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French Pages [204]

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Dépot légal: Bibliothéque nationale du Québec, 1999
ISBN 2-980622 1-3-3 Achevé d’imprimer 4 Québec en octobre 1999
Marcel Provost, capucin PADRE PIO OU LA MALADIE DE L’-AMOUR
LERMITAGE SAINT-ANTOINE, de Lac-Bouchette
250, Route de |’Ermitage, Lac-Bouchette, Qc, GOW 1 V0 Téléphone: (418)348-6344 - Téléc. : (418) 348-9440
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https://archive.org/details/padrepiooulamala0000marc
PRESENTATION Il n’aura échappé a personne que la publication de ce modeste volume coincide avec la béatification de Padre Pio. Mais d’autres motifs s’ajoutent a ce premier, déja suffisant par lui-méme. Padre Pio, ce capucin italien qui a vécu de 1887 4 1968, a porté pendant cinquante ans les stigmates, c’est-a-dire les plaies mémes de Jésus. Personne ne doit penser qu’il ne s’agit la que d’une décoration. C’est bien plutédt une souffrance continuelle dont lui seul a connu vraiment toute l’ampleur et |’ intensité. Ce prétre, le premier prétre stigmatisé au monde, cet émule du curé d’Ars, a, pendant des années, confessé
une quinzaine d’heures par jour. [1 a joui d’une multitude de charismes: il lisait dans les consciences comme dans un livre ouvert; il pouvait étre présent a plus d’un endroit a la fois; ses plaies dégageaient un parfum
d’une
rare
délicatesse;
avec
lui, impossible
d’assister 4 la messe, 11 fallait y participer, tellement c’était €mouvant et prenant. Un homme pour qui prier était aussi facile que respirer. Il pouvait s’y abimer pendant des heures et trouvait encore le temps trop court. Il se disait lui-méme malade de la maladie de Il’amour. C’est comme si Jésus crucifié avait décidé de venir revivre en Padre Pio ce qu’il avait vécu sur terre: une vie de victime pour les pécheurs.
Nous espérons donc que les pages qui vont suivre nous donneront la possibilité de contracter nous aussi cette maladie de l’amour, dont, parait-il, on ne saurait guérir, -
Dieu en soit loué - mais qui marquera non seulement notre vie, mais plus encore notre éternité. Marcel Provost, capucin
CHAPITRE PREMIER Enfance et adolescence - Le religieux - Philosophie et théologie - Au repos, ¢a presse! - La stigmatisation
Francesco Forgione, le second de cing enfants, connu plus tard en religion sous le nom de Padre Pio, naquit a Pietrelcina, un petit village du sud de I’Italie, le 25 mai 1887. Comme le petit lopin de terre que le pére cultivait ne suffisait pas toujours a nourrir la famille, il dut s’expatrier une premiére fois 4 Buenos Aires, de 1898 a 1905; une seconde fois a New York, de 1910 a 1917, pour
permettre a Francois de poursuivre ses études. Comme la mere était trés active et tenait tres bien la maison, son mari ne nourrissait aucune inquiétude a ce sujet. Pendant ce temps, Francois grandissait, mais portait en lui un mystére invisible aux yeux du profane. Le pére Agostino, l’un de ses deux directeurs spirituels, affirme que des |’age de cing ans, Francois avait des extases et des apparitions, pas toujours rassurantes, souvent
diaboliques, surtout depuis le moment ot il décida de se
consacrer pour toujours au Seigneur. Mais cela remontait plus loin encore: «Quand j’étais un petit enfant au berceau, affirme Padre Pio, et que la maman,
le soir,
éteignait la lumiére, je pleurais trés fort, parce que les monstres se dressaient autour de moi. Elle allumait de nouveau la lumieére, et moi, je cessais de pleurer.» Ses camarades le jugeaient silencieux, tranquille, réservé et peu joueur. I] préférait de beaucoup se rendre a léglise. De connivence avec le sacristain, il s’y faisait enfermer, sans que personne le sache, et lui indiquait le
moment de venir lui ouvrir. Il avait horreur de fréquenter les enfants qui parlaient mal. Interrogé sur son enfance, Padre Pio répondait: «J’ aimais jouer, mais j’aimais mieux regarder, cela m’amusait pareillement.» Vers |’ Age de dix ans, il fit ce que font a peu prés tous les garcons de son age: alors que son oncle |’ avait envoyé acheter un cigare, il l’alluma, mais dés la premicre bouffée, il fut comme
étourdi et se trouva l’estomac retourné. Son oncle en a bien ri, mais le Pére avouait que depuis ce moment, entre lui et la fumée, il y eut un mur. La méme année, il avala
tout un plat de poivrons et garda le lit pour un mois. Comment s’en est-il sorti? Profitant de l’absence de sa mere, il avala de nouveau des poivrons, mais cette fois
trés épicés. Une fournaise s’alluma en lui, mais au retour de sa mere, il était complétement guéri.
