal vos pulsions, que votre vie fantasmatique est désordonnée ; vous réussissez néanmoins à maintenir un équilibre, précaire certes, mais bien utile en société,
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grâce à des défenses rigides. Je ne voudrais pas vous effrayer, mais vous feriez mieux d’aller voir un psychologue sans trop attendre.
Dialogue Genre littéraire dans lequel deux personnages exposent leur thèse alternativement. Prenez deux monologues, coupez-les en tranches de taille à peu près égale, disposez en les alternant, servez. Certaines personnes
se vantent d’être « un homme
de
dialogue ». Si vous êtes un homme de dialogue, évitez la confrontation pénible avec un autre « homme de dialogue ». Oui, bien sûr, il y eut un dénommé Socrate...
Digérer Assimiler la nourriture. Au figuré, s'emploie surtout à la forme négative : ne pas supporter. Ce qu’on a mal avalé se digère malaisément.
Dingue Anciennement dingo. Vient probablement du son que fait la cloche : din, ding, dong. Désignerait quiconque a la tête creuse comme une cloche. Équivalent de : dément, déraisonnable, fou, inconcevable. Exprime le paroxysme : « Il y avait un monde dingue à ce coktail. » Pris absolument, exprime l’étonnement,
l’effarement,
à
la
limite
de
l’inexprimable :
« C’est dingue. » Substantif : fou, avec une nuance de fantaisie, « un doux dingue ».
Directif Dérivé de non directif : qui n’est pas non directif. S’emploie avec une nuance laudative : « Au moins, avec lui, on sait où on va.» Bien sûr, trop c’est trop; peut
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donc aussi contenir une intention critique. Est, par exemple, une manière polie de caractériser un chef autoritaire : « il est très directif » ; en d’autres termes : il oblige les autres à aller dans la direction qu’il a choisie.
Discount Rabais. En réponse à « j'aime bien ta nouvelle robe » : un petit discount : « je l’ai trouvée en solde » ; un moyen discount : « ça fait trois ans que je l’ai » ; un gros discount : «tu n’as pas bien regardé, elle me boudine de partout ». Le discount est une réponse à un stroke positif commandée par un pattern de dévalorisation (voir ces mots).
Disparition Dans le monde du jeune enfant, les choses et les gens apparaissent et disparaissent. Il acquiert peu à peu le pouvoir d’influencer ces événements et apprend aussi à en connaître les causes. Il reste au-dedans de nous la conscience de disparitions inexpliquées, comme un noyau d’absurdité existentielle. Nous revivons ces disparitions anciennes sous forme d'angoisse ou de dépression à l’occasion de certains événements de notre vie actuelle : départs, pertes, séparations.
Dispositif Modus operandi mis au point par Freud pour analyser les phénomènes psychiques : le patient est allongé avec pour unique consigne de dire tout ce qui lui vient à l'esprit, et celui qui le traite est assis derrière lui, hors de son champ visuel, de manière à laisser la plus grande place possible aux représentations purement mentales. Le rusé professeur pensait que le désordre apparent des associations libres était la meilleure manière de déjouer
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les résistances et de faire en sorte que s’avance à découvert.
l'inconscient
Distance Espace entre deux ensembles indépendants. Cet espace sert à : — éviter que les corps ne se touchent, — éviter que les signes des différences sociales ou hiérarchiques ne s’altèrent, — éviter que les sentiments ne circulent, rencontrent d’autres sentiments, se modifient.
Perls disait : « Je suis toi, tu es moi ; je ne suis pas toi, tu n’es pas moi. » Distance perdable et retrouvable dans un espace flexible, non euclidien.. humain. Ne pas avoir peur de perdre sa distance.
Divan Meuble bas d’origine orientale. Cette pièce de mobilier qui ornaït les demeures bourgeoises du xix® siècle s’est trouvée promue à un destin prestigieux et presque mystique. On fera religieusement allusion à « ce qui se dit sur le divan » — car, maintenant, le divan a des oreilles, c’est l’analyste qui est assis derrière en train de se gratter le nez ou de se couper les ongles.
Le choix du divan est certainement révélateur du style du praticien, malheureusement, on a peu d’informations à ce sujet, qui n’est jamais mis à l’ordre du jour dans les réunions des sociétés de psychanalyse.
Dominant Dans une basse-cour, chaque poule a un rang dans le picorage. Cet ordre n’est pas nécessairement transitif, c’est-à-dire que poule A peut avoir préséance sur poule B tout en cédant le pas à poule C. Ce phénomène se vérifie dans de nombreuses espèces. Chez les humains, cela s'appelle une hiérarchie. Observez l'ordre des
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prises de parole dans une réunion, et qui se fait remettre à sa place par qui (ce qu’on nommait autrefois « prise de bec »). Dominant épouse dominé. Patience. Dominé dit : « Décide, c’est toi qui a le pouvoir. » En disant cela, dominé s’adjuge un super-pouvoir. Dans l’entreprise, ce jeu est connu sous le nom de « oui, patron ». Dominé jubile. Dominant enrage.
Dos Zone arrière du thorax. Échappe à notre regard. À cause de cette circonstance, la nature a eu tendance à renforcer cette partie du corps par des protections supplémentaires : des os, des muscles, une carapace. D’où les expressions : tendre le dos, faire le gros dos (attendre passivement ce qui va vous tomber dessus). Le pauvre dos, au fur et à mesure que le fardeau s’alourdit, se fatigue et se plaint. Son propriétaire entreprend de remettre
sa bête en condition,
de la muscler.
Il le
conduit chez le kiné, l’inscrit dans un club de gymnastique. Mais à quoi sert un peu de muscle en plus s’il lui faut porter la misère du monde. Vers le bas, le dos offre moins de résistances aux agressions : « Je l’ai dans le dos » (je me suis fait avoir).
Double-bind Imparfaitement traduit par double-contrainte. Celui qui est pris dans un double-bind est ficelé, ligoté. Chaque mouvement resserre le nœud. Exemple classique de la mère qui offre deux cravates à son fils, une rouge et une verte. Il met la rouge. Elle dit : « Alors, tu n’aimes pas la cravate verte que je t’ai offerte. » Elle dit de son mari : « Il n’arrête pas de parler, ça m’agace. » Et, quelques secondes plus tard : «Il ne dit rien, ça m'est insupportable. » Double-bind implique l’accord sur le fait que l’autre
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(enfant, conjoint) est le responsable de mes propres sentiments. Le nœud gordien était un double-bind.
Drague Forme moderne du don juanisme. Le dragueur ne s'intéresse guère au paysage, mais s'occupe et se préoccupe de ses filets. Il les répare, les prépare, les pose, les remorque. Travail de forçat. Sa récompense est le moment où il tire le filet à lui : quelque chose au fond, une pépite peut-être ?
Duel Le singulier, c’est moi. Le pluriel, c’est les autres.
Le
duel, c’est nous-deux. Comme en grec, le parler psy fait honneur à cette forme grammaticale légèrement précieuse, qui souligne la particularité du nombre deux. « Nous recevons beaucoup, mais j'ai su préserver ma relation-duel
avec Chantal. » Vous
direz, admirative :
« Il parle psy, ma chère. » Danger de confusion avec l’autre duel : « combat entre deux personnes dont une exige de l’autre la réparation d’une offense » (Petit Robert).
Dynamique de groupe Par analogie avec la physique, étude des phénomènes (forces) qui se manifestent à l’intérieur d’un groupe. Par exemple, on parlera de forces de cohésion (centripètes) et de forces d’éclatement (centrifuges). Dans certains séminaires, dits de dynamique de groupe, l'animateur ne donne ni but ni consignes, ce qui a pour effet de libérer d’une manière anarchique les forces en présence, avec alternance de phases d’abattement et d’agressivité. Par référence à ce type de séminaire, en est venu à désigner une réunion chaotique, où tout le monde s’engueule. Au lieu du familier « c’était le bordel », on dira plus élégamment : « on a fait une dynami-
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que de groupe ». Les moins versés dans le langage de la psychosociologie entendent dynamite.
Dynamisme Qualité recherchée d’un collaborateur, tout particulièrement dans le domaine commercial. Résume un ensemble de caractéristiques assez floues, non définies scientifiquement : tonique, communicatif..
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optimiste,
fonceur,
enthousiaste,
KSY KR
nlid F
Ecole. Il y a quatre stades dans la vie d'un maître psychologue...
E L'État du Moi Enfant (voir ce mot) en Analyse Transactionnelle.
Éclater (5) Ce qui arriva au roi Louis le Bon après avoir mangé trop de melon. Dans l’usage moderne, manière contre-phobique de surmonter l’angoisse de morcellement inhérente à un plaisir intense (voir ces mots). Notre époque a remplacé l’harmonie ou la perfection par le dépassement, l’expansion: dans l’art, dans la morale, dans la science de l’univers. Ce qui donne à s'éclater une dimension cosmique. Il y a de la toutepuissance là-dedans. Voir les jeux électroniques.
École Il y a quatre stades dans la vie d’un maître psychologue. Au premier, il est à l’école: il faut bien apprendre. Au deuxième, il appartient à l’École: il a besoin d’une caution. Au troisième, il fait école (aux États-Unis, il crée un ins-
titut qui porte son nom et dont il est le seul porte-parole agréé). Au quatrième, posthume, ses amis, ses disciples, interprètent sa pensée, et sa veuve crée une association dans
le bulletin de laquelle elle raconte des anecdotes charmantes du temps où il était encore parmi nous.
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Écoute Qualité indéfinissable et presque mystique. Le paradoxe est que le don vient de celui qui reçoit: il fait don de son écoute. On dira: « J’ai besoin
de ton écoute ; donne-moi
ton
écoute. »
Écoute flottante : celle du psychanalyste qui laisse son attention libre de voguer au fil de l’eau du discours de son patient. « J’ai rencontré un psy au club. Un type formidable. II me donnait son écoute même dans la piscine. »
Ecouter Prêter attention. Marché en très forte hausse depuis que les gens ont perdu l’habitude de parler à leur ange gardien, à leur saint patron, au père céleste. Une des fonctions du psychologue est d'écouter. Ah la la, mais qui va l’écouter, lui ? Alors, il va voir un autre psychologue, et ainsi de suite. Les psychologues n’ont même plus le temps de s’occuper des gens qui ne le sont pas. Situation que résume Snoopy dans une phrase célèbre: « J’ai beaucoup écouté les autres; maintenant, c’est à leur tour de m’écouter. »
Éducateur Qui fait profession d’éduquer la jeunesse. Peut-être pour se différencier des éducateurs ordinaires que sont les parents, ils ont pris le titre d’ « éducateurs spécialisés ». Freud raconte l’histoire d’une personne qui se présentait comme « bonne d’enfants », à qui on demandait si elle avait l'habitude des jeunes enfants et qui aurait répondu : « Bien sûr, n’ai-je pas moi-même été, en mon temps, un petit enfant ? » La question reste ouverte de savoir s’il faut préférer les éducateurs qui ont gardé la mémoire de l’enfant qu'ils
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ont été, ou ceux qui ont réappris l’enfance dans les livres de pédagogie.
Éducation Système par lequel une société transmet sa culture d’une génération à l’autre. Comme il y a toujours des bavures dans ce projet ambitieux, l’éducation laisse à désirer, et la jeunesse reste mal éduquée. Les parents essaient de transmettre à leurs enfants leurs valeurs, leurs croyances, leurs usages, leur savoir. Les enfants essaient de transmettre à leurs parents qu’il y a dans tout ça des tas de choses inutiles, que la vie est simple, et le bonheur le but le plus important. Mais cela ne s’appelle plus éducation. Voilà pour le niveau idéologique. Vue d’une manière plus terre à terre, l’éducation est l’ensemble des règles par lesquelles les parents se protègent contre l’enfant : bruit, désordre, voracité, « perver-
sions » diverses. L’enfant arrive tout nu du fond des âges, il est le sauvage, le primitif, le sioux, l’envahisseur, le rival. L'éducation met le holà. La famille devient colonie.
Les
parents
se
font
soldats,
missionnaires,
administrateurs.
Ego Je en latin. Remplace moi dans une tournure emphatique : « Il est entouré de femmes, cela flatte son ego. »
Egogramme Manière de représenter les États du Moi imaginée par Dusay, disciple de Berne. Permet d’observer la fréquence relative des États du Moi d’une personne, de comparer la vision qu’elle en a avec celle des gens qui la connaissent. L'Egogramme se construit comme un histogramme. Sur la ligne horizontale, indiquer les États du Moi: Parent
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critique (autoritaire, normatif), Parent naturel, Adulte,
Enfant naturel (libre, spontané), formiste,
ou
rebelle).
En
Enfant adapté (con-
ordonnée,
indiquer
la fré-
quence. L'intérêt principal est d’offrir un choix, non en termes de « structure de personnalité », mais d’activités propres à développer tel ou tel comportement. Par exemple, « je suis timide » sera traduit: « Face à certaines situations, je me réfugie dans l'Enfant adapté au lieu d’aller en Adulte ou Enfant naturel. » Que faire pour développer ces autres États dans lesquels je me sentirais plus à mon aise ? Quatre techniques (d’après Dusay) pour exercer l'Enfant libre : — deviner quel genre de nombril ont différentes personnes, —
s’habiller en omettant les sous-vêtements,
—
visualiser les gens « tout nus »,
— parler « en roue libre » comme les mots viennent. Trois techniques pour exercer l’Adulte : — se mettre en position d’observateur (à une réunion de famille) : faire des hypothèses, tester ses hypothèses par expérimentation, — papier-crayon : écrire (ce qui inquiète, ce qui va se passer),
—
apprendre, suivre un stage, une formation.
Égoiïste Ce n’est pas tant que l’égoïste pense à lui avant de penser aux autres (c’est-à-dire moi), ce qui est déjà très vilain, mais excusable : l’égoïste ne se rend pas compte que j'ai plus besoin que lui (d’affection, de caresses, d’argent, de petits soins). Comment expliquer qu’on ait choisi pour compagnon,
ami, associé, justement des égoïstes ? Soit il n’y a que des égoïstes (solution pessimiste, mais simple); soit égoïste est le nom de code du rôle que j’attribue à autrui
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dans ma relation avec lui (hypothèse qui va trop loin car elle peut entraîner une remise en question).
Energie Depuis que Reich a chargé la libido en énergie, ça lui a donné une pêche pas possible. Toutes les techniques corporelles modernes s’y réfèrent. De temps à autre, l'énergie va se ressourcer en Orient du côté des médecines chinoises, japonaises, tibétaines, ou, après s’être tant dépensée, prendre quelque repos dans un monastère bouddhique. Le corps est une machine énergétique qui se procure à l'extérieur ce qu’elle transforme et consomme. Le muscle est un gros consommateur. L'activité mentale, complètement transistorisée, a une consommation brute très faible. Elle a cependant un impact considérable sur tout le fonctionnement. Pour que l’ensemble marche bien, elle doit pouvoir intervenir partout librement, circuler à son aise, ne pas être gênée par des goulots d’énergie statique. Diverses méthodes, souvent influencées par les médecines orientales, dont la Bio, favorisent cette circulation d’énergie, comme moyen de restaurer l’unité, de remettre en phase le psychique et le corporel. La psychologie moderne a comme intériorisé l’angoisse des écologistes sur les ressources énergétiques de la planète. Que chacun de nous « prospecte son jardin énergétique ». Ce ne sera peut-être pas du pétrole, mais quelque chose jaillira, Reich l’avait promis.
Enfant Avec une minuscule, l’enfant historique, en chair et en
os, celui que j'ai été, ou celui dont je suis le père ou la mère. Avec un E majuscule, ou E tout court, par convention, l’un des États du Moi dans l’Analyse Transactionnelle. e et E ont de frappantes ressemblances. A la limite, E est e, sauf qu'il ne voyage pas gratuitement et qu’en contrepartie il a le droit d’aller tout seul au cinéma.
on)
L'enfant découvre le monde, la vie, les objets culturels. Il expérimente, recrée, invente en même temps qu'il découvre. Il n’est pas embarrassé par le savoir, les habitudes, les stéréotypes, il laisse le sens venir à lui. Il rencontre des êtres vivants, même des hommes, qui tant qu'il est encore assez petit lui font tous risette — « comme il est mignon, cet enfant » — et lui aussi leur sourit. Celui-là restera la partie dite libre ou naturelle ou spontanée de E.
Peu à peu, l’enfant gagne en force et en pouvoirs. Il mouille plus abondamment, il désigne par des mots ce qu’il demande, il se déplace et transporte des objets. II se fait sa place, il marque son territoire, avec du caca s’il le faut, vieille habitude biologique, et par là empiète sur la place et le territoire des occupants antérieurs : papa, maman, frère ou sœur. Ceux-là se trouvent avoir gardé l’autre vieille habitude biologique consistant à défendre son territoire, défense qui est une des fonctions de l’agression. Des escarmouches s’engagent aux frontières (« fais pipi, touche pas à ça, mange, c’est l’heure de te coucher, moins de bruit ») qui peuvent évoluer selon les adversaires en guerre froide, en bagarres, en accords limités de désarmement et, dans les cas où ça tourne vraiment mal, en guerre totale. L’enfant perd toutes les batailles, mais sa belle ardeur belliqueuse peut se muer en lutte subversive — ou encore, il tentera sa chance sur
de nouveaux champs de bataille, l’école, le terrain de foot, le martien qui vient de débarquer qu’on appelle son petit frère. De ces péripéties, E gardera les séquelles : on dira qu’il est adapté, soumis ou qu’il est rebelle, révolté — selon que l’insigne qu'il a choisi de porter dans la vie est le drapeau blanc de la soumission ou le drapeau noir (qui quelquefois est rouge) de la révolte. Qui suis-je ? Je suis celui qui a été e. Qui suis-je? Je suis E + P + À, sachant que P et A se développent par différenciation de E et ont gardé dans leur nature intrinsèque la même proportion de ce qui est libre, naturel, et de ce qui subsiste des guerres d’autrefois.
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ITINÉRAIRE DE L'ENFANT C’est un itinéraire qu'on fera à l'envers comme une anamnèse, en allant à la rencontre de l'enfant qui est un autre, à partir de son propre Enfant intérieur, celui qui est le même. On commencera donc au plus près de la fin : vieux, vieillir, en gardant en mémoire
la recommandation
de Groddeck, qu'il faut rester enfantin si l'on ne veut pas un jour être traité d'infantile. Puis on cherchera à reconnaître les péripéties d'enfance qui ont marqué personnalité, et principalement le débat qui n'en finit pas entre l'État du Moi Enfant et l'État du Moi Parent, sous l'œil tantôt lucide, tantôt impuissant, de l’État du Moi Adulte. On identifiera la répétition de fragments d'histoire d'enfance dans la vie adulte. Bien des mots peuvent servir de passerelle : on se croit sur le À de Adulte et on est déjà sur le E de Enfant (avec argent, autorité, classification, contrat, corps, créativité, décision, expérience…. et nous n'en sommes encore qu à Ë). Pour la navette-retour, emprunter le chemin inverse des mots qui partent de l'enfance et atterrissent sur le monde adulte (au hasard: curiosité, cri, caca, cacaboudin...). On franchira le cap de l'adolescence, réputé cap des tempêtes. On fera alors la remontée des stades de l'enfant mythique de la psychanalyse, l'enfant du ça nommé libido, depuis l'hypothétique stade génital des grandes personnes : phallique, anal, oral, narcissique.
Au lieu de ce tracé savant, les grands enfants que ces mots ennuient pourront faire plus simple, de grand à petit. Nous voilà proches de l'antipode, l'autre pôle, la nais101
sance, au bord de l'orifice qui ouvre, comme Jules Verne, sur la mer libre d'où nous venons.
dans
Continent englouti de l'enfance dont restent les archipels de mémoire, de rêve et de fantasme.
Enjeu L'enjeu est ce qui est en jeu. Il y a suspense et tension tant qu’on ne sait pas qui récolte la mise. Les truands trichent; les mauvais joueurs quittent la table: eux ne font pas semblant d'ignorer que le résultat est plus important que la cérémonie. Le jour où vous invitez des gens charmants à dîner, des amis adorables à la campagne, que tout à coup le ton monte, que votre mari toujours si courtois se met à faire la gueule, vous pouvez être sûr « qu’il y a un enjeu ».
Mais l’enjeu, c’est quoi ? Réponse de l’économiste : l’argent. Réponse du sociologue: le pouvoir. Réponse du psychanalyste : la sexualité. (Pour une définition plus précise, voir l’école particulière à laquelle chacun appartient.) En ce moment, l’enjeu est : lequel des trois a raison (ou va prendre la suprématie sur ses collègues). Bravo, vous avez deviné : ce sera moi. Pour les empocher tous les trois, je vais d’abord poser le principe des enjeux communicants. Car qui dit argent dit aussi production de l'argent, donc rapport de production, donc pouvoir. Qui dit sexe dit aussi convoitise ou désignation, ou appropriation d’un objet (voir ce mot), donc concurrence et rapports de pouvoir. Qui dit pouvoir dit pouvoir par ou pouvoir de... Voilà maintenant que ce jeu (de définitions) commence à vous intéresser. Il y a maintenant un enjeu. La maxime est simple, mais je dois vous avertir qu’elle peut mener à des conséquences très peu morales : l’enjeu est plus important que la cérémonie.
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Ennui Sentiment éprouvé quand ce qui est proposé ou imposé ne répond pas à l'attente: «le hachis parmentier, les films porno, les promenades du dimanche, quel ennui ! ». Les adultes, par une sorte de pudeur pour les moments
de grisaille de leur enfance,
évitent le mot,
trop chargé de tristesse et de nostalgie : ils s'emmerdent, traînent, ruminent, rombinent, dépriment.
Entendre « Ce que j'entends, c’est que tu... » Phrase qui permet, sans trop se compromettre, de faire dire à l’autre ce qu’il n’a pas voulu dire. « Tu l’as dit, puisque je l’ai entendu. »
Érotique Qualifie les évocateurs sexuels. La nature nous a donné les plus simples et les meilleurs : — olfactifs (parfum de femme, odeur d'homme), — tactiles (j'ai connu un enseignant qui, pendant tout son cours, caressait de la paume de ses mains les saillies de la chaire d’où il professait — c'était son autre épouse), — visuelles (les sphères et les hémisphères, les lobes, les arrondis, le galbe, les belles pilosités). La culture nous a enseigné l’érotisme du second degré : le récit, la peinture, la représentation des gestes, sensa-
tions, sentiments d’un homme ou d’une femme exposés aux évocateurs sexuels de l’autre, ou exposants, ou les
deux. Les évocateurs sexuels sont actifs pendant la phase dite appétitive du comportement. Ils sont un moyen pour les corps de communiquer à distance et de se diriger dans l'approche de l’un vers l’autre (à des kilomètres chez les insectes, et chez les humains qui ont le téléphone). Une fois le rapprochement accompli, leur mission est termi-
103
née. La phase « consommatoire » dès qu’elle a eu lieu rend les évocateurs inopérants. Après le coît, l’animal n’est pas triste, il est dé-magnétisé.. provisoirement. (Par différence avec érotique, porno ne se limite pas aux évocateurs, mais s'intéresse aux organes sexuels dans le feu de l’action, c’est-à-dire pendant la phase « consommatoire ».)
Érotisation, Erotiser Ajouter une signification sexuelle. L'érotisation délibérée d’une transaction banale est un des charmes de la vie en société et c’est le propre des séducteurs (trices) de savoir faire chavirer leur interlocuteur (trice) avec « avez-vous l’heure ? » ou « descendez-vous à la prochaine ? ». L'érotisation non voulue peut être interprétée littéralement par le vis-à-vis et conduire à des situations embarrassantes : rougir, battre des cils, se caresser les cheveux,
arranger sa cravate, croiser et décroiser les jambes. L'érotisation inconsciente d’un organe ou d’une fonction est le résultat d’un refoulement, et source d’ennuis. L’organe ou la fonction, détournés de leur finalité, se
dévergondent. Par exemple, la peau gratte, l’anus enfle, la pensée se masturbe, le raisonnement se mord la queue, comme ça, pour le plaisir. Freud comparait cet état de choses à ce qui arrive au maître de céans qui a fauté avec sa cuisinière : elle ne lui rend plus les services ordinaires qu’il était en droit d’en attendre. A tout prendre, mieux vaut érotiser au grand jour, comme le font les enfants, que laisser une partie de son corps ou sa tête faire sexe à part.
Esalen En Californie, à peu près à égale distance de San Francisco et de Los Angeles (ne pas prendre l’autoroute mais Highway 1, l’ancienne route des Espagnols qui
104
longe la côte). Centre de séminaires fondé par Fritz Perls. À été la Mecque des nouveaux groupes et nouvelles thérapies.
Esprit Partie invisible de moi-même. Corps a sacrifié autrefois une de ses côtes pour se donner cette compagne invisible (âme, conscience) avec laquelle s’est engagée une dialectique du maître et de l’esclave dont l’issue reste incertaine. Jadis, à ce qu’on dit, le corps était au service de l’esprit,
réputé plus subtil et plus raisonnable, ce qui donnait à ce dernier le droit de le mépriser, de le maltraiter et de lui imposer des privations. Côté jouissance, le corps gardait bien quelques avantages, ce salaud, quoique l'esprit n’ait pas dit son dernier mot là-dessus (voir les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola). Maintenant, ça pourrait être le contraire. On a découvert récemment du côté du corps des trésors d’ingéniosité biochimique que l'esprit s’essouffle à décoder. Le corps sent, figurez-vous. Un de ces jours, on va s’apercevoir qu’il pense. Ce qui est sûr, c’est qu’il s'exprime. Une vedette, une bête ! L’esprit, pas si sûr de garder son emploi, se remue, s’affaire, impresario, manager, metteur en scène. L'esprit le drive, le chouchoute, le conduit dans les instituts de beauté, sur les stades, et,
depuis le troisième rang de chaises, tremble pour la qualité de sa prestation radiotélévisée. « Comment mon corps passe-t-il à la télé? » C’est devenu la question majeure dont dépend le tournant politique de la France. Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? La psychologie scientifique, en effet, celle des laboratoires, s'était
tenue prudemment à l’écart de cette querelle. Son objet n’est ni l’esprit ni le corps, mais l’organisme : une organisation, un système. Parler de mon corps et de mon âme comme s'ils existaient, c’est tomber dans le panneau du corps hystérique, prendre un bric-à-brac de représentations naïves pour une réalité :mon cœur bat,
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palpite ou se glace, ma tête s’échauffe ou s’encombre, mes poumons s’encrassent ou s’oxygènent, je me sens léger ou je porte la misère sur mes épaules... A ce point de mon exposé, je me suis gratté la tête et, par là, j'ai compris que mon corps faisait un signe à mon esprit. Car ce n’est pas un hasard si Freud a pénétré dans le monde intérieur par la porte de l’hystérie. Perls, fondateur de la Gestalt, qui avait un passé de psychanalyste, a repris cette voie en écoutant à tout instant le flux des messages corporels ici et maintenant. Mon corps a toujours un poil d’avance sur la compréhension que j'en ai, ce qui lui reste des millions d’années d’antériorité qu’il s’est acquise dans l’histoire de la vie. Quand ta tête vide menace de s’envoler et que tu as peur de la perdre, emmène ton esprit (ta conscience) dans tes pieds, poseles ou fais-les courir : point de doute, tu as les pieds sur terre.
Essayer Remplace faire ou décider. Forme moderne de la bonne résolution, du vœu pieux. « Je vais essayer (de m’arrêter de fumer, d’être à l’heure à mes rendez-vous, de trouver plus de temps pour mes enfants). » Quand l’Agent secret fait patte blanche, il susurre: « Mais oui, essaye, ça ne coûte rien. » Ce qui lui permet de constater un peu plus tard avec une fausse indulgence : « Tu vois bien, tu ne peux pas. »
État du Moi Pour connaître les États du Moi, il suffit de regarder quelqu'un passer d’un état à un autre : cela crée de la surprise. On dit: « Mais qu'est-ce qui te prend ? » Ou, au pied de la lettre : « Dans quel état tu te mets ! » Chaque État est moi et pourtant, chaque État se présente comme une personne distincte, reconnaissable de l'extérieur à ses attitudes, sa voix, son vocabulaire, ses
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gestes — et, de l’intérieur, à ses sentiments et ses pensées. L’A.T. nous enseigne à reconnaître, à partir de trois États fondamentaux, Parent, Adulte, Enfant, la forme que prennent nos échanges avec nous-mêmes et avec les autres, et les péripéties qui s’ensuivent. Un livre d’A.T., un séminaire d’A.T., seront pour vous l’occasion de convoquer vos États Généraux et de présenter votre cahier de doléances. Ainsi a commencé une grande révolution.
Éthologie Étude scientifique des animaux (voir Lorenz).
Étouffer Parents, beaux-parents, mari, enfants, associations, bonnes œuvres, repeindre la cuisine, refaire la chambre des enfants, montrer Paris à des cousins de province, recevoir des Américains charmants, les châteaux de la
Loire Celui toute dans
peut-être. (celle) qui se plaint d’étouffer oublie qui a moulu cette farine dont le niveau monte, monte, comme un classique fameux du cinéma muet.
Être en Décrit un état: être en manque, froid (avec), (pour)...
en
chaleur,
en
en joie, en sueur, en retard,
en
admiration
L'usage généralisé de cette tournure est le fait d’une personne « attentive à son ici-et-maintenanf » Où encore « très en contact avec soi » (voir ces expressions)) : « Je suis en hésitation,
en inquiétude,
en exploration,
en
attente du déjeuner... »
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Évitement Tendance à s’éloigner d’un objet qui évoque des sentiments négatifs (dégoût, peur). La force d’évitement décroît d’une manière linéaire en fonction de l’éloignement. Ce phénomène (dit gradient d'évitement) ressemble, en sens inverse, à celui de l’approche (voir ce mot). La répulsion n’est pourtant pas le symétrique de l'attraction. Elle a une pente plus abrupte et décroît rapidement, comme
Gradient d'approche
le montre le schéma ci-dessous.
Objet
Gradient d'évitement
attractif
Objet repulsif
Cette différence permet de comprendre ce qui se passe quand attraction et répulsion sont réunies en un même lieu, comme l’épouvantail dans le cerisier: le gourmand s'approche jusqu’à un certain point (précisément le point où les deux gradients se rencontrent) et s’immobilise là, contemplant de loin le but à la fois convoité et redouté.
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Distance à l'objet
À ;
Objet attractif#12
point d'arrêt
répulsif
Ainsi s'expliquent de nombreux comportements jugés illogiques : préparer un examen et ne pas s’y présenter; prospecter pour un achat ou une vente et ne pas réaliser ; poursuivre quelqu'un et s'enfuir quand une occasion de rencontre se présente ; se mettre au lit avec quelqu'un et être soudain refroidi(e). Les gens qui sont sujets à ce genre d’incidents de par-
108
cours
en sont étonnés
eux-mêmes : « Tout à coup, je
n’en avais plus envie. » L’explication véritable est que la peur avait pris le pas sur le désir. Les traiter avec : « Ton instinct de conservation a été le plus Er ort. »
Excitation Stimulation d’un organe ou d’un processus. « Ce projet de métro à Venise, avec Liliane qui ne porte pas de soutien-gorge au bureau, ça m’excite. » S’oppose à inhibition.
Expérience Manière noble d’annoncer à soi ou aux autres qu’on a fait quelque chose de ne pas très catho dont on avait très envie: « J’ai voulu faire l’expérience (de tromper mon mari, d’avoir une relation homosexuelle). » Dans le langage de l’A.T., la formulation qu’a trouvée l'Enfant pour raconter une bêtise à son Parent sans se faire engueuler.
Exprimer (5°) Dire ce qu’on a à dire. À partir de cette définition simple, les complications commencent. S’exprimer, c’est dire ce qu’on ressent plutôt que ce que l’on sait de soi. C’est se mettre en accord avec soi à travers les mots plutôt que chercher à plaire ou à convaincre. C’est renoncer aux mots quand ils ne sont pas adéquats, s’en aller quand ils n’ont pas leur place dans le contexte.
Un psycho-sociologue racontait qu’un participant à une session de dynamique de groupe qu’il conduisait était monté sur la table et s'était dépouillé de ses vêtements. Il (le psycho-sociologue) lui dit : « Tu t’es exprimé. »
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Fantasme.
Blanchir ce Noir en lui apprenant les usages de la civilisation.
Facilité La facilité résulte d’un avantage inné. De ce fait, elle n’a pas bonne presse dans une culture qui valorise l’effort et la compétition. « Il a de la facilité pour apprendre... » La facilité est presque une tricherie. Si vous avez de la facilité pour les maths, faites du latin et là, on verra de quoi vous êtes capable! Appliquée à la conduite de la vie, facilité-félicité n’est pas mieux considérée : elle est une invite à profiter, se laisser aller, écouter ses goûts et ses envies.
Dame Facilité alla un jour voir un agent de relations publiques qui lui expliqua : « Votre seule chance est de changer votre image de marque. Nous allons montrer combien est long et difficile le chemin qui mène à la facilité. Nous allons faire payer les gens pour l’obtenir. Nous allons créer des concessionnaires agréés. Il y aura beaucoup de clients et on ne pourra les servir tous. » Elle suivit ce conseil. Sa reconquête du marché est en assez bonne voie.
Faire Produire, tranformer.
Le petit d’'homo faber aspire à faire dès qu’il sait se mouvoir. Il est curieux et impatient d’expérimenter son pouvoir sur les objets, la pesanteur,
l’eau, le sable, le
feu. Trop souvent, l’éducation consiste à lui apprendre à ne pas faire, réprimer son désir de faire, l’oblige à l’inhiber. Faire quelque chose pour soi : se gérer, se prendre en charge, en cas de besoin savoir demander de l’aide, mener à bien un projet de changement.
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Faire-Part Ça existe encore, les Faire-Part. « Les familles X et Y, Madame
veuve V née Z ont la
douleur de vous faire part de... » « Michèle et Marie ont la joie de vous faire part de la naissance de leur petite sœur... » Le Faire-Part est une réponse préventive à des questions qui pourraient devenir embarrassantes, telles que : « Qu'est-ce qu’ils ont fait du grand-père ? » « On dirait qu’il y a du nouveau chez ceux du 4°. » Nous approchons du pot-aux-roses : il y a du fabou (voir ce mot) et parfois réellement du scandale sous le faire-part (qui vient de perdre sa majuscule). Le faire-part tente de légitimer un acte proscrit ou étroitement codifié par la société : le meurtre, l’union des sexes, la procréation. Autrefois, le Faire-Part était le faire-part de la cérémonie qui avait cette même fonction (Pierre Benoît s’étonnaît que de bonnes familles répandent si bruyamment la nouvelle qu’une de leurs filles allait perdre son pucelage). Aujourd’hui, cérémonie en déclin, ou pas de cérémonie du tout, et pour cause, reste le Faïire-Part : « Mademoiselle Dupont a la joie de vous annoncer la naissance de son premier enfant. »
Famille Groupe humain défini par des liens de parenté (de consanguinité). Au premier niveau, la famille est : — Un contenant: on «quitte sa famille», on « revient dans sa famille » ;
—
une référence : « Dans ma famille (à moi), “on est” (comme ça, pas comme ça), “on fait ” (comme ça, pas comme ça). » Au deuxième niveau, la famille est une topique et une dynamique : j'y ai eu ma place (comme à table), mes fonctions (par rapport à papa, maman, le couple papa-
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maman, chacun de mes frères et sœurs, la phratrie tout entière). Après avoir quitté sa famille, l’individu n’a de cesse de reconstituer sa famille d’origine, avec une femme et des enfants, avec un cercle d’amis, dans l’entreprise où il travaille. Il devrait, cette fois, pouvoir la composer à sa
façon, choisir ses petits frères (s’il a été l’aîné), sa grande sœur (si elle fut la cadette), un père vénéré (dont elle soit l’assistante), une maman bienveillante (pour être son adjoint). Pas mal de gens y parviennent, non sans commettre des erreurs de-ci de-là sur l’attribution ou rencontrer des partenaires récalcitrants : « Débrouillez-vous tout seul ; je ne suis pas votre mère. » D’autres gens échouent, recommencent, échouent à nouveau : ceux-là débarquent dans la vie de couple ou d’entreprise avec un projet d'enfance têtu, devenu absurde ou pourri, tel que punir papa de ce qu'il a fait subir à maman — ou prouver à ses frères qu’elle est plus maligne qu’eux — ou se venger de la petite sœur qui est venue lui piquer sa place... Cependant, la famille réelle s’est recomposée dans la mémoire comme un lieu idéalisé de protection, de bonheur peut-être. Quand on a un pépin, on retourne chez papa-maman. On voudrait être auprès d’eux l'enfant actuel de leur couple idéalisé. On est déçu de s’apercevoir qu'ils sont ce qu'ils étaient. Nous sommes devenus ce que nous sommes une première fois dans le sein de notre maman, une deuxième fois dans le sein d’une famille. Il nous reste, bien à nous, une troisième fois...
Fantasme Composant de la vie imaginaire. Les fantasmes du sommeil s’appellent rêves. Une bande de fantasmes vagabonds traversant le paysage diurne : rêverie — et, quand ils sont dirigés : rêve éveillé. Un fantasme pris pour une réalité : illusion.
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Un fantasme dont on refile la paternité à quelqu'un d'autre : projection. Ah, qu’elle était jolie la vie fantasmatique avant qu'on nous l’explique. Prenez ce sédentaire qui rêve d’être le naufragé d’une île déserte (j’en connais au moins quatre en littérature). Ne dirait-on pas un enfant qui voudrait être enfin seul avec sa mère (et que la mer l’enferme) ? Alors, il explore le corps de l’île, ses monts, ses plaines et ses bosquets, il se vautre dans ses bourbiers, il s’abrite A
dans ses grottes, il lui fait toilette et embellissement, lui-
même met ses beaux habits pour lui faire honneur — jusqu’à ce que ses prévenances soient récompensées par l’arrivée d’un enfant extra-utérin qui porte un nom étrange (Vendredi, celui précisément du jour de la semaine où l’on se tient à l’écart de la chair). Robinson n’a de cesse de blanchir ce Noir en lui apprenant les usages de la civilisation. Juste ce que tentent de faire nos moi avec nos ça. Freud se laissant aller un jour à fantasmer le fantasme l’a décrit comme un nègre blanc, habile à se faire passer pour Blanc en imitant le fonctionnement conscient, mais «se trahissant par quelque indice frappant » rappelant la noirceur de son origine inconsciente. Plus le projet inconscient qui a engendré le fantasme est coupable et doit donc rester secret, plus l’élaboration consciente (celle de l’artiste par exemple) doit le faire paraître vraisemblable et quasi réel, car plus noir est le désir, plus blanche doit être la lessive.
Fatigue État qui résulte d’une sur-consommation d'énergie. Tout le monde sait reconnaître la différence entre bonne et mauvaise fatigue. La bonne est celle qui suit la dépense musculaire, sport ou travail manuel. La mauvaise est souvent difficile à relier à une cause particulière : on peut, à la limite, être fatigué de ne rien faire. Deux sources de mauvaise fatigue : — Le stress, les tensions qui s'accumulent sans aboutir à la décharge émotionnelle.
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—
Les «Gestalt ouvertes » qu’on traîne avec soi, projets de vie non accomplis. Il est convenu que la fatigue, comme la maladie, donne des droits : « Je suis fatiguée, emmène-moi dîner au restaurant » ; « je suis fatigué, restons à la maison ». Il se trouve des gens pour conseiller à celui qui est fatigué de se reposer, ou de faire un jogging, ou de prendre un billet pour Bangkok. A tout il répond : «je ne demanderais pas mieux, mais avec ma fatigue, comment veux-tu ? » car, s’il s’absentait d’elle, qui alors prendrait soin de sa fatigue ?
Feed-back Retour à l’émetteur. Le feed-back est essentiel à la régulation : si la température de l’appartement est trop élevée, il faut trouver le moyen de le « dire » à la chaudière. Le feed-back est d’autant plus efficace que l’information-retour emprunte un autre canal que l’information-aller. Appliqué à moi, cela veut dire : — que mon état intérieur me donne une certaine indication de chaleur ou de froideur dans ma façon de traiter les gens ;
—
que si je suis attentif à leurs réactions, je saurai à peu près s’ils ont chaud ou froid ; — que s'ils me disent réellement l’effet que je leur fais, j'aurai une information plus fiable (par un autre canal). Dans ce dernier cas, la tendance naturelle (à éviter) est de répondre au feed-back « tu te trompes, je ne suis pas si. que tu crois », ce qui équivaut à ce que ferait une chaudière qui dirait : « Ma température est tout à fait bonne, c’est vous qui êtes frileux. » Le feed-back est un puissant moyen pour inciter autrui à modifier son comportement. C’est pourquoi j'en donne volontiers aux autres et je le reçois avec difficulté.
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Feminite Lé
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e
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Ce qui caractérise le sexe féminin. Si la féminité est ce qu’ont en commun quelques milliards de femmes sur la planète Terre, il n’y a pas d’autre ressource que de la caractériser par les différences anatomiques, physiologiques et morphologiques qu’elles présentent au regard des représentants, presque aussi nombreux, de l’autre sexe. Un sexe en creux (ce qu’on appelle une prise femelle en électricité), des hormones particulières (l’œæstrogène), une forme du corps où sont accentués la rondeur, le convexe et le concave.
Avec cela, leur contribution à la perpétuation de l'espèce est différente de celle des hommes, ce qui entraîne d’autres différences dans l’appropriation des enfants, la division du travail, le rôle social.
Si la féminité est ce que découvre d’elle-même une fille, c’est le déchiffrement chaque fois recommencé des messages que lui transmettent sa mère, son père, ses frères, sur ce que c’est qu'être une fille. « Tu es une fille » ou « tu es un garçon manqué » sont des impositions (voir ce mot) qui la contraignent à s'identifier à la manière d’être ainsi désignée. Ceux qui lui transmettent ce savoir l’ont eux-mêmes acquis de leurs aînés. C’est un patrimoine culturel, modelé par l’histoire au cours du temps, que chaque enfant-fille est mise en demeure de réactualiser. Si la féminité est ce que possède la femme qui est à côté de moi-femme — et que nous avons en commun — ou à côté de moi-homme — et qui nous différencie — c’est un ensemble de signes (vêtements, gestes), de signaux (séduction, rivalité), de stéréotypes (une femme est dépendante, intuitive, fidèle), qui, sous couvert de me donner un code pour reconnaître qui est là, risque fort de me faire passer complètement à côté de la personne réelle ici présente. Des tentatives sont perpétuellement renouvelées pour franchir l’écran culturel, retrouver la « vraie nature » de la femme :
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—
à l'intérieur de soi (même quand on est un homme), — dans une relation fusionnelle, sexuelle ou non, qui abolit les différences. Définir : démarche masculine qui n’a de cesse d’enfermer l’eau qui court. L'homme est la cruche qui a la nostalgie d’être plus belle que l’eau.
Femme S’emploie pour introduire — soit un stéréotype : « ah, les femmes... » — soit une répartition : « les hommes d’un côté, les femmes
de l’autre » ; «les femmes
et les enfants
d’abord » ;
— soit un recensement : « 53 % de femmes ». A donc un usage essentiellement signalétique, basé sur le seul critère du sexe. Pour dire plus, il faut charger le mot : «une vraie femme ; une femme femme ; une femme très féminine ».
La société tient à la clarté, c’est-à-dire aussi à la séparation, essentielle au fonctionnement du tabou (voir ce mot). La femme portera des vêtements de femme, aura des activités de femme. Sinon, on ne sait plus « si on a affaire à un homme ou à une femme ». Un homme ne peut être une femme. Il lui est permis d’être féminin.
Fesse Partie charnue au bas du dos. Le dessin arrondi des fesses est, chez des mammifères, l’un des principaux évocateurs de l'instinct sexuel. L’attrait des humains pour les seins, l’épaule, le genou, voire la cheville, ne serait qu’un dérivé du pouvoir d’attraction des fesses dans notre patrimoine génétique. L'emploi dans le langage courant de fesse pour sexe dans des expressions comme «il ne pense qu’à la fesse », « elle a la fesse triste », est donc tout à fait justifié. Est parfois utilisé comme partie prise pour le tout pour
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désigner un objet de désir : « Quand il voit passer une fesse. » Ou (chez les écoliers) : « La maîtresse est une fesse. »
Festif De fête, festivité.
Remplace le trop savant ludique, du latin ludus, jeu, qui n’était compris que par les gens qui ont fait tant d’études qu’ils ne savent plus faire la fête.
Fête La fête a quatre fonctions : 1: Elle est prétexte à se retrouver, se « réunir ». Ne dites pas : « Je ne vais pas à ta fête, j'habite trop loin. » La fête invite à cet effort. Elle est un lieu d’échange : les invités apportent des cadeaux, reçoivent à boire et à manger. On se donne aussi des baisers, des nouvelles, de l’affection. Les tribus esquimaux se rencontraient au
cours de grandes fêtes annuelles où elles se comblaient mutuellement de dons. Ne dites pas : « Je suis venu comme Ça, les mains vides. » Préparezvous. . Elle est une occasion de dépense, surconsommation, gaspillage, de boissons, de gâteaux, de bougies, de musique et de mouvement. La fête invite la nature à déployer la même surabondance, elle la « met en train ». Ne dites pas « un quart de champagne et 125 g de petits fours par personne », ou « pas de bruit après 10 heures du soir » — vous arrêteriez le printemps dans son élan. Elle est une pause dans les conventions, les interdits, le respect des règles et des tabous. La cuisson
du méchoui a pris la place du meurtre de l’animal totémique, qui lui-même... Ne dites pas : « Je suis d’accord pour y aller à condition que tu te tiennes bien. » Si c’est cela, ce n’est plus une fête, c’est un
simulacre : quelle fatigue et quel ennui.
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.
.
Fixation Attachement du désir à un objet particulier. Le désir revient sur le lieu de son plaisir, ce qui fait que régression est fille de fixation. Au début de notre vie, bien avant le langage et la mémoire consciente, nous avons placé notre libido à tort et à travers, dans tout ce qui nous tombait sous la main : le sein de notre maman, la barbe de notre papa, notre pénis, notre caca... En grandissant, nous avons réussi à transférer certains, ou une partie, de ces investissements. D’autres sont restés sur place, là-bas, comme des comptes bloqués, que de temps à autre nous allons visiter clandestinement. D'un point de vue pratique, pour s’attacher quelqu'un, trouver sa fixation.
Flexible A la fois dur et mou. Qualité appréciée dans les interactions, qu’elles soient publiques ou privées.
Flipper Par analogie avec le jeu du vant aller jusqu’à l’orgasme, gène. Quand le prof m'envoie au un client, quand j'invite ma
même nom, décharge pouliée à une situation anxiotableau (quand je vais voir belle-mère à déjeuner), je
Jlippe.
Folie Originellement, état de celui qui a perdu la raison. Par extension, acte inconsidéré ou qui sort de l’ordinaire : adopter un chien, se faire teindre les cheveux en rose, se
marier. Geste onéreux qui matérialise l’élan, la passion, vers quelqu'un : « Il était capable de faire des folies pour moi. »
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Engouement collectif et irraisonné : un tube, une danse, un accessoire vestimentaire devient «la folie du moment ». Sans un grain de folie, la vie serait monotone. Avoir sa folie, c’est être ni fou ni popote. La nouvelle psychologie rend hommage à cette face cachée, irrationnelle de notre être : « laisse-toi vivre ta folie » ; autrement dit : « Fais confiance à cet autre toi-même qui habite sous le même toit (toi) que toi. »
ITINÉRAIRE DE LA FOLIE ET DES GRANDS TROUBLES Nous commencerons par les troubles les plus primitifs ou archaïques. Ils prennent leur origine peu après la naissance, quand le nouveau-né sorti du ventre de la mère a besoin de rester très proche de celle qui lui procure le bien-être et la nourriture. Le bébé est lié à cette source par un attachement fusionnel de même nature que ce qui plus tard s'appellera amour, État amoureux. La perte ou la détérioration de ce lien peuvent le rendre malade, fou, comme c'est le cas aussi en amour. La perte du lien, c'est l'abandon qui se perpétue dans la dépression et la schizophrénie. La détérioration du lien, c'est la persécution, menace omniprésente dans la paranoïa. En psychiatrie, ces grands troubles s'appellent psychoses. Dans le langage courant : fou, dingue, schizo, parano. La psychiatrie traditionnelle avait renoncé à les comprendre et à les guérir. L'antipsychiatrie s’entête à tenter de les comprendre et de communiquer avec ceux qui en sont affectés. Ce qui requiert beaucoup de douceur et de patience, qualités que n'ont pas forcément les psychiatres.
Une deuxième famille de troubles vient de la rencon-
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tre du désir qui recherche la satisfaction et de l'interdit qui y met obstacle. Certains effets de la conjonction du désir et de l'interdit (ou punition) ont été observés dans l'étude expérimentale de l'approche et de l'évitement. Dans la vie courante, les conflits qui en résultent sont générateurs de tensions et d'angoisse. Quand le conflit finit par envahir la personne et l'empêcher d'avoir une vie normale, ressemblant ainsi à une maladie, on l'appelle névrose. La psychiatrie a donné divers noms aux névroses selon leurs manifestations : névrose d'angoisse et phobie (où domine l'angoisse), névrose obsessionnelle (où domine l'ambivalence), hystérie (quand le conflit est traduit sous forme corporelle). Les troubles de cette deuxième catégorie sont accessibles à la conscience et peuvent être expliqués par celui qui en souffre. La psychanalyse, au temps de Freud, s'était donné pour but de les « guérir ». On s'aperçoit, maintenant, qu'ils font partie, à des doses diverses, de la vie de l’homme normal et toutes sortes de thérapeutiques leur sont offertes. Une troisième famille de troubles résulte d’une combinaison des deux premières : la persécution y devient la manière privilégiée de lutter contre l'abandon, et l'interdit devient l'objet même du désir (il faut être tordu pour comprendre ça, non ?). Ce sont les perver-
sions, modes de jouissance qui ont fait partie du répertoire naturel de l'enfant (qui mord le sein de sa mère ou se régale de recevoir panpan cucul) et sont restées, par fixation, les manières préférées de satisfaire la pulsion. Les grands pervers sont a-sociaux et vont jusqu'au crime. On se contente souvent de pervers au petit pied, dits masos ou sadiques. Il ne suffit pas, c'est bien connu, de ne pas être malade pour être bien portant. Que ceux qui n'auraient pas trouvé leur place dans ces grandes allées des Enfers, où errent des ombres illustres, se 123
rassurent : rendez-vous à la demeure de l’homme normal.
Folie à deux Forme de démence, avec délire partagé, qu'ont cru observer les psychiatres français de la fin du xix® siècle. Continue à être citée « en français dans le texte » dans les manuels de psychiatrie anglo-saxons. Cette contribution nationale explique peut-être que nos collègues étrangers choisissent volontiers Paris ou Nice pour y organiser leurs congrès — dans l'espoir secret de connaître folie à deux à la française.
Fragile A manipuler avec précaution ; qui risque de se briser. Se dit de quelqu'un dont on veut faire comprendre qu’il réussit à mener une vie à peu près normale, mais qu’il s’en faudrait de pas grand-chose pour que ça tourne mal. Certaines personnes s’appliquent à elles-mêmes ce qualificatif, avec le sentiment que ce serait pour elles un soulagement si elles se laissaient aller à craquer. Évitez de faire état de croyance à des phénomènes surnaturels ou supra-sensibles, ou psy tout simplement, si vous ne voulez pas risquer d’être étiqueté fragile.
Fraternel Concerne la relation avec le frère (ou la sœur). Sauf dans l’expression rivalité fraternelle, le mot semble n'avoir conservé que le pôle positif de l’ambivalence qui caractérise les rapports entre frères et sœurs : « J’ai pour lui une amitié (une affection, un lien) fraternelle. » Sert aussi à définir une relation positive qui n’est ni amoureuse ni érotique avec une personne de l’autre sexe.
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Béni soit le refoulement qui nous permet de garder le meilleur du mot, dépouillé des pulsions homicides et incestueuses que pourrait contenir la chose.
Frere Les mots pour parler des frères vont par deux, comme des frères : semblable-différent, bon-méchant, grandpetit, celui qui réussit-le raté. Mettons deux frères (deux sœurs) : L'un avait sa place, la meilleure, celle de l’unique ou du dernier. L’autre vient la lui ravir. Le premier est plus âgé, c’est son principal avantage : plus fort et sachant plus de choses. Par là, il est un pôle d’attraction pour le second qui aspire à faire comme lui, être reconnu par lui. Mais lui, l’aîné, tient à garder son avantage, à prouver qu'il est le plus fort : il déjoue perpétuellement l’entreprise du cadet. Bien sûr, les parents se mêlent de l’affaire. Ils sont porteurs du programme biologique qui consiste à protéger (préférer) ce qui est petit. Le petit est plus mignon (plus aimable). Progressivement, car le débat ne s’interrompt jamais, les parents stabilisent en traits de personnalité (différences) ce qui n’était à l’origine que deux rôles dans une situation imposée, fermée. Cette histoire commence tôt. Caïn et Abel sont le deuxième couple de la Bible. L’aîné, le fort, élimine le cadet, le gentil — ce qui fait du premier le méchant, du second, le bon. Ils peuvent l’un et l’autre réussir dans la vie, mais on
devine que ce sera par des voies fort différentes, en mettant en œuvre les stratégies et les talents qui leur ont servi dans la querelle d’origine. Le couple fraternel est l’autre prototype du couple. Le rapport frère-sœur se substitue subrepticement au rapport homme-femme dans bien des couples conjugaux où il y perpétue sa querelle (« mon épouse, ma sœur »). Il hante notre vision de l’altérité (« mon semblable, mon frère »).
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Freud Prénom
: Sigmund. Né en 1856, mort en 1939.
Fils aîné de la seconde femme de son père. Son père était déjà grand-père à sa naissance. Confidence de Freud : « Celui qui a été le fils préféré de sa mère garde la vie entière un sentiment de conquête, une confiance dans la réussite qui souvent induit une réussite “ réelle ”. » Scénario de Freud, vu par Berne : « Sigmund avait décidé de devenir un grand homme. C'était un bourreau de travail. Il essaya d’accéder à la classe dirigeante qui pour lui représentait le Ciel, mais on ne le laissa pas faire. Il prit alors le parti d’aller visiter l’Enfer. Il n’y avait pas de classe dirigeante en Enfer. Il commença donc à faire autorité sur l’Enfer, qui, pour lui, était l’Inconscient. Et cela marcha si bien qu'il devint lui-même la classe dirigeante, au bout d’un certain temps. »
Freudien Du nom de Freud. S’emploie absolument (« c’est freudien ») ou accompagne des mots comme lapsus, symbole, interprétation, complexe. Son emploi annonce qu’on s’aventure dans le domaine périlleux des choses de l’inconscient. Sert aussi à se dédouaner d’avoir entraperçu une allusion sexuelle dans une phrase, un geste innocent de soi-même ou d’une tierce personne. Lapsus freudien : « J’espère que vous vous amuserez
bien à ma petite fesse (pour fête). » Symbole freudien : « La page blanche (ou le bol de lait, ou la cigarette) évoquent le sein de la mère. » Interprétation freudienne : « Il s’est rasé le crâne pour se faire ressembler à un phallus. » Complexe freudien : «Il ne peut pas s'empêcher de faire la cour à la secrétaire de son patron » (allusion au complexe d’'Œdipe). Dans toutes ces occasions, la paternité de Freud est tel-
lement évidente, pour des gens un tant soit peu initiés,
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qu’il est maladroit d’insister lourdement. Freudien est donc à éviter. Lacan a renouvelé et modernisé le mot en appelant freudien tout ce qui appartient à sa propre pensée. Mais n’est pas Lacan qui veut.
Frigidité Incapacité de la femme à atteindre l’orgasme. Beaucoup de couples reproduisent les règles culturelles selon lesquelles a) c’est l’homme qui propose, b) la finalité du rapport sexuel est son plaisir à lui. La frigidité peut être tout simplement la réponse de la femme à ces règles. Elle riposte, mais ne change pas la règle. Question insidieuse du psychologue qu’elle va consulter : « Quel bénéfice retire-t-elle de cet état de choses ? »
Frustration État de malaise lié à la privation. Des tion dans vend
chercheurs américains ont mis en évidence la relaentre le cours du coton et le nombre des lynchages le sud des États-Unis. Les années où le coton se bien, il y a peu de lynchages ; quand le coton
baisse, la violence s’élève. Ils en ont tiré la loi dite frus-
tration-agression : la frustration rend méchant. La privation pourrait n’être qu’une donnée quantitative, un incident technique. Mais comme nous sommes habitués depuis l’enfance à ce que la plupart de nos besoins soient satisfaits par l’intervention ou l’intercession de quelqu'un, le manque se transforme en désir de vengeance vis-à-vis de la personne qui est accusée, à tort ou à raison, d’en être la cause. Chaque frustration est donc un petit accès de parano (voir ce mot). De là, des accusations telles que : « Quand tu prétends vivre ta vie, tu ne tiens pas compte de mes frustrations. » La réplique érudite serait : « Ce n’est pas ma faute si tu files un mauvais coton ; et puis, d’abord, je ne suis pas ton nègre. »
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Frustre Celui qui subit une frustration. Comme,
en société, chaque catégorie tire à soi, tout le
monde frustre tout le monde et nous sommes tous des frustrés. Acception particulière : quelqu'un qui ne baise pas. Un chef autoritaire et ronchon avec le personnel féminin est à priori un frustré.
Fusionnel Qualifie un état où deux personnes se réunissent pour ne faire qu’un et peuvent prétendre ne plus savoir lequel est lequel. On suppose que le fœtus ou le bébé qui tète est avec sa mère dans un état fusionnel. S’emploie pour désigner un moment de bien-être avec quelqu'un qu’on aime : «J'ai passé une soirée avec Nicole, c'était chouette, c'était fusionnel. »
Un groupe où les particularités s’aplanissent pour faire place à un sentiment d'appartenance est fusionnel.
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vs
Galère. Boulot, métro, vacances en famille...
Gagnant À détrôné notre vieux gagneur en revenant des ÉtatsUnis (de chez les winners). « Achille était un gagneur », devant Troie, puis sur les
cours de pétanque. Achille sait qu’un jour il sera battu, et ça lui fait mal au talon. Gagnant et perdant ont la même vision du monde, comme d’un concours perpétuel ; ils agissent les deux faces d’un même scénario, celui où les bons l’emportent à la force du poignet et où les mauvais (ou les paresseux) sont largués. Deux psychologues américains ont prétendu mettre l’Analyse Transactionnelle au service de cette idéologie. L'un de leurs titres : Naître gagnant ; il n’est jamais trop tôt pour être dans la course.
Galere Anciennement, grand bateau propulsé par des rames quand le vent faisait défaut. La main-d'œuvre était fournie par les forçats, condamnés de droit commun, qui actionnaient
les
rames
enchaînés
à leur
banc,
en
cadence, et sous la menace d’un garde-chiourme. Désigne par extension toute situation sans espoir d'amélioration dont on veut souligner la pénibilité (boulot, métro, vacances en famille). Attention aux mauvaises surprises : « Venez donc faire un tour en bateau avec moi. » Et si c’était la galère ?
Génial Caractérise celui qui a du génie. Pendant longtemps, l'appellation a été réservée aux grands inventeurs: Archimède, Michel-Ange, Pascal.
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A l’époque de la psychologie scientifique et des tests, a été défini comme génial l’heureux possesseur d’un QI supérieur à 150. Puis ont été déclarés géniaux les conducteurs de peuples. Pour nous, Français, le seuil qui ait mérité cette appellation à titre posthume est Napoléon. Maintenant, tout et tout le monde est génial. Il est recommandé d’utiliser le mot fréquemment pour donner de soi l’image d’une personne enthousiaste, pas radin, congéniale, quoi!
(Voir @Q1)
Genital Stade ultime de l’évolution de la libido. Celui auquel elle se dépasse elle-même en enfantant — des enfants ou des œuvres. J’admire mes enfants, je me reconnais dans mes œuvres, je contemple un moi qui est autre et plus que moi : le stade génital accomplit à travers un grand détour la passion narcissique, et boucle avant la mort l’orbite de la vie. N.B. : avoir des enfants n’est pas une preuve suffisante de l’avènement du stade génital. Si tel était le cas, moins de parents s’acharneraient à retoucher leur œuvre, la barbouiller, en faire un chromo insipide ou l’enfermer dans un placard. Cette remarque est valable aussi pour les artistes avec leur production, les hommes d’affaires avec leurs investissements, les architectes avec leurs réalisations, etc.
Gérer Agir, maîtriser, diriger. Mot-clef du vocabulaire économique qui sert surtout à garder la tête haute face à des phénomènes qui vous dépassent. On gère le déficit, le chômage, la crise, les
couches du bébé. Par analogie, quand vous êtes malheureux en amour,
il vous
reste à gérer votre frustration,
votre jalousie. Se gérer soi-même est un droit imprescriptible. À quelqu'un qui vous veut du bien d’une manière importune : « Laisse-moi me gérer ».
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Gestalt Mot allemand traduit imparfaitement par le terme forme. Il y a deux écoles de la Gestalt. L'une, en Allemagne dans la première moitié du siècle, étudie le champ perceptif. L'autre, récente, créée par Fritz Perls, s’occupe du champ de conscience. Une Gestalt a plusieurs caractéristiques : — l'unité. Des bouts de ferraille mis ensemble, ça ne fait pas une unité ; ce que je vois sur la route, ce ne sont pas des bouts de ferraille assemblés, mais un camion : Ça fait un tout. Dans la conscience, idem. Un sentiment, une sensation, une idée, un projet, c’est chaque fois
—
—
une unité qui fait elle-même partie d’une unité plus vaste : moi. la prise de conscience (angl. awareness). Dans le monde intérieur, la prise de conscience est le moyen que nous avons de rétablir sans cesse l'unité. Se gratter le nez, taper du pied sans conscience ne sont que gestes parasitaires. Si la conscience que j'en prends me fait découvrir ce que ces gestes veulent dire, ils font vraiment partie de moi. ]a fermeture ou l’achèvement. Un projet, une nouvelle relation sont des Gestalt ouvertes ; une chose faite, le souvenir d’une relation ancienne, sont des
Gestalt fermées. Une Gestalt ouverte me sollicite, aspire à ce que je travaille à son achèvement, exige de moi disponibilité et énergie. Une Gestalt fermée peut être classée, rangée dans la mémoire comme dans un placard. Parler Gestalt permet des figures élégantes, à condition, bien sûr, d’avoir compris comment cela fonctionne. Dites : Rencontre : « on s’est plu, j’ai ouvert une Gestalt» — au lieu de : « j’ai décidé de la revoir ».
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Rupture : « je ferme la Gestalt » — au lieu de : « c’est terminé ». Travail : « je viens de fermer une grosse Gestalt (de rédiger un rapport, de poster ma feuille d'impôts). » Raison : « tu n’arrêtes pas d’ouvrir de nouvelles Gestalt, ça pompe ton énergie » — au lieu de: «tu te dépenses, tu te surmènes ». Intimité : « Chéri, s’il te plaît, ce week-end, laisse tes
Gestalt-bureau », mieux que : « je supporte mal que tu emportes des dossiers à la maison ».
Gestuel Concerne les gestes et leur signification. Quelqu’un lève le doigt : nous comprenons qu’il a envie de parler (comme autrefois de faire pipi) ; ou qu’il nous donne un avertissement — et c’est bien cela qu’il voulait signifier. Quelqu'un se gratte la tête : nous comprenons qu'il réfléchit, hésite —
il le sait, mais ne voulait pas forcé-
ment le montrer. Quelqu'un remue les pieds sous la table ou a un pied posé à plat, l’autre sur la pointe (position de départ du 100 mètres) : 1l passera inaperçu à beaucoup de gens qu'il a envie de se sauver ; lui-même protesterait qu'il est content d’être ici. Cependant, la vérité ce sont ses pieds qui la disent. Des pieds à la tête, nos gestes expriment ainsi en permanence nos états d'âme, nos intentions, nos voix intérieures. Pour mieux comprendre les autres, coupez le son et fiez-vous aux images : « Je n’ai pas écouté ce que vous disiez, qui était certainement très intéressant, mais je regardais votre gestuelle (sic) qui signifiait très clairement que. »
Gourou Mot d’origine incertaine. tromperie.
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Peut-être de l’arabe gurur:
Vrai ou faux sorcier, mais le sorcier lui-même sait-il la
différence ? Le gourou est un guide d'initiation. Le gourou est sage, car il n’a pas de définition de la sagesse. Il est désintéressé, car il ne fait pas de différence entre l’argent des autres et le sien. Il est chaste, car il ne fait l’acte d’amour que pour apaiser le désir de l’autre. Il est généralement admis qu’il faut avoir un gourou pour devenir gourou soi-même. Un vrai (?) gourou ne contredira pas cette croyance, car il lui est nécessaire d’avoir des disciples, mais il ne la prendra pas non plus à son compte, car il sait qu’on ne peut donner qu’à soi et à nul autre, le pouvoir d’être gourou. On ira de préférence chercher le gourou au loin. Ce qui donne lieu à des conversations telles que : « J’ai cherché à joindre Claude, mais son téléphone ne répond pas — ce n’est pas étonnant, il est allé à New York (ou à San Francisco, ou à Bombay) visiter son gourou. » Il y a des gourous itinérants, des gourous entrepreneurs, des gourous qui placent leur argent aux Bahamas. La nature avait mis auprès de chacun de nous, avec mission de nous enseigner la vie, un guide que le gourou remplace difficilement.
Grand Grand marche en avant de petit. « Petit poisson deviendra grand.» « Petite cause, grands effets. » Dans la vision de l’enfant, tant qu’on n’est pas grand, on est (reste) petit. Pour devenir grand, l’enfant regarde les grands et essaie de faire comme eux. Son infortune est qu’au lieu de voir un grand, les grands voient un petit qui imite un grand. L’admiration ést le sentiment naturel de l’enfant qui regarde faire son père ou sa mère. Peu à peu, sauf si les parents le lui interdisent, il fait avec eux : la satisfaction de faire (avec) remplace l’admiration. Les adultes qui n’ont pu faire cette évolution ont leur panthéon imaginaire, et cherchent quel grand homme ils vont pouvoir
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contempler, suivre et imiter dans leur vie réelle : un patron, une personnalité politique, un chef. Les institutions honorent par des portraits et des statues la mémoire de leurs fondateurs. Ainsi ferons-nous.
ITINÉRAIRE DES GRANDS HOMMES On fera, dès l'entrée monumentale, une station devant le Grand Triptyque. Sur le panneau du milieu, celui qui avait décidé de marcher en tête et d'ouvrir, avec la connaissance de l'inconscient, la troisième grande révolution des temps modernes, après Copernic et Darwin : Freud, père de la psychanalyse. À sa droite, Groddeck, trop paresseux ou trop sage pour faire école, mais considéré aujourd'hui comme le fondateur de la médecine psychosomatique. À sa gauche, Jung, le disciple bien-aimé, devenu le traître, qui a donné son nom à l'école jungienne. Aux pieds du maître, l’une des grandes égéries de la psychanalyse, et la préférée du père, Lou Salomé. Dans la deuxième salle, on jettera un coup d'œil déférent au fondateur de la psychophysiologie, Pavlov, et à celui du behaviorisme, Watson. Ce ne sont pas des œuvres d'art. Ils ont été représentés avec la plus grande exactitude possible, en hommage posthume à leur souci de rendre les êtres vivants « observables et mesurables » comme les faits. La troisième salle est consacrée aux figures d'après la deuxième guerre mondiale. Elle est fort peuplée, par des effigies de diverses grandeurs. On a placé sur l’un des côtés ceux qui se sont dédiés au monde intérieur et au qualitatif, sur l’autre, les expérimentalistes et quantitativistes. Du premier côté, on essaiera de reconnaître parmi la foule Reich, inventeur de la bioénergie; Perls, de la Gestalt; Berne, de l'Analyse
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Transactionnelle ; Janov, de la thérapie primale. En face, on tirera son chapeau à Skinner, leader du néobehaviorisme, et on recevra aussitôt une récompense (stimulus de renforcement). Plus loin, dans une zone paysagée, on fera le tour d'un Lorenz grandeur nature, entouré de tous ceux qui, avant lui et avec lui, se sont consacrés à l'observation des animaux en milieu naturel. Avant de sortir, le visiteur français se doit de faire un détour (diverticule, divergence) par une salle obscure habitée d'une musique étrange. C'est une partition de Freud jouée à l'orgue électronique. Le programme s'appelle Lacan. Pour en savoir plus, lire le catalogue (signé Sarton).
Grapho Familier pour analyse graphologique. On a volé le portemonnaie de la chef du pool dactylo : « Faites-moi faire la grapho de toutes les filles du service. »
Graphologie Science de l’écriture. « Vous y croyez, vous ? — Oh moi, vous savez, je ne suis pas graphologue. — Je sais dire si une écriture me plaît, mais au-delà decan — Un peu ronde, féminine cette écriture, non ? — Vous avez vu tous ces crochets ; moi à votre place, je me méfierais. » Vous apprendrez très vite les rudiments de ce savoir, non pas bien sûr dans les manuels, mais en appliquant la grille qui suit : 1. Écrire est un geste, observez-le comme tel : mala-
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droit, habile, léger, fort, exagéré ; continu, inter-
rompu, repris, etc. 2. Écrire est un travail, observez-le comme
tel : bien
ou mal organisé ; précis, imprécis ; soigné, brouillonné ; achevé, inachevé...
Voilà pour le niveau élémentaire. Si vous voulez poursuivre des études avancées, considérez encore que : 3. Couler de l’encre sur le papier est un flux où s’inscrit, comme sur un appareil enregistreur, le rythme physiologique et ses perturbations. 4. Disposer signes, lignes, page est une manière de se situer dans un espace, d’y choisir et occuper sa place, d’y être à l’aise ou pas. Je sens que vous allez vous précipiter sur un spécimen de votre écriture. Mais soyons réaliste : on ne se graphologise pas soi-même.
Graphologue Qui se consacre à l’étude de l’écriture. Autrefois, 1l y avait deux types de graphologues : de grandes mondaines hystériques habitantes du 16° ou du Marais rénové, qui donnaient leurs cours drapées dans une écharpe de soie et proposaient à leurs élèves l’écriture de leurs anciennes relations : « Oui, je l’ai très bien connu, c'était un homme remarquable » — et les mémés, qui enfilaient les jugements comme on fait du tricot, parfois les deux en même temps, un peu obèses, car c’est un métier qui ne nécessite pas beaucoup d'exercice, et qui avaient leurs « trucs » comme en cuisine. Espèces en voie de disparition. La Société française de Graphologie dispense maintenant son enseignement à des jeunes femmes comme vous et moi. Le professionnalisme envahit tout.
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Groddeck Georg. Médecin psychiatre allemand né en 1855, réfugié et mort en Suisse en 1934. De dix ans son cadet, découvrit et adopta avec enthousiasme les idées de Freud, participa en invité de marque au premier congrès de psychanalyse, suscitant une certaine jalousie chez les disciples plus proches et plus orthodoxes. Il souffrait de savoir Freud malade et triste, et ne cessa
de lui témoigner respect, admiration et affection. Lettre de Groddeck à Freud un 31 décembre (1920) : « Vénéré professeur, (.….) Je voudrais pouvoir vous rendre, d’une manière ou d’une autre, une partie de la joie de vivre que j'ai reçue de vous. Je ne puis cependant le faire que comme les braves garçons avec leur père : prendre la résolution de bien travailler et vous faire honneur. « Lundi, je pars dans la Forêt Noire, dans une maisonnette à l’écart de tout le monde, accompagné seulement de mon assistante. Elle cuisinera et je fendrai du bois et balaierai la chambre, nous vagabonderons dans la forêt, nourrirons les oiseaux et les chevreuils,
et rêverons. « Dehors, les gamins font éclater pétards et serpenteaux, et la nuit est aussi chaude qu’en avril. De temps à autre, le vent passe à travers les arbres devant ma fenêtre. Comme la vie est belle ! » L'œuvre de Groddeck est empreinte d’amour de la vie et d’émerveillement pour la nature, dont font partie notre corps, notre esprit, et ce fameux ça (Le livre du ça) qui est le point de jonction du corps et de l'esprit. A propos de ça : attendez-vous à être appelé(e) à prendre parti dans la comparaison des ça de Groddeck et de Freud. Sachez que celui de Groddeck, bien qu’en principe antérieur à la différenciation des sexes, a plutôt l’air d’être féminin,
utérin, là où celui du grand que. Mettez fin à la querelle en concluant avec candeur : sont faits pour se compléter.
professeur est viril, phalliavant qu’elle ne dégénère, « Mais il me semble qu’ils »
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Groupal Qui utilise le média du groupe; qui est spécifique au groupe (voir ci-dessous). Notre époque connaît un développement formidable des techniques groupales.
Groupe Au sens large, ensemble d'individus ayant des interactions entre eux.
Les groupes,
leur vie, leur mort, leur
fonctionnement sont l’objet de la sociologie. Au sens restreint, une dizaine de personnes qui se réunissent régulièrement sous la conduite d’un animateur, dans un but de développement personnel, ou de changement, ou de mieux-être. On dira sans y toucher « je fais du groupe » ou « ce week-end, j'ai mon groupe ».
Gueule Mot brut qui demande à être raffiné : « 11 me fait la gueule » : «il joue à si] n'y avait pas toi, je.» ; «j'en ai pris plein la gueule » : «j'ai reçu un direct, pardon, un feed-back très direct ».
« Il a une grande gueule » : « c’est un agressif oral ».
Gueuloir Cage insonorisée. La chose et le mot ont été créés dans les années 70, à
l’époque de la grande vogue du cri primal. Un véritable adepte se construisait un gueuloir au milieu de son appartement. Pour les moins bricoleurs, un vieux coffre de bonne taille pouvait faire l’affaire, à condition de rabattre le couvercle sur soi, bien sûr. Avoir un gueuloir à la maison permet de s’isoler pour crier ses émotions quand elles se présentent. Certains le font même sans gueuloir.
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qu Homme.
Homo
sapiens.
homme Être un Homosexuel. aujourd'hui ne va plus de soi.
Habitude Un psychologue américain avait posé en principe que l’habitude s’acquiert dès la première fois et que la répétition n’est que la répétition d’une acquisition. Le propre de l’organisme vivant est de garder une trace qui lui permet de s’ajuster sans cesse, d'économiser les efforts et les risques. Habitude est tombée en désuétude. Remplacée par apprentissage (acquisition de comportements) et par règle (rapports établis entre personnes). Eh oui, tout change!
Haine Sentiment négatif, s’accompagnant du désir de détruire l’objet qu’il vise. La haïne contient de la colère et de la rage (colère impuissante) qui n’ont pu s'exprimer à chaud et se sont, en refroidissant, solidifiées.
Harcelement Traduction littérale de l’anglais harassement. Consiste à doubler toute communication de service (« apportez-moi le dossier ; prenez cette lettre ») d’un message sexuel, le plus souvent non verbal. Le harcèlement est une forme de persécution. On appelle peloteur un harceleur qui se spécialise dans les parties rondes et charnues du corps. Cette manière de privilégier tel ou tel morceau provoque chez le harcelé une angoisse de morcellement.
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Hic et nunc (Prononcer hiquette-ninque) ici et maintenant. L'homme moderne est doté d’un équipement formidable : des mémoires, des logiques, de la prospective. Il en oublie que sa vie, c’est ici, maintenant.
La Gestalt (voir ce mot) a donné ou re-donné une idéologie (après les Épicuriens et les poètes de la Renaïissance) à ce « bel aujourd’hui » : le présent contient la totalité de ce que je suis et du monde qui m’entoure. Vous provoquerez un moment de trouble existentiel, perceptible à l’écarquillement des yeux et aux lèvres qui bougent sans émettre de son, chez un faiseur de discours avec : « Mais toi, dans tout ça, hic et nunc? »
Histoire Succession d'événements dont le présent est issu. Dans la vie d’un individu, on peut distinguer : — La pré-histoire : éVénements très anciens qui ne sont pas inscrits dans la mémoire, mais dont le corps, comme le paysage ou le sous-sol, garde la trace. — La légende familiale : relation de faits et gestes plus ou moins miraculeux et surnaturels que l’enfant cherchera à retrouver un jour en faisant de la magie, ou des miracles, ou des coups fumants. — La bande magnétique : récit stéréotypé, connu par cœur à force d’avoir été récité à soi et à d’autres,
—
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comme «nos ancêtres les Gaulois » des vieux manuels. L'histoire à proprement parler : recherche d’une continuité, d’une logique, d’une identité peut-être, à l’aide de rapprochements entre passé et présent.
Homme « Être un homme, aujourd’hui, ne va plus de soi » (Le Monde, 14 sept. 1980). Cette remarque m'a paru profondément juste. Depuis, j’ai essayé d’être une femme. Eh bien, croyez-moi, ce n’est pas simple non plus (un jour, je publierai mon itinéraire).
ITINÉRAIRE DE L'HOMME ET DE LA FEMME Je suis curieux de savoir (curiosité).
—
Commence donc par comprendre, conseille À.
Dis, à quoi on reconnaît que c'est un homme ou une femme ? — Ben, ils font pas pipi pareil.
Monsieur, c'est quoi un homme et une femme ? — Nous dirons que l’un comme l’autre (et, plus exactement, l’autre comme l’un) est fait d’un corps et d’un esprit — le premier conforme à l'idée (platonicienne) de masculinité, la seconde (on a dit parfois deuxième) à celle de féminité. Docteur, s’il vous plaît, qu'est-ce qu'ils ont de spécial les hommes ? — Voyons, mon enfant, un pénis. Et la castration, c'est quoi ? — C'est quand on y touche (ça s'appelle masturbation). 145
Maman, qu'est-ce que tu fais quand tu es toute seule avec papa. — Je croyais t'avoir déjà expliqué : nous avons une activité sexuelle (parfois érotique seulement). Ça veut dire quoi, sexuelle ? — Tu sais bien, la petite graine : c'est ça le sexe. Ah... Papa, comment tu as choisi maman ? — Nous nous sommes rencontrés, j'ai été sensible à sa séduction, nous avons eu une relation duel et nous
avons formé un couple, voilà. Ah...
M'sieur, un couple avec moi en plus, comment s'appelle? — Un triangle, mon petit.
ça
Papa, maman, un triangle avec un petit frère en plus, ça donne quoi ? — Une famille.
La dame a dit que j'avais de l'œdipe, c'est grave l'œdipe ? — Ça donne un peu de jalousie, c'est tout. Et ça fait de l'inceste ? — Mais non, voyons, tu mélanges tout. L'inceste est la transgression (contre-ædipienne, abusive) d'un tabou. Quelques années plus tard : Il y avait du non-dit dans tout ça.
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Homo sapiens Vous, moi, lui, même elle.
L’Homo sapiens continue à se modifier sous nos yeux à une vitesse effarante : sa taille augmente, son intelligence progresse. Les tests appliqués aux recrues du contingent aux Etats-Unis montrent un gain moyen de 10 points de QI entre 1917 et 1942. A quand la mutation?
Homosexuel Était déjà chez les Grecs et reste, de facto, un Homo sapiens.
Deux homosexuels sont aussi différents l’un de l’autre que peuvent l’être deux hétéro. Les gens « normaux » persistent néanmoins à se protéger en les définissant par leur différence : « Vous
homosexuel. » rosexuel ? » Contrairement qu’eux-mêmes et fascinés par qui mène à cet
savez,
Untel,
eh bien, il est
On répondra : « Ah bon, vous êtes hété-
à l’idée que l’on s’en fait souvent, et propagent, les homosexuels sont attirés l’autre sexe, mais rencontrent sur la voie autre de forts sentiments d’angoisse, ou
de dégoût, ou de colère, qui les font dévier. L’issue de
ce conflit qui fonctionne selon le schéma approche-évitement (voir ce mot) consiste à se métamorphoser momentanément (quelquefois durablement pour les transsexuels) en femme (en homme) et à vivre à l’envers la relation, ou le rapport physique, impossible à l'endroit.
Honte Sentiment de quelqu'un en butte à la réprobation sociale. La dame très comme il faut, convaincue de voyager sans billet ou d’avoir dérobé un tube de rouge dans un grand magasin, a honte, je le suppose. Dans une culture où les grands tabous concernent le sexe, on peut supposer que s’exposer à la honte, avoir
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honte, faire honte, sont des comportements qui ont une
composante sexuelle plus ou moins consciente. Avoir honte, c’est « se sentir tout nu ». Un billet de chemin de fer, un ticket de caisse, ça habille.
Humeurs Anciennement, liquides corporels. Les principales humeurs, le sang, la lymphe, avaient,
croyait-on,
une
influence
décisive
la bile,
sur
notre
humeur. La vie moderne est assez compliquée pour que vous vous donniez la liberté d’être lymphatique au lit, sanguin au volant, bilieux au boulot.
Humour Forme d’expression qui réalise habilement un compromis des différentes facettes de l’État du Moi Enfant : L'Enfant rebelle se moque des gens qui se donnent de l'importance, dénonce l'illusion d’importance qu'ils veulent créer chez les autres. L'Enfant
libre
trouve
une
manière
détournée,
astu-
cieuse, naïve, de présenter les choses. L'Enfant adapté veille à ce que l’effet soit produit « sans avoir l’air d’y toucher ». Il se protège par l’alibi de n’avoir pas dit ce qu’il a fait comprendre : « J'ai dit ça, moi ? » Les gens qui font profession de psychologie sont souvent remplis de l’importance de leur savoir et portent les mots qui le constituent comme des décorations. Ils supporteraient mal qu’on s’amuse avec des choses aussi sérieuses. Traitons-les avec humour.
Hyper C’est plus que super, mais souvent moins bien. Quand vous entendez : «Tu es hyper (doué, créatif, charmant, dévoué) », laissez passer, attendez le mais où va s'exprimer la liberté de la consommatrice qui visite votre (très) grande surface.
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Hystérie Désignait dans l’Antiquité une capacité spécifiquement féminine d’entrer en transe (le nom vient de uterus). A fait l’objet à la fin du siècle dernier d’un intérêt spécifiquement masculin parmi les psychiatres. Leurs patientes du beau monde se sont alors surpassées pour aller au-devant de leur curiosité, rivalisant de symptômes « incroyables » : paralysies, cécités, tétanies, convulsions, sans qu'aucune atteinte anatomique puisse être identifiée. La grande hystérie de cette époque a pratiquement disparu. Le mot sert toujours à désigner un état paroxystique typiquement féminin : «J'ai voulu aller aux soldes chez Victoire, c’était l’hystérie collective. »
Hystérique Désigne une femme excitable, émotive, encline à soma-
tiser, ou simplement la qualifie quand elle se met dans tous ses états. Dans sa fureur ou son égarement, elle ira, contre toute vraisemblance, jusqu’à crier à son partenaire masculin (légèrement énervé, mais se contrôlant parfaitement) : « Ça ne va pas, non? Tu deviens complètement hystérique. »
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