Dés son enfance, sa vie était peuplée de visions. Dans ses songes, il voyait Notre Dame. Son ange gardien était son compagnon familier. Souvent I’ enfant était laissé seul a la maison, et, lorsque sa mére revenait, elle entendait les
cris et les rires de l'enfant. S’amusait-il avec des étres imaginaires? «Non, répondait l'enfant, je joue avec le petit ange.» Un jour, sa maman le surprit en train de se flageller avec une corde de chanvre: «Pourquoi te frappes-tu ainsi? Tu vas te faire mal. - Je me bats comme les soldats ont battu Jésus et lui ont fait jaillir le sang sur les épaules.» Le pére, qui ne savait rien de ce que |’enfant vivait intérieurement,
en l’entendant crier si fort, eut parfois
lidée de le jeter par la fenétre. I] pensait que cet enfant venait tout droit de l’enfer. Et la mére répondait: «Nous |’éléverons pour expier nos péchés.» Elle ne savait encore rien de la vocation extraordinaire de son enfant. Souvent,
lorsque Francois revenait de |’école a la maison, 1 trouvait sur le seuil un homme habillé en prétre qui lui barrait le passage. Francois s’arrétait alors, et bien vite arrivait un jeune garcon pieds nus, qui était son ange gardien. Il faisait le signe de la croix et le prétre disparaissait.
Selon toute vraisemblance, Frangois ne commenga a fréquenter |’école qu’a l’age de dix ans. Son peére lui
aurait dit un jour: «Tu gardes cinq ou six brebis et tu es privé de l’école. Voudrais-tu aller a l’école? Evidemment, papa.» La premiére école privée qu’il fréquenta était tenue par un prétre défroqué qui vivait avec une femme. Ce professeur jugeait que Frangois n’apprendrait jamais rien. «Il est toujours a l’église; comment peut-il apprendre quelque chose?» Naturellement, les parents de Francois lui faisaient des reproches. Mais il s’en expliqua un jour: «Ce n’est pas moi qui ne fais pas de progrés, ni l’Eglise qui m’empéche d’en faire, mais mon professeur est un mauvais prétre.» Notons au passage que, beaucoup plus tard, Padre Pio réussira a réconcilier ce prétre avec l’Eglise. A son pére alors absent, Francois écrit une lettre od il note les progrés qu’1l fait a l’école. Il a maintenant quinze ans. Le curé de sa paroisse demande aux capucins d’accepter Francois dans leurs rangs. Francois avait déja eu la visite des capucins a la maison. Il avait été trés impressionné, surtout par la barbe. Depuis ce temps, il ne voulut d’aucune communauté ot on ne portait pas la barbe. C’est donc en 1902 qu’il joignit les capucins. Une lutte terrible se livra entre lui et le démon. Mais il savait a qui s’adresser pour faire tomber tous les doutes. Une voix intérieure lui disait: «Sanctifie-toi et sanctifie.» Et c’est précisément ce qu’il a fait.
Le religieux L’entrée en religion, le 6 janvier 1903, avec deux autres de ses camarades, ne se fit pas sans déchirements. Et nous possédons ici un document unique, que je m’en voudrais toute ma vie d’avoir omis, a cet endroit précis de mon récit. On avait demandé a Padre Pio, en appuyant le tout par un précepte d’ obéissance, de raconter les deux visions qu’il avait eues tout juste avant de prendre la décision finale d’entrer chez les capucins. J'abrége un peu son récit et me permets de le mettre a la premiére personne: «Pendant que je méditais sur ma vocation et que je me demandais comment je ferais pour abandonner le monde et me consacrer enti¢rement a Dieu, tout 4 coup mes sens
furent comme suspendus, et j’eus, avec les yeux de intelligence, une vision tout a fait différente de ce que les sens peuvent percevoir. J’avais a mes cOtés une figure majestueuse et d’une rare beauté, aussi brillante que le soleil. Cet homme me prit par la main et je l’ai entendu me dire: < Suis-moi, car il convient que tu combattes
comme un vaillant guerrier.> Il me conduisit dans une vaste plaine, remplie de gens divisés en deux groupes bien distincts. D’un cété des hommes d’un noble port et vétus de robes blanches; de l’autre cdté, des hommes vétus de robes noires et d’une apparence hideuse, et qui ressemblaient a de sombres ombres. Entre ces deux
groupes se trouvait un espace ol je me trouvai, accompagné de mon guide. Comme je fixais intensément ces deux groupes, dans cet espace précis s’avanga un homme, si grand que sa téte touchait les nuages, et son apparence était celle d’un sombre monstre hideux. Cette vue me déconcerta absolument et ma vie se trouva comme suspendue. L’étrange figure s’approcha et le guide m’ informa que j’aurais 4 combattre cet individu. En entendant cela, je devins tout pale, je tremblais de tout mon étre et je fus sur le point de m’évanoutr, si grande était ma frayeur. «Le guide me soutint de son bras jusqu’a ce que j’aie recouvré mes sens. Mon ame se tourna vers lui pour le supplier de m’épargner la furie de cet étre étrange, car, lui dis-je, cet homme est si fort que toute I’humanité réunie
ne saurait l’abattre. Mon guide me répondit: 2ane santa tien 1% desea (olen ol reap AyorNe sie ieee yor Aw stibe ae
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Il se tourne vers les autres Une fois de plus il oublie ses souffrances, ne pense qu’a eux: Il semble dire: