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SAINTE HILDEGARDE DE BINGEN
LE LIVRE DES SUBTILITÉS DES CRÉATURES DE DIVERSES NATURES PHYSICA
livre i - les plantes * livre iii - les arbres
Du même traducteur Traduction d’Apulée, Les Métamorphoses : le conte de Cupidon et de Psyché, en collaboration avec Jean-François Froger, in La Voie du Désir, Éditions DésIris, 1997. Saint Bonaventure, Intuition et raison - Choix de sermons, en collaboration avec Annie Verten, Éditions Grégoriennes, 2006. Saint Bonaventure, Une théologie du Verbe - Sermons de la Nativité et de l’Épiphanie, en collaboration avec Annie Verten, Éditions Grégoriennes, 2010.
Illustrations : Monique Ariello-Laugier Monique Ariello-Laugier est peintre et graveur depuis 1985. Après un diplôme en sciences naturelles, le choix d’un parcours plus artistique s’impose à elle et la conduit aux écoles des beaux-arts de Toulon et de Digne. Depuis, au travers de la peinture et de la gravure, tout son travail d’artiste tend vers une recherche très intimiste, spirituelle et poétique. Révision, conception graphique et prépresse : Adverbum © Éditions Grégoriennes 2013 www.adverbum.fr ISBN 978-2-914338-47-9
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SAINTE HILDEGARDE DE BINGEN
LIVRE DES SUBTILITÉS DES CRÉATURES DE DIVERSES NATURES liber beatae hildegardis subtilitatum diversarum naturarum creaturarum PHYSICA livre i les plantes livre iii les arbres
Traduits, présentés et annotés par Bernard Verten
Avant-propos Sainte Hildegarde et le Rhin Si nous connaissons sainte Hildegarde sous le nom de Hildegarde de Bingen, nous le devons à sa fondation, vers 1150, du couvent bénédictin du Rupertsberg, la montagne de saint Rupert, sur un coteau situé au confluent du Rhin et de la Nahe, à Bingerbrück, près du petit port fluvial de Bingen-am-Rhein. Nous voici donc transportés dans le pays romantique de la vallée du Rhin, non loin du rocher de la Lorelei, chanté par Heinrich Heine, puis par Guillaume Apollinaire dont les Rhénanes restituent l’envoûtement et les sortilèges des légendes médiévales. Mais l’inventeur de la Lorelei fut un autre grand romantique allemand, Clemens Brentano, qui publia des Contes rhénans en 1826. Dans son récit épistolaire intitulé Le Rhin, Victor Hugo consacre une longue lettre, la lettre XXII, à Bingen. Il y évoque rapidement « l’ombre de Hildegarde » : « De l’autre côté du Rhin, sur le Ruppertsberg, qui regarde le Niederwald, dans les ruines du couvent de Disibodenberg, le puits bénit creusé par sainte Hildegarde avoisine l’infâme tour bâtie par Hatto. Les vignes entourent le couvent, les gouffres environnent la tour. Des forgerons se sont établis dans la tour, le bureau des douanes prussiennes s’est installé dans le couvent. Le spectre de Hatto écoute sonner l’enclume, et l’ombre de Hildegarde assiste au plombage des colis… Les plus ravissantes figures de la liturgie et de la légende, Gela, Jutta, Liba, Guda ; Gisèle, la douce fille de Brœmser ; Hildegarde, l’amie de saint Bernard ; Hiltrude, la pénitente du pape Eugène, ont habité tour à tour ces sinistres rochers. L’odeur du sang est encore dans la plaine, le parfum des saintes et des belles remplit encore la montagne. » Guillaume Apollinaire écrira : « Le mai le joli mai en barque sur le Rhin Les dames regardaient du haut de la montagne » Victor Hugo nous a aussi laissé un dessin, onirique plus que réaliste, du Rhin à Bingen où l’on voit la ville et son clocher se refléter dans le fleuve. Enfin, la nuit rhénane est propice aux enchantements et aux visions fantastiques. Guillaume Apollinaire a évoqué la « sorcière blonde » qu’est la Lorelei ; il nous invite aussi à percevoir la magie de la nuit sur le fleuve : « Écoutez la chanson lente d’un batelier Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds. » Sainte Hildegarde trouve dans les plantes et les arbres des remèdes contre les démons, contre la magie et les apparitions. Ainsi, au chapitre 176 du Livre des plantes, la myrrhe « repousse les visions fantastiques, les pratiques magiques, les envoûtements démoniaques, résultant de formules et de plantes maléfiques, et toute cette sorcellerie sera moins capable de nuire, du moins si on n’a ni mangé ni bu de substances magiques ». Les exemples de ce genre sont nombreux dans les Physica ; se reporter à l’annexe sur la magie. Ce pays, imprégné de magie et de rêve, a vu naître « la mystique rhénane » avec ses grandes figures féminines : Hildegarde de Bingen au xiie siècle, puis, au siècle suivant, Hadewijch d’Anvers, Gertrude de Helfta, Mathilde de Magdebourg. Ce mouvement spirituel et théologique, appelé aussi mystique rhéno-flamande, dont les représentants n’appartiennent pas tous à la Rhénanie, trouvera son aboutissement avec d’autres grands noms de la pensée et de la mystique chrétiennes : Maître Eckhart, Jean de Ruisbroek, Henri Suso, Jean Tauler. | 5
Dans le Livre des éléments, deuxième livre des Physica, sainte Hildegarde consacre le chapitre 5 au Rhin, qui coulait au pied du Rupertsberg : « Le Rhin est produit par le mouvement impétueux de la mer. C’est pourquoi il est limpide. Il coule sur un sol sablonneux dont le sable est léger et possède des qualités équilibrées. Ainsi on y trouve également des plantes. Et parce que le Rhin jaillit à partir du mouvement impétueux de la mer, il est assez âpre, comme l’est une lessive. Si on boit directement de son eau, elle détruit les humeurs nocives et livides en l’homme. Mais si l’eau du Rhin ne trouve pas ces humeurs nocives et livides en l’homme, quand on la boit directement, elle provoque davantage d’ulcérations chez un homme sain car elle ne trouve en lui rien à purger. C’est pourquoi quand un aliment est cuit avec de l’eau du Rhin, elle fait disparaître les humeurs livides de cet aliment et le rend suffisamment sain. Cependant si l’eau du Rhin est consommée dans des aliments ou des boissons, ou bien si elle est versée sur la chair d’un homme soit dans un bain, soit quand il se lave le visage, elle fait enfler et se tuméfier la chair, elle la déforme et la noircit. Elle fait également enfler et noircir les viandes que l’on cuit avec elle, car elle est âpre ; elle passe rapidement à travers la chair de l’homme. Les poissons de ce fleuve sont bons à manger quand ils viennent d’être pêchés. Mais, si on attend, ils pourrissent vite, car ils sont altérés par l’âpreté de l’eau. » Le Rhin, familier à Hildegarde, s’inscrit dans une cosmologie déconcertante au premier abord, où les fleuves naissent de la mer. Cette cosmologie repose sur les rapports étroits entre l’univers-macrocosme et l’homme-microcosme. Le chapitre 3 du Livre des éléments, consacré à la mer, nous dit : « La mer produit les fleuves par lesquels la terre est irriguée, comme le corps humain par le sang des veines. Certains fleuves sortent de la mer impétueusement, d’autres avec douceur, d’autres encore avec des tempêtes. » Les écrits de Hildegarde présenteront constamment ces correspondances entre l’univers et l’homme. Le chapitre consacré au Rhin expose d’autres aspects importants que nous retrouverons dans les Livres des plantes et des Arbres. Ainsi le Rhin « a des qualités équilibrées » : l’équilibre, le temperamentum, est pour Hildegarde une propriété primordiale du bon état des êtres, de leur juste nature ; sa médecine visera le plus souvent à rétablir l’équilibre perdu. Ce même chapitre nous montre aussi la nécessité de purger l’homme de ses humeurs nocives : l’eau du Rhin, par son âpreté, vient à bout de ces humeurs. Hildegarde est attentive à la qualité de l’eau, à ses effets sur l’homme, soit pour se laver, soit pour l’alimentation. Bingen se trouve au confluent du Rhin et de la Nahe, objet du chapitre 9 du Livre des éléments : « La Nahe naît des eaux sales qui s’écoulent de la mer et d’où coulent parfois des ruisseaux limpides. Tout son cours est irrégulier, de sorte qu’elle coule tantôt de façon impétueuse, tantôt avec lenteur. La Nahe coule parfois tumultueusement, mais elle est vite bloquée par des obstacles et son cours s’apaise vite, de sorte qu’elle creuse peu profondément son sable et ses rives. L’eau de la Nahe donne à l’homme une peau blanche et épaisse, mais rugueuse. Elle ne fait pas souffrir les viscères, car ni l’impétuosité de la rivière ni sa lenteur ne la rendent nocive malgré l’irrégularité de son cours. Ses poissons sont gras et sains et ne pourrissent pas rapidement. Son eau a un cours irrégulier : elle coule tantôt tumultueusement, tantôt calmement, et elle ne creuse pas profondément le sable. Et les poissons de cette rivière sont plus sédentaires, car ils y trouvent une nourriture très abondante. » Ici, nous voyons encore comment le livre des Physica est à la fois une représentation du monde et un traité de médecine reposant sur une connaissance intime, souvent révélée dans l’expérience visionnaire, des réalités de l’univers créé : « les subtilités des créatures de diverses natures », selon un des titres donnés à l’ouvrage.
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Brève chronologie de la vie de sainte Hildegarde 1098 Naissance de Hildegarde au domaine de Bermersheim, en Hesse rhénane, actuellement dans le land de Rhénanie-Palatinat. Son père est le baron Hildebert de Bermersheim, sa mère s’appelle Mechthild (Mathilde). C’est l’époque de la première croisade, qui pourra, notamment, faire connaître en Occident des plantes médicinales exotiques ainsi que la médecine arabe. Mais il reste difficile de savoir quelles sont les sources précises de la médecine de Hildegarde et de ses connaissances botaniques. Dès son plus jeune âge, Hildegarde reçoit des visions. Dans sa Vie de sainte Hildegarde (entreprise vers 1181), le moine Théoderich d’Echternach écrit : « Dès qu’elle put prononcer ses premiers mots, elle cherchait à signaler à son entourage, tant par des paroles que par des gestes, les images des visions secrètes qu’elle percevait d’une façon étrangère au regard des autres humains, dans une contemplation tout à fait inhabituelle. » 1106-1136 Toujours selon ce biographe, ses parents, s’étant rendu compte des dons particuliers de Hildegarde, décident de consacrer à Dieu leur dixième enfant. Or, non loin de Bermersheim, Jutta, fille du comte de Spanheim, dans le bas Palatinat, avait décidé de vivre en recluse dans un ermitage que son père lui fit construire près de l’importante abbaye des bénédictins de Disibodenberg (« la montagne de saint Disibod » dont Hildegarde écrira la vie). Ainsi, à l’âge de huit ans, Hildegarde est admise, vraisemblablement comme oblate1, auprès de Jutta qui dirigera son éducation et son instruction religieuse. Vers l’âge de quatorze ans, elle prononce des vœux perpétuels et devient une religieuse bénédictine. Le couvent fondé par Jutta se développe rapidement en parallèle avec le couvent masculin de Saint-Disibod. L’abbaye de Disibodenberg est située sur une hauteur du Palatinat surplombant le confluent du Glan et de la Nahe. Le chapitre 10 du Livre des éléments présente le Glan de la façon suivante : « Le Glan naît des autres fleuves. C’est pourquoi son eau est assez âpre et saine. Elle est bonne à consommer dans les aliments et les boissons ainsi que pour se laver le visage. Ses poissons également sont sains, mais ne peuvent se conserver longtemps à cause de l’âpreté de cette eau. Son sable aussi est beau est sain. » Le Glan est le seul cours d’eau présenté par sainte Hildegarde qui ne tire pas son origine de la mer. La vallée du Glan est un site célèbre dans le massif du Hunsrück en Rhénanie-Palatinat, où la rivière forme des méandres serrés et se jette dans la Nahe. Hildegarde, désormais bénédictine, poursuit son éducation sous la direction de Jutta de Spanheim qui lui apprend notamment à chanter les Psaumes en s’accompagnant au décacorde. Hildegarde poursuivra cette activité en composant de nombreuses œuvres musicales qui ont fait l’objet, de nos jours, d’une discographie importante. Hildegarde, toujours visitée par des visions, en avait informé Jutta qui consulta, à ce sujet, un moine de Saint-Disibod, Volmar. Celui-ci allait devenir, pendant trente ans, le conseiller et le secrétaire de Hildegarde. 1136-1150 Sous la direction de Jutta, le couvent de femmes de Disibodenberg avait pris une grande extension. À la mort de Jutta, en 1136, les religieuses élisent Hildegarde comme abbesse. En 1141, une voix du ciel ordonne à Hildegarde de communiquer ses visions. Elle commence alors à écrire un premier livre de visions, le Scivias (« Connais les voies »), dont la rédaction s’étend sur une dizaine d’années. L’abbé du monastère de Disibodenberg informe l’évêque de Mayence des visions de Hildegarde. En 1147, un synode est organisé à Trèves par le pape Eugène III, un cistercien qui avait eu pour maître saint Bernard à Clairvaux. Une commission du synode est chargée d’examiner les dons 1. Oblate : au Moyen Âge, on appelait oblat un enfant offert à un monastère pour y être élevé.
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visionnaires de Hildegarde. Des prélats désignés par le pape vont rencontrer Hildegarde et enquêter sur sa vie, ses activités et ses écrits. Au cours du synode, Eugène III lui-même lit d’importants passages du Scivias qui suscitent l’adhésion admirative de l’assemblée. Saint Bernard en personne serait intervenu au cours du synode en faveur de Hildegarde avec qui il échange une correspondance dans les années 1146-1147. Une lettre d’Eugène III vient confirmer l’approbation papale des dons visionnaires de Hildegarde. Cette lettre approuve aussi son projet de fonder un nouveau couvent féminin sur le Rupertsberg, non loin de Bingen. 1150-1179 Vers 1150, malgré les réticences de l’abbé du monastère de Saint-Disibod, Hildegarde s’installe au Rupertsberg. Pour l’emplacement de ce nouveau couvent, une vision lui avait indiqué cette « montagne de Rupert », un saint dont Hildegarde écrira la vie comme elle l’avait fait pour saint Disibod. Au Rupertsberg, elle déploie une grande activité jusqu’à sa mort en 1179. Dans les années 1158, elle entreprend la rédaction de ses ouvrages médicaux où la médecine et l’homme sont vus dans leur relation avec l’ensemble de la Création : Livre des subtilités des créatures de diverses natures, ou Physica, Les causes et les traitements (Causae et curae). Elle composera aussi d’autres livres de visions : Le livre des mérites de vie (1158-1163), Le livre des œuvres divines (1163-1173). En 1165, Hildegarde fonde à Eibingen un nouveau monastère qui deviendra l’abbaye SainteHildegarde où se trouve actuellement la tombe de la sainte. Seul bâtiment survivant parmi ceux où vécut sa fondatrice, proche du Rupertsberg, ce monastère fut reconstruit en style néo-roman dans les premières années du xxe siècle. L’activité de Hildegarde ne se limite pas à la clôture de son couvent. Elle est désormais une voix qui fait autorité dans la chrétienté du xiie siècle. Elle entreprend plusieurs voyages de prédication en territoire allemand. Elle rencontre à plusieurs reprises l’empereur Frédéric Ier de Hohenstaufen, dit Frédéric Barberousse, avec qui elle entretient une correspondance qui s’achève sur une vive critique de la politique de Barberousse à l’égard de la papauté. La Patrologie a réuni cent quarante-cinq lettres de Hildegarde et de ses correspondants souvent illustres : papes, souverains, grands ecclésiastiques comme Bernard de Clairvaux. Hildegarde meurt le 17 septembre 1179, au monastère d’Eibingen où elle avait passé la dernière année de sa vie. Le biographe de Hildegarde, Théoderich d’Echternach, a relaté les prodiges qui accompagnèrent sa mort : « Au-dessus de la demeure où la vierge sainte rendit à Dieu son âme féconde, deux arcs très lumineux et de couleurs diverses apparurent dans le firmament. Ils se dilatèrent en occupant de grands espaces et s’étendaient dans les quatre directions de la terre, l’un du nord au sud, l’autre de l’orient à l’occident. Mais au sommet, au point de jonction de ces deux arcs, jaillissait une vive lumière, de la taille du cercle lunaire, qui en se propageant en tous sens semblait chasser les ténèbres de la nuit hors de la demeure. Dans cette lumière se montra une croix rutilante, d’abord de petite dimension, mais qui grandit ensuite pour devenir immense. Autour d’elle, on pouvait voir des cercles innombrables, de couleurs variées, dans chacun desquels naissait une petite croix entourée elle aussi de ses cercles, plus petite toutefois que la première croix. Et comme ces croix s’étaient agrandies dans le firmament, elles s’étendaient davantage en largeur vers l’orient ; on les voyait s’abaisser sur la terre, vers la maison où la vierge sainte était passée à un autre monde, et elles illuminaient toute la montagne. On doit croire que, par ce signe, Dieu a montré de quelle clarté il aura illuminé dans les demeures célestes celle qu’il a aimée. » Sainte Hildegarde n’a jamais été canonisée officiellement. Les diverses procédures de sa canonisation n’ont jamais abouti. Pourtant, elle n’a jamais cessé de faire l’objet d’une grande vénération. En 1584, elle figure dans le martyrologe1 romain publié par le cardinal Baronius. Hildegarde a été déclarée Docteur de l’Église par le pape Benoît XVI, le 7 octobre 2012. 1. Le martyrologe chrétien n’est pas seulement une liste de martyrs, mais aussi une liste des personnages reconnus saints par l’Église.
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Rosa centifolia
Lilium candidum
Bibliographie La bibliographie concernant sainte Hildegarde est considérable, notamment pour les ouvrages en langue allemande. Nous limiterons la présente bibliographie à quelques titres.
Biographies Pour une vision complète et pénétrante de la vie et de l’œuvre de sainte Hildegarde, on peut lire le bel ouvrage de Régine Pernoud, Hildegarde de Bingen. Conscience inspirée du xiie siècle, éditions du Rocher, 1994, ouvrage repris par LGF/Livre de Poche en 1996. On lira également avec beaucoup de profit La vie de sainte Hildegarde et les actes de l’enquête en vue de sa canonisation de Charles Munier, collection « Sagesses chrétiennes », aux éditions du Cerf, Paris, 2000. Cet ouvrage a, entre autres, le grand mérite de faire d’emblée une mise au point salutaire sur les abus de l’utilisation médicale de l’œuvre de sainte Hildegarde. L’auteur retrouve même ces « détournements spectaculaires de l’œuvre hildegardienne » dans la troisième partie de la monographie d’Ellen Breindl, Hildegarde de Bingen. Une vie, une œuvre, un art de guérir en âme et en corps, collection « Horizons spirituels », aux éditions Dangles, 1994, pour la traduction française. Charles Munier reconnaît cependant la valeur du début du livre : « un bon aperçu de la vie et de l’œuvre de Hildegarde ». Le livre de Charles Munier offre également une bibliographie très fournie, s’étendant sur douze pages. Les lecteurs de Marie-Madeleine Davy trouveront des pages importantes consacrées à Hildegarde de Bingen dans Initiation à la symbolique romane, éditions Flammarion, Paris, 1964 et 1977 pour la collection « Champ ». Dans son Initiation médiévale. La philosophie au douzième siècle, éditions Albin Michel, « Bibliothèque de l’Hermétisme », Paris, 1980, Marie-Madeleine Davy range Hildegarde de Bingen parmi les « visages de prophètes », au côté d’une autre bénédictine allemande, Élisabeth de Schönau. Hildegarde de Bingen fait aussi l’objet d’un long article dans l’Encyclopédie des mystiques établie sous la direction de Marie-Madeleine Davy et parue aux éditions Laffont 1972, Seghers 1977, Payot 1996. Une autre vision intéressante de sainte Hildegarde est offerte par l’ouvrage de Sylvain Gouguenheim, La Sibylle du Rhin : Hildegarde de Bingen, abbesse et prophétesse rhénane, édité par les Publications de la Sorbonne, 1996.
Les œuvres de sainte Hildegarde Les Physica L’ouvrage de sainte Hildegarde, rédigé en latin et comprenant de nombreux mots allemands, fut longtemps connu par l’édition de J. Schott parue à Strasbourg en 1553, sous le titre de Physica. Puis furent découverts des manuscrits dont le texte différait de l’édition de Schott. La présente traduction a été réalisée sur le texte établi par Ch. Daremberg et F. A. Reuss au tome 197 de la Patrologie latine de Migne (1882). Cette édition repose sur un manuscrit de Paris du xve siècle et donne aussi le texte de Schott lorsque celui-ci apporte des variantes ou des compléments importants. Ces variantes et compléments apparaissent dans la traduction (comme dans le texte de la Patrologie) entre crochets droits. De nouvelles éditions critiques sont en cours de publication en Allemagne.
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Le texte des Physica ou Livre des subtilités des créatures de diverses natures occupe les colonnes 1 117 à 1 352 de la Patrologie et clôt le volume consacré aux œuvres de sainte Hildegarde. Le Livre des plantes, livre I des Physica, occupe les colonnes 1 125 à 1 210 ; le Livre des arbres, livre III des Physica, se trouve aux colonnes 1 215 à 1 248.
Les autres œuvres Le volume de la Patrologie comprend de nombreux autres écrits, dont une grande partie de la correspondance de sainte Hildegarde et ses livres de visions, le Scivias, et le Livre des œuvres divines.
Traductions et études I. Les ouvrages médicaux : Physica ; Causae et curae (Les causes et les traitements) Les Physica peuvent entrer dans la catégorie des « ouvrages médicaux », mais il s’agit avant tout d’un prodigieux parcours de la nature, de son jeu de miroir avec l’homme, de ses propriétés qu’elle peut communiquer à l’être humain par l’intermédiaire de remèdes très divers connus de Hildegarde ou élaborés par elle. Pierre Monat : ––Hildegarde de Bingen. Le Livre des subtilités des créatures divines (Physique). Présentation, annotation et traduction précédées d’une préface de Claude Mettra (Au jardin d’Hildegarde), 2 tomes, éditions Jérôme Millon, Grenoble, 1988. ––Hildegarde de Bingen. Les causes et les remèdes, éditions Jérôme Millon, Grenoble, 2007. Marie-Louise Portmann : traduction des Physica en allemand, utilisant le texte de la Patrologie, mais aussi d’autres manuscrits. En particulier : ––1 Lieferung, Buch 3 von den Bäumen (1er fascicule, livre 3 : Des arbres), avril 1982. ––2 Lieferung, Buch 1 von den Pflanzen (2e fascicule, livre 1 : Des plantes), novembre 1982. ––3 Lieferung, Buch 1 von den Pflanzen (3e fascicule, livre 1 : Des plantes), mai 1983. Ouvrages édités à Bâle par la Basler Hildegard-Gesellschaft, Henric Petri-Strasse 35, 4010 Basel. Danielle Delley : ––Hildegarde de Bingen, Les plantes médicinales. Basler Hildegard-Gesellschaft (Société bâloise Hildegarde), 1986. Présentation des livres I (Des plantes) et III (Des arbres) des Physica ainsi que des Causae et curae (Causes et traitements), autre traité de médecine de sainte Hildegarde. Élisabeth Klein : ––Hildegarde de Bingen, Physica. Basler Hildegard-Gesellschaft (Société bâloise Hildegarde), 1988. Traduction française des livres V (Des poissons), VI (Des oiseaux), VII (Des animaux), VIII (Des reptiles). Laurence Moulinier : ––Le manuscrit perdu à Strasbourg. Enquête sur l’œuvre scientifique de Hildegarde, Paris/Saint-Denis, Publications de la Sorbonne-Presses Universitaires de Vincennes, 1995. Ouvrage très utile sur l’histoire et la composition du texte ainsi que sur le lexique de sainte Hildegarde. Laurence Moulinier est l’auteur de textes et articles sur les écrits de sainte Hildegarde consacrés à la nature, par exemple « La botanique de Hildegarde de Bingen » dans la revue semestrielle Médiévales, n°16-17, 1989, p. 113-129.
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Une nouvelle édition critique des Physica est parue en 2010 : Physica. Liber subtilitatum diversarum naturarum creaturarum. Ed. by Hildebrandt, Reiner/Gloning, Thomas, éditions de Gruyter. Cette édition s’appuie sur un nouveau manuscrit découvert à Florence et contenant le texte intégral des Physica. Dr Gottfried Hertzka et Dr Wighard Strehlow : Manuel de la médecine de Sainte Hildegarde. Édition allemande : Verlag Hermann Bauer, Freiburg im Breisgau, 1987. Édition française : éditions Résiac, Montsûrs, 1988. Étude et applications de la médecine hildegardienne. Cet ouvrage n’est pas dénué d’intérêt mais il fait partie de ces « détournements spectaculaires de l’œuvre hildegardienne » dénoncés par Charles Munier dans La vie de sainte Hildegarde (op. cit.). II. Quelques autres ouvrages ––Hildegarde de Bingen. Le Livre des œuvres divines (Visions), présenté et traduit par Bernard Gorceix, éditions Albin Michel, collection « Spiritualités vivantes », Paris, 1982. C’est l’ouvrage qui révéla Hildegarde de Bingen aux lecteurs français. La lumière de ces visions éclaire l’image de la Création présentée dans les Physica. ––Hildegarde de Bingen. Scivias : Sache les voies ou Livre des visions, traduit par Pierre Monat, éditions du Cerf, Paris, 1996. ––Hildegarde de Bingen. Lettres, 1146-1179, textes traduits du latin, présentés et annotés par Rebecca Lenoir, éditions Jérôme Millon, Grenoble, 2007. ––Hildegarde de Bingen : La langue inconnue, Arnaud de La Croix, éditions Alphée, 2008. Cet ouvrage est consacré à la langue créée, écrite et parlée par Hildegarde, la Lingua ignota (Langue inconnue), dont elle inventa aussi les signes d’écriture. ––Hildegarde de Bingen. La symphonie des harmonies célestes, texte traduit du latin par Rebecca Lenoir et Christophe Carraud, présenté et annoté par Rebecca Lenoir, éditions Jérôme Millon, Grenoble, 2003. Cet ouvrage présente l’œuvre musicale de sainte Hildegarde.
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SAINTE HILDEGARDE DE BINGEN PHYSICA livre i les plantes
liber primus de plantis
Préliminaires Pour avoir un aperçu de l’ensemble des chapitres du Livre des plantes, deux Tables des plantes sont placées avant la traduction de ce livre : ––une Table simplifiée présentant uniquement la traduction française du titre des chapitres, avec le nom courant (ou l’un des noms courants) de la plante en français ou, éventuellement, la mention « non identifiée(s) » ; ––une Table détaillée, dont le contenu est précisé avec la présentation de cette table.
Table des plantes simplifiée Table des plantes simplifiée établie avec la traduction des titres des chapitres figurant dans le corps du texte
1
Le blé (froment)
22
La rose
44
La vulnéraire
2
Le seigle
23
Le lis
45
La sanicle
3
L’avoine
24
Le plantain psyllium
46
Le colchique
4
L’orge
25
La lavande aspic
47
La fougère
5
L’épeautre
26
Le poivre cubèbe
48
L’asaret
6
Le pois
27
Le clou de girofle
49
L’arum
7
La fève
28
L’hellébore noir
50
Non identifiée
8
La lentille
29
La pulmonaire
51
L’euphorbe
9a
Le lupin blanc
30
La scolopendre
52
La belladone
9b
Le millet commun
31
La grande gentiane
53
Le pissenlit (?)
10
Le millet des oiseaux
32
Le serpolet
54
L’euphorbe réveille-matin
11
Le chanvre
33
Le marrube
55
La quintefeuille
12
La nigelle cultivée
34
La truffe du cerf
56
La mandragore
13
Le galanga
35
La lavande
57
Le liseron
14
La zédoaire
36
Le fenugrec
58
L’alkékenge
15
Le gingembre
37
Non identifiée
59
Le lamier blanc ou la mélisse
16
Le poivre
38
La grande passerage
60
La chicorée sauvage
17
Le cumin
39
La ciguë
61
Le houblon
18
Le pyrèthre
40
Le camphre
62
Non identifiée
19
La réglisse
41
L’oseille
63
La sauge
20
La cannelle
42
La joubarbe
64
La rue
21
La noix (de) muscade
43
La bryone
65
L’hysope
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66
Le fenouil
104
L’arroche
142
La valériane
67
L’aneth
105
Le lierre terrestre
143
La cataire
68
Le persil
106
La citronnelle
144
Le bec-de-grue
69
Le céleri
107
L’armoise
145
La grande consoude
70
Le cerfeuil
108
Le trèfle des prés
146
L’aristoloche
71
La véronique cressonnière
109
L’absinthe
147
La potentille ansérine
72
Le cresson alénois
110
La jusquiame noire
148
La parnassie des marais
73
Le cresson de fontaine
111
La tanaisie
149
La potentille ansérine
74
Le pourpier
112
L’origan
150
La graine de lin
75
La menthe aquatique
113
L’achillée millefeuille
151
Le mouron des oiseaux
76
La menthe sylvestre
114
L’aigremoine
152
L’hellébore noir
77
La menthe des champs
115
Le dictame
153
L’herbe à la goutte
78
La menthe romaine
116
La grande camomille
154
La verveine
79
L’ail
117
La piloselle
155
La sarriette
80
L’échalote
118
L’iris
156
L’arnica
81
Le poireau
119
Le raifort
157
Le mouron des oiseaux
82
La ciboulette
120
L’hièble
158
Le jonc
83
L’oignon
121
La morelle noire
159
Le muguet
84
Le chou
122
Le souci
160
La potentille tormentille
85
Non identifiés
123
Le bouillon blanc
161
La sauge sclarée
86
Non identifiés
124
La germandrée
162
Le géranium des prés
87
La courge (et les melons)
125
Le bleuet
163
La benoîte
88
La rave
126
La menthe pouliot
164
La garance
89
Le radis
127
La pivoine
165
Le lichen
90
La laitue
128
La bétoine
166
La tormentille
91
La laitue vireuse
129
La patience noire
167
L’impératoire
92
La laitue scarole
130
La patience blanche
168
La renouée poivre d’eau
93
La moutarde des champs
131
Le boucage saxifrage
169
La ronce
94
La moutarde
132
L’ancolie
170
Le fraisier
95
L’aunée
133
L’euphorbe épurge
171
La myrtille
96
Le pavot
134
Le myosotis
172
Les champignons
97
La mauve
135
Le fenouil des Alpes
173
La ficaire
98
La bardane
136
La rue des murailles
174
L’aloès
99
Le chardon
137
Non identifiée
175
L’encens
100
L’ortie
138
La chélidoine
176
La myrrhe
101
Le plantain
139
La livèche
177
Le baumier
102
Non identifiée
140
Le lierre
178
Le miel
103
La violette
141
La guimauve
179
Le sucre
16 |
Triticum vulgare
Avena sativa
180
Le lait
197
Non identifiée
214
La scammonée
181
Le beurre
198
La laitue vireuse
215
Le nénuphar
182
Le sel
199
Le chervis
216
La prêle
183
Le vinaigre
200
Le panais
217
Non identifiée
184
Le pain trempé
201
La bourrache
218
Non identifiée
185
Les œufs
202
La lavande aspic
219
Non identifiée
186
La poix
203
La joubarbe
220
La lentille d’eau
187
La résine
204
La bryone
221
La quenouille
188
Le soufre
205
Le polypode
222
Le millepertuis
189
Le lupin blanc
206
Le chardon Marie
223
Le thym
190
Le pois chiche
207
La ficaire
224
L’aloès
191
La lentille bâtarde
208
Le pastel
225
La pivoine (?)
192
La vesce cultivée
209
La primevère
226
Le rhinante crête de coq
193
Le millet commun
210
Le pétasite
227
Le brome
194
La graine de lin
211
Le tussilage pas-d’âne
228
Le chardon
195
La tanaisie des jardins
212
L’asaret
229
L’hièble
196
Non identifiées
213
Le peucédan
230
Le basilic
Table des plantes détaillée Dans l’édition de la Patrologie, le Livre des plantes est précédé par une préface de sainte Hildegarde. Ensuite vient une table des chapitres intitulée Capitula. Cette table est suivie de la mention Incipit liber primus qui précède le texte des chapitres 1 à 230 et marque le début du Livre I. Dans la Table des plantes détaillée qui va suivre nous avons reporté : • la Table des chapitres de la Patrologie (Capitula) : ––colonne 1 : le numéro des chapitres, ––colonne 2 : le titre des chapitres (en conservant la graphie, parfois erronée) ; • la liste des chapitres dans le corps du texte du Livre des plantes : ––colonne 3 : le numéro des chapitres, ––colonne 4 : le numéro d’un chapitre consacré à la même plante que le chapitre de la colonne 3, ––colonne 5: le titre des chapitres, ––colonne 6 : le nom botanique donné par la Patrologie (en conservant la graphie, parfois erronée), ––colonne 7 : le nom de la plante dans l’édition de Schott, indiqué parfois par la Patrologie ; • l’identification botanique retenue : colonne 8 ; • le nom français de la plante : colonne 9. Remarques : ––les problèmes d’identification des plantes, les diverses options d’identification ne seront pas abordés dans cette Table des plantes mais dans les tableaux et remarques accompagnant la traduction des chapitres ; ––la Patrologie cite parfois un chapitre ne figurant que dans l’édition de Schott. Ces chapitres, peu nombreux, seront signalés comme dans l’exemple qui suit : 9a De Vichbona (éd.). | 17
Table des plantes détaillée 1
2. Patrologie
3
1 2 3 4 5 6 7 8
Triticum Siligo Avena Ordeum Spelta Pisa Faba Lens
9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39
Hirse Venich Hanff Rato Balgon Cituar Ingeber Pyper Komel Bertram Liquiricium Cynamomum Nux muscata Rosa Lilium Psilium Spica Cubebo Gariofiles Cristiana Lunckewurtz Hirtzunge Entiana Quenula Andron Hirtzsibam Lavendula Fenigræcum Sysemera Pefferkrut Scherling
1 2 3 4 5 6 7 8 9a 9b 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39
40 41 42 43 44 45 46 47
Ganfora Anfora Huszwurtz Schickwurtz Wuntwurtz Sanicula Heilheubt Farn
40 41 42 43 44 45 46 47
48 49 50 51
Haselwurtz Herba Aaron Humela Woolffswurtz
48 49 50 51
18 |
4
189 193
152
203 204
212
5. Titres des chapitres
6. Noms dans la Patrologie
De tritico De siligine De avena De hordeo De spelta De pisa De faba De lente De vichbona (éd.) De hirs De venich De hanff De ratde De galgan De zituar De ingeber De pipere De kumel De bertram De liquiricio De cynamomo De nuce muscata De rosa De lilio De psillio De spica De cubebo De gariofiles De cristiana De lunckwurcz De hirtzunge De gentiana De quenula De andron De hirtzswam De lavendula De fenugræco De sysemera De pefferkrut De scherling
Triticum vulgare Secale cereale Avena sativa Hordeum vulgare Triticum spelta Pisum sativum Vicia faba Ervum lens
De ganphora De amphora De huszwurtz De stichwurtz De wuntwurtz De sanicula De heylheubt De farn De haselwurtz De herba aaron De humela De wulffesmilch
Panicum miliaceum Panicum Italicum Cannabus sativa Nigella sativa Alpinia Galanga Amomum zedoaria Amomum zingiber. Piper longum et nigrum Cuminum, Cyminum Anthenis pyrethrum Glycyrrhiza glabra Laurus Cinnamomum Myristica moschata Rosa centifolia Lilium candidum Plantago psillium Lavendula spica Piper cubeba Eugenia caryophyllata Helleborus niger Pulmonaria officinalis Asplenium Scolopendrium Gentiana lutea Thymus serpillum Marrubium vulgare
7. Noms dans l’édition de Schott
Cannabus Zizania Galanga Zinziber Cyminum Piretrum
Scolopendria Serpillum Marrubium
Lavendula vera Trigonella fœnum Græcum
Cicuta virosa ? Conium maculatum ? Dryobalanops Camphora Rumex acetosus Sempervivum tectorum Brionia Frasica Sanicula Europæa Aspidium Filix mas et femina Asarum Europæum Aaron maculatum Euphorbia esula
Hermodactylus Filix
Cardus niger
8. Identifications retenues
9. Noms français
Triticum vulgare Secale cereale Avena sativa Hordeum vulgare Triticum spelta Pisum sativum Vicia faba Ervum lens Lupinus albus Panicum miliaceum Setaria italica Cannabis sativa Nigella sativa Alpinia galanga Curcuma zedoaria Zingiber officinale Piper longum, piper nigrum Cuminum cyminum Anthemis pyrethrum Glycyrrhiza glabra Cinnamomum verum Myristica fragrans Rosa centifolia Lilium candidum Plantago psyllium Lavandula spica Piper cubeba Eugenia caryophyllata Helleborus niger Pulmonaria officinalis Asplenium scolopendrium Gentiana lutea Thymus serpyllum Marrubium vulgare Lycoperdon cervinum Lavandula vera Trigonella foenum-graecum ? Lepidium latifolium Cicuta virosa ou Conium maculatum Cinnamomum camphora Rumex acetosa Sempervivum tectorum Bryonia dioica Solidago virgaurea Sanicula europaea Colchicum autumnale Dryopteris filix-mas et Athyrium filix-femina Asarum europaeum Arum maculatum ? Euphorbia esula
Le blé (froment) Le seigle L’avoine L’orge L’épeautre Le pois La fève La lentille Le lupin blanc Le millet commun Le millet des oiseaux Le chanvre La nigelle cultivée Le galanga La zédoaire Le gingembre Le poivre Le cumin Le pyrèthre La réglisse La cannelle La noix (de) muscade La rose Le lis Le plantain La lavande aspic Le poivre cubèbe Le clou de girofle L’hellébore noir La pulmonaire La scolopendre La grande gentiane Le serpolet Le marrube La truffe du cerf La lavande Le fenugrec Non identifiée La grande passerage La ciguë Le camphre L’oseille La joubarbe La bryone La vulnéraire La sanicle Le colchique La fougère L’asaret L’arum Non identifiée L’euphorbe
1
2. Patrologie
3
4
5. Titres des chapitres
6. Noms dans la Patrologie
52 53 54 55 56 57
Dolo Danwurtz Brackewurtz Funffblat Mandragora Winda
52 53 54 55 56 57
De dolone De dauwurtz De brachwurtz De funffblat De mandragora De winda
58 59
Boberella Binsuga
58 59
De boberella De binsuga
60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78
Sonwirbel Huppo Lilim Selba Ruta Ysopus Veniculum Dille Petrosilinum Apium Kirbela Pungo Crasso Burncrasse Wurtzel Bachmintze Major mintza Minor mintza Romische mintza
60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78
De sunnewirbel De hoppho De lilim De selba De rutha De hyssopo De feniculo De dille De petroselino De apio De kirbele De pungo De crasso De burncrasse De burtel De bachmyntza De myntza majori De minori myntza De rossemyntza
79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91
Alleum Alsla Porrum Onlauch1 Omnis lauch Kole Wieszgras Kurbesza2 Stutgras Pedema Ruba Retich Latheca
92 93 94 95 96 97 98 99
Wilde latheca Senff Synape Alant Papaver Babela Cletta Distel
100 101
Urtica Wegerich
79 De allio Allium sativum Allium sativum L’ail 80 De alslauch Allium ascalonicum Aschalonia Allium ascalonicum L’échalote 81 De porro Allium porrum Allium porrum Le poireau 82 De lauch Allium fistulosum Porrum Allium fistulosum La ciboulette 83 De unlauch Allium cepa Cepe Allium cepa L’oignon 84 De kole Brassica oleracea Caulis Brassica oleracea Le chou 85 De wiszgras ? Non identifiés 86 196 De stutgras ? Non identifiés 87 De kurbesa Cucurbita lagenaria Cucurbita Cucurbita sp. La courge (et les melons) Aucun chapitre, dans le texte du Livre des plantes, ne correspond à Pedema mentionnée sous le n°88 dans la table des chapitres (colonnes A) 88 De ruba Brassica rapa Rapa Brassica rapa La rave 89 De retich Raphanus sativus Radix Raphanus sativus Le radis 90 De latich Lactuca sativa Lactucæ Lactuca sativa La laitue 91 De lactuca agresti Lactuca virosa Lactuca virosa La laitue vireuse 92 De wilde latich Silvestres lactucæ Lactuca silvestris La laitue scarole 93 De herba senff Sinapis arvensis Sinapis Sinapis arvensis La moutarde des champs 94 De sinape Sinapis alba et nigra Sinapis alba et nigra La moutarde 95 De alant Inula Helenium Enula Inula helenium L’aunée 96 De papavere Papaver somniferum Papaver somniferum Le pavot 97 De babela Malva Malva silvestris La mauve 98 De cletta Bardana Lappa Lappa Lappa major La bardane 99 De distel Carduus benedictus Cardus lenis et Carduus benedictus Le chardon et Eryngium campestre hirsutus et Eryngium campestre 100 De urtica Urtica dioica et urens Urtica dioica et urens L’ortie Plantago Plantago major, media Le plantain 101 De plantagine Plantago major, media et lanceolata et lanceolata
Potentilla spec. Atropa mandragora Convolvulus arvensis et sepium
7. Noms dans l’édition de Schott
8. Identifications retenues
9. Noms français
Stignus
Atropa belladona ? Euphorbia helioscopia Potentilla reptans Mandragora officinarum Convolvulus arvensis
La belladone Le pissenlit (?) L’euphorbe réveille-matin La quintefeuille La mandragore Le liseron
Physalis alkekengi Lamium album ou Melissa officinalis Cichoreum intybus Humulus lupulus ? Salvia officinalis Ruta graveolens Hyssopus officinalis Foeniculum vulgare Anethum graveolens Petroselinum crispum Apium graveolens Anthriscus cerefolium Veronica beccabunga Lepidium sativum Nasturtium officinale Portulaca oleracea Mentha aquatica Mentha longifolia Mentha arvensis Mentha crispa
L’alkékenge Le lamier blanc ou la mélisse La chicorée sauvage Le houblon Non identifiée La sauge La rue L’hysope Le fenouil L’aneth Le persil Le céleri Le cerfeuil La véronique cressonnière Le cresson alénois Le cresson de fontaine Le pourpier La menthe aquatique La menthe sylvestre La menthe des champs La menthe romaine
Esula Quinquefolium
Lamium album
Apiago
Cichoreum intybus Humulus Lupulus
Solsequium Humulus
Salvia officinalis Ruta graveolens Hyssopus officinalis Anethum Feniculum Anethum graveolens Apium Petroselinum Apium graveolens Scandix Cerefolium Veronica Beccabunga Lepidium Sativum Nasturtium aquaticum Portulaca Sativa Mentha aquatica Mentha silvestris Mentha arvensis Mentha crispa
Salvia
Anetum
Cerifolium Nasturtium Portulaca Mentha Mentha Rœmische mentha
| 19
1
2. Patrologie
3
102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157
Minna Viola Melda Ganderebe Stawurtz Biboz Cle Wermut Bils Reinam Doste Garve Agrimonia Ditlampnus Metra Musore Swertula Mirredich Adich Nachtschade Bingula Wullena Gamandria Centaurea Poleya Beonia Battenia Sichterwurtz Basilia3 Bebinella Alba sichterwurtz Ageleia Frideles ouga Springwurtz Berwurt Steinbrecha Ugera Grintwurtz Liebestuckel Ebich Ybisca Denemarka Nabeta Cranchsnabel Consolida Byerverwurtz Grensnig Morcrut Gensecrut Linsano Hunsarem Nyesewurtz Gechte Ysena Satereya Woulfesglegena
102 De menna ? Non identifiée 103 De viola Viola odorata Viola odorata La violette 104 De melda Atriplex hortensis Attriplex Atriplex hortensis L’arroche 105 De gunderebe Glechoma hederaceum Glechoma hederacea Le lierre terrestre 106 De stagwurtz Artemisia Abrotanum Abrotanum Artemisia abrotanum La citronnelle 107 De biboz Artemisia vulgaris Artemisia Artemisia vulgaris L’armoise 108 De cle Trifolium pratense Cithysus Trifolium pratense Le trèfle des prés 109 De wermuda Artemisia Absinthium Absinthium Artemisia absinthium L’absinthe 110 De bilsa Hyoscyamus niger Hyoscyamus niger La jusquiame noire 111 De reynfan Tanacetum vulgare Tanacetum Tanacetum vulgare La tanaisie 112 De dost Origanum vulgare Origanum Origanum vulgare L’origan 113 De garwa Achillea Millefolium Millefolium Achillea millefolium L’achillée millefeuille 114 De agrimonia Agrimonia Eupatoria Agrimonia eupatoria L’aigremoine 115 De dictamno Dictamnus albus Dictamnus albus Le dictame 116 De metra Febrifuga Matricaria parthenium La grande camomille Hieracium pilosella La piloselle 117 De musore Hierarium Pilosella Pilosella 118 De swertula Gladiolus communis Gladiola Iris germanica L’iris 119 De merrich Raphanum Cochlearia armoracia Le raifort 120 De hatich Sambucus Ebulus Ebulus Sambucus ebulus L’hièble 121 De nachtschade Solanum nigrum Solatrum Solanum nigrum La morelle noire 122 De ringula Calendula officinalis Ringella Calendula officinalis Le souci 123 De wullena Verbascum thapsus Blandonia Verbascum thapsus Le bouillon blanc 124 De gamandrea Teucrium Chamœdris Alentidium Teucrium chamaedris La germandrée 125 De centaurea Centaurea Cyanus Centaurea cyanus Le bleuet 126 De poleya Mentha Pulegium Mentha pulegium La menthe pouliot 127 De beonia Pæonia officinalis Dactylosa Paeonia officinalis La pivoine 128 De bathenia Pandonia Betonica officinalis La bétoine 129 De sichterwurtz nigra Rumex acutus Rumex acutus La patience noire 130 De sichterwurtz alba Rumex acutus Rumex acutus La patience blanche 131 De bibenella Pimpinella saxifraga Pimpinella saxifraga Le boucage saxifrage Pour la correspondance avec 132-2, cf. 130-5 132 De agleya Aquilegia vulgaris Acoleia Aquilegia vulgaris L’ancolie Pour la correspondance avec 134-2, cf. 134-5 : nouveau décalage, qui accroît le décalage général entre la Table 2 et la Table 5 133 De springwurtz Euphorbia Lathyris Citocatia Euphorbia lathyris L’euphorbe épurge Myosotis scorpioides Myosotis scorpioides Le myosotis 134 De frideles 135 De ber(w)urtz Athamanta Meum Meum athamanticum Le fenouil des Alpes 136 De stembrecha Asplenium Ruta muraria Saxifrica Asplenium ruta muraria La rue des murailles 137 De ugera Non identifiée 138 De grintwurtz Chelidonia Chelidonium majus La chélidoine 139 De lubestuckel Ligusticum levisticum Levisticum Levisticum officinale La livèche 140 De ebich Hedera helix Hedera helix Le lierre 141 De ybischa Althæa officinalis Althaea officinalis La guimauve 142 De denemarcha Valeriana officinalis Valeriana officinalis La valériane 143 De nebetta Nepeta cataria Calamentum Nepeta cataria La cataire 144 De cranchsnabel Erodium cicutarium Erodium cicutarium Le bec-de-grue 145 De consolida Symphitum officinale Symphytum officinale La grande consoude 146 De byverwurtz Rustica Aristolochia clematitis L’aristoloche 147 149 De grensing Potentilla anserina La potentille ansérine 148 De morkrut Parnassia palustris Parnassia palustris La parnassie des marais 149 147 De gensekrut Potentilla anserina Potentilla anserina La potentille ansérine 150 194 De linsamo Linum usitatissimum Linum usitatissimum La graine de lin 151 157 De hunsdarm Alsine medica Alsine media Le mouron des oiseaux L’hellébore noir 152 28 De nyesewurtz Helleborus niger Gelisia Helleborus niger 153 De herba gicht ? L’herbe à la goutte 154 De ysena Verbena officinalis Verbena Verbena officinalis La verveine 155 De satereia Satureia hortensis Satureia hortensis La sarriette
20 |
4
5. Titres des chapitres
6. Noms dans la Patrologie
7. Noms dans l’édition de Schott
8. Identifications retenues
9. Noms français
1
2. Patrologie
3
158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184
Simesz Qunckus Meglana Dornella Scharleya Storcksnabel Benedicta Risza Museta Bircwurtz Astrentia Ertpeffir Waltpeffir Vickbona Kichgera Wisela Wichim Semen lim Balsamita Stritgras Stimir Agrestis lactuca Berla Pasonata Berich Spica De diversitate fungorum Wizwurtz Aloe Thus Mirra Balsamum Mel Ezucker Lac Butirum Sal Acetum Merada Ova Pix Hartz Sulfur Semperviva Brionia Polipodium Vehedistel Sitaria Weyth Hymelsluszel Major hufflatich Minor hufflatich Plionia Rasela Dorth
156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182
185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212
183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210
4
151
166
160
207 224
9a
9b 150 86 91 148 ? 25 42 43 cf. 99 173
5. Titres des chapitres
6. Noms dans la Patrologie
De wolfesgelegena De syme De junco De meygilana De dornella De scharleya De storcksnabel De benedicta De risza De musetha De birckwurtz De astrencia De ertpeffer De brema De erperis De walt beris De fungis De wichwurtz De aloe De thure De myrrha De balsamone De melle De zucker De lacte De butyro De sale
Arnica montana Stellaria media
De aceto De meranda De ovis De pice De hartz De sulphure De vigbona De kicher De wisela De wichim De milio De semine lini De balsamita De stutgras De stur De lactuca agresti De gerla De pastinaca De borith De spica De semperviva De brionia De polypodio De vehedistel De ficaria De weyt De hymelsloszel De hufflatta majori
Potentilla tormentilla Salvia Sclarea Geranium pratense Geum urbanum
7. Noms dans l’édition de Schott
Cicula
Rubea
Astrantia Ostruthium Polygonum hydropiper Rubus cæsius et fructicosus Fragaria vesca Vaccinium murtillus
8. Identifications retenues
9. Noms français
Arnica montana Stellaria media Juncus sp. Convallaria maialis Potentilla tormentilla Salvia sclarea Geranium pratense Geum urbanum Rubia tinctorum Cetraria islandica ? Potentilla erecta Peucedanum ostruthium Polygonum hydropiper Rubus cæsius et fructicosus Fragaria vesca Vaccinium myrtillus
L’arnica Le mouron des oiseaux Le jonc Le muguet La potentille tormentille La sauge sclarée Le géranium des prés La benoîte La garance Le lichen La tormentille L’impératoire La renouée poivre d’eau La ronce Le fraisier La myrtille Les champignons La ficaire L’aloès L’encens La myrrhe Le baumier Le miel Le sucre Le lait Le beurre Le sel
Ficaria verna Aloe vera Boswelia sacra Commiphora myrrha Commiphora opobalsamum
Lupinus albus Cicer arietinum Ervum Ervilia Vicia sativa Panicum miliaceum Tanacetum balsamita
Sium sisarum Pastinaca sativa
Polypodium vulgare Ficaria verna Primula officinalis Tussilago Petasites
Lupinus albus Cicer arietinum Ervum ervilia Vicia sativa Panicum miliaceum Linum usitatissimum Tanacetum balsamita ? ? Lactuca virosa Sium sisarum Pastinaca sativa Saponaria officinalis Lavandula spica Sempervivum tectorum Bryonia dioica Polypodium vulgare Silybum marianum Ficaria verna Isatis tinctoria Primula officinalis Tussilago petasites
Le vinaigre Le pain trempé Les œufs La poix La résine Le soufre Le lupin blanc Le pois chiche La lentille bâtarde La vesce cultivée Le millet commun La graine de lin La tanaisie des jardins Non identifiées Non identifiée La laitue vireuse Le chervis Le panais La bourrache La lavande aspic La joubarbe La bryone Le polypode Le chardon Marie La ficaire Le pastel La primevère Le pétasite
| 21
1
2. Patrologie
3
213
Cardo
211
La Table des chapitres prend fin au chapitre 213. Le nombre des chapitres dans le corps du texte va jusqu’à 230 (colonne B) en grande partie à cause de chapitres faisant double emploi.
212 213 214 215 216 217 218 219
La Table des chapitres a pris fin au chapitre 213.
220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230
4
48
174 127
120
5. Titres des chapitres
6. Noms dans la Patrologie
De hufflatta minori
Tussilago Farfara
De asaro De hirceswurtz De scampina De nimphia De catzenzagel De zugelnich De psaffo Herba in qua rifelbere crescunt De merlinsen De dudelkolbe De hartenauwe De thymo De aloe De plionia De rasela De dorth De cardo De ebulo De basilisca
7. Noms dans l’édition de Schott
Scamphonia Hippuris vulgaris
Lemnæ sp. Typhæ sp. Thymus vulgaris
8. Identifications retenues
9. Noms français
Tussilago farfara
Le tussilage pas-d’âne
Asarum europaeum Peucedanum cervaria Convolvulus scammonia Nymphea lutea et alba Equisetum arvense ? ? ?
L’asaret Le peucédan La scammonée Le nénuphar La prêle Non identifiée Non identifiée Non identifiée
Lemna minor Typha latifolia et angustifolia Hypericum perforatum Thymus vulgaris Aloe vera ? Rhinantus crista galli Bromus secalinus Carduus sp. Sambucus ebulus Ocymum basilicum
La lentille d’eau La quenouille Le millepertuis Le thym L’aloès La pivoine ? Le rhinante crête de coq Le brome Le chardon L’hièble Le basilic
Notes du tableau
1. Dans la Table des chapitres de la Patrologie (colonnes 1 et 2), les titres des chapitres 82 et 83 semblent inverser ceux des chapitres 82 et 83 du texte (colonnes 3 et 5). 2. La Table des chapitres (colonnes 1 et 2) inverse l’ordre des chapitres 86 et 87 par rapport au corps du texte (cf. colonnes 3 et 5). 3. La Basilia annoncée comme chapitre 130 dans la Table des chapitres (colonnes 1 et 2) n’apparaît pas dans le corps du texte du Livre des plantes. On trouve Basilisca, le basilic, au chapitre 230, mais s’agit-il de la même plante ? Ceci, joint au fait que la position de Alba sichterwurtz au chap. 131 est éloignée de Sichterwurtz (chap. 129), entraîne un décalage entre les colonnes 2 et 5. 4. Dans la Table des chapitres (colonnes 1 et 2), à partir du chapitre 171, de nombreux chapitres correspondent aux chapitres 189 et suivants du corps du texte (colonnes 3 et 5). À partir d’ici, la correspondance entre 1 et 3 est donc encore plus décalée.
Remarques
1. Des notes de bas de page renvoient le lecteur à des annexes (sur la théorie des humeurs et sur la magie), à un lexique germanique et à un lexique latin, destinés à éclairer les mots importants et/ou difficiles. 2. À l’intérieur des chapitres, les passages entre crochets droits sont des variantes ou des compléments signalés par la Patrologie, provenant de l’édition princeps, édition de Schott (Strasbourg, 1533).
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Début du livre de la bienheureuse Hildegarde Des subtilités des créatures de diverses natures et concernant d’autres qualités tout aussi nombreuses livre premier les plantes
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Pisum sativum
Lupinus albus
Préface Lors de la création de l’homme à partir de la terre, apparut une autre terre qui est l’homme. Tous les éléments étaient à son service car ils sentaient en lui la présence de la vie ; en toutes ses occupations ils coopéraient avec lui et lui avec eux. La terre offrait sa végétation en correspondance avec l’espèce, la nature, les comportements de l’homme et avec toute l’étendue de ce qui constitue l’être humain. La terre, en effet, avec les plantes bénéfiques montre l’étendue des comportements spirituels de l’homme et elle permet de les reconnaître ; tandis qu’avec les plantes nocives1 elle fait voir ses comportements mauvais et diaboliques. Il existe en effet des plantes que l’on fait cuire avec des aliments : elles activent la nutrition et elles sont légères, car elles n’alourdissent pas beaucoup l’homme. Elles sont semblables à la chair de l’homme. La sève des arbres fruitiers est nocive si elle n’est pas cuite, mais une fois cuite elle est légère. Elle est comparable au sang de l’homme. Quant aux bois sans fruits qui ne produisent rien, ce sont des bois et non des arbres. Ils ne portent que des feuilles impropres à la nourriture de l’homme : si quelqu’un vient à en manger, elles ne lui sont pas très bénéfiques, même si elles ne lui font pas grand mal. Elles sont comparables à de la sanie en l’homme. Ce qui, dans les arbres et dans les bois, produit des lianes, est semblable aux veines de l’homme. En outre, les pierres de la terre sont comparables aux os de l’homme et l’humidité des pierres à la moelle des os, car la pierre, tout en renfermant de l’humidité, renferme aussi de la chaleur. Les pierres qui servent à couvrir les toits sont semblables aux ongles des mains et des pieds de l’homme. Certaines plantes poussent à partir de l’air ; elles sont légères à digérer pour l’homme et ont une nature joyeuse, si bien qu’elles rendent joyeux l’homme qui en mange. Elles sont semblables aux cheveux de l’homme, car elles sont toujours légères et aériennes. D’autres plantes sont venteuses parce qu’elles poussent à partir du vent. Elles sont sèches et lourdes à digérer pour l’homme. Elles ont une nature triste, si bien qu’elles rendent triste l’homme qui les mange. Elles sont comparables ou semblables à la sueur de l’homme. Le suc des plantes nocives que l’on ne peut manger est vénéneux car elles sont elles-mêmes une nourriture mortelle pour l’homme. Elles sont comparables aux déjections de l’homme. La terre a de la sueur, de l’humeur et du suc2. La sueur de la terre produit les plantes nocives tandis que l’humeur produit les plantes bénéfiques, bonnes à manger et que l’homme peut utiliser pour d’autres usages. Le suc de la terre produit la vigne et les arbres fruitiers. Les plantes semées par le travail de l’homme, qui poussent et croissent peu à peu, comme les animaux domestiques que l’homme nourrit chez lui avec soin, perdent, grâce au travail du laboureur et du semeur, l’âcreté et l’amertume de leurs sucs, si bien que l’humidité de ces mêmes sucs se rapproche beaucoup de ce qu’est suc de l’homme et que ces plantes sont, de cette manière, bonnes et utiles pour sa nourriture et sa boisson. Mais les plantes qui poussent quand leurs graines sont tombées, sans le travail de l’homme, et qui croissent de façon soudaine et rapide, comme le font les bêtes sauvages, sont mauvaises à manger pour l’homme, car l’homme se nourrit en buvant du lait puis en mangeant tout au long d’une croissance 1. Plantes nocives : sainte Hildegarde appelle herbes ou plantes « inutiles », ce que nous appelons « mauvaises herbes », avec la connotation de plantes nocives. 2. « suc » : pour les plantes, le « suc » correspond à la sève. Le mot latin succus employé dans le texte désigne aussi bien la sève que tout liquide organique.
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régulière, ce qui ne se retrouve pas pour ces plantes. Cependant certaines d’entre elles, utilisées comme médicaments, s’opposent, chez les hommes, aux humeurs faibles et nocives. Or toute plante est soit chaude soit froide et pousse avec cette qualité, car la chaleur des plantes représente l’âme et leur froid représente le corps ; et en elles, selon leur espèce, l’emporte le chaud ou le froid, selon qu’elles ont du chaud ou du froid en abondance. En effet, si toutes les plantes étaient chaudes et si aucune n’était froide, elles feraient du mal à ceux qui les utilisent. Mais si elles étaient toutes froides et si aucune n’était chaude, elles causeraient de même du déséquilibre pour les hommes car les chaudes font obstacle au froid et les froides font obstacle au chaud. Certaines plantes renferment la vertu des arômes les plus puissants et l’âpreté des arômes les plus amers. C’est pourquoi elles s’opposent à de très nombreux maux ; en effet les esprits malins, qui sont la cause de ces maux, ont ces plantes en horreur. Mais il existe aussi des plantes qui renferment pour ainsi dire l’écume des éléments ; des hommes dans l’erreur tentent de trouver leur bonne fortune en elles. Ce sont les plantes qu’aime le diable et auxquelles il vient se mêler.
Chapitre 1. Le blé – De tritico Patrologie : Triticum vulgare. Autre appellation : Triticum aestivum. Le blé est chaud et rempli de substance nutritive, de telle sorte que rien ne manque en lui. Quand on en fait de la farine de bonne qualité1, le pain fabriqué avec cette même farine est bon pour les bien portants comme pour les malades, et il procure dans l’homme une chair de bonne qualité et un sang de bonne qualité. Mais si on extrait de cette même farine le gruau – la moelle – c’est-à-dire la fleur de farine, et qu’avec ce même gruau on fabrique des pains, ce pain a moins de force, il est plus faible que s’il avait été fabriqué à partir de la farine de bonne qualité elle-même car le gruau [cette même moelle] perd une quantité notable de ses propriétés et provoque en l’homme plus d’humeur glaireuse2 que la farine de blé de bonne qualité. Celui qui fait cuire le blé en prenant ses grains entiers, sans l’avoir écrasé à la meule, et le mange comme n’importe quel aliment, ne se procure en lui-même ni sang de bonne qualité, ni chair de bonne qualité, mais beaucoup d’humeur glaireuse, si bien qu’il a de la peine à le digérer. De cette façon le blé est totalement sans valeur pour un malade, même si un homme bien portant peut supporter de le manger. Cependant, si quelqu’un a le cerveau vide et que pour cela son égarement le tourmente comme s’il était en proie à un délire frénétique, prendre des grains de blé entiers [car cette graine est pleine de substance grasse], les faire cuire dans de l’eau ; puis, après les avoir retirés de l’eau, les placer encore chauds tout autour de la tête du malade et mettre un linge par-dessus. De cette façon son cerveau se remplira de ce suc, il recouvrera ses facultés et sa santé. Renouveler le traitement jusqu’à ce que le malade revienne à la raison. Si on a mal au dos et à la région lombaire, faire cuire des grains de blé avec de l’eau et les placer encore chauds sur la partie douloureuse. La chaleur du blé dissipera les forces de ce mal. [Si un chien avec ses dents mord un homme, ce dernier doit prendre une pâte de fleur de farine préparée avec du blanc d’œuf et l’appliquer sur la morsure du chien pendant trois jours et autant 1. « de bonne qualité » : traduit l’adjectif rectus utilisé par sainte Hildegarde. Rectus désigne ce qui est droit, ce qui est conforme à ce qu’il doit être. Pour la farine de blé, il s’agit de la farine complète, « la farine de grains complets de froment » (G. Hertzka et W. Stehlow, Manuel de la Médecine de sainte Hildegarde, p. 216), meilleure que le gruau ou la fleur de farine. 2. « humeur glaireuse » : sainte Hildegarde emploie le mot slim, correspondant à l’allemand moderne Schleim (mucosité, pituite, glaire). Au lieu de slim, l’édition de Schott a le mot latin « livor », mot utilisé par sainte Hildegarde pour désigner une des humeurs. Cf. Danielle Delley, Les plantes médicinales, p. 105-106, Édition Hildegarde BHG, Bâle 1988. Cf. lexique germanique à slim.
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de nuits, pour extraire le venin de la morsure. Cette morsure, à cause de l’haleine du chien, est plus vénéneuse que celle d’un autre animal. Il faut ensuite enlever la pâte, piler du millefeuille avec du blanc d’œuf et l’appliquer sur cette même morsure pendant deux ou trois jours, puis l’enlever. Enfin il lui faut soigner la morsure avec un onguent comme on a l’habitude de soigner une autre blessure.]
Chapitre 2. Le seigle – De siligine Patrologie : Secale cereale. Le seigle est chaud, mais il est cependant plus froid que le blé et il a de nombreuses propriétés. Le pain que l’on en fait est bon pour les hommes en bonne santé et les rend forts. Il est bon aussi pour ceux dont la chair est grasse car il amaigrit leur chair tout en les rendant forts. Mais pour ceux qui ont l’estomac froid et en sont très affaiblis, il est contre-indiqué car leur faiblesse ne peut en supporter la digestion. Il provoque en eux des troubles1 digestifs en abondance car ils peuvent à peine le digérer. [Si on a des glandes sur le corps, de quelque sorte qu’elles soient, poser sur les glandes du pain de seigle chauffé au feu ou apporté encore chaud au sortir du four. La chaleur de ses forces détruit les glandes et les fait disparaître. Procéder ainsi jusqu’à leur disparition. Si on a la gale sur la tête, réduire en poudre de la croûte de pain de seigle et y appliquer cette poudre, car elle enlève ce mal. Au bout de trois jours, enduire cet endroit d’huile d’olive, car cette huile est chaude et guérit. Procéder ainsi jusqu’à guérison. Et si des parasites2, à savoir de petits vers très minces, rongent la chair d’un homme, mettre par-dessus des miettes de pain chaudes. Répéter souvent le traitement et la chaleur du pain fera périr les vers.]
Chapitre 3. L’avoine – De avena Patrologie : Avena sativa. L’avoine est chaude, elle a un goût piquant et une odeur forte. C’est un aliment riche et sain pour les hommes en bonne santé. Elle leur donne un esprit joyeux3, une intelligence pure et claire, un bon teint et une chair saine. Pour ceux qui sont assez ou peu affaiblis, l’avoine est bonne à manger aussi bien sous forme de pain que de farine et elle ne leur fait pas de mal. Tandis que pour ceux qui sont très faibles et froids, il ne convient pas d’en manger parce que l’avoine demande toujours de la chaleur. Si un de ces hommes mange soit du pain, soit de la farine d’avoine, ils se coagulent aussitôt dans son ventre ; ils provoqueraient en lui de l’humeur glaireuse4 et ne lui donneraient pas de forces en raison de leur froid5. Si quelqu’un souffre de paralysie causée par l’arthrite6 et que cela lui donne un esprit divisé et des pensées vides, au point d’en perdre un peu la raison, plonger des pierres passées au feu dans un bain 1. « troubles » : sainte Hildegarde emploie le mot tempestas, « tempête ». Ce qui se passe dans le corps humain est assimilé, une fois encore, aux phénomènes cosmiques. 2. « parasites » : sainte Hildegarde emploie le mot cancer, « crabe », « chancre»… 3. « un esprit joyeux » : c’est l’adjectif laetus qui signifie « joyeux ». Il est aussi employé dans la phrase précédente au sens de « riche », « copieux » : un aliment riche. Il est donc important de voir que l’avoine, « aliment joyeux > riche », communique à l’homme cette qualité : un esprit joyeux. Sainte Hildegarde met constamment en relation les réalités créées et l’homme. Dans la suite des chapitres, la joie (laetitia) est un aspect important de la santé donnée par les plantes : il ne s’agit pas seulement de la santé corporelle. 4. « humeur glaireuse » : sainte Hildegarde emploie le mot slim (mucosité, pituite, glaire). Au lieu de slim, l’édition de Schott a le mot latin « livor », mot utilisé par sainte Hildegarde pour désigner une des humeurs. Cf. lexique germanique à slim. 5. Passage obscur. Le texte dit : « parce qu’ils (elles) sont froid(e)s ». Les éléments grammaticaux ne permettent pas de savoir vraiment ce qui est qualifié par l’adjectif « froid ». Logiquement, il ne pourrait s’agir du pain ou de la farine d’avoine, l’avoine étant définie comme chaude. 6. « arthrite » : cf. lexique allemand à gicht.
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chaud contenant de l’avoine et son eau de cuisson, répéter souvent le traitement : il reviendra à lui et recouvrera la santé.
Chapitre 4. L’orge – De hordeo Patrologie : Hordeum vulgare. L’orge est froide. Ainsi est-elle plus froide et plus faible que les céréales précédentes. Si on en mange, tant en pain qu’en farine, elle fait du mal aux bien portants comme aux malades, car elle n’a pas de vertus aussi grandes que les autres espèces de céréales. Mais si un malade est déjà affaibli dans tout son corps, faire cuire de l’orge dans de l’eau à feu vif, verser cette eau dans une cuve et y faire baigner le malade. Répéter souvent l’opération jusqu’à ce qu’il guérisse ; sa chair se reconstituera et il recouvre la santé. Si le malade est affaibli au point de ne pouvoir manger de pain, prendre de l’orge et de l’avoine à poids égal, ajouter un peu de fenouil, faire cuire le tout dans de l’eau et, après cuisson, filtrer ce suc à travers un linge. En faire boire au malade, comme un jus remplaçant l’ingestion de pain, et cela jusqu’à ce qu’il prenne des forces. Si on a sur le visage une peau dure et rugueuse qui se couvre facilement de rugosités sous l’effet du vent, faire cuire de l’orge dans de l’eau puis, avec cette eau filtrée à travers un linge et modérément chauffée, se laver doucement le visage. La peau sera douce et lisse et elle aura une belle coloration. Si un homme a la tête malade, qu’il se lave souvent la tête avec cette eau et sa tête sera guérie.
Chapitre 5. L’épeautre – De spelta Patrologie : Triticum spelta. L’épeautre est un grain excellent. Il est chaud, gras et plein de vertus. Il est plus doux que les autres grains. À celui qui en mange il donne une chair de bonne qualité et procure un sang de bonne qualité. Il rend l’esprit joyeux et met de la gaieté dans l’esprit de l’homme. De quelque façon qu’on le mange, soit sous forme de pain, soit dans d’autres aliments, il est bon et doux. Si quelqu’un est affaibli au point que sa faiblesse le rend incapable de manger, prendre des grains entiers d’épeautre, les faire cuire dans de l’eau après avoir ajouté de la graisse ou du jaune d’œuf pour donner meilleur goût et qu’il ait ainsi envie d’en manger. Donner cette préparation à manger au malade ; elle le guérit à l’intérieur, comme un onguent bon et sain.
Chapitre 6. Le pois – De pisa Patrologie : Pisum sativum. Le pois est froid et produit un peu de flegme. Il oppresse un peu le poumon. Cependant, pour un homme de nature chaude, il est bon à manger et le rend fougueux. Mais pour les malades de nature froide, il ne vaut rien car il provoque en eux de l’humeur1 s’ils en mangent. [Le pois est nocif dans toutes les maladies et ne renferme aucune force pour les chasser. 1. Cette humeur est désignée par deux mots coordonnés : livor et slim. Cf. lexique latin pour livor et lexique germanique pour slim. Cf. aussi Annexe I, rubrique « Slim traduit par humeur ».
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Cependant si quelqu’un souffre d’un écoulement excessif de flegme dans le front, qu’il écrase un pois blanc en le mâchant avec ses dents, qu’il le mélange avec du miel très pur ; puis qu’il applique le tout sur ses tempes en le pressant avec un bandage. Qu’il suive ce traitement jusqu’à ce qu’il aille mieux. Si quelqu’un a les viscères malades à l’intérieur de son corps, qu’il absorbe souvent du jus de pois chaud et il ira mieux.]
Chapitre 7. La fève - De faba Patrologie : Vicia faba. La fève est chaude. Elle est bonne à manger pour les hommes bien portants et forts. Elle est meilleure que le pois. En effet, si des malades mangent de la fève, elle ne leur fait pas beaucoup de mal car elle ne provoque pas en eux autant d’humeur1 que le pois. Ainsi la farine de fève est bonne et utile tant pour le malade que pour le bien portant, car elle est légère et peut se digérer facilement. Si on souffre des viscères, faire cuire des fèves dans de l’eau après y avoir ajouté de la graisse ou de l’huile, puis retirer les fèves et absorber le bouillon chaud. Renouveler souvent ce traitement qui guérit l’intérieur du corps. [Si quelqu’un a dans sa chair une douleur brûlante, des démangeaisons et des ulcères, de quelque nature qu’ils soient, prendre de la farine de fève, ajouter un peu de poudre de graine de fenouil, mélanger le tout dans de l’eau avec une toute petite quantité de farine de blé, de façon à obtenir une pâte consistante. Avec cette pâte, préparer des galettes séchées soit au feu, soit au soleil et les appliquer souvent sur les parties malades. Ce traitement enlèvera la douleur et le malade sera guéri.]
Chapitre 8. La lentille – De lente Patrologie : Ervum lens. Autre appellation : Lens culinaris. La lentille est froide. En manger n’accroît ni la moelle de l’homme, ni son sang, ni sa chair, et ne lui donne pas de forces. Elle ne fait que rassasier le ventre et le remplir de vide. Elle provoque chez les hommes le déchaînement2 d’humeurs maladives. [Si des taches de gale et des cheveux souillés présentant des racines d’ulcères se propagent sur la tête de quelqu’un, réduire lentement en poudre des lentilles sur une pierre passée au feu ; réduire également en poudre une carapace de tortue avec l’humeur qu’elle renferme, ajouter un poids égal de poudre de lentilles, puis appliquer le tout sur les taches. Cela dissipera l’humeur douloureuse et guérira le malade.]
Chapitre 9a. Le lupin – De vichbona Patrologie : pas d’indication botanique ; citation d’un chapitre figurant seulement dans l’édition de Schott. Identification généralement adoptée : Lupinus albus, le lupin blanc. Le lupin est froid.
1. Cette humeur est désignée par deux mots coordonnés : livor et slim. Cf. lexique latin pour livor et lexique germanique pour slim. Cf. aussi Annexe I, rubrique « Slim traduit par humeur ». 2. « déchaînement » : sainte Hildegarde emploie le mot latin procella qui signifie « orage », « bourrasque », « ouragan ». Ce qui se passe dans le microcosme du corps humain est semblable aux événements du macrocosme.
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Si quelqu’un souffre de ses viscères au point d’en être comme gonflé de l’intérieur, il lui faut réduire du lupin en farine et lui ajouter un peu de pain réduit en poudre, un peu de graines de fenouil ou du suc de livèche, puis faire cuire le tout avec de l’eau en guise d’aliment et en manger une bonne dose, chaude. Prendre souvent ce remède, il guérit les viscères malades.
Chapitre 9b. Le millet commun – De hirs Patrologie : Panicum miliaceum. Le millet commun est froid. Il n’est qu’un peu chaud, car il n’accroît en l’homme ni le sang, ni la chair. Il ne lui donne pas de forces, mais il se contente de remplir son ventre et de diminuer la faim en lui car il n’a pas la saveur d’un aliment reconstituant. D’autre part, il rend aqueux le cerveau de l’homme. Il lui donne un estomac tiède et lent et provoque le déchaînement1 des humeurs qui sont en l’homme. Il est presque comme l’ivraie et il n’est pas bon à manger pour l’homme.
Chapitre 10. Le millet des oiseaux – De venich Patrologie : Panicum Italicum. Autre appellation : Setaria italica. Le millet des oiseaux est froid. Il n’a que peu de chaleur. Il n’est pas très efficace car son pouvoir reconstituant est réduit et il donne peu de forces à celui qui en mange. Cependant il ne lui fait pas autant de mal que ne le fait habituellement le millet commun et il ne déchaîne pas en l’homme les humeurs mauvaises et les maladies aussi fortement que cet autre millet. [Si on est atteint de fièvres brûlantes, faire cuire du millet des oiseaux dans du vin, boire souvent de ce vin encore chaud, et l’on sera guéri.]
Chapitre 11. Le chanvre – De hanff Patrologie : Cannabus sativa = Cannabis sativa. Le chanvre est chaud. Il pousse quand l’air n’est ni très chaud, ni très froid, telle est sa nature. Sa graine renferme la santé, manger du chanvre est salutaire pour les hommes en bonne santé. Dans leur estomac, il est léger et utile au point d’enlever quelque peu l’humeur glaireuse2 de l’estomac ; il peut se digérer facilement. Il diminue les humeurs mauvaises et renforce celles qui sont bonnes. Cependant si un homme qui a la tête affaiblie et le cerveau vide mange du chanvre, celui-ci lui donne facilement un léger mal de tête. Mais il ne fait pas de mal à un homme qui a la tête saine et le cerveau plein. Si quelqu’un est très affaibli, il cause un peu de douleur dans l’estomac. Mais si on n’est qu’un peu affaibli, en manger ne fait pas de mal. [Si quelqu’un a l’estomac froid, faire cuire du chanvre dans de l’eau, puis le presser pour faire partir l’eau et le rouler dans un linge ; l’appliquer souvent encore chaud sur l’estomac : ce remède redonne des forces à l’estomac et le remet en place. Si un homme qui a le cerveau vide mange du chanvre, cela lui donne un léger mal de tête. Mais cela ne fait pas de mal à une tête saine et à un cerveau plein.
1. « déchaînement » : sainte Hildegarde emploie l’image de la tempête (procella). Cf. note 2, p. 29. 2. « l’humeur glaireuse » : allemand slim . Cf. lexique germanique.
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Un linge en toile de chanvre est très bon pour panser les ulcères et les plaies parce qu’il renferme une chaleur équilibrée.]
Chapitre 12. La nigelle cultivée – De ratde Patrologie : Nigella sativa. La nigelle cultivée est chaude et sèche. Elle n’est bonne à manger pour personne, car son ingestion causerait de la douleur. Pour le bétail, elle n’est ni bénéfique ni très utile. Si quelqu’un a des ulcères sur la tête, sans pour autant que ce soit de la gale, broyer de la nigelle cultivée puis y mêler du lard grillé. En enduire souvent les ulcères qui se trouvent sur la tête ; cela fait disparaître ses ulcères et il est guéri. Broyer de la nigelle cultivée et y mêler du miel ; et là où se trouvent beaucoup de mouches, en couvrir les murs. Les mouches qui en auront goûté seront malades, tomberont et disparaîtront.
Chapitre 13. Le galanga – De galgan Patrologie : Alpinia galanga. Autre identification : Alpinia officinarum. Le galanga est entièrement chaud. Il ne renferme pas de froid. Il est plein de vertus. Si un homme est brûlant de fièvre, qu’il boive du galanga réduit en poudre dans de l’eau de source ; cela éteindra sa fièvre brûlante. Si on a mal au dos ou au côté à cause d’humeurs mauvaises, faire bouillir du galanga dans du vin et en boire souvent encore chaud ; la douleur cessera. Si on souffre du cœur et que l’on a une défaillance cardiaque, manger aussitôt suffisamment de galanga et l’on ira mieux. [Si un homme souffre d’une haleine fétide qui passe jusqu’au poumon, de sorte même qu’il en a parfois la voix rauque, il lui faut prendre du galanga et du fenouil à poids égal, deux fois autant de noix de muscade et de pyrèthre que le poids des deux ingrédients précédents, puis réduire en poudre et mélanger le tout, manger chaque jour à jeun de cette poudre, pour un poids de deux pièces de monnaie1, avec une petite bouchée de pain, et, aussitôt après, boire un peu de vin chaud. Qu’il mange souvent, aussi bien après un repas qu’à jeun, d’autres plantes bénéfiques qui ont une bonne odeur afin que celle-ci fasse disparaître son haleine fétide. Si on souffre du poumon, de quelque façon que ce soit, éviter les viandes grasses, s’abstenir d’une nourriture qui a été arrosée avec beaucoup de sang ainsi que d’aliments crus, car tout cela provoque de l’infection autour du poumon. Éviter aussi les pois, les lentilles, les fruits crus, les légumes crus, les noix et l’huile, parce qu’ils apportent de l’humeur dans le poumon. Si on veut manger de la viande, il faut manger des viandes maigres ; si on veut manger du fromage, il ne faut manger ni du fromage cuit, ni du fromage cru, mais du fromage sec, parce qu’en celui-ci les humeurs mauvaises sont inactives. Si on veut consommer de l’huile, il faut le faire avec modération, pour éviter de rassembler ainsi les humeurs dans le poumon. Ne pas boire d’eau car elle provoque de l’humeur autour du poumon. Ne pas boire un vin nouveau qui n’a pas encore évacué ses impuretés par la fermentation, car il n’est pas encore purifié. Mais la bière ne fait pas beaucoup de mal au malade parce qu’elle est cuite. Boire du vin parce que sa bonne chaleur est bénéfique pour le poumon. Se garder d’un air humide et nuageux car son humidité fait du mal au poumon.
1. L’unité de poids parfois employée par sainte Hildegarde reste vague. Le mot latin nummus qu’elle utilise désigne de façon générale toute monnaie, et de façon particulière des pièces de peu de valeur : sesterce, drachme, puis liard, sou, centime… Il faudrait savoir à quelle monnaie elle se réfère.
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Si des humeurs mauvaises prolifèrent dans les viscères et dans la rate d’un homme et provoquent dans son cœur, par l’action de la mélancolie1, de nombreuses souffrances, il doit prendre du galanga et du pyrèthre à poids égal, ainsi que du poivre blanc au quart du poids de l’une des ces deux plantes. S’il n’a pas de poivre blanc, qu’il prenne du poivre ordinaire, quatre fois autant que de poivre blanc et qu’il réduise le tout en poudre. Qu’il prenne ensuite de la farine de fève, qu’il y ajoute la poudre obtenue précédemment et qu’il mélange le tout avec du suc de fenugrec, sans eau, sans vin ni autre liquide. Après cela, qu’il prépare de petites galettes avec le mélange de tous ces ingrédients, et les fasse sécher à la chaleur du soleil ; aussi doit-il les faire en été, tant qu’il peut y avoir du soleil, afin de disposer de ces galettes en hiver. Ensuite, qu’il mange ces galettes, aussi bien après un repas qu’à jeun. Enfin, il lui faut prendre de la réglisse, cinq fois plus de fenouil et de sucre que le poids de réglisse et un peu de miel. Qu’il fasse une boisson avec ces ingrédients, qu’il en boive aussi bien après un repas qu’à jeun, contre la douleur du cœur. Si le flegme provoque des vapeurs dans la tête d’un homme et brouille son audition, qu’il prenne du galanga, de l’aloès, pour un tiers environ du galanga, de l’origan, deux fois autant que de galanga, et des feuilles de persil pour le même poids que l’origan. Qu’il en fasse une poudre et qu’il s’en serve chaque jour, aussi bien après un repas qu’à jeun. Si on souffre de la poitrine, du cœur et de la rate, et si on a l’estomac refroidi par le flegme, prendre du galanga, deux fois autant d’origan, des graines de céleri pour le même poids que l’origan, et un peu de poivre blanc. Réduire le tout en poudre, y ajouter un peu de miel cuit et en faire un électuaire2 que l’on fera cuire à feux doux en évitant de le porter à ébullition. Manger souvent de cet électuaire et prendre fréquemment du vin pur, doux et de bonne qualité. Si on souffre de paralysie, prendre du galanga, moitié moins de noix de muscade, moitié moins de lavande aspic que de noix de muscade, de l’herbe à la goutte3 et de la livèche à poids égal, mais pour chacun des deux un poids supérieur à celui de l’aspic. Ajouter à tout cela de la saxifrage et du polypode4 à poids égal, pour un poids total égal à celui des cinq plantes précédentes. Puis résoudre le tout en poudre. Si on a une santé suffisante, manger cette poudre sur du pain ; si on est trop affaibli, en faire un électuaire et le manger.
Chapitre 14. La zédoaire – De zituar Patrologie : Amomum zedoaria. Autre appellation : Curcuma zedoaria. La zédoaire est chaude de façon équilibrée et renferme de grandes propriétés. Si un homme a les membres qui tremblent et qu’il manque de force, il lui faut mettre de la zédoaire dans du vin, ajouter un peu moins de galanga que de zédoaire, faire cuire le tout dans du vin avec un peu de miel et le boire chaud. Son tremblement le quittera et il retrouvera ses forces. Si on a en soi beaucoup de salive et d’écume, réduire de la zédoaire en poudre et mettre cette poudre dans un nouet que l’on placera dans un récipient où l’on aura versé de l’eau, pour que l’eau en prenne le goût ; laisser le nouet dans l’eau toute une nuit et boire souvent de cette infusion le matin, à jeun. Si on a de violents maux de tête, s’humecter le front et les tempes avec cette poudre placée dans un linge noué, imbibé d’eau, et l’on ira mieux. Si on l’estomac rempli de mauvais aliments et très alourdi, réduire de la zédoaire en poudre ; avec cette poudre, un peu de fleur de farine et de l’eau, faire une galette. Faire cuire cette galette au soleil 1. « la mélancolie » : « la bile noire » (étymologie grecque). Le « spleen », souvent synonyme de « mélancolie », vient d’un mot grec, σπλῆν (la rate), qui a donné aussi le mot latin splen utilisé dans cette phrase par sainte Hildegarde pour désigner la rate. 2. « électuaire » : médicament fait de poudres composées et mélangées à des sirops de sucre ou de miel. 3. « herbe à la goutte » : plante d’identification hypothétique. 4. « polypode » : variété de fougère.
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Nigella sativa
Cuminum cyminum
ou dans un four presque froid et la réduire en poudre ; lécher souvent de cette poudre dans le creux de la main quand on est à jeun et le soir, au coucher. La poudre fait disparaître la lourdeur de l’estomac.
Chapitre 15. Le gingembre – De ingeber Patrologie : Amomum zingiber. Autre appellation : Zingiber officinale. Le gingembre est très chaud et a tendance à se diffuser. Il n’est pas bon à manger pour un homme gras en bonne santé, car il le rend stupide, ignorant, tiède et lascif. Mais si on a un corps sec et que l’on est déjà presque sans force, réduire en poudre du gingembre, prendre un peu de cette poudre à jeun dans un bouillon1 et même en manger un peu de temps en temps avec du pain ; l’état de santé en sera amélioré. Toutefois, dès que l’on ira mieux, ne plus en manger pour éviter d’en subir des effets nocifs. Si on a des ulcérations oculaires et les yeux troubles, réduire en poudre du gingembre, mettre cette poudre dans un nouet que l’on plongera dans du vin de sorte que ce dernier devienne sombre2. Le soir, au coucher, enduire de ce vin le pourtour des paupières et des yeux ; s’il en pénètre un peu dans l’œil, cela ne causera pas de mal. On fait disparaître ainsi l’infection qui provoquait les ulcérations et les yeux ne sont plus troubles. [Tant qu’un homme a l’usage de la vue, il peut soigner ses yeux ainsi. Mais après avoir perdu la vue, il ne pourra plus recourir à ces remèdes. Si on a les yeux comme obscurcis par du brouillard, prendre du suc de rue et d’hysope à quantité égale, y ajouter trois fois autant de vin de gingembre mentionné plus haut, verser le tout dans un récipient en bronze pour y conserver les vertus du remède. Le soir, au coucher, enduire avec cette préparation le pourtour des paupières et des yeux, extérieurement ; mais si un petit peu du remède entre en contact avec l’intérieur des yeux, cela ne leur fera aucun mal. Faire cela souvent, et le brouillard qui obscurcissait les yeux se dissipera. Si on a mal à l’estomac et que l’on souffre de constipation, réduire en poudre du gingembre, mélanger cette poudre avec un peu de suc de buglosse ; faire des galettes avec cette poudre et de la farine de fèves et les cuire dans un four à feu doux. Manger souvent de ces galettes, aussi bien après un repas qu’à jeun ; cela diminue l’infection de l’estomac et redonne des forces au malade. Si un homme a des maux d’estomac, quels qu’ils soient, il lui faut réduire en poudre du gingembre, deux fois autant de galanga, et moitié moins de zédoaire3. Puis il doit mettre cette poudre dans du vin, après un repas, et en boire, même le soir, au coucher. Qu’il en prenne souvent et son estomac ira mieux.] Si on a de l’impétigo sur le corps, mettre de la poudre mentionnée ci-dessus dans un nouet que l’on plongera dans du vinaigre, et ajouter un peu de vin, si on en a, pour que la préparation ne soit pas trop piquante. Puis frotter la peau avec ce nouet garni de poudre là où se trouve l’impétigo. On sera guéri. [Si un homme est atteint de vich4, prendre un peu de gingembre et une plus grande quantité de cannelle, et réduire le tout en poudre. Prendre plus de sauge que de gingembre, plus de fenouil et de tanaisie que de sauge ; broyer le tout dans un mortier pour en extraire le suc et filtrer dans un linge. Ensuite, faire cuire un peu de miel dans du vin et ajouter un peu de poivre blanc, ou, si on n’en a pas, un peu de « nimmolus »5, puis introduire la poudre et le suc. Prendre ensuite de la lentille d’eau, 1. un bouillon : cf. lexique germanique, à suffen. 2. « sombre » : latin atrum, sans doute erreur pour acrum (âcre, piquant), comme le montre un autre remède mentionné dans la suite du chapitre. Cf. lexique germanique, zanger. 3. Remède réunissant les trois épices de la famille des zingibéracées. 4. vich : cf. lexique germanique. 5. nimmolus : cf. lexique latin.
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deux fois autant de tormentille, autant de moutarde des champs que de tormentille, mais moins que de lentille d’eau1. Broyer ces plantes dans un mortier pour en extraire le suc, placer le tout dans un petit filtre, puis verser par-dessus le vin mêlé de miel et de poudre et en faire une boisson claire. Si on est atteint du mal mentionné plus haut, boire à jeun de cette boisson, autant que l’on peut en boire sans reprendre haleine ; en reprendre de la même façon le soir quand on se couche. Faire cela jusqu’à guérison. Si on veut préparer et utiliser des purgatifs2, réduire en poudre du gingembre, moitié moins de réglisse, trois fois moins de zédoaire que de gingembre, et filtrer le tout. Peser cette poudre, puis prendre le même poids de sucre. Le tout doit peser le poids de trente pièces de monnaie3. Ensuite, prendre une petite quantité de fleur de farine, la contenance d’une demi-coque de noix, et autant de lait de garou4 que peut en contenir dans sa fente la plume fendue d’un scribe5. Puis avec la poudre ci-dessus, avec la farine et le lait de garou faire une pâte très mince ou une galette ; diviser cette pâte en quatre parts et la faire sécher au soleil en mars ou en avril, car, pendant ces mois les rayons du soleil sont tempérés, ni trop chauds, ni trop froids, et pour cela ont des effets très bénéfiques pour la santé. Si, dans ces mois-là, on ne peut se procurer le lait de garou et que l’on soit obligé de reporter la préparation au mois de mai, faire sécher au soleil de mai une galette préparée le même mois et la conserver pour s’en servir en temps utile. Quand on veut utiliser ce purgatif, prendre à jeun un quart de la pâte ci-dessus. Si l’estomac est trop vigoureux et trop compact pour ressentir l’action de cette purge, prendre la moitié du tiers de la galette et de nouveau l’enduire totalement de lait de garou ; puis, après l’avoir fait sécher encore une fois au soleil, en manger à jeun. Mais si on est froid avant de recevoir cette purge, il faut la prendre après s’être réchauffé. Ensuite, après l’avoir prise, se reposer un peu sur un lit en restant éveillé, puis se lever et déambuler çà et là, en évitant cependant de prendre froid. Quand la purge aura fait effet, manger du pain de froment, non pas sec mais trempé dans une boisson, du poulet, de la viande de porc et d’autres viandes douces. Mais éviter le gros pain, la viande de bœuf, les poissons, les gros aliments et les aliments rôtis, à l’exception des poires6 rôties. S’abstenir aussi de fromage, de légumes crus et de fruits. Boire du vin, mais avec modération, et renoncer à l’eau. Fuir aussi la lumière du soleil et observer ces prescriptions pendant trois jours.]
Chapitre 16. Le poivre – De pipere Patrologie : Piper longum et nigrum. Le poivre est extrêmement chaud et sec. Il renferme une force déchaînée et fait du mal à l’homme qui en mange beaucoup. Il provoque chez lui de la pleurésie, fait disparaître les humeurs qui sont en lui et fait naître en lui des humeurs mauvaises. Si on souffre de la rate et que l’on éprouve du dégoût pour les aliments au point de ne plus avoir de plaisir à manger, manger un peu de poivre dans un aliment avec du pain. La rate ira mieux, et on n’éprouvera plus de dégoût pour manger. [Le poivrier – De arbore piperis
1. Proportion illogique. Le texte est sans doute altéré. 2. Nous avons séparé le long passage consacré aux purges (potiones). 3. Cf. note 1, p. 31. 4. « garou » : arbuste de la famille des thyméléacées, genre Daphne. C’est un arbrisseau à fleurs blanches des garrigues méditerranéennes et des sables atlantiques. Autre nom : le sainbois. Il est mentionné par Isidore de Séville sous le nom de citocacia ; citocatia dans le texte de sainte Hildegarde. 5. Dosages : demi-coque de noix, fente de la plume d’un scribe : dosages très empiriques. 6. Le texte dit : « exceptis pyris assis ». On peut supposer que pyris est l’ablatif de pira, la poire ; mais le y fait problème.
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L’arbre sur lequel pousse le poivre est chaud ; le poivre aussi est extrêmement chaud et sec. Il fait du mal à l’homme qui en mange beaucoup ; il provoque chez lui de la pleurésie et fait disparaître les bonnes humeurs qui sont en lui. Si on est souffrant après avoir mangé des pommes ou des poires, manger du poivre sans tarder et l’on ira mieux. Si on souffre de la rate et que l’on éprouve du dégoût pour manger, manger un peu de poivre dans un aliment avec du pain et l’état de la rate s’améliorera.]
Chapitre 17. Le cumin – De kumel Patrologie : Cuminum cyminum. Autre identification : Carum carvi. Le cumin est de chaleur équilibrée et sec. Pour un homme oppressé, il est bon, utile et sain à manger, de quelque façon qu’il en mange. Mais si on a le cœur malade, il fait du mal quand on en mange [car il ne réchauffe pas complètement le cœur, qui doit toujours être chaud]. Pour un homme en bonne santé, il est bon à manger car il lui procure de bonnes dispositions d’esprit et apporte une température modérée à celui qui est trop chaud. Mais il fait du mal à tout malade qui en mange, car il avive en lui la maladie, sauf si on souffre du poumon. [Si on veut manger du fromage cuit ou rôti sans être malade, le couvrir de cumin et le manger ainsi. Si on souffre de nausée, prendre du cumin, du poivre au tiers de la quantité de cumin, et de l’anis au quart de cette quantité ; réduire le tout en poudre, puis prendre de la fleur de farine pure et y ajouter cette poudre. Avec du jaune d’œuf et un peu d’eau, faire des galettes cuites soit dans un four chaud, soit sous des cendres chaudes, et les manger. Manger aussi la poudre ci-dessus en la mettant sur du pain. Ces remèdes apaisent les humeurs chaudes et froides qui se trouvent dans les viscères et provoquent la nausée chez l’homme.]
Chapitre 18. Le pyrèthre – De bertram Patrologie : Anthemis pyrethrum. Autre appellation : Anacyclus officinarum. Le pyrèthre est de chaleur équilibrée et un peu sèche ; il présente en cela un juste équilibre et détient une bonne verdeur. Ainsi, il est bon à manger pour un homme en bonne santé, car il diminue l’infection en lui et accroît le bon sang. Il purifie l’intellect en l’homme. Quant au malade dont le corps est déjà presque totalement affaibli, il lui redonne des forces. Il ne laisse passer en l’homme rien qui ne soit digéré ; il lui donne, au contraire, une bonne digestion. Si on a du flegme dans la tête, manger beaucoup de pyrèthre en diminue ce flegme. En manger souvent chasse la pleurésie, procure de bonnes humeurs et clarifie les yeux. De quelque façon que l’on en mange, soit séché, soit dans un aliment, il est utile et bon tant pour un malade que pour un homme bien portant. Ainsi, en manger fréquemment chasse de soi la maladie et empêche de tomber malade. Parce qu’il fait venir de l’humidité et de la salive dans la bouche quand on en mange, il enlève les humeurs mauvaises et redonne la santé.
Chapitre 19. La réglisse – De liquiricio Patrologie : Glycyrrhiza glabra. La réglisse est de chaleur équilibrée. Elle éclaircit la voix, de quelque façon que l’on en mange ; elle adoucit l’esprit, clarifie les yeux et amollit l’estomac pour que l’on puisse digérer. | 35
Elle fait beaucoup de bien au frénétique s’il en mange souvent, car elle éteint la fureur qui se trouve dans son cerveau.
Chapitre 20. La cannelle – De cynamomo Patrologie : Laurus cinnamomum. Autre appellation : Cinnamomum verum. La cannelle est extrêmement chaude et renferme de fortes propriétés. Elle contient même un peu d’humidité, mais sa chaleur est si forte qu’elle chasse cette humidité. Celui qui en mange souvent diminue en lui les humeurs mauvaises et se procure de bonnes humeurs. [Le cannelier – De arbore cinnamomi L’arbre dont l’écorce donne la cannelle est extrêmement chaud. Ainsi, quand on est paralysé par de l’arthrite, avec chaque jour des fièvres tierces et quartes, prendre un récipient en acier, y verser du bon vin, ajouter du bois et des feuilles de cet arbre pendant qu’ils contiennent de la sève et faire bouillir sur le feu. Boire souvent de ce remède chaud et l’on guérira. Si on a la tête lourde et engourdie et que l’on éprouve de la difficulté à expirer et à inspirer par les narines, réduire en poudre de la cannelle. Manger souvent de cette poudre avec une bouchée de pain, ou bien la lécher dans le creux de la main. Ce remède dissout les humeurs nocives qui engourdissent la tête.]
Chapitre 21. La noix de muscade – De nuce muscata Patrologie : Myristica moschata. Autre appellation : Myristica fragrans. La noix de muscade a une grande chaleur et un bon équilibre dans ses propriétés. Si on mange de la noix de muscade, elle ouvre le cœur, purifie les sens et apporte de bonnes dispositions d’esprit. Prendre une noix de muscade, un poids égal de cannelle et un peu de clous de girofle ; réduire le tout en poudre ; puis ajouter à cette poudre de la fleur de farine et un peu d’eau pour en faire des galettes. En manger souvent ; cela adoucit l’amertume du cœur et de l’esprit, ouvre le cœur et les sens engourdis, rend l’esprit joyeux, purifie les sens, diminue toutes les humeurs nocives, donne du bon suc au sang et fortifie. [Le muscadier – De arbore nucis muscatae L’arbre où pousse la noix de muscade est chaud. Mais son bois et ses feuilles n’ont pas grande utilité en médecine. Si on souffre de paralysie cérébrale, réduire en poudre une noix de muscade et deux fois autant de galanga, broyer un peu de racine de glaïeul et de plantain à poids égal, ajouter du sel. Préparer avec le tout une bouillie, en absorber une ou deux fois par jour jusqu’à guérison.]
Chapitre 22. La rose – De rosa Patrologie : Rosa centifolia. La rose est froide, et ce même froid renferme un équilibre utile. Le matin, ou quand le jour est déjà levé, prendre des pétales de rose et les poser sur ses yeux : cela enlève les humeurs1 et clarifie les yeux. 1. « les humeurs » : le texte en précise le sens par le mot allemand trieffen, à rapprocher de l’allemand moderne Triefauge, « œil chassieux ».
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Si on a de petits ulcères sur le corps, y appliquer des pétales de rose ; cela enlève l’humeur1 qui est en eux. [Si on a des accès de colère, prendre de la rose et un peu moins de sauge ; les réduire en poudre, puis, au moment où se déclenche la colère, approcher cette poudre des narines. En effet, la sauge tranquillise et la rose réjouit. Prendre de la rose et moitié moins de sauge, y ajouter aussi du saindoux récemment fondu. Cuire le tout dans de l’eau, pour en faire un onguent. Si un homme souffre de crampes ou de paralysie, qu’il enduise la partie malade avec cet onguent et il ira mieux.] La rose est utile si on en ajoute aux potions, aux onguents et à tous les médicaments. Ces remèdes sont bien meilleurs si on leur a ajouté de la rose, même en très petite quantité, et ceci en raison de ses propriétés bénéfiques, comme il a été dit plus haut.
Chapitre 23. Le lis – De lilio Patrologie : Lilium candidum. Le lis est plus froid que chaud. Prendre un bulbe2 de lis, le broyer fortement avec du vieux saindoux, faire fondre le tout dans un plat creux et le verser dans un petit récipient. Si quelqu’un est atteint de lèpre blanche, qu’il s’en enduise fréquemment, après avoir fait d’abord réchauffer l’onguent, et il sera guéri. La lèpre rouge peut, elle aussi, être soignée de la même façon. Si quelqu’un a des éruptions cutanées, qu’il boive souvent du lait de chèvre, et ces éruptions le quitteront complètement. Prendre aussi dans ce cas de la tige et des feuilles de lis, les broyer, en exprimer le suc. Puis malaxer ce suc avec de la farine et en enduire continuellement l’endroit où surviennent ces éruptions. Toutefois, avant l’application de cet onguent, il faut toujours boire du lait de chèvre. De plus, le parfum de la première éclosion des lis et celui de leurs fleurs réjouissent le cœur de l’homme et lui donnent des pensées justes.
Chapitre 24. Le plantain psyllium – De psillio Patrologie : Plantago psyllium. Le plantain est de nature froide, et dans ce froid il renferme un doux équilibre. Si on fait cuire du plantain dans du vin et que l’on boit ce vin encore chaud, le remède fait disparaître les fortes fièvres. Et, grâce à son doux équilibre, il réjouit l’esprit de l’homme quand il est oppressé. De plus, tant par son froid que par l’équilibre qu’il renferme, il favorise la bonne santé du cerveau et lui donne des forces. D’autre part, si on souffre de brûlures d’estomac, faire cuire du plantain dans du vin puis, après avoir jeté le vin, mettre le plantain dans un linge. Poser ce cataplasme chaud sur l’estomac ; cela chassera les brûlures de l’estomac.
1. « l’humeur » est ici livor. 2. « bulbe » : littéralement, « la tête de la racine ».
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Chapitre 25. La lavande aspic – De spica Patrologie : Lavandula spica. Appellation actuelle : Lavandula latifolia. La lavande aspic est chaude et sèche, et sa chaleur est saine. Si on fait cuire de la lavande aspic avec du vin ou, à défaut de vin, avec du miel et de l’eau, et si on en boit souvent quand la préparation est tiède, ce remède atténue les douleurs du foie et du poumon ainsi que les vapeurs dans la poitrine. Il donne aussi une connaissance pure et une intelligence pure.
Chapitre 26. Le poivre cubèbe – De cubebo Patrologie : Piper cubeba. Autre appellation : Cubeba officinalis. Le poivre cubèbe est chaud et cette chaleur renferme de l’équilibre ; de plus, il est sec. Si quelqu’un mange du poivre cubèbe, la chaleur ardente et mauvaise qui est en lui est tempérée par cet équilibre. D’autre part, cela lui donne un esprit joyeux, de l’intelligence, et purifie sa connaissance. [En effet la chaleur utile et équilibrée du poivre cubèbe éteint les ardeurs mauvaises du désir dans lesquelles se cachent des humeurs1 fétides et fangeuses ; elle éclaire de son feu l’esprit de l’homme et son intelligence.]
Chapitre 27. Le clou de girofle (ou le giroflier)2 – De gariofiles Patrologie : Eugenia caryophyllata. Autre appellation : Syzygium aromaticum. Le clou de girofle est très chaud. Il renferme aussi une certaine humidité grâce à laquelle il se diffuse avec douceur comme le fait elle-même la douce humidité du miel. Si on a des maux de tête au point d’en avoir la tête rompue3 et que l’on soit comme sourd, manger souvent des clous de girofle, cela diminue la gêne dans la tête. Quand il arrive que les viscères malades d’un homme se mettent à enfler, il se produit souvent que ce gonflement des viscères fait se développer en lui de l’hydropisie. Ainsi, dès que l’hydropisie commence à se développer en l’homme, qu’il mange souvent des clous de girofle. Ceux-ci s’opposent à la nocivité de la maladie, car leur force passe dans les viscères de l’homme, diminue leur gonflement, chasse de cette façon l’hydropisie et ne lui permet plus de se développer. D’autre part, la chaleur de la moelle d’un homme suinte souvent et lui donne de l’arthrite. Quand celle-ci commence à se développer en lui, s’il mange souvent des clous de girofle, leur force pénètre dans sa moelle, empêche l’arthrite de se développer et de progresser davantage en lui, quand elle en est encore à ses débuts. [Si on est atteint de bégaiement, manger souvent des clous de girofle. En outre, manger souvent de la zédoaire après un repas, et faire cela pendant un mois.]
1. « humeurs » : désignées ici par livor, cf. lexique latin. 2. Il semble que, dans ce chapitre, sainte Hildegarde parle plus des clous de girofle, boutons floraux du giroflier, que de l’arbre lui-même. 3. Cf. lexique germanique à dumet.
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Chapitre 28. L’hellébore noir – De cristiana Patrologie : Helleborus niger. L’hellébore noir renferme à la fois une chaleur de feu et du froid. Si des humeurs très nocives et mortelles se déchaînent dans un homme, au point de provoquer dans un de ses membres un bouillonnement que l’on appelle une attaque1, qu’il mange toujours de l’hellébore noir et son état s’améliorera. D’autre part, si on est atteint de fièvres quartes, manger de l’hellébore noir dès que survient l’accès de fièvre, et l’on ira mieux. Si on a une forte crise d’arthrite, manger de l’hellébore noir au moment de la crise et l’état s’améliorera. Enfin, si on a des brûlures d’estomac2, mettre de l’hellébore noir dans du vin, faire chauffer ce vin et le boire chaud. La guérison suivra.
Chapitre 29. La pulmonaire – De lunckwurcz Patrologie : Pulmonaria officinalis. La pulmonaire est froide et modérément sèche. Elle n’a pas grande utilité pour l’homme. Cependant, si un homme a le poumon enflé, au point de tousser et de parvenir à peine à respirer, qu’il fasse cuire de la pulmonaire dans du vin et en boive souvent à jeun ; il sera guéri. Si des brebis en mangent souvent, elles deviennent saines et grasses et cela ne nuit pas à leur lait. Quand le poumon est enflé, si on boit souvent de la pulmonaire cuite dans du vin, comme nous l’avons dit précédemment, le poumon recouvre la santé, parce que le poumon a presque la nature de la brebis.
Chapitre 30. La scolopendre – De hirtzunge Patrologie : Asplenium scolopendrium. La scolopendre est chaude. Elle est utile pour le foie, le poumon et les viscères malades. Prendre donc de la scolopendre, la faire cuire à feu vif dans du vin, ajouter ensuite du miel pur et faire bouillir une nouvelle fois. Ensuite, réduire en poudre du poivre long et deux fois autant de cannelle, faire à nouveau bouillir avec le vin précédemment obtenu, puis filtrer dans un linge et réaliser ainsi une boisson claire3. En boire souvent, aussi bien après un repas qu’à jeun. Ce remède fait du bien au foie, purifie le poumon, guérit les viscères douloureux, fait disparaître les infections intérieures et l’humeur glaireuse4. Faire aussi sécher de la scolopendre à la chaleur du soleil ou doucement sur une brique chaude, puis la réduire en poudre. Lécher souvent de cette poudre dans le creux de la main, à jeun et après les repas. Elle fait disparaître les maux de tête et de poitrine et adoucit les autres douleurs qui sont dans le corps. D’autre part, si un homme souffre d’une douleur violente et soudaine, qu’il boive aussitôt de cette poudre dans du vin chaud et il ira mieux.
1. « une attaque » : cf. lexique germanique à freischlich. 2. « des brûlures d’estomac » : sainte Hildegarde dit : « des fièvres ardentes dans l’estomac ». 3. « une boisson claire » : sainte Hildegarde emploie le mot luterdrank qu’une note de la Patrologie explique ainsi : « claretum (boisson claire), potion préparée à partir de vin, de miel et d’aromates ». Au chapitre 15, une préparation similaire est nommée clarum potum, boisson claire. Cf. lexique germanique à luterdrank. 4. « l’humeur glaireuse » : slim, une des humeurs dans la médecine de Hildegarde. Cf. lexique germanique.
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Chapitre 31. La grande gentiane – De gentiana Patrologie : Gentiana lutea. La grande gentiane est assez chaude. Si on souffre de maux de cœur, comme si le cœur se maintenait à peine, réduire en poudre de la gentiane, manger cette poudre dans un bouillon1 ; cela fortifie le cœur. D’autre part, si on a des brûlures d’estomac2, boire souvent de cette poudre dans du vin chaud réchauffé avec de l’acier passé au feu, et l’estomac sera purgé de sa fièvre.
Chapitre 32. Le serpolet – De quenula Patrologie : Thymus serpyllum. Le serpolet est chaud et équilibré. Si un homme a dans son corps des chairs malades au point que sa chair a des éruptions comme de la gale, qu’il mange souvent du serpolet soit avec de la viande, soit cuit dans de la purée. À l’intérieur de son corps, les chairs en sont guéries et deviendront saines. D’autre part, si on a une petite gale, broyer du serpolet avec du saindoux frais, en faire un onguent, s’en enduire souvent et l’on recouvrera la santé. Si on a le cerveau malade et comme vide, réduire en poudre du serpolet, mélanger cette poudre dans de l’eau avec de la fleur de farine, en faire des galettes dont on mangera souvent, et le cerveau ira mieux.
Chapitre 33. Le marrube – De andron Patrologie : Marrubium vulgare. Le marrube est chaud, il renferme un suc assez abondant et il est efficace contre des maladies diverses. Si on est atteint de surdité, faire cuire du marrube dans de l’eau, le retirer de l’eau et laisser sa vapeur chaude aller dans les oreilles ; puis appliquer le marrube chaud tout autour des oreilles et de toute la tête, et l’audition en sera améliorée. Si on a mal à la gorge, faire cuire du marrube dans de l’eau, après cuisson filtrer l’eau dans un linge, y ajouter deux fois plus de vin, faire à nouveau bouillir dans une casserole après avoir ajouté une assez grande quantité de saindoux ; en boire souvent et le mal de gorge sera guéri. D’autre part, si on tousse, prendre du fenouil, un poids égal d’aneth, ajouter un dernier tiers de marrube, faire cuire le tout avec du vin, puis filtrer dans un linge et boire ; la toux cessera. Si on a les viscères malades et endommagées, faire cuire du marrube avec du vin, après avoir ajouté une assez grande quantité de miel ; mettre le tout, une fois cuit, dans un pot, en boire souvent froid et les viscères guériront.
Chapitre 34. La truffe du cerf – De hirtzswam Patrologie : pas d’indication. Appellations proposées : Lycoperdon cervinum, Elaphomyces cervinus, Elaphomyces granulatus. La truffe du cerf est froide et dure. 1. « un bouillon » : cf. lexique germanique à suffen. 2. « des brûlures d’estomac » : sainte Hildegarde dit « de la fièvre dans l’estomac ».
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Thymus serpyllum
Sempervivum tectorum
Elle est mauvaise à manger pour l’homme et le petit bétail exempt de toute maladie, car elle renferme des forces telles qu’elle cause des lésions internes à l’homme et au bétail en bonne santé quand elle ne trouve en eux aucune maladie. Mais lorsque dans un homme se déchaînent des humeurs si dangereuses que ses membres sont atteints par l’arthrite et lui donnent l’impression d’être brisés, s’il mange alors de la truffe de cerf, celle-ci repousse le danger de ces humeurs et les fait sortir. En effet, sa nature est telle qu’elle a l’habitude de tout briser où elle se trouve et qu’elle détruit ce qui est pourri quand elle le rencontre. D’autre part, elle fait avorter au péril de sa vie une femme enceinte, si celle-ci en mange.
Chapitre 35. La lavande – De lavendula Patrologie : Lavendula vera. La lavande est chaude et sèche, car elle a peu de suc. Elle n’est pas bonne à manger pour l’homme mais elle a une odeur puissante. Si un homme est infesté de poux et qu’il respire souvent de la lavande, ses poux mourront. Son odeur clarifie les yeux, [car elle renferme la force des arômes les plus puissants ainsi que l’utilité des plus amers ; c’est pourquoi elle s’oppose à de très nombreuses maladies, et les esprits malins sont terrifiés par cette odeur.]
Chapitre 36. Le fenugrec – De fenugraeco Patrologie : Trigonella fœnum-graecum. Le fenugrec est plus froid que chaud. Si un homme a des fièvres quotidiennes qui le mettent fréquemment en sueur et si la nourriture l’écœure et lui fait du mal, récolter du fenugrec en été, faire chauffer ses grains dans du vin, boire souvent cette préparation chaude à jeun et l’on ira mieux. Si on a des fièvres quartes, faire cuire du fenugrec dans de l’eau, puis égoutter. Pendant la nuit, entourer souvent chaque jambe, au niveau du tibia, avec ce fenugrec chaud, et attacher un linge par-dessus. Boire aussi, fréquemment, du fenugrec réchauffé dans du vin, comme il a été dit plus haut et l’on sera guéri.
Chapitre 37. La sysemera – De sysemera Patrologie : pas d’indication. Identification difficile. La sysemera est chaude. Si on mange ou si on boit du poison, prendre de la sysemera, de la rue et de la bétoine à poids égal, piler dans un mortier et en exprimer le suc. Prendre ensuite du suc de balsamine, deux fois autant qu’un seul des autres ingrédients, ajouter à la préparation précédente, mélanger le tout, filtrer à travers un linge, puis boire à jeun. Mais, quand on boit, se tenir dans un endroit chaud, pour éviter de prendre froid, car si on prenait froid dans ces circonstances, ce serait dangereux. Après avoir bu ce remède, boire aussi une potion au miel1, et le poison partira en écume dans un vomissement ou passera par les voies inférieures, et le malade sera libéré.
1. « potion au miel » : sainte Hildegarde emploie le mot huneckwurtz (Patrologie) ou hunchwurz (autre source). MarieLouise Portmann traduit par « Honigwurz ». Pierre Monat traduit par « eau de réglisse ». Henigwurz peut en effet désigner « la réglisse ». Cf. lexique germanique à huneckwurtz.
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Si on est infesté de poux, broyer de la sysemera avec du saindoux, mélanger le tout, s’enduire de cet onguent autour du cou et sous les aisselles ; les poux mourront et l’infestation prend fin. D’autre part, si on voit la lèpre se développer sur un homme, faire cuire de la sysemera dans de l’eau, ajouter de la graisse et préparer une purée. En manger souvent ; ce remède chasse la lèpre de cet homme.
Chapitre 38. La grande passerage – De pefferkrut Patrologie : pas d’indication. Identification retenue : Lepidium latifolium. Propositions d’autres traducteurs : la sarriette, le cresson. La grande passerage est chaude et humide, et cette humidité renferme de l’équilibre. Pour les bien portants comme pour les malades, elle est bénéfique et bonne à manger. Ce qu’il y a d’amer en elle ne ronge pas l’homme à l’intérieur, mais le guérit. Si on a le cœur faible et l’estomac malade, il faut en manger crue ; elle redonne des forces. Si on a l’esprit triste, elle rend joyeux celui qui en mange. En outre, quand on en mange, elle guérit les yeux de l’homme et rend la vue claire.
Chapitre 39. La ciguë – De scherling Patrologie : Cicuta virosa ou Conium maculatum. La ciguë est chaude. Elle renferme du danger, au point que si un homme en mangeait, elle détruirait tout ce qui est en bon ordre dans son sang et dans ses humeurs. Elle provoquerait en lui de mauvais épanchements1, à la façon d’une tempête qui vient agiter l’eau ; et après que cette tempête aurait cessé, la ciguë laisserait en l’homme les pires humeurs2 et les pires maladies. Mais si on a été frappé à grands coups de gourdin et de bâton, ou si on est tombé d’assez haut pour que la chair et les membres en soient meurtris, faire cuire de la ciguë dans de l’eau, retirer l’eau de cuisson et la mettre sur les membres endoloris, attacher un linge par-dessus. Ainsi le remède dissipera les humeurs qui se sont rassemblées là, car la ciguë a pour propriété habituelle de disperser. En outre, si un homme a une tuméfaction entre chair et peau pour avoir été frappé ou atteint par un projectile, faire chauffer de la ciguë dans de l’eau et l’attacher sur la tuméfaction que la ciguë fera disparaître. Mais si on a une tuméfaction qui se produit d’elle-même dans un membre en raison d’une maladie, la ciguë n’a pas le pouvoir de chasser cette tuméfaction. En effet, si on y mettait de la ciguë, les humeurs, qui devraient traverser les lésions en raison de leur faiblesse et sortir de la chair, seraient repoussées par la ciguë à l’intérieur de l’homme et risqueraient de revenir.
1. « épanchements » : sainte Hildegarde emploie le mot « inondation » (inundatio). Avec l’image de l’inondation et de la tempête, une fois encore, en raison des correspondances entre la création (macrocosme) et l’homme (microcosme), les troubles du corps humains sont représentés par des troubles de la nature. 2. « humeurs » : sainte Hildegarde emploie ici le mot livor. Cf. lexique latin.
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Chapitre 40. Le camphre – De ganphora Patrologie : Dryobalanops Camphora. Autre appellation : Cinnamomum camphora. Le camphre, ou encore la gomme1, renferme un froid pur2 ; d’autre part, l’arbre d’où s’écoule le camphre renferme un froid piquant et sans impureté. Si on mangeait du camphre sans rien d’autre, sans avoir équilibré sa nature avec des plantes, alors le feu qui se trouve dans l’homme est arrêté par le froid du camphre. En outre, le camphre, par sa propre force, se déchaîne contre le froid qui est en l’homme, de sorte que ce dernier, comme du bois qui est olemechte3, n’est ni chaud, ni froid dans son corps. C’est pourquoi personne ne doit manger le camphre seul. On peut prendre cependant de l’aloès et de la myrrhe à poids égal, puis du camphre en quantité un peu inférieure à celle d’un des deux ingrédients précédents, les verser ensemble dans un récipient, ajouter un peu de laitue sauvage, puis faire des galettes avec ces plantes et de la fleur de farine. Faire sécher les galettes soit sur une pierre chauffée au feu, soit au soleil ; une fois sèches, les réduire en poudre et prendre souvent, à jeun, de cette poudre dans de la potion au miel4 chaude. Si on est en bonne santé et vigoureux, on sera de façon surprenante en meilleure santé encore et plus vigoureux, et l’on aura des forces solidement établies. Si on est faible, ce remède redresse et fortifie de façon surprenante, comme le soleil illumine un jour sombre.
Chapitre 41. L’oseille – De amphora Patrologie : Rumex acetosus = acetosa. L’oseille n’est ni chaude ni froide dans de justes proportions. C’est pourquoi elle n’est pas bonne à manger pour un homme anormalement anxieux. Si un homme en mangeait, elle le rendrait triste, et elle diffuserait sa propre nature dans ses viscères, dans des proportions exagérées. Cependant elle est utile pour la nourriture du petit bétail et des bœufs [parce que ce qui est sans valeur en elle pour les forces de l’homme, est utile pour les forces des animaux].
Chapitre 42. La joubarbe – De huszwurtz Patrologie : Sempervivum tectorum. La joubarbe est froide. Il n’y a pas de profit pour l’homme à en manger, car elle est de nature grasse. Si un homme dont les organes génitaux sont sains en mangeait, il brûlerait tout entier de désir amoureux, au point d’en devenir comme fou. Mais si un homme a son sperme desséché, de sorte que, même sans être vieux, il manque de sperme, mettre de la joubarbe dans du lait de chèvre jusqu’à ce qu’elle y baigne entièrement, puis faire cuire la joubarbe dans ce même lait, après y avoir ajouté quelques œufs pour en faire un mets nourrissant. Qu’il en mange soit pendant trois jours, soit pendant cinq jours ; son sperme recouvrera la force de procréer et il aura de nombreux enfants.
1. « la gomme » : sainte Hildegarde emploie le mot gummi comme autre nom du camphre. En allemand moderne, Gummi désigne le caoutchouc, la gomme… 2. « pur » : au sens de « sans mélange ». 3. « olemechte » : mot difficile à identifier. Marie-Louise Portmann renonce à le traduire et le transcrit tel quel entre guillemets. Pierre Monat traduit : « du bois qui pourrit ». 4. « potion au miel » : cf. note 1, p. 41.
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Mais cet aliment, préparé de cette manière, est sans effet contre la stérilité féminine. Et si une femme en mangeait, cela exciterait en elle les appétits sexuels sans la guérir de sa stérilité. Si on est sourd au point de ne rien entendre, prendre du lait d’une femme qui a mis au monde un enfant mâle, dix ou douze semaines après l’accouchement, ajouter à ce lait du suc de joubarbe, et en instiller doucement trois ou quatre gouttes dans l’oreille. Faire cela souvent et l’on recouvrera l’audition.
Chapitre 43. La bryone – De stichwurtz Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour Stichwurtz, mais mention du nom de la plante, Brionia, dans l’édition de Schott. Le chapitre 204, identique au chapitre 43, est intitulé De briona. Aussi la plante est-elle généralement identifiée comme une bryone : Bryonia dioica ou Bryonia cretica ou Bryonia alba. La bryone est chaude et dépourvue d’utilité pour l’homme, comme une mauvaise herbe sans utilité. Sa chaleur est dangereuse, sauf dans un lieu où l’on prépare du poison. En effet, si, dans ce lieu, on fait brûler de la bryone dans du feu, de sorte que sa chaleur et son odeur entrent en contact avec ce poison, elle diminue les forces de celui-ci, de la même façon que perd aussi ses forces le vin que l’on laisse la nuit dans une coupe. Si on met de la bryone au feu et si on la fait rôtir comme un navet1, puis si on la retire du feu toute chaude et si on la coupe en morceaux, elle émet une odeur. Si cette odeur atteint un serpent ou une rainette2, elle leur fait tant de mal que le serpent écume et la rainette souffre si fort qu’elle s’enfuit de son repaire. D’autre part, si cette odeur de la bryone atteint un homme, elle le fait souffrir, à moins qu’il n’ait d’abord mangé de la rue ; en effet, la bryone renferme des humeurs si mauvaises et si nocives qu’elle tue aussi bien un homme que de misérables vermines. Si on souffre de blessures aux pieds, à la suite de fractures, faire cuire de la bryone dans de l’eau, puis, après avoir enlevé l’eau, mettre la bryone encore chaude sur les pieds, à l’emplacement des fractures, et les soigner avec cette compresse. Ce remède enlève l’infection, et l’on sera guéri.
Chapitre 44. La vulnéraire – De wuntwurtz Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour Wuntwurtz, mais mention du nom de la plante, Frasica, dans l’édition de Schott. Identifications proposées par des traducteurs : Solidago virgaurea, la verge d’or ; Senecio sarracenicus, le séneçon des cours d’eau. On pourrait envisager aussi Anthyllis vulneraria, l’anthyllide vulnéraire. La vulnéraire est plus froide que chaude, et elle renferme un suc plus dangereux que d’autres plantes, de la même façon qu’il existe une sorte de ver plus mauvaise et plus pernicieuse que les autres. Quand on a des ulcères importants et enflés, faire cuire de la vulnéraire dans de l’eau et la mettre encore chaude sur les ulcères ; procéder de cette façon à de fréquentes applications de la plante et l’on sera guéri. Si un homme a été blessé par une épée et qu’il met de la vulnéraire sur la blessure, ce remède est dangereux pour lui car il guérit aussitôt la surface extérieure de la peau et renvoie l’infection à l’intérieur ; [en effet la vulnéraire réduit très vite et superficiellement les blessures et par conséquent elle fait du mal à l’intérieur, si l’intérieur des blessures n’a pas été soigné auparavant avec de bons aromates et de bons onguents.] 1. « navet » : latin rapa, « rave », « navet ». 2. « rainette » : latin rubeta, « grenouille de buisson ».
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D’autre part, si entre la peau et la chair surgissent des taches et des pustules, c’est-à-dire une éruption de variole1, faire cuire de la vulnéraire dans de l’eau, la mettre encore chaude sur cette éruption et l’on sera guéri. Procéder de même pour le bétail, s’il présente le même genre de plaies.
Chapitre 45. La sanicle – De sanicula Patrologie : Sanicula europaea. La sanicle est chaude. Il existe en elle davantage de pureté. Son suc est doux et sain. Elle est excellente pour un estomac et des viscères malades. En été, quand elle est verte, l’arracher avec ses racines, faire cuire dans de l’eau, puis passer l’eau à travers un linge, ajouter à cette eau un peu de miel et de réglisse. Faire ainsi une potion au miel2 et en boire souvent après un repas. Ce remède fait disparaître l’humeur glaireuse3 de l’estomac et guérit les viscères malades. Faire sécher de la sanicle au soleil progressivement, pour que ses forces ne diminuent pas. En effet le soleil ne fait pas disparaître les forces des plantes quand on les fait sécher au soleil ; mais le feu les fait disparaître, si on fait sécher les plantes au feu. Quand la sanicle est sèche, la réduire en poudre modérément, sans la broyer totalement, puis conserver cette poudre pour l’hiver. En hiver, faire bouillir du vin avec un peu de miel et de la réglisse, mettre la poudre de sanicle dans de l’eau, boire souvent après un repas la potion obtenue ; elle purge l’estomac de la pituite et redonne la santé aux viscères endoloris. Si on a été blessé par une épée, exprimer du suc de sanicle, le diluer dans de l’eau et le boire après un repas. Si on est en hiver, mettre de la poudre de sanicle dans de l’eau, en boire souvent après un repas. Cela désinfecte les plaies à l’intérieur et leur assure progressivement une bonne guérison.
Chapitre 46. Le colchique – De heylheubt Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour Heylheubt, mais mention du nom de la plante, Hermodactylus, dans l’édition de Schott. Identification proposée : Colchicum automnale. Le colchique est froid et sec. En lui, rien de salutaire ni rien de sain. Il n’est bon à manger pour personne car, si on en mangeait, il provoquerait en l’homme une défaillance du bon fonctionnement de son corps et il le dessècherait. Si un homme en mange, au bout de peu de temps, sa chair [croît à l’extérieur, parce qu’à l’intérieur vient à manquer la force qui fait se développer et en quelque sorte croître la chair, et que celle-ci même] en meurt souvent, car le colchique renferme plus de poison que d’éléments sains. Si le bétail mange des colchiques, il n’en mourra pas, mais sa croissance se ralentira et il restera de petite taille.
1. « variole » : sainte Hildegarde emploie le mot blatern. En allemand moderne, Blattern désigne la variole ou la petite vérole. 2. « potion au miel » : cf. lexique germanique à huneckwurtz et hunigwurz. 3. « l’humeur glaireuse » : sainte Hildegarde emploie le mot slim qui désigne une des humeurs. Le mot peut désigner des mucosités et des glaires. Cf. lexique germanique à slim.
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Chapitre 47. La fougère – De farn Patrologie : Aspidium filix mas et femina. Appellation proposée : Dryopteris filix-mas et Athyrium filix-femina. La fougère est très chaude et sèche et renferme peu de suc. D’autre part, elle détient en elle beaucoup de force, une force telle que le diable la fuit. [Elle détient des forces comparables à la force du soleil, car, de même que le soleil illumine ce qui est obscur, de même elle met en fuite les apparitions fantastiques, et c’est pour cela que les esprits malins s’en détournent.] À l’endroit où elle pousse, le diable exerce rarement ses tromperies. Elle évite une maison et un lieu où se trouve le diable et les a en horreur. Les éclairs, le tonnerre, la grêle tombent rarement là où se trouve la fougère ; et dans un champ où elle pousse la grêle tombe rarement. D’autre part, un homme qui porte de la fougère sur lui est épargné par la magie et les incantations des démons ainsi que par les paroles diaboliques et les autres manifestations fantastiques. Si on prépare une figurine à l’image de quelqu’un pour lui faire du mal et le tuer, cela ne peut lui nuire s’il porte de la fougère sur lui. Parfois, en effet, un homme est maudit au moyen d’une figurine, au point d’en souffrir et d’en devenir fou. En effet, quand le diable, au paradis, attira l’homme à lui, pour rappeler cela il y eut sur le diable un signe destiné à être en lui jusqu’au dernier jour. Et lorsque le diable est invoqué parfois par un homme au moyen de formules établies un jour par les tromperies diaboliques, le signe qui est resté en lui est atteint. Ainsi le diable, appelé et choisi à plusieurs reprises au moyen de ces formules, ou bien fait du mal à l’homme sur lequel elles sont prononcées, ou bien accomplit sa volonté. Parfois même, un homme est béni au moyen d’une figurine, de sorte que cette pratique est utile pour sa prospérité et sa santé. Mais c’est le mal qui est causé par la haine et la jalousie, et le mal s’unit au mal. La suggestion diabolique guette l’accumulation du mal en l’homme, et vient s’y unir ; ainsi elle trompe toujours l’homme et le mal s’unit au mal. Et de même que l’homme possède une bonne et une mauvaise science, de même également de bonnes et de mauvaises plantes ont été créées pour l’homme. Or, le suc de la fougère a été établi pour la sagesse et il fait partie de ce qui est bon dans la nature, comme signe du bien et de la sainteté. C’est pourquoi tous les maléfices de la magie fuient la fougère et s’en détournent. En effet, dans toute maison où elle se trouve, le poison et les manifestations fantastiques ne peuvent aboutir. Ainsi, quand une femme met au monde un enfant, il faut l’entourer de fougère et en mettre autour du nouveauné dans son berceau ; alors le diable lui tendra d’autant moins ses pièges, car dès que le diable voit le visage d’un nouveau-né, il le hait violemment et lui tend des pièges. La fougère a aussi les propriétés médicinales suivantes. Si on est paralysé par de l’arthrite, prendre de la fougère encore verte, la faire cuire dans de l’eau et se baigner souvent dans cette eau : l’arthrite disparaîtra. De plus, en été, quand la fougère est verte, mettre souvent ses feuilles sur les yeux avant de dormir. Elle purifie les yeux et les débarrasse de ce qui obscurcit la vue. D’autre part, si on est sourd au point de ne rien entendre, enfermer de la semence de fougère dans un petit sachet que l’on mettra dans l’oreille en prenant garde que cette semence n’entre pas dans la tête en traversant l’oreille : on recouvrera l’audition. Si on souffre d’une paralysie de la langue au point de ne pouvoir parler, mettre de la semence de fougère sur la langue ; la paralysie de la langue cessera et on recouvre l’usage de la parole. En outre, si on a des troubles de la mémoire et de la réflexion, tenir de la semence de fougère dans la main : la mémoire revient et on recouvrera l’intelligence. C’est ainsi que pourra accéder à l’intelligence celui qui en est dépourvu.
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Chapitre 48. L’asaret – De haselwurtz Patrologie : Asarum europaeum. L’asaret est très chaud. Il renferme une force dangereuse et il est redoutable. Il est très noir et donc de nature instable. Il est semblable à une tempête. Sa chaleur et sa dangerosité en font un danger irrésistible. C’est pourquoi il porte atteinte à la nature de l’homme plus qu’il n’est utile à sa santé. En effet, si on en donnait à manger à quelqu’un qui aurait…1 ou serait paralysé par de l’arthrite, il lui causerait une douleur plus grande. Et si une femme enceinte mange de l’asaret, ou bien elle mourra, ou bien elle avortera avec de grands risques pour son corps, ou bien si elle en mangeait dans cette période où elle n’a pas ses règles, elle souffrirait davantage.
Chapitre 49. L’arum – De herba aaron Patrologie : Aaron maculatum = Arum maculatum. L’arum n’est ni tiède ni trop fort, mais il a une chaleur égale et équilibrée, comme le soleil, juste après l’aurore, a une chaleur douce, comparable à la douceur de la rosée, en été, avant le lever du jour. C’est pourquoi il peut s’appliquer à toutes choses comme un homme doux qui, à la fois, peut affronter le danger et connaît une heureuse prospérité. Quand, chez un homme, une infection tourne en pustule noire qui provoque la mort de l’homme et que l’on appelle stelega, il faut alors lui donner à manger soit des feuilles, soit de la racine de cette plante. Cela adoucit l’excès d’ardeur et l’excès de froid qui sont dans la pustule, de sorte que celle-ci disparaît doucement. Si un homme est paralysé par de l’arthrite au point que tous ses membres en sont abattus et sans force et que sa langue ne parvient plus à parler, lui donner à manger sans tarder des feuilles d’arum avec un peu de sel, et l’arthrite disparaîtra. Ou bien, si elle ne disparaît pas encore, faire tremper de la racine d’arum dans du miel cuit, et en donner à manger sans tarder ; l’homme ira mieux. D’autre part, si un homme a des brûlures d’estomac accompagnées d’humeur glaireuse et que cela lui donne des frissons de fièvre, faire cuire de la racine d’arum dans du vin pur, puis laisser refroidir ; ensuite mettre dans ce vin un morceau d’acier passé au feu et réchauffer ainsi la potion, puis en boire quand elle est encore chaude. Cela enlève l’humeur glaireuse et la brûlure d’estomac, comme le feu fait fondre la neige. Quand un homme est en proie à la mélancolie2, il a l’esprit sombre3 et il est toujours triste. Qu’il boive souvent du vin cuit avec de la racine d’arum, cela diminue en lui la mélancolie, c’est-à-dire qu’elle disparaît, ainsi que la fièvre.
Chapitre 50. L’humela – De humela Patrologie : pas d’indication. Plante non identifiée. L’humela renferme un froid tiède ainsi qu’une sorte de chaleur qui engourdit, qui pousse l’homme à la luxure et au dérèglement. 1. Expression énigmatique : sucht ad vidden. P. Monat reste dans le vague : « un homme qui serait déjà malade ». M.-L. Portmann traduit : « der entweder die Sucht oder Schüttelfrost hätte », « qui aurait soit une addiction soit des frissons ». Sucht : « manie », « passion » ; Schüttelfrost (pour traduire vidden) : « frissons ». 2. « mélancolie » : la « bile noire », une des humeurs. 3. « sombre » : latin atrum dans une des éditions du texte. La Patrologie propose acrem : « perçant », « vif », « violent » ; ceci convient moins bien au contexte.
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En effet, pour l’homme qui en mange ou en prend dans une boisson, l’humela provoque la luxure, comme le fait un vin fort quand on en boit, et fait aussi de lui un homme déréglé. En outre, l’humela procure plus d’infection que de sang et n’a, par conséquent, presque aucune utilité, – [car, par elle-même, l’humela n’a pas beaucoup de vertus ni le pouvoir de soigner, à moins qu’on ne lui ajoute d’autres plantes ou d’autre sucs.]
Chapitre 51. L’euphorbe ésule – De wulffesmilch Patrologie : Euphorbia esula. L’euphorbe ésule est qualifiée de poison. Elle renferme une chaleur soudaine qui brûle la chair de l’homme ; elle renferme aussi une humidité nocive qui endommage la chair de l’homme. Elle n’a d’autre utilité que celle que lui ont trouvée de savants médecins : on en ajoute parfois à des potions contre une induration de l’estomac, dans la mesure où, parfois, des médicaments utiles sont équilibrés par sa présence, de sorte que le mal qui se trouve dans le corps d’un homme est chassé par le mal provenant de l’euphorbe.
Chapitre 52. La belladone – De dolone Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour dolo, mais mention du nom de la plante, Stignus, dans l’édition de Schott. Identification proposée : Atropa belladona. La belladone renferme du froid. Mais dans ce froid elle contient de la lassitude et de l’engourdissement. Sur la terre et dans le lieu où elle pousse ont leur place les suggestions du diable qui y développent les pratiques diaboliques. La belladone est dangereuse à manger et à boire pour l’homme car elle agresse son esprit et le rend comme mort. Toutefois, si un homme a la peau et la chair perforées par de grandes plaies très profondes, prendre un peu de graisse d’oie, de cerf et de bouc, si tant est que l’on peut en avoir, y ajouter avec une plume une seule goutte de suc de belladone, mélanger le tout et en faire un onguent. Enduire les grandes plaies avec cet onguent modérément et pas trop souvent pour ne pas causer de dommage. À cet onguent, il ne faut ajouter qu’un peu de belladone, car si on en ajoute beaucoup et si on passe souvent l’onguent, la belladone ronge la chair et la perfore.
Chapitre 53. Le pissenlit (?) – De dauwurtz Patrologie : pas d’indication. Hypothèses : pissenlit, rhubarbe, bistorte. Le pissenlit est chaud et sec. Il renferme aussi des forces vigoureuses et sa nature est pure. Si on en mange souvent, comme on mangerait de toute autre plante comestible, il purge l’estomac et enlève ce qui obscurcit les yeux.
Chapitre 54. L’euphorbe réveille-matin – De brachwurtz Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour brachwurtz, mais mention du nom de la plante, esula, dans l’édition de Schott. Malgré cette mention, l’identification proposée ici est Euphorbia helioscopia. L’euphorbe réveille-matin est chaude et sèche. Elle est utile dans de nombreux cas.
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Atropa belladona
Physalis alkekengi
En effet, si quelqu’un a dans son corps l’humeur qui donne de l’arthrite et qui, en quelque sorte, lui ronge les membres, et s’il souffre à l’intérieur de son corps d’arthrite aiguë au point que ses pensées se dispersent en lui en tous sens, comme si tout ce qu’il sait s’effaçait en lui, faire cuire de cette euphorbe avec du vin et du miel, filtrer à travers un linge, et, après le repas du soir, au début de la nuit, boire souvent de cette potion, tiède. De plus, placer l’euphorbe cuite dans le vin, encore chaude, sur la poitrine du malade, attacher un linge par-dessus. Répéter souvent le traitement et le malade ira mieux. D’autre part, réduire en poudre, à poids égal, de la réglisse et de la pivoine1, prendre deux fois autant de poudre d’euphorbe réveille-matin, mélanger le tout après avoir ajouté un peu de sel raffiné ou brut. Manger souvent de la poudre ainsi préparée, aussi bien à jeun qu’après un repas. Elle donne une voix pure, soigne la poitrine et la rend pure comme un air pur. Elle amoindrit et fait diminuer l’arthrite, de sorte que celle-ci n’endommage pas les membres et n’entraîne pas la perte de l’intelligence2.
Chapitre 55. La quintefeuille – De funffblat Patrologie : Potentilla spec. Identification plus précise : Potentilla reptans. La quintefeuille est très chaude. Son suc a un peu d’humidité. Elle est efficace contre les fortes fièvres. Prendre de la quintefeuille, la broyer fortement, y mêler de la fleur de farine avec de l’eau, comme si on voulait faire une galette, puis avec un peu d’huile d’olive, ou, si on n’en a pas, avec un peu d’huile de pavot, liquéfier la pâte pour l’amollir. Ensuite, en enduire un tissu de chanvre et, après avoir réchauffé ce tissu, le mettre tout autour du ventre d’un homme qui a de fortes fièvres. Laisser passer une demi-journée ou la moitié d’une nuit, enlever le tissu, le réchauffer à nouveau près du feu et le placer sur le ventre du fiévreux. Faire cela souvent : les fièvres s’en iront et le remède fait vomir le malade. Si on a la vue obscurcie, prendre de la quintefeuille, la mettre et l’écraser dans du vin pur. Filtrer à travers un linge et conserver le vin dans un récipient de bronze. Au coucher, passer ce vin tout autour des yeux de sorte qu’il y pénètre un peu. Faire cela souvent, et le remède enlève l’obscurcissement des yeux. D’autre part, si on a la jaunisse, confectionner de petites galettes avec de la quintefeuille, de la fleur de farine et de l’eau. En manger à jeun pendant neuf jours et l’on sera guéri. Cette plante est efficace comme médicament pour l’homme, à moins que Dieu ne s’y oppose.
Chapitre 56. La mandragore – De mandragora Patrologie : Atropa Mandragora. Autre appellation : Mandragora officinarum. La mandragore est chaude et un petit peu aqueuse. Elle s’est répandue à partir de la terre avec laquelle Adam a été créé. Elle ressemble un petit peu à un homme. Cependant, à cause même de la ressemblance de cette plante avec l’homme, les suggestions et les ruses du diable sont plus présentes en elle que dans les autres plantes. C’est pourquoi l’homme a recours à elle pour la réalisation de ses désirs, bons ou mauvais, comme il le fit aussi jadis avec les idoles. Quand on la déterre, il faut sans tarder la mettre pendant un jour et une nuit dans une source. Ainsi tout le mal et l’humeur nocive qui sont en elle sont rejetés, si bien qu’elle n’a plus de pouvoir pour 1. « pivoine » (paeonia) : sainte Hildegarde emploie le mot beonia que Marie-Louise Portmann traduit par « Pfingstrose » (pivoine). La Patrologie propose brionia que Pierre Monat traduit par « la briona ». Brionia pourrait aussi faire penser à la bryone, cf. le chapitre 204 intitulé De brionia, identique au chapitre 43. 2. « l’intelligence » : sainte Hildegarde parle de « l’intelligence de l’esprit », intelligentia mentis. Ici « l’esprit » est mens et non spiritus ; c’est le niveau intellectuel, non le niveau spirituel.
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la magie ou le surnaturel. Mais quand on la déracine, si on la dépose avec de la terre encore collée à elle, sans la purifier dans une source comme il a été prescrit plus haut, alors sa nocivité s’exprime en de nombreux méfaits de nature magique et en manifestations fantastiques, de la même façon que de nombreux maux ont été causés jadis avec les idoles. Si un homme, soit à la suite d’un envoûtement, soit en raison de l’ardeur de son corps, est entraîné par les désirs sexuels, qu’il prenne un morceau en forme de femme dans une mandragore purifiée dans une source, comme il a été indiqué plus haut. Puis, qu’il tienne attaché, pendant trois jours et trois nuits, entre sa poitrine et son nombril, ce qui se trouve dans cette plante. Ensuite, qu’il divise cette substance en deux parts, et qu’il tienne une part attachée sur chaque hanche pendant trois jours et trois nuits. D’autre part, qu’il réduise en poudre la main gauche1 de cette figurine et qu’il ajoute à cette poudre un peu de camphre, qu’il en mange et il sera guéri. Si c’est une femme qui subit cette même ardeur dans son corps, qu’elle prenne entre sa poitrine et son nombril de la mandragore ayant la forme d’un homme, et qu’elle procède, elle aussi, comme il a été indiqué plus haut. D’autre part, qu’elle réduise en poudre la main droite de cette figurine, qu’elle y ajoute un peu de camphre, et qu’elle mange cette poudre, comme il a été dit plus haut, et l’ardeur qui est en elle s’éteint. D’autre part, si on a mal à la tête, manger de la tête de cette plante, de la façon que l’on voudra. Si on a mal au cou, manger du cou de la plante. Si on a mal au bras, manger de son bras. Si on a mal à la main, manger de sa main. Si on a mal au genou, manger de son genou. Si on a mal au pied, manger de son pied. Quel que soit le membre douloureux, manger du même membre de la figurine et on ira mieux. Toutefois, la figurine mâle est plus efficace pour des médicaments que la figurine de femme, car le masculin est plus fort que le féminin. Si un homme a, par nature, l’esprit si troublé qu’il est toujours triste et toujours dans la peine, au point d’avoir continuellement dans son cœur accablement et douleur, qu’il prenne de la mandragore, quand elle vient d’être déracinée, puis la mettre dans une source, comme il a été dit, pendant un jour et une nuit. Après l’avoir retirée de la source, qu’il la place près de soi, dans son lit, de sorte que la plante le réchauffe par sa sueur2, et qu’il dise : « Dieu, toi qui as créé l’homme du limon de la terre, sans qu’il soit exposé à la douleur, maintenant, cette terre qui est pure de toute transgression, je la pose près de moi pour que la terre dont je suis fait ressente elle aussi cette paix qui est celle de la création. » Si tu n’as pas de mandragore, prends de l’inicium3, c’est-à-dire les premiers bourgeons d’un hêtre [à leur éclosion], car ils ont la même nature bénéfique pour accomplir cela. Mais sépare-les de leurs branches sans les briser, de façon à les enlever entiers de l’arbre, puis mets-les près de toi dans ton lit afin qu’ils te réchauffent et qu’ils absorbent la sueur de ton corps. Enfin, prononce au-dessus de ces bourgeons les paroles indiquées plus haut : tu recouvreras la joie et tu sentiras la guérison dans ton cœur. Tu peux procéder de même avec du cèdre ou du tremble, cela te fera du bien.
Chapitre 57. Le liseron – De winda Patrologie : Convolvulus arvensis et sepium. Le liseron est froid. Il n’a pas de propriétés puissantes et il n’est pas très utile. En effet, si un homme en mangeait, il n’en souffrirait pas et n’en retirerait pas non plus de profit.
1. « la main gauche » : l’édition de Schott dit « la main droite ». 2. Passage apparemment altéré : pour un sens plus satisfaisant, voir, dans le paragraphe suivant, le passage correspondant. 3. « inicium » : sans doute pour initium, « commencement », « début » ; il s’agit ici des premières pousses ou bourgeons du hêtre.
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Toutefois, si les ongles d’un homme commencent à se couvrir de taches [commencent à avoir de la gale] et que le mal en est à son début, prendre du liseron, le broyer et ajouter un peu de vif-argent. Mélanger le tout et en mettre sur les ongles en attachant avec un linge. Les ongles seront beaux.
Chapitre 58. L’alkékenge – De boberella Patrologie : pas d’indication. Appellation : Physalis alkekengi. Si on a la vue obscurcie, prendre un tissu rouge en soie et l’enduire d’alkékenge. Au coucher, mettre le tissu de soie sur les yeux, renouveler souvent l’opération et l’obscurcissement quittera les yeux. Si on a les oreilles qui bourdonnent, au point d’en devenir presque sourd, prendre des alkékenges, en enduire un tissu de feutre. Placer le feutre tout autour du cou et sur la nuque jusqu’aux oreilles. Répéter souvent l’opération au coucher et le bourdonnement d’oreille cessera. Faire aussi légèrement sécher de l’alkékenge à la fumée et en manger. Ce remède combat un peu les états d’oppression, bien que modérément. Si on souffre d’ulcères à l’intérieur du corps, dans les viscères, prendre du son de blé, réchauffer dans un récipient avec de l’alkékenge, mettre le tout sur un linge que l’on posera souvent, encore chaud, tout autour du ventre et du nombril et on sera guéri.
Chapitre 59. La mélisse – De binsuga Patrologie : Lamium album. Identification proposée : Melissa officinalis. La mélisse est chaude. Si un homme en mange, il est porté à rire, car la chaleur de la plante touche la rate et le cœur en ressent de la joie. D’autre part, si on a une taie blanche qui se développe sur l’œil, déraciner de la mélisse, puis la mettre pendant une nuit dans une source d’eau vive. Ensuite, après avoir enlevé l’eau, faire chauffer la plante dans un récipient et la placer sur l’œil encore chaude. Répéter l’opération pendant trois nuits, cela guérira l’œil de sa taie blanche qui disparaîtra.
Chapitre 60. La chicorée sauvage – De sunnewirbel Patrologie : Cichorium Intybus, la chicorée sauvage. Édition de Schott citée par la Patrologie : Solsequium, le souci. La chicorée sauvage est chaude et humide. Il est dans sa nature de tendre vers la beauté. Elle est née de la terre. Celui qui porte de la chicorée sauvage sur lui, [comme celui qui cherche à être au-dessus des autres], est l’objet de la haine des autres hommes. D’autre part, si on a des douleurs dans la région de la poitrine au point d’en avoir une voix rauque, prendre de la chicorée sauvage et, à poids égal, de la grande bardane. Les faire cuire dans du vin pur, puis filtrer à travers un linge. En boire souvent le soir, après dîner ; la poitrine et la voix iront mieux. Si on ne peut avoir une bonne digestion, prendre de la chicorée sauvage et de la grande bardane à poids égal, les faire sécher soit au soleil, soit sur une brique passée au feu, et réduire le tout en poudre. Ajouter à cette poudre une quantité de sel raffiné ou brut égale au tiers du poids d’une seule de ces plantes, puis faire avec cela une potion au miel. En boire souvent après les repas ainsi que le soir ; la digestion se fera au bon moment. Ainsi préparée, cette plante est efficace comme médicament pour l’homme, à moins que Dieu ne s’y oppose. | 51
Chapitre 61. Le houblon – De hoppho Patrologie : Humulus Lupulus. Le houblon est chaud et sec. Il renferme un peu d’humidité. Ses propriétés ne sont pas très utiles pour l’homme, car il fait naître en lui de la mélancolie, rend triste son esprit et alourdit ses viscères. Cependant par son amertume il empêche l’altération des boissons auxquelles on l’ajoute, de sorte qu’elles peuvent se conserver plus longtemps.
Chapitre 62. La lilim – De lilim Patrologie : pas d’indication. Pas d’identification sûre. La lilim est très chaude. Si un homme a des étouffements provenant de la rate, de l’estomac ou de viscères malades, [expire et inspire avec difficulté] comme s’il était meurtri tout autour de sa poitrine, sans avoir toutefois des douleurs aux poumons, prendre de la lilim et la faire cuire avec un peu de bière, après y avoir ajouté un peu de miel. Ensuite, filtrer à travers un linge, puis en boire souvent aussi bien à jeun qu’après un repas ainsi qu’au coucher. Cela donne des rots légers qui soulagent, de sorte que le malade se remet bien des maux indiqués plus haut. D’autre part, si on a en soi des humeurs si affaiblies que du flegme s’en écoule, faire cuire de la lilim dans du vin pur. Ensuite, écraser du polium1 dans un peu de vinaigre, puis faire bouillir avec la lilim ainsi préparée et avec le vin de cuisson. Filtrer à travers un linge, mettre dans un récipient et couvrir, jusqu’à ce que le liquide soit refroidi. En boire souvent après les repas ainsi que le soir. Ce remède réduit l’humidité dominante, purifie les humeurs, diminue le flegme, comme lors de la désinfection d’une blessure.
Chapitre 63. La sauge – De selba Patrologie : Salvia officinalis. La sauge est de nature chaude et sèche. Elle pousse plus à partir de la chaleur du soleil qu’à partir de l’humidité de la terre et elle est utile contre les humeurs malades parce qu’elle est sèche. Crue ou cuite, elle est bonne à manger pour celui qu’affaiblissent les humeurs nocives, car elle leur fait obstacle. Prendre de la sauge, la réduire en poudre, puis manger cette poudre avec du pain : elle diminue les écoulements excessifs des humeurs mauvaises. [Si on subit une mauvaise odeur provenant de quelque chose de sale, introduire de la sauge dans les narines ; c’est efficace.] D’autre part, si on a un écoulement excessif de flegme, ou encore si on a une haleine fétide, faire cuire de la sauge dans du vin, puis filtrer à travers un linge. En boire souvent : les humeurs mauvaises et le flegme en sont atténués. Si celui qui souffre de ces affections est un peu paralysé par de l’arthrite, faire cuire de la sauge dans de l’eau. Qu’il en boive : les humeurs et le flegme diminuent en lui. Si celui qui souffre de ces affections est quelque peu paralysé, faire cuire de la sauge dans de l’eau, comme il a été indiqué précédemment. Qu’il en boive : la chaleur de la sauge, adoucie avec l’eau, arrête la paralysie dans cet homme. Mais si on lui donnait de la sauge avec du vin, le vin ferait, pour sa part, passer en lui des humeurs paralysantes. 1. « polium » : peut-être Teucrium polium, variété de germandrée.
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Si on n’a plus envie de manger, prendre de la sauge, une quantité moindre de cerfeuil et un peu d’ail. Broyer le tout dans du vinaigre pour en faire un condiment, tremper dans ce condiment les aliments que l’on veut manger, et l’appétit revient. Quand un aliment qui contient un suc gorgé d’humidité donne des maux de tête, prendre, en quantité égale, de la sauge, de l’origan et du fenouil ; il faut qu’il y ait aussi du marrube, en quantité plus grande que l’ensemble des autres ingrédients. Au suc obtenu en broyant ces plantes, ajouter suffisamment de beurre. Si on n’a pas de beurre, ajouter du saindoux pour faire un onguent. En enduire la tête, et on ira mieux. De plus, si une vapeur mauvaise venant de l’estomac se propage au ventre d’un homme et le fait souffrir, prendre de la sauge, cinq fois plus de seuwurtz1 et dix fois plus de rue que de sauge. Faire cuire ces plantes avec de l’eau dans une marmite neuve jusqu’à ce que le tout commence à frémir. Puis, après avoir enlevé l’eau, mettre ces plantes une fois cuites, encore chaudes, sur l’endroit douloureux et attacher un linge par-dessus. Si quelqu’un, à cause du froid de son estomac, ne peut se retenir d’uriner, faire cuire de la sauge dans de l’eau, filtrer à travers un linge ; lui faire boire cette infusion chaude et il sera guéri. De plus, si des humeurs mauvaises, épaisses et vénéneuses, sont très abondantes chez un homme et lui font cracher et vomir du sang pendant quelque temps, de tout ce temps-là ne prendre aucun remède, de peur que le sang, effrayé par le remède, ne lui provoque à l’intérieur des ulcères et ne se répande plus que d’habitude. Mais quand le sang aura notablement cessé de se répandre, faire cuire de la sauge dans un vin doux et léger, en y ajoutant un peu d’eau. Ajouter aussi un peu d’huile d’olive et de beurre, faire cuire le tout et filtrer à travers un linge. En boire modérément, pas à jeun mais après un repas. Ce remède redonne des forces et soigne à l’intérieur.
Chapitre 64. La rue – De rutha Patrologie : Ruta graveolens. La rue pousse plus à partir de la forte et pleine verdeur de la terre qu’à partir de la chaleur. Elle renferme une chaleur équilibrée, mais elle contient surtout de la chaleur. Elle a des propriétés efficaces dans le domaine de l’humidité, elle est bonne contre les manifestations amères et sèches qui affectent un homme en qui les humeurs bénéfiques font défaut. Elle est meilleure et plus utile à manger crue que réduite en poudre. Si on en mange, elle empêche le sang de bouillonner avec excès en l’homme. En effet, la chaleur de la rue atténue la chaleur excessive de la mélancolie dont elle équilibre aussi le froid excessif. Ainsi le mélancolique se portera mieux, s’il mange de la rue après d’autres aliments. Mais si on a pris un aliment et qu’il en résulte une douleur, manger ensuite de la rue et la douleur s’atténue. [Si on a les yeux humides, prendre de la rue, deux fois autant de sauge, et deux fois autant de cerfeuil que de sauge. Piler modérément ces plantes dans un mortier pour leur faire rendre un peu de suc, puis, une fois écrasées, les tremper dans du blanc d’œuf et, le soir, au coucher, les mettre sur le front jusqu’à chaque tempe : elles enlèvent les humeurs mauvaises2. Si la vue s’obscurcit ou devient trouble, comme quand parfois un nuage vient en quelque sorte assombrir les yeux, prendre du suc de rue, deux fois autant d’hydromel pur, mélanger avec un peu de bon vin clair, puis saupoudrer avec de la mie de pain de froment. La nuit, tenir cette préparation attachée sur les yeux avec un linge.
1. « seuwurtz » : plante difficile à identifier. Marie-Louise Portmann propose « zaunrübe » : la bryone. Au chap. 43, la bryone est appelée stichwurtz. 2. Le texte de la Patrologie ajoute ici : « ; vel si aliquis de pomo succum sugat », « ; ou bien si quelqu’un suçait le suc d’un fruit. » Ce membre de phrase est difficile à rattacher à ce qui précède. Il s’agit sans doute d’un élément d’un ensemble qui a été omis.
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Si on a parfois mal aux reins et dans la région lombaire, cela provient très souvent d’une maladie de l’estomac. Prendre de la rue et de l’absinthe à poids égal, ajouter une quantité encore plus grande de graisse d’ours, broyer le tout et, près du feu, se frotter vigoureusement, avec cet onguent, tout autour des reins et de la région lombaire douloureuse. S’il arrive qu’un homme soit dérangé dans le plaisir amoureux, de sorte que son sperme, parvenu au seuil de l’éjaculation, a été retenu, en quelque sorte, à l’intérieur du corps et commence à faire souffrir, prendre de la rue et un peu moins d’absinthe. Exprimer leur suc, lui ajouter du sucre, du miel en quantité supérieure au sucre, et autant de vin qu’il y a de suc. Faire chauffer cinq fois avec de l’acier passé au feu, soit dans une marmite neuve, soit dans un autre récipient1, puis boire chaud, après avoir mangé légèrement. Si c’est l’hiver et qu’on ne peut se procurer les plantes indiquées plus haut, réduire en poudre des baies de laurier et deux fois autant de dictame, et, après avoir mangé légèrement, en boire dans du vin chaud réchauffé par de l’acier passé au feu. Ainsi la sécrétion2 nocive qui était restée en lui est évacuée par l’urine et la digestion. Si, après avoir mangé, un homme ressent aussitôt une douleur, qu’il mange aussitôt de la rue et deux fois autant de sauge équilibrées3 avec du sel, et il ira mieux.]
Chapitre 65. L’hysope – De hyssopo Patrologie : Hyssopus officinalis. L’hysope est de nature sèche, elle est chaude de façon équilibrée. Sa puissance est si grande que même la pierre ne peut lui résister et empêcher qu’elle pousse où elle est semée. En manger souvent purge l’homme des écumes nocives et fétides des humeurs, comme la chaleur fait sortir les écumes dans une marmite. Elle est utile pour tous les aliments. Elle est plus utile cuite et réduite en poudre que crue. Quand on en mange, elle rend le foie querck4 et purge un peu le poumon. En effet celui qui tousse, qui souffre du foie, ainsi que celui dont les poumons sont oppressés, ou qui souffre de tous ces maux à la fois, doit manger de l’hysope, soit avec de la viande, soit avec de la graisse, et il ira mieux. Mais si on mange de l’hysope soit avec du vin pur, soit en lui ajoutant seulement de l’eau, on en retire plus de mal que de bien. D’autre part, si on a mal au foie ou aux poumons, prendre de la réglisse, un peu plus de cannelle que de réglisse, plus d’hysope que des deux plantes précédentes et plus de fenouil que de ces trois plantes. Mettre le tout à cuire dans une marmite neuve, en ajoutant suffisamment de miel pour que la préparation ne soit pas amère, et faire cuire à feu vif. Procéder ainsi avec cette marmite et les mêmes plantes pendant neuf jours et autant de nuits. Puis filtrer à travers un linge et en boire. En effet, si on a très mal au foie ou aux poumons, il faut en boire quotidiennement pendant neuf jours. Le matin, avant d’en boire, manger un peu et boire ensuite. Mais, le soir, manger suffisamment, puis, au coucher, boire suffisamment de cette potion. Mais si la douleur au foie et aux poumons est modérée, boire le remède de la même façon tous les trois jours, et on sera guéri, sauf si Dieu ne le veut pas.
1. « un autre récipient » : sainte Hildegarde utilise le mot latin patella qui désigne un récipient de cuisson du genre poêle ou casserole. Patella est le mot qui a donné « poêle ». Cf. lexique latin à patella. 2. « sécrétion » : sainte Hildegarde emploie le mot livor qui désigne une des humeurs mentionnées dans ses écrits. Le mot peut correspondre à la « pituite », une des humeurs de la médecine ancienne. Il peut aussi désigner, de façon plus générale, des mucosités, glaires et autres sécrétions. Ici, il s’agit du sperme. 3. « équilibrées » : on peut se demander en quoi le sel équilibre les propriétés de la rue et de la sauge. Sainte Hildegarde emploie le mot temperatas, que nous avons choisi de traduire systématiquement par « équilibré ». Si on traduisait par « tempérées », le problème d’interprétation resterait le même. 4. « querck » : mot allemand, dans l’idiome employé par sainte Hildegarde, dont la signification n’est pas clairement établie. Marie-Louise Portmann le transcrit tel quel entre guillemets. Pierre Monat traduit : « elle purifie le foie ».
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[Si on a le foie malade sous l’effet de la tristesse, avant d’être envahi par la maladie, faire cuire des poulets avec de l’hysope et en manger souvent, tant l’hysope que les poulets. D’autre part, manger souvent de l’hysope trempée dans du vin et boire ce vin, car l’hysope est plus efficace contre cette maladie que contre les douleurs au poumon.]
Chapitre 66. Le fenouil – De feniculo Patrologie : Anethum foeniculum. Autre appellation : Foeniculum vulgare. Le fenouil a une chaleur douce. Sa nature n’est ni sèche, ni froide. Si on le mange cru, il ne fait pas de mal à l’homme. Et de quelque façon [qu’on le mange] il rend l’homme joyeux, lui apporte une chaleur douce et une sueur saine et lui procure une bonne digestion. Ses graines aussi ont une nature chaude. Elles sont utiles à la santé de l’homme si on les ajoute à d’autres plantes dans des médicaments. En effet, celui qui mange du fenouil ou de ses graines chaque jour, à jeun, fait diminuer en lui le mauvais flegme et les infections ; cela l’empêche d’avoir une haleine fétide et lui donne une vue claire [grâce à la chaleur et aux vertus bénéfiques de la plante. Si quelqu’un a une contrariété qui l’obsède et l’empêche de dormir, faire cuire à feu doux du fenouil, si on est en été, et deux fois autant de millefeuille1. Puis, après avoir enlevé l’eau, mettre ces plantes encore chaudes sur les tempes, sur le front et tout autour de la tête, en attachant un linge par-dessus. Prendre, d’autre part, de la sauge verte, l’arroser avec un peu de vin, la mettre sur le cœur et autour du cou : on sera soulagé en retrouvant le sommeil. Si on est en hiver, faire cuire dans de l’eau des graines de fenouil et des racines de millefeuille, et les mettre autour de la tête, comme il a été indiqué précédemment ; mettre sur le cœur et sur le cou de la sauge en poudre, arrosée d’un peu de vin, et on ira mieux. Si un homme a les yeux obscurcis, voilés par une sorte de brouillard, et si ses yeux lui font mal, tant que la douleur est encore récente, qu’il broie du fenouil ou des graines de fenouil, qu’il en recueille le suc ainsi que la rosée qu’il trouvera sur la plante sur pied, qu’il prenne un peu de fleur de farine et mélange le tout pour en faire une galette. Qu’il mette cette galette, la nuit, sur ses yeux, enveloppée d’un linge, et il ira mieux. Si un homme a les yeux semblables à un nuage d’orage, ni complètement enflammés, ni complètement obscurs, mais un peu glauques, et si ses yeux sont troubles et douloureux, qu’il broie du fenouil, si c’est en été, ou bien des graines de fenouil, si c’est en hiver ; qu’il incorpore cela à du blanc d’œuf bien égoutté, qu’il place le remède sur ses yeux, au coucher, et le trouble de ses yeux diminue. De plus, si une douleur très vive est provoquée par un écoulement abondant des narines, prendre du fenouil et quatre fois plus d’aneth, mettre le tout sur une tuile de toit ou sur une brique mince chauffées au feu où l’on répandra çà et là le fenouil et l’aneth pour les faire fumer. Faire pénétrer cette fumée et son odeur par les narines et la bouche, puis manger avec du pain les plantes ainsi réchauffées. Faire cela pendant quatre ou cinq jours pour que ces écoulements d’humeurs disparaissent progressivement. Si on a une humeur2 mauvaise dans un estomac malade, prendre du fenouil, un peu plus d’ortie que de fenouil et deux fois plus de livèche que de ces deux plantes. Préparer un aliment avec ces plantes et avec un peu de farine ou un peu de pain. En manger souvent, cela enlève l’humeur de l’estomac malade. Si on souffre de mélancolie3, broyer du fenouil pour en extraire du suc, en enduire souvent le front, les tempes, la poitrine et l’estomac : la mélancolie s’arrêtera.
1. « millefeuille » : il s’agit de l’achillée millefeuille (Achillea millefolium), présentée au chapitre 113. 2. « humeur » : il s’agit de l’humeur appelée livor. Cf. lexique latin. 3. « mélancolie » : c’est une humeur, la bile noire.
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Si on a mangé des viandes rôties, des poissons grillés ou tout autre aliment rôti, et que l’on en ressente de la douleur, manger sans tarder du fenouil ou des graines de fenouil et la douleur diminuera. En outre, s’il arrive qu’à cause d’humeurs mauvaises une tumeur pernicieuse fasse un renflement douloureux sur les parties viriles d’un homme, prendre du fenouil, trois fois1 autant de fenugrec et un peu de beurre de lait de vache, piler le tout, le mettre sur la tumeur, et les humeurs mauvaises seront enlevées. Ensuite prendre ces galettes dont on fait la bière, en préparer une petite quantité avec de l’eau chaude et les réchauffer ainsi, puis les mettre sur la tumeur dont on vient de parler. Si une femme enceinte souffre beaucoup pendant l’accouchement, alors, avec beaucoup de précautions et sans précipitation, faire cuire dans de l’eau des plantes douces telles que le fenouil et l’asaret. Après avoir enlevé l’eau, mettre ces plantes encore chaudes autour des cuisses et du dos de la femme, les fixer en attachant sur elle un linge, sans trop serrer, pour que la douleur disparaisse et que l’ouverture se fasse avec d’autant plus de douceur et de facilité. On peut aussi prendre des graines de fenouil, moitié moins de galanga que de fenouil, moitié moins de dictame que de galanga et moitié moins de piloselle que de dictame. Réduire le tout en poudre, filtrer à travers un linge, puis, un petit moment après le repas, mettre cette poudre dans du vin chaud, mais pas bouillant et boire ce vin. Cette poudre maintient en bonne santé celui qui l’est déjà, elle redonne de la vigueur au malade, elle permet de bien digérer et donne des forces, elle procure au visage un teint beau et sain, elle est utile à tout homme, bien portant ou malade, quand on en mange après d’autres aliments. Si des moutons tombent malades, prendre du fenouil et une plus grande quantité d’aneth, mettre le fenouil et l’aneth dans de l’eau de sorte que l’eau prenne le goût de ces plantes, et donner l’eau à boire aux moutons malades.]
Chapitre 67. L’aneth – De dille Patrologie : Anethum graveolens. L’aneth est de nature sèche, chaude et équilibrée. De quelque façon que l’on en mange, il rend l’homme triste. Cru, il n’est pas bon à manger, car il renferme une plus grande humidité de la terre que le fenouil et il attire parfois en lui un peu de la graisse de la terre ; c’est pourquoi il n’est pas bon à manger cru. Toutefois, quand il est cuit, il arrête l’arthrite, et c’est ainsi qu’il est utile d’en manger. [Si on a des saignements de nez abondants, prendre de l’aneth et deux fois autant de millefeuille, puis mettre ces plantes, encore vertes, tout autour du front, des tempes et de la poitrine. Ces plantes doivent être vertes, car leur vertu réside principalement dans leur verdeur. Mais si on est en hiver, réduire ces plantes en poudre, mettre cette poudre, aspergée d’un peu de vin, dans un sachet que l’on mettra sur le front, sur les tempes et sur la poitrine, comme il a été dit précédemment. Pour qu’un homme éteigne en lui le plaisir et le désir de la chair, prendre en été de l’aneth, deux fois plus de menthe aquatique, un peu plus d’épurge, de la racine d’iris d’Illyrie. Plonger le tout dans du vinaigre et en faire un condiment. En manger souvent dans tous les plats. En hiver, réduire ces plantes en poudre et en manger avec les aliments, car, à cette saison, on ne peut utiliser la verdeur de ces plantes. Quand le vent est humide et doux, les bœufs tombent facilement malades, mélanger à leur nourriture de l’aneth et une quantité moindre de racine d’iris d’Illyrie ; ce remèdes détruit en eux les humeurs pernicieuses.]
1. « trois fois » : le texte de la Patrologie a ici le mot per, peu compréhensible dans le contexte. La présence assez fréquente de coquilles dans le texte de la Patrologie autorise à lire ter au lieu de per, ce qui est plus satisfaisant pour la signification du texte.
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Hyssopus officinalis
Veronica beccabunga
Chapitre 68. Le persil – De petroselino Patrologie : Apium petroselinum. Autre appellation : Petroselinum crispum. Le persil est de nature robuste. Il renferme plus de chaleur que de froid. Il pousse à partir du vent et de l’humidité. Pour l’homme, il est meilleur et plus utile à manger cru que cuit. Quand on en mange, il atténue les fièvres qui frappent l’homme mais ne l’atteignent que légèrement. Toutefois, il provoque de la lourdeur dans l’esprit de l’homme. Si on souffre du cœur ou de la rate, ou si on a mal au côté, faire cuire du persil dans du vin, ajouter un peu de vinaigre et suffisamment de miel, filtrer à travers un linge, et on est guéri. [Si on a l’estomac malade, prendre du persil, deux fois plus de fenouil et autant de saponaire que de persil, puis en faire un ragoût en y ajoutant du beurre ou de la graisse de bœuf et du sel grillé. Après cuisson, en manger souvent. D’autre part, si on a mal après avoir mangé de l’ail, manger du persil sans tarder et on aura moins mal.] Si on souffre de calculs, prendre du persil, ajouter un tiers de saxifrage, faire cuire le tout dans du vin, filtrer à travers un linge et boire dans un bain brûlant. Prendre à nouveau du persil, ajouter un tiers de saxifrage, faire cuire dans de l’eau, puis verser cette eau sur les pierres chauffées de ce bain brûlant. Faire cela souvent et on ira mieux. [De plus, si on est tordu par la paralysie, prendre du persil et du fenouil à poids égal et un peu moins de sauge, piler ces plantes légèrement dans un mortier, ajouter de l’huile rosat1 d’olives, mettre le tout sur les endroits douloureux en l’attachant avec un linge. Si on a les chairs amollies, ou si, à la suite de beuveries abondantes, on est atteint d’arthrite dans un membre, prendre du persil, quatre fois plus de rue et faire frire dans une poêle avec de l’huile d’olive, ou, si on n’a pas de cette huile, faire frire avec de la graisse de bouc. Mettre ces plantes encore chaudes sur les endroits douloureux et attacher un linge par-dessus : l’amélioration suivra.]
Chapitre 69. Le céleri – De apio Patrologie : Apium graveolens. Le céleri est chaud et de nature plus verte que sèche. Il renferme beaucoup de suc. Il n’est pas bon à manger cru pour l’homme, car ainsi il suscite en lui des humeurs mauvaises. Mais il ne fait pas de mal si on le mange cuit ; au contraire, il assainit les humeurs. De quelque façon que l’on en mange, il rend l’esprit flottant [car sa verdeur tantôt fait du mal, tantôt rend triste et instable. Si on a les yeux humides au point qu’ils répandent goutte à goutte de nombreuses larmes à cause d’une abondance excessive d’humeurs, prendre du céleri et un peu plus de fenouil ; les écraser pour en extraire le suc et les tremper dans un blanc d’œuf sans le jaune. Le soir, au coucher, attacher ces plantes avec un linge sur l’œil humide, faire cela souvent et l’œil sera guéri.] Si on est atteint par de l’arthrite, au point que la bouche se tord en se contractant, que les membres sont pris de tremblements et se contractent, réduire en poudre des graines de céleri, ajouter un tiers de rue et de la noix de muscade en quantité moindre que la poudre de rue, des clous de girofle en quantité moindre que la noix de muscade et de la saxifrage en quantité moindre que les clous de girofle. Réduire le tout en poudre, manger de cette poudre aussi bien à jeun qu’après un repas, et l’arthrite disparaîtra car c’est le meilleur remède contre l’arthrite. Si on est atteint par de l’arthrite, si on mange souvent de cette poudre, l’arthrite quitte le malade sans lui faire de mal.
1. « rosat » : se dit de préparations où il entre des roses et particulièrement des roses rouges.
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Chapitre 70. Le cerfeuil – De kirbele Patrologie : Scandix cerefolium. Autre appellation : Anthriscus cerefolium. Le cerfeuil est de nature sèche. Il pousse ni à partir d’un air fort, ni à partir d’une forte humidité de la terre, mais dans un souffle de vent faible avant que ne se lève la chaleur féconde de l’été. Il est cependant plus chaud que froid et cette chaleur est saine. Il est parfois assimilé aux plantes nocives, car, si on le mange cru, il fait naître une vapeur abondante dans la tête d’un homme. En fait, il n’est utile ni cuit, ni cru, pour le corps de l’homme. Il est seulement efficace pour des médicaments et soigne les viscères endommagés. Écraser du cerfeuil, en extraire le suc et le verser dans du vin. En donner à boire à celui qui a les viscères endommagés ; faire cela souvent et il sera guéri. [Lorsque parfois on mange des aliments crus, comme les humeurs mauvaises de ces aliments n’ont été compensées par aucun condiment, elles montent jusqu’à la rate et la rendent douloureuse. Prendre alors du cerfeuil et une quantité moindre d’aneth ; faire, avec du pain de froment trempé dans du vinaigre, des sortes de boulettes en guise de condiment et en manger fréquemment. Ensuite, prendre aussi des graines de lin, les faire cuire dans une poêle, les égoutter et les mettre dans un sachet que l’on posera à l’emplacement de la rate, aussi chaud que l’on peut supporter. De plus, si un homme souffre d’ulcérations diverses et de démangeaisons, prendre du cerfeuil, trois fois plus de polypode, cinq fois plus d’aunée que de cerfeuil et faire cuire le tout dans de l’eau. Ensuite, après avoir enlevé l’eau en filtrant à travers un linge, verser les plantes dans une poêle, ajouter un peu d’encens nouveau ainsi que du soufre et éventuellement de la graisse fraîche de porc en quantité supérieure aux autres ingrédients. Faire épaissir le tout à la poêle, sur le feu, comme un onguent. Que celui qui souffre passe cet onguent autour de ses ulcérations ; qu’il le fasse pendant cinq jours. Sa peau et sa chair s’imprègnent de l’onguent. Ensuite le malade doit prendre un bain pour être débarrassé de ces humeurs1 et de cette infection.]
Chapitre 71. La véronique cressonnière – De pungo Patrologie : Veronica Beccabunga. La véronique cressonnière est de nature chaude. Si on la fait cuire en purée [c’est la seule façon de manger cette plante], après avoir ajouté de la graisse ou de l’huile et qu’on la mange ainsi, elle libère le ventre comme une potion. De plus, quand on en mange, elle combat l’arthrite.
Chapitre 72. Le cresson alénois – De crasso Patrologie : Lepidium Sativum. Le cresson alénois est plus chaud que froid, il est également humide. Il pousse plus à partir de la verdeur de la terre qu’à partir du soleil. Si on en mange, il augmente en l’homme les humeurs mauvaises et endommage la rate, car celle-ci est molle et vulnérable.
1. « humeurs » : il s’agit de « livor ». Cf. lexique latin.
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Chapitre 73. Le cresson de fontaine – De burncrasse Patrologie : Nasturtium aquaticum. Nouvelle appellation : Nasturtium officinale. Le cresson de fontaine est de nature chaude. En manger n’est ni très bénéfique, ni très nocif pour l’homme. Si on a la jaunisse ou si on est fiévreux, faire chauffer du cresson de fontaine dans un récipient, en manger souvent encore chaud et on sera guéri. Si on a du mal à digérer les aliments que l’on a mangés, faire de nouveau chauffer du cresson de fontaine dans un récipient car ses forces proviennent de l’eau. Manger le cresson ainsi préparé, il aidera à digérer.
Chapitre 74. Le pourpier – De burtel Patrologie : Portulaca Sativa. Autre appellation : Portulaca oleracea. Le pourpier est froid. Si on en mange, il donne de la pituite et il n’est pas bon à manger pour l’homme.
Chapitre 75. La menthe aquatique – De bachmyntza Patrologie : Mentha aquatica. La menthe aquatique est chaude. Mais elle est toutefois un peu froide. On peut en manger avec modération. Quand on en mange, elle n’est ni bénéfique, ni très nocive pour l’homme. Quand l’estomac est alourdi par un excès de nourriture et de boisson et s’en trouve oppressé, manger souvent de la menthe aquatique soit crue, soit cuite avec de la viande, ou encore dans de la soupe ou de la purée, et l’oppression cessera car cette plante refroidit quelque peu les viscères gras et chauds de même que leur graisse ; ainsi l’oppression diminuera. Un homme qui a le poumon oppressé, crache du flegme et tousse dès qu’il bouge ; mais si on est oppressé parce qu’on est trop gras, à cause d’un excès de nourriture et de boisson, on a seulement du mal à respirer et on ne crache pas de flegme, il faut distinguer ce cas du précédent et utiliser la menthe aquatique comme il a été dit plus haut.
Chapitre 76. La menthe sylvestre – De myntza majori Patrologie : Mentha silvestris. Autre appellation : Mentha longifolia. Une autre menthe, qui est grande, est plus chaude que froide. La broyer, et quand la gale1 ou les snebelcza attaquent l’homme en le rongeant, attacher la plante sur les lésions et tout autour, et ces parasites mourront.
1. « la gale » : les mots utilisés par sainte Hildegarde (suern ou sotim selon les éditions) ont été interprétés comme la gale ou d’autres parasites dont les acariens. Le mot snebelcza n’a pas été identifié.
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Chapitre 77. La menthe des champs – De minori myntza Patrologie : Mentha arvensis. La plante que l’on appelle petite menthe est chaude plus que froide. La broyer et la mettre sur des yeux qui ont de l’irritation [qui souffrent d’humeurs1 douloureuses] et l’attacher avec un linge : ce remède enlève l’irritation oculaire. Si on a l’estomac froid et que l’on ne peut digérer les aliments, prendre de cette petite menthe soit crue, soit cuite avec de la viande ou du poisson ; elle réchauffe l’estomac et facilitera la digestion.
Chapitre 78. La menthe romaine – De rossemyntza Patrologie : Mentha crispa. La menthe romaine est de chaleur modérée et acide, mais présentant cependant un certain équilibre. Si on souffre d’arthrite, broyer de la menthe romaine, filtrer le suc à travers un linge, ajouter un peu de vin ; en boire le matin, le soir et la nuit, et l’arthrite cessera. Et, de même que le sel équilibre tout aliment quand on en ajoute en quantité modérée – car si on en ajoute trop ou trop peu aux aliments, c’est mauvais – de même, la menthe romaine ajoutée de façon équilibrée soit à la viande, soit au poisson, soit aux divers plats ou à de la purée, donne bon goût aux aliments et leur est un bon condiment. Quand on en mange ainsi, elle réchauffe l’estomac et procure une bonne digestion.
Chapitre 79. L’ail – De allio Patrologie : Allium sativum. L’ail a une bonne chaleur2 et pousse à partir de la force de la rosée. Il se développe dès le début du sommeil nocturne jusqu’au moment où il fait presque jour, lorsque c’est déjà le matin. Pour les bien portants comme pour les malades, il est plus sain à manger que le poireau. Il doit être mangé cru, car, si on le faisait cuire, il deviendrait comme du vin gâté ; en effet, son suc est équilibré et renferme une bonne chaleur. Il n’est pas nocif pour les yeux. Cependant, à cause de sa chaleur, le sang se porte avec force autour des yeux d’un homme, mais ensuite ils redeviennent purs. Il faut en manger avec modération pour que le sang ne s’échauffe pas de façon excessive à l’intérieur d’un homme. Mais quand l’ail est vieux, son fruit sain et bon perd de sa force ; toutefois s’il est alors équilibré par d’autres aliments, il retrouve ses forces.
Chapitre 80. L’échalote – De alslauch Patrologie : Allium ascalonicum. L’échalote est froide et vénéneuse. Elle n’est bonne ni pour un homme bien portant ni pour un malade. Cependant, si on veut en manger, il faut d’abord la mettre dans du vin et contrebalancer ainsi ses propriétés. De cette façon peuvent en manger aussi bien un homme bien portant qu’un malade. 1. « humeurs » : sainte Hildegarde emploie le mot livor (cf. lexique latin). 2. « une bonne chaleur » : sainte Hildegarde parle de rectus calor, une chaleur « droite », correcte, conforme à ce qu’elle doit être. Quelques lignes plus bas, le suc de l’ail est lui aussi dans un juste « équilibre » et renferme cette « bonne chaleur ».
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Toutefois, pour un malade, il vaut mieux en prendre en quantité modérée et crue plutôt que cuite, car s’il la mangeait cuite [cela lui ferait comme des morsures dans le ventre]. Donc, quand on veut manger de l’échalote crue, il faut d’abord contrebalancer ses propriétés en la mettant dans du vin, comme il a été dit précédemment.
Chapitre 81. Le poireau – De porro Patrologie : Allium porrum. Le poireau, que l’on appelle Lauch1, renferme une chaleur rapide et inutile, comme du bois de mauvaise qualité, à savoir du spachin2 [de haies de ronces] qui s’enflamme et retombe rapidement. Chez l’homme, il provoque des troubles du désir amoureux. Si on le mange cru, il est aussi mauvais et nocif pour l’homme qu’une plante vénéneuse et nuisible, car il pervertit le sang, la sanie et les humeurs3 de l’homme à l’opposé de ce qu’il faut, de sorte qu’avec lui le sang ne s’accroît pas convenablement dans l’homme, que la sanie ne diminue pas et que les humeurs mauvaises ne sont pas purifiées en lui. D’autre part, si on veut manger du poireau [cru], il faut d’abord compenser ses propriétés en le mettant dans du vin, après avoir ajouté du sel, ou dans du vinaigre ; puis le laisser tremper dans le vin ou dans le sel jusqu’à ce que ses propriétés y soient contrebalancées et qu’il y perde ses forces mauvaises. Le laisser ainsi depuis le matin jusqu’à midi, ou bien depuis none jusqu’à vêpres4 ; ainsi compensé, le poireau est bon à manger pour les bien portants. Préparé de cette façon, il est meilleur cru que cuit pour les bien portants. Mais pour les malades, il n’est bon à manger ni cru ni cuit, parce que leur sang n’a pas une chaleur convenable, que leur sanie bouillonne et que leurs humeurs font de l’écume. C’est pourquoi, si un malade en mange constamment, il pervertit en lui tous ces liquides organiques. Toutefois, si des malades ont une grande envie de manger du poireau, qu’ils le mangent cru, après avoir compensé ses propriétés comme il a été dit plus haut, car, préparé ainsi, il est meilleur cru que cuit. [Il ne convient pas vraiment pour des médicaments, car il pousse dans un air instable, à savoir quand la chaleur de l’air renferme de l’humidité et quand l’humidité renferme de la chaleur.]
Chapitre 82. La ciboule – De lauch Patrologie : Allium fistulosum. Tout poireau qui est creux, tels que hol, surige, prieslauch, planza5 et d’autres semblables, ne sont pas trop chauds, mais équilibrés et renferment comme un suc vineux. Ils poussent à partir du vent et de l’humidité de la terre. Parmi eux, en particulier, la ciboule est la moins nocive. Elle ne provoque pas de tempête dans les humeurs de l’homme et peut se digérer rapidement. Pour les bien portants elle peut se manger crue sans faire de mal. Mais pour les malades il faut la faire cuire, afin que son humidité ne s’ajoute pas à la leur, car les malades ont déjà en eux diverses humeurs.
1. « Lauch » : même mot en allemand moderne. 2. « spachin » : mot non identifié. 3. « le sang, la sanie, les humeurs » : sainte Hildegarde envisage ici trois liquides organiques dont l’un, la sanie, est un liquide infecté. 4. « de none à vêpres » : de 15 h au coucher du soleil. 5. Espèces non identifiées.
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Chapitre 83. L’oignon – De unlauch Patrologie : Allium cepa. L’oignon n’a pas une bonne chaleur, mais une humidité piquante. Il se développe à partir de la rosée qui se forme vers le lever du jour, c’est-à-dire quand les forces de la rosée commencent à disparaître. Si on le mange cru, il est aussi nocif que vénéneux, comme le suc des plantes nuisibles. Mais quand il est cuit, il est bon à manger [car les substances nocives qu’il renferme sont amoindries par le feu]. Pour ceux qui souffrent de frissons, de fièvre ou d’arthrite, il est bon, cuit. Mais pour ceux qui ont des maux d’estomac, [qui ont l’estomac malade et faible] il provoque des douleurs, aussi bien cru que cuit, car il est humide.
Chapitre 84. Le chou – De kole Patrologie : Brassica oleracea. Le chou, le chou frisé et le chou rouge sont humides de nature ; le chou blanc est un peu plus froid que chaud et de nature un peu sèche. Ils poussent à partir de l’humeur1 de la rosée et de l’air. En conséquence, ils ont, pour ainsi dire, des forces et des viscères, et leur suc est quelque peu nuisible. Ils génèrent des maladies chez les hommes et endommagent les viscères faibles. Des hommes en bonne santé qui ont des veines robustes et ne sont pas très gras pourront, s’ils mangent des choux, surmonter leur ingestion par leurs propres forces. Mais les choux sont nocifs pour les hommes gras car leur chair abonde en suc, et quand ces hommes la mangent elle leur fait presque autant de mal qu’aux malades. Ils sont nocifs aussi bien en purée que cuits avec de la viande et ils augmentent les humeurs mauvaises plus qu’ils ne les diminuent.
Chapitre 85. Les wizsgras – De wizsgras Patrologie : pas d’indication. Plante non identifiée. Les wiszgras » [le weggrasz (la renouée des oiseaux), le suregrasz (la gnavelle vivace), le rœmesgrasz (la statice à feuilles de pâquerettes)] sont de nature équilibrée et sont secs de façon équilibrée. Pour les bien portants comme pour les malades, en manger est comme manger de l’arroche et de la laitue. Ils ne génèrent pas d’humeurs nocives et se digèrent facilement en favorisant la santé.
Chapitre 86. Les stutgras – De stutgras Patrologie : pas d’indication. Plante non identifiée. Les stutgras, qui sont plus petits2, donnent aux hommes affaiblis des humeurs faibles et malades, et ils accroissent en eux la mélancolie. Ils sont lourds à digérer et sont donc mauvais à manger pour l’homme, comme l’ivraie [car leur verdeur est mauvaise.]
1. « l’humeur » : sainte Hildegarde emploie ici le mot livor, une des humeurs qui figurent dans son œuvre. 2. « plus petits » : sans doute par rapport aux wizsgras du chapitre précédent, qui serait une autre catégorie d’herbes (allemand : das Gras, l’herbe).
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Chapitre 87a. La courge – De kurbesa Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour kurbesa, mais mention du nom de la plante, Cucurbita, dans l’édition de Schott. Identification proposée : Cucurbita pepo, espèce qui comprend diverses variétés de courges. Les courges sont sèches et froides. Elles poussent à partir de l’air et sont bonnes à manger tant pour les malades que pour les bien portants.
Chapitre 87b. Les melons – De peponibus Patrologie : addition tirée de l’édition de Schott. Les melons sont humides et froids. Ils poussent à partir de l’humidité de la terre. Ils suscitent en l’homme l’amertume des humeurs. Ils sont mauvais à manger pour des malades.
Chapitre 88. La rave – De ruba Patrologie : Brassica rapa. La rave est plus chaude que froide. Elle est lourde dans l’estomac de l’homme, mais elle peut toutefois se digérer facilement. Si on veut la manger crue, il faut enlever toute la peau, car elle est épaisse. En effet sa verdeur fait du mal à l’homme et il faut manger l’intérieur après avoir enlevé la peau. Mais cuite elle est meilleure que crue et ne donne pas d’humeurs mauvaises. Si de l’humeur vient à apparaître dans des ulcères, manger de la rave et l’ulcération s’arrête. Mais si on a les poumons oppressés et que l’on mange de la rave cuite ou crue, elle fatigue un petit peu les poumons [car elle n’a pas de forces suffisantes pour résister aux maladies graves].
Chapitre 89. Le radis – De retich Patrologie : Raphanus sativus. Le radis est plus chaud que froid. Après l’avoir arraché, il faut l’enfouir sous une couche de terre, dans un lieu humide, pendant deux ou trois jours, pour contrebalancer sa verdeur et le rendre ainsi meilleur à manger. Quand on en mange, il purge le cerveau et diminue les humeurs nocives des viscères. Si un homme robuste et gras mange du radis, cela le soigne et le purge à l’intérieur ; mais le radis fait du mal à un homme affaibli et au corps sec. Mais si un malade veut en manger, faire d’abord sécher le radis sur une pierre chauffée au feu, le réduire en poudre, ajouter à cette poudre du sel raffiné ou brut ainsi que des graines de fenouil. Manger cette préparation avec du pain ; elle nettoie l’infection à l’intérieur du malade et lui redonne des forces. D’autre part, si on a beaucoup de flegme dans le corps, réduire du radis en poudre comme ci-dessus, faire cuire du miel avec du vin et y mettre la poudre. Laisser refroidir un peu et en boire aussi bien après un repas qu’à jeun. Cette poudre purge le malade de son flegme et le miel l’empêche de se dessécher. Si on sent qu’il agit quand on en mange, c’est parce qu’il chasse de l’homme les humeurs nocives et les mauvaises odeurs. Quand on mange du radis, manger ensuite du galanga ; il retient ainsi les exhalaisons fétides et ne fait pas de mal à l’homme. | 63
Chapitre 90. La laitue – De latich Patrologie : Lactuca sativa. Édition de Schott, citée par la Patrologie : lactucae. Les laitues cultivées, qui sont comestibles, sont très froides. Si on les mange sans assaisonnement, elles rendent vide le cerveau de l’homme à cause de leur suc nocif et remplissent son estomac de maladies. C’est pourquoi, si on veut en manger, les faire d’abord tremper et contrebalancer leurs propriétés avec de l’aneth ou du vinaigre ou bien de l’ail, de sorte qu’elles en soient imprégnées un petit moment avant de les manger. Si on mange des laitues, après avoir ainsi compensé leurs propriétés, elles fortifient le cerveau et procurent une bonne digestion. [Si on souffre de douleurs ou d’abcès dans les gencives, prendre des laitues ; ou, si on n’en a pas, prendre des feuilles de chêne à peine écloses ; ajouter une quantité un peu plus grande de cerfeuil, broyer modérément le tout et y ajouter du vin. Mettre cette préparation dans la bouche et l’y garder un bon moment. Ce remède chasse les humeurs mauvaises des gencives.]
Chapitre 91. La laitue vireuse (ou laitue sauvage) – De lactuca agresti Patrologie : Lactuca virosa. Or les laitues sauvages ont à peu près la même nature1. Mais celui qui mangerait, soit crues, soit cuites, ces laitues sauvages qui sont nocives et que l’on qualifie de mauvaises herbes, perdrait l’esprit et se viderait de sa moelle. En effet, ces laitues ne sont chaudes ni froides ; elles ne sont que du vent nocif qui dessèche les fruits de la terre et ne permet à aucun fruit de pousser. Ces laitues poussent à partir de l’écume de la sueur de la terre, c’est pour cela qu’elles sont nocives. [Si un âne a mal au ventre, couper en morceaux une laitue sauvage et mélanger à du son légèrement chauffé dans de l’eau. Répéter souvent l’opération et l’âne guérira. Si quelqu’un a des scrofules2, avant qu’elles ne crèvent, prendre de la laitue, la grande laitue qui est blanche à l’extérieur et verte à l’intérieur, en couper des morceaux de la largeur des scrofules et jeter le reste. Enduire de miel les morceaux que l’on a gardés et les mettre ainsi sur les scrofules pendant trois jours et trois nuits. Quand le remède devient sec, le renouveler et le mettre de la même façon sur les scrofules qui commenceront à diminuer.]
Chapitre 92. La laitue scarole – De wilde latich Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour wilde latich, mais mention du nom de la plante, Silvestres lactucae, dans l’édition de Schott. Lactuca silvestris est une autre appellation de la lactuca scariola ou lactuca serriola. Les laitues scaroles sont froides. Elles éteignent le désir amoureux chez un homme. Donc, si un homme a trop d’ardeur dans les reins, qu’il fasse cuire de la scarole dans de l’eau, qu’il se fasse un bain chaud avec cette eau et que, dans ce bain, il mette les scaroles ainsi cuites et encore chaudes autour de ses reins. Qu’il répète souvent cette opération et il éteint en lui le désir amoureux sans que cela nuise à la santé de son corps. Si une femme a l’utérus gonflé au point de ne pouvoir maîtriser ses désirs, qu’elle prépare elle aussi un bain chaud avec des scaroles. Une fois assise dans ce bain, qu’elle verse l’eau de cuisson sur des pierres chauffées au feu et qu’elle mette les scaroles ainsi cuites et encore chaudes sur son nombril. 1. Cette phrase initiale sert d’enchaînement avec le chapitre précédent consacré aux laitues cultivées. 2. « scrofules » : ou « écrouelles ».
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Allium fistulosum
Sinapis arvensis
Qu’elle répète souvent cette opération et elle chassera ses désirs, sans toutefois porter atteinte à la santé de son corps. De même, si un homme ou une femme ne peuvent maîtriser leurs désirs, faire sécher de la scarole au soleil, la réduire en poudre dans la main et boire souvent de cette poudre dans du vin chaud. Cela éteint en eux les désirs sans dommage pour leur corps.
Chapitre 93. La moutarde des champs – De herba senff Patrologie : Sinapis arvensis. La moutarde qui pousse dans les champs et dans les vignes, et qui se mange, est chaude. Mais elle est d’une chaleur instable. Elle est aussi humide et, dans cette humidité, elle a un froid [un engourdissement] nocif, car elle pousse à partir de vents tourbillonnant en tous sens et de souffles de directions opposées. Elle n’est pas bonne à manger [et bien que les pauvres en mangent, elle est cependant nocive] car elle est vénéneuse, suscite chez l’homme des humeurs mauvaises et alourdit l’estomac. Cependant elle peut être digérée rapidement. Elle ne fait pas de mal aux bien portants et aux hommes maigres, mais elle fait du mal aux malades et aux hommes gras ; en effet elle alourdit l’estomac des malades et elle oppresse les hommes gras [elle rend leur respiration difficile].
Chapitre 94. La moutarde – De sinape Patrologie : Sinapis alba et nigra. La moutarde est de nature très chaude et assez sèche. Elle pousse dans un équilibre de chaud et de froid, c’est-à-dire dans une atmosphère tempérée. Elle possède les propriétés des arbres aussi bien que celles des plantes car elle pousse à partir du vent qui fait venir les fruits et pousse même à partir de la verdeur de la terre ; c’est pourquoi elle a une quantité notable de suc. La plante elle-même est mauvaise à manger, car ses propriétés sont faibles et instables. Elle détruirait à l’intérieur l’homme qui en mangerait. Mais ses graines donnent du goût aux autres aliments. Pour un estomac malade, faible et froid, elle ne vaut rien, car elle l’alourdit sans le purger. Mais un estomac fort la supporte bien. Quand on en mange, elle clarifie la vue mais elle embrume le cerveau et produit une certaine âcreté dans la tête, car elle en fait sortir de l’humidité. C’est à la tête qu’elle fait le plus de mal et qu’elle est le plus nocive. Elle ne procure pas une digestion bonne et correcte mais une digestion douloureuse. Elle produit en l’homme comme de la fumée. Tout homme doit en manger avec modération, car elle fait du mal aux malades, puisqu’ils n’ont pas en eux assez de forces pour la supporter. Mais elle ne peut faire grand mal aux bien portants, car leur force leur permet de s’en remettre. Si on aime manger de la moutarde, faire chauffer du vin et le verser sur la moutarde. Agiter le tout dès qu’on veut en manger, et manger la moutarde de cette façon. En effet, quand on la mange ainsi, elle ne fait pas de mal aux malades, car sa nocivité est neutralisée par la chaleur du vin. Si on n’a pas de vin, verser sur la moutarde du vinaigre froid ; si on la mange ainsi préparée, elle ne fait pas de mal. Mais si elle n’est pas contrebalancée ainsi par du vin et du vinaigre, elle n’est pas bonne à manger pour l’homme. En effet, elle ne fait pas de bien à un malade, étant donné qu’elle fait du mal à un homme en bonne santé.
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Chapitre 95. L’aunée – De alant Patrologie : Inula Helenium L’aunée est de nature chaude et sèche. Elle renferme des propriétés bénéfiques. Pendant toute l’année, mettre de l’aunée, aussi bien sèche que verte, dans du vin pur. Mais une fois qu’elle s’est rétrécie dans le vin, ses propriétés s’affaiblissent ; il faut alors l’enlever et en mettre de la nouvelle. Si on souffre des poumons, boire chaque jour un peu d’aunée ainsi préparée, avant et après un repas. Elle enlève l’infection des poumons, fait disparaître la migraine et clarifie la vue. Mais si quelqu’un en mangeait souvent, elle lui ferait mal en raison de sa force. Si on n’a pas de vin pour y mettre l’aunée, faire avec de l’eau et du miel une boisson1 pure, y ajouter de l’aunée et boire comme il a été indiqué précédemment. Prendre de la figue, deux fois plus d’aunée, et ajouter du galanga. Avec ces ingrédients, faire une potion claire2 [une boisson pure] et en boire si on souffre des poumons, mais pas pour d’autres maladies, car elle est bénéfique contre les maladies du poumon. Si à la maladie du poumon s’ajoutent d’autres maladies, ne pas boire de cette potion car elle serait trop forte et ferait du mal.
Chapitre 96. Le pavot – De papavere Patrologie : Papaver somniferum Le pavot est froid et un peu humide. Quand on mange ses graines, elles provoquent le sommeil, apaisent les démangeaisons, arrêtent les infestations de poux et de lentes. On peut les manger bouillies à l’eau, mais il est meilleur et plus bénéfique de les manger crues que cuites. L’huile qu’on extrait de ces graines ne nourrit pas l’homme, ne le fortifie pas, ne lui apporte ni la santé ni des maladies. Cette huile est froide tandis que les graines sont chaudes.
Chapitre 97. La mauve – De babela Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour babela, mais mention du nom de la plante, malva, dans l’édition de Schott. Identification proposée : Malva sylvestris ou Malva neglecta. La mauve renferme un froid modéré, comme la rosée, mais elle est cependant plus froide. Personne ne doit la manger crue, car, dans ce cas, elle serait comme un poison. En effet, elle renferme de la pituite3 ainsi que des humeurs épaisses et vénéneuses qu’elle donne aussi à l’homme. Toutefois pour ceux qui ont l’estomac malade, il est bon de la manger cuite et encore jeune, dès qu’elle commence à pousser. En faire une purée en ajoutant du saindoux et en manger, car elle donne une assez bonne digestion. Quand survient ce cas, celui qui souffre de l’estomac doit en manger, mais
1. « boisson » : honigwurz. Cf. lexique germanique. La Patrologie cite l’édition de Schott pour expliquer honigwurz : « potum ed. ». 2. « une potion » : sainte Hildegarde emploie le mot luterdrank qu’une note de la Patrologie, au chapitre 30, explique ainsi : « claretum (boisson claire), potion préparée à partir de vin, de miel et d’aromates ». Ici, comme plus haut pour honigwurz, la Patrologie cite l’édition de Schott : « purum potum ed. », « une boisson pure ». 3. « pituite » : le texte dit que la mauve est slimecht, adjectif correspondant au substantif slim, une des humeurs du système de sainte Hildegarde. Le mot est employé pour désigner la pituite ou une humeur glaireuse, avec des mucosités. Cf. lexique germanique.
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cependant avec modération, pour qu’elle ne lui fasse pas mal. Mais l’homme qui est en bonne santé doit l’éviter totalement. La mauve (édition de Schott) La Patrologie donne en note le chapitre complet de l’édition de Schott : La mauve renferme un froid modéré, comme la rosée, comme l’air tempéré du matin. Si la mélancolie, entraînée par des fièvres diverses, fait souffrir le cerveau d’un homme, broyer de la mauve et deux fois plus de sauge dans un mortier et arroser le tout avec un peu d’huile d’olive. Mettre cette préparation depuis le front jusqu’à la nuque, en passant par le haut du crâne, et attacher avec un linge. Faire cela pendant trois jours au cours desquels, le soir, on renouvellera l’huile d’olive ou on ajoutera du vinaigre. Répéter l’opération jusqu’à ce que le malade aille mieux. Pour clarifier la vue d’un homme, recueillir de la rosée sur de la mauve, ou sur du liseron, ou encore sur des feuilles de poirier, de chêne ou de hêtre (car ces feuilles sont douces). Cette rosée, que l’on aura trouvée la nuit ou au petit matin, quand la nuit est claire, pure et douce, il faut en enduire les paupières et tout le pourtour des yeux puis aller aussitôt dormir. Mais que personne ne mange de la mauve crue, car elle serait comme un poison pour celui qui en mangerait ; elle renferme en effet une humeur nocive1. Mais pour celui qui a l’estomac malade, la mauve, au tout début de sa croissance, est bonne à manger cuite, en lui ajoutant du saindoux, car elle donne une assez bonne digestion. Quand survient ce cas, le malade doit manger de la mauve, mais cependant avec modération. Mais l’homme qui est en bonne santé doit l’éviter totalement.
Chapitre 98. La bardane – De cletta Patrologie : Bardana Lappa. Autre appellation : Arctium lappa. La plante que l’on appelle bardane à une chaleur plutôt nocive. Elle pousse à partir du suc et de la sueur de la terre. Elle est bénéfique [et nocive]. Sa racine ne présente aucun intérêt et ses feuilles, aussi bien crues que cuites, sont dangereuses à manger pour un homme, sauf quand des calculs se forment dans son corps. Dans ce cas, faire cuire des feuilles de cette plante dans un très bon vin, filtrer ce vin à travers un linge, le boire chaud aussi bien après un repas qu’à jeun. Grâce à la force de la bardane, le calcul sera dissous à l’intérieur du corps. On peut aussi réduire ses fleurs en poudre, ainsi qu’une carapace de tortue, après l’avoir vidée ; mélanger ensuite ces poudres, de façon qu’il y ait davantage de poudre de carapace. Si on a des dartres sur la tête, pulvériser cette poudre sur ces ulcérations pendant neuf ou quinze jours. Le quatrième et le cinquième jour, se laver la tête avec une lotion à base de hêtre et la guérison suivra.
Chapitre 99. Le chardon – De distel Chardon piquant : Patrologie : Carduus benedictus. Chardon lisse : Patrologie : Eryngium campestre. Chardon Marie : Silybum marianum. Le chardon, aussi bien le chardon lisse que le chardon piquant, a une chaleur vive qui cependant s’engourdit rapidement, car il naît en suant hors de la terre. Or cette sueur de la terre, d’où naît cette plante, est piquante et rend les plantes hérissées. Et, de même que la sueur sort de l’homme quand il est angoissé, de même également la sueur de la terre fait pousser des plantes hérissées qui déchirent l’homme. 1. « une humeur nocive » : sainte Hildegarde emploie l’adjectif livosa, formé sur le substantif livor qui désigne une des humeurs de son système. Cf. lexique latin.
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Il existe un chardon lisse, c’est-à-dire sans piquants. Il est nocif pour l’homme si on le mange cru, car si un homme le mangeait cru, ce chardon affaiblirait son sang, provoquerait de l’infection en lui et ferait tarir en lui les humeurs comme la force est ôtée d’un bon vin quand on y verse de l’eau. Dans ces conditions, l’homme serait privé de sensibilité, et se trouverait affaibli dans son sang et ses humeurs. Cependant, si on fait cuire ce chardon et qu’on le mange cuit, alors il ne fait pas beaucoup de mal aux hommes en bonne santé, sans pour autant leur faire du bien, car il n’apporte pas de graisse dans le sang, cependant il enlève la faim. Mais, aussi bien cru que cuit, il fait du mal aux malades, car il les met dans des états de langueur. Quant au chardon Marie, il renferme du froid et il est très bénéfique. Si on ressent une douleur piquante dans le cœur ou ailleurs, ou encore dans un des membres, prendre du chardon Marie, une quantité moindre de sauge1, en exprimer le suc dans un peu d’eau, le boire au moment même où on ressent cette douleur, et on ira mieux.
Chapitre 100. L’ortie – De urtica Patrologie : Urtica dioica et urens. L’ortie est d’une espèce très chaude. En aucune façon elle n’est bonne à manger crue, à cause de ses propriétés urticantes. Mais [quand elle vient juste de sortir de terre], une fois cuite, elle est bénéfique pour la nourriture des hommes car elle purge l’estomac et lui enlève l’humeur glaireuse2. Et toute espèce d’ortie produit cet effet. [Si, en raison des humeurs nocives et mauvaises qui sont du poison en l’homme, des vers se développent chez un homme, prendre du suc d’ortie brûlante et du suc de bouillon blanc à poids égal, des feuilles ou de l’écorce de noyer en quantité égale aux deux plantes précédentes, ajouter un peu de vinaigre et beaucoup de miel. Faire bouillir dans une marmite neuve, enlever l’écume ; quand l’ébullition est terminée, enlever du feu et boire de cette préparation pendant quinze jours, en quantité modérée quand on est à jeun, en quantité plus importante après un repas, et les vers mourront. Si on est sujet à des oublis involontaires, broyer de l’ortie brûlante pour en extraire le suc, et ajouter un peu d’huile d’olive. Au coucher, s’en enduire la poitrine et les tempes, répéter souvent l’opération et les oublis seront moins fréquents. Si les mucosités d’un rhume s’écoulent par les narines d’un cheval et le font tousser, faire cuire de l’ortie brûlante dans de l’eau avec une quantité plus grande de livèche. Puis, après lui avoir mis un mors, faire passer la vapeur encore chaude par ses naseaux et sa bouche, et il sera guéri. Si un cheval a mal au ventre, mélanger souvent de l’ortie brûlante à son fourrage et une quantité plus grande de livèche, pour qu’il mange le tout en même temps, et il sera guéri.]
Chapitre 101. Le plantain – De plantagine Patrologie : Plantago major, media et lanceolata. Le plantain est chaud et sec. Prendre du plantain, en exprimer le suc et filtrer à travers un linge en équilibrant ses propriétés avec du vin ou du miel. En donner à boire à celui qui souffre d’arthrite, et l’arthrite cessera.
1. « sauge » : traduction hypothétique. Le texte de la Patrologie comporte le groupe de mots orechten salben. La plupart des commentateurs traduisent par « sauge » (allemand Salbei). On pourrait envisager aussi Salbe, « pommade », « onguent ». Le mot orechten pose problème. 2. « l’humeur glaireuse » : c’est l’humeur que sainte Hildegarde appelle slim. Cf. lexique germanique.
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D’autre part, [si quelqu’un a des ganglions enflammés] faire griller au feu de la racine de plantain, la mettre encore chaude sur les ganglions en serrant et en attachant un linge par-dessus, et le malade ira mieux. Mais ne pas mettre ce remède sur des scrofules1, [ne pas en mettre trop], car il ferait du mal. Si on souffre de douleurs aiguës, faire cuire à l’eau des feuilles de plantain et, après avoir enlevé l’eau, les mettre encore chaudes sur l’endroit douloureux, et ces douleurs cesseront. Si une araignée ou une autre vermine touche ou pique un homme, enduire aussitôt la piqûre de suc de plantain et l’homme ira mieux. Si un homme ou une femme mange ou boit un philtre d’amour, il faut lui donner à boire du suc de plantain, avec ou sans eau, puis qu’il prenne une boisson forte et se purge à l’intérieur ; ensuite il se sentira soulagé. [Si, en faisant une chute on se fracture un os, quel qu’il soit, couper des racines de plantain dans du miel et en manger tous les jours à jeun. Il faut aussi faire cuire à feu doux, avec de l’eau, dans une marmite neuve, des feuilles vertes de mauve et cinq fois plus de feuilles ou de racines de plantain, les appliquer souvent, encore chaudes, sur l’endroit douloureux, et l’os fracturé guérira.]
Chapitre 102. La menna ( ?) – De menna Patrologie : pas d’indication. Plante non identifiée. La menna est chaude et sèche. Si on met sa feuille sur une plaie ouverte, elle en extrait le poison et la guérit. D’autre part, si on la fait cuire et qu’on la mange en purée, elle guérit les viscères douloureux et endommagés.
Chapitre 103. La violette – De viola Patrologie : Viola odorata. La violette est entre le chaud et le froid. Cependant elle est froide et pousse à partir de l’air, après l’hiver, quand l’air commence juste à se réchauffer. Elle est efficace contre l’obscurcissement de la vue. Pour cela, prendre une bonne huile, la faire bouillir soit au soleil, soit sur le feu, dans une marmite neuve. Quand l’huile bout, y mettre des violettes de façon à obtenir une pâte épaisse, verser et conserver dans un récipient en verre. Le soir, enduire de cette huile les paupières et le pourtour des yeux, en évitant toutefois de la mettre en contact avec l’intérieur de l’œil. Le remède fera disparaître l’obscurcissement de la vue. Si on a l’esprit accablé et angoissé sous l’effet de la mélancolie2 et que le mal se répercute sur les poumons, faire cuire des violettes dans du vin pur, filtrer à travers un linge, ajouter du galanga à ce vin et de la réglisse à volonté. Faire ainsi une potion et en boire : elle met fin à la mélancolie, permet de retrouver la joie et guérit les poumons. La violette (édition de Schott) La Patrologie donne en note le chapitre complet de l’édition de Schott, sauf la fin (« Si on a l’esprit accablé… ») qui est identique. La violette est entre le chaud et le froid. Elle a une chaleur3 particulièrement équilibrée. Elle pousse à partir de la douceur et de la légèreté de l’air.
1. scrofules : ou « écrouelles ». 2. « la mélancolie » : la bile noire, une des humeurs. 3. « chaleur » : le texte de la Patrologie a le mot color, « couleur » ; mais le contexte invite à lire calor, « chaleur ».
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Faire bouillir de l’huile d’olive soit au soleil, soit sur le feu, dans une marmite neuve. Pendant que l’huile bout, y mettre des violettes de façon à obtenir une pâte épaisse, verser et conserver dans un récipient en verre. Le soir, enduire de cette huile les paupières et le pourtour des yeux, en évitant toutefois de la mettre en contact avec l’intérieur de l’œil. Le remède fera disparaître l’obscurcissement de la vue. Si on a les yeux enflammés, obscurcis et douloureux, prendre du suc de violette, deux fois plus de suc de rose et trois fois moins de suc de fenouil que de suc de rose et y ajouter un peu de vin. Au coucher, passer ce collyre autour des yeux, en évitant de le mettre en contact avec l’intérieur de l’œil. Si on a la tête lourde ou les reins pesants, ou si on est paralysé en quelque endroit du corps, extraire du suc de violette à travers un linge, ajouter une bonne quantité de graisse de bouc et moitié moins de vieux saindoux. Faire fondre le tout à la poêle et en faire un onguent. Le passer sur la partie douloureuse de la tête et on ira mieux. Si on a mal à la tête, si des chancres1 rongent les chairs, ou si on a des ulcères, quels qu’ils soient, sur le corps, prendre du suc de violette, trois fois moins d’huile d’olive, autant de graisse de bouc que de suc de violette, faire bouillir le tout dans une marmite neuve et préparer un onguent. Que celui qui a mal à la tête s’enduise le front d’un bord à l’autre avec cet onguent et il ira mieux. D’autre part, quand un chancre ou d’autres parasites rongent un homme, passer cet onguent sur eux et ils mourront après y avoir goûté. Si on souffre de fièvres tierces, prendre de la violette, trois fois moins de plantain que de violette et deux fois plus de grande passerage que de plantain, manger souvent de ces plantes avec du vinaigre ou du sel raffiné. Si on a l’esprit accablé2…
Chapitre 104. L’arroche – De melda Patrologie : Atriplex hortensis. L’arroche est plus froide que chaude. Elle est cependant assez équilibrée. Quand on en mange, elle permet de bien digérer. Si un homme a des ganglions emplis de poison, c’est-à-dire des scrofules3, qui commencent à s’enfler, préparer une purée avec de l’arroche, avec moins de prieselauch4 que d’arroche et moins d’hysope que de prieslauch, en manger souvent et les scrofules sécheront. Mais aussi, faire cuire de l’arroche dans de l’eau ; après avoir enlevé l’eau, mettre la plante encore chaude sur les scrofules et le malade ira mieux.
Chapitre 105. Le lierre terrestre – De gunderebe Patrologie : Glechoma hederacea. Le lierre terrestre est plus chaud que froid. De plus, il est sec. Il possède certaines propriétés des épices. En effet, sa verdeur est bénéfique. De sorte que, si on souffre de langueur et que l’on perd la raison, prendre un bain chaud, puis faire cuire du lierre terrestre dans une purée ou dans une soupe et en manger souvent, soit avec de la viande, soit avec des gâteaux5, cela fera du bien au malade. 1. « chancres » : à moins qu’il ne s’agisse de cancers. En latin, le mot est le même : cancer. 2. Ce dernier paragraphe est identique à celui du texte de la Patrologie. 3. « scrofules » : ou « écrouelles ». 4. « prieselauch » : plante non identifiée. Au chapitre 82 consacré à la ciboule, prieslauch est présenté comme faisant partie des poireaux creux (lauch : poireau). 5. « gâteaux » : sainte Hildegarde emploie le mot énigmatique cucheln qu’il faut peut-être comprendre comme cuchen (utilisé au chapitre 111), allemand moderne Kuchen, gâteaux. Cf. lexique germanique.
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Si on se lave souvent la tête avec une lotion et du lierre terrestre, on chasse de sa tête de nombreuses maladies et on l’empêche d’être malade. Mais si des humeurs mauvaises fatiguent la tête comme le fait le doum1, au point que les oreilles bourdonnent, faire bouillir du lierre terrestre dans de l’eau chaude, puis, après avoir enlevé l’eau, mettre la plante encore chaude tout autour de la tête ; ce remède diminue le doum qui se trouve dans la tête et rétablit l’audition. Si on a des douleurs dans la poitrine et tout autour, comme si on avait des ulcères à l’intérieur, faire cuire du lierre terrestre puis, quand on est dans un bain, le mettre encore chaud tout autour de la poitrine, et on se portera mieux.
Chapitre 106. La citronnelle – De stagwurtz Patrologie : Artemisia abrotanum. La citronnelle est chaude et sèche. Même si on se frotte avec de la citronnelle parce qu’elle parfume, son odeur provoque mélancolie et irascibilité en l’homme et lui affaiblit la tête. Mais quand des dartres commencent à se former sur la tête d’un homme, verser dessus du suc de citronnelle qui soigne les ulcères et l’homme sera guéri. Quand des grosseurs poussent sur le corps d’un homme ou quand une partie de ses membres se contracte, broyer de la citronnelle, en mettre tout autour des endroits malades et les enduire avec le suc de la plante ; l’amélioration suivra. [Mais lorsque les aspérités et la contracture des membres persistent, enlever la citronnelle sans tarder car elle fait alors plus de mal que de bien.] Si on a les membres atteints par de l’arthrite, prendre une assez grande quantité de citronnelle et de vieux saindoux, un peu d’huile d’olive. Faire chauffer le tout dans une poêle, puis mettre cette préparation encore chaude sur les endroits où sévit l’arthrite et l’attacher en serrant avec un linge. Répéter souvent l’opération et l’arthrite disparaîtra.
Chapitre 107. L’armoise – De biboz Patrologie : Artemisia vulgaris. L’armoise est très chaude et son suc est très bénéfique. Si on la fait cuire et qu’on la mange dans une purée, elle guérit les viscères malades et réchauffe un estomac froid. D’autre part, si on ressent des douleurs après avoir mangé ou bu, faire cuire alors et manger de l’armoise soit avec de la viande, soit dans une purée, soit dans un autre plat assaisonné et bien composé2. L’armoise enlève et fait disparaître l’infection que le malade avait contractée avec les aliments ou les boissons qu’il avait pris auparavant. [D’autre part, si troffo3 et des humeurs mauvaises, à la suite d’une incision de la peau, sans qu’il y ait une plaie infectée, affluent en masse dans le corps d’un homme, prendre de l’armoise, en exprimer le suc, lui ajouter du miel en faisant en sorte d’avoir plus de suc que de miel, et en enduire l’endroit douloureux. Mettre aussitôt sur tout cela un onguent clair4 fait avec du blanc d’œuf et attacher un linge par-dessus. Répéter le traitement jusqu’à guérison.
1. « doum » : mot non identifié. Il pourrait s’agir d’un bruit agressif. 2. « bien composé » : temperamentum, notion d’équilibre entre les propriétés des aliments et des plantes d’une part, et d’autre part les caractéristiques de la maladie qu’il s’agit de compenser, de contrebalancer. 3. « troffo » : mot non identifié. M.-L. Portmann traduit par « ein Tropfen », « une goutte », mais cette interprétation n’est pas convaincante. 4. « un onguent clair » : traduction hypothétique du mot neutre latin clarum, « clair ».
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Chapitre 108. Le trèfle des prés – De cle Patrologie : Trifolium pratense. Le trèfle des prés est aussi chaud que froid. De plus, il est sec. Il sert de nourriture pour le bétail. Mais il a peu de valeur pour la médecine, sauf contre l’obscurcissement de la vue. Dans ce cas, mettre des fleurs de trèfle dans de l’huile d’olive, les couper en morceaux sans les faire cuire et, sans tarder, en enduire le pourtour des paupières et des yeux obscurcis. Mais c’est seulement au moment où il faut enduire les yeux que l’on doit mettre ces fleurs dans l’huile d’olive ; et on doit les enlever aussitôt après avoir enduit les yeux, car elles n’ont pas assez de force pour rester longtemps plongées dans l’huile. Si on répète souvent ce traitement, on mettra un terme à l’obscurcissement de la vue.
Chapitre 109. L’absinthe – De wermuda Patrologie : Artemisia absinthium. L’absinthe est très chaude et possède de grandes vertus. Elle constitue le principal remède pour tous les états de langueur. Verser suffisamment de suc d’absinthe dans du vin chaud, et, quand on a mal à la tête, l’en humecter entièrement jusqu’aux yeux, aux oreilles et à la nuque. Faire cela le soir, au coucher, et couvrir entièrement la tête avec un bonnet de laine jusqu’au matin : l’absinthe fait cesser la douleur d’une tête tuméfiée1 ainsi que la douleur qui enfle dans la tête sous l’effet de l’arthrite, et même la douleur à l’intérieur de la tête. Verser du suc d’absinthe dans de l’huile d’olive, de sorte qu’il y ait deux fois plus d’huile que de suc, faire réchauffer au soleil dans un récipient de verre, et conserver le tout pendant un an. Quand un homme a des douleurs dans la poitrine ou dans la région de la poitrine, et que cela le fait tousser, enduire la poitrine avec ce remède. Et si on a mal au côté, enduire l’endroit douloureux ; cela soigne le malade à l’intérieur comme à l’extérieur. Broyer de l’absinthe dans un mortier pour en extraire le suc, ajouter du suif, de la graisse et de la moelle de cerf, de sorte qu’il y ait deux fois plus de suc que de graisse et deux fois plus de graisse que de moelle, et en faire un onguent. Si un homme est atteint d’une violente crise d’arthrite au point que ses membres donnent l’impression de se rompre, qu’il enduise aussitôt de cet onguent l’endroit douloureux, en se tenant près du feu, et il sera guéri. Broyer de l’absinthe quand elle est jeune, en exprimer le suc à travers un linge, puis faire cuire à feu doux du vin avec du miel, puis verser le suc dans ce vin, de sorte que le goût du suc soit plus fort que celui du vin et du miel. De mai à octobre, en boire tous les trois jours à jeun ; ce remède met fin en toi au mal aux reins et à la mélancolie, il clarifie ta vue, te fortifie le cœur, empêche les maladies du poumon, réchauffe l’estomac, purge les intestins et procure une bonne digestion. L’absinthe (suite) Texte de l’édition de Schott donné en note par la Patrologie. Ce passage important du chapitre ne figure pas dans le texte même de la Patrologie. Si des huorlen2 entrent dans les oreilles d’un homme, ou si d’autres parasites s’y développent, prendre de l’absinthe, moitié moins de rue que d’absinthe et moitié moins d’hysope que de rue, faire cuire ces plantes dans de l’eau. Après la cuisson, incliner la tête et, à travers la tige d’un roseau, laisser entrer dans l’oreille saine la fumée qui sort de ces plantes jusqu’à ce qu’elle parvienne dans l’autre oreille où se trouvent les parasites et les fasse fuir. Mais auparavant on doit enduire l’oreille où sont 1. La Patrologie ajoute en note, à partir de cet endroit, le texte de l’édition de Schott qui sera présenté à la suite de celui-ci. 2. « huorlen » : mot non identifié.
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Trifolium pratense
Iris germanica
les parasites avec un peu de miel et y mettre également un peu de vieux saindoux afin que, lorsque les parasites auront senti la fumée, ils se détournent de l’oreille, mues par l’attrait de ces substances. Ou encore faire brûler au feu un épi d’orge, avec ou sans ses grains, afin que la fumée qui s’en dégage gagne l’oreille à travers une tige de roseau, comme il a été dit précédemment. Que le malade fasse cela plusieurs fois par jour et il sera libéré, à moins que Dieu ne le veuille. Si les parasites sont sortis de l’oreille, faire bouillir de l’huile d’olive sur le feu dans un récipient neuf et faire passer la fumée dans l’oreille où se trouvaient les parasites pour que l’oreille atteinte en soit enduite. Puis, avec cette huile refroidie, enduire le pourtour et l’intérieur de l’oreille ; si un peu de cet onguent pénètre dans l’oreille, cela ne fera pas de mal. D’autre part, faire cuire de la matricaire1 dans de l’eau, faire passer la fumée dans l’oreille saine et appuyer la main sur l’oreille pour empêcher la fumée de sortir. Répéter souvent l’opération et l’oreille malade guérira. Si un homme a mal aux dents à cause d’un sang infecté ou de sécrétions du cerveau, faire cuire de l’absinthe et de la verveine à poids égal dans du bon vin à l’intérieur d’une marmite neuve, filtrer ce vin à travers un linge et en boire, après avoir ajouté un peu de sucre. Au coucher, mettre ces plantes tout autour de la mâchoire et attacher un linge par-dessus. Répéter l’opération jusqu’à guérison. [La fin du chapitre dans l’édition de Schott est quasiment identique au texte de la Patrologie traduit plus haut.]
Chapitre 110. La jusquiame noire – De bilsa Patrologie : Hyoscyamus niger. La jusquiame noire est froide. Elle est molle et sans forces. Si quelqu’un mangeait soit la plante, soit l’huile tirée de ses graines, elle produirait en lui un poison mortel. Mais quand des cysticerques2 se trouvent dans un homme et provoquent des ulcères dans sa chair, frotter à cet endroit avec la jusquiame et son suc, et les cysticerques mourront. L’huile de graines de jusquiame n’est pas très bénéfique. Toutefois, si une forte brûlure se manifeste dans un membre, il faut l’enduire de cette huile et il se refroidira sans autre remède. Mais la force de cette huile n’est pas bénéfique pour les autres maladies. [Pour qu’un homme ivre retrouve ses esprits, mettre de la jusquiame dans de l’eau froide, en humecter le front, les tempes et la gorge, et il ira mieux.]
Chapitre 111. La tanaisie – De reynfan Patrologie : Tanacetum vulgare. La tanaisie est chaude et un peu humide. Elle est efficace contre toutes les humeurs qui s’écoulent de façon excessive. Si on souffre d’un catarrhe accompagné de toux, manger de la tanaisie, soit dans de la bouillie3, soit dans des galettes, soit avec de la viande ou de quelque autre façon. Elle empêche les humeurs de se développer et ainsi elles s’affaiblissent. Si on a une toux rauque, préparer une soupe avec de la fleur de farine et de la tanaisie et en manger souvent. Grâce à ce remède la toux sèche disparaît ainsi que les lésions intérieures qu’elle provoque, et de cette façon le malade rejette ses mucosités en crachant. 1. « matricaire » : ou grande camomille (Chrysanthemum parthenium). Cf. chapitre 116. 2. « cysticerques » : ténias au stade larvaire. 3. « bouillie » : ici, le mot allemand suffen, parfois traduit, selon le contexte, par « bouillon » ou « soupe », est rendu ici, dans l’édition de Schott (citée par la Patrologie) par sorbiciuncula, « petits breuvages », « bouillies ». Cf. lexique germanique à suffen et lexique latin à sorbiuncula.
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Si on a l’estomac fortement alourdi par toutes sortes de mauvais aliments, prendre un bouillon qui a cuit sans légumes ni autres plantes, y mettre de la tanaisie et faire cuire de nouveau. Puis en manger souvent, cela ramollit l’estomac, le rend léger et procure une bonne digestion. Si on ne peut uriner parce qu’on est bloqué par un calcul, broyer de la tanaisie, filtrer le suc à travers un linge, ajouter un peu de vin et boire souvent de cette préparation. La rétention d’urine cessera et l’urine s’évacuera. [Si une femme souffre d’une rétention douloureuse du flux menstruel, prendre de la tanaisie et de la matricaire1 à poids égal, ainsi que du bouillon blanc en quantité nettement plus grande que l’une des deux plantes précédentes. Faire cuire le tout dans de l’eau prise à un cours d’eau coulant à ciel ouvert et maintenue à bonne température par le soleil et l’air. Puis prendre des briques, les passer au feu pour préparer un bain chaud avec l’eau et les plantes mentionnées précédemment. En entrant dans le bain, mettre les plantes sur un escabeau et s’asseoir dessus. Si les plantes se sont refroidies, les réchauffer de nouveau dans cette eau. Renouveler l’opération tant que la femme reste assise dans le bain, pour que sa peau et sa chair soient ramollies à l’extérieur par les humeurs de ces plantes, pour que sa matrice le soit à l’intérieur et que s’ouvrent les veines qui s’étaient trouvées obturées. Ensuite, prendre des airelles rouges, du millefeuille pour un tiers de la quantité d’airelles, de la rue pour à peu près un tiers de la quantité de millefeuille, autant d’aristoloche longue que d’airelles et de millefeuille réunis et une plus grande quantité de dictame. Broyer ces plantes dans un mortier et faire cuire le tout dans une marmite avec un bon vin pur. Quand les plantes ont été cuites avec ce vin, les verser dans un sachet en mettant par-dessus autant de clous de girofle que possible et moins de poivre blanc que de clous de girofle. Broyer le tout, ajouter une quantité suffisante de miel nouveau, sans impuretés, faire bouillir dans du très bon vin, et verser dans le sachet sur les plantes précédentes. Avec ces ingrédients, préparer une boisson claire2 que la femme boira chaque jour, à jeun et après les repas. Mais elle ne doit pas le faire dans le bain mentionné précédemment, car le bain comprime passablement l’organisme humain. Continuer le traitement jusqu’à guérison. Mais, tant que la femme souffre de la rétention de son sang mentionnée précédemment, elle doit éviter la viande bovine ainsi que les autres aliments consistants et forts ; il lui faut manger des aliments plus doux et boire du vin. Tant qu’elle est dans cet état, si elle doit boire de l’eau, qu’elle boive de l’eau du puits et évite les eaux vives d’une source car celles-ci sont sensiblement plus âpres que les autres eaux.]
Chapitre 112. L’origan – De dost Patrologie : Origanum vulgare. L’origan est chaud et sec. Mais aucune de ces qualités n’a beaucoup de force en lui. Si un homme en mangeait ou en buvait, ou encore en prenait et l’introduisait dans son corps de quelque autre façon, cela lui donnerait la lèpre et ferait enfler ses poumons. L’origan affaiblit aussi le foie. Si on est atteint de lèpre rouge, que la maladie soit récente ou ancienne, prendre du suc d’origan et un peu moins de suc de marrube, ajouter plus d’huile de jusquiame que la quantité totale des deux sucs, ainsi qu’un peu de vin, puis mélanger le tout. S’enduire le corps, juste avant de sortir d’un bain chaud, avec ce mélange de liquides. Aussitôt après être sorti du bain, il faut suer abondamment ; pour cela s’enduire souvent de graisse de bouc fondue sur le feu dans une poêle, et se mettre au lit jusqu’à ce
1. « matricaire » : le texte dit herba febrifuga (« plante fébrifuge »). Or, au chapitre 116 consacré à la matricaire, cette plante est appelée metra dans la Patrologie et febrifuga dans l’édition de Schott. 2. « une boisson claire » : claretum. Au chapitre 30, une note de la Patrologie donne l’explication suivante : « claretum : potion (boisson) préparée à partir de vin, de miel et d’aromates ».
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que l’onguent soit sec. Quand il est sec, prendre à nouveau de l’origan, le broyer, ajouter du son de blé1 et mélanger le tout dans une poêle chaude. Une fois que l’onguent a séché, mettre cette préparation chaude sur les plaies de la lèpre, l’attacher en posant un linge par-dessus, et la maintenir ainsi quelque temps, jusqu’à ce que le malade soit réchauffé par ce remède. Si on répète souvent l’opération, on guérira, à moins que la mort ne survienne [ou si Dieu ne veut pas que l’on soit guéri. Si on souffre de fièvre quotidienne, réduire en poudre de l’origan et un peu de camphre ainsi que de la potentille tormentille en quantité supérieure aux deux autres plantes. Au cours d’un accès de fièvre, mettre cette poudre dans du vin chaud, en boire, se mettre au lit, et l’on sera guéri.]
Chapitre 113. L’achillée millefeuille – De garwa Patrologie : Achillea Millefolium. L’achillée millefeuille est un petit peu chaude et sèche. Elle renferme des propriétés particulières et subtiles pour le traitement des blessures. En effet, si un homme est blessé lors d’un choc, après avoir lavé la blessure avec du vin, faire cuire à feux doux de l’achillée millefeuille dans de l’eau, puis l’égoutter un peu et attacher la plante encore chaude par-dessus le pansement posé sur la blessure. Ce remède fait disparaître l’infection et l’ulcération, et guérit la blessure. Répéter l’opération aussi souvent que nécessaire. Mais une fois que la blessure a commencé à se refermer et à guérir, enlever alors le pansement et mettre de l’achillée millefeuille sur la blessure sans pansement ; la guérison n’en est que meilleure et totale. Si on a reçu une blessure à l’intérieur du corps, soit que l’on ait été entaillé par un coup de pique2, soit que l’on ait été comprimé à l’intérieur, réduire de l’achillée millefeuille en poudre et boire cette poudre dans de l’eau chaude. Quand on ira mieux, prendre cette même poudre dans du vin chaud et on sera guéri. [Si on souffre de fièvre tierce, faire cuire de l’achillée millefeuille et deux fois plus de polypode dans un bon vin doux, filtrer à travers un linge et boire ce vin lors d’un accès de fièvre. Boire le vin avec ces plantes pendant trois jours, et, si nécessaire, renouveler le remède avec les mêmes plantes : la fièvre s’atténue et le malade sera guéri.] Début du chapitre dans l’édition de Schott, cité en note par la Patrologie : [L’achillée millefeuille est chaude et sèche. Si un homme a la vue obscurcie par l’écoulement des larmes, broyer modérément de l’achillée millefeuille et en mettre le soir sur les yeux, en veillant à ce que la plante ne soit pas en contact avec l’intérieur de l’œil. Vers minuit, arrêter le traitement et enlever la plante. Après quoi, enduire un peu les cils avec un vin très bon et très pur. De cette façon, les yeux sont guéris.]
Chapitre 114. L’aigremoine – De agrimonia Patrologie : Agrimonia Eupatoria. L’aigremoine est chaude. Quand le savoir et le bon sens ont disparu chez un homme, couper ses cheveux, car ce sont eux qui le font frissonner et trembler. Faire cuire de l’aigremoine dans de l’eau et laver la tête du malade avec cette eau chaude. Puis attacher avec un linge la plante encore chaude sur son cœur. Il doit alors sentir le premier recul de sa démence. Ensuite mettre de l’aigremoine chaude sur son front et sur ses tempes : elle purifie son savoir et son bon sens et le délivre de sa folie. 1. « son de blé » : le texte de la Patrologie parle de « son d’écorce » (furfures cortici), mais d’autres manuscrits donnent une leçon plus satisfaisante. 2. « un coup de pique » : l’édition de Schott parle d’une « chute » (variante signalée par la Patrologie).
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D’autre part, si on sécrète et que l’on rejette de l’humeur1 et du flegme venant des viscères malades, et que l’on a aussi l’estomac froid, boire, aussi bien à jeun qu’après un repas, du vin contenant de l’aigremoine. Ce remède diminue la sécrétion d’humeur et permet d’en purger l’organisme ; de plus, il réchauffe l’estomac. [De même, pour purger quelqu’un de salive, de sécrétions et d’écoulements nasaux, prendre du suc d’aigremoine et deux fois plus de fenouil, ajouter du suc de géranium pour le poids d’une obole. Puis prendre autant de galanga que des trois plantes précédentes réunies, du baume d’aliboufier pour le poids de six pièces2 et du polypode pour le poids de deux pièces. Réduire le tout en poudre et comprimer ensemble cette poudre et le suc mentionné ci-dessus pour en faire des pilules de la grosseur d’une fève. Prendre ensuite du suc de chélidoine au quart du poids d’une pièce, y tremper les pilules et les mettre à sécher au soleil. Si c’est un jour où le soleil ne chauffe pas, exposer les pilules au souffle d’un vent léger, pour qu’elles sèchent doucement. Quand on voudra prendre ces pilules, se mettre des peaux d’agneaux ou d’autres animaux tout autour de l’estomac et du ventre, pour se réchauffer, car leur chaleur est saine. Toutefois, ne pas s’approcher trop près du feu et utiliser la chaleur de ces vêtements. Les revêtir avant le lever du soleil, car, à ce moment, la chaleur de l’aurore est douce et modérée. Prendre ensuite cinq ou neuf pilules, les humecter un peu une par une pour les ramollir, puis les avaler. Après quoi, se promener un peu dans un endroit ombragé, sans s’exposer à la chaleur du soleil, jusqu’à ce qu’on ressente du soulagement. Vers midi, après s’être senti soulagé, ou même si le soulagement ne s’est pas encore manifesté à cause d’une induration de l’estomac, absorber une bouillie de fleur de farine soit pour soigner les viscères grâce à la douceur de cette bouillie soit pour ramollir de cette façon l’estomac induré. Si un homme devient lépreux à cause d’une sexualité effrénée, faire cuire de l’aigremoine dans un chaudron avec trois fois moins d’hysope que d’aigremoine et deux fois plus d’asaret que des deux autres plantes réunies. Avec cela préparer un bain, y mêler autant de sang menstruel que l’on pourra, et se plonger dans le bain. Prendre aussi de la graisse d’oie, deux fois plus de graisse de poule, ainsi qu’un peu de fiente de poule ; en faire un onguent. Au sortir du bain, s’enduire de cet onguent et se mettre au lit. Répéter souvent l’opération, jusqu’à guérison.] De même, broyer de l’aigremoine dans un mortier, puis, le soir, la mettre sur les yeux d’un homme dont la vue s’obscurcit, en attachant un linge par-dessus. Veiller à ce que la plante ne pénètre pas dans l’œil. Ce traitement atténue l’obscurcissement de la vue et clarifie les yeux.
Chapitre 115. Le dictame – De dictamno Patrologie : Dictamnus albus. Le dictame est chaud et sec. Il renferme les forces du feu et les forces de la pierre. En effet, ses forces le rendent dur comme la pierre ; et, de même qu’il y a de la chaleur dans le feu qui s’échappe de lui, de même le dictame est rempli de vertus contre les maladies sur lesquelles il l’emporte par sa force. Si un calcul de nature grasse se développe chez un homme, dès qu’il commence à se développer, réduire en poudre du dictame et manger souvent de cette poudre avec du pain de froment ; cela empêche le calcul de se développer. Si le calcul a réussi à se développer, mettre de la poudre de dictame dans du vinaigre mêlé de miel, boire souvent de cette préparation à jeun, et le calcul est réduit en morceaux. D’autre part, si on souffre du cœur, manger de la poudre préparée avec du dictame et la douleur cessera. 1. « humeur » : il s’agit de l’humeur appelée livor ; voir lexique latin. 2. L’unité de poids parfois employée par sainte Hildegarde reste vague. Le mot latin nummus qu’elle utilise, désigne de façon générale toute monnaie, et de façon particulière des pièces de peu de valeur : sesterce, drachme, puis liard, sou, centime… Il faudrait savoir à quelle monnaie elle se réfère. Il en va de même pour le poids d’une obole mentionné à la phrase précédente.
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[Si, à la suite d’une lésion en un endroit de l’un des membres, on se met à boiter, faire cuire à feu vif du dictame dans de l’eau, après avoir enlevé la partie centrale de la plante qui ressemble à un cœur. Pendant la cuisson, ajouter deux fois plus de joubarbe que de dictame et deux fois plus d’ortie brûlante que de joubarbe, puis mêler le tout. Après cuisson, enlever un peu d’eau et mettre les plantes sur l’articulation du membre malade et sur les veines du membre qui a commencé à boiter. Répéter souvent l’opération et on guérira.]
Chapitre 116. La grande camomille – De metra Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour metra, mais mention du nom de la plante, febrifuga1, dans l’édition de Schott. Identification proposée : Chrysanthemum parthenium ou Tanacetum parthenium ou Matricaria parthenium, la grande camomille. La grande camomille est chaude. Son suc est doux et constitue un onguent doux pour les viscères endoloris. Si on a les viscères endoloris, faire cuire de la grande camomille avec de l’eau et de la graisse ou de l’huile, ajouter de la fleur de farine et préparer une bouillie avec le tout. Manger de cette bouillie qui soigne les viscères. Quand les femmes ont leurs règles, qu’elles boivent et mangent de cette bouillie qui les purge paisiblement, avec douceur, de leurs humeurs2 intérieures fétides et permet d’évacuer les règles. [Si on subit une piqûre, mélanger du suc de grande camomille et du beurre de lait de vache, enduire l’endroit douloureux et on sera guéri.]
Chapitre 117. La piloselle – De musore Patrologie : Hieracium pilosella. La piloselle est froide. Si on en mange, elle fortifie le cœur et fait diminuer les humeurs mauvaises qui se sont accumulées dans un homme. Mais il ne faut pas la manger seule, sans accompagnement, car elle a trop d’âpreté. On doit lui ajouter soit un peu de dictame, soit un peu de galanga, soit un peu de zédoaire, et la manger comme il vient d’être dit [et elle fait disparaître les humeurs froides].
Chapitre 118. L’iris – De swertula Patrologie : Gladiolus communis ; édition de Schott, cité par Patrologie : Gladiola. Identification proposée : Iris germanica. L’iris est chaud et sec. Toute sa force est dans sa racine3 dont la verdeur remonte dans les feuilles. Au mois de mai, prendre le suc de ces feuilles, faire fondre du saindoux dans une poêle et lui ajouter le suc. Avec cela, préparer un onguent où apparaisse la verdeur de la plante. Enduire de cet onguent celui qui est atteint d’une petite gale, répéter souvent ce traitement et le malade sera guéri. Si on a la peau du visage dure comme de l’écorce, ou si on y a des boutons, ou encore si on a un teint maladif, exprimer le suc de ces mêmes feuilles d’iris, le verser dans un pot avec de l’eau de grands cours d’eau, comme il a déjà été dit. Faire réchauffer un peu, puis se laver le visage avec cette eau tiédie
1. « febrifuga » : la langue anglaise a le nom de feverfew pour désigner la grande camomille. 2. « humeurs » : sainte Hildegarde emploie ici le mot livor. Cf. lexique latin. 3. « racine » : sainte Hildegarde appelle « racine » le bulbe de l’iris.
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contenant le suc. Répéter souvent ce traitement qui donne une peau douce ainsi qu’un teint bon et beau. D’autre part, faire cuire du bulbe et des feuilles d’iris dans de l’eau. Puis égoutter et mettre le tout encore chaud sur la tête d’un homme atteint de frénésie qui a le cerveau malade. Attacher un linge par-dessus pour que le malade dorme avec ce cataplasme. Répéter souvent l’opération. Puis, couper en rondelles l’intérieur d’un bulbe d’iris, les adoucir avec du miel, en donner souvent à manger à cet homme atteint de frénésie dont le cerveau est malade et il sera guéri. Broyer du bulbe d’iris dans un mortier avec du bon vin, filtrer ce vin à travers un linge, réchauffer, et le donner à boire, encore chaud, à un homme qui a des calculs. Si cet homme a des difficultés à uriner par suite d’une constriction des voies urinaires, ses calculs se ramollissent et les voies urinaires qui étaient resserrées viennent à s’ouvrir. Pour traiter une lèpre récente, broyer également du bulbe d’iris et le mettre dans du lait d’ânesse de sorte que le tout se coagule. Aussitôt après, faire fondre de la graisse de porc dans une poêle où l’on ajoutera à cette graisse le bulbe broyé et le lait d’ânesse. Faire cuire à feu vif en remuant le tout. Après cuisson, filtrer à travers un linge, recueillir le liquide dans un pot pour disposer ainsi d’un onguent. Ensuite préparer du savon avec des cendres d’aulne. Celui qui est atteint d’un début de lèpre, c’està-dire quand la lèpre est encore récente en lui, doit d’abord se laver le corps avec ce savon lessive à l’endroit où il ressent la lèpre ; puis il doit enduire cet endroit avec l’onguent mentionné ci-dessus. Qu’il répète souvent ce traitement et il guérira.
Chapitre 119. Le raifort – De merrich Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour merrich, mais mention du nom de la plante, raphanum, dans l’édition de Schott. Identification proposée : Cochlearia armoracia ou Armoracia rusticana. Le raifort est chaud1. Quand, au mois de mars, toutes les plantes verdissent, à ce moment le raifort lui aussi s’adoucit, pour peu de temps toutefois. À cette époque-là, il est bon à manger pour les hommes en bonne santé et vigoureux, car il renforce en eux la verdeur des humeurs qui sont bonnes. Mais une fois qu’il s’est mis à durcir et qu’il aura une écorce solide, en manger devient dangereux car il n’a plus de verdeur et qu’alors il rend l’homme sec comme s’il mangeait du bois. Pour cette raison, il ne convient pas d’en manger, mais on peut cependant le sucer s’il a du suc et recracher le reste. Si un homme maigre et sec veut manger du raifort, il doit en manger modérément pour en retirer suffisamment de force et éviter que le raifort lui fasse du mal s’il en mangeait beaucoup, car lui-même n’a en lui que des forces modérées. Quand le raifort est vert, le faire sécher au soleil, lui ajouter un poids égal de poudre de galanga. Si on souffre du cœur, manger de cette poudre avec du pain après un repas aussi bien qu’à jeun, et on ira mieux. D’autre part, si on souffre des poumons, boire de cette poudre, soit dans du vin chaud, soit dans de l’eau chaude, après un repas aussi bien qu’à jeun, et on sera guéri.
Chapitre 120. L’hièble – De hatich Patrologie : Sambucus ebulus. L’hièble est froide et humide. Elle est contraire à la nature humaine, au point que si un homme en mangeait, ce serait dangereux pour lui. 1. « chaud » : dans l’édition de Schott, le raifort, sous son nom latin de raphanum, est qualifié de « froid ».
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Mais si on a la tête qui bouillonne comme une eau torrentueuse sous l’effet d’humeurs mauvaises, s’entourer la tête d’hièble froide et on ira mieux. Si on a une mycose des ongles des mains ou des pieds, attacher fréquemment des baies d’hièble sur ces ongles pour qu’ils soient débarrassés de leur mal ou pour qu’ils tombent et qu’en repoussent qui soient beaux.
Chapitre 121. La morelle noire – De nachtschade Patrologie : Solanum nigrum. La morelle noire est chaude et sèche. Si on a le cœur faible et malade, faire cuire à feu doux de la morelle noire dans de l’eau, la mettre encore chaude sur le cœur et on ira mieux. D’autre part, si on a mal aux dents, faire chauffer de la morelle noire dans de l’eau, et le soir, au coucher, la mettre encore chaude sur la mâchoire et sur l’endroit du maxillaire où on a mal, et la douleur cessera. Quand on a les pieds qui se mettent à gonfler, mettre de la morelle noire sur les pieds avec de l’eau légèrement chauffée, et ils cesseront de gonfler. D’autre part, si on ressent des douleurs dans la moelle des os des jambes, faire cuire de la morelle noire dans de l’eau, la mettre encore chaude autour des jambes et l’attacher avec un linge : on ira mieux.
Chapitre 122. Le souci – De ringula Patrologie : Calendula officinalis. Le souci est froid et humide. Il renferme une verdeur forte. Il est efficace contre le poison. Si on a absorbé de soi-même du poison ou si on a été empoisonné, faire cuire du souci dans de l’eau. Après avoir enlevé l’eau, mettre la plante encore chaude sur l’estomac : elle atténue la virulence du poison et permet de le recracher. Dans le même cas, on peut aussi faire chauffer sans tarder du bon vin, y mettre suffisamment de souci, et faire à nouveau chauffer le vin contenant du souci. Puisque l’on a absorbé du poison, il faut boire ce vin tiède : il fait sortir le poison soit par des écoulements nasaux, soit par des crachats. Si des bœufs ou des moutons ont mangé quelque chose de mauvais qui les fait soudainement enfler, broyer du souci, en exprimer le suc et leur mettre dans la bouche avec un peu d’eau pour qu’ils le goûtent, et ils seront guéris. D’autre part, si un bœuf ou un mouton tousse, il faut leur verser du suc de souci sans eau dans les naseaux. Bientôt, ils recrachent les humeurs mauvaises et seront guéris. Si on a des croûtes sur la tête, prendre un morceau de lard, enlever la partie molle, enlever aussi la couenne. Jeter ce qui est à côté de la couenne et prendre la partie dure. Broyer cette partie dure dans un mortier avec du souci et s’enduire souvent la tête avec cette préparation : les croûtes tomberont et la tête retrouvera sa beauté. Si on a de la gale sur la tête, prendre des fleurs et des feuilles de souci, en exprimer le suc, puis, avec ce suc, un peu d’eau, de la fleur de farine ou de la farine de seigle, préparer une pâte. Enduire toute la tête de cette pâte et la maintenir avec un linge recouvert d’un bonnet, jusqu’à ce qu’elle se réchauffe et se fende. Enlever alors la pâte et en préparer une nouvelle de la même façon, en répétant l’opération pendant neuf jours. Chaque fois qu’on enlève cette pâte de la tête, tenir prêt une lotion faite avec du suc de souci, se laver la tête, et on sera guéri.
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Chapitre 123. Le bouillon blanc – De wullena Patrologie : Verbascum thapsus. Le bouillon blanc est chaud et sec et assez froid. Si on a le cœur faible et triste, faire cuire du bouillon blanc soit avec de la viande, soit avec du poisson, soit en gâteau, sans autre plante. En manger souvent : il fortifie le cœur et le réjouit. Si on est enroué ou si on souffre de la poitrine, faire cuire du bouillon blanc et du fenouil à poids égal dans du bon vin, filtrer à travers un linge et en boire souvent : on retrouvera une voix normale et la poitrine est guérie.
Chapitre 124. La germandrée petit-chêne – De gamandrea Patrologie : Teucrium chamaedris. La germandrée petit-chêne est chaude et grasse. Elle n’est bonne à manger ou à boire ni pour les hommes ni pour le bétail. En effet, elle fait disparaître l’humeur1 et la gale, ou bien elle les évite et se porte sur le sang qu’elle amoindrit et affaiblit ; car elle amoindrit le sang et elle augmente l’infection quand elle ne parvient pas à l’enlever. Si on en prend, de quelque façon que ce soit, pour se purger de l’humeur et de l’infection qui sont restées dans le corps et pour les faire diminuer, il peut en résulter une maladie infectieuse, puisque le sang est amoindri, que l’infection est demeurée dans le corps et que, pour cette raison, la chair est affaiblie. Cependant, si on souffre d’une petite gale entre chair et peau, broyer de la germandrée petit-chêne avec du vieux saindoux, s’enduire de cet onguent et on sera guéri. Mais une fois la guérison en bonne voie, on ne doit plus s’en enduire, car ce remède est nocif pour le sang si on s’en enduit trop longtemps. L’onguent n’est pas efficace quand la gale se situe profondément dans la chair ; si on s’en enduit, cela amoindrira le sang et pourrait renvoyer l’infection à l’intérieur du corps. [Si le sang d’un homme, agité par des humeurs mauvaises, se met à couler par le fondement avec les matières fécales, il ne faut pas l’en empêcher car il constitue une purge ; mais si cet écoulement est excessif, ajouter de la germandrée petit-chêne à des légumes et à d’autres bonnes plantes, en faire un plat : cela le rétablit.]
Chapitre 125. Le bleuet – De centaurea Patrologie : Centaurea Cyanus. Le bleuet est chaud et sec. Si on a un os fracturé à quelque endroit du corps, boire souvent du bleuet ou de ses racines mélangés soit à du vin, soit à de l’eau, et l’os brisé se ressoude. Dans un tel cas, on peut aussi faire chauffer du bleuet dans de l’eau, puis, après avoir enlevé l’eau, mettre la plante encore chaude sur la fracture et l’appliquer à cet endroit : on sera guéri. Si on est paralysé par de l’arthrite au point que la langue ne parvient plus à parler ou encore que l’on perd l’usage d’un membre, mélanger de la racine et des feuilles de bleuet à de la graisse fraîche de cerf, en faire des galettes avec de la farine, et en manger souvent : l’arthrite qui le fait souffrir s’atténue. De même, si on est paralysé par de l’arthrite, boire souvent du bleuet dans du vin et l’arthrite cessera.
1. « l’humeur » : il s’agit de livor. Cf. lexique latin.
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Aquilegia vulgaris
Centaurea cyanus
Chapitre 126. La menthe pouliot – De poleya Patrologie : Mentha pulegium. La menthe pouliot a une chaleur douce. Cependant, elle est humide. [Elle renferme des propriétés des quinze plantes suivantes : la zédoaire, le clou de girofle, le galanga, le gingembre, le basilic, la grande consoude, la pulmonaire, l’aristoloche, l’achillée millefeuille, l’aurone, le polypode, l’aigremoine, le storax1, le géranium, la menthe aquatique. Et ces plantes ont toutes des propriétés fébrifuges.] Si on souffre du cerveau au point d’en perdre la raison, mettre de la menthe pouliot à cuire dans du vin, la poser encore chaude autour de la tête, attacher un linge par-dessus pour que le cerveau soit chaud, et la folie s’atténue. Si la vue s’obscurcit, exprimer du suc de menthe pouliot, en enduire le pourtour des yeux et des paupières, en évitant toutefois que le suc n’entre en contact avec l’intérieur des yeux, et l’obscurité sera dissipée. [Mais s’il entre en contact avec l’intérieur des yeux, sa force blessera leur chair.] D’autre part, prendre du fiel de coq et deux fois plus de suc de menthe pouliot, ajouter un peu de vin pur, préparer ainsi un collyre et mettre celui-ci dans une fiole. Si un jeune homme est atteint d’une maladie qui lui obscurcit la vue, ou même un homme d’âge moyen, enduire le pourtour des yeux et des paupières avec ce collyre, en faisant en sorte qu’il en pénètre un peu dans les yeux. Répéter l’opération pendant douze nuits, au coucher : le collyre enlève l’obscurité des yeux. Réduire en poudre de la menthe pouliot, mettre cette poudre dans du vinaigre et du miel à poids égal. Boire souvent de ce breuvage à jeun : il purge l’estomac et clarifie la vue. D’autre part, si on mange souvent des feuilles de menthe pouliot crues avec du sel, en ajoutant seulement ces feuilles à de la viande, on se réchauffe l’estomac si on a un estomac froid. Si l’estomac est rempli de poison, ce remède le purge et le guérit.
Chapitre 127. La pivoine – De beonia Patrologie : Paeonia officinalis. La pivoine est de feu. Elle a des vertus bénéfiques. Elle est efficace contre les fièvres tierces et les fièvres quartes. Broyer légèrement de la racine de pivoine, la mettre dans du vin et en boire souvent : ce remède chasse les fièvres tierce et quarte. Ou encore, réduire en poudre de la pivoine, mettre cette poudre dans de la farine, puis ajouter de la graisse ou de l’huile de pavot ; préparer ainsi une sorte de habim2, en manger souvent et les fièvres tierce et quarte disparaîtront. Si un homme perd l’esprit, comme s’il ne savait plus rien et demeurait en extase, tremper des graines de pivoine dans du miel et lui mettre le tout sur la langue. De cette façon, les vertus de la pivoine montent au cerveau et lui donnent des excitations, de sorte que l’homme recouvre rapidement son esprit et sa faculté de comprendre. D’autre part, si on a beaucoup de flegme dans la tête et dans la région de la poitrine, au point de cracher de nombreuses saletés et d’avoir une haleine fétide, couper de la racine de pivoine en petites rondelles, faire bouillir dans du vin, et boire souvent un peu de cette potion encore chaude : elle purge la tête et la poitrine et permet d’avoir une haleine qui sente bon. Après avoir bu ce vin, on peut faire chauffer encore du vin jusqu’à trois fois avec la même pivoine.
1. « le storax » : ou styrax, appelé aussi aliboufier ; arbre qui distille une résine odorante. Identification hypothétique d’une plante que sainte Hildegarde appelle stur. Elle lui consacre le chapitre 197. 2. « habim » : mot inconnu. Voir hypothèses dans le lexique germanique.
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De même, prendre des graines de pivoine, les tremper dans du sang de sangsue1, puis rouler sans tarder cette préparation odorante dans de la fleur de farine. Quand quelqu’un tombe, lors d’une crise d’épilepsie, mettre cette préparation dans sa bouche pendant qu’il est à terre ; faire cela chaque fois que sa maladie le fait tomber et il sera enfin guéri. Si des teignes s’attaquent aux cheveux, préparer une lotion avec de la racine et des graines de pivoine, se laver fréquemment la tête et les teignes mourront. D’autre part, mettre de la racine et des feuilles de pivoine au milieu des vêtements ; les teignes s’enfuiront et ne les abîmeront pas.
Chapitre 128. La bétoine – De bathenia Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour bathenia, mais mention du nom de la plante, Pandonia, dans l’édition de Schott. Identification proposée : Betonica officinalis ou Stachys officinalis. La bétoine est chaude. Elle présente en elle, plus que les autres plantes, des signes pour le savoir humain, de la même façon que les animaux domestiques et purs ont plus de rapports avec l’homme que les animaux sauvages. C’est pour cette raison que la tromperie du diable étend parfois son ombre sur elle ainsi que sur d’autres plantes. En effet, le diable vient à l’heure de la rosée2, c’est pourquoi il connaît aussi toutes les vertus qui sont dans les plantes. Si quelqu’un est devenu stupide et insensé au point de ne plus rien savoir, broyer de la bétoine quasiment jusqu’à ce qu’il sorte du suc, la mettre sur sa poitrine le soir et l’attacher avec un linge jusqu’au matin. Répéter souvent l’opération, il retrouvera ses esprits. Si on est régulièrement tourmenté par des rêves trompeurs, garder de la bétoine près de soi, le soir au coucher et la nuit quand on dort : on ressentira moins et on verra moins ce genre de rêves. [Si une femme souffre de règles abondantes et irrégulières, mettre de la bétoine dans du vin pour lui donner bon goût ; qu’elle en boive souvent et elle sera guérie.] Si un homme a été trompé par une femme, ou une femme par un homme, au moyen de pratiques magiques, ou bien a été victime de quelque imposture de ce genre, ou encore a été envoûté par des incantations fantastiques et diaboliques, de sorte que l’homme envoûté est fou d’amour pour la femme et la femme envoûtée est folle d’amour pour l’homme, chercher de la bétoine qui n’ait jamais servi pour un médicament ou des préparations magiques. En effet, si elle a servi à préparer quelque chose de ce genre, elle ne vaut plus rien pour les remèdes de la médecine car cette dernière est entravée par la sorcellerie. Quand on a trouvé cette bétoine, enlever les feuilles, mettre une feuille dans l’orifice de chaque narine et une feuille sous la langue, tenir une feuille dans chaque main, puis placer une feuille sous chaque pied, enfin regarder la bétoine avec insistance. Procéder ainsi jusqu’à ce que ces mêmes feuilles se réchauffent sur le corps. Répéter souvent l’opération, jusqu’à ce que la personne envoûtée aille mieux. Elle est ainsi délivrée de cette folie amoureuse, si toutefois elle n’a goûté, en mangeant ou en buvant, aucune substance aphrodisiaque, et n’en n’a pas introduit dans son corps. D’autre part, si quelqu’un, homme ou femme, sous l’effet des formules magiques, se trouve pris au piège de l’amour pour une autre personne, qu’il ait toujours de la bétoine près de lui, et il se portera
1. « sangsue » : certains traducteurs comprennent « hirondelle ». En latin classique, les deux mots se ressemblent : hirudo, génitif hirudinis : la sangsue ; hirundo, génitif hirundinis : l’hirondelle. Le texte de la Patrologie présente le mot yrudinis qui semble être le même que hirudinis. 2. « roralis » : adjectif inconnu en latin classique, peut-être formé sur ros/roris, la rosée. P. Monat traduit : le diable « a la nature de la rosée ». La traduction anglaise traduit roralis par « dewy ». M.-L. Portmann comprend roralis comme s’il y avait rationalis : le diable « est doué de raison ». Nous proposons ici une traduction en rapport avec Lucifer en tant qu’étoile du matin qui « vient à l’heure de la rosée ».
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mieux. En hiver, quand il est impossible de trouver des feuilles de bétoine pour le remède indiqué précédemment, prendre de la racine de bétoine et procéder comme il a été dit pour les feuilles. Mais personne ne doit manger de la bétoine, de quelque façon que ce soit, car, si on en mange, elle attaque les sens et l’intelligence et rend presque fou.
Chapitre 129. La patience noire – De sichterwurtz nigra Patrologie : Rumex acutus. La patience que l’on dit noire est chaude et froide. Elle est dure et âpre dans sa chaleur. Si on est atteint de maladie infectieuse et que l’on a la tête malade au point d’être privé de l’usage des sens et de l’intelligence et de perdre la raison, prendre de la patience, lui ajouter un peu moins de serpolet, broyer le tout, faire chauffer dans une poêle avec du vieux saindoux. Mettre cette préparation sur toute la tête et tout autour du cou et attacher un linge par-dessus. Répéter l’opération pendant cinq jours, une fois le matin, une fois le soir, en réchauffant le tout chaque jour. Au bout de cinq jours, préparer une lotion avec des cendres de hêtre, se laver la tête, et on sera guéri. Si toutefois on n’a pas encore retrouvé son esprit, de nouveau, pendant cinq autres jours, mettre le même onguent autour de la tête et du cou, comme il a été indiqué précédemment, et, une nouvelle fois, au bout de cinq jours, se laver la tête avec la lotion mentionnée ci-dessus. Si fort que soit l’égarement de l’esprit, ce remède le fera partir et on retrouvera l’usage de ses sens et de son intelligence.
Chapitre 130. La patience blanche – De sichterwurtz alba Patrologie : Rumex acutus. La patience blanche a la même nature, indiquée au chapitre précédent, que la patience noire, sauf que la noire est plus âcre que la blanche. La patience blanche, mélangée à du serpolet, du fenouil et du saindoux, comme il a été indiqué précédemment, chasse l’égarement de l’esprit de l’homme, comme il a été dit au chapitre précédent. Elle donne une grande efficacité aux remèdes et aux onguents auxquels on l’ajoute. Si une jeune fille n’a pas encore ses règles à l’âge normal, prendre de l’huile où on a mis des roses et de la patience blanche pour un sixième de la quantité de roses. Qu’elle se mette cette huile près de l’aine, autour du nombril, sur le pubis, qu’elle s’en enduise souvent et vigoureusement : ses règles seront libérées et s’écouleront. Mais si elle se heurte à quelque empêchement et n’a toujours pas ses règles, l’onguent mentionné précédemment fera s’écouler en elle le flux menstruel en l’atténuant de telle sorte qu’elle souffrira moins si ses règles ne viennent pas au bon moment. [Si on a des douleurs au cœur et au vobim1, broyer ensemble de la patience blanche, un tiers d’aurone, et moins de menua2 que d’aurone, puis leur ajouter du beurre de lait de vache préparé en mai : cela fait un excellent onguent. Quand on souffre du cœur, s’enduire de cet onguent à l’endroit de la douleur ; et si on a mal au vobim, se passer l’onguent autour de la gorge. Répéter souvent le traitement et on ira mieux.]
Chapitre 131. Le boucage saxifrage – De bibenella Patrologie : Pimpinella saxifraga. Le boucage saxifrage est plus froid que chaud. Il n’est pas très utile à l’homme car son suc est âcre. 1. « vobim » : mot inconnu. Une traduction anglaise traduit par « uvula » : luette ou uvule (partie du cervelet). 2. « menua » : nom de plante. Un traducteur suppose une transcription fautive pour mentha.
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Toutefois, il faut toujours en porter à son cou et on ne pourra jamais être trompé par les évocations des démons, les formules magiques, ni par des sortilèges que l’on a ni mangés, ni bus.
Chapitre 132. L’ancolie – De agleya Patrologie : Aquilegia vulgaris. L’ancolie est froide. Si on a un eczéma1, que l’on appelle aussi selega2, qui commence à se manifester, manger de l’ancolie crue, et l’eczéma disparaît. Si on a des scrofules3 qui commencent à se développer, manger souvent de l’ancolie crue et les scrofules diminuent. D’autre part, si on rejette beaucoup de flegme, tremper de l’ancolie dans du miel et en manger souvent : le flegme diminue et le remède purge de cet excès de flegme. Si on a de la fièvre, broyer de l’ancolie, filtrer son suc à travers un linge et ajouter du vin à ce suc ; en boire souvent et on ira mieux.
Chapitre 133. L’euphorbe épurge – De springwurtz Patrologie : Euphorbia lathyris. L’euphorbe épurge est froide. Elle renferme un suc peu abondant et âcre. Consommée seule, elle n’est pas très bénéfique pour l’homme. En effet, si quelqu’un la mangeait seule, sans rien d’autre, elle ferait des ravages à l’intérieur de son corps, car elle le traverserait en mettant sa santé en péril. Toutefois, si on veut se purger légèrement, prendre de la cannelle et de la réglisse à poids égal, les réduire en poudre, et rouler cette poudre avec un peu de fleur de farine dans du suc d’euphorbe épurge, en formant des morceaux de la taille d’une fève. Les faire sécher au soleil ou au four et, le matin, en prendre pour le poids de cinq, neuf ou quinze pièces : on sera purgé en douceur. Mais ensuite, comme il est juste, on se surveillera pour la nourriture et la boisson.
Chapitre 134. Le myosotis – De frideles Patrologie : Myosotis scorpioides. Autre appellation : Myosotis palustris. Le myosotis ne renferme ni une bonne chaleur, ni un bon froid. Il ne détient aucune propriété utilisable par l’homme. C’est une mauvaise herbe qui ne vaut rien pour la médecine. Si un homme en mangeait, il lui serait plus nocif que bénéfique.
Chapitre 135. Le fenouil des Alpes – De ber(w)urtz Patrologie : Athamanta meum. Autre appellation : Meum athamanticum. Le fenouil des Alpes est chaud. Il renferme une verdeur sèche. Si on a de fortes fièvres brûlantes, réduire en poudre du fenouil des Alpes, manger cette poudre avec du pain, à jeun et après un repas, et on ira mieux. 1. « eczéma » : voir lexique germanique à freischlich et freyslich. 2. « selega » : mot inconnu. 3. « scrofules » : ou écrouelles.
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D’autre part, si on a de l’arthrite, manger souvent de cette poudre et l’arthrite cessera. Si on a la jaunisse, broyer dans du vinaigre de la racine de fenouil des Alpes quand la plante est verte, et manger de cette préparation. Puis, avec ce même vinaigre, préparer un bouillon et en consommer souvent : on sera guéri.
Chapitre 136. La rue des murailles – De stembrecha Patrologie : Asplenium ruta muraria. La rue des murailles est froide. Elle renferme des forces vigoureuses. Il n’est pas utile d’en manger pour un homme dont le corps est fragile, car elle serait trop forte pour son corps. Mais lorsque des mucosités1 se coagulent dans l’estomac, la vessie ou dans un autre endroit du corps d’un homme et deviennent dures comme de la pierre, broyer des graines de rue des murailles dans de l’eau, en boire souvent après avoir mangé, mais pas à jeun. Quand on boit de cette préparation, elle brise ce qui, en l’homme, est dur et résistant comme de la pierre : de cette façon, l’homme sera guéri. Si on a la jaunisse, broyer ces graines dans du vin, laisser tremper un moment dans le vin, puis en boire souvent après avoir mangé et la jaunisse disparaîtra. En effet, elle provient d’un excès de fiel et fait naître souvent en l’homme des substances dures comme de la pierre.
Chapitre 137. L’ugera – De ugera Patrologie : pas d’indication. Plante non identifiée. L’ugera est très chaude. Elle renferme une certaine acidité. Cette acidité est très forte, au point de détruire des ulcères importants et graves. Pour cela, broyer de l’ugera dans un mortier, ajouter un peu d’huile d’olive et mettre cette préparation [froide] sur l’ulcère. Si on n’a pas d’huile d’olive, ajouter un peu de graisse de cerf, faire chauffer dans une poêle et laisser refroidir. Ensuite, mettre la préparation froide sur la plaie ; la force de la plante rend l’infection inoffensive et la fait sortir de l’ulcère qui est guéri. D’autre part, si on a de grands ulcères rougeâtres, broyer de l’ugera, lui ajouter soit de l’huile d’olive, soit de la graisse de cerf, comme il a été dit plus haut, mettre la préparation sur les ulcères : cela fait sortir l’infection. Mais quand ces mêmes ulcères se sont mis à rougir, supprimer l’ugera, et préparer un cataplasme2 de chanvre avec de l’huile d’olive ou de la graisse de cerf ; le mettre sur les ulcères qui seront guéris car désormais l’infection en est sortie. De plus, faire tremper de la racine d’ugera dans du vinaigre, mettre cette préparation, pendant la nuit, à l’endroit où des verrues ont commencé récemment à se développer et attacher un linge par-dessus. Répéter souvent le traitement et les verrues disparaîtront.
1. « mucosités » : il s’agit de l’humeur que sainte Hildegarde appelle slim. Cf. lexique germanique. 2. « cataplasme » : traduction possible, mais hypothétique pour un des mots inconnus de sainte Hildegarde : beneduch. Cf. lexique germanique.
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Chapitre 138. La chélidoine – De grintwurtz Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour grintwurtz, mais mention du nom de la plante, Chelidonia, dans l’édition de Schott. Identification proposée : Chelidonium majus. La chélidoine est très chaude. Elle est vénéneuse, car elle contient un suc renfermant de la pituite1. Elle renferme un suc si noir et si âcre qu’elle ne peut rien apporter de bon pour la santé de l’homme ; car si d’un côté elle donnait la santé à l’homme, d’un autre côté elle lui nuirait encore plus à l’intérieur de son corps. En effet, si on en mange ou si on en boit, elle provoque des ulcères et des lésions internes. C’est pourquoi, parfois, elle rend douloureuses pour un homme à la fois la défécation et la digestion et les empêche de se faire sainement. Mais si on mange, si on boit ou si on touche quelque chose de sale, et que cela provoque des ulcères sur le corps, prendre de la vieille graisse, lui ajouter suffisamment de suc de chélidoine, broyer le tout et faire fondre dans une poêle. Puis s’enduire de ce suif et on est guéri.
Chapitre 139. La livèche – De lubestuckel Patrologie : Ligusticum levisticum. Autre appellation : Levisticum officinale. La livèche est de chaleur équilibrée. Si on la mange crue, elle affecte l’homme dans sa nature même qu’elle affaiblit ainsi. Mais si on la mangeait cuite, seule et sans autre accompagnement, elle rendrait pesant et atone de corps et d’esprit. Par contre, si on la fait cuire avec d’autres accompagnements, elle ne fait pas beaucoup de mal à celui qui en mange. Si un homme a des ganglions enflammés au cou, au point que les veines de son cou sont enflées, prendre de la livèche, un peu plus de lierre terrestre, et faire cuire le tout dans de l’eau. Égoutter et mettre les plantes chaudes sur le cou, car les veines de son cou sont distendues de façon excessive : il sera guéri. [Si, pour expectorer, on a des quintes de toux, au point que la poitrine commence à faire mal, prendre de la livèche et de la sauge en quantité égale, et deux fois plus de fenouil que les deux autres plantes réunies. Mettre le tout dans du bon vin jusqu’à ce que le vin prenne le goût des plantes, puis enlever celles-ci, faire réchauffer le vin et le boire chaud après avoir mangé, jusqu’à ce qu’on soit guéri. Mais si la toux est peu importante, boire cette boisson sans la faire réchauffer, puisque la douleur est légère. Mais si la douleur est forte, il faut boire ce vin chaud jusqu’à ce qu’elle s’adoucisse et disparaisse. Si un cheval a un rhume avec écoulement nasal et que cela le fasse tousser, si on veut l’en débarrasser, prendre de la livèche et un petit peu moins d’ortie brûlante. Les faire cuire dans de l’eau, puis les égoutter et, après lui avoir mis un mors, faire passer la vapeur encore chaude par ses naseaux et sa bouche, et il sera guéri. D’autre part, si un cheval souffre du ventre comme s’il avait été mordu, prendre de la livèche, et un peu moins d’ortie brûlante. Mélanger souvent ces plantes à son fourrage pour faire en sorte qu’il les mange, et il sera guéri.]
1. « pituite » : il s’agit de l’humeur que sainte Hildegarde appelle slim. C’est, depuis Hippocrate, une des quatre humeurs des anciens : sang, pituite, bile jaune, bile noire. Cf. lexique germanique à slim.
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Chapitre 140. Le lierre – De ebich Patrologie : Hedera helix Le lierre est plus froid que chaud. Comme de la mauvaise herbe, il n’est pas bon à manger pour l’homme. Mais si quelqu’un a la jaunisse, faire chauffer du lierre dans une poêle avec de la graisse de cerf ou du vieux saindoux et mettre le tout encore chaud sur l’estomac. La jaunisse passe dans la plante, si bien que la peau apparaîtra jaunâtre à l’extérieur. Quand on aura mis la plante sur l’estomac, comme il a été dit précédemment, broyer sans tarder du cresson de fontaine dans de l’eau froide, filtrer à travers un linge et donner à boire cette potion froide. La jaunisse est chassée et le malade sera guéri. [Si une femme a des règles abondantes et irrégulières, il lui faut faire cuire du lierre dans de l’eau, et le mettre encore chaud autour des cuisses et du nombril ; le froid du lierre s’oppose au flux anormal. De plus, si, chez un homme, la membrane qui enveloppe les intestins vient à se fendre accidentellement, faire cuire du lierre dans du bon vin avec deux fois plus de grande consoude. Après cuisson, retirer les plantes du vin, puis mettre dans ce vin un peu de poudre de zédoaire, autant de sucre qu’il y avait de lierre, et suffisamment de miel cuit. Faire à nouveau bouillir légèrement et passer dans un filtre pour obtenir une boisson pure en quelque sorte. En boire après les repas ainsi que le soir, et répéter souvent ce traitement. Quant aux herbes cuites dans le vin, comme il a été dit précédemment, il faut les attacher encore chaudes sur l’endroit où la membrane intérieure s’est rompue, et elles refermeront les fissures. Couper aussi de la racine de grande consoude en petits morceaux, les mettre dans du vin pour qu’il en prenne le goût, et boire souvent de ce vin jusqu’à guérison.]
Chapitre 141. La guimauve – De ybischa Patrologie : Althaea officinalis. La guimauve est chaude et sèche. Elle est efficace contre les fièvres. Si on a de la fièvre, de quelque sorte qu’elle soit, broyer de la guimauve dans du vinaigre, en boire le matin à jeun et le soir, et la fièvre, quelle qu’en soit la nature, cessera. Si on a mal à la tête, prendre de la guimauve, ajouter un peu moins de sauge, les broyer ensemble, et leur mêler un peu d’huile d’olive. Puis en faire chauffer près du feu le contenu d’une main, l’appliquer seulement sur le front en l’y attachant avec un linge ; ensuite, aller dormir et on se portera mieux.
Chapitre 142. La valériane – De denemarcha Patrologie : Valeriana officinalis. La valériane est chaude et humide. Si on souffre de pleurésie ou d’arthrite, réduire en poudre de la valériane, ajouter à cette poudre un peu moins de poudre de cataire, puis en faire des galettes avec de la farine et de l’eau. Ou bien faire des gâteaux dans une poêle avec de la graisse et y mélanger les poudres précédentes. En manger souvent : la pleurésie et l’arthrite cesseront, si bien qu’on se portera mieux.
Chapitre 143. La cataire – De nebetta Patrologie : Nepeta cataria. La cataire est chaude.
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Si on a des scrofules1 dans le cou, avant qu’elles ne s’ouvrent, réduire en poudre de la cataire et manger souvent de cette poudre soit avec du pain, soit dans une purée, soit dans des gâteaux, et les scrofules disparaîtront. Si les scrofules s’ouvrent, mettre dessus de jeunes feuilles de cataire crues, et les scrofules sécheront.
Chapitre 144. Le bec-de-grue – De cranchsnabel Patrologie : Erodium cicutarium. Le bec-de-grue est très chaud. Il renferme un peu d’humidité. Il a en lui quasiment les forces des épices. Prendre donc du bec-de-grue, moins de pyrèthre que de bec-de-grue, moins de noix de muscade que de pyrèthre, réduire le tout en poudre et mélanger. Si on souffre du cœur, manger cette poudre avec ou sans pain, en la léchant sur sa main, et on ira mieux. En effet, cette poudre est la meilleure pour la santé du cœur. Si on a un rhume, se mettre cette même poudre dans les narines et faire pénétrer son odeur à l’intérieur. Le rhume se dissipera en douceur ; il disparaît rapidement et sans danger pour l’homme. Si on tousse et que l’on a la poitrine oppressée, faire des gâteaux dans une poêle avec de la farine et la poudre mentionnée précédemment, après avoir ajouté de la graisse ou du beurre en manger souvent à jeun et après les repas. La toux et l’oppression se dissipent en douceur et prennent fin ; ainsi le malade ira mieux. Si on souffre de la poitrine, au point d’en avoir la poitrine oppressée, ou si on souffre de la gorge, au point d’en perdre la voix, boire de cette même poudre dans du vin chaud : la poitrine et la gorge iront mieux. D’autre part, si on a mal à la tête, ajouter à cette poudre du sel raffiné ou du sel brut, la manger avec du pain ou la lécher dans sa main, et on ira mieux.
Chapitre 145. La grande consoude – De consolida Patrologie : Symphytum officinale. La grande consoude est froide. Si on en mange inconsidérément, elle détruit toutes les humeurs qui occupent en l’homme la place qui leur revient. Mais si on a un membre abîmé, présentant des ulcères ou une blessure, quand on mange de la grande consoude, celle-ci se porte sur l’humeur qui sort de ce mal. Elle soigne les ulcères et cette humeur à la surface, sur la peau, mais pas à l’intérieur, dans la chair. Elle agit comme lorsque l’on jette des pierres dans un grand fossé pour empêcher l’eau de s’écouler au-dehors en obstruant l’évacuation ; ainsi, quand l’eau ne peut s’écouler, la vase2 se dépose au fond. De la même façon, les parasites et tout ce qui est mauvais resteront au fond, puisqu’ils sont empêchés de s’écouler au-dehors. Ainsi, la grande consoude, consommée inconsidérément et si on n’en fait pas un bon usage, guérit les ulcères à l’extérieur et renvoie toute l’infection à l’intérieur.
1. « scrofules » : ou écrouelles (autre appellation). 2. « la vase » : traduction hypothétique de licus, mot difficile à identifier. Il s’agit sans doute d’une coquille pour limus, « limon », « vase ».
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Helleborus niger
Arnica montana
Chapitre 146. L’aristoloche – De byverwurtz Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour byverwurtz, mais mention du nom de la plante, Rustica, dans l’édition de Schott. Identification proposée : Aristolochia clematitis. L’aristoloche est chaude, un peu froide. Réduire en poudre de la racine et des feuilles d’aristoloche, peser de la poudre de pyrèthre pour la moitié du poids de poudre d’aristoloche, ajouter autant de cannelle en poudre et mélanger le tout. Prendre de ce mélange chaque jour avec du pain, ou bien en boire avec du vin chaud, ou en manger dans une soupe, et on n’aura jusqu’à la mort aucune maladie importante et durable. Que personne ne s’abstienne de prendre la poudre ainsi préparée. En effet, si on est en bonne santé et que l’on en mange tous les jours, on ne sera pas malade et alité pendant longtemps. Quant au malade, il recouvrera la santé s’il mange de cette poudre. D’autre part, on peut conserver cette poudre intacte pendant un an1. Il faut la mettre dans un vase neuf et sec en terre cuite, mettre ce vase dans la terre et l’en recouvrir une fois bien fermé. Tu auras ainsi à ta disposition les propriétés qui te sont utiles. L’aristoloche (édition de Schott) Note de la Patrologie : le texte de ce chapitre est défectueux et corrompu dans notre manuscrit. Nous le restituons d’après l’édition de Schott : L’aristoloche est chaude, de façon bien équilibrée. Si on veut être en bonne santé, réduire en poudre de la racine et des feuilles d’aristoloche, ajouter de la poudre de pyrèthre pour la moitié du poids de poudre d’aristoloche, y mêler de la cannelle en poudre pour la moitié du poids de poudre de pyrèthre. Prendre de cette préparation chaque jour avec du pain, ou dans une bouillie, ou bien en boire avec du vin chaud, et on n’aura jusqu’à la mort aucune maladie importante et durable. Que personne ne s’abstienne de prendre de cette poudre. En effet, si on est en bonne santé et que l’on en mange tous les jours, on ne sera pas malade et alité pendant longtemps. Quant au malade, il recouvrera la santé s’il mange de cette poudre. D’autre part, pour pouvoir conserver cette poudre intacte pendant un an, il faut la mettre dans un vase neuf en terre cuite, tenir le vase bien fermé et le recouvrir de terre. Tu conserveras ainsi les propriétés de cette préparation.
Chapitre 147. La potentille ansérine – De grensing Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Potentilla anserina. La potentille ansérine est une mauvaise herbe. Elle est sans valeur pour la santé de l’homme. Si un homme en mangeait, elle ne lui ferait ni bien ni mal.
Chapitre 148. La parnassie des marais – De morkrut Patrologie : Parnassia palustris. La parnassie des marais est un aliment pour l’homme. Elle ne lui fait ni bien ni mal pour sa santé ; mais, quand on en mange, elle emplit le ventre.
1. « pendant un an » : le texte dit per pannum, « à travers un linge ». Il s’agit vraisemblablement d’une coquille pour per annum. Cette coquille pourrait provenir du fait que le groupe per pannum est fréquent dans cet ouvrage où il représente une opération de filtrage des remèdes. L’édition de Schott confirme la lecture per annum.
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Chapitre 149. La potentille ansérine – De gensekrut Patrologie : Potentilla anserina. La potentille ansérine est froide. C’est une mauvaise herbe. Elle n’apporte aucun bien pour la santé de l’homme, si on en mange ; elle lui fait plus de mal que de bien.
Chapitre 150. La graine de lin – De linsamo Patrologie : Linum usitatissimum. Le texte de ce chapitre est présenté dans la Patrologie de la façon suivante : « La graine de lin est chaude, » etc., comme ci-dessous au chapitre 194, La graine de lin, où sont dites beaucoup de choses qui font défaut ici. Le lecteur est donc renvoyé au chapitre 194.
Chapitre 151. Le mouron des oiseaux – De hunsdarm Patrologie : Alsine media, autre appellation Stellaria media. Le mouron des oiseaux est chaud. C’est une mauvaise herbe. Si un homme est victime d’une chute ou a été frappé à coups de gourdin, au point que sa peau en porte des meurtrissures, [en a des taches diverses], faire cuire du mouron des oiseaux dans de l’eau. Après avoir enlevé l’eau, mettre souvent la plante encore chaude sur l’endroit atteint par la chute ou par les coups, attacher un linge par-dessus : le mouron chasse les humeurs1 qui se sont rassemblées sur la blessure.
Chapitre 152. L’hellébore noir – De nyesewurtz Patrologie : Helleborus niger. L’hellébore noir est chaud et sec, et un peu humide. Il a, d’autre part, une verdeur qui est utile. Si on souffre d’arthrite ou aussi de jaunisse, broyer de l’hellébore noir, filtrer son suc à travers un linge et l’ajouter à du vin. Dans le cas de l’arthrite, boire souvent de ce remède à jeun ; dans le cas de la jaunisse, [le mal royal2], en boire souvent après un repas : on sera guéri. D’autre part, faire cuire de l’hellébore noir dans du vin en ajoutant du miel, filtrer à travers un linge, en boire après un repas et le soir, au coucher. Répéter souvent le traitement, il entraînera la guérison. Il adoucit et soulage la poitrine, purge l’estomac, amoindrit tout ce qui est infecté et fétide à l’intérieur du corps.
Chapitre 153. L’herbe à la goutte ou l’herbe aux goutteux – De herba gicht Patrologie : pas d’indication. La plante appelée « herbe à la goutte » est très chaude et renferme de la verdeur.
1. « les humeurs » : il s’agit du mot livor, humeur noirâtre ou bleuâtre qui provoque les bleus résultant d’un choc. 2. « le mal royal » : expression employée dans l’édition de Schott et citée par la Patrologie. Cette expression (regius morbus) désigne la jaunisse en latin classique.
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Si on souffre de l’estomac, broyer modérément cette plante et ses graines, faire cuire dans du vin avec un peu de miel, filtrer à travers un linge et boire cette préparation chaude. Si on veut prévenir les maux d’estomac, boire souvent de cette boisson froide et on maintiendra l’estomac en bonne santé. D’autre part, si on a de fréquents accès d’arthrite, broyer cette plante avec sa semence, ajouter de la graisse d’ours, ainsi que de l’huile d’olive, pour un tiers de la graisse d’ours. Faire cuire le tout dans de l’eau et préparer un onguent. Enduire les endroits douloureux ; l’onguent passe aussitôt à travers la peau du malade, de sorte que le déchaînement1 de cet accès d’arthrite s’apaisera.
Chapitre 154. La verveine – De ysena Patrologie : Verbena officinalis. La verveine est plus froide plus que chaude. Quand on a les chairs infectées soit à cause d’ulcères, soit par des parasites, faire cuire de la verveine dans de l’eau. Ensuite, mettre un tissu de lin sur les plaies infectées ou sur les endroits infestés par les parasites ; après avoir enlevé un peu d’eau de cuisson, placer la verveine tiède sur le tissu de lin déposé sur les chairs infectées. Quand la verveine est sèche, en mettre de la nouvelle, cuite de la même façon, et procéder ainsi jusqu’à ce que l’infection soit enlevée. D’autre part, si on a un abcès à la gorge, faire réchauffer légèrement de la verveine dans de l’eau, mettre la plante tiède sur la gorge et l’attacher avec un linge. Répéter le traitement jusqu’à ce que l’abcès disparaisse.
Chapitre 155. La sarriette – De satereia Patrologie : Satureia hortensis. La sarriette est plus chaude que froide. Si on souffre d’arthrite, au point d’avoir les membres toujours déformés, réduire en poudre de la sarriette. À cette poudre, ajouter de la poudre de cumin et davantage de poudre de sauge. Mélanger ces poudres dans une boisson au miel, en boire souvent après les repas et on ira mieux.
Chapitre 156. L’arnica – De wolfesgelegena Patrologie : Arnica montana. L’arnica est très chaud. Il renferme une chaleur vénéneuse. Quand un homme ou une femme brûle de désir amoureux, si quelqu’un les touche, lui ou elle, sur la peau avec de l’arnica encore vert, ils brûleront d’amour pour cette personne. Puis, lorsque cette plante sera desséchée, l’homme ou la femme qui ont été touchés par la plante, deviendront presque fous sous l’effet de l’amour qui les a consumés, au point d’en rester stupides par la suite.
Chapitre 157. Le mouron des oiseaux – De syme Patrologie : Stellaria media. Le mouron des oiseaux est froid. 1. « le déchaînement » : sainte Hildegarde emploie le mot « tempête » (tempestas). Elle utilise souvent ces correspondances entre la nature (macrocosme) et l’être humain (microcosme).
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Si des asticots ou des vers rongent un homme, réduire en poudre du mouron des oiseaux près du feu et mettre cette poudre sur l’ulcère. Les vers et les asticots mourront.
Chapitre 158. Le jonc – De junco Patrologie : pas d’indication. Identification : Juncus sp. Le jonc n’est ni vraiment chaud ni vraiment froid, mais il est tiède. C’est pourquoi il est sans valeur pour des médicaments.
Chapitre 159. Le muguet – De meygilana Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Convallaria maialis. Le muguet est froid. Il possède le même froid que la terre quand elle transforme les fleurs en fruits. Si, chez un homme, commencent à se développer des scrofules ou de l’eczéma ou un ulcère qui renferme du poison, il faut manger souvent du muguet à jeun et ces maux disparaissent. D’autre part, si on souffre d’épilepsie, [du mal royal1], manger souvent du muguet. Quand un homme tombe à terre à cause de cette maladie, il faut lui mettre de cette plante sous la langue, il se relèvera d’autant plus vite et sa souffrance s’allégera.
Chapitre 160. La potentille tormentille – De dornella Patrologie : Potentilla tormentilla. La potentille tormentille est froide. Ce froid est bon et sain, il est efficace contre les fièvres causées par des aliments nocifs. Prendre donc de la potentille tormentille, la faire cuire dans du vin en ajoutant un peu de miel, puis filtrer à travers un linge. En boire souvent le soir, à jeun, et on sera guéri de la fièvre.
Chapitre 161. La sauge sclarée – De scharleya Patrologie : Salvia sclarea. La sauge sclarée est chaude. Elle est efficace contre le poison. Si on a absorbé du poison, faire cuire de la sauge sclarée avec un peu de rue, après avoir ajouté un peu de miel. Après cuisson, ajouter un peu de stramoine2, filtrer à travers un linge, et en boire trois fois, après les repas. Le poison sortira du malade soit par des vomissements, soit par excrétion, à moins que le poison soit si puissant qu’il entraîne la mort. Si on a l’estomac si faible qu’il est facilement intoxiqué par les aliments, prendre de la sauge sclarée, un tiers de menthe pouliot, un quart de fenouil, faire cuire le tout dans du bon vin après avoir ajouté un peu de miel, et filtrer à travers un linge. En boire souvent après les repas et le soir : l’estomac sera soigné en douceur ou purgé et on retrouvera l’appétit.
1. « mal royal » : regius morbus, expression de l’édition de Schott, insérée entre crochets par la Patrologie. Cette expression désigne la jaunisse, en latin ; l’épilepsie est désignée par caducus morbus, le mal caduc (« qui fait tomber ») 2. « stramoine » : Datura stramonium ou « pomme épineuse », « herbe des magiciens », « herbe aux sorcières », « pommepoison », etc. Plante de la famille des solanacées.
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Si on a mal à la tête, faire cuire de la sauge sclarée dans de l’eau, puis, après l’avoir égouttée, mettre la plante encore chaude autour de la tête qu’on recouvrira d’un linge pour aller dormir. L’amélioration suivra.
Chapitre 162. Le géranium des prés – De storcksnabel Patrologie : Geranium pratense. Le géranium des prés est plus froid que chaud. Il est efficace contre les calculs. Si on a un calcul dans le corps, prendre du géranium des prés, une quantité moindre de saxifrage, faire cuire dans de l’eau et filtrer à travers un linge. Puis préparer un bain chaud [et y entrer], faire cuire de l’avoine dans de l’eau et verser l’eau de cuisson de l’avoine sur des pierres chauffées au feu. Une fois que l’on aura ainsi transpiré, boire, en restant dans le bain, l’eau de cuisson du géranium des prés et de la saxifrage, et le calcul sera dissous en douceur. Si on a le cœur affligé et que l’on est toujours triste, prendre du géranium des prés, une quantité moindre de menthe pouliot, moins de rue que de menthe pouliot. Réduire le tout en poudre, manger souvent de cette poudre avec du pain : le cœur sera réconforté et joyeux.
Chapitre 163. La benoîte – De benedicta Patrologie : Geum urbanum. La benoîte est chaude. Si quelqu’un en prend dans une boisson, elle l’enflamme de désir amoureux. Si on manque de forces dans tout le corps, faire cuire de la benoîte dans de l’eau et boire souvent de cette eau encore chaude : le corps retrouvera ses forces. Mais une fois que l’on ira mieux, il faut éviter d’en prendre.
Chapitre 164. La garance – De riza Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour riza, mais mention du nom de la plante, rubea, dans l’édition de Schott. Identification proposée : Rubia tinctorum. La garance est froide. Elle est efficace contre la fièvre. Si on a de la fièvre et que l’on éprouve du dégoût pour la nourriture, faire cuire de la garance dans de l’eau à feu doux, retirer la plante de l’eau et boire cette eau encore chaude, matin et soir. En outre, prendre la plante cuite dans cette eau et la mettre encore chaude sur l’estomac pendant un court moment. Répéter le traitement pendant trois jours et les fièvres cesseront. [D’autre part, si on souffre de fièvres quartes, faire cuire dans du vin de la garance et des ronces à poids égal, ainsi que trois fois autant d’épurge que les deux autres plantes réunies. Verser ensuite du très bon vin clairet, y plonger de l’acier chauffé au feu, répéter dix fois l’opération. Puis prendre le vin qui a cuit avec les plantes mentionnées plus haut et le verser dans celui où l’on a plongé la pierre. Les faire bouillir ensemble une fois et en boire pendant un accès de fièvre jusqu’à ce qu’on soit guéri.]
Chapitre 165. Le lichen – De musetha Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : lichen, Cetraria islandica ? Le lichen est plus chaud que froid. | 93
Si on l’ajoute à des onguents, quels qu’ils soient, il les rend bien meilleurs et plus efficaces. Mais à lui seul, il n’a pas grande valeur comme médicament.
Chapitre 166. La tormentille – De birckwurtz Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Potentilla erecta. La tormentille est plus froide que chaude. Si on a des humeurs surabondantes et toxiques, prendre de la tormentille, qui est la sanguinaire1, et deux fois plus d’euphorbe réveille-matin. Broyer le tout pour en exprimer le suc, mettre celui-ci dans un vase en terre cuite et verset par-dessus un bon vin clairet. Si on en prend après les repas et au coucher pendant quinze jours, cela fera du bien pendant toute l’année, car cette potion fait diminuer en l’homme les humeurs surabondantes et toxiques.
Chapitre 167. L’impératoire – De astrencia Patrologie : Astrantia Ostruthium. Autre appellation : Peucedanum ostruthium. L’impératoire est chaude. Elle est efficace contre les fièvres. Si on souffre de fièvres, quelle qu’en soit la nature, prendre de l’impératoire et la broyer modérément. Quand elle est ainsi broyée ou écrasée, verser sur la plante, de façon à la recouvrir, la moitié d’un pichet de vin. Conserver le tout pendant une nuit, puis, le lendemain matin, ajouter à nouveau du vin et en boire ainsi à jeun. Répéter ce traitement pendant trois jours ou pendant cinq jours et on sera guéri. [Si on ne peut pas digérer, prendre du suc d’aristoloche longue, pour un poids de deux pièces de monnaie, du suc de boucage, pour le poids d’une pièce, du suc de garou, pour le poids d’une obole, et le même poids de gingembre. Mélanger tous ces sucs avec de la fleur de farine, faire des galettes de la largeur d’une pièce, mais assez épaisses, et les faire cuire au soleil ou dans un four presque froid. Quand on est atteint de la maladie mentionnée plus haut, si, à l’intérieur du corps, on a une chaleur telle que les aliments y sont brûlés, prendre une de ces galettes le matin à jeun. Ou bien, si le froid à l’intérieur du corps est tel que les aliments y sont gelés et comprimés par le froid, prendre deux ou trois galettes le matin à jeun. Par la suite, la nourriture que l’on mange en premier doit être du jus ou des bouillies, puis d’autres aliments, bons et agréables, jusqu’à ce qu’on se sente l’estomac libéré.]
Chapitre 168. La renouée poivre d’eau – De ertpeffer Patrologie : Polygonum hydropiper. Autre appellation : Persicaria hydropiper. La renouée poivre d’eau est froide. Elle pousse à partir de l’air lumineux. Si on a de la fièvre, prendre suffisamment de renouée poivre d’eau, la laisser toute une nuit dans du bon vin, puis enlever la plante. Faire chauffer le vin avec de l’acier passé au feu, en boire le matin à jeun et le soir au coucher. Procéder ainsi jusqu’à ce qu’on se sente en bonne santé.
1. « la sanguinaire » (blutwurtz dans le texte) : c’est l’appellation courante de plusieurs plantes dans les langues européennes. Ainsi l’anglais bloodwort peut désigner la tormentille, mais aussi l’achillée millefeuille et d’autres plantes encore. L’allemand blutwurtz peut désigner la tormentille, mais aussi le géranium pourpré (Geranium sanguineum), etc. Cette pluralité de sens se retrouve en français pour le nom botanique sanguinaire.
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Chapitre 169. La ronce – De brema Patrologie : Rubus cæsius et fructicosus. La ronce, sur laquelle poussent les mûres, est plus chaude que froide. [Si on a des douleurs à la langue, soit parce qu’elle se met à enfler, soit parce qu’elle présente des ulcères, il faut pratiquer une brève incision sur la langue avec une épine de ronce ou avec une petite lancette, pour en faire sortir l’humeur1. D’autre part, si on a mal aux dents, pratiquer la même opération sur les gencives, et on ira mieux.] Si des parasites rongent quelqu’un, réduire en poudre de la ronce et la mettre sur l’endroit où les parasites rongent la chair de cet homme ou la chair d’un animal. Les parasites mourront et le malade sera guéri. D’autre part, si on souffre des poumons et qu’on a la poitrine prise, prendre du pyrèthre, moins de feuilles de ronce que de pyrèthre, moins d’hysope que de ces feuilles de ronce et moins d’origan que de ces diverses plantes. Ajouter du miel, faire cuire à feu vif dans du bon vin, puis filtrer à travers un linge. En boire un peu après un repas léger, en boire suffisamment après un gros repas. Répéter souvent ce traitement : les poumons retrouveront la santé et les mucosités2 seront chassées de la poitrine. La mûre, le fruit qui naît sur les ronces, ne fait de mal ni au bien portant ni au malade et se digère facilement. Mais il ne renferme pas de propriétés médicinales.
Chapitre 170. Le fraisier – De erperis Patrologie : Fragaria vesca. La plante sur laquelle naissent les fraises est plus chaude que froide. Si on en mange, elle donne de la pituite3 et n’a pas de valeur médicinale. Ses fruits aussi, les fraises, donnent comme de la pituite chez l’homme qui en mange. Elles ne sont bonnes à manger ni pour un homme en bonne santé ni pour un malade, car elles poussent au ras de la terre et aussi dans un air putride.
Chapitre 171. La myrtille – De walt beris Patrologie : Vaccinium myrtillus. La plante sur laquelle naissent les myrtilles, qui sont des baies noires, renferme un très grand froid au moment où le froid commence à céder la place à la chaleur, de sorte que l’humeur du froid qui provient de la terre et des pierres fait plus de mal que de bien. Elle est sans valeur pour des remèdes et son fruit est nocif pour celui qui en mange, parce qu’il lui donne de l’arthrite4.
1. « l’humeur » : il s’agit du livor. Cf. lexique latin. 2. « les mucosités » : il s’agit du slim, une des humeurs, chez sainte Hildegarde. Cf. lexique germanique. 3. « la pituite » : il s’agit de l’humeur que sainte Hildegarde appelle slim, mot qui peut désigner aussi les mucosités et les glaires qui accompagnent cette humeur. Cf. lexique germanique. 4. « l’arthrite » : ou, plus particulièrement, la goutte. Cf. lexique germanique à gicht.
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Chapitre 172. Les champignons – De fungis Les champignons qui naissent sur la terre, quelle que soit leur espèce, sont comme l’écume et comme la sueur de la terre. Ils font un peu de mal à l’homme qui en mange car ils font venir en lui de la pituite1 et de l’écume. Cependant les champignons qui naissent dans un air sec et sur une terre sèche sont plus froids que chauds et sont bien meilleurs que ceux qui naissent dans un air humide et sur une terre humide ; mais on ne trouve pas en eux beaucoup de propriétés pour la médecine. Les champignons qui naissent dans un air humide et sur une terre humide, ne sont ni pleinement chauds ni pleinement froids, mais tièdes. Si quelqu’un en mange, ils provoquent en lui, une humeur mauvaise. Il n’existe pas en eux beaucoup de vertus médicinales. Les champignons qui poussent sur des arbres, que ces derniers soient dressés ou qu’ils gisent à terre, font une assez bonne nourriture pour l’homme, comme des plantes potagères. Ils font moins de mal à celui qui en mange et parfois même on peut les utiliser pour des remèdes. Le champignon qui pousse sur le noyer ne renferme ni une bonne chaleur, ni un bon froid mais de la torpeur. Il n’est pas bon à manger, car il provoque en l’homme…2 Mais si des parasites apparaissent chez un homme, avant qu’ils ne deviennent vivaces, prendre du champignon qui pousse sur le noyer, quand il est nouveau, c’est-à-dire quand il vient d’être séparé de l’arbre. Ensuite, le tenir au-dessus d’une eau bouillante, pour qu’il devienne chaud et humide et le mettre ainsi, fréquemment, sur la grosseur où les parasites commencent à se développer, et ceux-ci disparaîtront. Mais si ces parasites se sont développés au point d’être vivaces, faire sécher ce champignon dans un four chaud sans ses braises, puis le réduire en poudre, mettre souvent de cette poudre sur la plaie et les parasites mourront. Le champignon qui pousse sur le hêtre est chaud. Il est bon à manger dans les aliments tant pour un bien portant que pour un malade. Si on a l’estomac refroidi ou rempli de dépôts, prendre ce champignon encore jeune sur un hêtre, le faire cuire dans de l’eau avec de bonnes plantes, après y avoir ajouté un peu de graisse, puis en manger suffisamment et souvent après un repas léger. Ce remède réchauffe l’estomac et lui enlève ses mucosités3. D’autre part, si une femme enceinte est fatiguée par une grossesse qui la rend lente, alourdie et oppressée, prendre un champignon sur un hêtre, le faire cuire dans de l’eau assez fort pour qu’il soit totalement réduit. Filtrer dans un linge, puis, avec ce suc auquel on aura ajouté suffisamment de graisse, préparer un bouillon. Qu’elle en boive une ou deux fois par jour, après un repas : elle se sentira plus légère et sera délivrée de la souffrance de sa grossesse. Le champignon qui pousse sur le sureau hièble est froid. Il ne vaut rien comme aliment pour l’homme, au point même que celui qui en mange en est affaibli. Il n’a pas non plus beaucoup de valeur pour la médecine. Le champignon qui naît sur le saule est chaud et bon à manger. Si on souffre des poumons et que l’on a la poitrine oppressée, faire cuire ce champignon dans du vin, ajouter un peu de cumin et un peu de graisse, absorber le liquide et manger aussi le champignon lui-même. D’autre part, ce champignon, quand on en mange ainsi, atténue les douleurs du cœur et celles de la rate. En effet le cœur souffre parfois du fait que l’estomac, les poumons et la rate l’affaiblissent avec des humeurs mauvaises. D’autre part encore, si on veut consommer une potion purgative, prendre ce champignon encore jeune sur un saule, le faire sécher soit au soleil, soit dans un four chaud, et le réduire en poudre. Ensuite, quand on veut utiliser la potion, prendre de la stramoine4, lui ajouter de la poudre du champignon, pour le poids d’une pièce de monnaie, et du lait d’euphorbe épurge, pour le poids d’une obole. Mélanger le 1. « la pituite » : une des humeurs chez sainte Hildegarde. Cf. lexique germanique à slim. 2. Lacune : la fin de la phrase manque. 3. « mucosités » : sainte Hildegarde emploie le mot slim désignant une humeur qu’on peut parfois identifier à la pituite. Cf. lexique germanique. 4. « stramoine » : Datura stramonium ou pomme épineuse, herbe des magiciens, herbe aux sorcières, pomme-poison, etc. Plante de la famille des solanacées.
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Fragaria vesca
Vaccinium myrtillus
tout et prendre cette potion à jeun, comme c’est l’usage pour toute autre potion : on sera purgé. En effet la poudre du champignon équilibre les qualités de la stramoine et de l’euphorbe épurge1 et elle guette les humeurs mauvaises en l’homme comme le font les bons aromates. Si on a une taie blanche sur l’œil, faire sécher du champignon de saule au soleil. Par la suite, chaque fois que l’on veut soigner ces taies oculaires, mettre le champignon séché dans de l’eau pendant un court moment, faire sortir l’eau qu’il a absorbée, puis, à l’aide d’une plume, enduire les paupières avec le suc qu’il renferme, en faisant même en sorte qu’il touche un peu l’intérieur de l’œil. Répéter le traitement pendant trois ou cinq soirs, au coucher, et on sera guéri. Le champignon qui naît sur le poirier est froid et humide. Il n’est ni nocif ni bénéfique pour l’homme qui en mange. Cependant, si on a de la gale dans la tête, prendre ce champignon encore jeune sur un poirier, exprimer son suc dans de l’huile d’olive, puis jeter le champignon et s’enduire souvent la tête avec cette huile : on sera guéri. Si on a une mycose des ongles, prendre un morceau de champignon de poirier de la largeur de l’ongle malade, le tremper dans du fiel de bœuf mais pas de vache. Quand le morceau de champignon que l’on a trempé dans le fiel et placé sur l’ongle, s’est desséché à l’intérieur, le replonger dans le fiel, et un bel ongle se met à pousser à l’endroit où on aura placé le remède. Le champignon qui pousse sur le tremble est chaud et fangeux. Il n’est pas bon à manger pour l’homme et on ne trouve aucun remède en lui.
Chapitre 173. La ficaire – De wichwurtz Patrologie : pas d’indication de nom botanique. Identification proposée : Ficaria verna. La ficaire est froide et humide plus que chaude. Si on a des fièvres brûlantes, prendre du laser blanc, deux fois plus de basilic, faire cuire le tout dans du vin pur, puis laisser refroidir. En boire chaque jour à jeun le matin et le soir, au coucher. Procéder ainsi jusqu’à guérison.
Chapitre 174. L’aloès – De aloe Patrologie : pas d’indication de nom botanique. Identification proposée : Aloe vera. L’aloès Le suc de cette plante est chaud et a de grandes vertus. Si un homme a des fièvres quotidiennes à l’estomac, faire un cataplasme avec de l’aloès dans un tissu de chanvre, le mettre sur l’estomac et sur le nombril, et la fièvre cessera. Son odeur fortifie le corps à l’intérieur mais aussi la tête et faisant disparaître la fatigue qui s’y trouve. Si on tousse, mettre sur la poitrine le même cataplasme à l’aloès, de façon à ce que son odeur soit captée par les narines, et la toux cessera. D’autre part, si on a des frissons de fièvre, prendre du suc de marrube, ou de la poudre de marrube si on est en hiver, ajouter une plus grande quantité d’aloès et plus de réglisse que de laurier. Faire cuire le tout dans du vin, filtrer à travers un linge, ajouter du miel pour préparer un électuaire à boire quand on est atteint de frissons de fièvre. Quiconque souffre de ces frissons sera guéri, sauf s’il s’agit de la fièvre quarte. Si on a la jaunisse, mettre de l’aloès dans de l’eau froide, en boire le matin et le soir, au coucher. Répéter le traitement trois ou quatre fois et on sera guéri. L’aloès (édition de Schott) 1. « euphorbe épurge » : cf. chapitre 133.
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Note de la Patrologie : Dans l’édition de Schott, ce chapitre est traité de façon très brève : L’arbre en bois d’aloès est chaud. Si on souffre des fièvres à l’estomac et que l’on a des fièvres quotidiennes ou tierces ou quartes, mettre de ce bois dans sa boisson et les fièvres s’atténueront.
Chapitre 175. L’encens – De thure Patrologie : pas d’indication de nom botanique. Identification proposée : Boswellia sacra. L’encens est chaud plus que froid. Son odeur s’élève même sans qu’il y ait besoin de feu. [Il est utile] car il clarifie la vue et purge le cerveau. Prendre donc de l’encens et le réduire en poudre, lui ajouter un peu de fleur de farine ainsi que du blanc d’œuf. En faire des galettes, les mettre à sécher au soleil ou sur une brique chaude, puis les approcher souvent des narines : leur odeur redonne des forces, clarifie la vue et emplit le cerveau. D’autre part, si on a des maux de tête au point d’avoir l’impression qu’elle se fend, mettre une galette préparée comme ci-dessus sur chaque tempe, les fixer sans serrer avec un linge quand on va se coucher, et le mal de tête cessera. Si on a des fièvres quotidiennes, prendre de l’encens et de la menthe romaine, les broyer ensemble. Mettre souvent cette préparation sur le nombril, fixer avec un linge pour le réchauffer et l’on sera guéri [car les fièvres fatiguent l’estomac et le foie].
Chapitre 176. La myrrhe – De myrrha Patrologie : pas d’indication de nom botanique. Identification proposée : Commiphora myrrha. La myrrhe est chaude et sèche. Si on veut porter de la myrrhe sur soi, la faire d’abord chauffer au soleil ou sur une brique chauffée au feu, de sorte qu’elle fonde légèrement ; puis la tenir contre soi pour qu’elle se réchauffe à la chaleur de la chair et de la sueur. Elle repousse les visions fantastiques, les pratiques magiques, les envoûtements démoniaques, résultant de formules et de plantes maléfiques, et toute cette sorcellerie sera moins capable de nuire, du moins si on n’a ni mangé ni bu de substances magiques. D’autre part, si on brûle de désir amoureux, s’enduire de myrrhe la poitrine et le ventre ; la myrrhe fait disparaître l’excès de désir. Toutefois, si l’odeur de la myrrhe libère l’homme du désir, néanmoins elle ne réjouit pas son esprit ; au contraire, elle l’oppresse, l’alourdit et le rend triste. C’est pourquoi celui qui porte de la myrrhe sur lui doit porter en même temps de l’or brut, car celui-ci réjouit le cœur de l’homme. Quand de violents accès de fièvre s’emparent d’un homme, si on lui donne alors de la myrrhe à boire dans du vin chaud, la fièvre le quitte. De même, si un homme envahi par le désir amoureux mange de la myrrhe, elle éteint en lui le désir, mais, toutefois, elle dessèche fortement cet homme. C’est pourquoi elle n’est pas bénéfique, et il n’est utile à personne d’en manger, sauf si cela est vraiment nécessaire.
Chapitre 177. Le baumier – De balsamone Patrologie : pas d’indication de nom botanique. Identification proposée : Commiphora opobalsamum. Le baumier est de nature royale. Il est très chaud et humide.
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Pour l’utiliser dans des remèdes, il faut procéder avec un grand sens des dosages et en prenant de grandes précautions pour que sa force ne fasse pas de mal à l’homme, de la même façon que les nobles doivent être respectés et craints si on ne veut provoquer leur colère. Si on a de fortes fièvres à l’estomac, prendre un peu de baumier, ajouter suffisamment d’huile d’olive et plus de moelle de cerf que d’huile. Avec ces ingrédients, préparer un onguent, le passer sur l’estomac, il fera disparaître les fièvres. D’autre part, si quelqu’un a des accès de frénésie, prendre ce même onguent, en enduire les tempes et la nuque, sans toucher la partie supérieure de la boîte crânienne pour qu’elle ne soit pas endommagée par sa force. Le malade retrouvera un esprit sain. Si on est paralysé par de l’arthrite, ajouter un peu de baumier à du paulinum1 ou à d’autres bons électuaires, en manger, et l’arthrite cessera. D’autre part, on peut conserver quelque temps les cadavres dans du baumier pour qu’ils ne pourrissent pas. De plus, le baumier renferme un liquide si fort et si redoutable pour toutes les réalités de la nature que l’on doit établir un juste équilibre entre leurs propriétés et les siennes ; sans quoi il les détruirait facilement.
Chapitre 178. Le miel – De melle Le miel. Si un homme gros, ayant la chair grasse, mange souvent du miel, ce dernier lui donne de l’infection. Si un homme maigre et sec mange du miel cuit, cela lui fait du mal. Manger les rayons de miel avec la cire provoque de la mélancolie et fait du mal. L’homme en est alourdi, la mélancolie croît en lui.
Chapitre 179. Le sucre – De zucker Le sucre, quand il est encore brut, c’est-à-dire quand il n’a pas été préparé pour être consommé par l’homme, doit être séché au soleil en été, ou, en hiver, sur une pierre chauffée au feu. Quand il est sec, si on en mange ou si on le prend dans une boisson, il réconforte. Si on souffre du cerveau ou de la poitrine et que l’on est oppressé au point de ne pouvoir ni se libérer de cette oppression ni l’évacuer, manger ou boire du sucre libère le cerveau et fait disparaître l’oppression de la poitrine.
Chapitre 180. Le lait – De lacte Le lait de vache, de chèvre, de brebis est plus sain en hiver qu’en été, car en hiver il ne recueille pas en lui les divers sucs qu’il recueille en été. Si des hommes en bonne santé consomment du lait en été, cela leur fait peu de mal. Mais des malades et des hommes affaiblis ne doivent consommer qu’un peu de lait. Si des hommes en bonne santé veulent consommer du lait en hiver, il leur faut prendre de la racine d’ortie, la faire sécher, la mettre dans le lait qu’ils consomment, car les humeurs mauvaises qui se trouvent dans le lait sont combattues par l’ortie. Si des malades et des hommes affaiblis veulent consommer du lait en hiver, ils doivent le faire cuire et y mettre de l’ortie desséchée. 1. « paulinum » : sans doute nom d’un remède. Ce mot est donné par l’édition de Schott citée par la Patrologie. La Patrologie donne le mot paulum qui n’est pas plus compréhensible que paulinum dans ce contexte. Cf. lexique latin.
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Mais en été il ne sert à rien de mettre de l’ortie dans le lait, car celle-ci renferme alors des humeurs, des sucs et de la verdeur. Si à cette époque on la mettait ainsi dans le lait, celui-ci serait gâté par le suc nouveau de l’ortie.
Chapitre 181. Le beurre – De butyro Le beurre de lait de vache est meilleur et plus sain que le beurre de lait de brebis ou de lait de chèvre. Si on a des étouffements ou de la toux, ou bien si on a le corps sec, manger du beurre : il soigne à l’intérieur et rétablit celui qui est malade et sec. Pour un homme en bonne santé, dont les chairs sont équilibrées1, le beurre est sain et bon à manger. Mais si on a des chairs grasses, il faut en manger modérément pour qu’il ne fasse pas grossir encore plus les chairs malades.
Chapitre 182. Le sel – De sale Le sel est très chaud et assez humide. Il est utilisé par l’homme pour de nombreux usages. Manger les aliments sans sel rend tiède l’intérieur du corps. Mais les manger en les salant de façon équilibrée avec un peu de sel redonne des forces à l’homme et le soigne. Si on mange des aliments trop salés, cela dessèche l’intérieur du corps et lui fait du mal. Alors [le sel tombe sur les poumons comme du sable et le poumon] il le dessèche, car le poumon demande de l’humidité ; le sel fait du mal au poumon et l’oppresse. S’il tombe alors aussi sur le foie, il lui fait également assez de mal, bien que le foie soit fort et domine le sel. Ainsi, tout aliment doit être salé de façon que l’on sente plus le goût de l’aliment que le goût du sel. Le sel passé au feu est plus sain que le sel cru car l’humidité qui se trouvait en lui a été asséchée. Et si un homme en mange modérément avec du pain ou un aliment quelconque, le sel est bon et sain pour lui. [Le sel est comme le sang et comme la fleur des eaux. C’est pourquoi il donne des forces à celui qui le consomme avec modération ; mais pour qui le consomme sans modération, il est comme une inondation et comme une tempête.] La fleur de sel possède une plus grande chaleur qu’un autre sel. Elle renferme même de l’humidité. Elle est utile à l’homme pour divers usages ainsi que pour tous les médicaments, de sorte que si on leur ajoute de cette fleur de sel en quantité modérée, ils en deviennent bien meilleurs. Elle est plus précieuse qu’un autre sel, comme les aromates l’emportent sur les autres plantes. Si on mange de cette fleur de sel en quantité modérée avec un aliment ou avec du pain, et même avec un autre condiment, elle donne des forces, elle soigne et elle fait du bien aux poumons. Mais si on en mange sans modération et sans respecter un juste équilibre, elle flétrit les poumons et les [affaiblit] et leur fait du mal. [En effet la fleur de sel exsude sous l’effet de la très grande force des eaux et de la terre. C’est pourquoi elle donne des forces à celui qui en use avec modération, grâce à sa bonne chaleur et à ses bonnes forces, mais celui qui en use sans modération, elle l’agresse comme le ferait un flot impétueux.] Le fait qu’un homme éprouve une grande soif quand il mange beaucoup de sel, tient à ce que le sel dessèche ses poumons et assèche en lui les humeurs qui sont bonnes ; alors les poumons et les humeurs recherchent de l’humidité et c’est ainsi que l’homme a soif. Mais si un homme boit alors beaucoup de vin pour étancher sa soif, il introduit en lui de la folie en buvant du vin sans modération [comme
1. « équilibrées » : ni trop grasses ni trop maigres.
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fit Loth.] C’est pourquoi, quand on est assoiffé, il est plus salubre et plus sain de boire de l’eau pour étancher sa soif, plutôt que du vin.
Chapitre 183. Le vinaigre – De aceto Le vinaigre de vin est bon pour tous les aliments si on en ajoute de telle sorte qu’il n’enlève pas leur goût mais que l’on sente qu’il y a un peu de vinaigre en eux. Si on l’utilise de cette façon avec un peu de nourriture, il élimine les infections en l’homme, diminue les humeurs et ouvre une bonne route aux aliments. Mais si on ajoute tant de vinaigre que son goût l’emporte sur celui des aliments, au point que les aliments ont plus goût de vinaigre que d’eux-mêmes, il fait alors du mal à celui qui le consomme, car sa chaleur fait cuire les aliments en l’homme une seconde fois et les rend si durs que l’on peut à peine les digérer. Si on a des scrofules ouvertes sur le corps, prendre de la mère de vinaigre, en exprimer le vinaigre, comme on presse un fromage. Puis faire sécher et réduire en poudre, mettre de cette poudre sur les scrofules ouvertes, elles sécheront et guériront. Mais si les scrofules ne sont pas ouvertes, les enduire avec le liquide de la mère de vinaigre, mettre celle-ci sur les scrofules en l’attachant avec un linge, et les scrofules disparaissent. Quant au vinaigre de bière, il n’est pas aussi bon que le vinaigre de vin. Il est même tiède et faible et donne facilement de la fièvre ; il endurcit facilement l’estomac et pour cela il n’est pas très bon d’en consommer.
Chapitre 184. Le pain trempé – De meranda Si on veut préparer du pain trempé, plonger du pain coupé en tranches minces dans du vin, de la bière ou de l’eau. Le liquide doit imbiber suffisamment le pain. Manger ainsi cette préparation, car le pain amolli de cette façon est bien plus agréable et facile à digérer. Mais si on trempe seulement le pain et qu’on le mange aussitôt, avant qu’il ne soit imbibé par l’humidité de ces liquides, il devient pesant et comprime l’intérieur du corps, et on ne peut le digérer facilement. Le vin trempé dans du vin est fort, il dessèche quelque peu l’intérieur du corps. Il n’est pas très bénéfique pour l’homme, même s’il n’est pas très nocif pour lui. Le vin trempé dans de la bière est plus sain que le pain trempé dans du vin. En effet le suc du pain s’unit au suc de la bière qui est presque son parent, et il ne dessèche pas l’intérieur du corps, même s’il n’est pas très bénéfique pour l’homme. Le pain trempé dans de l’eau est plus sain que le pain trempé dans la bière, car il est agréable et léger dans l’estomac. Sa digestion est douce et légère comme celle d’un aliment mou qui passe en l’homme avec facilité et sans causer de dommage. Si on a l’estomac fort et chaud, il n’est pas bon de manger souvent du pain trempé, car il refroidit la chaleur de l’estomac qu’il dessèche. Si on a l’estomac froid, le pain trempé n’est pas non plus très bénéfique, car il rend l’estomac encore plus froid et le durcit un peu. Enfin, si on a l’estomac malade et fragile, le pain trempé n’est pas très bénéfique, car il alourdit passablement l’estomac. Cependant, il fait diminuer et disparaître l’humeur glaireuse1 de l’estomac.
1. « l’humeur glaireuse » : slim, une des humeurs chez sainte Hildegarde. Cf. lexique germanique.
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Chapitre 185. Les œufs – De ovis Les œufs, quelle que soit leur espèce, sont plus froids que chauds et peuvent causer un mal violent. Ils sont nocifs pour celui qui en mange, car ils sont visqueux et fangeux, c’est-à-dire pleins de mucosités1, et presque semblables à du poison. On ne doit pas en manger, car, si on le faisait, des scrofules et des parasites nocifs qui rongent l’homme se développeraient facilement. Cependant les œufs des poules, qui sont des animaux domestiques, peuvent être mangés, mais avec modération, car ils sont aussi nocifs pour des viscères affaiblis qu’une farine dont les propriétés n’ont pas été contrebalancées et qui n’a pas été cuite. En effet ils produisent dans les viscères comme une substance2 collante, ainsi que de la pituite3 et de l’infection dans l’estomac. Si on a des viscères sains, on peut supporter d’en manger, mais il faut en manger avec modération, car ils peuvent facilement rendre malade. Même pour un homme en bonne santé, les œufs sont meilleurs à manger mous plutôt que durs, car les œufs durs causent des douleurs à l’estomac. Mais pour un malade, ils ne sont bons à manger ni mous ni durs. Si un malade veut manger des œufs, verser un peu de vin dans de l’eau, faire bouillir dans une casserole, puis casser les œufs dans cette eau et jeter les coquilles. Les faire cuire ainsi et les manger une fois cuits. Ils ne font pas de mal à ce malade, car le poison et la pourriture qu’ils renferment sont détruits par la cuisson. Un œuf cuit sur le feu avec sa coquille est meilleur et plus sain qu’un œuf cuit à l’eau avec sa coquille, car le feu fait sortir à travers la coquille la pourriture qui est dans l’œuf tandis que l’eau ne peut l’enlever car la coquille a une force supérieure. Le jaune d’œuf est plus sain à manger que le blanc. Un jaune d’œuf un peu dur est une nourriture plus saine que lorsqu’il est complètement mou. Si on mange un œuf cru, cela fait beaucoup de mal et provoque de l’infection. D’autre part, les œufs d’oie sont nocifs si on les mange seuls et si on ne les fait pas cuire avec un autre aliment. Les œufs de cane ne sont pas bons à manger et font du mal à l’homme. Ils sont cependant meilleurs et plus sains que la chair de l’animal, car tout ce qui est fétide dans la cane réside dans sa chair et ne passe pas complètement dans ses œufs.
Chapitre 186. La poix – De pice La poix est très chaude. Elle assainit les récipients où l’on verse les boissons. Si des parasites rongent un homme, mettre de la poix sur l’emplacement de la plaie. Elle attire les parasites à elle, si bien que l’on peut les extraire et les couper au ras de la plaie. Après avoir extrait les parasites, remettre de la poix sur la plaie et procéder ainsi jusqu’à ce qu’ils soient tous enlevés. Quand la chair a été purgée de ses parasites, enduire la plaie avec de l’huile d’olive et d’autres bons onguents, et la guérison suivra.
Chapitre 187. La résine – De hartz La résine est tiède. Un récipient qui a contenu de la résine n’est pas sain, car la résine fatigue la tête et lui donne des étourdissements. 1. « pleins de mucosités » : adjectif slimechte (cf. lexique germanique) formé sur slim, une des humeurs chez sainte Hildegarde, correspondant à la pituite dans l’ancienne théorie des humeurs. 2. « substance » (collante) : le texte présente le mot seick dont le sens reste inconnu. 3. « pituite » : slim, une des humeurs chez sainte Hildegarde. Cf. lexique germanique.
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Chapitre 188. Le soufre – De sulphure Le soufre est chaud. Quand il brûle, par exemple quand il est utilisé comme combustible de cuisson, il attire à lui les humeurs mauvaises. Il est sans valeur pour des médicaments, sauf si on est la cible de poison ou de maléfices, ou si on est en proie à des visions surnaturelles. Si, dans ce cas, on fait brûler du soufre, sa fumée est si forte qu’elle affaiblit tous ces dangers et qu’ainsi l’homme en est bien moins affecté, comme lorsque deux compagnons sont des vauriens, l’un domine l’autre en méchanceté.
Chapitre 189. Le lupin blanc – De vigbona Patrologie : Lupinus albus. Le lupin blanc est froid. Si quelqu’un souffre de ses viscères au point d’en être comme gonflé, il lui faut réduire du lupin en farine et lui ajouter un peu de pain réduit en poudre, un peu de graines de fenouil ou du suc de livèche, puis faire cuire le tout avec de l’eau en guise d’aliment et en manger un petit peu. Prendre souvent ce remède, il guérit les viscères malades.
Chapitre 190. Le pois chiche – De kicher Patrologie : Cicer arietinum. Le pois chiche est chaud et agréable. Il est léger et agréable à manger. Il n’augmente pas les humeurs mauvaises chez celui qui en mange. Si on a des poussées de fièvre, faire cuire des pois chiches sur des charbons ardents, les manger et on sera guéri.
Chapitre 191. La lentille bâtarde – De wisela Patrologie : Ervum ervilia. La lentille bâtarde est froide et même sèche. Elle déclenche des poussées de fièvre quand on en mange, et elle refroidit l’estomac. Elle ne convient pas beaucoup à la médecine.
Chapitre 192. La vesce cultivée – De wichim Patrologie : Vicia sativa. La vesce cultivée est froide. Elle n’est pas bonne à manger pour l’homme, mais elle n’est pas très nocive pour le bétail. Si on a une éruption de boutons entre chair et peau, comme quand de l’impétigo [une verrue] apparaît, prendre de la vesce cultivée, la faire cuire dans de l’eau et la mettre encore chaude sur l’endroit infecté. L’impétigo qui enflait disparaît, alors qu’il avait commencé à se former en se coagulant sous l’effet d’humeurs pernicieuses.
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Chapitre 193. Le millet commun – De milio Patrologie : Panicum miliaceum. Le millet commun est froid. Il n’est pas bon à manger, car il n’accroît en l’homme ni le sang, ni la chair. Il ne lui donne pas de forces, mais il remplit son ventre en le gonflant et diminue la faim en lui car il n’a pas la saveur d’un aliment reconstituant. D’autre part, il rend aqueux le cerveau de l’homme. Il lui donne un estomac tiède [et lent] et provoque le déchaînement1 des humeurs qui sont en l’homme. Il est presque comme la mauvaise herbe des champs et il n’est pas bon à manger pour l’homme. Si on souffre des poumons, réduire en poudre du millet commun chauffé sur une pierre passée au feu, lui ajouter deux fois plus de poudre de scolopendre, en manger souvent avec une bouchée de pain, aussi bien à jeun qu’après un repas, et on sera guéri.
Chapitre 194. La graine de lin – De semine lini Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Linum usitatissimum. La graine de lin est chaude. Elle n’est pas bonne à manger. Si on a mal au côté, faire cuire de la graine de lin dans de l’eau, tremper un tissu de lin dans cette eau encore chaude et mettre ce tissu, sans les graines de lin, sur le côté. La douleur [même] assez forte est un peu atténuée et s’apaise. Toujours dans le cas d’une douleur au côté, prendre de la graine de lin, et un peu moins de gomme de férule persique2, de sorte qu’il y ait un quart de plus de graine de lin que de gomme, et faire cuire le tout3 dans une poêle. Broyer ensuite du gui de poirier dans un mortier pour en extraire le suc, de sorte qu’il y ait plus de ce suc que de la gomme mentionnée précédemment, puis prendre de la moelle de cerf, pour un poids supérieur à celui de la gomme et du suc de poirier, mettre le tout dans la poêle où se trouvent la graine de lin et la gomme, et faire cuire de nouveau à feu vif. Si on n’a pas de moelle de cerf, ajouter du suif de jeune taureau en procédant de la même façon qu’avec la moelle de cerf. Après quoi, filtrer le tout à travers un linge percé de nombreux trous avec une épingle, puis verser dans un pot en terre neuf et s’enduire souvent le côté, près du feu, avec cette préparation. Si on a été brûlé par du feu en quelque endroit du corps, faire cuire de la graine de lin dans de l’eau à feu vif, tremper un tissu de lin dans cette eau et le mettre, encore chaud, sur la brûlure. Ce remède enlève la brûlure.
Chapitre 195. La tanaisie des jardins – De balsamita Patrologie : Tanacetum balsamita. La tanaisie des jardins est plus chaude que froide. Si, à la suite de nombreuses et diverses pensées, on en vient à perdre ses connaissances et son bon sens au point de sombrer dans la folie, prendre de la tanaisie des jardins et trois fois plus de fenouil, faire cuire le tout dans de l’eau. Après avoir enlevé ces plantes, faire refroidir l’eau de cuisson et en boire souvent. Il faut aussi éviter les aliments secs, et manger de la nourriture qui soit bonne et 1. « déchaînement » : sainte Hildegarde emploie l’image de la tempête (procella). 2. « férule persique » : il s’agit de l’ase fétide (Ferula asa-fœtida), plante de la famille des apiacées dont on incise les racines pour en extraire une gomme. Sainte Hildegarde parle de « gomme persique ». 3. « le tout » : traduction proposée à la place d’un groupe de mots allemands peu compréhensibles dans le contexte : gemeyner glut. L’édition de Schott, citée par la Patrologie, propose « ut gluten » ; le latin gluten pourrait désigner la gomme mentionnée précédemment.
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Vicia sativa
Saponaria officinalis
délicate, qui apporte du suc1 dans le sang [un bon sang]. D’autre part, il faut manger des bouillies de fleur de farine préparées soit avec du beurre, soit avec de la graisse, mais pas avec de l’huile, car celle-ci attirerait du flegme2 dans le cerveau et l’en remplirait. Il ne faut pas boire du vin, car il répandrait encore plus dans l’organisme les humeurs qui y sont déjà répandues. Ne pas boire non plus de l’eau pure car elle viderait encore plus l’esprit de son bon sens. Boire pendant trois jours de la boisson [mentionnée précédemment] ainsi que de la bière, et se couvrir la tête d’un bonnet ou d’un [feutre3] faits de pure laine, pour réchauffer le cerveau doucement et progressivement. Si on a mangé ou bu du poison, prendre sans tarder de la tanaisie des jardins, de la rue et de la bétoine à poids égal, les broyer dans un mortier pour en exprimer le suc. Prendre ensuite un suc purgatif, deux fois plus, et pas moins, que la préparation précédente, l’ajouter à celle-ci, mélanger le tout, filtrer à travers un linge et en boire à jeun. Quand on boit ce remède, se tenir assis dans un endroit chaud pour ne pas avoir froid, car il serait alors dangereux de prendre froid. Après l’avoir bu, boire aussi, sans tarder, une boisson au miel ; on vomira le poison que l’on a absorbé, ou bien il passe par les voies inférieures, et on sera libéré. Si on est infesté de poux, broyer de la tanaisie des jardins avec du saindoux, mélanger le tout, puis s’enduire de cette préparation autour du cou et sous les aisselles, et les poux mourront. De même que la tanaisie des jardins s’oppose au poison, de même elle combat les poux. Si on a un début de lèpre, faire cuire de la tanaisie des jardins dans de l’eau, ajouter suffisamment de graisse. En faire un aliment dont on mangera souvent ; cela fait disparaître la lèpre. Si on a une fièvre tierce, prendre de la tanaisie des jardins et du tussilage pas-d’âne à poids égal, et trois fois plus de raifort que des deux plantes précédentes. Faire cuire le tout dans du vin et filtrer à travers un linge. Puis prendre deux fois plus de clous de girofle et trois fois plus de gingembre que les deux premières plantes et réduire le tout en poudre. Avec cette poudre et le vin mentionné précédemment que l’on a filtré, faire une boisson pure que l’on utilisera lors d’un accès de fièvre et durant les neuf jours suivants, pour que ce soit pleinement efficace.
Chapitre 196. Les stutgras – De stutgras Patrologie : pas d’indication. Plante non identifiée. Les stutgras, qui sont plus petits, ont une nature froide et sont faibles. Ils donnent aux hommes affaiblis des humeurs faibles et malades, et ils accroissent en eux la mélancolie. Ils sont lourds à digérer et sont donc mauvais à manger pour l’homme, car leur verdeur est mauvaise.
Chapitre 197. La stur – De stur Patrologie : pas d’indication. Plante non identifiée. La stur est plus froide que chaude. En manger ne fait ni beaucoup de bien ni beaucoup de mal. Par elle-même, elle n’a aucune vertu et, parce qu’elle donc inutile, si on l’ajoute à d’autres plantes, elle aide à chasser des humeurs inutiles.
1. « suc » : peut-être au sens figuré : force, vigueur. 2. « phlegme » : une des humeurs. 3. « feutre » : filtro, texte de l’édition de Schott citée par la Patrologie. Le texte de la Patrologie comporte le mot vitro, incompréhensible dans le contexte.
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Chapitre 198. La laitue vireuse (ou laitue sauvage) – De lactuca agresti Remarque : la Patrologie ne donne pas ici le texte de sainte Hildegarde, mais lui substitue la note qui suit. Note de la Patrologie : Voir le chapitre 91 qui est identique, à peu de choses près, et dans lequel la laitue vireuse trouve une place plus appropriée parmi diverses espèces de laitues. En effet, les chapitres 90, 91 et 92 sont consacrés aux laitues.
Chapitre 199. Le chervis – De gerla Patrologie : Sium sisarum. Le chervis est chaud et sec. Si on en mange avec modération, il ne fait ni beaucoup de bien ni beaucoup de mal. Mais si on en mangeait beaucoup, sa chaleur et sa nature sèche déclencheraient des fièvres et feraient du mal aux viscères. Si on a la peau du visage abîmée au point de présenter facilement des crevasses, prendre du chervis, le broyer dans un mortier et ajouter de l’huile à la plante broyée. Le soir, au coucher, s’enduire le visage et répéter le traitement jusqu’à guérison.
Chapitre 200. Le panais – De pastinaca Patrologie : Pastinaca sativa. Le panais est froid. C’est un aliment pour l’homme. Il n’est ni très bénéfique ni très nocif pour la santé. Quand on en mange, il ne fait que remplir le ventre.
Chapitre 201. La bourrache – De borith Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Saponaria officinalis. La bourrache est chaude et humide. Si on a la vue obscurcie, prendre un tissu rouge en soie, écraser de la bourrache et en enduire le tissu. Au coucher, mettre le tissu ainsi enduit sur les yeux, renouveler souvent l’opération et l’obscurcissement quittera les yeux. Si un peu de cet onguent est entré en contact avec l’intérieur des yeux, cela ne leur fera pas de mal. Si le tissu de soie est blanc ou vert, l’imbiber de suc de bourrache, [...]1 en enduire un tissu de feutre, puis placer le feutre tout autour du cou et sur la nuque jusqu’aux oreilles, sans recouvrir celles-ci, et attacher le tissu. Répéter souvent l’opération et le bourdonnement d’oreille cessera. Si on a la poitrine oppressée, faire tremper un petit peu de bourrache, même en quantité réduite, dans du vin, car ce remède chasse les humeurs pernicieuses qui affectent les poumons. [D’autre part, si on souffre d’ulcères à l’intérieur du corps, dans les viscères] prendre du son de blé, réchauffer dans un récipient avec de la bourrache, mettre le tout sur un linge que l’on posera souvent, encore chaud, tout autour du ventre et du nombril et on sera guéri.
1. Texte altéré : le texte paraît ici altéré par une omission. La phrase débute comme la suite du traitement de l’obscurcissement de la vue, puis on passe brusquement au traitement des bourdonnements d’oreille.
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Chapitre 202. La lavande aspic – De spica La Patrologie ne donne pas le texte, mais renvoie au chapitre 25, avec la note suivante : Note de la Patrologie : Voir chapitre 25 qui est repris ici mot pour mot.
Chapitre 203. La joubarbe – De semperviva La joubarbe est froide. Il n’y a pas de profit pour l’homme à en manger, car elle est de nature grasse. Si on est sourd au point de ne rien entendre, prendre du lait d’une femme qui a mis au monde un enfant mâle, dix ou douze semaines après l’accouchement, ajouter à ce lait un peu de suc de joubarbe, et en instiller doucement trois ou quatre gouttes dans l’oreille. Faire cela souvent et l’on recouvrera l’audition.
Chapitre 204. La bryone – De brionia La Patrologie ne donne pas le texte, mais renvoie au chapitre 25, avec la note suivante : Note de la Patrologie : Ce chapitre est le même que le chapitre 43 sous la rubrique De stichwurtz.
Chapitre 205. Le polypode – De polypodio Patrologie : Polypodium vulgare. Le polypode est chaud et sec. Si on souffre des viscères, si on est maigre et que l’on n’est pas trop malade, prendre du polypode, ajouter un tiers de sauge et réduire en poudre. Manger de cette poudre : elle fait diminuer les humeurs mauvaises. Si on est très malade, faire cuire sur le feu du vin mêlé de miel, filtrer à travers un linge et laisser refroidir, puis ajouter la poudre indiquée précédemment et boire cette préparation. Mais si on a des viscères sains et la chair grasse, il ne faut ni manger de cette poudre ni boire cette potion, pour ne pas affaiblir les humeurs saines dans le corps.
Chapitre 206. Le chardon Marie – De vehedistel Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Silybum marianum. Le chardon Marie renferme du froid qui vient de la rosée et il est très bénéfique. Si on ressent une douleur piquante dans le cœur ou dans une autre partie du corps, prendre du chardon Marie, une quantité moindre de sauge1, en exprimer le suc dans un peu d’eau, le boire au moment même où on ressent cette douleur, et on ira mieux.
1. « sauge » : traduction hypothétique. Le texte de la Patrologie comporte le groupe de mots orechten salben. La plupart des commentateurs traduisent par « sauge » (allemand Salbei). On pourrait envisager aussi Salbe, « pommade », « onguent ». Le mot orechten pose problème.
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Chapitre 207. La ficaire – De ficaria Patrologie : Ficaria verna. La ficaire est froide et humide. Si on a des fièvres brûlantes, cuire de la ficaire et deux fois plus de basilic dans du vin pur, puis laisser refroidir. Boire chaque jour de ce vin quand on est à jeun ainsi que le soir, au coucher. Procéder ainsi jusqu’à guérison.
Chapitre 208. Le pastel – De weyt Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Isatis tinctoria. Le pastel est froid et son froid est très aigu. Si on est atteint de paralysie, quelles qu’en soient la nature et la force, faire cuire à feu vif du pastel dans de l’eau, puis filtrer après avoir enlevé la plante.
Chapitre 209. La primevère – De hymelsloszel Patrologie : Primula officinalis. La primevère est chaude et elle tient toute sa verdeur de l’acuité du soleil. En effet, certaines plantes tirent principalement leur force du soleil, d’autres de la lune, et d’autres à la fois du soleil et de la lune. Mais celle-ci reçoit principalement ses forces de la puissance du soleil. C’est pourquoi elle s’oppose en l’homme à la mélancolie. En effet, la mélancolie, quand elle surgit chez un homme, le rend triste et plein de troubles dans sa conduite et lui fait proférer des paroles contre Dieu. Voyant cela, les esprits des airs accourent vers cet homme et, par leurs persuasions diaboliques, le font souvent sombrer dans la démence. Aussi doit-il porter cette plante sur sa chair et sur son cœur jusqu’à ce qu’elle le réchauffe. Alors les esprits des airs qui le tourmentent, se méfiant des vertus que la plante reçoit du soleil, cesseront de le tourmenter. Si on a la tête oppressée par des humeurs mauvaises au point qu’elle se vide parfois de son bon sens, prendre de cette plante et la mettre au sommet de la tête, après s’être rasé les cheveux. L’attacher avec un bandage, et en mettre aussi sur la poitrine en procédant de la même façon. Pendant trois jours ne pas l’enlever, et on sera ramené au bon sens. Si on est atteint de paralysie à travers tout le corps, mettre de la primevère dans une boisson pour que celle-ci prenne la saveur de la plante. En boire souvent et on sera guéri.
Chapitre 210. Le pétasite (ou grand pas-d’âne) – De hufflata majori Patrologie : Tussilago petasites. Autre appellation : Petasites hybridus. Le pétasite est froid et humide. Pour cette raison, il pousse avec force. Avec son acidité même et son froid, il enlève les humeurs pernicieuses quand on le met sur des ulcères. Si on a des scrofules sur le corps, avant qu’elles ne s’ouvrent, couper le pétasite au ras de la queue, en fonction de la dimension des scrofules, et rejeter le reste de la plante. Enduire de miel la partie que l’on a conservée et la mettre ainsi sur les scrofules pendant trois jours et trois nuits. Quand la plante s’est complètement desséchée, en mettre une nouvelle en procédant de la même façon, et les scrofules commenceront à diminuer. Le quatrième jour, faire un mélange équilibré de farine de froment et de miel, de façon à ce que ce mélange soit à la dimension des scrofules. Mettre d’abord de l’ancolie 108 |
sur celles-ci, puis l’emplâtre de farine au miel. Renouveler le traitement pendant neuf jours et plus, jusqu’à ce que les scrofules disparaissent.
Chapitre 211. Le tussilage pas-d’âne – De hufflata minori Patrologie : Tussilago farfara. Le tussilage pas-d’âne est chaud. Si on a consommé divers aliments de façon excessive et que le foie en est endommagé et durci, couper de cette plante en petits morceaux ainsi que deux fois plus de racine de plantain et ajouter de la glu que l’on trouve autour du gui du poirier, en quantité égale avec le tussilage. [Perforer les petits morceaux de plante avec une alène ou un autre petit instrument, puis garnir ces trous avec la glu mentionnée précédemment, et mettre le tout dans du vin pur. Prendre aussi, pour le poids d’une pièce de monnaie, une tumeur de la taille d’une fève ou d’un pois qui s’est formée sur une feuille ou un rameau de noyer et l’ajouter au vin mentionné précédemment. En boire aussi bien après un repas qu’à jeun, sans faire cuire, mais en mettant simplement les ingrédients dans du vin, et le foie sera guéri.]
Chapitre 212. L’asaret – De asaro Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Asarum europaeum. L’asaret est chaud et sec. Il a certaines propriétés des aromates car sa verdeur est douce et utile. Ainsi, un homme qui est depuis longtemps dans un état de langueur et dont la chair est amaigrie, doit boire de l’eau chaude avec de l’asaret [doit prendre un bain d’eau chaude avec de l’asaret], puis manger souvent de cette plante cuite soit dans un plat de légumes, soit avec de la viande, soit avec des galettes. Cela fera beaucoup de bien à cet homme, car le suc bénéfique de l’asaret soigne le corps à l’intérieur. Si on prépare une lotion avec de l’asaret et qu’on se lave souvent la tête avec celui-ci, il chasse les maladies de la tête grâce à ses propriétés bénéfiques et l’empêche d’être malade. Mais si on a la tête affectée par des humeurs mauvaises, comme par de la fumée, au point que les oreilles bourdonnent avec un bruit pareil au bruit des eaux, faire bouillir de l’asaret dans de l’eau chaude. Ensuite, égoutter la plante et la mettre, encore chaude, sur la tête. Cette plante, grâce à ses propriétés bénéfiques, fait diminuer la fumée qui se trouve dans la tête et ouvre à nouveau, dans les oreilles, le sens de l’audition. Si on a des douleurs dans la poitrine même ou dans la région de la poitrine, ou encore si on a des ulcères à l’intérieur du corps, mettre sur la poitrine de l’asaret cuit, encore chaud, quand on prend un bain, et, grâce à sa douce vertu équilibrée par la douceur de l’eau, on se portera mieux. Si on a des douleurs aux poumons, quelles qu’elles soient, dès que l’on commence à éprouver ces douleurs et à sentir qu’elles font aussi souffrir toute la gorge et rendent la voix rauque, prendre de l’asaret, un peu plus de basilic et plus de humela1 que de basilic. Mettre ces plantes dans une marmite de façon que l’eau les dépasse d’un tiers, puis, quand elles sont cuites, filtrer à travers un linge. Prendre ensuite autant de noix de muscade que l’on pourra en trouver, du galanga, pour le tiers du poids de la noix de muscade, et deux fois plus de gui de poirier que de noix de muscade. Réduire le tout en poudre et faire cuire cette poudre avec du très bon vin dans une marmite neuve, de façon que le vin dépasse la poudre d’un tiers. Après quoi, faire de nouveau bouillir cette poudre dans le même vin, en ajoutant un peu de miel, ajouter aussi à ce vin l’eau de cuisson de l’asaret et des autres plantes de façon à ce qu’il y ait deux fois plus de ce vin que d’eau. Boire un peu de cette préparation avant les repas, mais après les repas en boire autant que l’on voudra [autant que l’on peut en boire d’un seul trait] en 1. « humela » : plante non identifiée, à laquelle est consacré le chapitre 50.
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y ajoutant du vin et après avoir chauffé la boisson avec de l’acier rougi au feu. En effet, la chaleur de l’asaret enlève l’infection du poumon, le froid du basilic engraisse le poumon et le rend triste, le froid de l’humela purge le poumon et ces propriétés s’équilibrent dans l’eau chaude, comme il a été dit plus haut. D’autre part, la chaleur de la noix de muscade et la chaleur du galanga sont équilibrées par le froid du gui de poirier et renforcées à la fois par la chaleur du vin et par la chaleur de l’acier rougi au feu. Tout cela empêche le poumon de devenir inconsistant ou trop gras, mais lui fait garder en lui une juste mesure, quand toutes ces propriétés s’équilibrent, comme il a été dit plus haut.
Chapitre 213. Le peucédan – De hirceswurtz Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Peucedanum cervaria. Le peucédan a une chaleur piquante, il est aussi humide. C’est pourquoi, grâce à son acidité, à son froid et à son humidité, il s’oppose aux maux qui se manifestent dans la paralysie et sont dus à ce que le chaud, le froid et l’humidité ne sont pas dans leur juste mesure.
Chapitre 214. La scammonée – De scampina Patrologie : pas de proposition de nom scientifique pour scampina, mais mention du nom de la plante, Scamphonia, dans l’édition de Schott. Identification proposée : Convolvulus scammonia. La scammonée renferme un froid piquant, âcre et nocif. Elle s’efforce de tout détruire et possède la nature des plantes nocives. Ainsi, quand des médecins veulent rendre plus rapide l’action des potions qu’ils ont l’habitude de prescrire, ils leur ajoutent de la scammonée qui, grâce à son froid nocif et à sa nature, chasse de l’homme aussi bien les humeurs saines que les humeurs pernicieuses. Si on donne à un homme à manger ou à boire de la scammonée seule, sans contrebalancer ses propriétés, elle déchire les viscères à l’intérieur de l’homme, fait sortir de lui les humeurs vitales aussi bien que les humeurs mortelles et l’amène vers la destruction de son corps.
Chapitre 215. Le nénuphar – De nimphia Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Nymphea lutea et alba. Le nénuphar est froid. Plante sauvage, il est comme de la mauvaise herbe. Il ne fait ni beaucoup de bien ni beaucoup de mal.
Chapitre 216. La prêle – De catzenzagel Patrologie : Hippuris vulgaris. Identification proposée : Equisetum arvense. La prêle ne renferme ni une chaleur parfaite ni un froid parfait. Dans les deux cas, elle reste tiède. Elle naît des humeurs malsaines de la terre. Elle n’apporte aucun bienfait à celui qui en mange. Toutefois si on la prépare de façon à ce que les mouches y goûtent, elle les tue par son action paralysante et par ses humeurs malsaines.
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Chapitre 217. La zugelnich – De zugelnich Patrologie : pas d’indication. Plante non identifiée. La zugelnich est chaude. Elle excite en l’homme le désir amoureux. Ses propriétés seraient assez efficaces contre la lèpre et la paralysie, si la chaleur de cette plante qui provoque chez l’homme le désir n’affaiblissait ces mêmes propriétés, l’empêchant ainsi d’être efficace contre ces maladies.
Chapitre 218. Le psaffo – De psaffo Patrologie : pas d’indication. Plante non identifiée. Le psaffo détient un froid équilibré. Il est bénéfique. Il pousse dans une chaleur faible. Si on ajoute son suc à des onguents ou à des potions, il les rend plus efficaces.
Chapitre 219. La plante sur laquelle poussent les rifelbere – De herba in qua rifelbere crescunt Patrologie : pas d’indication. Plante non identifiée. La plante sur laquelle poussent les rifelbere ne renferme ni chaleur puissante ni froid puissant. Elle ne convient pas au corps. Son fruit est froid. Il a toutefois quelque parenté avec le sang, car il se développe à partir de cet air qui nourrit le sang. C’est pourquoi il provoque le flux menstruel. Mais, pour qui en mange, ce fruit ne fait ni beaucoup de bien, ni beaucoup de mal.
Chapitre 220. La lentille d’eau – De merlinsen Patrologie : Lemnæ sp. Identification proposée : Lemna minor. La lentille d’eau est froide. Par elle-même, elle ne détient pas de propriétés puissantes, à moins qu’on ne l’ajoute à des plantes pleines de vertus. Si on l’ajoute à ces plantes, elle diminue en l’homme les humeurs nocives.
Chapitre 221. La quenouille – De dudelkolbe Patrologie : Typhæ sp. Identification proposée : Typha latifolia et angustifolia. La plante sur laquelle naît la quenouille est plus froide que chaude. Elle ne convient pas pour soigner un homme car son suc est gras et fangeux.
Chapitre 222. Le millepertuis – De hartenauwe Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Hypericum perforatum. Le millepertuis est froid. Il est bon comme nourriture pour le bétail. Mais il ne convient pas pour soigner un homme, car c’est une plante sauvage dont on ne s’occupe pas.
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Chapitre 223. Le thym – De thymo Patrologie : Thymus vulgaris. Le thym est chaud et sec. […]1 Si on ajoute de bonnes plantes et des condiments, il enlève l’infection de ce mal douloureux grâce à sa chaleur et à sa force. En effet, s’il n’était pas accompagné par d’autres plantes et des condiments, il perforerait les ulcères sans les soigner, si on le mettait dessus. Si on a de la lèpre sur le corps, accommoder le thym avec d’autres bonnes plantes et des aromates, puis en enduire la lèpre. Ce remède, grâce à la chaleur et à la force du thym, diminue l’infection de n’importe quelle sorte de lèpre. Prendre du thym avec la terre de ses racines, le faire bouillir sur le feu, et se préparer un bain chaud avec cela. Ou encore, faire cuire dans l’eau d’un chaudron du thym avec la terre qui adhère encore à la plante et préparer son bain de cette façon. Utiliser souvent ces bains. La chaleur et la nature sèche du thym jointes à la terre sèche chauffée au feu, comme il a été dit précédemment, diminuent les humeurs malsaines, à moins que cela ne plaise à Dieu. Si on est atteint de paralysie, avec des douleurs aiguës et ce mal qui affecte tant les membres d’un homme qu’ils en sont comme rongés et dévorés, prendre de la sauge, deux fois plus d’euphorbe, trois fois plus de thym que d’euphorbe. Faire cuire dans de l’eau en ajoutant du suif de bouc et deux fois plus de vieux saindoux. Avec cela, confectionner un onguent et en enduire les endroits douloureux en se tenant près d’un feu. La chaleur de la sauge, celle de l’euphorbe jointes à celle du thym et équilibrées par la douceur de l’eau chaude, avec en plus la chaleur du suif de bouc et celle du vieux saindoux, tout cela atténue les douleurs excessivement chaudes et excessivement froides dues aux humeurs mentionnées précédemment. Le même onguent tue les poux d’un homme qui s’en enduit le corps. Si le sang et l’eau diminuent de façon excessive dans les yeux d’un homme, en raison de la vieillesse ou de quelque maladie, qu’il aille chercher une graine verte de thym et qu’il la regarde jusqu’à ce que ses yeux soient humides comme s’il pleurait. En effet la verdeur de cette graine enlève ce qui est trouble dans les yeux et rend la vue pure et claire.
Chapitre 224. L’aloès – De aloe Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Aloe vera. La plante appelée aloès est chaude. Si on a sur le corps de graves ulcères causés par la gale, prendre de cette plante2, lui perforer quelques trous avec une alène et un autre petit instrument. Ensuite garnir ces trous avec la glu mentionnée précédemment, et mettre le tout dans du vin pur. Prendre aussi, pour le poids d’une pièce de monnaie, une tumeur de la taille d’une fève ou d’un pois qui s’est formée sur une feuille ou un rameau de noyer et l’ajouter au vin mentionné précédemment. En boire aussi bien après un repas qu’à jeun, sans faire cuire, mais en mettant simplement les ingrédients dans du vin, et le foie sera guéri.
Chapitre 225. La pivoine – De plionia Patrologie : pas d’indication. Identification incertaine. La pivoine est froide. 1. Texte incomplet : la Patrologie note qu’après l’indication de la qualité première de la plante, « il semble manquer quelque chose ». En effet, la phrase suivante se présente comme la suite de la description d’un remède dont il manque le début. 2. Cf. chap. 211 : à partir d’ici, le chapitre reproduit, avec quelques fautes de copie, le chap. 211 consacré au tussilage pas-d’âne.
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Primula officinalis
Ocymum basilicum
Si on est paralysé par de fréquentes attaques de goutte, broyer légèrement de la racine de pivoine, la mettre dans du vin pour qu’il en prenne le goût. En boire le soir, au coucher, et on ira mieux.
Chapitre 226. Le rhinante crête-de-coq – De rasela Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Rhinanthus crista galli. Le rhinante crête-de-coq détient une chaleur brusque. Si des parasites rongent la chair d’un homme ou celle du bétail, mettre du sel dans du suc de crêtede-coq et placer le tout à l’endroit où les parasites attaquent la chair. Ce remède les extermine.
Chapitre 227. Le brome – De dorth Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Bromus secalinus. Le brome est chaud. Si on a sur la tête des plaies importantes et profondes dues à la gale, réduire en poudre du brome, le mélanger à du vieux saindoux. En enduire souvent la gale dont le remède diminue l’infection.
Chapitre 228. Le chardon – De cardo Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Carduus spec. Le chardon est chaud. Si on a mangé ou bu du poison, réduire en poudre la tête, les racines et les feuilles d’un chardon, prendre cette poudre dans un aliment ou une boisson. Cela chasse le poison. Si on a des éruptions de boutons sur le corps, mélanger cette même poudre avec du saindoux frais, s’en enduire et on sera guéri.
Chapitre 229. L’hièble – De ebulo Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Sambucus ebulus. L’hièble est froide et humide. Elle est contraire à la nature humaine, au point que si un homme en mangeait, ce serait dangereux pour lui. Mais si on a la tête qui bouillonne comme une eau torrentueuse, s’entourer la tête d’hièble froide et on ira mieux. Si on a une mycose des ongles des mains ou des pieds, attacher fréquemment des baies d’hièble sur ces ongles. Soit ils seront débarrassés de leur mal, soit ils tomberont et ainsi d’autres repousseront.
Chapitre 230. Le basilic – De basilisca Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Ocymum basilicum. Le basilic est froid. Si on a la langue paralysée au point de ne pouvoir parler, mettre du basilic sous la langue et on recouvrera l’usage de la parole. D’autre part, si on a de fortes fièvres, tierces ou quartes, faire cuire du basilic dans de l’eau après avoir ajouté du miel. Filtrer et en boire à jeun, puis après les repas et enfin le soir. Les fièvres cesseront. | 113
SAINTE HILDEGARDE DE BINGEN PHYSICA livre iii les arbres
liber tertius de arborius
Préliminaires Pour avoir un aperçu de l’ensemble des chapitres du Livre des arbres, deux Tables des arbres sont placées avant la traduction de ce livre : ––une Table simplifiée présentant uniquement la traduction française du titre des chapitres, avec le nom de l’arbre en français ; ––une Table détaillée, dont le contenu est précisé avec la présentation de cette table.
Table des arbres simplifiée Table des arbres simplifiée établie avec la traduction des titres des chapitres figurant dans le corps du texte. 1
Le pommier
22
Le buis
43
Le genévrier commun
2
Le poirier
23
L’épicéa
44
Le sureau noir
3
Le noyer
24
Le tilleul
45
L’épine-vinette
4
Le cognassier
25
Le chêne
46
Le cornouiller sanguin
5
Le pêcher
26
Le hêtre
47
L’orme
6
Le cerisier
27
Le frêne
48
Non identifié
7
Le prunier
28
Le tremble
49
Le troène
8
Le sorbier
29
L’aulne glutineux
50
Non identifié
9
Le mûrier
30
L’érable sycomore
51
Non identifié
10
L’amandier
31
L’if
52
L’églantier
11
Le noisetier
32
Le bouleau
53
Le prunellier
12
Le châtaignier
33
Le pin
54
La vigne
13
Le néflier
34
Le fusain
55
L’arbre à la goutte (?)
14
Le figuier
35
Le charme
56
La fumée
15
Le laurier
36
Le saule
57
La mousse
16
L’olivier
37
Le saule marseau
58
L’onguent d’Hilarion
17
Le palmier dattier
38
La bourdaine
59
Non identifiée
18
Le cédratier
39
Non identifié
60
Contre les scrofules
19
Le cèdre
40
Le cornouiller
61
Le palmier
20
Le cyprès
41
L’érable champêtre
62
L’épicéa
21
Le genévrier sabine
42
Le myrte
63
L’églantier (?) Ressemblances avec chap. 52
| 117
Table des arbres détaillée Dans l’édition de la Patrologie, le Livre des arbres est annoncé par le titre : Liber tertius. De arboribus, précédant une préface de sainte Hildegarde. Vient ensuite une Table des chapitres intitulée Capitula. Cette table est suivie de la mention : Incipit liber primus qui précède le texte des chapitres 1 à 63. Dans la Table des arbres détaillée qui va suivre, nous avons reporté : • la Table des chapitres de la Patrologie (Capitula) : ––colonne 1 : le numéro des chapitres, ––colonne 2 : le titre des chapitres (en conservant la graphie, parfois erronée) ; • la liste des chapitres dans le corps du texte du Livre des arbres : ––colonne 3 : le numéro des chapitres, ––colonne 4 : le titre des chapitres, ––colonne 5 : le nom botanique donné par la Patrologie (en conservant la graphie, parfois erronée), ––colonne 6 : le nom de l’arbre dans l’édition de Schott, indiqué parfois par la Patrologie ; • l’identification botanique retenue : colonne 7 ; • le nom français de la plante : colonne 8. Remarques 1. Dans la liste, apparaissent en plus des arbres : ––la fumée (chap. 56) et la mousse (chap. 57), qui ont un rapport direct avec le bois et les arbres ; ––la sysemera (chap. 69), réalité non identifiée, déjà présente au chapitre 37 du Livre des plantes ; ––deux remèdes : l’onguent d’Hilarion (chap. 58) ; contre les scrofules (chap. 60). 2. Dans ce Livre III, l’arbre est souvent désigné par la métonymie de lignum (le bois). Cette métonymie est présente tant dans le texte grec de la Septante que dans le texte latin de la Vulgate pour désigner les arbres du Jardin d’Éden, aux premiers chapitres de la Genèse.
118 |
Table des arbres détaillée 1
2. Patrologie
3
4. Titres des chapitres
5. Noms dans la Patrologie
6. Noms dans l’édition de Schott
7. Identifications retenues
8. Noms français
1
Affaldra
1
De affaldra
Pirus malus
Malus
Malus communis
Le pommier
2
Birbaum
2
De birbaum
Pirus communis
Pirus
Pyrus communis
Le poirier
3
Nuszbaum
3
De nuszbaum
Juglans regia
Nux
Juglans regia
Le noyer
4
Quittenabaum
4
De quittenbaum
Pyrus Cydonia
Quotanus
Cydonia communis
Le cognassier
5
Pirsichbaum
5
De persichbaum
Amygdalus Persica
Persicus
Prunus persica
Le pêcher
6
Cerasus
6
De ceraso
Prunus cerasus et avium
Prunus cerasus
Le cerisier
7
Prunibaum
7
De prunibaum
Prunus domestica et insititia
Prunus
Prunus domestica
Le prunier
8
Spiribaum
8
De spirbaum
Sorbus domestica
Esculus
Sorbus aucuparia
Le sorbier
9
Mulbaum
9b
De mulbaum
Morus nigra
Mulberboum
Morus nigra/alba
Le mûrier
10
Amigdalus
10
De amygdalo
Amygdalus communis
Prunus dulcis
L’amandier
11
Haselbaum
11
De haselbaum
Corylus avellana
Corylus
Corylus avellana
Le noisetier
12
Kestenbaum
12
De kestenbaum
Castanea sativa
Castanea
Castanea sativa
Le châtaignier
13
Nespelbaum
13
De nespelbaum
Mespilus Germanica
Mespilus germanica
Le néflier
14
Fukbaum
14
De fickbaum
Ficus carica
Ficus carica
Le figuier
15
Laurus
15
De lauro
Laurus nobilis
Laurus nobilis
Le laurier
16
Oleybaum
16
De oleybaum
Olea Europæa
Olea europaea
L’olivier
17
Datilbaum
17
De datilbaum
Phœnix dactylifera
Phoenix dactylifera
Le palmier dattier
18
Bontziderbaum
18
De bontziderbaum
Citrus medica
Citrus medica
Le cédratier
19
Cedrus
19
De cedro
Juniperus Phœnicea et Oxycedrus
Cedrus sp. ou Juniperus oxycedrus
Le cèdre ou le genévrier cade
20
Cypressus
20
De cypresso
Cupressus semper virens
Cupressus sempervirens
Le cyprès
21
Sybenbaum
21
De sybenbaum
Juniperus Sabina
22
Buxus
22
De buxo
Buxus semper virens
Buxus semper virens
Le buis
23
Abies
23
De abiete
Pinus abies
Pinus abies
L’épicéa
24
Tilia
24
De tilia
Tilia Europæa
Tilia europaea
Le tilleul
25
Quercus
25
De quercu
Quercus pedunculata
Quercus robur
Le chêne
26
Fagus
26
De fago
Fagus silvestris
Fagus sylvatica
Le hêtre
27
Ascha
27
De asch
Fraxinus excelsior
Fraxinus
Fraxinus excelsior
Le frêne
28
Aspa
28
De aspa
Populus tremula
Tremulus
Populus tremula
Le tremble
29
Erla
29
De arla
Alnus glutinosa
Alnus
Alnus glutinosa
L’aulne
30
Ahorn
30
De ahorn
Acer pseudoplatanus
Platanus
Acer pseudoplatanus
L’érable sycomore
31
Ybenbaum
31
De ybenbaum
Taxus baccata
Taxus
Taxus baccata
L’if
32
Bircka
32
De bircka
Betula alba
Vibex
Betula alba
Le bouleau
33
Fornhaff
33
De fornhaff
Pinus sp.
Le pin
34
Spinelbaum
34
De spynelbaum
Euonymus Europæus
Euonymus europaeus
Le fusain
35
Hagebucha
35
De hagenbucha
Ulmus campestris
Carpinus betulus
Le charme
Savina
Le genévrier sabine
| 119
1
2. Patrologie
3
4. Titres des chapitres
5. Noms dans la Patrologie
36
Wyda
36
De wida
37
Salewida
37
De salewida
38
Sulbaum
38
39
Melbaum
40
7. Identifications retenues
8. Noms français
Salicis species
Salix sp.
Le saule
Salix caprea
Salix caprea
Le saule marsault
De folbaum
Rhamnus frangula
La bourdaine
39
De felbaum
?
Non identifié
Erlizbaum
40
De erlizbaum
Cornus mas
Le cornouiller
41
Mazeldra
41
De mascel
Acer campestre
L’érable champêtre
42
Mirtelbaum
42
De mirtelbaum
Myrtus communis
Myrtus communis
Le myrte
43
Wachholderbaum
43
De wacholderbaum
Juniperus communis
Juniperus communis
Le genévrier
44
Holderbaum
44
De holderbaum
Sambucus nigra
Sambucus nigra
Le sureau noir
45
Gelbaum
45
De meltzboum
Berberis vulgaris
L’épine-vinette
46
Hartdrogeln
46
De hartbrogelbaum
Cornus sanguinea
Le cornouiller sanguin
47
Yffa
47
De iffa
Ulmus campestris
L’orme
48
Haubaum
48
De harbaum
?
Non identifié
49
Stulbaum
49
Schulbaum
Ligustrum vulgare
Le troène
50
Prunia
50
De pruma
?
Non identifié
51
Hagenbaum
51
De agenbaum
?
Non identifié
52
Hyffa
52
De hyffa
Rosa canina
L’églantier
53
Siome
53
De spinis
Prunus spinosa
54
Vitis
25
De vite
Vitis vinifera
55
Gichtbaum
26
De gichtbaum
56
Fumus
56
De fumo
La fumée
57
De Mose
57
De mose
La mousse
58
Unguentum
58
De unguento hilarii
L’onguent d’Hilarion
59
De sysemera
59
De sysemera
Non identifiée
60
Contra orfima
60
Contra scrophulas
Contre les scrofules
61
De palma
Phoenix dactylifera
Le palmier dattier (cf. chap. 17)
62
De picea
Pinus picea
L’épicéa (cf. chap. 23)
63
De tribulo
?
L’églantier (?) Ressemblances avec chap. 52
120 |
6. Noms dans l’édition de Schott
Cornus
Meltzboum
Mirica
Le prunellier Vitis vinifera
La vigne
?
L’arbre à la goutte (?)
Pyrus communis
Juglans regia
Table des chapitres La préface du Livre des arbres est suivie d’une Table des chapitres intitulée Capitula (Chapitres). Cette table mentionne les chapitres 1 à 60, mais omet les chapitres 61 à 63. Elle est conforme à la succession et aux titres des chapitres ; mais elle présente des différences orthographiques plus ou moins importantes avec ces titres. Capitula (1-60) 1
Affaldra
Le pommier
31
Ybenbaum
L’if
2
Birbaum
Le poirier
32
Bircka
Le bouleau
3
Nuszbaum
Le noyer
33
Fornhaff
Le pin sylvestre
4
Quittenabaum
Le cognassier
34
Spinelbaum
Le fusain
5
Pirsichbaum
Le pêcher
35
Hagebucha
Le charme
6
Cerasus
Le cerisier
36
Wyda
Le saule
7
Prunibaum
Le prunier
37
Salewida
Le saule marsault
8
Spiribaum
Le sorbier
38
Sulbaum
La bourdaine
9
Mulbaum
Le mûrier
39
Melbaum
Non identifié
10
Amigdalus
L’amandier
40
Erlizbaum
Le cornouiller
11
Haselbaum
Le noisetier
41
Mazeldra
L’érable champêtre
12
Kestenbaum
Le châtaignier
42
Mirtelbaum
Le myrte
13
Nespelbaum
Le néflier
43
Wachholderbaum
Le genévrier
14
Fukbaum
Le figuier
44
Holderbaum
Le sureau noir
15
Laurus
Le laurier
45
Gelbaum
L’épine-vinette
16
Oleybaum
L’olivier
46
Hartdrogeln
Le cornouiller sanguin
17
Datilbaum
Le palmier dattier
47
Yffa
L’orme
18
Bontziderbaum
Le cédratier
48
Haubaum
Non identifié
19
Cedrus
Le cèdre
49
Stulbaum
Le troène
20
Cypressus
Le cyprès
50
Prunia
Non identifié
21
Sybenbaum
Le genévrier sabine
51
Hagenbaum
Non identifié
22
Buxus
Le buis
52
Hyffa
L’églantier
23
Abies
L’épicéa
53
Siome
Le prunellier
24
Tilia
Le tilleul
54
Vitis
La vigne
25
Quercus
Le chêne
55
Gichtbaum
L’arbre à la goutte (?)
26
Fagus
Le hêtre
56
Fumus
La fumée
27
Ascha
Le frêne
57
De Mose
La mousse
28
Aspa
Le tremble
58
Unguentum
L’onguent d’Hilarion
29
Erla
L’aulne
59
De sysemera
Non identifiée
30
Ahorn
L’érable sycomore
60
Contra orfima
Contre les scrofules
Remarques Avec cet incipit commence la succession des soixante-trois chapitres qui constituent le Livre des arbres. Dans cette liste, certains arbres ne sont pas identifiés. Pour d’autres, l’identification est difficile et diffère selon les traducteurs et les commentateurs. Ces difficultés d’identification concernent cinq chapitres.
| 121
Début du Livre III Incipit liber tertius livre iii les arbres
| 123
Préface Tous les arbres renferment soit de la chaleur, soit du froid, comme les plantes. Cependant certains arbres sont plus froids et certains plus chauds que les autres. En effet, certains contiennent une chaleur plus grande que d’autres arbres chauds tandis que certains contiennent plus de froid que d’autres arbres froids. Les arbres sont féconds. Ceux qui produisent de bons fruits, comme les arbres de la forêt, sont plus froids que chauds. Mais les arbres de la forêt qui produisent des fruits plus grands et plus nombreux que ne le font les autres, sont plus chauds que les autres arbres de la forêt. Ceux qui produisent des fruits petits et peu nombreux, sont plus froids que les autres arbres de la forêt.
Chapitre 1. Le pommier – De affaldra Patrologie : Pirus Malus. Édition de Schott citée par la Patrologie : Malus. Appellation proposée : Malus pumila ; cette appellation désigne le pommier domestique dont une variété est le pommier Paradis. Famille des rosacées. Le pommier est chaud et humide. Son humidité est si grande qu’elle s’écoulerait hors de lui, si elle n’était pas retenue par sa chaleur. Si un homme, vieux ou jeune, souffre, de quelque façon que ce soit, d’un obscurcissement de la vue, qu’il prenne des feuilles de cet arbre au printemps, avant qu’il ne produise les fruits de l’année, au moment où ses feuilles sont au début de leur éclosion printanière, car c’est alors qu’elles sont douces et saines, comme des jeunes filles avant de mettre au monde des enfants. Il faut ensuite broyer ces feuilles, en exprimer le suc, et ajouter une quantité égale de gouttes du suc qui s’écoule de la vigne. Mettre ensuite le tout dans un petit récipient, et, la nuit, au coucher, enduire légèrement les paupières et les yeux avec une plume trempée dans ce liquide, comme la rosée tombe sur l’herbe et sans en faire pénétrer à l’intérieur. Puis asperger légèrement les feuilles mentionnées plus haut, modérément broyées, avec les gouttes de suc s’écoulant de la vigne, dont il a été question précédemment, mettre ces feuilles sur les yeux en les fixant avec un linge et dormir ainsi. Répéter souvent le traitement : l’obscurcissement de la vue disparaîtra et le malade verra plus clair. Quand, au printemps, se produit l’éclosion des premiers bourgeons du pommier, couper un rameau sans utiliser un instrument de fer, frotter une lanière de cuir de cerf sur les bourgeons éclos de l’arbre et du rameau pour qu’elle s’humidifie de leur suc. Quand on s’apercevra qu’il n’y a plus d’humidité, pratiquer de petites incisions avec un couteau aux endroits où les bourgeons éclosent, pour qu’il s’en écoule davantage d’humeur. Puis, en frottant la lanière au même endroit ainsi que sur le rameau lui-même, l’imbiber le plus possible de ce suc. Alors, placer la lanière dans un endroit humide, afin qu’elle recueille en elle encore plus de ce suc qu’elle a reçu de l’arbre et du rameau. Si on souffre d’arthrite1 dans les reins et les organes génitaux, se ceindre de cette lanière sur la peau nue, pour que le suc, que la lanière a recueilli du pommier mentionné plus haut, passe dans la chair. Ainsi, le malade se portera mieux. Si on souffre de maladies du foie ou de la rate, ou d’humeurs mauvaises du ventre ou de l’estomac ou encore de migraine, prendre, dès leur éclosion, les premiers bourgeons d’un pommier, les mettre 1. « arthrite » : sainte Hildegarde emploie le mot gicht qui désigne la goutte ou toute maladie articulaire et inflammatoire comme l’arthrite. Cf. lexique germanique à gicht.
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dans de l’huile d’olive et faire réchauffer le tout au soleil dans un petit récipient. Boire souvent de cette préparation, le soir, au coucher, et on ira mieux. Au printemps, quand les fleurs commencent à éclore, prendre de la terre qui se trouve autour des racines d’un pommier et la faire réchauffer près du feu. Si on souffre des épaules, des reins ou du ventre, mettre cette terre, ainsi réchauffée, sur l’endroit douloureux, et on ira mieux. Mais après que les fruits du pommier ont commencé à se développer et à grossir, alors cette terre n’est plus efficace contre les maladies, car l’humeur de la terre et le suc de l’arbre montent dans les fruits et deviennent ainsi plus faibles dans la terre et dans les branches. Le fruit de cet arbre est léger et facile à digérer. Quand on le mange cru, il ne fait pas de mal aux hommes. C’est, en effet, quand la rosée a toute sa force – et, de fait, elle déploie ses vertus depuis le premier sommeil nocturne jusqu’au lever du jour – que les pommes se développent à partir d’elle. Les pommes crues sont bonnes à manger pour les hommes en bonne santé, car elles ont été mûries par une rosée puissante. Mais les pommes crues font beaucoup de mal aux malades, car eux-mêmes sont faibles. Quant aux pommes cuites et rôties, elles sont bonnes à manger, tant pour les malades que pour les bien portants. Mais, quand les pommes sont vieilles et que leur peau s’est rabougrie, comme cela se passe en hiver, elles sont alors bonnes à manger crues à la fois pour les malades et pour les bien portants.
Chapitre 2. Le poirier – De birbaum Patrologie : Pirus Communis. Édition de Schott citée par la Patrologie : Pirus. Appellation proposée : Pyrus communis. Famille des rosacées. Le poirier est plus froid que chaud. Il est aussi lourd et solide que le pommier auquel il ressemble, comme se ressemblent le foie et le poumon. En effet, comme le foie, il est assez fort et utile, mais il est aussi plus nocif que le pommier. Ses racines, ses feuilles et sa sève sont sans valeur pour des médicaments à cause de sa dureté. Mais le gui qui pousse sur lui est assez utile pour la médecine. Ainsi, dans le cas de douleurs à la poitrine et aux poumons, si on se sent oppressé, prendre du gui de poirier, le réduire en poudre et y ajouter de la poudre de réglisse. En manger souvent, à jeun et après les repas : l’état de la poitrine et des poumons s’améliorera. Si on souffre d’arthrite paralysante, couper en morceaux du gui de poirier qui ait un bon goût et le mettre pendant trois jours et trois nuits dans de l’huile d’olive. Ensuite faire fondre sur le feu du suif de cerf, en quantité double de la quantité d’huile, mettre dans ce suif, pendant deux jours et deux nuits, une sommité de nard bien écrasée et réduite en petits morceaux. Puis battre vigoureusement l’huile dans laquelle on a mis le gui et exprimer le suc à travers un linge. Enfin faire fondre de nouveau, à feu modéré, la graisse de cerf avec la sommité de nard. [En enduire l’endroit atteint de paralysie. Celle-ci disparaîtra, à moins qu’il n’y ait là un principe mortel.] Le fruit du poirier est lourd, pesant et âpre. Si on le mange cru en grande quantité, il donne de la migraine et oppresse la poitrine. En effet, ces fruits attirent leur suc dans le poumon et l’y conduisent en assez grande quantité, de sorte que ce même suc se durcit autour du foie et autour du poumon comme une concrétion de plomb ou de tartre1 et cela provoque de graves maladies du foie et du poumon. De plus, comme un homme est parfois empli de l’odeur du vin, de même son haleine est imprégnée de suc de poire et en prend l’odeur âcre. C’est pourquoi, aussi, après avoir mangé une poire crue, on a des difficultés à retrouver son souffle, de sorte que de nombreuses maladies de la poitrine en résultent 1. « tartre » : sainte Hildegarde emploie le mot winsten correspondant à l’allemand moderne weinstein qui désigne le dépôt qui se forme au fond d’une cuve ou d’une bouteille de vin. Ce dépôt est constitué de sels peu solubles de l’acide tartrique : tartrate de calcium et bitartrate de potassium.
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parfois. En effet, quand les forces de la rosée se dissipent vers le lever du jour, c’est alors que les poires se développent à partir de cette rosée ; et, à moins qu’on ne les fasse cuire, elles produisent en l’homme des humeurs nocives précisément parce qu’elles poussent quand la rosée s’affaiblit. Aussi, si on veut manger des poires, les faire cuire dans de l’eau ou rôtir sur le feu. Toutefois, elles sont meilleures cuites à l’eau que rôties, car l’eau chaude fait disparaître peu à peu par la cuisson le suc nocif qui est en elles, tandis que le feu agit trop rapidement et, en les grillant, il ne fait pas sortir toute l’humeur qui est en elles. Si quelqu’un mange des poires cuites, elles l’incommodent quelque peu, car elles font diminuer en lui l’infection en la traquant et en la détruisant ; toutefois, elles lui assurent une bonne digestion, car elles font sortir l’infection avec elles. Quant aux pommes, elles se digèrent facilement sans emporter l’infection avec elles. Prendre des poires, les couper, enlever les pépins, faire cuire les fruits dans de l’eau à feu vif, puis briser ce qui était comme du brimus1. Prendre ensuite du fenouil des Alpes, moins de galanga que de fenouil des Alpes, moins de réglisse que de galanga et moins de grande passerage que de réglisse. Si on n’a pas de fenouil des Alpes, prendre des racines de fenouil. Réduire toutes ces plantes en poudre et mélanger les poudres obtenues. Mettre ces poudres dans du miel légèrement chauffé et ajouter les poires mentionnées plus haut. Mêler le tout, en remuant vigoureusement, puis le mettre dans une boîte. En manger, chaque jour, une petite cuillère à jeun, deux petites cuillères après les repas, trois petites cuillères le soir, au coucher. Ce remède est un excellent électuaire, plus précieux que de l’or, et plus utile que l’or le plus pur. En effet, il fait disparaître la migraine, il diminue l’oppression que les poires crues provoquent dans la poitrine, il détruit toutes les humeurs mauvaises qui sont en l’homme, et ainsi il purifie l’homme comme on nettoie un vase des impuretés qu’il renferme.
Chapitre 3. Le noyer – De nuszbaum Patrologie : Juglans regia. Édition de Schott citée par la Patrologie : Nux. Famille des juglandacées. Le noyer est chaud. Il a de l’amertume. Avant qu’il ne porte des fruits, de l’amertume se trouve dans son tronc et dans ses feuilles, ainsi que de la chaleur. C’est cette amertume qui émet de la chaleur et produit les noix. Quand le noyau2 du fruit commence à se développer, l’amertume diminue et la douceur apparaît. Et lorsque la douceur s’est développée dans le noyau, elle atteint alors une intensité extrême. Ainsi cette douceur et cette intensité se combinent pour produire le noyau. Alors l’amertume et la chaleur restent dans le tronc et font se développer l’extérieur de la noix3. Après le développement et la maturation des fruits de tous les arbres fruitiers, leurs feuilles n’ont plus d’utilité pour la médecine, car leur suc est passé dans les fruits. C’est pourquoi, depuis la première éclosion des feuilles de noyer jusqu’au développement de ses fruits, c’est-à-dire tant que les noix ne sont pas encore mûres ni bonnes à manger, récolter les feuilles de cet arbre quand elles sont encore nouvelles, en exprimer le suc sur l’endroit où les vers rongent un homme, ou bien là où des parasites ou autres vermines se développent. Répéter souvent ce traitement et les vers mourront. D’autre part, si les vers naissent dans l’estomac, prendre des feuilles de noyer et des feuilles de persil à poids égal, avant que les fruits de ces plantes ne soient mûrs, et les réduire en poudre en les faisant sécher sur une pierre chauffée au feu. Manger souvent de cette poudre, soit dans un œuf, soit dans du bouillon, soit cuite dans un peu de farine, et les vers de l’estomac mourront.
1. « brimus » : un des mots difficiles de la langue de sainte Hildegarde. 2. « noyau » : le fruit du noyer se compose d’une enveloppe verte charnue, le brou, et d’un noyau sec, la noix. 3. « l’extérieur de la noix » désigne vraisemblablement le brou.
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Si la lèpre commence à se développer chez quelqu’un, exprimer le suc de ces feuilles de noyer, ajouter du vieux saindoux et faire un onguent. Quand la lèpre en est encore à ses débuts, que le malade s’en enduise près du feu. Qu’il le fasse souvent et sans aucun doute il sera guéri, à moins que Dieu ne le veuille. Si on est atteint d’arthrite paralysante, prendre de la terre qui se trouve autour des racines du noyer, avant que ses fruits ne soient mûrs. Faire chauffer cette terre sur le feu ainsi que des pierres avec lesquelles on préparera un bain très chaud1. Quand on sera assis dans ce bain, y répandre la terre passée au feu afin d’avoir, par son action, de la chaleur et de la sueur. Se baigner de cette façon, et l’arthrite qui voulait paralyser et briser les membres disparaîtra. Les membres atteints guériront, si on pratique souvent ce traitement dès que l’arthrite commence à sévir. Si on a beaucoup de flegme2 dans le corps, prendre le liquide qui exsude du noyer quand on coupe ses branches, que ce soit sève ou sueur, faire cuire à feu doux dans du vin avec du fenouil et un peu de grande passerage, puis filtrer à travers un linge. Boire souvent de ce remède, chaud : cela fait disparaître le flegme, et on sera purifié. Si on a de la gale sur la tête, prendre l’enveloppe extérieure d’une noix, c’est-à-dire sa carapace3, et en exprimer le suc sur les ulcères, à savoir sur la gale de la tête. Quand la gale aura gonflé sous l’effet de l’amertume de ce suc, l’enduire sans tarder d’huile d’olive pour apaiser l’amertume. Répéter souvent le traitement, et la gale sera guérie. D’autre part, si on a mangé beaucoup de noix, qu’elles soient fraîches ou anciennes, on a facilement de la fièvre. Cependant, les hommes en bonne santé peuvent supporter ces noix ; c’est aux malades qu’elles font du mal. L’huile que l’on obtient en pressant des noix est chaude. Elle donne des chairs grasses à ceux qui en mangent et rend leur esprit joyeux. Mais elle accroît aussi le flegme, de sorte qu’elle remplit la poitrine de l’homme d’humeur livide et glaireuse4. Cependant les malades comme les bien portants pourront supporter de consommer de l’huile de noix et la tolérer. Mais une poitrine malade est un peu oppressée par cette huile.
Chapitre 4. Le cognassier – De quittenbaum Patrologie : Pyrus Cydonia. Édition de Schott citée par la Patrologie : Quotanus. Autre appellation : Cydonia oblonga, Cydonia communis. Famille des rosacées. Le cognassier est plus froid. Il est assimilé à la ruse qui est tantôt utile et tantôt inutile. Son bois et ses feuilles ne sont pas très utiles pour l’usage de l’homme. Mais son fruit est chaud et sec et renferme un bon équilibre. Quand il est mûr, il ne fait mal ni au malade ni au bien portant qui le mangent cru. Quand il est cuit ou rôti, il est très bon à manger pour le malade et pour le bien portant. Ainsi, si on est atteint d’arthrite paralysante, manger souvent de ce fruit cuit et rôti. Cela combat si bien l’arthrite qu’elle n’affaiblit pas les sens et qu’elle ne blesse ni ne paralyse les membres. Si on rejette beaucoup de salive, manger souvent de ce fruit cuit et rôti. Il assèche l’intérieur du corps, de sorte que la salive diminue. D’autre part, quand on a des ulcères ou une infection fétide, faire cuire ou griller ce fruit, le mettre sur les plaies avec des épices, et on sera guéri. 1. « un bain très chaud » : sainte Hildegarde a souvent recours au bain dans sa thérapeutique. Pour faire chauffer l’eau du bain, elle recommande d’y plonger des pierres passées au feu. 2. « flegme » : une des humeurs. Cf. lexique latin. 3. « carapace » : il s’agit sans doute du brou. Pour désigner cette « carapace », sainte Hildegarde emploie le mot testa qui a pris le sens de « tête » dans des langues romanes comme le français. C’est donc peut-être en raison de la théorie des signatures (pour cette théorie, voir annexe 1 à la rubrique « Mandragore ») que la testa guérit une maladie du caput. 4. Cf. annexe 1, rubrique « Flegma », à la référence III, 3.
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Chapitre 5. Le pêcher – De persichbaum Patrologie : Amygdalus Persica. Édition de Schott citée par la Patrologie : Persicus. Appellation proposée : Prunus persica. Famille des Rosacées. Le pêcher est plus chaud que froid. Il renferme cependant quelque chose d’autre : il a en lui une ressemblance avec l’envie. Sa sève est plus utile pour des médicaments que son fruit. Si, à l’occasion de diverses maladies, on a sur le corps diverses taches, comme un crapaud, prendre de l’écorce intérieure de l’arbre avant que ses fruits ne soient mûrs. Broyer cette écorce pour en exprimer la sève, ajouter un peu de vinaigre et autant de miel cuit que des deux autres ingrédients et mettre le tout dans un récipient en terre. Enduire souvent de cette préparation les endroits du corps où l’on a ces taches, jusqu’à ce qu’elles diminuent. Si on a une haleine fétide, prendre des pêches avant qu’elles ne soient mûres, et les écraser. Prendre ensuite une poignée de réglisse, un peu de poivre et suffisamment de miel. Faire cuire le tout dans du vin pur pour préparer une potion. En boire souvent après les repas ainsi que le soir : cette potion lui redonne une bonne haleine et enlève l’infection de son organisme et de sa poitrine. Si on a des petits vers qui se développent dans l’estomac et dans le ventre, réduire en poudre de la racine et des feuilles de bétoine, y ajouter deux fois plus de poudre de feuilles de pêcher cueillies quand les fleurs commencent à éclore. Faire cuire dans une marmite neuve avec du bon vin pur, en boire souvent à jeun ainsi que le soir et dans le corps les vers mourront. Le fruit de cet arbre n’est bon à manger ni pour un homme en bonne santé ni pour un malade, car il fait disparaître les humeurs bénéfiques en l’homme et provoquera de l’humeur glaireuse1 dans son estomac. Mais si on veut en manger, il faut le peler, enlever le noyau, et mettre le reste du fruit dans du vin, en ajoutant du sel et un peu de poivre. Quand la pêche est préparée de cette façon, elle ne fait pas beaucoup de mal, mais cependant elle n’a pas un bon goût. Prendre aussi l’intérieur des noyaux durs des pêches, ôter l’enveloppe et écraser ce qui reste pour en faire sortir le lait2, puis presser à travers un linge jusqu’à une quantité de cinq cuillerées. Prendre aussi du galanga pour un poids de trois pièces de monnaie3, de la réglisse pour un poids de deux pièces de monnaie et de l’euphorbe, pour le poids d’une obole. Réduire le tout en poudre, ajouter de l’euphorbe épurge au lait des noyaux mentionné plus haut, préparer une galette avec la poudre obtenue et de la fleur de farine et la faire sécher lentement et doucement soit au soleil, soit dans un four chaud. Puis mêler un morceau de la galette avec le lait mentionné plus haut, pour le poids d’une obole. Avant le lever du soleil prendre cinq cuillerées de cette préparation, préalablement tiédie au feu, et se mettre au lit un petit moment. Ce remède combat l’arthrite, fait disparaître l’oppression de la poitrine et l’humeur glaireuse de l’estomac. En plus, il purge avec douceur comme une purge légère. Si nécessaire, en prendre deux fois par mois, mais, le jour où on en prend, s’abstenir de nourriture forte, de pain de seigle, de pois, et de lentilles, manger des nourritures légères, boire du vin. D’autre part, si on souffre de la poitrine, au point d’en avoir la gorge serrée, ou de voir se développer en soi quelque chose de mauvais, ou encore une vapeur mauvaise, sans qu’il y ait ulcère ni tumeur, prendre de la pâte faite avec du blé, faire fondre par-dessus de la gomme4 de pêcher, puis mettre le tout, encore chaud, sur la gorge pendant un petit moment. Répéter souvent ce traitement et on ira mieux. Mais si on souffre d’ulcère ou de tumeur à la gorge, il ne faut pas y appliquer le remède car il ferait du mal. 1. « humeur glaireuse » : slim, cf. lexique germanique. 2. « le lait » : le « lait » (suc) de l’amande du noyau de pêche. Cette amande est considérée comme toxique (acide prussique : acide cyanhydrique). 3. « pièces de monnaie » : latin nummus. Les pièces de monnaies servent d’unités de poids à sainte Hildegarde qui leur donne leurs noms latins de nummus et obolus, sans que l’on sache exactement à quelles pièces elle fait allusion. 4. « gomme » : latin flius. En III, 6, l’édition de Schott, citée par la Patrologie, présente le mot gummi, la gomme, à la place de flius. Pour flius, cf. lexique latin.
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Prunus persica
Prunus cerasus
Si quelqu’un a des ganglions à la gorge qui soient excessivement contractés ou apparents, mettre souvent sur eux de la pâte préparée comme il a été dit précédemment, s’il n’y a ni ulcère ni tumeur, et il sera guéri. En effet, si les veines du cou présentaient des ulcères ou des tumeurs et que l’on y appliquait cette pâte, le mal empirerait. Si on souffre de la tête, prendre de la pâte faite avec du blé, faire fondre par-dessus de la gomme de pêcher, comme il a été dit plus haut, puis mettre le tout, encore chaud, sur le sommet de la tête pendant un moment, et on ira mieux. Si on a les yeux qui coulent, faire rentrer de la gomme de pêcher dans une coque de noix, l’appliquer tout autour des yeux après l’avoir tiédie sur une pierre passée au feu, jusqu’à ce que les yeux se réchauffent ainsi. Faire toujours cela tous les quatre jours, et une seule fois par jour, pour ne pas faire de mal aux yeux par un traitement excessif. En effet la gomme du pêcher renferme aussi une part de la force principale des arbres de son espèce et attire en elle l’humidité naturelle. Le pêcher Édition de Schott citée par la Patrologie Le pêcher est chaud. Si on a les yeux qui coulent souvent, faire rentrer de la gomme de pêcher ou de prunier dans une coque de noix, l’appliquer tout autour des yeux après l’avoir tiédie sur une pierre passée au feu, jusqu’à ce que les yeux se réchauffent ainsi. Faire toujours cela tous les quatre jours, et une seule fois par jour, pour ne pas faire de mal aux yeux par un traitement excessif. Si on a une haleine fétide, prendre des feuilles de pêcher avant que les fruits de cet arbre ne soient mûrs, et les broyer. Prendre ensuite une poignée de réglisse, un peu de poivre, suffisamment de miel et faire cuire le tout dans du vin pur. En boire souvent après les repas ainsi que le soir : cette préparation redonne une haleine qui sent bon. Si on a des petits vers qui se développent dans l’estomac et dans le ventre, réduire en poudre de la racine et des feuilles de bétoine, y ajouter deux fois plus de poudre de feuilles de pêcher cueillies (faire cela quand l’arbre est en fleurs). Faire cuire dans une marmite neuve avec du bon vin pur, en boire souvent à jeun ainsi que le soir et dans le corps les vers mourront. Contre les douleurs des deux côtés, de quelque façon qu’elles se manifestent, contre les douleurs de poitrine, contre la paralysie, faire cuire à feu doux dans de l’eau des feuilles de pêcher, un poids égal de feuilles de tanaisie1, trois fois moins de basilic que de tanaisie, et trois fois moins de plantain que de basilic. Filtrer à travers un linge, en serrant fortement. Prendre ensuite de l’huile de laurier, deux fois plus de suif de cerf ou de bouc, et un tiers de vieux saindoux. Faire cuire tout cela à feux doux, dans une poêle, avec l’eau où ont cuit les plantes ci-dessus. Avec l’onguent ainsi obtenu, enduire l’endroit douloureux du côté, faire cela souvent et on ira mieux. Le fruit du pêcher est tiède. Il n’est bon à manger ni pour un homme en bonne santé ni pour un malade. Mais si on veut en manger, il faut enlever la peau et le noyau, et mettre le reste du fruit dans du vin, en ajoutant du sel et un peu de poivre. Quand la pêche est préparée de cette façon, elle ne fait pas beaucoup de mal. Si on veut être en bonne santé, écraser l’intérieur des noyaux frais des pêches pour en faire sortir le lait2, puis presser à travers un linge jusqu’à une quantité de cinq cuillerées. Réduire en poudre du galanga pour un poids de trois pièces de monnaie3, de la réglisse pour un poids de deux pièces de 1. balsamita : dans le Livre I (Livre des plantes), le mot balsamita désigne soit l’aloès dans la table des chapitres de la Patrologie (chap. 176), soit la tanaisie des jardins (Tanacetum balsamita) au chapitre 195 intitulé De balsamita. 2. « le lait » : le « lait » (suc) de l’amande du noyau de pêche. Cette amande est considérée comme toxique (acide prussique : acide cyanhydrique). 3. « pièces de monnaie » : latin nummus. Les pièces de monnaies servent d’unités de poids à sainte Hildegarde qui leur donne leurs noms latins de nummus et obolus, sans que l’on sache exactement à quelles pièces elle fait allusion. On considère que le
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monnaie et de l’euphorbe, pour le poids d’une obole. Ajouter la poudre au lait des noyaux ainsi que du suc d’euphorbe épurge. Préparer une galette avec de la fleur de farine et la faire sécher lentement et doucement soit au soleil, soit dans un four ; puis mêler une obole de galette au reste de la préparation. Avant le lever du soleil, prendre cinq cuillerées de cette préparation, préalablement tiédie au feu, et se mettre au lit un petit moment. Le remède purge avec douceur comme une purge légère. Si nécessaire, en prendre deux fois par mois, mais, le jour où on en prend, manger des nourritures légères et boire du vin. D’autre part, si on souffre de la gorge, au point qu’elle en est assez contractée, ou que l’on a en soi une vapeur mauvaise, sans qu’il y ait ulcère ni tumeur, prendre de la pâte faite avec du blé, faire fondre par-dessus de la gomme qui s’écoule du pêcher, puis mettre le tout, encore chaud, sur la gorge pendant un petit moment. Répéter souvent ce traitement et on ira mieux. Si on a au cou des veines1 douloureuses qui soient excessivement contractées ou apparentes, mettre souvent sur elles de la pâte préparée comme il a été dit précédemment, s’il n’y a ni ulcère ni tumeur, et on sera guéri.
Chapitre 6. Le cerisier – De ceraso Patrologie : Prunus cerasus et avium. Famille des rosacées. Le Prunus cerasus est l’arbre appelé communément cerisier. Prunus avium désigne le merisier. Le cerisier est plus chaud que froid. Il a une pleine ressemblance avec le jeu. Celui-ci reflète la joie mais il est en même temps nocif. Son suc et ses feuilles n’ont pas grande valeur pour la médecine, car le cerisier renferme de la faiblesse. Son fruit est chaud de façon équilibrée. Il n’est ni très utile ni très nocif. En manger ne fait pas de mal à un homme en bonne santé, mais il fait passablement souffrir le malade ou celui qui a en lui des humeurs mauvaises, s’ils en mangent beaucoup. Prendre l’intérieur des noyaux de ce fruit, quand ils sont durs, et les broyer avec force ; faire fondre de la graisse d’ours dans une poêle et mélanger le tout. Préparer ainsi un onguent ; et si quelqu’un a sur le corps des ulcères si mauvais qu’ils ressemblent presque à de la lèpre, sans être cependant de la lèpre, l’enduire souvent de cet onguent et il guérira. Si on a des douleurs déchirantes dans le ventre, cependant sans qu’elles soient provoquées par des vers, manger souvent des amandes crues de noyaux de cerises et on ira mieux. Mais si on a des vers dans le ventre, mettre ces amandes dans du vinaigre, en manger souvent à jeun et les vers qui sont dans le corps mourront. Si on a les yeux tellement endoloris qu’ils deviennent rouges sous l’effet de la douleur et présentent des ulcérations, prendre des morceaux de mie de pain de seigle chaud et mettre par-dessus de la gomme de cerisier, en faisant en sorte d’appliquer cette préparation sur la peau des yeux en la fixant avec un bandage. Répéter souvent ce traitement : il enlève l’infection des yeux et assure la guérison. Si on a de l’infection et des humeurs mauvaises qui surviennent dans les oreilles au point d’en devenir comme sourd et d’avoir des bourdonnements d’oreille, prendre de la gomme mentionnée précédemment et la faire fondre au feu dans une poêle. Tant que cette gomme est chaude, en recouvrir des morceaux de mie de pain de seigle. Puis, le soir, placer la gomme avec la mie de pain dans les orifices des oreilles et même entourer entièrement les oreilles et les tempes avec des morceaux de mie imprégnés de gomme. Fixer le tout en attachant un tissu de lin par-dessus. Répéter souvent le traitement : l’infection, les humeurs mauvaises et les bourdonnements quitteront les oreilles et on sera guéri. nummus est l’équivalent de la drachme ; l’obole représente un sixième de drachme. 1. « halsadrin » : veines du cou. Le texte de la Patrologie parle aussi de ganglions à la gorge : halsedruszen. Cf. lexique germanique.
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Chapitre 7. Le prunier – De prunibaum Patrologie : Prunus domestica et insititia. Édition de Schott citée par la Patrologie : Prunus. Famille des rosacées. Le Prunus domestica est le prunier cultivé. Prunus insititia désigne le prunier crèque ou prunier sauvage. Le prunier est plus chaud que froid. De plus, il est sec et piquant comme de l’épine. Il est le signe de la colère. Si des vers rongent les chairs d’un homme, prendre la partie supérieure de l’écorce en contact avec la sève. Faire sécher des feuilles de cet arbre soit au soleil, soit près du feu où chauffe une marmite, soit dans la marmite même, chauffée au feu. Puis réduire le tout en poudre et placer cette poudre à l’endroit où les vers rongent les chairs. Quand, sous l’effet du traitement, ces derniers se mettent à bouger, dès que l’on s’en aperçoit, prendre du vinaigre et un peu de miel, mélanger et verser le mélange à l’endroit où se trouvent les vers : ils mourront. Quand ces vers, une fois morts, seront tombés hors des blessures qu’ils ont causées, imbiber de vin un tissu de lin et le placer sur les plaies : il fait sortir l’infection et l’homme sera guéri. D’autre part, réduire en cendres de l’écorce et des feuilles de prunier et, avec les cendres, préparer une lotion. Si on a la tête couverte de pellicules et flétrie, la laver souvent avec cette lotion : elle guérira, retrouvera sa beauté et se met à produire des cheveux nombreux et beaux. Si quelqu’un devient fou à la suite de formules magiques ou de malédictions, prendre de la terre qui entoure les racines du prunier, la chauffer sur le feu assez fortement pour qu’elle s’enflamme. Quand le feu aura pris, mettre, sans tarder, sur la terre suffisamment de rue et un peu moins de menthe pouliot, afin que la terre reçoive en elle le suc et l’odeur de ces plantes. Ou bien, si on n’a pas de menthe pouliot, mettre sur cette terre du fenugrec encore vert. Si c’est l’hiver, mettre sur la terre, modérément chauffée, des graines de ces plantes. Avec la terre et les plantes entourer la tête, le ventre et les flancs nus du dément, une fois qu’il a mangé, fixer le tout en attachant un linge par-dessus. Aliter le malade, tout habillé, pour qu’il sue abondamment avec la terre appliquée sur lui. Procéder ainsi pendant trois ou cinq jours, et l’homme ira mieux. En effet, quand l’antique serpent a entendu des formules magiques et des malédictions, il les prend à son compte et tend ses pièges à celui qui est visé par ces paroles, à moins que Dieu ne l’en empêche. Prendre de la gomme de cet arbre, et si on a les lèvres qui présentent des grosseurs et qui enflent ou si on est victime d’une attaque d’arthrite, alors, le soir, au coucher, fixer sur les endroits douloureux des lèvres, au moyen d’un linge, cette gomme, légèrement chauffée. Répéter souvent le traitement et la douleur cessera. D’autre part, si on a les doigts et les mains qui tremblent continuellement sous l’effet de l’arthrite, faire tenir avec un linge cette même gomme, chaude, sur toute la main, et leur tremblement1 cessera. Le fruit de cet arbre est mauvais à manger aussi bien pour un homme en bonne santé que pour un malade. Il est dangereux, car il provoque en l’homme de la mélancolie2, augmente en lui les humeurs mauvaises et fait bouillonner toutes les infections qui sont en lui. C’est pour cela qu’il est aussi dangereux à manger pour l’homme que l’ivraie. Donc, si on veut en manger, il faut le faire avec modération. En effet, un homme en bonne santé peut supporter d’en manger, mais il fait du mal à un malade. Cependant, si on a de la toux sèche, prendre l’amande intérieure des noyaux de ce fruit, jeter la partie dure du noyau, et mettre les amandes dans du vin. Les faire tremper dans le vin jusqu’à ce qu’elles soient bien gonflées. En manger souvent et préparer aussi une boisson avec ces amandes dans du bon vin. En boire à petites gorgées et on sera vite guéri.
1. « tremblement » : le texte comporte le mot tumor (tumeur, gonflement). Ce mot, qui convenait dans le cas précédent (gonflement des lèvres), semble être ici une erreur de lecture pour tremor : le tremblement (des doigts et des mains). 2. « mélancolie » : l’humeur appelée aussi « bile noire ». Cf. lexique latin.
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Toutes les espèces de pruniers, prunier rose, prunier des jardins, kriechen1, et prunier sauvage, ont dans leur écorce et leurs feuilles les propriétés mentionnées précédemment, et ils ont dans leur fruit la même nature que celle que l’on vient de dire, sauf que les arbres qui produisent des fruits plus gros renferment des propriétés plus fortes.
Chapitre 8. Le sorbier – De spirbaum Patrologie : Sorbus domestica. Édition de Schott citée par la Patrologie : Esculus. Autre identification proposée : Sorbus aucuparia. Famille des rosacées. Le Sorbus domestica est le cormier ou sorbier domestique. Sorbus aucuparia désigne le sorbier des oiseleurs ou sorbier des oiseaux. Le mot esculus, donné par l’édition de Schott, peut correspondre à aesculus qui désigne, en latin classique, le chêne rouvre consacré à Jupiter. Dans la nomenclature botanique actuelle, aesculus est le nom d’un genre d’arbres de la famille des sapindacées comprenant une trentaine d’espèces, dont les différentes espèces de marronniers. Malgré cet esculus, c’est le sorbier (cormier ou bien sorbier des oiseleurs) qui sera envisagé dans ce chapitre. Le sorbier est chaud et sec, mais sa chaleur n’est pas très bénéfique. Dans son éclat, il est le signe de la simulation. Son écorce, ses feuilles et sa sève ne sont pas d’une grande utilité pour la médecine. Cependant on peut répandre dans les jardins la terre qui se trouve sous cet arbre et autour de ses racines et en joncher les endroits où des chenilles et des papillons mangent et dévastent les légumes. À cause de la dureté de la terre de sorbier, ces insectes partiront et ne pourront se développer à cet endroit. Le fruit de cet arbre alourdit l’homme comme s’il le faisait enfler et prendre du poids. Il déclenche en lui des humeurs, mais il se digère2 sans donner de mucosités3. Ainsi, il n’est ni très utile ni très nocif pour l’homme en bonne santé qui en mange. Mais pour les malades, il ne vaut rien.
Chapitre 8. L’esculus Texte de l’édition de Schott, cité en note du chapitre 8 par la Patrologie L’esculus est chaud et sec. Répandre dans les jardins la terre qui se trouve sous cet arbre, autour de ses racines, et les papillons qui rongent les légumes partiront à cause de la dureté de cette terre et ne pourront se développer à cet endroit. Le fruit de l’esculus n’est ni très utile ni très nocif pour l’homme en bonne santé qui en mange. Mais pour un malade, il ne vaut rien.
Chapitre 9. Le mûrier – De mulbaum Patrologie : Morus nigra. Édition de Schott citée par la Patrologie : Mulberboum. Famille des moracées. Deux identifications proposées : Morus nigra, le mûrier noir ; Morus alba, le mûrier blanc ou mûrier commun, dont les feuilles étaient l’aliment exclusif des vers à soie. Le mûrier est froid dans le bon sens du terme […]4. 1. « kriechen » : une espèce de prunier non identifiée. 2. « se digère » : correction hypothétique de dirigitur (est dirigé) en digeritur (est digéré). Dirigitur n’est pas compréhensible dans le contexte ; la Patrologie le présente ainsi : « dirigitur (sic) ». 3. « mucosités » : slim, humeur glaireuse, pituite… Cf. lexique germanique. 4. Texte altéré, la fin de la phrase est incompréhensible.
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Si on a la gale, faire cuire des feuilles de cet arbre dans de l’eau et prendre un bain dans cette eau. Ou encore se laver énergiquement avec cette eau dans un bain très chaud, faire cela souvent et la peau redeviendra saine. Si on a absorbé du poison, soit en mangeant, soit en buvant, broyer des feuilles de mûrier pour en exprimer le suc, y ajouter un peu moins de suc d’absinthe, y mêler aussi deux fois autant de bon vin pur. Ensuite, faire bouillir le tout, puis, quand la préparation aura refroidi, en boire modérément après les repas : soit on recrachera ce poison en vomissant, soit il passera par les excréments. Le fruit du mûrier a une nature riche. Il ne fait de mal ni aux bien portants ni aux malades. Au contraire, il est plus bénéfique que nocif.
Chapitre 10. L’amandier – De amygdalo Patrologie : Amygdalus communis. Appellations actuelles : Prunus dulcis, Prunus amygdalus, Prunus communis. Famille des rosacées. L’amandier est très chaud et renferme un peu d’humidité. Son écorce, ses feuilles et sa sève n’ont pas grande valeur pour des médicaments, car toute sa force est dans son fruit. Si on a le cerveau égaré [vide], un teint maladif et la tête douloureuse, manger les amandes qui sont à l’intérieur des noyaux de ce fruit. Cela remplit le cerveau et embellit le teint [en manger et on ira mieux]. D’autre part, si on a les poumons malades et le foie affaibli, manger souvent de ces amandes soit crues, soit cuites. Elles donnent et apportent des forces au poumon car elles ne l’oppressent en aucune façon ni ne l’assèchent mais le rendent fort.
Chapitre 11. Le noisetier – De haselbaum Patrologie : Corylus avellana. Édition de Schott citée par la Patrologie : Corylus. Famille des corylacées. Le noisetier est plus froid que chaud. Il n’a pas grande valeur pour la médecine. Il est le signe de la lascivité. Toutefois on peut prendre les boutons dont l’éclosion produit les fleurs, les faire sécher au soleil et les réduire en poudre. Mettre cette poudre à l’endroit où se trouvent des scrofules, et le malade sera guéri. [Si un homme a tendance à avoir des pertes séminales, au point de ne pouvoir engendrer d’enfants, prendre ces mêmes boutons, trois fois moins de renouée poivre d’eau, quatre fois moins de liseron que de renouée et suffisamment de poivre ordinaire. Faire cuire le tout avec le foie d’un jeune bouc déjà prêt à saillir, en ajoutant aussi une bonne quantité de viande de porc crue et grasse. Après avoir enlevé les plantes, donner à manger la viande à cet homme ainsi que du pain qu’il aura trempé dans l’eau de cuisson. S’il suit ce traitement, il aura de nombreux enfants, à moins que le juste jugement de Dieu ne s’y oppose.] Les fruits du noisetier, c’est-à-dire les noisettes, ne font ni beaucoup de mal ni beaucoup de bien à un homme en bonne santé qui en mange, mais ils font du mal à un malade car elles oppressent sa poitrine.
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Chapitre 12. Le châtaignier – De kestenbaum Patrologie : Castanea sativa. Édition de Schott citée par la Patrologie : Castanea. Famille des fagacées. Le châtaignier est très chaud. Il possède de grandes propriétés qui sont mêlées à cette chaleur. Il est le signe du discernement. Tout ce qui est en lui, même son fruit, est bénéfique contre toute maladie en l’homme. Si on est atteint d’arthrite paralysante [si on souffre de paralysie] et qu’on en devient coléreux, car l’arthrite s’accompagne toujours de colère, faire cuire dans de l’eau des feuilles et des fruits de châtaignier avec leur bogue et prendre un bain très chaud avec cette eau. Répéter souvent ce traitement : l’arthrite cessera et on aura un esprit paisible. Si une maladie infectieuse fait mourir les animaux de la ferme, broyer de l’écorce de châtaignier, la mettre dans de l’eau de façon à ce que l’eau en prenne le goût. En donner souvent à boire aux ânes et aux chevaux, aux bœufs, aux moutons, aux porcs et à tous les autres animaux de la ferme : la maladie cessera et ils seront guéris [qu’ils en boivent et la maladie cessera]. Si un cheval, un bœuf ou un âne, ou tout autre animal de cette sorte souffre après avoir trop bu ou trop mangé, lui donner à manger, s’il le peut, des feuilles de châtaignier dans son fourrage. Ou bien, s’il refuse d’en manger, réduire ces feuilles en poudre, mettre la poudre dans de l’eau et lui donner souvent à boire de cette boisson : il guérira. Si on se fabrique un bâton en bois de châtaigner et qu’on le tienne à la main de sorte que la main en est réchauffée, les veines et toutes les fonctions du corps sont renforcées par cette chaleur. Respirer souvent l’odeur de ce bois donne une tête saine. D’autre part, si un homme a le cerveau vide parce qu’il est sec et si cela lui donne des maux de tête, faire cuire dans de l’eau la partie intérieure des châtaignes sans rien ajouter. Puis jeter l’eau et faire manger souvent au malade ces châtaignes à jeun et après les repas. Le cerveau s’en trouve plus développé et plus plein, les nerfs seront fortifiés et les maux de tête cesseront. Si on souffre du cœur, au point que ce dernier ne trouve plus de force et que l’on devient triste, manger souvent des châtaignes crues pour imprégner le cœur de leur suc, comme de la graisse fondue1. Le cœur en est fortifié et le malade retrouve la joie. D’autre part, si on souffre du foie, broyer souvent des châtaignes puis les mettre dans du miel et en manger souvent avec le miel : le foie retrouvera la santé. Si on souffre de la rate, faire griller des châtaignes à feu modéré, puis en manger souvent quand elles sont encore un peu chaudes. La rate en sera réchauffée et elle tend vers une santé parfaite. Si on souffre de l’estomac, faire cuire les châtaignes dans de l’eau à feu vif. Une fois cuites, les écraser dans l’eau en purée, puis, dans une écuelle, mouiller un peu de fleur de farine avec de l’eau, remuer, ajouter à cette farine de la poudre de réglisse et un peu moins de poudre de racines de polypode. Faire cuire le tout avec les châtaignes déjà cuites et préparer une sorte de purée [de ragoût]. Manger de cette préparation : elle purifiera l’estomac tout en le rendant chaud et fort.
Chapitre 13. Le néflier – De nespelbaum Patrologie : Mespilus Germanica (germanica). Famille des rosacées. Le néflier est très chaud. Il est le signe de la douceur. Son écorce et ses feuilles n’ont pas grande valeur pour des médicaments, car ses vertus sont tout entières dans son fruit.
1. « graisse fondue » : traduction hypothétique de smalh, un des mots difficiles de la langue de sainte Hildegarde. Cf. lexique germanique.
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Toutefois, si on souffre de fièvres [quotidiennes, tierces ou quartes], réduire en poudre de la racine de néflier et boire cette poudre dans du vin chaud, à jeun, après les repas et le soir, ainsi que lors d’un accès de fièvre. Pratiquer souvent ce traitement et on sera guéri. Le fruit de cet arbre est utile et bon à la fois pour les bien portants et pour les malades, quelque quantité qu’ils en mangent, car il fait se développer leurs chairs et purifie leur sang.
Chapitre 14 . Le figuier – De fickbaum Patrologie : Ficus carica. Famille des moracées. Le figuier est plus chaud que froid. Il aura toujours de la chaleur tandis que son froid est dépourvu de force. Il est le signe de la crainte. Prendre de l’écorce et des feuilles de figuier, les écraser légèrement et les faire cuire dans de l’eau à feu vif. Puis, prendre également de la graisse d’ours et un peu moins de beurre, et préparer un onguent avec le tout. Si on a mal à la tête, enduire la tête de cet onguent. Si on a les yeux qui suppurent, enduire les tempes et le pourtour des yeux avec cet onguent, sans toutefois qu’il touche l’intérieur de l’œil. Si on souffre de la poitrine, enduire la poitrine ; si on souffre des reins, les enduire de cet onguent, et on ira mieux. Si du bois de figuier brûle dans un feu et que sa fumée atteint quelqu’un, elle lui fait assez de mal pour l’affaiblir. Si quelqu’un tient à la main un bâton en bois de figuier, de la même façon ce bois diminue ses forces et l’affaiblit. D’autre part, le fruit de cet arbre ne vaut rien pour un homme en bonne santé car il le porte au plaisir, lui enfle l’esprit [et lui donne un comportement capricieux]. Il recherche les honneurs et devient cupide. Il aura un comportement capricieux au point de ne pouvoir persévérer dans un même état d’esprit. Même pour le corps, manger de ce fruit s’avère nocif, car il affaiblit les chairs et s’oppose à toutes les humeurs qui sont en l’homme, de sorte qu’il les attire vers le mal comme s’il était leur ennemi. Au contraire, pour un malade, dont le corps est affaibli, il est bon à manger, car cet homme est déjà faible dans son esprit et dans son corps. Qu’il en mange jusqu’à ce qu’il aille mieux, mais ensuite qu’il s’en abstienne. Si un homme en bonne santé veut manger des figues, les faire d’abord mariner dans du vin ou du vinaigre, pour compenser la fragilité de ce fruit. Puis les manger, mais en quantité modérée. Mais pour un malade, il n’est pas nécessaire de faire tremper les figues de cette façon.
Chapitre 15. Le laurier – De lauro Patrologie : Laurus nobilis. Famille des lauracées. Le Laurus nobilis est le seul laurier comestible. Il est aussi appelé laurier d’Apollon, laurier-sauce… Le laurier est chaud et un peu sec. Il est le signe de la constance. Prendre de l’écorce et des feuilles de laurier, les broyer pour en exprimer le suc. Puis, avec ce suc et de la farine de froment, faire des galettes, les écraser et les réduire en poudre. Préparer ensuite un électuaire avec de l’eau et du miel, en y mettant un peu de cette poudre, et en boire. On peut aussi en prendre sous la forme d’une poudre que l’on boit dans du vin. En boire autant que l’on voudra : ce remède purifiera l’estomac de toute infection sans lui faire grand mal. D’autre part, faire cuire dans de l’eau des racines, de l’écorce et des feuilles de laurier, et, avec ces parties de l’arbre, préparer un onguent en leur ajoutant du suif de bouc. Si on a mal à la tête, à la poitrine, au côté, au dos ou aux reins, enduire les endroits douloureux avec cet onguent et on ira mieux.
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Le fruit de cet arbre est très chaud et assez sec. Il peut servir à des médicaments. En effet, si mange souvent de ce fruit cru, il enraye toutes les fièvres. D’autre part, si on est atteint d’arthrite accompagnée de fièvre, réduire ces baies en poudre, y ajouter, pour moitié, de la poudre du fruit qui se forme dans les pommes de pin, ou bien, si on n’a pas de ces pignons, ajouter, pour moitié, du fenugrec en poudre. Mélanger le tout, faire réchauffer dans du vin et boire chaud : l’arthrite et la fièvre disparaîtront. D’autre part, extraire l’huile de ces baies, en enduire les endroits du corps atteints par l’arthrite, et on ira mieux. Si on ajoute à cette huile un tiers de suc de genévrier ou un tiers de suc de buis, elle en sera d’autant plus forte, elle passera encore plus vite à travers la peau pour soigner le mal, et l’arthrite cessera. Si on a mal à la tête, piler ces baies dans un mortier et y verser un peu de vin, puis, avec ce vin, humecter le sommet de la tête, le front, les tempes et la tête entière. Après cela, se couvrir la tête pour qu’elle se réchauffe et se mettre au lit : si forte que soit la douleur, elle cessera. Si on a les poumons infectés, réduire ces baies en poudre, manger souvent de cette poudre avec du pain, et on sera guéri. Si on souffre de l’estomac, faire cuire les baies dans du vin et boire ce vin chaud. Ce remède enlève l’humeur glaireuse1 de l’estomac, le désinfecte et même en chasse la fièvre. D’autre part, quand ces baies sont crues, en extraire l’huile, la mettre en contact avec l’intérieur de l’œil : la vue ne sera plus obscurcie. Si on souffre du cœur, enduire la région du cœur avec cette huile ; si on a le côté ou le dos affaiblis, les enduire également, et on ira mieux. Si on a l’estomac fétide au point de rejeter une salive infecte, préparer des galettes avec cette huile et un peu de farine. Manger de ces galettes : elles purifieront l’estomac ; elles éliminent les humeurs fétides et procurent des humeurs saines2 et bonnes.
Chapitre 16. L’olivier – De oleybaum Patrologie : Olea Europæa (europaea). Famille des oléacées. L’olivier est plus chaud que froid. Il est le signe de la miséricorde. Faire cuire dans de l’eau l’écorce extérieure et les feuilles de cet arbre. Puis préparer un onguent avec l’eau de cuisson et du vieux saindoux. Si l’arthrite provoque des douleurs au cœur, au dos, au côté ou aux reins, enduire de cet onguent les endroits douloureux ; il traverse la peau comme la graisse fondue traverse un pot neuf si on la met dans ce pot près du feu, et grâce à cet onguent, on ira mieux. Si on a l’estomac froid, faire cuire dans de l’eau de l’écorce et des feuilles de cet arbre, puis filtrer l’eau à travers un linge. Prendre ensuite une quantité moindre de résine, moins de myrrhe que de résine, faire fondre sur le feu dans une poêle et ajouter au liquide préparé auparavant. Avec tout cela, préparer un emplâtre, y tremper un tissu de chanvre que l’on posera sur l’estomac ; l’estomac en sera réchauffé et assurera une bonne digestion. L’huile d’olive n’est pas très bonne à consommer, car, si on en prend, elle provoque des nausées et rend les autres aliments désagréables à manger. Elle a cependant des propriétés utiles pour de très nombreux médicaments. Ainsi, dès que l’on vient de préparer cette huile, la faire cuire sur le feu, puis y mettre des roses et des violettes ; de cette façon, elle est efficace contre les diverses fièvres. Comme elle a été cuite sur le feu, il n’est pas nécessaire de la mettre en plus au soleil. Si on souffre d’arthrite, mettre des roses dans cette huile, en enduire les endroits du corps où sévit l’arthrite, et on ira mieux. Si on a mal à la tête ou aux reins, ou si un tumeur se forme d’elle-même sur le corps sans qu’elle soit due à une chute ou à un coup, mettre alors des violettes dans l’huile 1. « humeur glaireuse » : slim. Cf. lexique germanique. 2. « saines » : sainte Hildegarde emploie l’adjectif rectus (droit) qui revient souvent dans son œuvre pour désigner ce qui est conforme à ce qu’il doit être ; ce qui est dans sa juste nature.
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Castanea sativa
Ficus carica
mentionnée précédemment et en enduire les endroits douloureux ; dans le cas de la tumeur, passer l’huile à côté de la tumeur mais pas dessus.
Chapitre 17. Le palmier dattier – De datilbaum Patrologie : Phœnix dactylifera. Famille des palmacées. Le palmier dattier est chaud. Il renferme de l’humidité. Il est gluant comme l’humeur livide1. Il est le signe de la béatitude. Si on souffre de pleurésie, faire cuire dans de l’eau de l’écorce et du bois, ou des fruits2 ou encore des feuilles. Après avoir enlevé l’eau, mettre le bois et les feuilles encore chauds tout autour de la tête. Répéter souvent ce traitement, et on retrouvera l’usage de ses sens. Tant que ses feuilles sont vertes, les faire sécher au soleil, les broyer et les réduire en poudre. Ajouter à cette poudre un peu de sel raffiné et en manger souvent avec du pain. Elle empêchera que de l’infection se déclare à l’intérieur du corps et que se développe du flegme mauvais et abondant. D’autre part, si on fait cuire le fruit de cet arbre et qu’on le mange ainsi, il apporte à l’organisme autant de force que le pain. Cependant, il oppresse facilement le corps et l’alourdit si on en mange trop.
Chapitre 18. Le cédratier – De bontziderbaum Patrologie : Citrus medica, le cédratier. Certains traducteurs proposent le citronnier (Citrus limon). Famille des rutacées. Le cédratier, à savoir celui sur lequel pousse le grand cédrat, et plus chaud que froid. Il est le signe de la chasteté. Si on souffre de fièvres quotidiennes, faire cuire des feuilles de cet arbre dans du vin, filtrer ce vin à travers un linge, en boire souvent et on sera guéri. D’autre part, si on mange des fruits de cet arbre, ils arrêtent la fièvre.
Chapitre 19. Le cèdre ou le genévrier cade – De cedro La Patrologie propose deux arbres de la famille des cupressacées : – Juniperus Phœnicea (phoenicea), le genévrier de Phénicie ; petit arbre des régions méditerranéennes où il peut se rencontrer à côté du cèdre ; – Juniperus Oxycedrus (oxycedrus), le genévrier cade ; c’est le plus courant des genévriers des pays méditerranéens. Toutefois, dans le titre latin du chapitre, le mot cedrus, issu du grec kédros, peut désigner le cèdre (famille des conifères) ou le genévrier cade. Le cèdre est chaud et un peu sec. Il est le signe de l’affermissement. Si on souffre de la rate, broyer des branches et du bois de cet arbre tant qu’il est vert et renferme du suc, réduire le tout en poudre et en faire un électuaire en ajoutant du miel cuit. En manger modérément après les repas et la rate redeviendra saine. Mais après guérison, ne plus manger de cet électuaire. Si on est malade à l’intérieur du corps et si on a de l’infection au-dedans, plonger pendant une nuit ce même bois vert dans du vin pur, de sorte que le vin en prenne le goût. En boire modérément après 1. « l’humeur livide » : livor. Cf. lexique latin. 2. « des fruits » : de stapulis. Ce mot latin est sans doute à rapprocher du grec staphylé (σταφυλή) ou staphylis (σταφυλίς), « grappe de raisin ». Il s’agit ici des dattes, qui se présentent en grappes ou régimes.
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les repas : la maladie et l’infection à l’intérieur du corps disparaîtront et on sera guéri. Mais, une fois que l’on a ressenti à l’intérieur du corps ce retour à la santé, ne plus boire de ce vin. En effet, si un homme en bonne santé mangeait de cet électuaire ou buvait de ce vin, à l’intérieur de son corps il deviendrait dur et raide comme du bois, il deviendrait un homme-arbre, et ainsi il mourrait, car la force de cet arbre est si grande qu’elle ferait du mal à l’homme à l’intérieur de son corps. Si on souffre d’arthrite, manger les fruits du cèdre encore verts : l’arthrite cessera et disparaîtra. Mais, si on ne peut conserver ces fruits verts pendant une année, les réduire en poudre et mettre de cette poudre dans de l’eau. En boire souvent à jeun et l’arthrite cessera.
Chapitre 20. Le cyprès – De cypresso Patrologie : Cupressus semper virens (sempervirens). Famille des cupressacées. Le cyprès est très chaud. Il est le signe du secret de Dieu. Si on souffre de l’estomac, prendre de son bois, soit vert, soit sec, en couper un peu dans du vin et faire cuire. Boire souvent de cette préparation à jeun et on ira mieux. Si on est malade ou affaibli dans tout son corps, faire cuire dans de l’eau des branches avec leurs feuilles. Prendre un bain dans l’eau de cuisson, le faire souvent : on guérira et on retrouvera ses forces. Prendre du bois de la partie médiane qui est le cœur de l’arbre, le porter toujours sur soi. Le diable vous épargnera d’autant plus que cet arbre, à cause de sa nature forte, a une sorte d’excellence parmi tous les autres. En effet le diable s’enfuit en évitant tout ce qui a des vertus, car lui-même n’a aucune vertu1. D’autre part, si un homme est empêtré dans les filets du diable ou de maléfices, prendre de ce même bois qui se trouve dans la partie médiane de l’arbre, le percer avec une tarière. Prendre ensuite de l’eau d’une source vive dans un récipient en terre, la verser par le trou du bois en la prenant dans ce récipient. Pendant qu’on verse l’eau, il faut dire : « Moi, je te verse, toi, l’eau, par ce trou et dans cette vertueuse vertu qui est celle de Dieu, afin qu’avec cette force présente dans ta nature, tu coules dans cet homme dont le bon sens est pris dans des filets, pour que tu détruises en lui tout ce qui s’oppose à lui, pour que tu le remettes dans la juste voie où Dieu l’avait placé, dans son bon sens et un juste savoir. » Puis, pendant neuf jours, donner à boire de cette eau à cet homme quand il est à jeun, car il est tourmenté par le diable, par des apparitions fantastiques ou par des maléfices et pris dans leurs filets. Après cela, il ira mieux. Pendant neuf jours encore, bénir cette eau de la même façon.
Chapitre 21. Le genévrier sabine – De sybenbaum Patrologie : Juniperus Sabina (sabina). Édition de Schott citée par la Patrologie : Savina. Famille des cupressacées. Le genévrier commun, Juniperus communis, fait l’objet du chapitre 43. Le genévrier sabine est plus chaud que froid. Sa chaleur est si forte qu’il garde sa verdeur toute l’année. Il est le signe de l’âpreté. Si on est rongé par des vers, broyer du genévrier sabine pour en exprimer le suc. Ajouter à ce suc un peu de vinaigre et en verser sur les plaies, là où les vers rongent le corps : les vers mourront sans pouvoir survivre. Si on souffre du poumon, au point que les poumons sont empoisonnés et infectés, prendre du suc de genévrier sabine, y mettre de la poudre de réglisse, pour la moitié du poids du suc, et faire cuire dans du vin, après avoir ajouté un peu de graisse. Boire souvent de cette préparation, puis, après en 1. « vertu » : sainte Hildegarde joue sur la polysémie du mot ; force, faculté, propriété, d’une part, et, d’autre part, qualité morale.
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avoir bu, comme elle est amère, boire aussitôt par-dessus une potion au miel1. Ce remède enlève le poison et l’infection des poumons, et on sera guéri.
Chapitre 22. Le buis – De buxo Patrologie : Buxus semper virens (sempervirens). Famille des buxacées. Le buis est chaud. Il est si fort qu’il garde sa verdeur pendant toute l’année. Sa chaleur dépasse même la chaleur du genévrier sabine. De plus, il est sec, et le sec l’emporte en lui sur l’humide. Il est le signe de la générosité. Si on a des éruptions de boutons sur le corps, broyer de l’écorce et des feuilles de buis pour en exprimer le suc. Ajouter à ce suc une quantité un peu moindre de réglisse, faire chauffer le tout dans du vin pur et boire souvent de cette potion chaude. Elle chasse la douleur et les boutons infectés hors du corps, si bien qu’ils n’y repoussent pas. Aussitôt après, mêler au suc mentionné précédemment une quantité un peu plus grande d’huile d’olive, y plonger une plume avec laquelle on enduira doucement le pourtour des boutons et de leur partie rouge2. Répéter souvent ce traitement et on sera guéri. Toutefois, avant d’enduire les boutons de cette façon, il faut toujours boire d’abord de ce suc additionné de réglisse et réchauffé dans du vin, comme il a été dit précédemment, pour éviter que cette onction ne fasse passer dans le corps l’infection extérieure et pour que la potion en fasse sortir l’infection intérieure. En procédant ainsi, on sera guéri. En effet, le suc de cet arbre est sain et fort. C’est pourquoi son bois est lui aussi sain et fort. Quand on fabrique avec ce bois une coupe ou un gobelet et que l’on y verse du vin, de telle sorte qu’il prenne le goût du bois, si on en boit souvent, cela enlève les brûlures d’estomac et clarifie la vue. D’autre part, si on met souvent ce bois en contact avec les yeux, la chair, la tête et les yeux en deviennent d’autant plus sains. [De plus, si on fabrique un bâton en buis, si on le tient souvent en main et si on l’approche souvent de ses narines, ou encore si on en perçoit l’odeur et si on le met en contact avec les yeux, la chair, la tête et les yeux en deviendront d’autant plus sains.]
Chapitre 23. L’épicéa – De abiete Patrologie : Pinus abies. Autre appellation : Picea abies. Famille des pinacées ou abiétacées. L’épicéa est plus chaud que froid. Il renferme de nombreuses propriétés. Il est le signe de la force. En effet, partout où se trouve du bois d’épicéa, les esprits aériens haïssent ces endroits et les évitent plus que les autres lieux. Là, les maléfices et les pratiques magiques ont moins de vigueur et prévalent moins en ces lieux qu’ailleurs. Prendre de l’écorce et des feuilles de cet arbre, puis couper quelques petits morceaux de son bois quand l’arbre est vert, de sorte qu’il n’a pas encore perdu son suc, par exemple en mars ou même en mai. Ajouter de la sauge pour la moitié du poids des ingrédients précédents, puis faire cuire le tout dans de l’eau à feu vif, jusqu’à l’obtention d’une pâte épaisse. Ajouter aussi du beurre préparé en mai avec du lait de vache, puis filtrer à travers un linge et faire un onguent. Si quelqu’un souffre de la tête, s’il a des crises d’arthrite ou le cerveau en furie, ou encore s’il est atteint de frénésie, et s’il a le cœur affaibli par la force de ces accès de maladie, il faut d’abord lui passer de cet onguent sur le cœur, puis, sans tarder, lui raser les cheveux et lui enduire la tête avec l’onguent. Répéter le traitement le deuxième et le troisième jours : sa tête sera guérie et il retrouvera son bon sens. Si on souffre de l’estomac ou de la rate, il faut d’abord enduire la région du cœur de cet onguent pour pallier les défaillances cardiaques ; puis, sans tarder, en passer sur l’estomac, si on souffre de 1. « potion au miel » : honigwurtz. Cf. lexique germanique. 2. « partie rouge » : traduction hypothétique du mot latin (?) ruse, d’après le latin russus, « rouge foncé ».
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l’estomac, et sur la rate, si on souffre de la rate. Avec sa force, l’onguent traversera entièrement la peau et on sera vite guéri. Si on a la poitrine oppressée et que l’on tousse, si en outre on souffre des poumons au point qu’ils se mettent à enfler et à s’infecter, réduire en cendres du bois d’épicéa quand il est encore jeune et qu’il renferme encore du suc, en faisant en sorte de n’y ajouter aucune autre cendre. Ajouter à ces cendres deux fois plus de boucage saxifrage, autant de fenouil que de boucage et moitié moins de réglisse que de boucage. Faire cuire le tout dans du bon vin en ajoutant aussi un peu de miel, passer dans un filtre et préparer une potion [une boisson pure]. En boire souvent, cela dégagera la poitrine, redonnera la santé aux poumons, et on sera guéri. Si des parasites rongent un homme, réduire en poudre sur une tuile chauffée au feu de la graine d’épicéa qui se trouve au sommet, appliquer cette poudre là où les parasites rongent l’homme et les parasites mourront. D’autre part, au moyen d’une autre pierre passée au feu, faire chauffer de nouveau, fortement, la brique sur laquelle les graines ont été réduites en poudre, la poser encore chaude sur les endroits rongés par les parasites, et ces derniers mourront. Si on a la bouche et les lèvres tuméfiées et enflées sous l’effet de quelque maladie, mettre des graines ou des fruits d’épicéa sur une brique chauffée au feu, pour que le tout devienne chaud, mais sans les réduire en poudre. Placer souvent cette préparation chaude sur la bouche : la tumeur et l’enflure cesseront. D’autre part, l’épicéa renferme une chaleur forte et son odeur fait tellement bouillonner les humeurs qui sont en l’homme que celles-ci s’épanchent comme une inondation. On ne doit pas respirer l’odeur de l’épicéa sans lui avoir ajouté quelques épices et quelques plantes odoriférantes, quelle que soit leur espèce, pour ne pas provoquer à l’excès les humeurs qui sont en l’homme mais pour les retenir et les fortifier, pour éviter qu’elles ne se déchaînent comme un tempête accompagnée d’inondation.
Chapitre 24. Le tilleul – De tilia Patrologie : Tilia Europæa (europaea). Famille des tiliacées. Le tilleul a une grande chaleur. Cette chaleur est tout entière dans ses racines et elle monte dans ses branches et ses feuilles. Il est le signe de la fragilité. Si on souffre du cœur, prendre la partie centrale d’une racine profonde de tilleul, la réduire en poudre et manger souvent de cette poudre avec du pain : le cœur ira mieux. D’autre part, enlever l’écorce de cet arbre sur le tronc, mais pas sur les branches, jusqu’à la partie blanche du bois, en été, quand l’arbre est vert. Puis couper des copeaux du bois, et en mettre dans le chaton d’une bague en or. Placer sur le copeau du verre vert, mais pas une autre pierre, en mettant entre le copeau et le verre une toile d’araignée ou du coton, pour que la force du copeau de tilleul ne traverse pas le verre. Porte toujours cette bague à ton doigt, de sorte que la chaleur du doigt monte vers ce copeau et que la force du copeau soit en contact avec le doigt et ses veines. Cette force est très efficace contre toutes les maladies les plus dangereuses qui affectent l’homme, et elle les écarte de lui comme un barrage empêche les eaux en crue de sortir de leur lit, même si ces maladies ne submergent l’homme que modérément. En été, au coucher, se mettre des feuilles nouvelles de tilleul sur les yeux et en couvrir tout le visage. Cette application rend les yeux clairs et purs. Si on est paralysé par de l’arthrite, prendre de la terre qui se trouve autour des racines du tilleul, la mettre dans le feu et, quand elle a chauffé, verser de l’eau par-dessus pour faire un bain chaud. Se baigner ainsi pendant neuf jours et on sera guéri.
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Chapitre 25. Le chêne – De quercu Patrologie : Quercus pedunculata. Autre appellation : Quercus robur. Il s’agit du chêne pédonculé. Famille des fagacées. Le chêne est froid, dur et amer. Cependant peu de choses en lui ont une valeur pleine et entière. Il est le signe de la débauche1. Il est dur et amer, et ne peut rien avoir de tendre en lui. Même ses fruits ne sont pas bons à manger pour l’homme, et même les vers ne mangent pas volontiers son bois. Mais s’ils en mangent, ils s’arrêtent vite et sont malades. Cependant quelques animaux disgracieux [vigoureux], comme les porcs, s’en nourrissent et s’en engraissent. Ni le bois ni les fruits du chêne n’ont de valeur pour des médicaments.
Chapitre 26. Le hêtre – De fago Patrologie : Fagus silvestris. Autre appellation : Fagus sylvatica. Il s’agit du hêtre commun. Famille des fagacées. Le hêtre est dans un juste équilibre entre le chaud et le froid qu’il renferme à part égale ; et ces deux qualités sont bonnes en lui. Il est le signe de l’enseignement. Quand les feuilles du hêtre commencent à pousser mais ne sont pas encore complètement développées, aller près de l’arbre, saisir une branche de la main gauche en tenant un petit couteau dans la main droite, et dire : « Je coupe ta verdure parce que tu rectifies toutes les humeurs de l’homme qui se détournent vers la voie préjudiciable et impropre de la bile jaune, par le Verbe vivant qui a fait l’homme sans en éprouver de regrets. » Tenir la branche dans la main gauche pendant que l’on prononce ces paroles, puis la couper avec le couteau d’acier, la garder tout le long de l’année et faire cela chaque année. Si, au cours de l’année, on a la jaunisse, couper un petit fragment de cette branche, le mettre dans un petit récipient, verser dessus, à trois reprises, et prononcer à chaque fois les paroles qui vont suivre tout en versant le vin sur les fragments de hêtre : « Par la sainte ligature2 de la sainte incarnation par laquelle Dieu s’est fait homme, enlève de cet homme X la douleur de la jaunisse. » Puis faire chauffer dans une casserole3 ou dans un creuset le vin avec les copeaux que l’on a coupés, et le donner à boire chaud au malade, à jeun, pendant trois jours. Il sera guéri, à moins que Dieu ne le veuille. Si on a des frissons de fièvre, prendre des fruits du hêtre, dès qu’ils commencent à pousser, les mélanger dans de l’eau pure, de l’eau de source, et prononcer ces paroles : « Par la sainte ligature de la sainte incarnation par laquelle Dieu s’est fait homme, toi, le frisson, vous, les fièvres, faites baisser votre froid et votre chaud en cet homme X. » Puis donner de cette eau à boire au malade. On en préparera pendant cinq jours, et si on a des fièvres quotidiennes ou quartes, on en sera vite libéré, à moins que Dieu ne le veuille.
1. Cf. lexique latin, à nequidam. 2. « la ligature » : le texte présente le mot scinctura qui est inconnu en latin. La Patrologie propose de lire soit scissura, « coupure », « division », « séparation », soit cinctura, « ceinture », sens qui a permis, par exemple, à un traducteur de parler du « ventre saint de la sainte Incarnation ». En latin médiéval, cinctura peut désigner les langes du nouveau-né. On pourrait comprendre qu’il s’agit ici des langes de l’enfant Jésus en qui le Verbe s’est incarné. Le choix de cinctura semble le plus probable. Mais un objet est difficile à imaginer dans le contexte de l’Incarnation ; en effet, les théologiens disent qu’il n’y a pas de cause instrumentale de l’Incarnation dans le domaine créé. La cinctura de la Sainte Trinité pourrait désigner le lien, la puissance de l’union des natures (divine et humaine) dans la personne du Verbe, la ligature de ces deux natures. 3. « une casserole » : cf. lexique latin à patella.
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D’autre part, prendre aussi de la racine de hêtre, quand elle apparaît à la surface du sol, enlever l’écorce externe de cette racine, en couper autant que l’on peut en prendre en une seule coupe, et dire : « Par la première apparition lors de laquelle Dieu vit un homme dans la racine de Mambré1, brise les flots du poison de l’homme et éloigne la mort de lui. » Puis couper à nouveau autant que l’on peut de cette racine par une seconde coupe et prononcer les mêmes paroles. Enfin, de la même manière, pratiquer une troisième coupe de cette racine, de façon à en réaliser en tout trois coupes pour ne pas en manquer pendant l’année. Garder ces morceaux de racines pendant une année entière, et procéder ainsi chaque année. Et si, au cours de l’année, on a des éruptions de boutons sur le corps, couper en une seule coupe un peu de ces racines, les mettre dans un petit récipient et verser dessus, à trois reprises, un peu d’eau de source pure, en prononçant chaque fois ces paroles : « Par la première apparition lors de laquelle Dieu a été baptisé dans le Jourdain2, à travers ce poison et sans faire mourir cet homme X, enlève de lui toute la perfidie de cette infection, de même que la vie de Jésus a été pure. » Donner cette eau à boire au malade, à jeun, pendant trois jours, et chaque jour qu’il en boira, préparer le remède comme il a été dit précédemment : le malade sera libéré de ces éruptions de boutons, à moins que Dieu ne s’y oppose. Si on prépare une purée de jeunes feuilles de hêtre, encore fraîches, elle ne fait pas mal à celui qui en mange. Si on mange le fruit du hêtre, il ne fait pas de mal, mais il fait grossir. Édition de Schott citée en note par la Patrologie, avec la mention « très bref » (brevissime) : Le hêtre se trouve dans un bon équilibre de chaleur. Si on prépare un ragoût avec des feuilles de hêtre encore jeunes et s’il en mange, s’il mange aussi des fruits du hêtre, cela ne lui fait pas de mal, mais le fait grossir. Si un âne souffre de la tête, on doit mettre devant lui des cendres chaudes de hêtre qui ont servi à préparer une lessive, et faire en sorte que leur fumée passe par la bouche et les naseaux de l’âne quand il s’avance.
Chapitre 27. Le frêne – De asch Patrologie : Fraxinus excelsior. Édition de Schott citée par la Patrologie : Fraxinus. Famille des oléacées. Il s’agit du frêne élevé ou frêne commun. Le frêne est plus chaud que froid. Il est le signe de la réflexion. Si quelqu’un souffre d’arthrite soit dans le côté, soit dans une autre partie du corps, et qu’il a l’impression d’avoir tous les membres brisés et broyés, faire cuire des feuilles de frêne dans de l’eau. Puis mettre le malade nu sur un drap de lin et, après avoir enlevé l’eau, l’entourer partout, en particulier sur les endroits douloureux, de ces feuilles cuites, encore chaudes. Répéter souvent ce traitement et le malade ira mieux. Si on veut préparer de la bière d’avoine sans houblon, la faire cuire avec seulement du gruau d’avoine, en y ajoutant un bon nombre de feuilles de frêne. Cette bière purge l’estomac de celui qui en boit, rend sa poitrine légère et lui donne une sensation de bien-être. [Si des chèvres contractent quelque maladie, leur donner souvent à manger des feuilles de frêne, et elles guériront.]
1. Cf. Genèse 18, 1. 2. Cf. Marc 1, 9-11.
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Chapitre 28. Le tremble – De aspa Patrologie : Populus tremula. Édition de Schott citée par la Patrologie : Tremulus. Famille des salicacées. Le tremble est aussi appelé peuplier tremble. Le tremble est chaud. Il est le signe de l’excès. Si un enfant encore au berceau présente souvent des plaies avec des épanchements de sang entre la peau et la chair, et que cela le fait beaucoup souffrir, prendre de jeunes feuilles de tremble encore fraîches, les placer sur un tissu de lin d’une seule épaisseur, puis envelopper l’enfant avec ces feuilles et ce tissu et le mettre à dormir. Le couvrir de vêtements pour le faire suer. La vertu de ces feuilles fait sortir le mal et l’enfant sera guéri. D’autre part, si on souffre d’arthrite ou si on a l’estomac froid, prendre de l’écorce de cet arbre quand il est vert, ainsi que la partie extérieure du bois jusqu’au cœur de celui-ci, sans toucher à la partie même qu’on appelle le cœur. Couper le tout en petits morceaux et faire cuire dans de l’eau. Puis verser cette eau avec les morceaux de bois dans un baquet et y prendre un bain. Répéter souvent le traitement : l’arthrite disparaîtra, de même l’estomac froid sera réchauffé, et, dans les deux cas, on ira mieux. Au mois de mai, prendre de l’écorce de cet arbre et la partie extérieure du bois jusqu’au cœur. Couper en petits morceaux et broyer le tout dans un mortier pour en exprimer le suc. Ajouter ce suc à la préparation des onguents, ils en seront d’autant plus efficaces contre les maladies qui affectent l’homme à la tête, dans le dos, les reins, l’estomac et toutes les autres parties du corps ; et ils s’opposeront d’autant plus aux humeurs mauvaises.
Chapitre 29. L’aulne – De arla Patrologie : Alnus glutinosa. Édition de Schott citée par la Patrologie : Alnus. Famille des bétulacées. Cet arbre est aussi appelé aulne commun ou aulne glutineux, ainsi que vergne ou verne. L’aulne est plus froid que chaud. Il est le signe de l’inutilité. Il est sans grande utilité pour des médicaments. Cependant, si on a quelques ulcères sur la peau, mettre sur ces ulcères de jeunes feuilles d’aulne encore fraîches et, pour quelque temps, cela adoucit le mal.
Chapitre 30. L’érable sycomore – De ahorn Patrologie : Acer pseudoplatanus. Édition de Schott citée par la Patrologie : Platanus. Famille des sapindacées, anciennement acéracées. Cet arbre est aussi appelé faux platane, grand érable, sycomore, mais cette dernière appellation peut désigner également le figuier sycomore (Ficus sycomorus). L’érable sycomore est froid. De plus, il est sec. Il est le signe de la terreur. Si on a des fièvres quotidiennes et persistantes, faire cuire dans de l’eau des branches de cet arbre avec leurs feuilles. Ensuite, prendre des bains fréquents avec cette eau, puis, dès que l’on sort du bain, broyer l’intérieur de l’écorce pour en exprimer le suc. Verser ce suc dans du vin pur et le boire froid, après le bain. Répéter souvent ce traitement : les fièvres cesseront, les infections et leurs tempêtes1 disparaîtront. 1. « tempêtes » : sainte Hildegarde emploie souvent ce type d’image où les phénomènes naturels (tempêtes, inondations…) servent à représenter les perturbations du corps humain. Ces correspondances entre macrocosme et microcosme sont explicitées dans la préface du Livre des plantes.
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Si on souffre d’arthrite dans ses membres, prendre du bois de cet arbre, le chauffer fortement sur le feu, puis le mettre encore chaud sur les endroits douloureux et l’arthrite sera chassée. Ou bien, si on ne peut supporter le morceau de bois entier, en prendre des copeaux encore chauds, les mettre sur les endroits douloureux en les fixant avec un bandage serré, et on ira mieux. D’autre part, si on a les narines enflées à la suite de quelque maladie, faire chauffer à feu vif de la terre qui se trouve autour des racines de cet arbre, la mettre, le soir, contre les narines en la faisant tenir avec un bandage serré, puis rester couché ainsi un petit moment. Répéter souvent ce traitement : l’enflure disparaîtra et on ira mieux. La Patrologie signale en note qu’à partir de « Si on souffre d’arthrite… » le texte ne concorde pas avec celui de l’édition de Schott qui est le suivant : Quand un homme est pris d’accès de fièvre aiguë, qu’il prenne ce remède, il sera bien soulagé et parviendra plus facilement à transpirer. Racler dans de l’eau froide du bois de platane1 et deux fois plus de saule sec, puis ajouter autant d’aigremoine. Boire souvent de cette eau et la douleur s’apaisera. Si on prolonge ce traitement jusqu’aux cinquième ou au sixième jour, il n’agira plus ensuite. Si on souffre de paralysie en quelque endroit du corps, faire chauffer fortement du bois de cet arbre, le mettre chaud sur l’endroit douloureux et on ira mieux. D’autre part, si on a les narines enflées, faire chauffer à feu vif de la terre qui se trouve autour des racines du platane, la mettre, le soir, sur les narines, puis rester couché ainsi un petit moment et on ira mieux.
Chapitre 31. L’if – De ybenbaum Patrologie : Taxus baccata. Édition de Schott citée par la Patrologie : Taxus. Famille des taxacées. Taxus baccata est le nom de l’if commun. L’if est plus froid que chaud. De plus, il est sec. Il est le signe de la joie. Quand son bois brûle dans le feu, ni la vapeur [l’humidité] ni la fumée qui en sortent ne sont nocives. En effet, si on a les narines et la poitrine oppressées à cause d’humeurs mauvaises, inhaler la fumée de ce bois par les narines et par la bouche. Ainsi, les humeurs mauvaises se dissoudront aisément et doucement, puis disparaîtront sans danger pour le corps. Si on fabrique un bâton avec ce bois et qu’on le tient en main, il est bénéfique et utile pour la réussite de celui qui le porte et pour la santé de son corps.
Chapitre 32. Le bouleau – De bircka Patrologie : Betula alba. Édition de Schott citée par la Patrologie : Vibex. Famille des bétulacées. Betula alba ou pubescens est le nom d’un bouleau très répandu en Europe. Le bouleau est plus chaud que froid. Il est le signe du bonheur. Si on a sur le corps la peau qui commence à rougir ainsi qu’une éruption de boutons [ou si on commence à avoir des pustules qui enflent], au point qu’une grosseur tend à se former et des vermines à grouiller, prendre des bourgeons de cet arbre et les faire chauffer soit au soleil, soit près du feu. Puis, les mettre encore chauds sur les endroits douloureux en les faisant tenir avec un linge serré et la grosseur disparaîtra.
1. « platane » : dans l’édition de Schott, l’arbre de ce chapitre est identifié avec le terme platanus.
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Quercus robur
Betula alba
Chapitre 33. Le pin sylvestre – De fornhaff Patrologie : pas d’identification botanique. Identification proposée : Pinus sylvestris. Famille des pinacées ou abiétacées. Le pin sylvestre est plus chaud que froid. De plus, il est humide. Il est le signe de l’affliction et n’a pas de bonheur dans sa nature. D’autre part, son suc a beaucoup de valeur pour les onguents et les collyres. Ainsi, quand on prépare des onguents, leur ajouter de la sève de rameaux de cet arbre : ils en seront plus forts et meilleurs. Ou encore, si on fait des collyres, leur ajouter un peu de ce même suc : il fait briller les yeux en les rendant lumineux et clarifie la vue. Par lui-même et utilisé seul, le pin sylvestre n’a de valeur propre pour aucun médicament, car son suc serait par lui-même trop fort s’il n’était pas équilibré par d’autres ingrédients. Cependant, si une maladie infectieuse s’attaque au bétail et le tue, mettre de jeunes branches de pin sylvestre devant les animaux, pour qu’ils en respirent l’odeur. Mener le bétail là où poussent ces arbres pour que leur odeur passe par les naseaux des animaux. Alors ils se mettront à tousser et à expulser l’infection qui se trouve dans leurs naseaux et dans leur tête. Ainsi la maladie qui s’attaque à eux disparaîtra. Toutefois, il faut veiller à ce que ces animaux ne goûtent pas à ces arbres, pour éviter qu’ils ne soient malades et n’en souffrent.
Chapitre 34. Le fusain – De spynelbaum Patrologie : Euonymus Europæus (Euonymus europaeus). Famille des célastracées. Le fusain est plus froid que chaud. Il est le signe de la générosité et il a du bonheur dans sa nature. Si on est atteint d’hydropisie, enlever l’écorce de cet arbre et le bois qui se trouve à l’intérieur, y mettre le feu et en faire des cendres, sans leur ajouter des cendres d’autres origines. Ensuite mettre ces cendres dans un nouet que l’on plongera dans du vin pur depuis le matin jusqu’à midi. Boire souvent de ce vin à jeun, il vient à bout de cette maladie. Si on souffre de la rate, faire cuire dans du vin pur du fruit qui pousse sur cet arbre, filtrer à travers un linge et en boire souvent : la rate guérira. Si des vers rongent le ventre d’un homme et si on ressent des piqûres dans le ventre, boire souvent de cette même boisson et on ira mieux.
Chapitre 35. Le charme – De hagenbucha Patrologie : Ulmus campestris. Identification proposée : Carpinus betulus. Famille des bétulacées. Carpinus betulus désigne le charme commun. Ulmus campestris, proposé par la Patrologie, désigne l’orme champêtre ou ormeau, English elm pour les anglophones. Le nom germanique figurant dans le titre semble plus proche du nom allemand du charme : Hagebuche ou Hainbuche. Le charme est plus froid que chaud. Il manifeste de la prospérité dans sa nature. Prendre des rameaux de charme avec leurs feuilles encore vertes et les faire cuire dans du lait de vache ou de brebis, mais pas dans du lait de chèvre. Ensuite, après avoir retiré les rameaux et les feuilles, préparer un aliment avec le lait en y ajoutant de la farine ou des œufs. Les femmes qui font souvent des fausses couches et toutefois ne sont pas stériles mais fécondes, doivent consommer souvent du lait ainsi préparé. Il est très bénéfique pour leur fécondité et pour conserver leur enfant. D’autre part, faire cuire dans de l’eau des rameaux de cet arbre avec leurs feuilles. Préparer un bain avec cette eau et y plonger celui qui perd la raison. Puis, après lui avoir rasé les cheveux, tremper un tissu de lin dans l’eau du bain, et avec ce tissu humide et chaud, lui réchauffer la tête sans s’arrêter. | 145
Quand il sera sorti du bain, l’étendre sur un lit, puis faire cuire dans de l’eau des fruits de cet arbre et, après avoir retiré l’eau, mettre les fruits cuits, encore chauds, sur la tête du malade en les fixant avec un linge afin qu’il dorme ainsi. Répéter souvent le traitement : le malade ira mieux et retrouvera son bon sens. Si on a des taches suspectes sur le corps, couper des copeaux de bois de charme, sous l’écorce, les chauffer au feu, les mettre encore chauds sur ces taches et elles disparaîtront. D’autre part, il est bon et utile pour un homme d’avoir toujours du bois de cet arbre près de lui. En effet, si le bois de charme et d’autres arbres qui manifestent de la prospérité comme il a été dit plus haut, brûle dans le foyer d’une maison, les esprits aériens et les illusions diaboliques quittent la maison et s’enfuient en évitant ce lieu, car ils sentent ici la présence de la prospérité. Si on veut, quand vient le soir, passer la nuit dans une forêt ou s’y reposer au milieu de la journée, il faut s’allonger sous un charme ou à l’ombre de cet arbre et y dormir. Là, les esprits malins exerceront beaucoup moins leurs tromperies et leurs horribles pratiques. D’autre part, sous les autres arbres dans la nature desquels se manifeste de la prospérité, on peut s’étendre et se reposer en évitant les horribles pratiques du diable ; toutefois, c’est surtout sous le charme qu’on peut le faire.
Chapitre 36. Le saule – De wida Patrologie : Salicis species. Le genre Salix comprend environ trois cent cinquante espèces. Famille des salicacées. Le saule est plus froid que chaud. Il est le signe des vices, parce qu’il semble être beau. Il est peu utile pour les hommes, mais sert toutefois à traiter certains problèmes externes. Il est sans valeur pour des médicaments. En effet, son fruit et son suc sont amers et ne sont pas bénéfiques pour l’homme car, si on en mangeait, ils provoqueraient de la mélancolie1 et la feraient croître, ils rendraient l’intérieur du corps amer et feraient diminuer la santé et la joie.
Chapitre 37. Le saule marsault – De salewida Patrologie : Salix caprea (le texte porte la mention fautive de carrea). Famille des salicacées. Le saule marsault a la même nature et les mêmes propriétés que le saule précédent.
Chapitre 38. La bourdaine – De folbaum Patrologie : pas d’indication. L’allemand moderne Faulbaum désigne l’arbuste appelé Frangula alnus ou Rhamnus frangula. Famille des rhamnacées. La bourdaine n’a ni une bonne chaleur ni un bon froid. Elle est sans valeur pour la médecine et n’a aucune utilité, ni elle ni son fruit. Elle est sans utilité comme la mauvaise herbe.
Chapitre 39. Le saule blanc – De felbaum Patrologie : pas d’indication. Identification difficile. Marie-Louise Portmann propose Silberweide : Salix alba, le saule blanc. Famille des salicacées. Le saule blanc est plus froid que chaud. Il est sans valeur pour des médicaments et n’a pas d’utilité pour l’homme. 1. « mélancolie » : la bile noire, une des humeurs.
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Si on mange son fruit, celui-ci fait du mal et porte atteinte à la santé, car il augmente en l’homme les humeurs mauvaises et froides, à cause de la nocivité qui est en lui.
Chapitre 40. Le cornouiller – De erlizbaum Patrologie : pas d’identification botanique, mais indication du nom de l’arbre dans l’édition de Schott : Cornus. Identification proposée : Cornus mas, le cornouiller mâle. Famille des Cornacées. Le cornouiller est chaud et sa chaleur est agréable. Il renferme une douce humidité. Prendre de l’écorce, du bois et des feuilles de cornouiller, les faire cuire dans de l’eau et préparer un bain avec tout cela. Si quelqu’un est atteint d’arthrite paralysante, que ce soit un enfant, un jeune homme ou un homme d’âge mûr, qu’il se baigne souvent dans ce bain, qu’il se plonge dans de tels bains et qu’il le fasse en été, quand l’arbre est encore vert. Ce remède favorisera très bien le retour à la santé de l’enfant et du jeune homme ; pour l’homme d’âge mûr, il sera assez bénéfique, pas autant toutefois que pour l’enfant et le jeune homme ; mais tous iront mieux. Le fruit de cet arbre ne fait pas de mal à celui qui en mange. D’autre part, il purge et fortifie l’estomac et il est bénéfique pour la santé de l’homme.
Chapitre 41. L’érable champêtre – De mascel Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Acer campestre. Famille des acéracées. L’érable champêtre a une chaleur nocive et dangereuse. Même le froid qu’il renferme est nocif. Son bois, son suc et ses feuilles sont impropres à tous les usages de l’homme et dangereux pour sa santé. Ils mettent l’homme en péril en l’entraînant vers le désir, car ils excitent le désir en l’homme. Si on mangeait de son fruit, on en serait malade. D’autre part, ni le feu de son bois ni sa fumée ne sont bénéfiques pour la santé de l’homme.
Chapitre 42. Le myrte – De mirtelbaum Patrologie : Myrtus communis, le myrte commun. Famille des myrtacées. Le myrte est plus chaud que froid. Si des scrofules se déclarent chez un homme, faire cuire, avant qu’elles n’éclatent, des feuilles de myrte dans de l’eau, puis les mettre souvent, encore chaudes, sur les scrofules qui disparaîtront. Mais, si les scrofules ont éclaté, réduire en poudre des rameaux de myrte avec leurs feuilles, mettre souvent de cette poudre sur les scrofules qui se dessécheront. Si on veut préparer de la bière, faire cuire des feuilles et des fruits de cet arbre avec la bière. Celle-ci sera saine et ne fait pas de mal à celui qui en boit.
Chapitre 43. Le genévrier – De wacholderbaum Patrologie : Juniperus communis. Famille des cupressacées. Le genévrier est plus chaud que froid. Il est le signe de l’excès. Prendre le fruit du genévrier, le faire cuire dans de l’eau que l’on filtrera à travers un linge. Ensuite, ajouter à cette eau du miel, un peu de vinaigre et de réglisse et moins de gingembre que de réglisse. Faire cuire le tout une nouvelle fois, passer dans un filtre et préparer une potion que l’on boira | 147
souvent aussi bien après un repas qu’à jeun. Ce remède adoucit et réduit les douleurs de la poitrine, des poumons et du foie. D’autre part, prendre des rameaux de genévrier encore verts, les faire cuire dans de l’eau et se baigner dans cette eau, comme dans un bain chaud. S’y baigner souvent atténue en l’homme les mauvaises fièvres de toutes sortes. La Patrologie cite en note le texte de l’édition de Schott, en précisant : non concordat (« ne concorde pas ») : Le genévrier est chaud. Faire cuire dans de l’eau ses rameaux verts, préparer un bain chaud avec cette eau et s’y baigner souvent : cela atténue les fièvres de toutes sortes. Si on a la tête si saine et si forte que les humeurs mauvaises sont incapables de faire du mal au cerveau, mais que, toutefois, elles provoquent de l’infection dans les poumons, faire cuire dans un bon vin pur des baies de genévrier, deux fois plus de saponaire1 et deux fois plus de pyrèthre que de saponaire. Mettre le tout dans un pot en y ajoutant de l’aunée crue coupée en petits morceaux. Boire de ce vin, aussi bien à jeun qu’après un repas, jusqu’à ce qu’on soit guéri.
Chapitre 44. Le sureau – De holderbaum Patrologie : Sambucus nigra, le sureau noir. Famille des caprifoliacées ou des adoxacées, selon une classification plus actuelle. Le sureau est plus chaud que froid. Il a très peu de valeur pour les usages de l’homme, à l’exception de son fruit qui, seul, peut servir à l’être humain. Toutefois, si on a la jaunisse, se mettre dans un bain chaud en posant des feuilles de sureau sur des pierres chauffées au feu2 et en versant de l’eau par-dessus. Puis mettre des pousses de sureau dans du vin pur, de façon à ce qu’il prenne le goût du sureau, et boire un peu de ce vin tant qu’on est dans ce bain. Au sortir du bain, se mettre au lit pour transpirer. Répéter souvent ce traitement et on guérira.
Chapitre 45. L’épine-vinette – De meltzboum Patrologie : pas d’indication. La Patrologie a pour titre Meltzboum mais, au début du chapitre, nomme l’arbre Gelbaum, tout en signalant que l’édition de Schott le nomme Meltzboum. Identification proposée : Berberis vulgaris, l’épine-vinette. Famille des berbéridacées. L’épine-vinette est plus froide que chaude. Elle n’a aucune verdeur. Elle est le signe du combat. Elle est contraire à la nature humaine, de sorte que si un homme goûtait de quelque façon, soit de son suc, soit de son fruit, il en retirerait de nombreux maux. Ainsi, il perturberait la chaleur de son estomac, recracherait ou vomirait ses aliments à cause du froid de ce suc. L’épine-vinette n’est bénéfique ni pour l’homme, ni pour les animaux. Elle n’a pas non plus beaucoup de valeur pour des médicaments, mais est seulement bonne à brûler. Toutefois, si on a des scrofules sur le corps, prendre des bourgeons, ou plutôt les fruits de l’épinevinette au moment où ils se forment et les écraser dans un peu de vin, ajouter trois fois moins de poudre de terre de taupe et mélanger le tout. Puis faire cuire cette préparation dans une poêle et en faire un onguent. Enduire souvent les scrofules avec cet onguent, avant qu’elles n’éclatent, et elles disparaîtront. Si les scrofules ont éclaté, réduire en poudre les fruits naissants de l’épine-vinette, mettre cette poudre sur les scrofules ouvertes, elles se dessécheront. 1. « saponaire » : le texte utilise le mot lanaria. Les Romains désignaient par lanaria herba une plante servant à dégraisser la laine. Il s’agit soit de la saponaire, soit de la gaude ou réséda des teinturiers. 2. Les « pierres chauffées au feu » servaient à chauffer l’eau du bain.
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Chapitre 46. Le cornouiller sanguin – De hartbrogelbaum Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Cornus sanguinea. Famille des cornacées. Le cornouiller sanguin est plus froid que chaud. Il est le signe de l’art bref. Il n’est pas très bénéfique pour l’homme, car, avec lui, l’homme ni ne grandit, ni ne se fortifie, ni ne se nourrit. Il ne sert pas non plus pour des médicaments.
Chapitre 47. L’orme – De iffa Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Ulmus campestris. Autre appellation : Ulmus minor. Famille des ulmacées. L’orme a une chaleur semblable à la chaleur d’été. En effet il n’est ni très chaud, ni très froid, mais tempéré. Si on souffre d’arthrite, faire du feu avec son bois uniquement, se chauffer sans tarder près de ce feu, et l’arthrite cessera sur l’heure. D’autre part, si quelqu’un a la langue paralysée par l’arthrite au point de ne pouvoir parler, mettre dans de l’eau froide de jeunes feuilles d’orme encore fraîches, en donner à boire au malade et il recouvrera l’usage de la parole. Si on a une éruption de boutons sur le corps, boire souvent de cette eau imprégnée de feuilles et les boutons disparaîtront. D’autre part, si on fait du feu avec du bois d’orme uniquement, que l’on y fait chauffer de l’eau et que l’on prenne un bain dans cette eau, cela chasse la méchanceté et la malveillance, rend bienveillant et donne un esprit joyeux. De plus, cet arbre a de la prospérité dans sa nature, si bien que les esprits aériens ne pourront à travers lui pratiquer leurs hallucinations, leurs méfaits et leurs tromperies, en déchaînant leur colère et en se livrant à de nombreux combats.
Chapitre 48. L’harbaum (?) – De harbaum Patrologie : pas d’indication. Identification difficile. Une hypothèse a été formulée : traubenkirsche, « le cerisier à grappes », mais elle reste incertaine. L’harbaum a une chaleur semblable à la chaleur d’été et qui est tempérée en lui. Il est le signe de l’audace. Si on est atteint de petite ou de grande gale, broyer des feuilles de cet arbre dans de la graisse de porc fraîche, faire fondre le tout dans une poêle et s’en enduire souvent : la gale diminuera et on sera guéri. D’autre part, si on fait cuire dans de l’eau des rameaux de cet arbre avec leurs feuilles, en ajoutant de la rue, plus de sauge que de rue et plus de fenouil que de sauge, si on en boit, après avoir filtré le tout, ce remède chasse très souvent les fièvres et les infections et redonne la santé.
Chapitre 49. Le troène – De schulbaum Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Ligustrum vulgare, le troène commun. Famille des oléacées. Le troène est froid. Il est comme de la mauvaise herbe. Il est sans valeur pour des médicaments. D’autre part, son suc et ses fruits sont nocifs pour l’homme qui les utiliserait. En effet, si un homme mangeait de ses graines et de ses fruits, ce serait pour lui comme du poison.
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Chapitre 50. Le pruma (?) – De pruma Patrologie : mention du nom de l’arbre dans l’édition de Schott, mirica. Arbre non identifié. Des hypothèses ont été proposées : Sarothamnus scorparius, le genêt à balais ; Tamarix sp., le tamaris. Le pruma est très chaud. Si on a la lèpre, écraser du pruma dans les mains pour en exprimer le suc et s’en enduire souvent aux endroits atteints par la lèpre. Ce remède atténue la lèpre et la rend plus supportable. D’autre part, faire cuire des fleurs de pruma dans du beurre de lait de vache et préparer ainsi un onguent dont on s’enduira souvent : la lèpre diminuera. De plus, si on a la vue obscurcie et affaiblie, regarder des fleurs de prymen1 jusqu’à ce que les yeux en soient humides. Puis, poser les fleurs sur les yeux et dormir ainsi. Répéter souvent ce traitement : il clarifie la vue. Si les yeux sont sains, le traitement est bon et sain ; s’ils sont malades, le traitement est bon et bénéfique et les rendra sains.
Chapitre 51. L’agenbaum (?) – De agenbaum Patrologie : pas d’indication. Arbre non identifié. La ressemblance (lointaine) entre agenbaum et hagedorn a permis de proposer l’hypothèse de l’aubépine. Mais cette paronymie n’est pas probante. L’agenbaum n’a ni une bonne chaleur, ni un bon froid, comme les mauvaises herbes, de sorte que ni son suc ni son fruit n’ont de valeur pour des médicaments ni pour un autre usage.
Chapitre 52. L’églantier – De hyffa Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Rosa canina. Famille des rosacées. L’églantier est très chaud. Il est le signe de l’affectivité. Si on souffre du poumon, broyer de l’églantier avec ses feuilles, ajouter du miel cru, faire cuire le tout en enlevant fréquemment l’écume, puis filtrer à travers un linge, préparer une potion et en boire souvent. Ce remède enlève l’infection du poumon, le purifie et le guérit. D’autre part, si on fait brûler uniquement du bois d’églantier, et qu’on prépare une lotion avec ses cendres, quand on se lave la tête avec celle-ci, on aura la tête saine et forte sous l’effet de la bonne chaleur2 du suc d’églantier. Si on a un corps sain, avec seulement des maux d’estomac, faire cuire des fruits de l’églantier3, en manger souvent : ce remède purge l’estomac de l’humeur glaireuse4. Mais si on a tout le corps affaibli, ces fruits ne sont pas bons à manger cuits car ils lui feraient mal à l’estomac ; en effet, quand on est dans cet état, l’estomac est comme flétri. Mais si on veut manger un peu de ces fruits crus et mous, ils sont meilleurs, dans ce cas, que si on les mangeait cuits ou crus et durs. Si on a le corps totalement sain, manger de ces fruits ne fait aucun mal, qu’ils soient crus ou cuits.
1. « prymen » : autre graphie pour pruma, mais qui ne permet pas davantage l’identification de l’arbre. 2. « chaleur » : le texte dit couleur mais la confusion entre calor et color se rencontre plusieurs fois dans le texte de la Patrologie. 3. « fruits de l’églantier » : le texte dit d’abord de fructu tribulorum, « du fruit des tribules », mais le mot tribulorum est aussitôt interprété par hanelpeffe qui désigne les fruits de l’églantier en vieil allemand. Le fruit de l’églantier est appelé cynorhodon (en grec, « rose des chiens), ce qui rappelle le nom botanique latin de l’églantier, Rosa canina, ou plus familièrement gratte-cul. 4. « humeur glaireuse » : slim. Cf. lexique germanique.
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Chapitre 53. Le prunellier – De spinis Patrologie : Prunus spinosa. Famille des rosacées. Sainte Hildegarde désigne la plante par le mot pluriel spinae, « les épines », « les arbustes épineux ». Le prunellier est plus chaud que froid. De plus, il est sec. Il est assimilé à l’arrogance. Si on est paralysé par de l’arthrite, au point d’en perdre le bon sens et la raison, et qu’on a les membres paralysés [on commence à boiter], ou encore qu’on en perd la raison parce qu’on a les membres paralysés [on commence à boiter]1, prendre du prunellier vert ou ancien et faire brûler de son bois uniquement. Ensuite ajouter à ses cendres de la poudre de clous de girofle et deux fois plus de poudre de cannelle que de poudre de clous de girofle ; ajouter du miel pur et cuit, ainsi que du vin, de sorte que les cendres dépassent d’un tiers la quantité de poudre de clous de girofle, et de même avec la poudre de cannelle. Préparer ainsi une potion dont on boira une petite quantité à jeun et dont on prendra une bonne quantité après les repas. Répéter souvent ce traitement. L’arthrite cessera, de sorte qu’on retrouvera son bon sens et l’usage de ses membres. En effet, cette boisson vaut mieux que de l’or. Le fruit du prunellier, à savoir la prunelle, doit être adouci avec du miel. En manger souvent et l’arthrite cessera. D’autre part, si on souffre de l’estomac, faire griller des prunelles à la flamme ou les faire cuire à l’eau, et en manger souvent. Ce remède enlève les impuretés et l’humeur glaireuse2 de l’estomac. Si on mange les noyaux des prunelles, cela ne fera pas de mal. Si des parasites3, et non d’autres vers, rongent un homme à l’intérieur de son corps, prendre les noyaux à l’intérieur des prunelles, les faire sécher au feu dans un récipient en terre cuite, puis les réduire en poudre. Mettre cette poudre sur les endroits rongés par ces parasites, et non par d’autres vers, verser ensuite quelques gouttes de vin par-dessus, et les parasites mourront.
Chapitre 54. La vigne – De vite Patrologie : Vitis vinifera. Famille des ampélidacées ou vitacées. La vigne a une chaleur de feu ainsi que de l’humidité. Or ce feu est si fort que son suc prend une autre sorte de saveur que celle des autres arbres et des autres plantes. C’est pourquoi, aussi, ce grand feu rend son bois si sec qu’il est pratiquement différent des autres bois. La vigne est un bois qui sort de terre tordu et ressemble beaucoup aux arbres. Comme la terre, avant le Déluge, était friable ou pulvérulente, elle ne produisait pas de vin4. Mais quand la terre eut été arrosée et fortifiée par le Déluge, elle produisit du vin, car la terre actuelle est par rapport à la terre antédiluvienne comme de la pierre granuleuse par rapport à la terre actuelle. D’autre part, si on a les gencives infectées et les dents malades, mettre des cendres chaudes de vigne dans du vin, comme si on voulait fabriquer de la lessive. Puis se laver les dents et les gencives avec ce vin et le faire souvent : les gencives guériront et les dents seront solides. Même si on a les dents saines, cette préparation leur sera bénéfique et elles embelliront.
1. « paralysés… boiter » : le texte utilise le verbe allemand lamet, à rapprocher de deux verbes en allemand moderne, lähmen, « paralyser », et lahmen, « boiter ». L’édition de Schott, citée entre crochets, propose le verbe latin claudicare, « boiter ». Mais le contexte suggère de conserver le sens de « paralyser ». 2. « humeur glaireuse » : slim. Cf. lexique germanique. 3. « parasites » : le texte présente le mot cancer, mais il est difficile d’en définir ici le sens précis. 4. « vin » : sans doute métonymie pour désigner la vigne. Dans la Bible, la culture de la vigne apparaît pour la première fois avec Noé, après le Déluge. Genèse 9, 20-21 (texte de la Vulgate) : « Noé, qui était agriculteur, commença de travailler la terre et planta une vigne. Buvant du vin, il s’enivra… »
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Si on a des ulcères sur le corps ou une blessure provenant d’un coup, ajouter à du bon vin pur un tiers d’huile d’olive. Quand on voit que l’ulcère ou la blessure, au deuxième ou au troisième jour, sont infectés et se mettent à noircir, alors, s’il s’agit d’un ulcère ou d’une blessure importants, réchauffer un peu le vin mêlé d’huile mentionné précédemment et y plonger un tissu de lin. Avec ce tissu imbibé, frotter l’ulcère ou la blessure, jusqu’à ce que l’infection s’atténue. Si l’ulcère ou la blessure sont de moindre importance, tremper une plume dans ce vin mêlé d’huile, froid, sans le faire réchauffer. Et, avec la plume, nettoyer légèrement l’ulcère ou la blessure, jusqu’à ce que l’infection s’atténue. La Patrologie cite en note le texte de l’édition de Schott, en précisant : « Le texte de l’édition est très différent » : La vigne a une chaleur de feu. Si on a la vue obscurcie, s’enduire les paupières avec les gouttes qui coulent de la vigne quand on coupe ses sarments et en laisser pénétrer un peu dans les yeux. Répéter souvent ce traitement : il clarifie la vue à coup sûr. En effet, dès que l’on a coupé les sarments de vigne, les gouttes qui coulent alors de l’incision depuis le matin jusqu’à midi, sont bonnes et utiles pour clarifier la vue. C’est pourquoi il faut aussi les recueillir dans un flacon en leur ajoutant de l’huile d’olive. Si on a mal aux oreilles ou à la tête, s’enduire de cette préparation et on ira mieux. Si on tousse et que l’on souffre de la poitrine et de l’estomac, couper des sommités de sarments avec leurs feuilles, au moment où les fleurs commencent à éclore, et les faire cuire dans de l’eau à feu vif. Puis filtrer à travers un linge, boire souvent de cette eau à jeun et après les repas, et on ira mieux. Pour qu’un homme ivre reprenne ses esprits, si on est en automne, entourer son front, ses tempes et sa gorge avec des sarments d’une vigne encore verte, pourvus de jeunes feuilles : l’homme en sera rafraîchi. D’autre part, si on a les gencives infectées et les dents malades, mettre des cendres chaudes de vigne dans du vin. Puis se laver les dents et les gencives avec ce vin. Faire cela souvent et on sera guéri. Quant au vin qui provient de la vigne, s’il est pur, il donne un sang bon et sain à celui qui en boit, mais si ce vin est trouble, il donne un sang mauvais et comme parsemé de cendres. Le vin fort de Franconie1 provoque comme des tempêtes dans le sang. C’est pourquoi, si on veut en boire, il faut l’adoucir avec de l’eau. Mais il n’est pas nécessaire de couper le vin du Hunsrück2 avec de l’eau, car ce vin contient naturellement de l’eau. S’humecter les paupières, au coucher, avec du vin pur de Franconie, en veillant à ce qu’il n’entre pas en contact avec l’intérieur des yeux. Ce remède enlève l’infection qui se colle aux yeux des dormeurs et qui obscurcit la vue. Si on se laisse aller à la colère ou à la tristesse, faire réchauffer sans tarder du vin sur le feu, puis le couper avec de l’eau froide, et on se sentira mieux. Si on souffre d’incontinence urinaire parce qu’on a l’estomac froid, boire souvent du vin réchauffé sur le feu, ajouter du vinaigre à tous les aliments et en boire souvent de quelque façon qu’on pourra.
Chapitre 55. L’arbre à la goutte – De gichtbaum Patrologie : Pas d’indication. Arbre non identifié. « L’arbre à la goutte » est la transposition littérale de gichtbaum. L’arbre à la goutte est très chaud. Sa verdeur et son suc ne valent rien par eux-mêmes, si on ne leur ajoute d’autres plantes ou d’autres ingrédients. En effet si on effectue cette adjonction, sa verdeur et son suc seront bien meilleurs et auront plus de valeur pour des médicaments.
1. La Franconie, région incluse dans le land de Bavière, est une des plus grandes régions viticoles d’Allemagne. 2. Hunsrück : massif montagneux en Rhénanie Palatinat où se trouve le site célèbre de la vallée de la Glan, objet du chapitre 10 du Livre II des Physica : le Livre des éléments.
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Salix sp.
Cornus mas
Les arbres tirent leur verdeur de leur moelle, de même que l’homme tire sa vigueur de la sienne. Si la moelle d’un arbre a été endommagée, l’arbre en sera affecté.
Chapitre 56. La fumée – De fumo La fumée du bois des arbres, c’est leur humidité. En effet, quand le bois est brûlé au feu, l’humidité qu’il renferme en sort par la fumée. Pour certains, la fumée du bois des arbres est nocive. Elle fait du mal à l’homme. Elle provoque des ulcérations dans la chair des yeux et obscurcit beaucoup la vue. La fumée qui s’élève du chêne oppresse la poitrine de l’homme et en dessèche l’intérieur. La fumée du hêtre ne fait pas autant de mal que celle du chêne, bien qu’elle soit nocive. La fumée du tremble resserre la chair qui entoure les yeux de l’homme et provoque des maux de tête.
Chapitre 57. La mousse – De mose Quand les arbres commencent à vieillir, parce qu’ils commencent à perdre leur verdeur intérieure ; ou bien s’ils sont jeunes, mais affaiblis à l’intérieur par un accident fortuit, ils se mettent à rejeter à l’extérieur, vers l’écorce, la verdeur saine qu’ils devraient avoir à l’intérieur. Ainsi la mousse qui pousse sur certains arbres renferme des propriétés médicinales, alors qu’une autre sorte de mousse du genre de celle qui pousse sur les bois pourris n’a pratiquement aucune vertu médicinale. En effet, la pourriture qui se trouve dans les humeurs fétides des toits, ainsi que des bois et des pierres pourris, s’en échappe et se développe dans la mousse. C’est pourquoi cette sorte de mousse n’a pratiquement aucun caractère bénéfique. Si on a un membre atteint par de l’arthrite, prendre de la mousse qui pousse soit sur le poirier, soit sur le pommier, soit sur le hêtre. Lui ajouter un tiers de [...]1 et faire cuire le tout à feu doux dans de l’eau. Ensuite, jeter l’eau et mettre cette préparation encore chaude sur l’endroit atteint par l’arthrite. Répéter souvent le traitement et l’arthrite cessera. D’autre part, quand on est brûlant et frissonnant de fièvre, si on met sur soi de la mousse des toits ou de bois pourris, on en souffre quelque peu pendant un certain temps, puis on ressentira en soi cette chaleur plus brièvement, cependant on ne sera pas guéri de ces accès de fièvre.
Chapitre 58. L’onguent d’Hilarion – De unguento hilarii Onguent qu’Hilarion l’Égyptien2 a fait connaître, agissant contre les douleurs des deux côtés, quelles qu’elles soient, contre les douleurs de poitrine et contre l’arthrite. Prendre des feuilles de pêcher, le même poids de sysemera3, trois fois moins de basilic que de sysemera et le même poids de plantain que de basilic. Faire cuire le tout dans de l’eau à feu doux, puis filtrer en pressant fortement ces plantes encore gorgées d’eau dans un linge. Prendre ensuite de l’huile de laurier, deux fois plus de suif de cerf et trois fois moins de vieux saindoux que de suif. Faire chauffer 1. Texte apparemment altéré. 2. Hilarion l’Égyptien : il s’agit vraisemblablement de saint Hilarion dont saint Jérôme a raconté la vie. Moine retiré au désert dès l’âge de quinze ans, il mena une vie très ascétique. Il naquit en Palestine, près de Gaza, où se déroula une grande partie de sa vie monastique. Il vécut aussi en Égypte, à Alexandrie, puis en Sicile, en Dalmatie et à Chypre où il mourut vers 372. 3. « sysemera » : végétal ou substance végétale non identifiés. Le chapitre 37 du Livre des plantes et le chapitre 59 du Livre des arbres (chapitre suivant) sont consacrés à la sysemera.
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à feu doux, dans une poêle, tous ces ingrédients avec l’eau filtrée précédemment. Puis laisser refroidir et préparer un onguent. Enduire de cet onguent le côté douloureux, le passer souvent sur les endroits douloureux de la poitrine et sur les endroits atteints par l’arthrite, et on ira mieux.
Chapitre 59. La sysemera – De sysemera Au sujet de ce qu’on appelle sysemera. Quand le soleil au printemps monte vers l’été et quand il descend vers l’hiver, l’air est semblable à du vin fermenté et il émet une sorte de substance blanche1. Recueillir donc autant que l’on pourra de cette sysemera et si on a une taie ou un orgelet qui poussent sur l’œil, appliquer souvent la sysemera sur l’œil, et il guérira. Et lorsque des vers rongent ou commencent à ronger la chair d’un homme, poser sur cet endroit cette substance blanche de l’air ; les vers ne vont pas plus loin, mais ils meurent.
Chapitre 60. Contre les scrofules – Contra scrophulas Contre les scrofules qui n’ont pas encore éclaté, prendre un peu d’excréments secs et durs, évacués après la digestion par un homme ou une femme sains et forts. Les étaler sur un tissu de lin que l’on mettra sur les scrofules. Puis sur ce morceau de tissu, attacher un pansement enduit de suif de bouc. Tenir le tout attaché serré pendant deux ou trois jours et autant de nuits. Renouveler ensuite les excréments humains et répéter souvent le traitement : les scrofules disparaîtront. D’autre part, mettre souvent du sang séché d’hirondelle2 ou du foie séché de vautour sur les scrofules : elles disparaîtront.
Chapitre 61. Le palmier dattier – De palma Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Phoenix dactylifera, le palmier dattier. Famille des arécacées ou palmacées. C’est la famille des palmiers, qui comprend plus de deux cents genres. Le palmier dattier est chaud et humide. Si on souffre de pleurésie, broyer de l’écorce, du bois et des feuilles de cet arbre pour en exprimer le suc. En boire souvent dans du vin chaud et on sera guéri. Si on mange souvent le fruit de cet arbre, cela enraye la pleurésie. Si un homme est atteint de frénésie, faire cuire dans de l’eau du bois et des feuilles, et mettre le tout, encore chaud, tout autour de la tête du malade. Répéter souvent le traitement et l’homme retrouvera son bon sens. Si on fait cuire le fruit de cet arbre et qu’on en mange, il apporte au corps une force presque aussi grande que le pain ; mais il alourdit facilement la poitrine.
1. « substance blanche » : Hildegarde emploie le mot albugo, utilisé chez Pline l’Ancien où il désigne une taie blanche sur l’œil et, d’autre part, des squames sur la tête. 2. « hirondelle » : certains traducteurs comprennent « sangsue». En latin classique, les deux mots se ressemblent : hirudo, génitif hirudinis, la sangsue ; hirundo, génitif hirundinis, l’hirondelle. Le texte de la Patrologie présente ici le mot yrundinis qui semble être le même que hirundinis. Au chapitre 127 du Livre des plantes, un remède a pour ingrédient le sanguis yrudinis, « sang de sangsue ». Mais peut-être ne s’agit-il que d’un seul et même remède. Il faudrait alors unifier les graphies.
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Chapitre 62. L’épicéa – De picea Patrologie : pas d’indication. Identification proposée : Pinus picea (Pinus abies, Picea abies). Famille des pinacées ou abiétacées. L’épicéa est chaud et humide. Si une épidémie mortelle s’abat sur le bétail, mettre de jeunes branches d’épicéa devant les animaux pour qu’ils en perçoivent l’odeur, ou encore conduire les animaux sous ces arbres : ils se mettront à tousser et à expulser ainsi l’infection. Cependant il faut veiller à ce que les bêtes ne goûtent pas de cet arbre, de peur que cela ne leur fasse mal.
Chapitre 63. L’églantier – De tribulo Patrologie : pas d’indication. Le nom de tribulus ne renvoie sûrement pas au Tribulus terrestris, le tribule terrestre, de la famille des zygophyllacées. On peut surtout constater de grandes ressemblances avec le chapitre 52 consacré à l’églantier, où le fruit de l’églantier est appelé fructus tribulorum, le « fruit des tribules ». L’églantier est très chaud. Si on prépare une lotion avec des cendres provenant seulement du bois d’églantier, quand on se lave la tête avec cette lotion, si on a la tête saine, elle sera encore plus saine et plus forte. Si on a un corps sain, avec seulement des maux d’estomac, faire cuire des fruits de l’églantier1, en manger souvent : ce remède purgera l’estomac. Mais si on a tout le corps affaibli, ces fruits ne sont pas bons à manger.
Explicit Liber III de arboribus Fin du Livre III consacré aux arbres
1. « fruits de l’églantier » : le texte dit de fructu tribulorum, « du fruit des tribules » ; or le mot tribulorum est interprété, au chapitre 52, par hanelpeffe qui désigne les fruits de l’églantier en vieil allemand.
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Annexes 1. À propos du Livre I Correspondances entre les plantes, les arbres, les pierres et le corps humain
La théorie des humeurs (cf. annexe 3) Sainte Hildegarde a recours à la théorie des humeurs utilisée dès l’Antiquité grecque, depuis Hippocrate (460-370 av. J.-C.), jusqu’au xviiie siècle de l’ère chrétienne. Les humeurs sont très souvent évoquées dans les chapitres consacrés aux plantes.
Dans la Préface sont nommés trois liquides organiques :
Plantes, arbres, pierres
Corps humain
Plantes comestibles
Chair
Sève des arbres fruitiers
Sang
la sueur de la terre
produit
les plantes nocives
Bois stériles
Sanie
l’humeur de la terre
produit
les plantes bénéfiques
Lianes
Veines
le suc de la terre
produit
la vigne et les arbres fruitiers
Pierre
Os
Humidité des pierres
Moelle des os
Pierres qui couvrent les toits
Ongles des mains et des pieds
Plantes qui poussent à partir de l’air
Cheveux
Plantes qui poussent à partir du vent
Sueur
Suc des plantes nocives
Déjections
Dès l’Antiquité, ces correspondances entre la nature et l’homme, entre macrocosme et microcosme, avaient été établies. En voici un bref exemple dans l’esthétique baroque du poète latin Ovide (43 av. J.-C.-17 ap. J.-C.), au Livre IV des Métamorphoses (vers 657-662). Le géant Atlas est pétrifié par la tête de Méduse que lui tend Persée : « Atlas devient une montagne aussi grande qu’il était. Sa barbe et ses cheveux se transforment en forêts. Ses épaules et ses mains sont des crêtes et ce qui fut auparavant sa tête est le plus haut sommet de la montagne. Ses os deviennent de la pierre. Alors, élevé dans toutes les parties de son corps, il prend une stature immense, c’est vous, dieux, qui l’avez décidé, et le ciel tout entier, porteur de tant de constellations, reposa sur lui. »
La terre est donc caractérisée par ces trois liquides qui produisent la végétation : les plantes et les arbres, avec leur caractère bénéfique ou nocif. Sainte Hildegarde a montré, au début de la Préface, ce que révèle l’existence de plantes bénéfiques et de plantes nocives. Elle montre ici l’origine du bénéfique et du nocif dans la végétation, à partir des trois liquides de la terre. L’humeur et le suc de la terre sont bénéfiques. L’humeur (humor) de la terre est un terme très vague. La suite du Livre montre l’existence d’humeurs bénéfiques et d’humeurs nocives dans l’homme comme dans les plantes ; certaines sont nommées par des termes précis, comme le flegme, la pituite, la bile noire. Dans les chapitres, le suc est souvent extrait des plantes en les broyant dans un mortier, pour être utilisé dans les remèdes. Ce suc bénéfique des plantes peut nous éclairer sur ce que peut représenter le suc de la terre ou le suc de l’homme que sainte Hildegarde compare ensuite au suc des plantes cultivées. La sueur est considérée comme mauvaise, de même que l’écume que l’on rencontre à la fin de la Préface. Ainsi, la Préface prépare la suite du Livre en accordant un grand rôle à ces liquides organiques, nommés « humeurs » de façon générale et dont « l’humeur de la terre » est un cas particulier, au même titre que « le suc de la terre » et « la sueur de la terre ». La théorie des humeurs repose aussi sur quatre qualités premières, le chaud, le froid, le sec et l’humide, rattachées aux quatre éléments primordiaux : –– l’air : le chaud, –– la terre : le froid,
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–– le feu : le sec, –– l’eau : l’humide. Sainte Hildegarde affirme la présence de ces qualités dans les plantes : « Toute plante est soit chaude, soit froide, et pousse avec ces qualités. » En plus du chaud et du froid, souvent présentés comme qualités premières, le sec et l’humide seront représentés dans les chapitres. Mais une remarque importante vient s’ajouter :
toujours avec la numérotation et le titre des chapitres de la présente édition. Cf. Table des plantes détaillée, dans les pages qui précèdent la Préface. Capitula Traduction des chapitres du Livre des plantes 1
Triticum
Le blé
2
Siligo
Le seigle
3
Avena
L’avoine
4
Ordeum
L’orge
5
Spelta
L’épeautre
6
Pisa
Le pois
7
Faba
La fève
8
Lens
La lentille
9
Hirse
Le millet commun
10
Venich
Le millet des oiseaux
11
Hanff
Le chanvre
12
Rato
La nigelle cultivée
13
Balgon
Le galanga
14
Cituar
La zédoaire
15
Ingeber
Le gingembre
16
Pyper
Le poivre
17
Komel
Le cumin
18
Bertram
Le pyrèthre
19
Liquiricium
La réglisse
20
Cynamomum
La cannelle
21
Nux muscata
La noix muscade
22
Rosa
La rose
23
Lilium
Le lis
24
Psilium
Le plantain
25
Spica
La lavande aspic
26
Cubebo
Le poivre cubèbe
27
Gariofiles
Le clou de girofle
28
Cristiana
L’hellébore noir
29
Lunckewurtz
La pulmonaire
30
Hirtzunge
La scolopendre
31
Entiana
La grande gentiane
32
Quenula
Le serpolet
Chapitres
33
Andron
Le marrube
34
Hirtzsibam
La truffe du cerf
Note : à la suite de la Préface, le texte de la Patrologie présente une Table des chapitres qui ne concorde pas
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Lavendula
La lavande
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Fenigræcum
Le fenugrec
« – la chaleur des plantes représente l’âme, – leur froid représente le corps. » Donc, les plantes, avec leurs qualités premières, représentent une structure de l’être humain. Leurs propriétés et leurs vertus médicinales n’agissent pas seulement sur le plan du corps, ce qui induit déjà une lecture particulière des chapitres et de leurs prescriptions médicales. Sainte Hildegarde dit la nécessité d’un équilibre entre le chaud et le froid (et ce qu’ils représentent). Toute sa thérapeutique repose sur l’équilibre des qualités premières, équilibre qu’elle nomme le plus souvent temperamentum. La lecture des chapitres permet de voir de façon plus particulière comment, avec les propriétés d’une plante, on peut rééquilibrer les fonctions de l’être humain, compenser les manques, contrebalancer les agressions des maladies et des réalités nocives, pour rétablir l’équilibre initial qu’est la santé. Plusieurs chapitres montrent la relation de certaines plantes avec le monde des esprits, en particulier des esprits aériens et des démons. La fin de la Préface déclare, d’une façon plus générale, que « les arômes les plus puissants et les arômes les plus amers » ont la faculté de repousser les esprits malins. Cette faculté est attribuée, dans les chapitres, à des plantes bien précises, notamment aux plantes amères. Sainte Hildegarde présente souvent l’amertume d’une plante comme une qualité médicinale importante. Les dernières phrases font référence à l’existence de plantes maléfiques et diaboliques, utilisées dans la sorcellerie et les pratiques magiques. Leur caractère maléfique est lui aussi lié à une humeur mauvaise : elles « renferment pour ainsi dire l’écume des éléments ». Cette Préface définit les relations et correspondances entre l’homme et l’univers qui l’entoure, en particulier le règne végétal. Sainte Hildegarde part de la place de l’homme dans la Création pour montrer ce que les plantes révèlent sur l’humain à différents niveaux de l’être et comment leurs vertus médicinales s’inscrivent dans les rapports d’équilibre, de similitude et d’antagonisme qui régissent les créatures.
158 |
37
Sysemera
La sysemera
79
Alleum
L’ail
38
Pefferkrut
La grande passerage
80
Alsla
L’échalote
39
Scherling
La ciguë
81
Porrum
Le poireau
40
Ganfora
Le camphre
82
Onlauch
L’oignon
41
Anfora
L’oseille
83
Omnis lauch
La ciboulette
42
Huszwurtz
La joubarbe
84
Kole
Le chou
43
Schickwurtz
La bryone
85
Wieszgras
Non identifiées
44
Wuntwurtz
La vulnéraire
86
Kurbesza
La courge
45
Sanicula
La sanicle
87
Stutgras
Non identifiées
46
Heilheubt
Le colchique
88
Pedema
Non identifiée
47
Farn
La fougère
89
Ruba
La rave
48
Haselwurtz
L’asaret
90
Retich
Le radis
49
Herba Aaron
L’arum
91
Latheca
Les laitues
50
Humela
Non identifiée
92
Wilde latheca
Les laitues scaroles
51
Woolffswurtz
L’euphorbe
93
Senff
La moutarde des champs
52
Dolo
La belladone
94
Synape
La moutarde
53
Danwurtz
Le pissenlit (?)
95
Alant
L’aunée
54
Brackewurtz
L’euphorbe réveille-matin
96
Papaver
Le pavot
55
Funffblat
La quintefeuille
97
Babela
La mauve
56
Mandragora
La mandragore
98
Cletta
La bardane
57
Winda
Le liseron
99
Distel
Le chardon
58
Boberella
L’alkékenge
100
Urtica
L’ortie
59
Binsuga
Le lamier blanc ou la mélisse
101
Wegerich
Le plantain
60
Sonwirbel
La chicorée sauvage
102
Minna
Non identifiée
61
Huppo
Le houblon
103
Viola
La violette
62
Lilim
Non identifiée
104
Melda
L’arroche
63
Selba
La sauge
105
Ganderebe
Le lierre terrestre
64
Ruta
La rue
106
Stawurtz
La citronnelle
65
Ysopus
L’hysope
107
Biboz
L’armoise
66
Veniculum
Le fenouil
108
Cle
Le trèfle des prés
67
Dille
L’aneth
109
Wermut
L’absinthe
68
Petrosilinum
Le persil
110
Bils
La jusquiame noire
69
Apium
Le céleri
111
Reinam
La tanaisie
70
Kirbela
Le cerfeuil
112
Doste
L’origan
71
Pungo
La véronique cressonnière
113
Garve
L’achillée millefeuille
72
Crasso
Le cresson alénois
114
Agrimonia
L’aigremoine
73
Burncrasse
Le cresson de fontaine
115
Ditlampnus
Le dictame
74
Wurtzel
Le pourpier
116
Metra
La grande camomille
75
Bachmintze
La menthe aquatique
117
Musore
La piloselle
76
Major mintza
La menthe sylvestre
118
Swertula
L’iris
77
Minor mintza
La menthe des champs
119
Mirredich
Le raifort
78
Romische mintza
La menthe romaine
120
Adich
L’hièble
| 159
121
Nachtschade
La morelle noire
163
Storcksnabel
Le géranium des prés
122
Bingula
Le souci
164
Benedicta
La benoîte
123
Wullena
Le bouillon blanc
165
Risza
La garance
124
Gamandria
La germandrée
166
Museta
Le lichen
125
Centaurea
Le bleuet
167
Bircwurtz
La tormentille
126
Poleya
La menthe pouliot
168
Astrentia
L’impératoire
127
Beonia
La pivoine
169
Ertpeffir
La renouée poivre d’eau
128
Battenia
La bétoine
170
Waltpeffir
La myrtille
129
Sichterwurtz
La patience
171
Vickbona
Le lupin blanc
130
Basilia
Le basilic (?)
172
Kichgera
Le pois chiche
131
Bebinella
Le boucage saxifrage
173
Wisela
La lentille bâtarde
132
Alba sichterwurtz
La patience blanche
174
Wichim
La vesce cultivée
133
Ageleia
L’ancolie
175
Semen lim
La graine de lin
134
Frideles ouga
Le myosotis
176
Balsamita
La tanaisie des jardins
135
Springwurtz
L’euphorbe épurge
177
Stritgras
Non identifiées
136
Berwurt
Le fenouil des Alpes
178
Stimir
Non identifiée
137
Steinbrecha
La rue des murailles
179
Agrestis lactuca
La laitue vireuse
138
Ugera
Non identifiée
180
Berla
Le chervis
139
Grintwurtz
La chélidoine
181
Pasonata
Le panais
140
Liebestuckel
La livèche
182
Berich
La bourrache
141
Ebich
Le lierre
183
Spica
La lavande aspic
142
Ybisca
La guimauve
184
De diversitate fungorum
Les divers champignons
143
Denemarka
La valériane
185
Wizwurtz
La ficaire
144
Nabeta
La cataire
186
Aloe
L’aloès
145
Cranchsnabel
Le bec-de-grue
187
Thus
L’encens
146
Consolida
La grande consoude
188
Mirra
La myrrhe
147
Byerverwurtz
L’aristoloche
189
Balsamum
Le baumier
148
Grensnig
La potentille ansérine
190
Mel
Le miel
149
Morcrut
La parnassie des marais
191
Ezucker
Le sucre
150
Gensecrut
La potentille ansérine
192
Lac
Le lait
151
Linsano
La graine de lin
193
Butirum
Le beurre
152
Hunsarem
Le mouron des oiseaux
194
Sal
Le sel
153
Nyesewurtz
L’hellébore noir
195
Acetum
Le vinaigre
154
Gechte
L’herbe à la goutte
196
Merada
Le pain trempé
155
Ysena
La verveine
197
Ova
Les œufs
156
Satereya
La sarriette
198
Pix
La poix
157
Woulfesglegena
L’arnica
199
Hartz
La résine
158
Simesz
Le mouron des oiseaux
200
Sulfur
Le soufre
159
Qunckus
Le jonc
201
Semperviva
La bourrache
160
Meglana
Le muguet
202
Brionia
La bryone
161
Dornella
La potentille tormentille
203
Polipodium
Le polypode
162
Scharleya
La sauge sclarée
204
Vehedistel
Le chardon Marie
160 |
Acer campestre
Sambucus nigra
202
Brionia
La bryone
206
Weyth
Le pastel
207
Hymelsluszel
La primevère
208
Major hufflatich
Le pétasite
209
Minor hufflatich
Le tussilage pas-d’âne
210
Plionia
La pivoine (?)
211
Rasela
Le rhinante crête de coq
212
Dorth
Le brome
213
Cardo
Le chardon
Dans l’édition de la Patrologie, la Table des chapitres des pages précédentes est suivie de la mention : Incipit liber primus – Début du livre premier Avec l’incipit, commence la succession des 230 chapitres qui constituent le Livre des plantes. Dans cette liste de 230 plantes, certaines ne sont pas identifiées. Pour d’autres, l’identification est difficile et diffère selon les traducteurs et les commentateurs. Les éditions donnent parfois deux appellations (une en latin, l’autre dans l’allemand utilisé par Hildegarde) qui ne s’accordent pas toujours. Cependant, une grande partie de la liste reste fiable. Dans la liste des plantes, on trouve des doublons (chapitres faisant double emploi) et des intrus (chapitres 178 à 188 : miel, sucre, lait, beurre, sel, vinaigre, pain trempé, œufs, poix, résine, soufre).
Présentation des plantes Chaque plante est présentée selon le plan suivant (avec des variantes) : ––la plante est d’abord présentée avec sa qualité dominante : chaude, froide, sèche, humide, avec toutes les nuances et combinaisons possibles (cf. préface du Livre des plantes) ; ––référence fréquente à un des quatre éléments (eau, air, terre, feu), notamment dans l’évocation des conditions de croissance de la plante ; ––utilité ou toxicité pour l’homme ; valeur alimentaire et médicinale ; ––indication et prescriptions ; préparations de remèdes ; ––parfois, indications vétérinaires ; conclusion optimiste : la guérison ou l’amélioration doit suivre le remède. Hildegarde ajoute parfois : « si Dieu le veut » ou « à moins que Dieu n’en décide autrement ».
Dans le Livre des arbres (Livre III), à ce plan s’ajoute une relation de l’arbre avec une disposition intérieure (sentiment, vice, vertu, etc.). Exemples : ––chap. V : le pêcher a en lui une similitude avec l’envie ; ––chap. VI : le cerisier a une similitude avec le jeu qui a un aspect joyeux et qui est en même temps nocif ; ––chap. VII : le prunier est plus chaud que froid, il est également sec et piquant comme l’épine ; il représente la colère ; ––etc.
Composition du Livre I, identification des plantes On ignore comment a été composé le Livre des plantes et s’il existe un principe déterminant l’ordre de succession des 230 plantes. On peut certes trouver quelques groupes cohérents. Par exemple, les cinq premiers chapitres sont consacrés aux céréales qu’il n’est pas surprenant de voir figurer en tête d’un vaste ensemble de plantes. D’autres séries regroupent des épices ou des plantes potagères ; mais il existe plus de successions disparates que de séries cohérentes. La présentation par groupes proposée ci-dessous permet des synthèses provisoires, des comparaisons au moins aussi intéressantes pour les séries disparates que pour les groupes cohérents. Dans la présentation de ces groupes de plantes est abordé, quand cela est nécessaire, le problème de leur identification.
Remarques sur la préface du Livre des plantes La préface du Livre I des Physica de sainte Hildegarde est un très beau texte qui appellerait des commentaires développés. Nous relèverons seulement quelques points particuliers. Dès le début, la végétation est replacée dans le contexte du dessein divin à l’égard de la Création et de l’homme en particulier. La Création est mise à la disposition de l’homme : « tous les éléments le servaient », dans une coopération parfaite, réciproque, mais située dans un autre temps (les verbes du début du texte sont au passé), avant la Chute. Ainsi la végétation (créée au 3e jour de la Création : Genèse 1, 11-13) est offerte à l’homme, comme dans la Genèse 1, 29. Sainte Hildegarde établit ces perspectives sans recourir explicitement au texte biblique.
| 161
La première phrase affirme que l’homme, créé à partir de la terre, est « une autre terre ». Ceci rappelle le jeu de miroir entre macrocosme et microcosme, exprimé dès l’Antiquité. Dans la fameuse lettre où Gargantua établit le programme du savoir que doit acquérir son fils Pantagruel, il écrit (à propos de la médecine) : « acquiers-toy parfaicte congnoissance de l’aultre monde, qui est l’homme ». Dans ce texte, la botanique occupe aussi une grande place, puisque Pantagruel doit connaître « tous les arbres, arbustes et fructices des foretz, toutes les herbes de la terre… ». Mais le plus important reste la correspondance de la nature, et de la végétation en particulier, avec l’être humain. Ceci est éclairé par un exemple significatif : –– les plantes bénéfiques sont l’image des comportements spirituels de l’homme ; –– les plantes nocives sont l’image de ses comportements mauvais, voire diaboliques. Ainsi, les plantes illustrent le dessein divin qui laisse à l’homme la liberté de choix entre sa vocation divine et le refus du plan divin qu’implique la pratique du mal et le recours au diabolique. On voit donc, dès le début de ce Livre I, l’intérêt pédagogique et révélateur des plantes. Leurs vertus sont beaucoup plus que médicinales, elles jouent sur le plan spirituel : c’est sans doute à ce niveau-là qu’elles soignent et qu’il faut lire tous les chapitres du Livre.
Remarques d’ensemble sur les céréales Les cinq premiers chapitres du Livre des plantes familiarisent le lecteur avec la composition du texte de sainte Hildegarde. En tout premier lieu est mentionnée la qualité primordiale (apparemment héritée du système hippocratique et de Galien). Après les qualités de la plante, vient son intérêt alimentaire et médicinal. Diverses sortes de remèdes sont proposées et donnent déjà un aperçu de la médecine de sainte Hildegarde.
Remarques sur les chapitres du Livre des plantes
Chapitres 9b-12 ––chapitre 9b : le millet commun (le chapitre 193 est à peu près identique), ––chapitre 10 : le millet des oiseaux, ––chapitre 11 : le chanvre, ––chapitre 12 : la nigelle cultivée. Cette série de plantes comporte deux graminées du genre panicum : ––le millet commun, millet blanc ou millet à grappes : Panicum miliaceum ; ––le millet des oiseaux : Panicum italicum ou Setaria italica. Le chapitre 11 est consacré au chanvre : Cannabis sativa (famille des cannabinacées). Au chapitre 12, le titre De Ratde est identifié dans la Patrologie comme étant Nigella sativa la nigelle cultivée (famille des renonculacées). Des traducteurs ont opté pour l’appellation de « cumin noir » (Schwarzkümmel pour une traduction allemande) qui est un autre nom de la nigelle cultivée. Enfin, l’édition de Schott traduit par « zizania », la zizanie (ou : ivraie), plante de la famille des graminées. Terminologie : les graminées sont appelées aujourd’hui poacées.
Chapitres 1-5 Cinq céréales de la famille des graminées ou poacées : ––chapitre 1 : le blé (froment), ––chapitre 2 : le seigle, ––chapitre 3 : l’avoine, ––chapitre 4 : l’orge, ––chapitre 5 : l’épeautre. I.1. Le blé est la matière première du pain, aliment de base de l’homme. C’est sans doute à ce titre qu’il ouvre le Livre des plantes. I.2. La théorie des humeurs (cf. annexe 1), élaborée par Hippocrate (ive siècle av. J.-C.) et ses successeurs, puis par Galien (médecin grec du iie siècle ap. J.-C.), a joué un rôle important en médecine jusque vers la fin du xviiie. Sainte Hildegarde a recours aux quatre qualités essentielles de la théorie des humeurs : le chaud, le froid, le sec, l’humide, dont elle précise les degrés. Ainsi, elle définit le seigle comme « chaud », mais « plus froid que le blé ». Les remèdes tirés du seigle sont des applications externes de pain de seigle, sous différentes formes.
162 |
Chapitres 6-9a Quatre papilionacées : ––chapitre 6 : le pois, ––chapitre 7 : la fève, ––chapitre 8 : la lentille, ––chapitre 9a : le lupin. La famille des papilionacées est aussi connue sous d’autres appellations : fabacées, légumineuses. I.7. Dans le texte, le mot humeur est représenté à la fois par son appellation latine (livor) et par son appellation germanique (slim), les deux mots étant coordonnés. Cf. Lexiques. I.9a. Le lupin fait aussi l’objet du chapitre 189, en termes quasiment identiques.
Chapitres 13-16 : épices : ––chapitre 13 : le galanga, ––chapitre 14 : la zédoaire, ––chapitre 15 : le gingembre, ––chapitre 16 : le poivre. Cette série de plantes comporte trois zingibéracées : ––le galanga : il s’agit soit du « grand galanga » (Alpinia galanga), soit du « petit galanga » (Alpinia officinarum), épice originaire d’Asie, très appréciée en Europe, au Moyen Âge ; ––la zédoaire : Curcuma zedoaria, épice d’origine asiatique, proche du curcuma, autre zingibéracée ; ––le gingembre : Zingiber officinale ; a donné son nom à la famille des zingibéracées. Les chapitres consacrés à ces trois zingibéracées sont particulièrement longs, ce qui montre leur importance pour sainte Hildegarde. Le chapitre 16 est consacré à une autre épice, le poivre : poivre long (Piper longum) et poivre noir (Piper nigrum), famille des pipéracées. I.13. Le paragraphe consacré au poumon semble un intrus dans ce chapitre, car il renferme uniquement des conseils alimentaires et ne mentionne jamais le galanga. I.15. Les remèdes sont souvent complexes dans leur composition, leur dosage, leur préparation, leur mode d’application. Ce chapitre donne un bon aperçu de la complexité de la médecine de Hildegarde. I.16. Aux qualités connues du chaud et du sec, s’ajoute une nouvelle qualité : la praecipitatio. Cette « précipitation » est difficile à définir : elle semble désigner une force vive, véhémente, sans doute en rapport avec le caractère piquant, voire brûlant du poivre.
Chapitres 17-21 : plantes aromatiques : ––chapitre 17 : le cumin (famille des ombellifères ou apiacées), ––chapitre 18 : le pyrèthre (famille des composées ou astéracées), ––chapitre 19 : la réglisse (famille des papilionacées), ––chapitre 20 : la cannelle (famille des lauracées), ––chapitre 21 : la muscade (famille des myristicacées). Cette série de plantes comporte cinq plantes de familles différentes : ––cumin : graines employées comme condiment. Des traducteurs identifient la plante comme étant le Carum carvi (autre ombellifère ou apiacée) : le cumin des prés ou anis des prés, à ne pas confondre avec le cumin ; ––pyrèthre : employé comme insecticide ; ––réglisse : racine aromatique employée en confiserie ;
––cannelle : poudre d’écorce du cannelier employée comme aromate, ––muscade : graine (noix de muscade) employée comme condiment. Parmi ces cinq plantes, quatre ont des propriétés aromatiques : cumin, réglisse, cannelle, muscade. Le pyrèthre est surtout connu de nos jours pour ses propriétés insecticides ; ses fleurs ont peu d’odeur à l’état frais, mais une odeur forte et pénétrante après dessiccation. Terminologie : les ombellifères sont maintenant appelées apiacées. Les composées ont aussi pour nom astéracées. Les papilionacées sont aussi désignées par les appellations de légumineuses ou de fabacées. I.18. La notion d’équilibre Dans le chapitre précédent consacré au cumin, la chaleur est qualifiée d’« équilibrée » : calor temperatus. C’est la deuxième occurrence de cette expression, la première ayant été rencontrée au chapitre 14, avec la zédoaire. Cette qualité est soulignée aussitôt quand sainte Hildegarde ajoute : « il présente en cela un juste équilibre » (pura temperies). Sainte Hildegarde distingue constamment ce qui est « équilibré » (temperatus) et ce qui est « modéré » ou « faible » (modicus) ; « la chaleur équilibrée », calor temperatus et « la chaleur faible », calor modicus. Les quatre qualités premières (le chaud, le froid, le sec, l’humide) s’accompagnent souvent ainsi de caractères complémentaires, de degrés, de nuances, parmi lesquels la notion d’équilibre est particulièrement importante. I.19. La Patrologie complète la présentation de la plante par une note disant : « Elle apparaît le plus souvent sous le nom de Henigwurz. L’impératrice sainte Cunégonde en introduisit la culture dans la campagne de Bamberg. »
La « verdeur » (viriditas) Cette qualité apparaît aussi pour la première fois. Le Manuel de la médecine de sainte Hildegarde en précise le sens : « Hildegarde écrivait en latin ; mais chez elle beaucoup de mots courants ont une signification particulière, par exemple le mot viriditas, la verdeur, la vivacité. Ce mot n’apparaît jamais en quelque autre écrit médical. Hildegarde nomme viriditas ce qui vit, l’énergie vitale qui vient de Dieu, la force de la jeunesse, de la sexualité, la vivacité des germes, la multiplication des cellules et la force de régénération, la fraîcheur et la créativité. » (p. 39) « Le régime hildegardien se base sur la viriditas (la verdeur) ou l’énergie vitale telle qu’elle se trouve cachée dans la nature. Cette énergie vitale est à même de maintenir en vie et de régénérer nos cellules et notre organisme quotidiennement. » (p. 212)
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Chapitres 22-24 : trois plantes froides bénéfiques : la rose, le lis, le plantain. Chapitres 22-23 : deux fleurs remarquables : ––chapitre 22 : la rose (famille des rosacées), ––chapitre 23 : le lis (famille des liliacées). Ces chapitres sont consacrés à deux fleurs remarquables, célébrées depuis l’Antiquité non seulement pour leur beauté, pour leur parfum, mais aussi pour leurs connotations allégoriques, pour leur symbolisme spirituel et religieux. Toutefois, sainte Hildegarde n’aborde pas ces aspects des deux fleurs et les présente avec la même méthode que pour les autres plantes. Chapitre 24 : le plantain (famille des plantaginacées). Il s’agit ici soit du Plantago psyllium, soit du Plantago afra, plantes voisines appelées aussi « herbe aux puces ». Chapitres 25-27 : ––trois plantes chaudes bénéfiques : -- chapitre 25 : la lavande aspic (famille des labiées). Il s’agit de l’espèce Lavandula latifolia, à distinguer de la lavande vraie, Lavandula angustifolia ou Lavandula vera, qui est présentée au chapitre 35 ; ––deux épices : -- chapitre 26 : le poivre cubèbe (famille des pipéracées), -- chapitre 27 : le clou de girofle (famille des myrtacées). Chapitres 28-33 : six plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 28 : l’hellébore noir (famille des renonculacées), appelé aussi « rose de Noël » ; ––chapitre 29 : la pulmonaire (famille des borraginacées) ; ––chapitre 30 : la scolopendre (fougère de la famille des aspléniacées) ; ––chapitre 31 : la grande gentiane (famille des gentianacées), bien connue en montagne, à fleurs jaune ; ––chapitre 32 : le serpolet (famille des labiées) ; ––chapitre 33 : le marrube (famille des labiées). Seule la pulmonaire a pour qualité première d’être froide ; l’hellébore noir renferme à la fois chaleur et froid ; les quatre autres plantes sont chaudes à des degrés divers. I.29. À cause de son froid, la pulmonaire, bien que modérément sèche, n’a pas grande valeur sur le plan médicinal. Cependant, en raison de la théorie des signatures, la pulmonaire peut guérir le poumon. La théorie des signatures : méthode empirique d’observation du monde, notamment des plantes médicinales, et sa libre association, par analogie, avec une partie du corps humain que l’on souhaite soigner. Elle repose sur le principe de similitude :
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similia similibus curantur, « les semblables sont soignés par les semblables ». Nous trouvons dans ce chapitre, comme dans quelques autres, des considérations vétérinaires. Hildegarde ne précise pas pourquoi « le poumon a presque la nature de la brebis ». Si on se reporte au livre Des animaux (livre VII) et à son chapitre XV consacré à la brebis, nous voyons que « la brebis est froide… et même humide » ; la brebis aurait donc sa qualité première (le froid) identique à celle de la pulmonaire ; mais en est-il de même avec le poumon ?
Chapitres 34-37 : quatre plantes aux qualités et aux propriétés diverses. Premiers problèmes d’identification Chapitre 34 : le titre du chapitre, dans la Patrologie, De Hirtzswan, rend difficile l’identification de la plante. Il s’agit sans doute d’un champignon, que Pierre Monat identifie comme « la clavaire » et Danielle Delley comme des « truffes » (Lycoperdon cervinum, Elaphomyces cervinus). Marie-Louise Portmann traduit par « Hirschtrüffel », « la truffe du cerf », champignon très commun mais peu connu car son développement est entièrement souterrain. Il ne s’agit pas de la truffe consommée par l’homme. Chapitre 35 : la lavande (famille des labiées). Il s’agit de la lavande vraie, Lavandula vera ou Lavandula angustifolia. À ne pas confondre avec la lavande aspic, Lavandula spica ou Lavandula latifolia, qui est présentée au chapitre 25. Chapitre 36 : le fenugrec (famille des papilionacées, ou fabacées, ou légumineuses). Chapitre 37 : la sysemera. Encore une plante difficile à identifier. Mais on peut constater qu’après l’énoncé de la qualité première de la plante (« chaude »), tout le reste du chapitre est repris mot pour mot dans le chapitre 195 consacré à la tanaisie (Tanacetum balsamita). Le chapitre 59 du Livre des arbres (livre III) est lui aussi intitulé De sysemera. Pour ce chapitre (III, 59), Danielle Delley traduit par « la rosée » ; le texte dit : « … Quand le soleil au printemps monte vers l’été et quand il descend vers l’hiver, l’air est “seyger” (Pierre Monat traduit par “trouble”) comme du vin et il émet une sorte de substance blanche1. Recueille donc autant que tu pourras de cette sysemera et si on a un orgelet qui pousse sur l’œil, attacher souvent la sysemera sur l’œil, et il guérira. Et lorsque des vers rongent la chair d’un homme ou commencent à la dévorer, 1. « substance blanche : sainte Hildegarde emploie le mot albugo, utilisé chez Pline l’Ancien où il désigne une taie blanche sur l’œil et, d’autre part, des squames sur la tête.
pose sur cet endroit cette substance blanche de l’air ; les vers ne vont pas plus loin, mais ils meurent. » Dans une autre édition, ce chapitre 59 du Livre des arbres constitue la seconde partie du chapitre 1 du Livre des éléments (livre II) consacré à l’air. Tout cela ne facilite pas l’identification de la plante appelée sysemera. À cause du chapitre 59 du Livre des arbres, Pierre Monat écrit : « Ce mot semble désigner ce qu’on appelle en France les Fils de la Vierge. » Danielle Delley propose « Herbe à la rosée (Alchémille ?) ». Marie-Louise Portmann garde le mot sysemera sans proposer de traduction. I.34. Premier exemple de champignon, même s’il est difficile d’identifier celui-ci avec certitude.
––la grande passerage est chaude et humide ; son humidité renferme un bon équilibre. Elle est très bénéfique pour l’homme ; ––la ciguë est chaude et dangereuse ; ––le camphre renferme un froid pur. À l’état pur, il est très nocif ; ––l’oseille n’est ni chaude ni froide dans de justes proportions. Elle est donc nocive pour l’homme. Nous sommes ainsi en présence d’une plante bénéfique et de trois plantes nocives. I.41. Ce chapitre, comme certains autres, ajoute des considérations vétérinaires montrant, ici, une différence radicale entre la nature animale et la nature humaine.
I.37. Pour cette plante dont l’identification n’est pas résolue, on retrouve les vertus bénéfiques des plantes chaudes dans des domaines très divers : –– comme contrepoison, en potion ; –– comme onguent antipédiculaire ; –– contre la lèpre, en purée.
Chapitres 42-46 : cinq plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 42 : la joubarbe (famille des crassulacées). Le chapitre 203 est identique à celui-ci, mais dans une version plus courte ; ––chapitre 43 : la bryone (famille des cucurbitacées). Le chapitre 204 est identique à celui-ci ; Chapitres 38-41 : quatre plantes aux qualités et aux propriétés – – chapitre 44 : la vulnéraire. Difficile à identifier exactediverses. ment, plusieurs plantes répondant à cette appellation Chapitre 38 : la grande passerage ou passerage à feuilles médicinale. La Patrologie donne le mot énigmatique larges, Lepidium latifolium (famille des brassicacées ; « frasica », provenant de l’édition de Schott. On peut ancien nom : crucifères). Sainte Hildegarde désigne cette envisager Anthyllis vulneraria (famille des papilionacées). plante par le nom de pefferkrut, traduit en allemand Danielle Delley fait référence à P. Riethe qui y voit soit moderne par Pfefferkraut. Ce Pfefferkraut est identifié Senecio sarracenicus (famille des astéracées ou composous la dénomination botanique de Lepidium latifolium, sées), soit Solidago virgaurea (famille des astéracées ou la grande passerage. Cette plante est proche du cresson composées) : alénois (Lepidium sativum, cf. chapitre 72). Pierre Monat – – chapitre 45 : la sanicle (famille des ombellifères ou ne traduit pas par « passerage » mais par « cresson ». Pour apiacées, selon une appellation plus récente) ; ce pefferkrut de Hildegarde, Danielle Delley propose une : le colchique (famille des liliacées). autre sorte de plante : la sarriette, Satureia montana (famille ––chapitre 46 L’édition princeps (édition de Schott) nomme la plante des labiées), appelée aussi « poivre d’âne » en Provence, ou « Hermodactylus », qui est une variété d’iris. « poivrette » dans le Valais suisse romand, dénominations Trois de ces plantes sont froides : la joubarbe, la vulnéraire, qui la rapprochent de pfeffer -. Chapitre 39 : la ciguë (famille des ombellifères ou apiacées, le colchique. Elles sont nocives à des degrés divers. selon une appellation plus récente). La Patrologie hésite Les deux autres sont chaudes : la bryone, le plus souvent entre deux plantes voisines : la grande ciguë (Conium nocive, mais avec quelques utilisations médicinales ; la sanicle, aux vertus bénéfiques. maculatum) et la ciguë vireuse (Cicuta virosa). Chapitre 40 : le camphre (famille des lauracées). I.42. La joubarbe, Huszwurtz, allemand moderne Hauswurz, est Chapitre 41 : l’oseille (famille des polygonacées). appelée Husmuoszes au chapitre 115. L’appellation botanique Rumex acetosa, que la Patrologie I.45. La sanicle offre un exemple de chaleur totalement attribue à la plante, peut désigner aussi bien l’oseille bénéfique. Son étymologie (latin sanus) s’accorde avec le caraccultivée (« oseille des jardins ») que l’oseille sauvage (« oseille tère bénéfique de la plante. des près »). Ces quatre plantes sont très différentes et leurs qualités très diverses : | 165
Chapitres 47-50 : quatre plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––deux plantes très chaudes : -- chapitre 47 : la fougère. Fougère mâle, Dryopteris filixmas ; fougère femelle, Athyrium filix-femina (famille des dryoptéracées) ; -- chapitre 48 : l’asaret (famille des renonculacées) ; ––une plante à chaleur équilibrée : -- chapitre 49 : l’arum (famille des aracées) ; ––une plante contenant un « froid tiède » : -- chapitre 50 : l’humela (plante non identifiée). I.47. Un long chapitre pour une plante aux propriétés exceptionnelles. C’est le premier exemple de plante dont les vertus agissent directement dans le monde des esprits, en repoussant les esprits malins, les entités diaboliques, les pratiques de la sorcellerie et de la magie. Ces liens des plantes avec le domaine des esprits étaient évoqués au début et à la fin de la préface. Nous en trouverons d’autres exemples.
Chapitres 51-55 : cinq plantes aux qualités et aux propriétés diverses, présentant, pour deux d’entre elles, des problèmes d’identification : ––deux plantes nocives, l’une chaude, l’autre froide : -- chapitre 51 : l’euphorbe ésule, plante chaude (famille des euphorbiacées) ; -- chapitre 52 : la belladone, plante froide (famille des solanacées) ; ––trois plantes chaudes, bénéfiques : -- chapitre 53 : identification incertaine. Hypothèses : le pissenlit, la rhubarbe, la bistorte ; -- chapitre 54 : l’euphorbe réveille-matin ou petite éclaire, Euphorbia helioscopia. Autre identification possible : l’épurge, Euphorbia lathyris. Il faut noter aussi que l’édition de Schott appelle la plante esula, comme l’euphorbe du chapitre 51 ; -- chapitre 55 : la quintefeuille (famille des rosacées). Il s’agit de la potentille rampante ou quintefeuille. I.51. Il convient de distinguer cette euphorbe (Euphorbia esula) toxique, de l’euphorbe bénéfique du chapitre 54. I.52. Avec de tels exemples, nous voyons que les Physica de Hildegarde se déploient aussi (peut-être même principalement) à un niveau spirituel dépassant la simple médecine corporelle. Dans son appellation scientifique, Atropa belladona, on trouve Atropos, le nom d’une des trois Parques, celle qui coupait le fil de la vie. I.55. La formule finale est particulièrement intéressante : elle introduit une dimension qui dépasse infiniment le niveau purement corporel et physique.
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Chapitres 56-61 : six plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 56 : la mandragore (famille des solanacées) ; ––chapitre 57 : le liseron (famille des convolvulacées) ; ––chapitre 58 : l’alkékenge (famille des solanacées). Il s’agit du Physalis alkekengi, plus connu, en France, sous les noms de coqueret, amour en cage... ; ––chapitre 59 : le lamier blanc (famille des lamiacées), selon la Patrologie qui l’identifie en tant que Lanium (pour Lamium) album ; la mélisse, Melissa officinalis (famille des lamiacées), selon l’édition de Schott, qui l’identifie sous le nom de apiago ; ––chapitre 60 : le sunnerwirbel. Identification incertaine. Marie-Louise Portmann propose « Wegwarte » : la chicorée sauvage (famille des composées ou astéracées). Danielle Delley traduit par « chicorée ». Pierre Monat garde « sunnerwirbel » sans traduire le mot, mais donne l’indication suivante : « Les commentateurs hésitent entre chicorée sauvage, héliotrope, valérianelle et chélidoine. » Ceci illustre bien les difficultés d’identification de certaines plantes ; ––chapitre 61 : le houblon (famille des cannabinacées). Dans ce groupe, se détache la mandragore, pour ses liens bien connus au Moyen Âge avec les pratiques magiques. La forme vaguement humaine de sa racine et les alcaloïdes psychotropes qu’elle renferme font que la mandragore a été associée depuis l’Antiquité à des croyances et des rituels magiques. La mandragore, la mélisse (ou le lamier blanc), l’alkékenge1, le « sunnerwirbel » et le houblon sont des plantes chaudes aux propriétés très diverses. Le liseron est froid et sans grande utilité. I.56. La mandragore occupe une place à part dans le domaine des plantes. Les qualités premières de la plante (« chaude et un peu aqueuse ») n’ont rien d’exceptionnel. Ce sont d’autres aspects qui font sa singularité. Il s’agit de la forme vaguement humaine que peut présenter sa racine et, en liaison avec cela, les pratiques magiques réalisées avec la plante. I.58. Le paragraphe initial, qui définit les qualités de la plante, n’a pas été conservé dans le texte de la Patrologie. Le manuscrit de Bruxelles (B) indique ces qualités : « chaud et humide », qualités souvent associées aux plantes bénéfiques.
1. L’alkékenge est considéré comme « chaud et humide » dans le texte du manuscrit de Bruxelles (B). Le texte de la Patrologie n’a pas conservé la partie initiale consacrée aux propriétés de la plante, et commence directement par les remèdes.
I.59. Pour l’identification de la plante, on peut hésiter entre mélisse et lamier blanc. I.60. La plante présentée dans ce chapitre, que ce soit la chicorée sauvage ou l’une des autres plantes envisagées, a des particularités singulières. Elle est associée à un élément : la terre, car elle est terrigena, « née de la terre », « fille de la terre ». Elle possède une qualité naturelle aussi intéressante qu’énigmatique : elle « tend vers la beauté ». Elle singularise celui qui la porte (comme amulette ?) puisque ce dernier « est l’objet de la haine des autres hommes ».
Chapitres 62-65 : quatre plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 62 : la lilim, plante non identifiée. Certains ont pensé au « lys d’eau », variété de nénuphar (wasserlilie), mais l’identification reste incertaine. Pierre Monat précise que « lilim pourrait faire penser à une mauvaise transcription de lilium », mais que le chapitre consacré au lis existe déjà (chapitre 23). Il se contente donc de transcrire le mot lilim. Marie-Louise Portmann transcrit elle aussi le mot. Danielle Delley propose « lys d’eau ? » et « Lilium tigrium ? », mais elle garde la transcription lilim comme titre du chapitre ; ––chapitre 63 : la sauge (famille des labiées ou lamiacées). Il s’agit de la sauge officinale : Salvia officinalis ; ––chapitre 64 : la rue (famille des rutacées) ; ––chapitre 65 : l’hysope (famille des labiées ou lamiacées). Il s’agit de quatre plantes chaudes à des degrés divers et aux propriétés bénéfiques. I.63. L’étymologie latine de la sauge, « celle qui sauve », résume tous les bienfaits qu’on lui attribuait. Les médecins de l’école de Salerne, première école de médecine du Moyen Âge, avaient écrit ces vers : « Cur moriatur homo cui salvia crescit in horto ? » « Pourquoi mourrait un homme dans le jardin duquel pousse la sauge ? » I.65. L’hysope est mentionnée plusieurs fois dans l’Ancien Testament : –– Exode 12, 22. Prescriptions de Moïse concernant la Pâque : « Vous prendrez une touffe d’hysope, vous la tremperez dans le sang qui est dans la cuvette et vous toucherez le linteau et les deux montants avec le sang… » –– Nombres 19, 18. Rites de purification : « Un homme pur prendra de l’hysope qu’il plongera dans l’eau, et il en fera jaillir sur la tente… » –– I Rois 5, 13. Le savoir de Salomon : « Il parla des arbres, depuis le cèdre du Liban jusqu’à l’hysope qui sort dans la muraille. »
–– Psaume 51, 9 : « Ôte mon péché avec l’hysope, et je serai pur… » Sainte Hildegarde ne se réfère pas directement aux textes sacrés. Le chapitre de l’hysope se conforme au système de présentation des autres plantes. On peut remarquer toutefois que l’hysope a, comme dans les textes bibliques, le pouvoir de purifier, de purger. Parmi les qualités initiales attribuées par sainte Hildegarde à l’hysope, on note son pouvoir de percer la pierre, comme cela figure dans le savoir de Salomon (I Rois 5, 13). L’hysope intervient aussi lors de la Passion du Christ. Jean 19, 29 : « Là se trouvait un récipient plein de vinaigre. Ayant mis autour d’une branche d’hysope une éponge gorgée de vinaigre, ils la portèrent à sa bouche. » Note d’Émile Osty : « Une branche d’hysope (au bout d’un roseau en Matthieu 27, 48 et Marc 15, 36) paraît peu indiquée pour supporter une éponge… Mais étant donné la place que cette petite plante tenait dans le rituel de la Pâque, il se peut fort bien que l’évangéliste, épris de symbolisme, ait mis à l’honneur cette branche d’hysope. » Cf. Michel-Gabriel Mouret, Chemins de Croix, Éditions Grégoriennes, 2010, p. 220 : « Le Bâton d’hysope que lui tend le soldat vient nous rappeler le rituel de la Pâque juive où le sang du Christ va marquer, sous la figure du sang de l’agneau, le linteau et les montants de notre maison intérieure… » Sainte Hildegarde ne mentionne pas le texte de l’Évangile de Jean. Ce n’est pas son propos dans cet ouvrage. Mais le contenu même des Physica peut faire penser au savoir de Salomon évoqué plus haut ; I Rois 5, 13 : « Il parla des arbres, depuis le cèdre du Liban jusqu’à l’hysope qui sort dans la muraille ; il parla aussi des quadrupèdes, des oiseaux, des reptiles et des poissons. »
Chapitres 66-74 Dans cette série de neuf plantes, les huit premières sont chaudes à des degrés divers ; seule la neuvième (le pourpier) est froide. On trouve d’abord cinq ombellifères comestibles, utilisées en cuisine comme condiments : ––chapitre 66 : le fenouil (famille des ombellifères) ; ––chapitre 67 : l’aneth (famille des ombellifères) ; ––chapitre 68 : le persil (famille des ombellifères) ; ––chapitre 69 : le céleri (famille des ombellifères) ; ––chapitre 70 : le cerfeuil (famille des ombellifères). Les ombellifères sont maintenant appelées apiacées. Viennent ensuite des variétés de cresson, plantes comestibles, utilisées crues en salade ou parfois cuites : ––chapitre 71 : la véronique cressonnière (ou cressonnée). Son nom scientifique est Veronica beccabunga, mais elle est plus connue sous les appellations de « véronique cresson| 167
nière », « cresson de cheval », « véronique de ruisseaux ». Rangée naguère dans la famille des scrofulariacées, elle appartient maintenant à la famille des plantaginacées. Les deux cressons qui suivent appartiennent à une autre famille végétale que la véronique cressonnière : ––chapitre72 : le cresson alénois (famille des brassicacées, anciennement crucifères) ; ––chapitre 73 : le cresson de fontaine (famille des brassicacées, ou crucifères). Cette série se poursuit avec une autre plante bien connue : ––chapitre 74 : le pourpier (famille des portulacacées). Souvent considéré comme une mauvaise herbe, il peut se manger en salade ainsi que dans une soupe ou une omelette. Le pourpier est la seule plante froide de cette série. I.67. On peut remarquer ici, comme dans d’autres chapitres, l’utilisation, en été, des plantes quand elles sont encore vertes, et, en hiver, l’utilisation de plantes séchées et réduites en poudre. I.68. Parmi les divers remèdes où il entre en jeu, on retrouve la théorie des signatures (cf. chapitre 29, remarques) avec le traitement des calculs par des plantes ayant le mot pierre dans leur nom : le persil (petro-solinum) et la saxifrage (« qui brise les rochers »). I.73. Malgré sa nature chaude, le cresson de fontaine n’est pas présenté comme bénéfique, mais il n’est pas non plus très nocif. Son mode de cuisson est justifié par une remarque importante : « ses forces proviennent de l’eau ». La plante est donc cuite à l’eau dans un « récipient » ; nous traduisons par ce mot vague le latin patella (cf. lexique latin) qui peut désigner tout ustensile de cuisson : poêle, casserole, etc. Comme l’indiquent ses noms courants (cresson d’eau, cresson de fontaine, cresson de ruisseau), ce cresson a l’eau pour élément : il forme au fond de l’eau des pousses rampantes à partir desquelles il développe ses tiges. Tandis que les autres cressons, en particulier le cresson alénois (chapitre précédent), poussent dans des lieux secs : le cresson alénois pousse « à partir de la verdeur de la terre ». I.74. Cf. annexe 3 sur les humeurs.
Chapitres 75-78 : les menthes. Ces chapitres sont consacrés à quatre sortes de menthe (famille des labiées ou lamiacées) : ––chapitre 75 : la menthe aquatique ; ––chapitre 76 : la menthe sylvestre, appelée aussi menthe à longues feuilles (mentha longifolia) ; ––chapitre 77 : la menthe des champs ;
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––chapitre 78 : la menthe romaine. Variété de mentha spicata, la menthe verte, qui compte notamment, parmi ses variétés, la menthe poivrée. Chapitres 79-83 : cinq plantes potagères. Ces chapitres sont consacrés à cinq plantes de la famille des liliacées, d’usage courant dans l’alimentation : ––chapitre 79 : l’ail ; ––chapitre 80 : l’échalote ; ––chapitre 81 : le poireau ; ––chapitre 82 : la ciboule, ou la cive (Allium fistulosum) ; ne pas confondre avec la ciboulette (Allium schoenoprasum) ; ––chapitre 83 : l’oignon. I.82. Le chapitre mentionne d’abord des variétés à tige creuse de la famille du poireau. Ces variétés n’ont pas été identifiées.
Chapitres 84-89 : ces chapitres sont consacrés à sept plantes aux qualités et aux propriétés diverses. Cinq plantes potagères : ––trois brassicacées : le chou, la rave, le radis ; ––deux cucurbitacées : la courge, le melon. Deux plantes non identifiées : wizsgras, stutgras. ––chapitre 84 : le chou (famille des crucifères, ancien nom des brassicacées) ; ––chapitre 85 : les wizsgras (mot sans doute collectif, pour un ensemble de plantes). Marie-Louise Portmann propose Weissgras (Knöterich) : l’herbe blanche (la renouée). L’édition de Schott fait suivre wizsgras de trois mots : « Weggrasz et Suregrasz et Rœmesgrasz » dont Pierre Monat dit qu’ils « désignent respectivement la renouée des oiseaux, la gnavelle vivace et la statice à feuilles de pâquerettes ». Pour wizsgras, il ajoute : « Il semble qu’il s’agisse d’un terme plus général. » Danielle Delley propose : variété de chou, navet ? ––chapitre 86 : les stutgras (non identifiés). Danielle Delley propose : folle avoine ? ––chapitre 87a : la courge (famille des cucurbitacées) ; ––chapitre 87b : les melons (Danielle Delley) ou les concombres (Marie-Louise Portmann) ou les pastèques (Pierre Monat) ; plantes de la famille des cucurbitacées. Ces divergences illustrent bien les difficultés d’identification des plantes à partir des mots qui les désignent dans l’ouvrage. Cette partie du chapitre provient de l’édition de Schott ; ––chapitre 88 : la rave (famille des crucifères ou brassicacées) ; ––chapitre 89 : le radis, ou le raifort selon Pierre Monat (famille des crucifères ou brassicacées).
I.84. Il est surprenant de rencontrer ici la nocivité des choux, quand on connaît la place du chou dans la cuisine allemande.
Chapitres 90-92 : les laitues. Ces chapitres sont consacrés à trois plantes désignées par le terme collectif de laitue (famille des composées ou astéracées) : ––chapitre 90 : la laitue ; ––chapitre 91 : la laitue vireuse ou laitue sauvage. Ce chapitre est reproduit de façon à peu près identique au chapitre 198 ; ––chapitre 92 : la laitue scarole. À ne pas confondre avec la scarole (chicorée à larges feuilles). I.91. La laitue vireuse est utilisée depuis l’Antiquité. Elle possède des propriétés sédatives, analgésiques, antispasmodiques et psychotropes. Elle fait partie du repas de la Pâque juive : « Ils mangeront la viande d’un agneau, cette nuit-là, rôtie au feu, et des pains azymes avec des laitues sauvages… » Exode 12, 8 (texte la Vulgate).
Chapitres 93-94 : les moutardes : ––chapitre 93 : la moutarde des champs (famille des crucifères ou brassicacées) ; ––chapitre 94 : la moutarde (famille des crucifères ou brassicacées). Il s’agit de la moutarde blanche ou sénevé, dont les graines servent à fabriquer la moutarde condiment ; il s’agit aussi (selon la Patrologie) de la moutarde noire ou sénevé noir (le sénevé de la Bible) servant également à la fabrication de la moutarde condiment. I.93. Une indication nouvelle et sociologiquement intéressante est la mention d’une mauvaise plante comme nourriture des pauvres.
Chapitres 95-100 : six plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 95 : l’aunée (famille des composées ou astéracées) ; ––chapitre 96 : le pavot (famille des papavéracées) ; ––chapitre 97 : la mauve (famille des malvacées) ; ––chapitre 98 : la bardane (famille des composées ou astéracées). Plante souvent considérée comme un chardon à cause des crochets qui l’entourent et font qu’elle s’accroche aux vêtements et au pelage des animaux ; ––chapitre 99 : le chardon. Le chapitre présente à la fois : - le chardon « piquant », identifié par la Patrologie comme le Carduus benedictus (autre nom : Cicnus benedictus) : le chardon béni (famille des composées ou astéracées ; unique espèce du genre Cicnus). Autre identification : Crisium
arvense ou Cirsium oleraceum (famille des composées ou astéracées) ; - le chardon « lisse », identifié par la Patrologie comme l’Erygium campestre : le panicaut champêtre (famille des apiacées, anciennement ombellifères) ; - le chardon Marie (Silybum marianum, famille des composées ou astéracées) qui apparaît dans le dernier paragraphe du chapitre. Ce passage constitue l’intégralité du chapitre 206 ; ––chapitre 100 : l’ortie (famille des urticacées). I.97. Nous avons ici une occasion de comparer le texte de la Patrologie avec celui de l’édition de Schott. Ce dernier texte est plus développé, indique un plus grand nombre de remèdes. Il donne en particulier des indications intéressantes sur l’utilisation de la rosée et l’association de la mauve et de la sauge pour guérir le cerveau. I.99. Le chapitre présente deux sortes de chardon : le chardon « lisse », connu sous le nom de panicaut, et le chardon « piquant », connu sous le nom de chardon béni. La fin du chapitre utilise un nouveau terme, vehedistel, qui peut désigner le Mariendistel, le chardon Marie (Silybum marianum). Il doit son nom à la légende suivante : lors de la fuite en Égypte, la Vierge Marie aurait allaité Jésus sous un buisson de chardons ; des gouttes de lait auraient donné leur couleur blanche aux nervures des feuilles de la plante.
Chapitres 101-109 : neuf plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 101 : le plantain (famille des plantaginacées) ; ––chapitre 102 : la menna. Plante non identifiée. D. Delley propose : « patience, mâche ? » ; ––chapitre 103 : la violette (famille des violacées) ; ––chapitre 104 : l’arroche (famille des chénopodiacées) ; ––chapitre 105 : le lierre terrestre (Glechoma hederacea, famille des labiées ou lamiacées). Ne pas confondre avec le lierre grimpant (Hedera helix, famille des araliacées). Viennent ensuite deux armoises ; plantes du genre Artemisia (du nom de la déesse Artémis) : ––chapitre 106 : la citronnelle (famille des composées ou astéracées). Autres noms : aurone, armoise citronnelle… ; ––chapitre 107 : l’armoise commune (famille des composées ou astéracées). Autres noms : artémise, herbe aux cent goûts… ––chapitre 108 : le trèfle des prés (famille des fabacées, appelées aussi papilionacées ou légumineuses). La série se termine par une troisième armoise : ––chapitre 109 : l’absinthe (Artemisia absinthium, de la famille des composées ou astéracées).
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À côté des trois armoises, cette série comprend des plantes très diverses d’un point de vue botanique. I.101. Sous le nom de plantain, la Patrologie regroupe trois sortes de plantain : le grand plantain (Plantago major), le plantain intermédiaire (Plantago media L.), le plantain lancéolé ou petit plantain (Plantago lanceolata). I.103. Comme pour la mauve (chapitre 97), la Patrologie permet de comparer son propre texte avec celui de l’édition de Schott. Cette fois encore, ce dernier texte est plus développé, donne des indications nouvelles sur les qualités de la plante et présente un plus grand nombre de remèdes. I.106. La citronnelle (aurone ou armoise citronnelle) dont il est question dans ce chapitre ne doit pas être confondue avec d’autres plantes également appelées citronnelle : le thym citron (Thymus x citriodorus), la mélisse citronnelle (Melissa officinalis), rencontrée au chapitre 59, la verveine citronnelle (Aloysia citrodora), la citronnelle de l’Inde (Cymbopogon citratus), utilisée dans la cuisine de l’Asie du Sud-Est. I.109. Comme pour la mauve (chapitre 97) et la violette (chapitre 103), la Patrologie permet de comparer son propre texte avec celui de l’édition de Schott. Une fois de plus, ce dernier texte est plus développé et présente un plus grand nombre de remèdes. Le début et la fin du chapitre sont identiques dans les deux éditions.
Chapitres 110-114 : cinq plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 110 : la jusquiame (famille des solanacées). Il existe en Europe deux espèces de jusquiame : la jusquiame noire qui est l’objet de ce chapitre, et la jusquiame blanche ; ––chapitre 111 : la tanaisie (famille des composées ou astéracées) ; ––chapitre 112 : l’origan (famille des labiées ou lamiacées) ; ––chapitre 113 : l’achillée millefeuille (famille des composées ou astéracées) ; ––chapitre 114 : l’aigremoine (famille des rosacées). I.110. La jusquiame est une plante toxique : elle renferme divers alcaloïdes dont l’hyosciamine (hyoscyamus est le nom scientifique de la jusquiame). Sainte Hildegarde en tire cependant plusieurs remèdes. Étymologie : le nom grec de la plante (ὑοσκύαμος / hyoskyamos) est composé de deux éléments : hyos (de porc) et kyamos (fève). Dans l’Antiquité grecque, la jusquiame (hyoskyamos, « fève de porc ») passait pour donner le délire. Le mot grec a donné le latin classique hyoscyamus et hyoscyamum, devenus jusquiamus en bas latin.
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I.113. Tout en étant réduites (plante un peu chaude et sèche), les qualités de l’achillée millefeuille lui donnent des propriétés vulnéraires. L’édition de Schott ajoute des propriétés fébrifuges et un traitement oculaire.
Chapitres 115-119 : cinq plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 115 : le dictame (famille des rutacées), appelé aussi fraxinelle ; ––chapitre 116 : la grande camomille (familles des composées ou astéracées) ; ––chapitre 117 : la piloselle (famille des labiées ou lamiacées) ; ––chapitre 118 : l’iris (famille des iridacées). Sainte Hildegarde emploie le mot swertula qui correspond à l’allemand moderne Schwertlilie, l’iris. Identification adoptée dans toutes les traductions des Physica, bien que la Patrologie identifie la plante comme Gladiolus communis et l’édition de Schott comme Gladiola, le glaïeul ; ––chapitre 119 : le raifort (famille des crucifères ou brassicacées). I.116. Le nom de matricaire, que l’on retrouve dans un des noms de la plante (Matricaria parthenium) vient du latin matrix désignant la matrice : dès l’Antiquité, la plante était connue pour ses propriétés emménagogues. I.119. La qualité principale du raifort est la chaleur dans le texte de la Patrologie, mais le froid dans l’édition de Schott.
Chapitres 120-125 : six plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 120 : l’hièble ou sureau hièble (famille des caprifoliacées ou des adoxacées), à ne pas confondre avec le sureau noir (même famille) ; ––chapitre 121 : la morelle noire (famille des solanacées) ; ––chapitre 122 : le souci ou souci officinal (famille des composées ou astéracées) ; ––chapitre 123 : le bouillon blanc ou molène thapsus (famille des scrofulariacées) ; ––chapitre 124 : la germandrée petit-chêne (famille des labiées ou lamiacées) ; ––chapitre 125 : le bleuet ou centaurée, Centaurea cyanus (famille des composées ou astéracées). D. Delley envisage une autre possibilité d’identification : la petite centaurée, Erythraea centaurium (famille des gentianacées). La Patrologie donne le nom scientifique, Centaurea cyanus ; l’édition de Schott, citée par la Patrologie, appelle la plante Centaurea.
I.124. La germandrée petit-chêne présente une association singulière de qualités : le chaud et le gras. Il en résulte un texte complexe, parfois obscur. I.125. Étymologie : le nom de la plante provient de celui des Centaures et, peut-être, en particulier du Centaure Chiron, habile médecin, grand connaisseur en plantes médicinales.
Chapitres 126-130 : cinq plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 126 : la menthe pouliot (famille des labiées ou lamiacées) ; ––chapitre 127 : la pivoine (famille des renonculacées) ; ––chapitre 128 : la bétoine (famille des labiées ou lamiacées). Viennent ensuite deux plantes d’identification incertaine. La Patrologie les identifie toutes deux sous le nom scientifique de Rumex acutus. Le genre Rumex désigne les oseilles et les patiences. Sainte Hildegarde désigne la plante par un nom allemand, sichterwurtz, en distinguant la sichterwurtz nigra (oseille noire) et la sichterwurtz alba (oseille blanche). Le Rumex acutus est le nom scientifique de la patience sauvage : nous garderons le nom de patience, plante proche de l’oseille. Certains traducteurs identifient la plante comme l’hellébore, d’autres optent pour l’oseille ou pour la patience : ––chapitre 129 : la patience noire (famille des polygonacées) ; ou l’hellébore noir (Helleborus niger), connu sous le nom de rose de Noël (famille des renonculacées) ; ––chapitre 130 : la patience blanche (famille des polygonacées) ; ou l’hellébore blanc (Veratrum album), le vératre blanc (famille des liliacées). I.126. Le mot pouliot vient du latin pulegium dérivé de pulex, la puce. La plante passait pour éloigner les puces. On l’appelle aussi « l’herbe aux puces. » I.127. Le mot a pour origine le grec paionia, du nom d’un ancien dieu guérisseur. I.130. La plante de ce chapitre a la même nature que la précédente. Cela veut-il dire qu’elles sont botaniquement très proches selon les critères scientifiques actuels ? La Patrologie les désigne par la même appellation : Rumex acutus, qui désigne la patience ; le genre Rumex comprend aussi les diverses espèces d’oseille. Par contre, l’hellébore noir et l’hellébore blanc (autre hypothèse d’identification) sont des plantes de famille différente. Le chapitre 28 a déjà été consacré à l’hellébore noir sous une appellation incontestable qui rend peu probable l’identification de la plante du chapitre 129 comme étant l’hellébore noir.
Chapitres 131-137 : sept plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 131 : le boucage saxifrage (famille des ombellifères ou apiacées). Un traducteur propose l’anis vert : Pimpinella anisum (même famille) ; ––chapitre 132 : l’ancolie (famille des renonculacées) ; ––chapitre 133 : l’euphorbe épurge (famille des euphorbiacées) ; ––chapitre 134 : le myosotis (famille des borraginacées) ; ––chapitre 135 : le fenouil des Alpes (famille des ombellifères ou apiacées) ; ––chapitre 136 : la rue des murailles (la saxifrage ?). Plusieurs options d’identification de la plante : - Patrologie : Asplenium ruta muraria, la rue des murailles ; - Peter Riethe : Lithospernum officinale, le grémil officinal ; Saxifraga granulata, la saxifrage granulée ; - D. Delley : Parietaria officinalis, la pariétaire officinale ou casse-pierre ; ––chapitre 137 : l’ugera, plante non identifiée. I.136. La rue des murailles est une plante froide, mais sa qualité la plus remarquable est sa force. Une force telle qu’elle brise ce qui est dur comme de la pierre. C’est la signification même du mot saxifrage, dénomination dont relève la plante de ce chapitre, quelle que soit son identification précise.
Chapitres 138-143 : six plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 138 : la chélidoine (famille des papavéracées) ; ––chapitre 139 : la livèche (famille des ombellifères ou apiacées) ; ––chapitre 140 : le lierre (famille des araliacées) ; ––chapitre 141 : la guimauve (famille des malvacées) ; ––chapitre 142 : la valériane (famille des valérianacées) ; ––chapitre 143 : la cataire ou herbe aux chats (famille des labiées ou labiacées). I.139. Elle fait aussi partie des plantes utilisées pour un usage vétérinaire. Le remède pour le rhume d’un cheval se trouve aussi au chapitre 100 consacré à l’ortie. I.142. Nous rencontrons une préparation fréquente chez sainte Hildegarde : les galettes (tortellae).
Chapitres 144-150 : sept plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 144 : le bec-de-grue ou érodium commun (famille des géraniacées) ; ––chapitre 145 : la grande consoude ou consoude officinale (famille des borraginacées) ; | 171
––chapitre 146 : l’aristoloche (famille des aristolochiacées) ; ––chapitre 147 : la potentille ansérine ou potentille des oies (famille des rosacées). Patrologie : grensig. Sans doute même plante qu’au chapitre 149 ; ––chapitre 148 : la parnassie des marais (famille des parnassiacées). Autre identification : le panais cultivé (famille des ombellifères ou apiacées) ; ––chapitre 149 : la potentille ansérine (famille des rosacées). Patrologie : gensekrut. Sans doute même plante qu’au chapitre 147. Autre identification rencontrée : la pâquerette (famille des composées ou astéracées) ; ––chapitre 150 : la graine de lin ou le lin cultivé (famille des linacées). La Patrologie renvoie à un chapitre identique, le chapitre 194 : la graine de lin. I.149. Le chapitre est presque identique au chapitre 147. Ici, l’accent est mis davantage sur la nocivité de la plante. I.144. Il entre en composition avec d’autres plantes dans une poudre aux propriétés diverses. Les deux autres plantes de cette poudre font chacune l’objet d’un chapitre : le pyrèthre (chapitre 18), la noix de muscade (chapitre 21) I.145. On reconnaissait à la grande consoude la propriété de cicatriser les plaies et de soigner les fractures ; de là vient son nom, tiré du latin consolidare. I.146. Les qualités de l’aristoloche montrent, selon les éditions, soit une chaleur qui l’emporte sur le froid, soit une chaleur bien équilibrée : ces deux versions étant très proches. Sainte Hildegarde ne fait pas allusion à la propriété de la plante que signale son étymologie grecque : faciliter les accouchements. Il est vrai que sainte Hildegarde ne nomme pas la plante selon son nom grec, mais par un nom germanique, byverwurtz (« herbe aux castors »). Elle désigne aussi la plante par le nom latin de rustica (édition de Schott). I.147. Malgré la difficulté d’interprétation du mot grensing, il s’agit vraisemblablement de la potentille ansérine ou potentille des oies, désignée au chapitre 149 par le mot gensekrut (« la plante des oies »). Le chapitre 149 est lui aussi consacré à la potentille ansérine, presque dans les mêmes termes. I.148. Sainte Hildegarde mentionne parfois, comme avec cette parnassie, des plantes ne présentant pas d’intérêt pour la médecine. La Patrologie signale en note que ce chapitre se retrouve à l’identique au chapitre 200 intitulé De pastinaca : le panais. On pourrait penser qu’il s’agit de la même plante ; mais deux plantes différentes peuvent avoir les mêmes caractéristiques, surtout quand celles-ci sont très générales.
Chapitres 151-157 : sept plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 151 : le mouron des oiseaux (famille des caryophyllacées). La Patrologie identifie la plante comme Alsine media ; au chapitre 157, la plante est identifiée comme Stellaria media. Or Alsine media et Stellaria media désignent la même plante : le mouron des oiseaux ou mouron blanc ou morgeline, etc. Autre identification possible : le mouron rouge, Anagallis arvensis (famille des primulacées ou myrsinacées) ; ––chapitre 152 : l’hellébore noir (famille des renonculacées), appelé aussi « rose de Noël ». Cf. chapitres 28 et 129 ; ––chapitre 153 : plante difficile à identifier. Le nom que lui donne sainte Hildegarde est Herba gicht : la plantegoutte, qui pourrait renvoyer aux plantes suivantes : -- l’herbe à la goutte : Drosera rotundifolia (famille des droséracées) ; -- l’herbe aux goutteux : soit Aegopodium podagraria (famille des ombellifères ou apiacées), soit Delphinium staphisagria (famille des renonculacées). D’autre part, comme la Nigella sativa était connue sous le nom de gitt, certains ont voulu voir ici une plante du genre Nigella (nigelle, nielle) ; ––chapitre 154 : la verveine (famille des verbénacées) ; ––chapitre 155 : la sarriette (famille des labiées ou labiacées) ; ––chapitre 156 : l’arnica (famille des composées ou astéracées) ; ––chapitre 157 : le mouron des oiseaux (famille des caryophyllacées). Cf. chapitre 151. I.151. Ce mouron, vraisemblablement le mouron des oiseaux, est qualifié de « mauvaise herbe » : il n’a aucun intérêt alimentaire. Cependant, sa chaleur permet de l’employer sur les meurtrissures et les bleus où se manifeste l’humeur sombre, le livor. Ce mot désigne précisément, en latin classique, le bleu provenant d’un coup. Il s’agit sûrement de la même plante que celle du chapitre 157. I.153. Cette plante reste difficile à identifier. En français, plusieurs plantes sont désignées par « herbe à la goutte » ou « herbe aux goutteux », mais on ne peut affirmer que « l’herbe à la goutte » de ce chapitre corresponde à l’une d’entre elles. Les qualités premières de la plante, forte chaleur et verdeur, la rendent bénéfique, en particulier dans le traitement de la goutte (allemand gicht, traduit ici par « arthrite ») qui lui donne son nom. I.155. On trouve dans ce chapitre un type de remède souvent mentionné par sainte Hildegarde : l’électuaire, poudres mélangées dans du miel. I.157. Il s’agit sûrement de la même plante que celle du chapitre 151.
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Chapitres 158-164 : sept plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 158 : le jonc (famille des joncacées ou juncacées) ; ––chapitre 159 : le muguet (famille des liliacées) ; ––chapitre 160 : la potentille tormentille (famille des rosacées) ; ––chapitre 161 : la sauge sclarée (famille des labiées ou labiacées) ; ––chapitre 162 : le géranium des prés (famille des géraniacées) ; ––chapitre 163 : la benoîte (famille des rosacées) ; ––chapitre 164 : la garance (famille des rubiacées).
Chapitres 169-171 : trois plantes bien connues pour leurs fruits comestibles : ––chapitre 169 : la ronce (famille des rosacées) ; ––chapitre 170 : le fraisier (famille des rosacées) ; ––chapitre 171 : la myrtille (famille des éricacées). La Patrologie identifie cette plante comme étant le Vaccinium murtillus, la myrtille. Dans le titre du chapitre, sainte Hildegarde appelle la plante walt beris ; or, en allemand moderne, Walderbeere, désigne la fraise des bois. La myrtille se dit Heidelbeere, terme utilisé par sainte Hildegarde dans le corps du chapitre sous la forme heydel bere.
I.158. Dans son parcours de la botanique, sainte Hildegarde note aussi les plantes sans valeur pour la médecine. Pour le jonc, elle donne la cause de cette inutilité. Il n’est ni vraiment chaud ni vraiment froid. L’adverbe « vraiment » traduit le latin recte : de façon « droite », dans une juste mesure, conformément à ce qui doit être. Sainte Hildegarde emploie souvent l’adjectif rectus ou l’adverbe recte pour désigner ce qui répond à ces exigences. Ce qui est « droit », conforme à sa juste nature, permet de rétablir ce qui dévie et entraîne un déséquilibre dans l’organisme.
Chapitre 172 : les champignons. Les champignons ne sont pas tout-à-fait des intrus dans un livre des plantes ; mais ils sont classés dans un règne distinct du règne végétal où ils constituent un ensemble de cryptogames thallophytes dépourvus de chlorophylle.
I.159. Un intérêt important de ce chapitre réside dans la définition qui est donnée d’un froid bénéfique : celui de la terre transformant les fleurs en fruits. Cette propriété apparemment énigmatique du froid de la terre mérite réflexion.
Chapitres 165-168 : quatre plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 165 : le lichen (identification probable). Une identification plus précise a été proposée : Cetraria islandica (famille des parméliacées) ; ––chapitre 166 : la tormentille (famille des rosacées). La plante est appelée birckwurtz dans le titre du chapitre, ce qui est un des noms courants de la tormentille en allemand. Dans le corps du texte, elle est aussi appelée blutwurtz (sanguinaire), nom courant de plusieurs plantes, dont la tormentille. Le chapitre 160 est consacré à la potentille tormentille (Potentilla tormentilla), sans doute la même plante que la tormentille (Potentilla erecta) ; ––chapitre 167 : l’impératoire (famille des ombellifères ou apiacées) ; ––chapitre 168 : la renouée poivre d’eau (famille des polygonacées). I.167. On retrouve la difficulté à préciser les unités de poids désignées par des pièces de monnaie : nummus et obole.
Sainte Hildegarde leur consacre un long chapitre où elle les répartit en deux groupes : ––les champignons qui poussent sur le sol, ––les champignons qui poussent sur les arbres : -- sur les arbres en général, -- sur le noyer, -- sur le hêtre, -- sur le sureau hièble, -- sur le saule, -- sur le poirier, -- sur le tremble. I.172. Sainte Hildegarde distingue donc deux sortes de champignons. 1. Les champignons qui poussent sur le sol sont envisagés collectivement et sont nocifs. Ils sont répartis en deux groupes, en fonction de leurs conditions de croissance : le sec (air sec et terre sèche) et l’humide (air humide et terre humide). 2. Les champignons qui poussent sur les arbres sont identifiés de façon plus distincte : ou, du moins, répartis par genre, selon l’arbre sur lequel ils poussent. Ils ne reçoivent pas de dénomination propre, mais sont nommés uniquement d’après le nom de cet arbre.
Chapitres 173-177 : cinq plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 173 : la ficaire (famille des renonculacées). Comme le chapitre 207, consacré incontestablement à la ficaire (identifiée par la Patrologie sous le nom de Ficaria verna), reproduit pratiquement mot pour mot ce | 173
chapitre 173, il est tentant de garder cette identification. Mais d’autres identifications ont été aussi proposées pour la plante que sainte Hildegarde nomme ici wichwurtz : -- le laser blanc, Laserpitium latifolium (famille des apiacées ou ombellifères) ; -- l’ase fétide, Ferula assa-foetida (famille des ombellifères ou apiacées) ; ––chapitre 174 : l’aloès (famille des aloéacées). Le chapitre 224 est aussi consacré à l’aloès. Viennent ensuite trois plantes de la famille des burséracées, produisant des résines odorantes : ––chapitre 175 : l’encens. Résine aromatique provenant d’arbres appartenant au genre Boswellia, notamment Boswellia sacra (famille des burséracées). Plusieurs espèces du genre Boswellia sont nommées « arbre à encens » ; ––chapitre 176 : la myrrhe, Commiphora myrrha (famille des burséracées) ; ––chapitre 177 : le baumier, Ommiphora opobalsamum (famille des burséracées). Arbre originaire du sud de l’Arabie, produisant une résine odorante. I.174. Dans l’édition de Schott, cette plante grasse est désignée par les mots arbor (arbre) et lignum (bois), ce qui pourrait faire penser à l’aloès arborescent. I.176. Sainte Hildegarde, dans le chapitre précédent, n’avait pas mentionné l’utilisation de l’encens dans les rituels liturgiques. De même, elle ne parle pas des présents des Rois Mages à propos de l’encens et de la myrrhe. Elle ne se réfère pratiquement jamais aux Écritures pour présenter les plantes ; cette présentation obéit toujours à un même modèle. Les rapports de certaines plantes avec la magie sont exposés dans plusieurs chapitres. I.177. La résine du baumier est le baume de Galaad, dont parle la Bible (Genèse 35, 25 ; Jérémie 8, 22 et 46, 11). Cette résine est aussi appelée « baume de la Mecque ».
Chapitres 178 -188 : les intrus. Onze intrus qui ne sont pas des plantes, même si certains sont des substances végétales. Les huit premiers (chapitres 178-185) sont des aliments courants qui peuvent accompagner la consommation de plantes : ––chapitre 178 : le miel, ––chapitre 179 : le sucre, ––chapitre 180 : le lait, ––chapitre 181 : le beurre, ––chapitre182 : le sel, ––chapitre183 : le vinaigre, ––chapitre184 : la meranda, aliment préparé en faisant tremper du pain dans du vin, dans de la bière ou dans de l’eau ; 174 |
––chapitre185 : les œufs, ––chapitre186 : la poix, ––chapitre187 : la résine, ––chapitre188 : le soufre. Une partie de ces substances (miel, sucre, lait, beurre, vinaigre, pain trempé) ne sont pas présentés comme les plantes avec les qualités premières que sont le chaud, le sec, le froid et l’humide. Cependant, ces qualités se retrouvent avec le sel (très chaud et assez humide), les œufs (plus froids que chauds), la poix (très chaude), la résine (tiède), le soufre (chaud). I.178. Il peut paraître surprenant de voir le miel comme une substance nocive. I.179. La préparation du sucre préconisée par sainte Hildegarde n’est pas aussi agressive que les procédés modernes de raffinage. Le sucre séché selon les indications de ce chapitre a des propriétés bénéfiques. Le siècle de sainte Hildegarde est celui des premières croisades qui amènent en Occident des plantes exotiques mentionnées dans les Physica ainsi que le sucre de canne désigné dans l’ouvrage par le mot zucharum, terme habituel (avec saccharum) pour nommer le sucre en latin médiéval. Sainte Hildegarde emploie aussi la forme germanique du mot, zucker. Le mot français sucre apparaît également au xiie siècle. En raison de sa rareté, donc de son prix, le sucre fut d’abord employé uniquement pour la médecine. I.180. Note de la Patrologie : Le chapitre « Du bœuf », dans l’édition de Schott, traite du lait et du beurre. Voir plus loin : chapitre 14 du livre VII « Des animaux ». En effet, dans le Livre des animaux (livre VII des Physica), le chapitre 14 de l’édition de Schott, consacré aux bovins et cité en note par la Patrologie, parle du lait pratiquement dans les mêmes termes que le chapitre 180 du Livre des plantes dans la Patrologie. I.181. Note de la Patrologie : Le chapitre « Du bœuf », dans l’édition de Schott, traite du lait et du beurre. Voir plus loin : chapitre 14 du livre VII « Des animaux ». En effet, dans le Livre des animaux (livre VII des Physica), le chapitre 14 de l’édition de Schott, consacré aux bovins et cité en note par la Patrologie, parle du beurre pratiquement dans les mêmes termes que le chapitre 181 du Livre des plantes dans la Patrologie. I.184. Dans cette série de substances alimentaires courantes, le pain est évoqué de façon particulière avec la préparation du pain trempé. Cet aliment est envisagé dans ses rapports avec la digestion, et le liquide de trempage y joue un grand rôle. Cet aliment, que sainte Hildegarde appelle meranda, devait être une nourriture de base.
Chapitres 189-194 (retour aux plantes) : six plantes aux qualités et aux propriétés diverses. D’abord : quatre fabacées (ou légumineuses, ou papilionacées) : ––chapitre 189 : le lupin blanc (famille des fabacées). Le texte nomme cette plante Vigbona ; il s’agit vraisemblablement de la même plante que celle qui est appelée Vichbona au chapitre 9a ; ––chapitre 190 : le pois chiche (famille des fabacées) ; ––chapitre 191 : la lentille bâtarde (famille des fabacées). Plusieurs identifications ont été proposées : ers, vesce, lentille. Pour cette plante, la Patrologie donne le nom scientifique de Ervum ervilia qui désigne la lentille bâtarde ; ––chapitre 192 : la vesce cultivée (famille des fabacées). Ensuite, une graminée : ––chapitre 193 : le millet commun (famille des graminées ou poacées). La première moitié du chapitre est à peu près identique au chapitre 9b qui présente la même plante ; Puis une linacée : ––chapitre 194 : la graine de lin (famille des linacées). Chapitre annoncé au chapitre 150. Remarque : on peut trouver plusieurs appellations pour une même famille. Exemple : fabacées/papilionacées/légumineuses (qui ne sont pas totalement synonymes). Le nom actuel des graminées est poacées. I.189. Ce chapitre reproduit presque littéralement le chapitre 9a. I.191. Le nom de Ervum ervilia a pour synonyme Vicia ervilia, ce qui range la plante dans le genre Vicia (les vesces), comme la plante du chapitre suivant : Vicia sativa. I.192. La vesce cultivée est employée comme fourrage pour le bétail ; sainte Hildegarde fait allusion à cet usage. I.193. Plante froide, le millet commun est nocif. Le chapitre 9b, consacré lui aussi au millet commun, se limite à cette nocivité tandis que le chapitre 193 lui ajoute un remède où la poudre de millet entre en composition, pour un tiers seulement, avec de la poudre de scolopendre, plante chaude et bénéfique (chapitre 30). I.194. Plante chaude et non comestible, la graine de lin s’utilise en onguent, cataplasmes et compresses. Le tissu de lin est utilisé lui aussi pour cataplasmes et compresses. Cette utilisation du tissu de lin se retrouve au chapitre 154.
Chapitres 195-200 : six plantes aux qualités et aux propriétés diverses : deux astéracées, deux plantes non identifiées, deux apiacées : ––chapitre 195 : la tanaisie des jardins (famille des composées ou astéracées). Autres appellations courantes : la menthe-coq, la grande balsamite. Plante du même genre que la tanaisie commune, chapitre 111 ; ––chapitre 196 : les stutgras. Plante non identifiée déjà présentée au chapitre 86 ; ––chapitre 197 : la stur. Plante non identifiée ; ––chapitre 198 : la laitue vireuse (famille des composées ou astéracées). La Patrologie renvoie au chapitre 91 qui présente la même plante ; ––chapitre 199 : le chervis (famille des ombellifères ou apiacées). Autre appellation courante : la berle des bergers ; ––chapitre 200 : le panais (famille des ombellifères ou apiacées). Texte identique à celui du chapitre 148. I.196. Ce chapitre reproduit presque littéralement le chapitre 86 consacré à la même plante. Ainsi le début du texte : « Les stutgras sont plus petits » se comprend par rapport au chapitre 85 : « plus petits » que les « wizsgras » qui seraient une autre catégorie d’herbes (allemand : das Gras, l’herbe). Au texte du chapitre 86 s’ajoute la mention de la qualité de la plante : nature froide. I.200. Le texte de ce chapitre est identique à celui du chapitre 148 où la plante nommée morkrut est identifiée comme étant la parnassie des marais (Parnassia palustris).
Chapitres 201-206 : six plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 201 : la bourrache (famille des boraginacées). Sainte Hildegarde nomme cette plante borith ; une des appellations de la bourrache en allemand moderne est Borrich. Pourtant, certains commentateurs proposent une autre identification : la saponaire (Saponaria officinalis, famille des caryophyllacées) ; ––chapitre 202 : la lavande aspic. Chapitre identique au chapitre 25 consacré à cette même plante ; ––chapitre 203 : la joubarbe. Chapitre identique au chapitre 42 consacré à cette même plante ; ––chapitre 204 : la bryone. Chapitre identique au chapitre 43 consacré à cette même plante ; ––chapitre 205 : le polypode (fougère de la famille des polypodiacées) ; ––chapitre 206 : le chardon Marie (Silybum marianum, famille des composées ou astéracées). Ce chapitre reproduit le dernier paragraphe du chapitre 99. Le chapitre | 175
99 est consacré à trois sortes de chardons : le chardon lisse (panicaut), le chardon piquant (chardon béni), le chardon Marie, qui est repris dans ce chapitre 206.
I.210. Cette force est précisée par le mot acumen, « pointe », « piquant », « acidité »
Dans cette série de plantes apparaissent plusieurs doublets : ––au chapitre 201, consacré à la bourrache, plusieurs passages sont identiques à des passages du chapitre 58 consacré à l’alkékenge (s’agit-il de confusions ?) ; ––les chapitres 202, 203, 204 sont identiques à des chapitres déjà consacrés aux mêmes plantes : -- chap. 202 = chap. 25, -- chap. 203 = chap. 42, -- chap. 204 = chap. 43 ; ––le chapitre 206 est une reprise du dernier paragraphe du chapitre 99.
Chapitres 212-219 : huit plantes aux qualités et aux propriétés diverses, et d’identification parfois difficile : ––chapitre 212 : l’asaret (famille des renonculacées). Le chapitre 48 est aussi consacré à l’asaret. Une autre identification a été proposée : le lierre terrestre (Glechoma hederacea, famille des labiées) auquel est consacré le chapitre 105 ; ––chapitre 213 : le peucédan (famille des ombellifères ou apiacées). Sainte Hildegarde nomme la plante hirceswurtz (l’herbe aux cerfs). En français, l’appellation d’herbe aux cerfs désigne le peucédan cervaire, Peucedanum cervaria. D’autres identifications ont été proposées : le persil sauvage, le cerfeuil ; ––chapitre 214 : la scammonée (famille des convolvulacées) ; ––chapitre 215 : le nénuphar (famille des nymphéacées) ; ––chapitre 216 : la prêle (famille des équisétacées). Bien que la Patrologie identifie la plante sous l’appellation d’Hippuris vulgaris, la plupart des traducteurs et commentateurs optent pour la prêle des champs (Equisetum arvense) dont une appellation courante est la queue de cheval, ce qui est aussi l’étymologie d’Hippuris ; ––chapitre 217 : la zugelnich (plante non identifiée) ; ––chapitre 218 : le psaffo (plante non identifiée) ; ––chapitre 219 : « la plante sur laquelle poussent les rifelbere ». Les baies désignées par rifelbere ne sont pas clairement identifiées. Plusieurs identifications ont été proposées : les mûres, les airelles, l’épine-vinette…
I.201. Plante possible : la bourrache, à moins qu’il ne s’agisse de la saponaire. Il faut comparer ce chapitre avec le chapitre 58 consacré à l’alkékenge. En effet, plusieurs passages sont identiques à ceux du chapitre 58, en remplaçant l’alkékenge par la bourrache. I.203. Ce chapitre est une reprise littérale du chapitre 42, mais sous une forme réduite. En effet, le chapitre 42 présente plusieurs remèdes. Le chapitre 203 ne retient que le dernier remède, traitant les problèmes de surdité. I.206. Chapitre à comparer avec la fin du chapitre 99 qu’il reprend presque mot pour mot. Le chapitre 206 précise que le froid de la plante vient de la rosée, précision absente du chapitre 99.
Chapitres 207-211 : cinq plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 207 : la ficaire (famille des renonculacées). Sainte Hildegarde appelle ici la plante ficaria. Ce chapitre reproduit presque mot pour mot le chapitre 173 où la plante est appelée wichwurz ; ––chapitre 208 : le pastel (famille des crucifères ou brassicacées). Appellations courantes : le pastel des teinturiers, la guède ; ––chapitre 209 : la primevère (famille des primulacées) ; ––chapitre 210 : le pétasite (famille des composées ou astéracées). Plante souvent confondue avec le tussilage. La plante de ce chapitre, le grand pétasite (Petasites hybridus) est aussi appelé le grand pas-d’âne, par rapprochement avec le tussilage pas-d’âne (chapitre suivant) ; ––chapitre 211 : le tussilage pas-d’âne (famille des composées ou astéracées). I.207. Il s’agit pratiquement du même texte qu’au chapitre 173. I.208. Le chapitre semble incomplet.
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I.212. Tandis que le chapitre 48 présente l’asaret comme particulièrement dangereux, le chapitre 212 en fait une plante très bénéfique. Dans les deux chapitres, il s’agit d’une plante chaude. Peut-être à cause de la différence des propriétés attribuées à la plante par chacun des deux chapitres, certains commentateurs ont identifié la plante du chapitre 212 non comme l’asaret (malgré la Patrologie qui l’appelle asarum), mais comme le lierre terrestre (Glechoma hederacea), plante bénéfique présentée au chapitre 105 ; ce chapitre 105 offre des ressemblances avec le chapitre 212 en ce qui concerne les vertus de la plante et les remèdes qui l’utilisent. Le dernier remède est particulièrement complexe, voire confus parfois, d’autant plus que, dans ce passage, le texte de la Patrologie ne semble pas toujours très sûr. Mais il a le mérite de faire ressortir un aspect primordial de la médecine de sainte Hildegarde : la notion d’équilibre, la nécessité d’équilibrer les diverses qualités et propriétés, par exemple l’équilibre du chaud et du froid. Le chapitre se termine sur une formule capitale :
« Tout cela… lui fait garder en lui une juste mesure, quand toutes ces propriétés s’équilibrent. » I.215. Dans le grand catalogue des plantes de sainte Hildegarde, même des plantes sans utilité médicinale trouvent leur place. Leur inutilité mérite autant d’être signalée que les propriétés des autres plantes. I.219. Autres chapitres consacrés à des baies ou fruits dont le nom est terminé par le suffixe -beere en allemand moderne : –– chap. 169 : la mûre, Brombeere ; –– chap. 170 : la fraise, Erdbeere ; –– chap. 171 : la myrtille, Heidelbeere.
Chapitres 220-221 : deux plantes aquatiques : ––chapitre 220 : la lentille d’eau (famille des lemnacées). Il existe plusieurs espèces de lentilles d’eau du genre Lemna. La Patrologie ne précise pas l’espèce et donne comme indication Lemnae sp. Des commentateurs proposent Lemna minor, la petite lentille d’eau ; ––chapitre 221 : la quenouille, appellation courante de la massette (famille des typhacées). Il existe de nombreuses espèces de massettes du genre Typha. La Patrologie ne précise pas l’espèce et donne comme indication Typhae sp. Les espèces les plus répandues dans l’hémisphère nord sont la Typha latifolia, la massette à feuilles larges, et la Typha angustifolia, la massette à feuilles étroites.
Chapitres 226-230 : cinq plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 226 : le rhinante crête-de-coq (famille des scrofulariacées) ; ––chapitre 227 : le brome (famille des graminées ou poacées). Le genre Bromus comprend plusieurs espèces dont le Bromus secalinus, le brome faux-seigle ou brome des seigles ; ––chapitre 228 : le chardon (famille des composées ou astéracées). Le genre Carduus comprend de nombreuses espèces de chardons. Une autre identification a été proposée : la cardère, genre Dipsacus de la famille des dipsacacées qui comprend notamment la cardère sauvage ou cabaret des oiseaux ; ––chapitre 229 : le sureau hièble (famille des caprifoliacées ou des adoxacées). Ce chapitre est pratiquement identique au chapitre 120 consacré à cette même plante ; ––chapitre 230 : le basilic (famille des labiées ou labiacées). I.229. Ce chapitre est pratiquement identique au chapitre 120 consacré lui aussi au sureau hièble.
I.221. La massette est appelée quenouille à cause de la forme de son inflorescence au bout de la tige florifère.
Chapitres 222-225 : quatre plantes aux qualités et aux propriétés diverses : ––chapitre 222 : le millepertuis (famille des hypericacées) ; ––chapitre 223 : le thym (famille des labiées ou labiacées) ; ––chapitre 224 : l’aloès (famille des liliacées). Le texte du chapitre 224 est en grande partie semblable à celui du chapitre 211 consacré au tussilage pas-d’âne. Le chapitre 174 est aussi consacré à l’aloès, mais le contenu est différent de celui du chapitre 224 ; ––chapitre 225 : la pivoine (famille des renonculacées). L’identification de la plante, appelée Plionia dans ce chapitre, n’est pas certaine. Le chapitre 127 consacré, de façon plus sûre, à la pivoine, est différent du chapitre 225. Le chapitre est beaucoup plus long ; les qualités premières de la plante sont opposées : froide (chapitre 225), chaleur de feu (chapitre 127). I.224. Est-il vraiment question de l’aloès dans ce chapitre qui reproduit le chapitre 211 consacré au tussilage pas-d’âne ? C’est le chapitre 174 qui présente, de façon certaine, l’aloès.
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2. À propos du Livre III La composition des chapitres Chaque arbre est présenté selon le plan suivant (avec des variantes) : –– l’arbre est d’abord présenté avec sa qualité dominante : chaud, froid, sec, humide, avec toutes les nuances et combinaisons possibles ; –– trente-six de ces arbres sont mis en correspondance avec une abstraction (vertus, vices et qualités diverses) dont ils sont le signe ; –– remarques sur l’utilité ou la nocivité des parties de l’arbre : feuilles, fleurs, fruits, bois, écorce, sève... –– indication et prescriptions ; préparations de remèdes, y compris contre les démons et la magie ; –– parfois indications vétérinaires ; –– conclusion optimiste : la guérison ou l’amélioration doit suivre le remède. Sainte Hildegarde ajoute parfois : « si Dieu le veut » ou « à moins que Dieu n’en décide autrement ». À l’intérieur des chapitres, les passages entre crochets droits sont des variantes ou des compléments signalés par la Patrologie, provenant de l’édition princeps, édition de Schott (Strasbourg 1533).
Correspondances entre les arbres et des réalités abstraites Chap.
Arbre
Réalité abstraite
Nom latin de l’abstraction
4
Cognassier
Ruse
Astutia
5
Pêcher
Envie
Invidia
6
Cerisier
Jeu/plaisanterie
Jocus
7
Prunier
Colère
Ira
8
Sorbier
Simulation
Simulatio
11
Noisetier
Lascivité
Lascivia
12
Châtaignier
Discernement
Discretio
13
Néflier
Douceur
Suavitas
14
Figuier
Crainte
Timor
15
Laurier
Constance
Constantia
16
Olivier
Miséricorde
Misericordia
17
Palmier dattier
Béatitude
Beatitudo
18
Cédratier
Chasteté
Castitas
19
Cèdre
Affermissement
Confirmatio
20
Cyprès
Secret de Dieu
Secretum Dei
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21
Genévrier
Âpreté
Asperitas
22
Buis
Générosité
Largitas
23
Épicéa
Force
Fortitudo
24
Tilleul
Fragilité
Fragilitas
25
Chêne
Débauche (?)
Nequida (?)
26
Hêtre
Enseignement/ discipline
Disciplina
27
Frêne
Réflexion
Consilium
28
Tremble
L’excès
Nimietas
29
Aulne
L’inutilité
Inutilitas
30
Érable sycomore
La terreur
Exterrita
31
If
La joie
Laetitia
32
Bouleau
Le bonheur
Felicitas
33
Pin
L’affliction
Maeror
34
Fusain
Générosité
Largitas
36
Saule
Vices
Vitia
43
Genévrier
Excès
Nimietas
45
Épine-vinette
Combat
Agon
46
Cornouiller sanguin
L’art bref
Brevis ars
48
Non identifié
L’audace
Audacia
52
Églantier
L’affectivité
Affectio
53
Prunellier
L’animosité (?)
Frebelkeit (mot allemand)
Remarques sur les correspondances entre les arbres et des réalités abstraites –– Chap. 25 : le chêne est mis en relation avec la nequida, mot latin inconnu. Faut-il lire nequitia qui désigne la mauvaise qualité du caractère et des mœurs (paresse, débauche, fourberie) ? –– Chap. 46 : brevis ars (l’art bref), qui est le titre d’un ouvrage de Raymond Lulle, pourrait désigner une voie alchimique. –– Chap. 53 : le prunellier est mis en relation avec frebelkeit, un des nombreux mots difficiles de la langue de sainte Hildegarde, qui pourrait désigner l’animosité (allemand moderne : Feindseligkeit). La même qualité est attribuée à deux arbres différents : –– la générosité a pour signe le buis (chap. 22) et le fusain (chap. 34) ; –– l’excès a pour signe le tremble (chap. 28) et le genévrier (chap. 43). Ces correspondances, présentes dans le texte de la Patrologie, ne figurent pas dans l’édition princeps, édition de Schott (Strasbourg 1533).
Remarques sur les chapitres du Livre des arbres
III.16. Avec le laurier, l’olivier, autre arbre méditerranéen, joue un grand rôle dans l’Antiquité grecque où il est l’arbre d’Athéna. Il est resté une représentation de la paix.
Chapitres 1-63
III.18. Selon le principe de similitude, la chaleur du cédratier s’oppose à la chaleur des fièvres. Le cédratier est une espèce voisine du citronnier. C’est le premier agrume à s’être diffusé en Europe. On considère que le citronnier apparaît en Europe à la fin du xiie siècle. Donc sainte Hildegarde parle vraisemblablement du cédratier. Mais les deux arbres sont très proches.
III.1. Les remèdes sont présentés ici, comme dans d’autres chapitres, en suivant les phases du développement de l’arbre : bourgeons, feuilles, fleurs, fruits. III.2. Dans les premières lignes, les ressemblances établies entre l’arbre et les organes du corps humain (foie et poumon) rappellent les correspondances entre la nature-macrocosme et l’homme-microcosme. (Cf. préface du Livre I, le Livre des plantes). III.4. En tant qu’arbre froid, le cognassier n’a pas grande valeur. Mais les coings ont des qualités premières bénéfiques : le chaud, le sec, l’équilibre (temperamentum). Aussi, ce fruit permet-il de soigner des affections diverses. Dans ce chapitre, comme dans la majorité des chapitres concernant les arbres, le fruit occupe une place particulière. C’est le premier arbre à être doté d’une correspondance : la ruse (astutia) avec son ambivalence : tantôt utile, tantôt inutile. De même, le bois et les feuilles du cognassier sont inutiles, tandis que son fruit cuit est utile. III.5. Le pêcher a pour correspondance l’envie (invidia). C’est « l’arbre de Perse », Persicus, Persichbaum. Mais il est probablement originaire du nord de la Chine où on l’appelle « arbre de la vie ». L’édition de Schott précise le texte de la Patrologie, parfois confus et sûrement altéré. Cette édition princeps permet même de corriger certains passages du texte de la Patrologie. III.8. Le mot esculus, titre du chapitre de l’édition de Schott, cité par la Patrologie, ne semble pas pouvoir désigner le sorbier Pourtant, ce chapitre est quasiment identique à une partie du chapitre de la Patrologie consacré au sorbier sous le titre De spirbaum. III.9. Malgré un texte visiblement altéré, la première phrase fait comprendre que le froid du mûrier est bénéfique. Ceci est confirmé par les remèdes qui suivent et les observations sur le fruit du mûrier. III.12. Pour désigner les châtaignes, sainte Hildegarde parle des « noyaux » ou de « l’intérieur des noyaux » du fruit du châtaignier. Il est le signe de la discretio : discernement ou discrétion. III.15. Le laurier, arbre d’Apollon et de la divination, dont on couronnait les vainqueurs, est chez sainte Hildegarde aussi une plante bénéfique. Ce caractère bénéfique du laurier se retrouve dans sa correspondance avec la constance. Toutes les parties du laurier (écorce, racine, feuilles) sont bénéfiques. Mais ce sont ses baies (qui ont donné son nom au baccalauréat) qui fournissent le plus de remèdes, sous diverses formes : crues comme fébrifuge, poudre, huile etc.
III.19. Cet arbre (cèdre ou genévrier cade) se caractérise par sa force. Aussi est-il le signe de la confirmatio, qualité que l’on peut traduire par « affermissement ». Selon un principe souvent énoncé et utilisé par sainte Hildegarde, la force corrige la faiblesse du malade, mais entre en conflit avec la force du bien portant. C’est pourquoi il faut arrêter ces remèdes quand on a recouvré la santé. III.21. Les propriétés attribuées à la plante sont peut-être liées à la toxicité de ses huiles essentielles, notamment le sabinol (alcool terpénique). III.25. Ce chapitre bouleverse nos représentations valorisantes du chêne. Cela confirme que la cosmologie de sainte Hildegarde et sa conception de la nature reposent sur une vision du monde étrangère aux systèmes habituellement reçus. Le chêne est le premier arbre froid du Livre des arbres. III.26. Le hêtre détient une qualité primordiale dans le système de sainte Hildegarde : le juste équilibre (rectum temperamentum) de ses qualités premières, le chaud et le froid. Le chapitre est surtout remarquable par les rituels de guérison qu’il renferme. Ces rituels accompagnent l’élaboration d’un remède par des gestes précis et des formules où l’on invoque : –– une réalité difficile à interpréter : la sainte scinctura de la sainte Incarnation ; –– des « événements bibliques » : l’apparition divine à Mambré ; le baptême du Christ. Ces deux événements font partie des très rares références de sainte Hildegarde aux Écritures dans les Physica. Cet enseignement biblique est-il en rapport avec le fait que le hêtre est défini comme le signe de l’enseignement (disciplina) ? Faut-il, au contraire, interpréter cette disciplina comme la discipline en tant que règles et soumission aux règles, en relation avec la vertu d’équilibre manifestée par le hêtre ? III.32. Le bonheur, dont le bouleau est le signe, est la felicitas, mot latin qui implique la fécondité, la fertilité. III.35. La réalité abstraite que manifeste le charme est la prospérité : le mot latin prosperitas est formé sur pro + spero, et désigne ainsi ce qui est conforme aux espérances.
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III.37. Le nom scientifique, Salix caprea, signifie « le saule des chèvres ». III.38. Les qualités premières de cet arbuste ne sont pas dans leur juste nature. C’est ce que montre l’adjectif latin rectus qui désigne ce qui est « droit », conforme à ce qu’il doit être. En effet, le texte dit littéralement : « ni une chaleur droite, ni un froid droit ». Les notions de rectitude et d’équilibre sont particulièrement importantes dans le système de sainte Hildegarde. III.43. En dépit de quelques différences, le texte de la Patrologie et celui de l’édition de Schott présentent tous deux le genévrier comme une plante bénéfique. Malgré ce caractère bénéfique, la Patrologie fait du genévrier le signe de l’excès, ce qui s’oppose aux exigences d’équilibre et de juste mesure prônées par sainte Hildegarde. III.48. Nous sommes ici en présence d’un arbre non identifié. Sa qualité dominante est la même que celle de l’orme dans le chapitre précédent : « une chaleur d’été ». Cette expression ne désigne pas une chaleur excessive mais, au contraire, une chaleur équilibrée, un équilibre entre le chaud et le froid. Cet équilibre donne aux deux arbres un caractère bénéfique. En raison de ces qualités, il faut sans doute prendre en bonne part l’audace dont l’harbaum est le signe, bien que cette notion ne s’accorde pas nécessairement avec l’équilibre. III.54. Les remèdes préconisés par sainte Hildegarde utilisent, comme pour d’autres arbres et arbustes, les cendres du bois brûlé au feu. Le texte de l’édition de Schott ajoute une utilisation importante des gouttes de sève obtenues en incisant les sarments. C’est l’utilisation du vin qui est particulièrement importante, à la fois dans ce chapitre, mais aussi dans de très nombreux remèdes des Physica où le vin ne sert pas seulement d’excipient mais où il est souvent un principe actif. Sainte Hildegarde parle de propriétés de vins allemands qu’elle connaît bien : le vin réputé de la région de Franconie, mais aussi le vin du Hunsrück, proche de Bingen. Se référant implicitement à la Genèse, sainte Hildegarde date l’apparition de la vigne de la période suivant le Déluge. Les eaux du Déluge auraient modifié les propriétés de la terre qui devient alors capable de produire la vigne. Noé, selon la Genèse, devient le premier viticulteur et le premier consommateur de vin. III.55. Pour les noms courants des végétaux, sans considération d’appellation scientifique, une tradition, due à la médecine des simples, nomme certaines plantes ou certains arbres d’après les maux qu’ils sont censés guérir. On trouve ainsi, pour ne prendre que l’appellation herbe : l’herbe à douleur ou herbe aux coupures (la valériane) ; l’herbe à la brûlure (le millepertuis) ; l’herbe aux hémorroïdes (l’orpin jaune) ; l’herbe à la coupure ou saigne-nez (le millefeuille) ; l’herbe à la fièvre (l’angélique sauvage, l’herbe de Judée et la petite centaurée)… On pourrait allonger consi-
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dérablement la liste. Le chapitre 153 du Livre des plantes est consacré à l’herba gicht (l’herbe à la goutte), plante d’identification difficile. En français, l’appellation traditionnelle d’herbe à la goutte, ou herbe aux goutteux, renvoie à plusieurs plantes très différentes. L’arbre à la goutte reste, lui aussi, privé d’identification précise. Sainte Hildegarde ne fait aucune mention de propriétés thérapeutiques de cet arbre contre la goutte. Le chapitre se termine par des considérations générales sur la moelle des arbres. Cette moelle est le tissu végétal tendre qui se trouve au centre du tronc. III.56-60. Les chapitres 56 à 60 ne sont pas directement consacrés à des arbres, mais à des réalités en rapport avec les arbres : chapitre 56 : la fumée, chapitre 57 : la mousse, chapitre 58 : l’onguent d’Hilarion, chapitre 59 : la sysemera (réalité difficile à identifier), chapitre 60 : contre les scrofules. III.58. L’intérêt de ce chapitre est de voir sainte Hildegarde citer, de façon exceptionnelle, la source d’un de ses remèdes. Les ingrédients végétaux de cet onguent sont étudiés dans les Physica : –– Livre des plantes : sysemera (chap. 37), plantain (chap. 101), basilic (chap. 230) ; –– Livre des arbres : sysemera (chap. 59), huile de laurier (chap. 15). III.59. La sysemera fait aussi l’objet du chapitre 37 du Livre des plantes. Danielle Delley, dans Les plantes médicinales, l’interprète comme « l’herbe à la rosée » dans le Livre des plantes, et comme « la rosée » dans le présent chapitre. Laurence Moulinier, dans Le manuscrit perdu à Strasbourg…, y voit la filandre, ou fil de la Vierge : fil blanc très ténu sécrété par des araignées et flottant dans l’air. D’autres traducteurs transcrivent le mot sysemera sans proposer d’identification. III.60. Ce chapitre apparaît vraiment comme un intrus dans le Livre des arbres. Il est sans rapport avec les arbres. Il est aussi le seul chapitre qui ne présente pas la forme traditionnelle du titre, commençant par la préposition de. III.61. Ce chapitre présente de nettes ressemblances avec le chapitre 17. Il s’agit vraisemblablement du même arbre. III.62. Seul le titre permet de proposer d’identifier l’arbre de ce chapitre comme étant l’épicéa. Le chapitre 23, consacré à l’épicéa, est très différent. Le remède vétérinaire présenté se retrouve presque à l’identique au chapitre 33 consacré au pin sylvestre. III.63. Se reporter au chapitre 52 dont ce chapitre est une version abrégée.
3. Les humeurs Dans la cathédrale d’Agnani, en Italie centrale, une fresque du xiie siècle, le siècle de Hildegarde de Bingen, représente, en face à face, les deux grands médecins de l’Antiquité : Hippocrate et Galien. Le nom d’Hippocrate nous est encore connu par le Serment d’Hippocrate que prêtent les médecins avant d’exercer leur art ; toutefois, le texte moderne du Serment n’est plus celui qui fut rédigé au ve siècle av. J.-C. par le médecin grec. Hippocrate a vécu entre 460 et 370 av. J.-C. Il était né dans l’île de Cos, dans une famille liée à la confrérie médicale des Asclépiades. Il y fonda une école de médecine qui eut rapidement un grand renom. Il renouvela les connaissances et les pratiques médicales existantes et on peut le considérer comme le fondateur de la médecine occidentale. Sa médecine, connue par de nombreux traités rédigés par lui-même ou par ses disciples, le Corpus hippocratique, était encore une référence pour la science médicale à l’époque de Hildegarde de Bingen, et le restera jusqu’au xviiie siècle. L’autre grande figure de la médecine antique est un autre médecin grec, Galien, qui vécut de 129 jusqu’au début du iiie siècle de notre ère. Galien reprend parfois les thèses hippocratiques, en particulier la théorie des humeurs, une des bases de la médecine occidentale jusqu’au siècle des Lumières. Cette théorie envisage quatre humeurs, présentées dans un traité du Corpus hippocratique, De la nature de l’homme, ouvrage attribué à Polybe, le gendre d’Hippocrate. Il y est écrit, au chapitre 4 : « Le corps de l’homme a en lui sang, pituite, bile jaune et bile noire ; c’est là ce qui en constitue la nature et ce qui crée la maladie et la santé. Il y a essentiellement santé quand ces principes sont dans un juste rapport de mélange, de force et de quantité, et que le mélange est parfait ; il y a maladie quand un de ces principes est soit en défaut, soit en excès, ou, s’isolant dans le corps, n’est pas combiné avec tout le reste. » La deuxième humeur est souvent désignée en français par le mot pituite, issu du latin pituita, mais, en grec, le nom de cette humeur est phlegma : le phlegme ou flegme. Sainte Hildegarde reprend, sous une forme un peu différente que nous verrons plus bas, la tradition des quatre humeurs. Elle insiste toujours sur la nécessité de maintenir ou de rétablir entre les humeurs un juste équilibre qu’elle nomme temperamentum. Elle mentionne la présence en l’homme d’« humeurs bonnes », boni humores, et d’« humeurs mauvaises », mali humores. L’humeur bonne est l’humeur conforme à ce qu’elle doit être : rectus humor, littéralement
« humeur droite ». Un excès d’humeur vient rompre l’équilibre nécessaire et rend l’humeur nocive. Cette notion de rectitude est importante pour sainte Hildegarde, qui parle aussi, par exemple, de rectus calor, la « bonne chaleur », la « chaleur droite », qui est dans son juste degré et dans sa juste nature. De la tradition antique, sainte Hildegarde reprend également les quatre qualités que sont le chaud, le froid, le sec, l’humide. Traditionnellement, ces qualités étaient en correspondance avec les quatre éléments : ––le feu : le chaud ; ––l’air : le sec ; ––la terre : le froid ; ––l’eau : l’humide. Ces qualités sont la première détermination que sainte Hildegarde attribue aux êtres de la nature. Quelques exemples : « Le blé est chaud. » « Le seigle est chaud, mais cependant plus froid que le blé. » « Le pyrèthre est de chaleur équilibrée et un peu sèche ; il présente en cela un bon équilibre et détient une bonne verdeur. » Avec ce dernier exemple, apparaît aussi une qualité très importante pour sainte Hildegarde, la « verdeur » (viriditas), force vitale généralement bénéfique, bien que la « verdeur » de certaines plantes puisse être nocive. Ainsi, « le céleri est chaud et de nature plus verte que sèche » et « il rend l’esprit flottant car sa verdeur tantôt fait du mal, tantôt rend triste et instable ». Comme dans l’exemple du pyrèthre, la qualité première s’accompagne souvent d’une qualité annexe (parfois plusieurs) dont sont précisés les rapports et proportions avec la qualité dominante : « La cannelle est extrêmement chaude… Elle contient même un peu d’humidité, mais sa chaleur est si forte qu’elle chasse cette humidité. » Les qualités de la plante servent à rétablir les qualités correspondantes qui ont été perverties chez le malade. Dans le traité De l’ancienne médecine (tome I, chap. 13), Hippocrate écrit : « Si c’est le chaud ou le froid, ou le sec, ou l’humide qui nuit à l’homme, il faut que le médecin habile guérisse le froid par le chaud, le chaud par le froid, l’humide par le sec, le sec par l’humide. » Sainte Hildegarde emploie souvent cette loi des contraires, mais elle a aussi recours au principe de similitude qui lui fait, par exemple, combattre les fièvres par la chaleur d’une plante chaude. Tout ceci trouve une confirmation dans un passage de la préface du Livre des plantes. « Or toute plante est soit chaude soit froide et pousse avec cette qualité, car la chaleur des plantes représente l’âme et leur froid représente le corps ; et en elles, selon leur espèce, l’emporte le chaud ou le froid, selon qu’elles ont du chaud ou du froid en abondance. En effet, si toutes les plantes étaient chaudes et si aucune n’était
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froide, elles feraient du mal à ceux qui les utilisent. Mais si elles étaient toutes froides et si aucune n’était chaude, elles causeraient de même du déséquilibre pour les hommes car les chaudes font obstacle au froid et les froides font obstacle au chaud. » On peut lire de même au début de la préface du Livre des arbres : « Tous les arbres renferment soit de la chaleur, soit du froid, comme les plantes. Cependant certains arbres sont plus froids et certains plus chauds que les autres. En effet, certains contiennent une chaleur plus grande que d’autres arbres chauds tandis que certains contiennent plus de froid que d’autres arbres froids. » La troisième vision du Livre des œuvres divines est le spectacle grandiose des vents qui parcourent le monde. Dans cette vision cosmique, l’homme trouve sa place, avec les humeurs qui sont en lui. « Je vis enfin combien, en une concurrence réciproque due à la diversité des qualités des vents et de l’air, les humeurs se trouvaient, au sein de l’homme, remuées et transformées, et comment elles revêtaient alors les qualités de ces vents et de l’air. » La puissance visionnaire à la fois s’élargit aux dimensions de l’univers et pénètre au fond du microcosme du corps humain. Puis ce sont des images du monde animal qui révèlent le dynamisme des humeurs : « Les humeurs peuvent s’insurger avec la férocité du léopard contre l’homme avant de s’adoucir. Elles trahissent souvent leur changement avec la démarche du crabe, avançant, puis reculant. Aussi changeantes parfois que le cerf, elles bondissent, elles s’excitent comme lui. Parfois, elles ont la rapacité du loup, ou bien, elles envahissent l’homme avec les propriétés conjuguées du cerf et du crabe. Mais elles peuvent être aussi comme le lion qui veut toujours exhiber sa force inépuisable, ou bien, comme le serpent, elles apportent soulagement ou aigreur. Parfois, elles simulent la douceur de l’agneau, ou bien elles grognent comme des ours en colère, joignant les qualités de l’agneau à celles du serpent. Bref : les humeurs ne cessent de changer en l’homme. » Ensuite, la vision poursuit le spectacle des mouvements des humeurs à travers le corps. Nous retiendrons encore une phrase qui se situe vers la fin de cette vision : « Si les humeurs se répandent dans un équilibre convenable, si elles ne sont ni trop sèches, ni trop humides, la santé du corps ne s’altère plus. » Dans les Causae et curae, Les causes et les traitements, sainte Hildegarde répartit les quatre humeurs en deux catégories : 1) deux humeurs dominantes appelées flegmes ; 2) deux humeurs inférieures appelées livores, pluriel de livor (humeur livide).
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Elle en définit les rapports et les mélanges, constatant que toute humeur qui dépasse sa juste mesure devient nocive. Dans les Physica, nous ne rencontrons ni l’élan visionnaire du Livre des œuvres divines ni le système complexe des Causae et curae. Il est question des humeurs principalement à propos des pathologies et des remèdes proposés. Le sang y est distingué des humeurs, comme le montre le début du chapitre 39, consacré à la ciguë : « La ciguë est chaude. Elle renferme du danger, au point que si un homme en mangeait, elle détruirait tout ce qui est en bon ordre dans son sang et dans ses humeurs (humores). » Quatre nom d’humeurs apparaissent dans les Physica : slim, livor, souvent donné comme l’équivalent latin du mot germanique slim, flegma, melancholia, la bile noire, qui se distingue nettement des trois autres humeurs. Nous allons d’abord passer en revue les occurrences de ces humeurs, avant d’en tirer des conclusions. Dans la traduction, très souvent, une note de bas de page précise quel est le mot du texte que recouvre la traduction humeur.
Slim Le mot slim est la forme ancienne de Schleim : mucosité, mucus, glaire, pituite. Nous l’avons traduit de plusieurs façons, en fonction du contexte. – Slim traduit par « humeur glaireuse » (dans l’estomac et la digestion) I (Livre des plantes) 1 : le blé. Le pain de gruau, ou de fleur de farine, provoque plus d’humeur glaireuse (slim) que le pain complet. Schott, cité par la Patrologie, a livor au lieu de slim, livor étant ici le nom latin du slim. 3 : l’avoine. Le pain et la farine d’avoine ne sont pas bons pour des hommes affaiblis car ils se coagulent dans leur ventre et provoquent en eux de l’humeur glaireuse (slim). Schott, cité par la Patrologie, a livor au lieu de slim. 11 : le chanvre. Pour les hommes en bonne santé, le chanvre « est léger et bénéfique au point d’enlever quelque peu l’humeur glaireuse (slim) de l’estomac ; il peut se digérer facilement. Il diminue les humeurs mauvaises et renforce celles qui sont bonnes. » Mais le texte ne précise pas quelles sont les humeurs bonnes et les humeurs mauvaises. 30 : la scolopendre. Une potion à base de scolopendre « fait du bien au foie, purifie le poumon, guérit les viscères douloureux, fait disparaître les infections intérieures et l’humeur glaireuse (slim) ». 49 : l’arum. L’humeur glaireuse (slim) s’accompagne ici de brûlures d’estomac, « slimecht fiber » (« fièvre avec slim »).
100 : l’ortie. L’ortie cuite « purge l’estomac et lui enlève l’humeur glaireuse (slim) ». 184 : le pain trempé. Le pain trempé « fait diminuer et disparaître l’humeur glaireuse (slim) de l’estomac ». III (Livre des arbres) 3 : le noyer. Trois noms d’humeurs sont réunis dans une même phrase de la fin du chapitre : l’huile de noix « accroît aussi le flegme (flecma), de sorte qu’elle remplit la poitrine de l’homme d’humeur livide (livor), c’est-à-dire d’humeur glaireuse (slim) ». Flegma, livor et slim désignent vraisemblablement une seule et même humeur. 5 : le pêcher. La pêche « fait disparaître les humeurs bénéfiques en l’homme et provoque de l’humeur glaireuse (slim) dans son estomac ». 15 : le laurier. Du vin où ont cuit des baies de laurier enlève l’humeur glaireuse (slim) de l’estomac. 52 : l’églantier. Les fruits cuits de l’églantier enlèvent l’humeur glaireuse (slim) de l’estomac. 53 : le prunellier. Les prunelles (fruits du prunellier) enlèvent l’humeur glaireuse (slim) de l’estomac. ––Slim traduit par « humeur » (dans la digestion) I, 7 : la fève. La fève « ne provoque pas autant d’humeur que le pois ». Littéralement : « La fève ne provoque pas autant d’humeur livide (livor) et autant d’humeur glaireuse (slim) que le pois. » Il s’agit vraisemblablement d’une seule humeur désignée par la coordination du latin livor et de son équivalent germanique slim. – Slim traduit par « mucosités » I (Livre des plantes) 136 : la rue des murailles. Cette plante a la propriété de briser des mucosités (slim) « qui se coagulent dans l’estomac, la vessie ou toute autre partie du corps et deviennent dures comme de la pierre ». 169 : la ronce. Un remède, dont la ronce est un des ingrédients, purge les poumons de leurs mucosités. « Les poumons retrouveront la santé et les mucosités (slim) seront chassées de la poitrine. » 172 : les champignons. Le champignon du hêtre est la base d’un remède qui « réchauffe l’estomac et lui enlève ses mucosités (slim) ». III (Livre des arbres) 8 : le sorbier. Le fruit du sorbier « déclenche des humeurs, mais il se digère sans donner de mucosités (slim) ». ––Slim traduit par « pituite ». La pituite, une des quatre humeurs de la médecine antique, se présente comme un liquide glaireux. Dans les textes latins, le mot latin pituita a plusieurs significations : la gomme ou résine s’écoulant
des arbres ; le mucus, les mucosités ; l’humeur nommé pituita ; le rhume ; le pus, la sanie. I (Livre des plantes) 74 : le pourpier. « Le pourpier est froid. Si on en mange, il donne de la pituite (slim) et il n’est pas bon à manger pour l’homme. » Ici, la traduction par « pituite » recouvre deux mots coordonnés : livor et slim ; même procédé dans I, 7. 97 : la mauve. Il s’agit ici de l’adjectif slimecht (qui renferme de la pituite), qui est suivi de « ainsi que des humeurs épaisses et vénéneuses ». Ces derniers mots précisent la nature du slim et correspondent bien à la pituite, liquide glaireux. 138 : la chélidoine. Il s’agit encore de l’adjectif slimech dans un contexte où le slim est présenté comme une humeur dangereuse : « La chélidoine est très chaude. Elle est vénéneuse, car elle renferme un suc renfermant de la pituite. » 170 : le fraisier. L’ingestion de fraisier et de fraises donne de la pituite (slim). 172 : les champignons. Les champignons qui poussent sur la terre (et non sur les arbres) provoquent de la pituite (slim). Ici, slim est associé à schum (l’écume), ce qui fait penser à une humeur glaireuse, à du mucus. 185 : les œufs. Dans ce chapitre consacré aux œufs, ces derniers sont qualifiés de slimechte (renfermant de l’humeur appelée slim : pituite, humeur glaireuse, mucus…). La nocivité du slim contenu dans les œufs, ou que provoquent les œufs, est précisée : « Ils sont nocifs pour celui qui en mange, car ils sont visqueux et fangeux, c’est-à-dire pleins de mucosités (slimechte) et semblables à du poison. » – Mulslim I, 6 : le pois. Le mot désigne une humeur provoquée par l’ingestion de pois. On reconnaît évidemment slim comme finale de ce mot ; mais l’élément initial mul pourrait faire problème. M.-L. Portmann fait de mul l’équivalent de Mund, la bouche, et traduit par Mundschleim : mucosité(s) de la bouche. Mais la traductrice cite aussi le manuscrit B (Bruxelles) qui présente la version « multum slim » : beaucoup de slim ; dans cette version, le mul de mulslim correspondrait à une apocope de multum. L’édition de Schott, non citée ici par la Patrologie, présente la version « plurimum flegma » : du flegme très abondant. Dans cette version, le superlatif plurimum amplifie le multum du manuscrit B, tandis que flegma représente vraisemblablement la même humeur que slim. La traductrice anglaise, Pr. Throop, traduit mulslim par « mucus ».
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Livor Le mot latin livor, dans la Patrologie, est souvent une citation de l’édition de Schott qui vient doubler le mot germanique slim. Ci-dessous figurent des emplois directs de livor, dans le texte de la Patrologie, ou même dans des citations de Schott sans référence à slim. Le mot a été traduit par le mot générique humeur, parfois par humeur livide. Au sens premier, livor désigne une couleur : le bleu plombé ; bleuâtre, noirâtre, livide. Un des sens dérivés est le bleu provenant d’un coup. Cf. ci-dessous I, 151. Livor, en tant qu’humeur, est donc une humeur sombre mais qui ne se confond pas avec la bile noire (mélancolie). I (Livre des plantes) 22 : la rose. « Si on a de petits ulcères sur le corps, y appliquer des pétales de rose ; cela enlève l’humeur (livor) qui est en eux. » 26 : le poivre cubèbe. Citation de Schott : « (…) la chaleur bénéfique et équilibrée du poivre cubèbe éteint les ardeurs mauvaises du désir dans lesquelles se cachent des humeurs (livor) fétides et fangeuses. » 39 : la ciguë. « (…) si un homme en mangeait, elle détruirait tout ce qui est en bon ordre dans son sang et dans ses humeurs (humores). Elle provoquerait en lui de mauvais épanchements (inundationes), à la façon d’une tempête qui vient agiter l’eau ; et après que cette tempête aurait cessé, la ciguë laisserait en l’homme les pires humeurs (livor) et les pires maladies. » 64 : la rue. Un remède, dont la rue est un des ingrédients, enlève les humeurs (livor) mauvaises des yeux. Dans ce même chapitre, on trouve l’expression « noxius livor » traduite par « sécrétion nocive » pour désigner le « sperma retentum » (le sperme qui n’a pas été éjaculé). 66 : le fenouil. Un remède à base de fenouil enlève l’humeur (livor) mauvaise d’un estomac malade. 70 : le cerfeuil. Le dernier remède du chapitre (citation de l’édition de Schott) débarrasse le malade des humeurs (livor) et de l’infection liées à son mal : ulcérations diverses et démangeaisons (ou gale). 77 : la menthe des champs. Le mot allemand augswer, irritation oculaire, est glosé par une citation de l’édition de Schott : « humeurs (livor) douloureuses ». 84 : le chou. Les choux « poussent à partir de l’humeur (livor) de la rosée et de l’air ». 97 : la mauve (édition de Schott, en note). « Que personne ne mange de la mauve crue, car elle serait comme un poison (…) elle renferme en effet de l’humeur livide. » Littéralement, le texte dit que la mauve est « livosa », c’està-dire qu’elle renferme du livor. L’adjectif livosus est formé 184 |
sur livor en bas latin ou en latin médiéval. Le latin classique ; le grammairien Adamantius emploie l’adjectif lividus Martyrius, du ve siècle de notre ère, signale un adjectif livorosus. 114 : l’aigremoine. « (…) si on sécrète et que l’on rejette de l’humeur (livor) et du flegme venant des viscères malades, et que l’on a aussi l’estomac froid, boire du vin contenant de l’aigremoine. Ce remède diminue la sécrétion d’humeur (livor) et en purge l’organisme ; de plus, il réchauffe l’estomac. » Ici, livor est coordonné à flecma ; s’agit-il d’une sorte d’hendiadyin où une seule humeur serait désignée par deux noms coordonnés, comme il arrive parfois avec des coordinations de livor et de slim, ou bien faut-il distinguer les deux humeurs ? L’humeur appelée livor se manifeste dans un contexte de froid, et la purgation de cette humeur s’accompagne d’un réchauffement de l’organe malade. 116 : la grande camomille. Dans ce chapitre, l’humeur (livor) accompagne les règles des femmes. Un remède à base de grande camomille purge les femmes « de leurs humeurs (livor) intérieures et fétides et permet d’évacuer les règles ». 124 : la germandrée petit-chêne. Dans ce chapitre, livor désigne une humeur associée à la gale (scabies) et à de l’infection ou de la sanie (tabes), et que la plante ne parvient pas toujours à chasser. 151 : le mouron des oiseaux. La plante fait disparaître le bleu résultant d’un coup. C’est un des sens de livor en latin classique où le mot désigne d’abord une couleur bleue plombée, puis le bleu d’un hématome. 169 : la ronce. Une épine de ronce ou une petite lancette permettent de faire sortir l’humeur (livor) d’une langue enflée ou présentant des ulcérations. II (Livre des éléments) 5 : le Rhin. L’eau du Rhin, si on la boit directement, détruit « les humeurs nocives et livides » (« noxios et lividos humores »). Ici, le livor est désigné par la périphrase « humeur livide », l’adjectif lividus, qui correspond à livor signifiant : couleur de plomb, bleuâtre, livide. La phrase suivante dit : « (…) quand un aliment est cuit avec de l’eau du Rhin, elle fait disparaître les humeurs livides de cet aliment (…). » Ici, « humeurs livides » traduit le seul substantif livor et non la périphrase lividus humor. III (Livre des arbres) 3 : le noyer. Cf. plus haut, à la rubrique « Slim traduit par humeur glaireuse ». 17 : le palmier dattier. Cet arbre « est gluant comme l’humeur livide (livor) ».
Flecma/Flegma Outre slim et livor, sainte Hildegarde parle aussi de l’humeur appelée du nom latin (issu du grec) flecma ou flegma : le flegme (phlegme). En latin classique, il désigne une des quatre humeurs, celle qui est aussi appelée pituite ; il s’emploie également au sens de mucus, ce qui le rend proche du slim. I (Livre des plantes) 3 : le pois. Le flegme est l’humeur dominante dans ce chapitre. « Le pois est froid et produit un peu de flegme [littéralement : est un peu flegmatique]. Il oppresse un peu le poumon. Cependant pour un homme de nature chaude, il est bon à manger et le rend fougueux. Mais pour les malades de nature froide, il ne vaut rien car il provoque en eux de l’humeur (mulslim). » Citation de l’édition de Schott : « Si quelqu’un souffre d’un écoulement excessif de flegme (flegma) dans le front, qu’il écrase un pois blanc en le mâchant avec ses dents, qu’il le mélange avec du miel très pur ; puis qu’il applique le tout sur ses tempes en le pressant avec un bandage. Qu’il suive ce traitement jusqu’à ce qu’il aille mieux. » Ici, le flegme intervient dans un contexte de froid. Le pois, producteur de flegme, peut, par similitude, combattre un excès de flegme. 13 : le galanga. Le galanga entre dans des remèdes complexes pour guérir des maux provoqués par le flegme. « Si le flegme (flegma) provoque des vapeurs dans la tête d’un homme et brouille son audition (…). Si on a l’estomac refroidi par le flegme (flegma) (…). » Ici encore, le flegme est associé au froid. 18 : le pyrèthre. Le pyrèthre, plante de chaleur équilibrée, combat le flegme. « Si on a du flegme (flecma) dans la tête, manger beaucoup de pyrèthre en diminue ce flegme. » 62 : la lilim (plante non identifiée). Dans ce chapitre, sainte Hildegarde prescrit des remèdes pour combattre des maux dus au flegme. « Si on a en soi des humeurs (humores) si affaiblies que du flegme (flecma) s’en écoule (…). » Le remède « réduit l’humidité dominante, purifie les humeurs, diminue le flegme, comme lors de la désinfection d’une blessure ». 63 : la sauge. « Si on a un écoulement excessif de flegme (flecma), ou encore si on a une haleine fétide, faire cuire de la sauge dans du vin, puis filtrer à travers un linge. En boire souvent : les humeurs (humores) mauvaises et le flegme en sont atténués. » Le flegme, comme les autres humeurs, est nocif quand il ne se trouve pas dans de justes proportions : « un écoulement excessif de flegme ». « Si celui qui souffre de ces affections est un peu paralysé par de l’arthrite, faire cuire de la sauge dans de l’eau. Qu’il
en boive : les humeurs et le flegme (humores et flecma) diminuent en lui. » 66 : le fenouil. Le fenouil est une plante à chaleur douce, ne présentant pas de froid dans sa nature. Aussi est-il efficace contre le mauvais flegme. « Celui qui mange du fenouil ou de ses graines chaque jour, à jeun, fait diminuer en lui le mauvais flegme et les infections. » 75 : la menthe aquatique. « Un homme qui a le poumon oppressé, crache du flegme et tousse dès qu’il bouge ; mais si on est oppressé parce qu’on est trop gras, à cause d’un excès de nourriture et de boisson, on a seulement du mal à respirer et on ne crache pas de flegme. » Ici, le flegme (flecma) accompagne l’oppression des poumons. 89 : le radis. « Si on a beaucoup de flegme (flecma) dans le corps, réduire du radis en poudre, faire cuire du miel avec du vin et y mettre la poudre (...). Cette poudre purge le malade de son flegme et le miel l’empêche de se dessécher. Si on sent qu’il agit quand on en mange, c’est parce qu’il chasse de l’homme les humeurs (humores) nocives et les mauvaises odeurs. » C’est l’abondance de flegme qui est nocive. La réduction du flegme est associée à celle des humeurs mauvaises et des mauvaises odeurs. 114 : l’aigremoine. « Si on sécrète et que l’on rejette de l’humeur (livor) et du flegme (flecma) venant des viscères malades, et que l’on a aussi l’estomac froid, boire, aussi bien à jeun qu’après un repas, du vin contenant de l’aigremoine. Ce remède diminue la sécrétion d’humeur et permet d’en purger l’organisme ; de plus, il réchauffe l’estomac. » Le flegme est associé à l’humeur appelée livor, dans un contexte de froid qu’il faut réchauffer. Cf. plus haut livor à la même occurrence. 127 : la pivoine. « Si on a beaucoup de flegme (flecma) dans la tête et dans la région de la poitrine, au point de cracher de nombreuses saletés et d’avoir une haleine fétide, couper de la racine de pivoine en petites rondelles, faire bouillir dans du vin, et boire souvent un peu de cette potion encore chaude : elle purge la tête et la poitrine et permet d’avoir une haleine qui sente bon. » Ici encore, c’est l’abondance de flegme qui est en cause. Ce flegme se manifeste par des crachats et une mauvaise haleine. 132 : l’ancolie. « Si on rejette beaucoup de flegme, tremper de l’ancolie dans du miel et en manger souvent : le flegme diminue et le remède purge de cet excès de flegme. » Le flegme est nocif par son excès. 195 : la tanaisie des jardins. Dans un remède contre les maladies mentales, sainte Hildegarde écrit : « Il faut manger des bouillies de fleur de farine préparées soit avec du beurre, soit avec de la graisse, mais pas avec de l’huile, car celle-ci attirerait du flegme (flecma) dans le cerveau et l’en
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remplirait. » Est-ce la viscosité de l’huile, analogue à celle du flegme (comme de la pituite, souvent donnée comme synonyme de flegme), qui produirait cet effet ? III (Livre des arbres) 3 : le noyer. « Si on a beaucoup de flegme (flecma) dans le corps, prendre le liquide qui exsude du noyer quand on coupe ses branches, que ce soit sève ou sueur, faire cuire à feu doux dans du vin avec du fenouil et un peu de grande passerage, puis filtrer à travers un linge. Boire souvent de ce remède, chaud : cela fait disparaître le flegme, et on sera purifié. » Il s’agit une nouvelle fois d’éliminer un excès de flegme. On peut remarquer qu’en latin « le liquide qui exsude » des arbres est appelé pituita (souvent donné comme synonyme de flegme). Il s’agirait d’un remède par similitude. L’huile de noix « accroît le flegme (flecma), de sorte qu’elle remplit la poitrine de l’homme d’humeur livide et glaireuse (livor, id est slim) ». Trois noms d’humeurs sont associés ici : « flegme », « humeur livide » (livor), « humeur glaireuse » (slim) ; slim servant d’équivalent à livor. 17 : le palmier dattier. Une poudre de feuilles de palmier dattier séchées « empêchera que de l’infection se déclare à l’intérieur du corps et que se développe du flegme mauvais et abondant ». Le remède combat un état pathologique de l’humeur (« flegme mauvais ») et son excès (« abondant »).
Gelwe fel : la bile jaune Sainte Hildegarde ne mentionne cette humeur traditionnelle qu’une seule fois, au chapitre 26 du Livre des arbres, chapitre consacré au hêtre. Elle désigne cette humeur avec un substantif latin fel, la bile, et un adjectif allemand gelwe (allemand moderne gelbe), jaune. Dans ce passage du chapitre 26, une prière de guérison, la bile jaune est présentée comme nocive : « Je coupe ta verdure parce que tu rectifies toutes les humeurs de l’homme qui se détournent vers la voie préjudiciable et impropre de la bile jaune, par le Verbe vivant qui a fait l’homme sans en éprouver de regrets. »
Melancholia / melancolia La mélancolie, melancholia / melancolia, en grec « bile noire », se distingue des trois humeurs précédentes et constitue une humeur à part entière.
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Le médecin grec Galien (voir plus haut) a écrit un traité De la bile noire (Περὶ μελαίνης χολῆς) où il étudie cette humeur et ses effets. Sous la même appellation de bile noire, il distingue l’humeur proprement dite, « engendrée chez les personnes en bonne santé », et la bile noire « engendrée contre nature » par un réchauffement excessif de n’importe quelle humeur. Il fait de la rate le lieu propre de la bile noire, ce qui donnera le mot spleen provenant du mot grec σπλήν (splen) qui désigne la rate. I (Livre des plantes) 13 : le galanga. « Si des humeurs mauvaises prolifèrent dans les viscères et dans la rate d’un homme et provoquent dans son cœur, par l’action de la mélancolie (melancholia), de nombreuses souffrances, il doit prendre du galanga et du pyrèthre à poids égal, ainsi que du poivre blanc au quart du poids de l’une de ces deux plantes (…). » Dans ce chapitre, les douleurs au cœur provoquées par la mélancolie sont des douleurs physiques, des douleurs cardiaques, non une souffrance affective. 49 : l’arum. « Quand un homme est en proie à la mélancolie, il a l’esprit sombre et il est toujours triste. Qu’il boive souvent du vin cuit avec de la racine d’arum, cela diminue en lui la mélancolie (melancolia), c’est-à-dire qu’elle disparaît, ainsi que la fièvre. » Ici, la mélancolie prend son sens actuel de souffrance affective, de tempérament mélancolique. 61 : le houblon. Le houblon « fait naître en l’homme de la mélancolie (melancolia), rend triste son esprit et alourdit ses viscères ». Ici encore, la mélancolie est liée à la tristesse. 64 : la rue. « La chaleur de la rue atténue la chaleur excessive de la mélancolie (melancolia), dont elle équilibre aussi le froid excessif. Ainsi le mélancolique se portera mieux, s’il mange de la rue après d’autres aliments. » L’humeur est nocive quand elle présente des excès (de chaud ou de froid). 66 : le fenouil. « Si on souffre de mélancolie, broyer du fenouil pour en extraire du suc, en enduire souvent le front, les tempes, la poitrine et l’estomac : la mélancolie (melancholia) s’arrêtera. » Ce passage nous montre dans quels endroits de l’organisme se manifeste la mélancolie. 86 et 196 : les Stutgras. « Les Stutgras donnent aux hommes affaiblis des humeurs faibles et malades, et ils accroissent en eux la mélancolie (melancolia). » La nocivité de ces plantes est d’accroître la bile noire, la mélancolie. 97 : la mauve (édition de Schott). « Si la mélancolie (melancholia), entraînée par des fièvres diverses, fait souffrir le cerveau d’un homme, broyer de la mauve et deux fois plus de sauge dans un mortier et arroser le tout avec un peu d’huile d’olive. » Le chapitre ne précise pas si ces douleurs du cerveau sont des souffrances purement physiques ou des souffrances mentales.
103 : la violette. « Si on a l’esprit accablé et angoissé sous l’effet de la mélancolie (melancolia) et que le mal se répercute sur les poumons, faire cuire des violettes dans du vin pur, filtrer à travers un linge, ajouter du galanga à ce vin et de la réglisse à volonté. Faire ainsi une potion et en boire : elle met fin à la mélancolie, permet de retrouver la joie et guérit les poumons. » Ici, la mélancolie est à la fois une souffrance morale et un mal physique qui atteint les poumons. La joie, explicitement opposée à la mélancolie, est toujours un signe de bonne santé physique et morale pour sainte Hildegarde. 106 : la citronnelle. « Même si on se frotte avec de la citronnelle parce qu’elle parfume, son odeur provoque mélancolie (melancolica) et irascibilité en l’homme et lui affaiblit la tête. » On peut se demander si la mélancolie provoquée par l’odeur de la citronnelle est l’humeur de la bile noire ou simplement l’état mélancolique. Mais il est possible que ce soit les deux à la fois. En latin, la bile noire est l’atra bilis : le tempérament atrabilaire est ici désigné par l’irascibilité (iracundia). Il convient de remarquer que le texte de la Patrologie présente l’adjectif melancolica coordonné au substantif iracundia, l’irritabilité. Nous avons traduit melancolica comme s’il y avait melancolia, en suspectant une faute de copie. Mais, en supprimant la coordination, on pourrait comprendre aussi : « une irritabilité mélancolique (due à la mélancolie, à la bile noire) ». 109 : l’absinthe. Un remède à base d’absinthe « met fin au mal aux reins et à la mélancolie (melancolia), clarifie la vue, fortifie le cœur, empêche les maladies du poumon, réchauffe l’estomac, purge les intestins et procure une bonne digestion ». 178 : le miel. « Manger les rayons de miel avec la cire provoque de la mélancolie (melancolia) et fait du mal. L’homme en est alourdi, la mélancolie croît en lui. » 209 : la primevère. « La primevère est chaude et elle tient toute sa verdeur de l’acuité du soleil. En effet, certaines plantes tirent principalement leur force du soleil, d’autres de la lune, et d’autres à la fois du soleil et de la lune. Mais celle-ci reçoit principalement ses forces de la puissance du soleil. C’est pourquoi elle s’oppose en l’homme à la mélancolie. » C’est l’origine solaire des propriétés de la primevère qui lui fait vaincre la mélancolie. La suite du texte conduit beaucoup plus loin les effets de la mélancolie. « La mélancolie, quand elle surgit chez un homme, le rend triste et plein de troubles dans sa conduite et lui fait proférer des paroles contre Dieu. Voyant cela, les esprits des airs accourent vers cet homme et, par leurs persuasions diaboliques, le font souvent sombrer dans la
démence. Aussi doit-il porter cette plante sur sa chair et sur son cœur jusqu’à ce qu’elle le réchauffe. Alors les esprits des airs qui le tourmentent, se méfiant des vertus que la plante reçoit du soleil, cesseront de le tourmenter. » Comme le spleen baudelairien, la mélancolie entraîne vers le diabolique, le satanique. III (Livre des arbres) 7 : le prunier. Le fruit du prunier « est dangereux, car il provoque en l’homme de la mélancolie, augmente en lui les humeurs mauvaises et fait bouillonner toutes les infections qui sont en lui ». Le déclenchement de la mélancolie (bile noire) accompagne l’accroissement des humeurs mauvaises et des infections. 36 : le saule. Le fruit et le suc du saule « sont amers et ne sont pas bénéfiques pour l’homme car, si on en mangeait, ils provoqueraient de la mélancolie et la feraient croître, ils rendraient l’intérieur du corps amer et feraient diminuer la santé et la joie ». L’état mélancolique, lié à l’humeur de la bile noire, est l’opposé de la joie qui est signe de santé. Remarque finale Le relevé qui précède montre bien qu’une des fonctions de la médecine ancienne est de rétablir le juste équilibre des humeurs, en évitant leur excès et leur dégradation. Toutefois, la terminologie peut sembler confuse et il est difficile d’adopter une traduction uniforme pour des mots comme slim. Dans les Physica, la situation n’est pas aussi claire ou aussi systématique que dans les Causae et curae qui répartissent les quatre humeurs en deux humeurs dominantes appelées toutes deux flegma et deux humeurs inférieures appelées toutes deux livor. Les deux premières humeurs, appelées flegme, représentent le sec et l’humide et correspondent au feu et à l’air ; elles sont de nature spirituelle. Les deux autres humeurs, appelées livor, représentent l’écumeux et le tiède et correspondent à l’eau et à la terre ; elles sont de nature charnelle. De nombreuses combinaisons sont possibles entre ces quatre humeurs. Ce système diffère, au moins dans son expression, de la théorie traditionnelle des humeurs. Pour les Physica, le relevé ci-dessus fait apparaître quatre noms d’humeurs : slim, livor, flegma, melancholia. Mais il ne s’agit pas, là non plus, des quatre humeurs traditionnelles. Slim, livor et même flegma pourraient être trois appellations différentes d’une même réalité ; seule la bile noire, melancholia, se présente comme une réalité distincte. L’emploi de slim semble surtout réservé aux glaires et mucosités de l’estomac et de la digestion. Aussi l’avons-nous traduit souvent par « humeur glaireuse » ou « mucosités ». Le chapitre 69 du livre I désigne par slim les mucosités des poumons. Nous
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l’avons aussi traduit parfois par « pituite », nom traditionnel d’une humeur de type glaireux. La Patrologie cite souvent l’édition de Schott pour expliquer slim par livor. Livor serait alors l’équivalent latin du mot germanique slim (Schleim). Mais, tandis que le sens premier de slim renvoie au mucus et aux glaires, livor renvoie d’abord à une couleur ; le bleu plombé, le bleuâtre, le noirâtre, le livide. Livor pourrait alors désigner plus particulièrement toute humeur sombre, noirâtre, en dehors de la bile noire (la mélancolie). Effectivement, le relevé des emplois de livor montre des humeurs plus diversifiées que slim : humeurs des yeux, des règles, d’un hématome, d’un abcès de la langue, du sperme… Donc, si slim et livor représentent une même réalité humorale, la différence des termes peut correspondre à une différence de leurs manifestations : « humeur glaireuse » d’un côté, « humeur bleuâtre » (ou « humeur livide » si on tient à signaler l’étymologie) de l’autre. Dans la théorie des humeurs traditionnelle, le phlegma des Grecs avait été repris en latin par le mot pituita. Comme nous avons vu précédemment l’analogie entre slim et pituite, ainsi qu’entre slim et livor, on peut en conclure que le flegme, dans les Physica, représente une humeur proche de slim et de livor, voire la même humeur. Ceci est confirmé par l’exemple de III, 3 : « L’huile de noix accroît le flegme (flecma), de sorte qu’elle remplit la poitrine de l’homme d’humeur livide (livor) et glaireuse (slim). » Dans les chapitres des Physica, il s’agit de combattre les excès du flegme, les dégradations pathologiques de cette humeur. Mais il n’est pas question du tempérament « flegmatique » de l’homme chez qui le flegme serait l’humeur dominante. Au contraire, en ce qui concerne la mélancolie, la bile noire, sainte Hildegarde envisage à la fois l’aspect physique et l’aspect mental. Tandis qu’on peut englober slim, livor et flegma dans une même réalité, la melancholia est une humeur bien distincte, comme tente de le démontrer Galien dans son traité De la bile noire. Nous avons vu qu’aux effets physiques de la bile noire s’ajoutent les effets moraux : la mélancolie et le spleen. En I, 209, la mélancolie place l’homme sous l’emprise des démons. C’est le sujet de l’annexe 4 qui examine les remèdes contre l’emprise démoniaque et la magie.
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4. Démons et magie La médecine de Hildegarde a pour visée de rétablir un ordre de la nature corrompu quand la Création se trouva dégradée à la suite du péché originel. Cette corruption est l’action de celui qui « se met en travers » de l’ordre du monde : le dia-bolos. Aussi plusieurs remèdes ont-ils pour fonction de protéger l’homme de l’emprise diabolique, des actes et des pièges des esprits malins (esprits aériens, esprits de l’air) et, plus généralement, de tous les dangers liés à la magie, aux maléfices et aux envoûtements. Certaines plantes ont la propriété de faire fuir les démons, d’autres au contraire les attirent. Le début de la préface du Livre des plantes donne quelques indications. « Lors de la création de l’homme à partir de la terre, apparut une autre terre qui est l’homme. Tous les éléments étaient à son service car ils sentaient en lui la présence de la vie ; en toutes ses occupations ils coopéraient avec lui et lui avec eux. La terre offrait sa végétation en correspondance avec l’espèce, la nature, les comportements de l’homme et avec toute l’étendue de ce qui constitue l’être humain. La terre, en effet, avec les plantes bénéfiques montre l’étendue des comportements spirituels de l’homme et elle permet de les reconnaître ; tandis qu’avec les plantes nocives elle fait voir ses comportements mauvais et diaboliques. » La nature est un révélateur du spirituel et du diabolique en l’homme. La fin de la préface est encore plus précise : « Certaines plantes renferment la vertu des arômes les plus puissants et l’âpreté des arômes les plus amers. C’est pourquoi elles s’opposent à de très nombreux maux ; en effet les esprits malins, qui sont la cause de ces maux, ont ces plantes en horreur. Mais il existe aussi des plantes qui renferment pour ainsi dire l’écume des éléments ; des hommes dans l’erreur tentent de trouver leur bonne fortune en elles. Ce sont les plantes qu’aime le diable et auxquelles il vient se mêler. » Dans les humeurs et qualités de la nature, l’écumeux (spuma) est le domaine du démoniaque. Le début du chapitre consacré à la bétoine (I, 128) nous donne d’autres indications sur les rapports du diable avec les plantes. « La bétoine est chaude. Elle présente en elle, plus que les autres plantes, des signes pour le savoir humain, de la même façon que les animaux domestiques et purs ont plus de rapports avec l’homme que les animaux sauvages. C’est pour cette raison que la tromperie du diable étend parfois son ombre sur elle ainsi que sur d’autres plantes. En effet le diable vient à l’heure de la rosée, c’est pourquoi il connaît aussi toutes les vertus qui sont dans les plantes. »
Le diable sait ainsi quelles plantes il lui faut éviter et quelles plantes lui sont propices.
Un exemple privilégié : la mandragore (I, 56) La mandragore est un exemple typique des relations entre les plantes et la magie. En raison de la forme vaguement humaine de sa racine et sans doute aussi à cause des effets hallucinogènes des alcaloïdes qu’elle renferme, la plante a été dès l’Antiquité associée à la magie. Toutefois les médecins grecs, comme Hippocrate, utilisent ses propriétés médicinales. Au Moyen Âge, la mandragore est très recherchée pour ses propriétés magiques. Sainte Hildegarde commence à présenter la plante, comme toutes les autres, par les qualités présentes dans la théorie des humeurs : « La mandragore est chaude et un petit peu aqueuse. » Mais les caractéristiques suivantes sont singulières : « Elle s’est répandue à partir de la terre avec laquelle Adam a été créé. » Elle renvoie donc à la création de l’homme dont sa racine, en raison de son origine, a gardé l’image. Cette ressemblance attire le diable : « À cause de la ressemblance de cette plante avec l’homme, les suggestions et les ruses du diable sont plus présentes en elle que dans les autres plantes. » La suggestion diabolique est d’utiliser la plante pour des pratiques magiques : « L’homme a recours à elle pour la réalisation de ses désirs, bons ou mauvais, comme il le fit aussi jadis avec les idoles. » L’idole (le grec eïdolon) nous revoie au reflet, à l’image dans le miroir, à la représentation trompeuse que donne la racine de mandragore. Au Moyen Âge, s’étaient constitués des rituels complexes pour déterrer la mandragore en conservant ses pouvoirs magiques. À ce sujet, sainte Hildegarde expose deux pratiques. La première consiste à purifier la mandragore de la magie qu’elle renferme. « Quand on la déterre, il faut sans tarder la mettre pendant un jour et une nuit dans une source. Ainsi tout le mal et l’humeur nocive qui sont en elle sont rejetés, si bien qu’elle n’a plus de pouvoir pour la magie ou le surnaturel. » La seconde pratique est pernicieuse : « Quand on la déracine, si on la dépose avec de la terre encore collée à elle, sans la purifier dans une source comme il a été prescrit plus haut, alors sa nocivité s’exprime en de nombreux méfaits de nature magique et en manifestations fantastiques, de la même façon que de nombreux maux ont été causés jadis avec les idoles. » Pour vaincre des désirs sexuels dus soit à une ardeur excessive, soit à des envoûtements, sainte Hildegarde prescrit un remède complexe où l’homme doit porter sur lui un morceau de mandragore en forme de femme purifié dans une source, et, à la fin du traitement, manger une main de
la figurine réduite en poudre. Pour une femme, le remède est le même, en utilisant de la mandragore ayant la forme d’un homme. L’utilisation médicinale de la mandragore s’apparente à la théorie des signatures : « Si on a mal à la tête, manger de la tête de cette plante. Si on a mal au cou, manger du cou de cette plante », etc. La théorie des signatures se retrouve dans d’autres endroits du Livre des plantes. Par exemple, au chapitre 29, la pulmonaire, ainsi nommée car ses feuilles ponctuées de taches rappellent un poumon, est prescrite pour soigner les poumons. Enfin, l’utilisation d’une plante aux propriétés magiques s’accompagne souvent d’une prière. C’est le cas pour la mandragore. Un homme souffrant d’états dépressifs doit prendre de la mandragore qui vient d’être déracinée, la mettre dans une source pendant trois jours et trois nuits, puis la placer contre lui dans son lit en récitant cette prière : « Dieu, toi qui as créé l’homme du limon de la terre, sans qu’il soit exposé à la douleur, maintenant, cette terre qui est pure de toute transgression, je la pose près de moi pour que la terre dont je suis fait ressente elle aussi cette paix qui est celle de la Création. » La mandragore, purifiée par la source, ramène l’homme à l’innocence et à la paix qui ont présidé à sa création.
Deux plantes solaires efficaces contre les démons et la magie : la fougère (I, 47) et la primevère (I, 209) Le chapitre 47 commence par la mention habituelle des qualités de la plante : « La fougère est très chaude et sèche et renferme peu de suc. » Ensuite, les deux premiers tiers du chapitre sont consacrés aux rapports de la fougère avec le diable et la magie. Pour évoquer le danger que le diable fait courir à l’homme, sainte Hildegarde remonte à l’épisode du péché originel. « Quand le diable, au paradis, attira l’homme à lui, pour rappeler cela il y eut sur le diable un signe destiné à être en lui jusqu’au dernier jour. » Ce signe de l’emprise du diable sur l’homme est activé lors des formules magiques, des formules d’envoûtement que des hommes adressent au diable et que ce dernier exauce. La haine du diable envers les hommes s’exerce dès leur naissance : « Dès que le diable voit le visage d’un nouveauné, il le hait violemment et lui tend des pièges. » La fougère protège de ces agissements diaboliques : « Quand une femme met au monde un enfant, il faut l’entourer de fougère et en mettre autour du nouveau-né dans son berceau ; alors le diable lui tendra d’autant moins ses pièges. » | 189
En effet, la fougère renferme une force capable de mettre en fuite le diable. « Elle détient en elle beaucoup de force, une force telle que le diable la fuit. Elle détient des forces comparables à la force du soleil, car, de même que le soleil illumine ce qui est obscur, de même elle met en fuite les apparitions fantastiques, et c’est pour cela que les esprits malins s’en détournent. » Cette force, comparable à la lumière solaire, ressemble à la force de la primevère, avec des effets analogues. « La primevère est chaude et elle tient toute sa verdeur de l’acuité du soleil. En effet, certaines plantes tirent principalement leur force du soleil, d’autres de la lune, et d’autres à la fois du soleil et de la lune. Mais celle-ci reçoit principalement ses forces de la puissance du soleil. C’est pourquoi elle s’oppose en l’homme à la mélancolie. » Or la mélancolie, comme le spleen baudelairien, entraîne une postulation satanique, une révolte contre Dieu : « La mélancolie, quand elle surgit chez un homme, le rend triste et plein de troubles dans sa conduite et lui fait proférer des paroles contre Dieu. Voyant cela, les esprits des airs accourent vers cet homme et, par leurs persuasions diaboliques, le font souvent sombrer dans la démence. Aussi doit-il porter la primevère sur sa chair et sur son cœur jusqu’à ce qu’elle le réchauffe. Alors les esprits des airs qui le tourmentent, se méfiant des vertus que la plante reçoit du soleil, cesseront de le tourmenter. » Le diable et les démons (les esprits de l’air) sont chassés par la puissance des plantes solaires telles que la fougère et la primevère. Ainsi, pour se préserver du péril diabolique, l’homme doit porter sur lui soit de la primevère, soit de la fougère. « Un homme qui porte de la fougère sur lui est épargné par la magie et les incantations des démons ainsi que par les paroles diaboliques et les autres manifestations fantastiques. » Une des pratiques magiques combattues par sainte Hildegarde est l’envoûtement au moyen de figurines. La fougère préserve de tels envoûtements. « Si on prépare une figurine à l’image de quelqu’un pour lui faire du mal et le tuer, cela ne peut lui nuire s’il porte de la fougère sur lui. » La fougère protège aussi les lieux où elle se trouve à la fois du diable et des perturbations atmosphériques. « À l’endroit où elle pousse, le diable exerce rarement ses tromperies. Elle évite une maison et un lieu où se trouve le diable et les a en horreur. Les éclairs, le tonnerre, la grêle tombent rarement là où se trouve la fougère ; et dans un champ où elle pousse, la grêle tombe rarement. » Pour sainte Hildegarde, les perturbations atmosphériques sont le signe de perturbations physiques et spirituelles ; elle emploie souvent l’image de la tempête pour évoquer le déchaînement nocif des humeurs en l’homme.
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La fougère représente donc une force spirituelle, une qualité dont sainte Hildegarde fait l’éloge en ces termes : « De même que l’homme possède une bonne et une mauvaise science, de même également de bonnes et de mauvaises plantes ont été créées pour l’homme. Or, le suc de la fougère a été établi pour la sagesse et il fait partie de ce qui est bon dans la nature, comme signe du bien et de la sainteté. C’est pourquoi tous les maléfices de la magie fuient la fougère et s’en détournent. » Il n’est pas surprenant que le chapitre 47 se termine par des propriétés médicinales importantes de la fougère qui agit notamment sur la vue, sur l’audition, sur le langage et favorise mémoire, réflexion et intelligence. De même, au chapitre 209, la primevère redonne une santé mentale affectée par des humeurs mauvaises.
Une plante maléfique et toxique : la belladone (I, 52) Le nom scientifique actuel de la belladone, Atropa belladona, exprime son caractère dangereux. En effet Atropa provient de Atropos, le nom d’une des trois Parques, celle qui coupait le fil de la vie. Comme la mandragore, c’est une plante toxique renfermant des alcaloïdes, tels que l’atropine. La belladone n’était pas seulement utilisée par les « belles dames » (d’où le nom de bella dona) de la Renaissance pour dilater leurs pupilles et devenir ainsi plus attirantes. Les sorcières médiévales la recherchaient pour ses propriétés hallucinogènes. « La belladone renferme du froid. Mais dans ce froid elle contient de la lassitude et de l’engourdissement. Sur la terre et dans le lieu où elle pousse ont leur place les suggestions du diable qui y développent les pratiques diaboliques. La belladone est dangereuse à manger et à boire pour l’homme car elle agresse son esprit et le rend comme mort. » Il ne s’agit pas seulement d’un danger de mort physique, mais de mort de l’esprit (spiritus). La belladone est encore employée dans la pharmacopée moderne. Sainte Hildegarde l’utilise, à faible dose, dans un onguent destiné à guérir les plaies.
Philtres d’amour et envoûtements amoureux Sainte Hildegarde propose aussi des remèdes contre les procédés magiques, philtres, envoûtements, destinés à rendre quelqu’un amoureux. Parmi ces remèdes, se trouve le plantain (I, 101) : « Si un homme ou une femme mange ou boit un philtre d’amour, il faut lui donner à boire du suc
de plantain, avec ou sans eau, puis qu’il prenne une boisson forte et se purge à l’intérieur ; ensuite il se sentira soulagé. » La bétoine (I, 128) est aussi prescrite dans ce cas. Sainte Hildegarde prescrit pour cela un remède complexe, qui tient du rituel de désenvoûtement autant que de la médecine ; par exemple : « Quand on a trouvé cette bétoine, enlever les feuilles, mettre une feuille dans l’orifice de chaque narine et une feuille sous la langue, tenir une feuille dans chaque main, puis placer une feuille sous chaque pied, enfin regarder la bétoine avec insistance. Procéder ainsi jusqu’à ce que ces mêmes feuilles se réchauffent sur le corps. Répéter souvent l’opération, jusqu’à ce que la personne envoûtée aille mieux. Elle est ainsi délivrée de cette folie amoureuse, si toutefois elle n’a goûté, en mangeant ou en buvant, aucune substance aphrodisiaque, et n’en n’a pas introduit dans son corps. » Mais elle élabore aussitôt après un remède plus simple : « Si quelqu’un, homme ou femme, sous l’effet des formules magiques, se trouve pris au piège de l’amour pour une autre personne, qu’il ait toujours de la bétoine près de lui, et il se portera mieux. » Une autre pratique d’envoûtement amoureux consiste à toucher la peau d’une personne avec de l’arnica (I, 156) : « L’arnica est très chaud. Il renferme une chaleur vénéneuse. Quand un homme ou une femme brûle de désir amoureux, si quelqu’un les touche, lui ou elle, sur la peau avec de l’arnica encore vert, ils brûleront d’amour pour cette personne. Puis, lorsque cette plante sera desséchée, l’homme ou la femme qui ont été touchés par la plante deviendront presque fous sous l’effet de l’amour qui les a consumés, au point d’en rester stupides par la suite. » La chaleur excessive et toxique de l’arnica peut expliquer son rôle dans les ardeurs amoureuses et le dérèglement de l’esprit. Sainte Hildegarde propose de nombreux autres remèdes anaphrodisiaques, mais nous avons ici relevé uniquement les désirs dus à des pratiques magiques.
fonde légèrement ; puis la tenir contre soi pour qu’elle se réchauffe à la chaleur de la chair et de la sueur. Elle repousse les visions fantastiques, les pratiques magiques, les envoûtements démoniaques, résultant de formules et de plantes maléfiques, et toute cette sorcellerie sera moins capable de nuire, du moins si on n’a ni mangé ni bu de substances magiques. » La fougère et la primevère sont aussi des plantes à porter sur soi (voir plus haut).
L’odeur de la lavande (I, 35) « La lavande est chaude et sèche, car elle a peu de suc. Elle n’est pas bonne à manger pour l’homme mais elle a une odeur puissante. Son odeur clarifie les yeux, car elle renferme la force des arômes les plus puissants ainsi que l’utilité des plus amers ; c’est pourquoi elle s’oppose à de très nombreuses maladies, et les esprits malins sont terrifiés par cette odeur. »
Le soufre (I, 188) Alors que nous connaissons toute une littérature où le diable se manifeste dans une odeur de soufre, sainte Hildegarde en fait un remède contre les maléfices. « Le soufre est chaud. Quand il brûle, par exemple quand il est utilisé comme combustible de cuisson, il attire à lui les humeurs mauvaises. Il est sans valeur pour des médicaments, sauf si on est la cible de poison ou de maléfices, ou si on est en proie à des visions surnaturelles. Si, dans ce cas, on fait brûler du soufre, sa fumée est si forte qu’elle affaiblit tous ces dangers et qu’ainsi l’homme en est bien moins affecté, comme lorsque deux compagnons sont des vauriens, l’un domine l’autre en méchanceté. » Cette fin du texte montre que la nocivité du soufre est utilisée contre celle des poisons et maléfices.
Plantes à porter sur soi pour éloigner les démons
Les arbres et les maléfices
Le boucage saxifrage (I, 131) : « Le boucage saxifrage est plus froid que chaud. Il n’est pas très utile à l’homme car son suc est âcre. Toutefois, il faut toujours en porter à son cou et on ne pourra jamais être trompé par les évocations des démons, les formules magiques, ni par des sortilèges que l’on a ni mangés, ni bus. » Comme le fait l’amertume, l’âcreté de cette plante semble repousser les démons. La myrrhe (I, 176) : « La myrrhe est chaude et sèche. Si on veut porter de la myrrhe sur soi, la faire d’abord chauffer au soleil ou sur une brique chauffée au feu, de sorte qu’elle
Dans le Livre des arbres, c’est la force de certains arbres qui est utilisée contre le diable et la magie. Au milieu du chapitre 7 consacré au prunier, sainte Hildegarde montre que le diable est présent dans les maléfices : « (…) quand l’antique serpent a entendu des formules magiques et des malédictions, il les prend à son compte et tend ses pièges à celui qui est visé par ces paroles, à moins que Dieu ne l’en empêche. » Avec la motte de terre des racines du prunier, elle élabore un remède complexe contre les maléfices : « Si quelqu’un devient fou à la suite de formules magiques ou de malédic| 191
tions, prendre de la terre qui entoure les racines du prunier, la chauffer sur le feu assez fortement pour qu’elle s’enflamme. Quand le feu aura pris, mettre, sans tarder, sur la terre suffisamment de rue et un peu moins de menthe pouliot, afin que la terre reçoive en elle le suc et l’odeur de ces plantes. Ou bien, si on n’a pas de menthe pouliot, mettre sur cette terre du fenugrec encore vert. Si c’est l’hiver, mettre sur la terre, modérément chauffée, des graines de ces plantes. Avec la terre et les plantes entourer la tête, le ventre et les flancs nus du dément, une fois qu’il a mangé, fixer le tout en attachant un linge par-dessus. Aliter le malade, tout habillé, pour qu’il sue abondamment avec la terre appliquée sur lui. Procéder ainsi pendant trois ou cinq jours, et l’homme ira mieux. » Le charme (III, 35) et l’orme (III, 47) repoussent les démons et les maléfices par une force que sainte Hildegarde nomme « prospérité » (prosperitas). « Le charme est plus froid que chaud. Il manifeste de la prospérité dans sa nature… Il est bon et utile pour un homme d’avoir toujours du bois de cet arbre près de lui. En effet, si le bois de charme et d’autres arbres qui manifestent de la prospérité brûle dans le foyer d’une maison, les esprits aériens et les illusions diaboliques quittent la maison et s’enfuient en évitant ce lieu, car ils sentent ici la présence de la prospérité. Si on veut, quand vient le soir, passer la nuit dans une forêt ou s’y reposer au milieu de la journée, il faut s’allonger sous un charme ou à l’ombre de cet arbre et y dormir. Là, les esprits malins exerceront beaucoup moins leurs tromperies et leurs horribles pratiques. D’autre part, sous les autres arbres dans la nature desquels se manifeste de la prospérité on peut s’étendre et se reposer en évitant les horribles pratiques du diable ; toutefois, c’est surtout sous le charme qu’on peut le faire. » « L’orme a une chaleur semblable à la chaleur d’été. En effet il n’est ni très chaud, ni très froid, mais tempéré… Cet arbre a de la prospérité dans sa nature, si bien que les esprits aériens ne pourront à travers lui pratiquer leurs hallucinations, leurs méfaits et leurs tromperies, en déchaînant leur colère et en se livrant à de nombreux combats. » Pour l’épicéa (III, 23), c’est la force même, dont cet arbre est le signe, qui repousse les démons. « L’épicéa est plus chaud que froid. Il renferme de nombreuses propriétés. Il est le signe de la force (fortitudo). En effet, partout où se trouve du bois d’épicéa, les esprits aériens haïssent ces endroits et les évitent plus que les autres lieux. Là, les maléfices et les pratiques magiques ont moins de vigueur et prévalent moins en ces lieux qu’ailleurs. » Avec le cyprès (III, 20), Hildegarde conseille d’abord de porter sur soi (comme elle le prescrivait avec plusieurs
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plantes) du cœur du bois de cyprès : « Le cyprès est très chaud. Il est le signe du secret de Dieu (…). Prendre du bois de la partie médiane qui est le cœur de l’arbre, le porter toujours sur soi. Le diable vous épargnera d’autant plus que cet arbre, à cause de sa nature forte, a une sorte d’excellence parmi tous les autres. En effet le diable s’enfuit en évitant tout ce qui a des vertus, car lui-même n’a aucune vertu. » Ici, sainte Hildegarde joue sur la polysémie du mot : force, faculté, propriété, d’une part, et d’autre part, qualité morale. Vient ensuite tout un rituel contre la possession diabolique (les « filets du diable »), accompagné d’une sorte de prière d’exorcisme. « Si un homme est empêtré dans les filets du diable ou de maléfices, prendre de ce même bois qui se trouve dans la partie médiane de l’arbre, le percer avec une tarière. Prendre ensuite de l’eau d’une source vive dans un récipient en terre, la verser par le trou du bois en la prenant dans ce récipient. Pendant qu’on verse l’eau, il faut dire : “Moi, je te verse, toi, l’eau, par ce trou et dans cette vertueuse vertu qui est celle de Dieu, afin qu’avec cette force présente dans ta nature, tu coules dans cet homme dont le bon sens est pris dans des filets, pour que tu détruises en lui tout ce qui s’oppose à lui, pour que tu le remettes dans la juste voie où Dieu l’avait placé, dans son bon sens et un juste savoir.” Puis, pendant neuf jours donner à boire de cette eau à cet homme quand il est à jeun, car il est tourmenté par le diable, par des apparitions fantastiques ou par des maléfices et pris dans leurs filets. Après cela, il ira mieux. Pendant neuf jours encore, bénir cette eau de la même façon. » Le cyprès a des propriétés spirituelles exceptionnelles puisqu’il est « le signe du secret de Dieu ».
Rituels et prières de guérison Nous terminerons cette annexe par les rituels et prières qui se trouvent au chapitre 26 consacré au hêtre. Nous sortons ici du domaine du diable et de la magie, pour examiner des rituels de guérison. « Le hêtre est dans un juste équilibre entre le chaud et le froid qu’il renferme à part égale ; et ces deux qualités sont bonnes en lui. Il est le signe de l’enseignement. Quand les feuilles du hêtre commencent à pousser mais ne sont pas encore complètement développées, aller près de l’arbre, saisir une branche de la main gauche en tenant un petit couteau dans la main droite, et dire : “Je coupe ta verdure parce que tu rectifies toutes les humeurs de l’homme qui se détournent vers la voie préjudiciable et impropre de la bile jaune, par le Verbe vivant qui a fait l’homme sans en éprouver de regrets.” Tenir la branche dans la main gauche pendant que l’on prononce ces paroles, puis la couper avec
le couteau d’acier, la garder tout le long de l’année et faire cela chaque année. Si, au cours de l’année, on a la jaunisse, couper un petit fragment de cette branche, le mettre dans un petit récipient, verser dessus un peu de vin, à trois reprises, et prononcer à chaque fois les paroles qui vont suivre tout en versant le vin sur les fragments de hêtre : “Par la sainte ligature de la sainte incarnation par laquelle Dieu s’est fait homme, enlève de cet homme X la douleur de la jaunisse.” Puis faire chauffer dans une casserole ou dans un creuset le vin avec les copeaux que l’on a coupés, et le donner à boire chaud au malade, à jeun, pendant trois jours. Il sera guéri, à moins que Dieu ne le veuille. Si on a des frissons de fièvre, prendre des fruits du hêtre, dès qu’ils commencent à pousser, les mélanger dans de l’eau pure, de l’eau de source, et prononcer ces paroles : “Par la sainte ligature de la sainte incarnation par laquelle Dieu s’est fait homme, toi, le frisson, vous, les fièvres, faites baisser votre froid et votre chaud en cet homme X.” Puis donner de cette eau à boire au malade. On en préparera pendant cinq jours, et si on a des fièvres quotidiennes ou quartes, on en sera vite libéré, à moins que Dieu ne le veuille. D’autre part, prendre aussi de la racine de hêtre, quand elle apparaît à la surface du sol, enlever l’écorce externe de cette racine, en couper autant que l’on peut en prendre en une seule coupe, et dire : “Par la première apparition lors de laquelle Dieu vit un homme dans la racine de
Mambré, brise les flots du poison de l’homme et éloigne la mort de lui.” Puis couper à nouveau autant que l’on peut de cette racine par une seconde coupe et prononcer les mêmes paroles. Enfin, de la même manière, pratiquer une troisième coupe de cette racine, de façon à en réaliser en tout trois coupes pour ne pas en manquer pendant l’année. Garder ces morceaux de racines pendant une année entière, et procéder ainsi chaque année. Et si, au cours de l’année, on a des éruptions de boutons sur le corps, couper en une seule coupe un peu de ces racines, les mettre dans un petit récipient et verser dessus, à trois reprises, un peu d’eau de source pure, en prononçant chaque fois ces paroles : “Par la première apparition lors de laquelle Dieu a été baptisé dans le Jourdain, à travers ce poison et sans faire mourir cet homme X, enlève de lui toute la perfidie de cette infection, de même que la vie de Jésus a été pure.” Donner cette eau à boire au malade, à jeun, pendant trois jours, et chaque jour qu’il en boira, préparer le remède comme il a été dit précédemment : le malade sera libéré de ces éruptions de boutons, à moins que Dieu ne s’y oppose. » Les remèdes s’accompagnent ici de tout un rituel accompagné de prières de guérison et d’une gestuelle remarquable, en particulier pour le premier rituel. Toutes les prières sont des invocations chrétiennes et bibliques destinées à obtenir la guérison.
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Lexiques
Indépendamment même de la Lingua ignota (Langue inconnue) créée par sainte Hildegarde, les Physica présentent pour lecteur et traducteur la difficulté de mots dont la forme et le sens déroutent. Nous avons tenté de recenser, en deux lexiques distincts, les mots allemands et les mots latins les plus difficiles, mais aussi certains des mots les plus importants comme les noms des différentes humeurs et de maladies fréquemment citées, par exemple gicht, la goutte, l’arthrite. Nous avons mentionné les solutions ou hypothèses envisagées par des traducteurs qui nous ont précédé : Marie-Louise Portmann, Danielle Delley, Pierre Monat, cités dans la bibliographie. Nous avons aussi eu recours à une traduction des Physica en langue anglaise : Hildegard von Bingen’s Physica : The Complete English Translation of Her Classic Work on Health and Healing, Healing Art Press, 1998, traduction élaborée par Priscilla Throop. Dans le texte retenu par la Patrologie, interviennent des mots allemands, écrits en italiques, parfois de sens obscur. ––Ces mots allemands peuvent venir doubler un mot latin. Par exemple, en I, 12, on trouve « linias, id est striche ». Ce procédé figurera dans ce lexique sous la forme : striche Patrologie : équivalent de linias. ––Les mots allemands de la Patrologie sont souvent suivis de leur équivalent latin dans l’édition de Schott. Les citations de l’édition de Schott dans la Patrologie sont mises entre crochets droits et suivies de ed. Par exemple, en I, 6, on trouve « demphet [deprimit ed.] ». Ce procédé figurera dans le lexique sous la forme : demphet Schott : deprimit. ––Les mots de sens incertain seront désignés par [?]. Excepté quelques rares cas, les termes botaniques faisant difficulté n’ont pas été inclus dans ces lexiques. Ils sont abordés dans le corps de la traduction, lors de l’identification des plantes et des arbres. Ces lexiques concernent le Livre des plantes (Livre I), le Livre des arbres (Livre III) mais aussi le Livre des éléments (Livre II) dont la traduction ne figure pas dans le présent ouvrage. Les références figurent entre parenthèses.
1. Lexique germanique des Livres I, II, III des Physica • • •
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augssmere : [?] Schott : butyro (beurre). (III, 14.) augswer : M.-L. Portmann traduit par Augengeschwür : irritation des yeux. (I, 77.) baumechte : [?] Probablement : qui se rapporte à l’arbre. Peut-être baum (arbre) + echt (véritable). On pourrait comprendre vir baumechte comme « homme-arbre » (« homme véritablement arbre »). (III, 19.) beneduch : [?] Probablement : cataplasme. (I, 137, 174.) bestriche : allemand moderne bestreichen : enduire. Cf. striche. (III, 15.) beysze : M.-L. Portmann traduit par beize, du verbe beizen : mariner (en langage culinaire). Schott : condiat et temperet : faire mariner et adoucir, en I, 90, et condiat : faire mariner, en III, 14. (I, 81, 90, 137 ; III, 14.)
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bewe : frotter. Cf. allemand moderne bewegen : remuer, mouvoir. (I, 44, 125 ; III, 54.) beyn : [?] Peut-être : os. (I, 125.) blatern : Patrologie : équivalent de maculae et pustulae : taches et pustules. Cf. allemand moderne Blattern : variole, petite vérole. (I, 44.) biszende : Schott : tortiones : tortures. M.-L. Portmann traduit par schmerzen : douleurs. Pr. Throop traduit par wrenching pains : douleurs déchirantes. (III, 6.) brimus : [?] Mot allemand ou mot latin ? (III, 2.) brulwe : Patrologie : équivalent de asset : faire rôtir. Cf. allemand moderne brutzeln : faire sauter, passer à la poêle. (III, 53.) bulecht(e) : M.-L. Portmann traduit par beulig : plein de bosses, de renflements. Cf. buln. Pr. Throop (en I, 118) traduit par boils : furoncles. En III, 32, Schott : intumescentes pustulas habere : avoir des pustules enflées. Pr. Throop traduit par swollen pustules : pustules enflées. (I, 118 ; III, 32.)
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buln : bosse, renflement, grosseur. Cf. allemand moderne Beule, plur. Beulen : bosse. (I, 106.) cleinengriut : Patrologie : équivalent de minuta scabies : petite gale. (I, 32.) cloppe : [?] M.-L. Portmann traduit par klopfe : battre (ici : remuer de la farine dans de l’eau). Patrologie : équivalent de cum aqua temperet : mélanger avec de l’eau. (III, 12.) crampho : le mot figure dans une citation de l’édition de Schott donnée en note par la Patrologie. Il s’agit donc probablement d’un mot latin, plutôt que d’un mot allemand. Cf. allemand moderne krampf : crampe, convulsion, spasme… Cf. lexique latin : cramphum. (III, 16.) crefftiget : Schott : confortat : fortifie. M.-L. Portmann traduit par kräftigt : fortifie. (I, 89.) cucheln : [?] M.-L. Portmann transcrit le mot sans le traduire. P. Monat traduit par « des plats de légumes ». Pr. Throop traduit par broth : bouillon (de légumes). Cf. cuchen. (I, 105.) cuchen : Schott : tortella : galette. M.-L. Portmann traduit par Kuchen : gâteaux. P. Monat traduit par « boulettes ». (I, 111.) damph : en III, 5, Patrologie : équivalent de vapor : vapeur ; en III, 31, Schott : humor : humeur (sans doute au sens d’humidité). Cf. allemand moderne dampf : vapeur, fumée. (III, 5, 31.) danphet : comme demphet ? Cf. allemand moderne dampf : vapeur, fumée. (I, 17.) deick, deyck : [?] M.-L. Portmann traduit par Teig : pâte. En III, 52, le mot peut qualifier des fruits « mous », « pâteux ». (I, 55, 122 ; III, 5, 52.) demphet : Schott : deprimit en I, 6 et 182. Oppresser, étouffer. Cf. demphig. (I, 6, 144, 172, 182 ; III, 23, 56.) demphig : oppressé, étouffé. Schott : spiramen difficulter emittit aut immitit : expire et inspire avec difficulté. (I, 62.) derret : Patrologie : équivalent de arefacit : dessèche. (I, 91.) diezent, diszet : P. Monat traduit par « bourdonnent » (oreilles). M.-L. Portmann traduit par tosen : gronder, mugir. Il semble qu’il s’agit bien des oreilles qui « bourdonnent ». Cf. dizo et dyszent. Singulier : diszet (I, 120). (I, 105, 120 ; III, 6.) dincken : organes génitaux ? P. Monat traduit par « testicules ». (III, 1.) dizedo : cf. dizo : bourdonnement (d’oreille). (III, 6.) dizo : bourdonnement (d’oreille). Cf. diezent et dyszent. (I, 58.) donft : en I, 1, Schott : medulla : gruau. Cf. donst. En I, 33, Schott : fumum : fumée, vapeur. (I, 1, 33.)
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donst : Patrologie : équivalent de medulla : gruau. (I, 1.) drab : M.-L. Portmann traduit « ad drab » par zu Brei : en purée, en bouillie. (III, 12.) druge : Patrologie : équivalent de pone : place, pose, mets ! Peut-être impératif d’un verbe correspondant au verbe moderne drücken : presser, serrer. (I, 101.) druse : ganglion. Schott : glandes. (I, 139.) dum, dume : [?] Soit en rapport avec dumm : bête, sot, idiot. Soit en rapport avec dumet, dumphet, etc. Voir ces mots dans ce lexique. (I, 27, 187.) dumet : cf. allemand moderne dumpf : lourd, étouffant. P. Monat traduit : « sa tête est lourde ». M.-L. Portmann traduit par brummt : avoir la tête cassée. (I, 27.) dumph : étouffement, oppression. (III, 5.) dumphen : idée d’oppression, d’étouffement. Pr. Throop traduit par stuffiness : étouffement. En III, 2, désigne l’oppression de la poitrine. Schott : fumum : fumée, vapeur. (I, 58 ; III, 2.) dumphet : idée d’étouffement, d’oppression. Être oppressé. (I, 65, 75, 201 ; III, 2.) dumpho : étouffement, oppression. (I, 75.) dunphig : cf. demphig : oppressé, étouffé. (I, 181.) durchsoden : cf. allemand durch : à travers ; durschlagen : perforer. Patrologie : équivalent de peracutis : des plaies « transpercées » = « profondes ». (I, 52.) dyszent : M.-L. Portmann traduit par sausen : siffler ; ce verbe s’emploie pour les bourdonnements d’oreille. Cf. diezent et dizo. (I, 58.) elren : vraisemblablement pour erlen. Allemand moderne Erle : l’au(l) ne. (I, 118.) erblasent : Patrologie : équivalent de influantur : s’écoulent. (III, 30.) erblewent : Patrologie : équivalent de inflantur : enflent, se gonflent. (I, 122.) erbulset : en III, 7 : erbulsent traduit le latin tument et inflaverint : enfler, gonfler. (I, 109 ; III, 7.) eszigkalp : mère de vinaigre (?). (Essig : vinaigre.) (I, 183.) eyther : en I, 15, Schott : ulcerosum venenum : un poison, une infection qui provoquent des ulcérations. En I, 95, Patrologie : équivalent de venenum : poison. (I, 15, 95.) eyter : Patrologie : équivalent de venenum : poison. (I, 126, 137.) eyterech : adjectif sur eyter : empoisonné (victime d’un poison). (I, 161.) eytherecht : Patrologie : équivalent de venenosos : vénéneux, empoisonnés (qui renferment du poison). (I, 166.) feymechte : [?] Patrologie : équivalent de spumosi : écumants. (I, 81.) fiber : allemand moderne fieber : fièvre. Nombreuses occurrences.
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frebelkeit : semble désigner l’arrogance. (III, 53.) freischlich, freislichaz (Schott) : [?] En I, 28. P. Monat traduit par ébullition… sournoise. M.-L. Portmann traduit par Ausschlag : éruption de boutons, eczéma. En I, 132, M.-L. Portmann traduit par Anfälle : attaque ; accès ; crise. En III, 47 le mot est orthographié freischlich, puis freyslich. Patrologie : équivalent de selega (mot de sens incertain). (I, 28, 132 ; III, 47.) freyslich, freyszchlich : M.-L. Portmann traduit par Ausschlag : éruption de boutons, eczéma. En III, 26, Patrologie : équivalent de selega (mot de sens incertain). (I, 159 ; III, 26.) gebrech(e) : Schott : constrictio : oppression, en I, 144. (I, 144 ; III, 31.) gedoszen : [?] (I, 137.) gelsucht : cf. allemand moderne Gelbsucht : la jaunisse. (I, 135, 136, 140, 174 ; III, 26, 44.) gelware : M.-L. Portmann traduit par gelblich : jaunâtre. (I, 140.) gelwe : vraisemblablement même mot que gelb : jaune. (III, 26.) gemeyner glut : [?] (I, 194.) gerrellet : M.-L. Portmann traduit par gesotten, participe passé de sieden : faire bouillir. (I, 96.) gerryn : cf. allemand moderne gerrint, du verbe gerrinen : (se) coaguler. (I, 118.) gesmach : cf. allemand moderne Geschmack : le goût. (I : 94.) gicht (gegicht) : la goutte (maladie), l’arthrite. Mot identique en allemand moderne. Nous avons retenu, pour la traduction, le terme plus général d’arthrite, qui peut désigner parfois la goutte (arthrite goutteuse). En III, 2, Schott : paralysim. Il s’agit sans doute d’arthrite paralysante. (I : très nombreuses occurrences ; III, 2, 3, 4, 5, 7, 12, 16, 53, 57, 58.) glusclich : cf. allemand moderne glücklich : heureux (sens à adapter au contexte). (III, 14.) griesz : semoule, gruau. Le texte de la Patrologie et celui de Schott donnent griesz comme équivalent de medulla : la moelle (la fleur de farine). (I, 1.) grieszstein : cf. allemand moderne Griesstein : pierre granuleuse ; et Gestein : roche. (III, 54.) grind, grindig : cf. allemand moderne grind : dartre ; gale, mycose, etc. (I , 57, 172.) grint : cf. grind. En I, 120, Schott : scabiosos ungues : ongles galeux, mycose des ongles. En III, 3, Schott : pravam scabiem : une mauvaise gale (sur la tête). (I, 98, 120, 122, 124, 172 ; III, 3.) grusz : cf. allemand moderne Grütze : gruau. (III, 27.)
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habim : [?] M.-L. Portmann traduit par Happen : bouchée. P. Monat traduit par bouillie. Pr. Throop traduit par porridge. (I, 127.) hacke : hacher. Patrologie : équivalent de minimis ictibus incide : couper avec de petites incisions. (III, 1.) halczer : [?] P. Monat traduit par paralysie. M.-L. Portmann traduit par Lähmung : paralysie. (II, 14.) halsadern, halsadrin : veines du cou. Allemand moderne : Hals : la gorge ; Ader : veine. (III, 5.) halsedruszen : ganglions à la gorge (?). Allemand moderne : Hals : la gorge ; Drüse : glande. (III, 5.) helsum : Schott : de succo absinthii (suc d’absinthe). (III, 9.) heylsam : Patrologie : équivalent de sanus. Cf. allemand moderne heil : sain. (I, 45.) henigwurz : la réglisse (d’après une note de la Patrologie : I, 19). (I, 19.) herbrado : associé à wisza : taie (sur l’œil). Voir ce mot. (III, 59.) hirnwudig, hirnwutig : qui a le cerveau en furie. Cf. hirn : cerveau ; wut : rage, fureur ; wütend : furieux. Patrologie : équivalent de freneticus (III, 23) ; équivalent de amens : insensé (III, 35). (III, 23, 35.) honigwurtz : cf. henigwurz, huneckwurz et hunigwurtz. En I, 60, 95 et III, 15, Schott : potum, boisson. (I, 60, 95, 155, 174 ; III, 15, 21.) hulsen : Schott : corticem : écorce. En allemand moderne : Hülse signifie : gousse, cosse. (III, 12.) huneckwurz : M.-L. Portmann traduit par Honigwurz. P. Monat, d’après henigwurz (cf. ci-dessus), traduit par eau de réglisse. Pr. Throop traduit par hydromel. On pourrait comprendre aussi : « potion au miel », « électuaire ». (I, 37.) hunigwurtz : cf. henigwurz et huneckwurz. (I, 40.) indrede : [?] Patrologie : équivalent de dissiparet, au sens de « détruire ». (I, 133.) kneyt : Patrologie : équivalent de commisce : mélange ! Allemand moderne kneten : pétrir, malaxer. (III, 6.) kucheln : cf. allemand moderne Kuchen : gâteau. (I, 123, 125, 142 ; III, 15.) labet : Patrologie : équivalent de refocillat : réconforte, guérit. (I, 181.) lamet : cf. allemand moderne lähmen : paralyser ; et lahmen : boiter. (III, 53.) lankim : M.-L. Portmann traduit par Schambein : le pubis. Pr. Throop traduit par hips : les hanches. (I, 130.) lanckun : M.-L. Portmann traduit par Lende : reins, lombes > hanches. (I, 56.) lauchsucht, lanchsucht : [?] Probablement : mal aux reins. (I, 109.)
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lecke : Patrologie : équivalent de linge : lèche ! (I, 30.) lenden : les reins (comme en allemand moderne). (III, 1, 15, 16.) luterdrank, luterdrang : sorte de potion. En I, 30, note de la Patrologie : « Luterdrank, claretum, e vino, melle aromaticisque speciebus parata potio. » « Luterdrank, claret, boisson préparée à partir de vin, de miel et d’espèces aromatiques. » En I, 95, Schott : purum potum : boisson pure, boisson claire. (I, 30, 95 ; III, 5, 23, 43, 52.) maczerech : Patrologie : équivalent de ulcerosi : qui présentent des ulcérations. (III, 6.) maden : parasites, vermine. Allemand moderne Made : ver, asticot. (I, 186 ; III, 3.) melmechte : qui a la consistance de la poussière ; pulvérulent. (III, 54.) milwe : teignes. (I, 127.) mulslim : M.-L. Portmann traduit par mundschleim : mucosité de la bouche. Manuscrit B : multum slym – manuscrit E : plurimum flegma. Cf. slim. (I, 6.) muse, mus, muesz : allemand moderne Mus : marmelade, purée. P. Monat traduit par légumes ; cf. allemand moderne Gemüse. (I, 32, 37, 71, 75, 78, 84, 97, 102, 104, 105, 211 ; III, 12.) nack : la nuque. En I, 144, Schott : occiput : la nuque. Allemand moderne Nacken. (I, 58, 109, 177.) nasenboz, nazeboz : catarrhe, rhume. En I, 111, Schott : catarrhum. (I, 111, 144.) nebegor : Schott : terebrum : tarière. (III, 20.) nelchim : cf. allemand moderne nelke : clou de girofle. (I, 21, 27.) orechten : [?] Dans le groupe orechten salben où salben est interprété comme Salbei : la sauge. (I, 99, 206.) pinapel : [?] Pomme de pin (?), pignon (?). (III, 15.) queckborn : source. (I, 56.) quecksilber : vif-argent (mercure). (I, 57.) quedick : Patrologie : équivalent de alba lepra : la lèpre blanche. (I, 23.) queck : en I, 79, Schott : vegetatur : il pousse, il croît, il se développe. En III, 1, Patrologie : queckent, équivalent de crescunt : ils poussent. (I, 79 ; III, 1, 2, 9.) querck : [?] (I, 65.) reyniget : Patrologie : équivalent de purgat : purge, purifie. Cf. allemand moderne reinigen : nettoyer, purifier. (I, 65.) ridde(n) : cf. riddo. (I, 174 ; III, 13, 26, 57.) riddo : M.-L. Portmann traduit par Schüttelfrost : frissons. Il s’agit de frissons de fièvre, de fièvre accompagnée de frissons. (I, 49.) rifelbire : M.-L. Portmann traduit par Preiselbeere : l’airelle rouge. (I, 111.)
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roseln : [?] Va avec maculae : taches (sur le corps). (III, 5.) rupen : cf. allemand moderne Raupen : chenille. (III, 8.) salben : dans le groupe orechten salben où salben est interprété comme Salbei : la sauge. (I, 99, 206.) schebet : Schott : in asperitatem ducitur : se couvre de rugosités. (I, 4.) schelden : Patrologie : équivalent de vertex : le sommet (de la tête). Cf. allemand moderne Scheitel : sommet. (III, 5.) schelmo : [?] En III, 12, Schott : pestis. En III, 33, Patrologie équivalent de pestilentia. Pestis et pestilentia : maladie infectieuse, épidémie. (III, 12, 33.) schleim : cf. slim. schum : probablement : écume. Allemand moderne Schaum. (I, 172.) seick : [?] Pourrait désigner une substance collante. (I, 185.) selega : [?] En III, 26, donné comme synonyme de freyszchlich. Voir ce mot. (I, 132 ; III, 26.) seltega : [?] (I, 49.) senadern : [?] Probablement : les nerfs. (III, 12.) seuffut : Patrologie : équivalent de leviorem : plus légère. (III, 50.) seyger : [?] M.-L. Portmann traduit par gärend : fermenté. P. Monat traduit par trouble. (III, 59.) seyme : l’écume. Patrologie : équivalent de sumac. (III, 52.) sinder : vraisemblablement comme l’allemand moderne Sinter : concrétion. (III, 2.) slehen : prunelles (fruits du prunellier). Allemand moderne Schlehe : la prunelle. (III, 53.) slim, schleim : cf. allemand moderne schleim : mucosité, pituite, glaire. Traduit parfois par livor dans le texte de la Patrologie. Une des humeurs chez sainte Hildegarde. (Cf. D. Delley, op. cit. p. 105-106.) Le slim se présente comme une humeur glaireuse. Cf. annexe 1 sur les humeurs. (I, 1, 3, 7, 11, 30, 49, 74, 97, 100, 136, 138, 169, 170, 172, 184, 185 ; III, 3, 5, 8, 15, 52, 53.) slimech, slimecht : adjectif formé sur slim. (I, 49, 97, 138, 185.) smalh : [?] La Patrologie propose (smalx ?) qui rappelle le latin smilax : if, yeuse, liseron. M.-L. Portmann traduit par Schmaltz : graisse fondue, saindoux. (III, 12.) smaltz : allemand moderne Schmalz : graisse fondue, saindoux. (III, 16.) smeltze : cf. allemand moderne schmelzen : faire fondre. (III, 48.) smero : mot de vieil haut allemand, synonyme de fett : gras, et de fetter Bauch : bedaine. M.-L. Portmann traduit par Speck : lard. (I, 75.)
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snebelcza : mot non identifié, désignant vraisemblablement des sortes de parasites, de vermines. (I, 76.) soff : Patrologie : équivalent du latin jus : jus, sauce. M.-L. Portmann traduit par Brühe : bouillon. (I, 7, 111.) spachin : [?] Semble désigner du bois de ronces ou de broussailles. Schott : virgultorum sepium (de haies de ronces). (I, 81.) spechen : M.-L. Portmann traduit par Späne : copeaux. (III, 24.) spen : cf. allemand moderne Span : copeaux. (III, 35.) springwurtz : cf. allemand moderne Springkraut : balsamine, impatiente. (I, 37.) stam : allemand moderne stamm : tige. (I, 23.) stamphe : Schott : contundat, en I, 62. En I, 70, Patrologie : équivalent de tunde. Ces verbes latins ont le sens de : écraser, piler. Allemand moderne stampfen : broyer, piler, écraser… (I, 62, 70.) stechedim, stechedo : piqûre. Cf. les mots suivants : stechel, stechelechter. (I, 206, 223.) stechel : allemand moderne stachel : épine. (Stechen : piquer.) (I, 99.) stechelechter : M.-L. Portmann traduit par stachlige : épineux, piquant. (I, 99 ; III, 7.) stechen : piqûre, douleur piquante. Cf. mots précédents. (I, 206 ; III, 34.) stosze : allemand moderne stoss : coup. (I, 39.) striche : Patrologie : équivalent de linias (I, 9), de perfunde (I, 55) ; associé à liniendo (I, 58). Le sens est : enduire. Allemand moderne streichen : peindre, enduire. (I, 12, 55, 58, 172, 183.) stuphete : [?] M.-L. Portmann traduit par schuppig : couvert de pellicules. Pr. Throop traduit par pockmarked : grêlé, marqué de petite vérole. P. Monat traduit par chauve (tête). (III, 7.) sucht : [?] En allemand moderne, Sucht signifie « manie », « passion », « drogue » et désigne toute addiction, en particulier la toxicomanie. (I, 48.) suerecht : [?] Patrologie : équivalent de ulcerosus : qui a des ulcères. (I, 15.) suern : Schott : sotim (?). M.-L. Portmann traduit par Krätzmilben : gale ou acariens. Allemand moderne : Krätze, la gale ; Milben, mites, acariens. P. Monat traduit par vermines. (I, 76.) suffen : rapprocher de l’allemand moderne Suff : biture, boisson (péjoratif ) (?) ; ou rapprocher de soff (voir ci-dessus) (?). M.-L. Portmann traduit par Suppen : soupe. En I, 111 Schott : sorbiciuncula : petits breuvages, bouillies. Selon le contexte, le mot désigne : soupe, bouillon ou bouillie. (I, 15, 31, 75, 105, 111, 116, 126, 135, 146, 172 ; III, 3, 7.)
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sulcze : cf. allemand moderne süßen : sucrer. (III, 53.) sumac : l’écume. Patrologie : équivalent de seyme. Simple homonymie avec le sumac : arbuste du genre Rhus, famille des anacardiacées. (III, 52.) sur : Patrologie : équivalent de amarum : amer. Cf. allemand moderne sauer : acide, aigre. (I, 38.) surm : M.-L. Portmann traduit par Finnen : cysticerques (ténias au stade larvaire). (I, 110.) swaendet : Schott : consumit : fait disparaître. (III, 34.) swam : champignon. Cf. allemand moderne Schwamm : éponge ; champignon (en autrichien). Cf. néerlandais zwam : champignon. (I, 172.) swarten : cf. allemand moderne schwarte : la couenne. (I, 122.) swerent : M.-L. Portmann traduit par schwären : suppurer. (III, 14.) swern : Patrologie : équivalent de ulcus : ulcère, plaie. M.-L. Portmann traduit par Geschwür : ulcère. (I, 113, 137.) sweysze : M.-L. Portmann traduit par erwärme : faire chauffer, réchauffer. (I, 59, 73, 106, 129, 137, 140 ; III, 58.) swiczet : M.-L. Portmann traduit par schwitzen : transpirer, suer. (I, 112.) swinden : Patrologie : équivalent de deficere : manquer de force. Cf. allemand moderne schwinden : s’affaiblir. (I, 112.) trieffen : Patrologie : équivalent de humorem : à propos des yeux. Cf. allemand moderne triefauge : œil chassieux. (I, 22.) troffo : [?] M.-L. Portmann traduit par ein Tropfen : une goutte. (I, 107.) ubelwillekeit : malveillance. Cf. allemand moderne übelwollen : vouloir du mal. (III : 47.) ung : vraisemblablement « crapaud ». Cf. allemand moderne Unke : crapaud. (III, 5.) unkrut : allemand moderne unkraut : mauvaise herbe, ivraie. (I, 9b, 43, et nombreuses autres occurrences.) unmecht : être faible, avoir des défaillances. (I, 13 ; III, 14.) unmechtig(z) : comme unmecht. (I, 30, 121.) unslecht : cf. allemand moderne Unschlitt : le suif. (I, 109.) urslecht : cf. uzslechte. (III, 22.) uszbieszet : M.-L. Portmann traduit par beist sie aus, littéralement : « elle chasse en mordant ». (I, 34.) uszbluet : M.-L. Portmann traduit par ausblüt : se vide de son sang. P. Monat traduit par « démange(nt) ». (I, 32.) uszbrechent : allemand moderne ausbrechen au sens de : éclater, se déclarer… (I, 44.)
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uszflecht : [?] (I, 140.) uszgebiszen : M.-L. Portmann traduit par herausgeworfen : rejeter. (I, 56.) uszgedroszenser : [?] (I, 44.) uszproszen : Patrologie : équivalent de coppini : bourgeons. Cf. lexique latin coppinus. (III, 22.) uzslechte : éruptions cutanées, éruptions de boutons. (I, 23, 228 ; III, 22.) vach : M.-L. Portmann traduit par Verbauung : obstruction. Cf. vacht. (III, 24.) vacht : M.-L. Portmann traduit par Verbauung : obstruction. (I, 145.) vellecht, vellen : M.-L. Portmann transcrit ces mots sans les traduire. D. Delley comprend qu’il s’agit de la gale de la tête. P. Monat traduit par gale et croûtes. La traduction anglaise de Priscilla Throop parle de croûtes : crusty head, crust. (I, 122.) verfangen (est) : [?] Schott : de aviditate potus aut cibi dolorem sibi attraxit, littéralement « a attiré à lui la douleur pour avoir trop bu ou trop mangé ». Cf. allemand moderne, verbe verfangen : s’empêtrer, s’embrouiller. (III, 12.) vich : [?] P. Monat traduit par fics. M.-L. Portmann traduit par Kolik : colique. (I, 15.) vidden : M.-L. Portmann traduit par Schüttelfrost : frissons (de fièvre). Cf. riddo. (I, 48, 83.) vigim : Schott : fructum ficus, le fruit du figuier, la figue. (I, 95.) virdumet : Schott : contritus : écrasé, meurtri. (I, 62.) virgeben : M.-L. Portmann traduit par verabreicht : donner, administrer (un poison). (I, 122.) virgibnisse : pas de précision en I, 188, mais en VI, 26 (Livre des Oiseaux), l’édition de Schott citée par la Patrologie a venenum. (I, 188 ; VI, 26.) virgichtiget (vergichtiget) : en I, 3 et III, 3, Schott : paralysi fatigatur : souffre de paralysie. En III, 12, Schott : quem paralysis fatigat : qu’affecte la paralysie. Nous avons traduit par : est paralysé par de l’arthrite ou souffre d’arthrite paralysante. Cf. Gicht : goutte, arthrite. (I, 3, 47, 48, 49, 125, 177 ; III, 3, 4,12, 23, 40.) virgiluisse : sans doute mauvaise graphie pour virgibnisse (cf. ci-dessus). Patrologie : équivalent de venenum. (I, 47.) virseret : [?] P. Monat traduit par devenir fou. Le contexte désigne une maladie du cerveau. (I, 126.) virswindet : en I, 49, Patrologie : équivalent de minuit : diminue. Cf. allemand moderne verschwindet : disparaît, s’en va. (I, 49, 183.) vobin : [?] Mot inconnu. Pr. Throop traduit par uvula : luette ou uvule. (I, 130.)
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vukrut : cf. unkrut. wal : [?] Patrologie : équivalent de in contrarium. (I, 81.) wallendsucht : épilepsie. Patrologie : équivalent de caducus morbus. (I, 127.) welhet : [?] M.-L. Portmann rapproche de welk : fané, flétri. (I, 182.) wellcht : M.-L. Portmann traduit par welk : fané, flétri. Pr. Throop traduit par withered : fané, flétri. (III, 7.) welle : en I, 13, M.-L. Portmann traduit par siede : faire bouillir. En I, 65, Schott : spumas ejicit : littéralement « fait sortir les écumes ». (I, 13, 65 ; III, 15.) wellet : en I, 125, Patrologie : équivalent de conglutinatur : se ressoude (l’os). Cf. wollent. (I, 125.) weszern : cf. allemand moderne wässern : faire tremper, arroser. (III, 50.) weydden : Schott : varias maculas habet : littéralement « a diverses taches » (hématomes à la suite de coups). On pourrait donc traduire weydden par couvert de bleus, d’hématomes ou de meurtrissures. (I, 151.) winsten : correspond à l’allemand moderne weinstein (pierre de vin) qui désigne le dépôt se formant au fond d’une cuve ou d’une bouteille de vin. Ce dépôt est constitué de sels peu solubles de l’acide tartrique : tartrate de calcium et bitartrate de potassium. On peut traduire par tartre. (III, 2.) wisza : en I, 59, Schott : albugo : taie blanche sur l’œil. (I, 59, 172 ; III, 59.) wollent : Schott : coagulantur : se coagulent. Cf. wellet. (I, 3.) zanger : [?] Patrologie : équivalent de atrum : noir, sombre ; puis de acrum : âcre, piquant, acide. Le sens de acrum semble le plus probable dans les deux cas. (I, 15.) zauber : en I, 101, Schott : maleficium. Allemand moderne Zauber : magie, sortilège, envoûtement… (I, 101, 131, 188.) zechen : M.-L. Portmann traduit par Sprossen : pousse (d’un arbre). (III, 44.) zufliesze : Patrologie : équivalent de defluat : couler d’en haut, s’écouler. M.-L. Portmann traduit par zerfließt : fondre, se liquéfier. (I, 176.) zuflossen : M.-L. Portmann traduit par zerfliessen : fondre, se liquéfier. (I, 99 ; III ; 5.) zufloszlich : en I, 15, Patrologie : équivalent de diffusum : qui se diffuse. En I, 139, Schott : dissolvit : dissout, affaiblit. (I, 15, 139 ; III, 14.) zulasse, zulasze : P. Monat : mélanger. M.-L. Portmann traduit par zerlasse : faire fondre. En I, 40, Patrologie : équivalent de confluere : faire couler, verser ensemble. En III, 16, Patrologie : équivalent de dissolvat : dissoudre. Sens général : faire fondre. (I, 23, 40 ; III, 5, 16.)
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zustoszen : M.-L. Portmann traduit par zerstoßen : broyés. (III, 27.) zutribe : en I, 108, M.-L. Portmann traduit par zerreibe : déchirer, mettre en morceaux. En III, 2, il s’agit plutôt de l’action de mêler. (I, 108 ; III, 2.) zwyfeldern : M.-L. Portmann traduit par Schmetterling : papillon. (III, 8.) zychern : [?] (III, 14.)
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2. Lexique latin des Livres I, II et III des Physica •
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ancusa : peut-être pour anchusa. Anchusa est un genre de plantes, les buglosses, de la famille des boraginacées. (I, 15.) aeramentum : « objet d’airain ». Sans doute erreur de transcription, pour gramentum : plante. Le mot gramentum est donné par l’édition de Schott au lieu de aeramentum. (II, 3, 5.) baumoleum : huile d’olive. M.-L. Portmann traduit par Baumöl, ancienne appellation de Olivenöl. L’huile d’olive est désignée aussi par oleum olivae. On trouve toujours oleum olivae dans l’édition de Schott. Baumoleum : I, 55, 106, 108, 109, 137, 141, 153, 172, 177, 186 ; III, 1, 3, 22, 54. Oleum olivae : I, 2, 63, 68, 97 (Schott), 100, 108, 109, 109 (Schott) ; III, 2, 54 (Schott). brimus : [?] Mot latin ou allemand ? (III, 2.) calyps (-ips), chalyps : l’acier. (I, 20 (Schott), 31, 49, 64, 164, 168.) cancer : en I, 2, désigne la « vermine » ; le mot y est expliqué par gracillimi vermiculi : « de petits vers très minces ». Le mot latin cancer (crabe, écrevisse ; chancre ; cancer) est généralement utilisé par Hildegarde pour désigner des parasites qui rongent les chairs. En I, 103 (Schott), le mot désigne des « chancres » : ulcérations de la peau. Dans les Physica, la « vermine » et les « parasites » sont le plus souvent désignés, en latin, par vermes : les vers. Cf. vermis. (I, 2, 103 ; III, 23, 53.) ceppini : Schott : cespites ? : bourgeons. Cf. coppinus. (III, 1.) citerdrose, citerdrosae : P. Monat : éruptions. D. Delley : impétigo. (I, 15.) coppim : cf. coppinus. Bourgeons. Fruits en formation. (III, 45.) coppinus : semble désigner, d’après le contexte, les boutons floraux (du noisetier, du bouleau). Cf. ceppini. (III, 11, 22.)
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cramphum : cf. allemand moderne krampf : crampe, convulsion, spasme… Cf. lexique germanique : crampho. (I, 22.) crucibulum : latin médiéval : creuset. Cf. anglais crucible, même sens. (III, 26.) cyphus = scyphus : coupe (pour boire). (III, 22) dissinatus : M.-L. Portmann traduit par durcheinander : en désordre, sens dessus dessous ; avoir la tête à l’envers… (I, 56.) fel, génitif fellis : la bile. Le mot se trouve dans la seule mention de la bile jaune que fait sainte Hildegarde dans les Livres I à III des Physica. Le substantif latin fel y est déterminé par l’adjectif allemand gelwe (allemand moderne gelbe) : jaune. (III, 26.) flegma, flecma : le flegme. Une des humeurs chez sainte Hildegarde. Cf. D. Delley, p. 105-106 et annexe 1 sur les humeurs. (I, 3, 6, 13, 18, 62, 63, 66, 75, 89, 114, 127, 132, 195 ; III, 3, 17.) flius : probablement « la gomme ». On pourrait penser à un emprunt latin au grec φλοιός (phloios) : écorce intérieure d’un arbre ; pelure des fruits. Mais en III, 6, l’édition de Schott, citée par la Patrologie, a gummi : la gomme, au lieu de flius. (III, 5, 6, 7.) grossus : latin classique : figue qui n’arrive pas à maturité. En III, 11 : bouton floral du noisetier. (III, 11.) laxivia : lessive. Préparation réalisée en partie avec des cendres végétales. Sainte Hildegarde emploie ces préparations pour le lavage des cheveux et du cuir chevelu ou pour le lavage du corps. Selon le contexte, on est donc amené à traduire par lotion (pour éviter le trop anachronique shampooing) ou par savon. En III, 54 : une sorte de « lessive », faite d’un mélange de cendres de vigne et de vin, sert aux soins des dents et des gencives. (Lotion : I, 98, 105, 122, 127, 129, 212 ; III, 7, 23, 52, 63. Savon : I, 118 ; III, 26 (Schott). Lotion dentifrice : III, 54.) licus : sans doute coquille pour limus : le limon, la vase. (I, 145.) lividus humor : « humeur livide ». Cf. livor . (II, 5.) livor : souvent donné comme équivalent du mot germanique slim ; cf. lexique germanique. Une des humeurs chez sainte Hildegarde. Cf. D. Delley, p. 105-106 et annexe 1 sur les humeurs. Le substantif latin livor est de la même famille que le verbe liveo : être livide, couleur de plomb, bleuâtre. L’adjectif lividus : bleuâtre, noirâtre, a donné le français livide. Le substantif livor désigne une couleur bleue plombée ainsi que le bleu provenant d’un coup. Le livor de sainte Hildegarde pourrait donc représenter une humeur bleuâtre ou noirâtre, à ne pas confondre avec une autre humeur : la bile noire ou mélancolie.
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Faute de substantif précis en français, livor est parfois traduit par humeur livide, mais le plus souvent par le seul mot humeur, une note de bas de page renvoyant à livor pour identifier cette « humeur ». (I, 1, 3, 7, 22, 26, 39, 64, 66, 70, 74, 77, 84, 114, 116, 124, 151, 169 ; II, 5 ; III, 3, 17.) livosus, a, um : adjectif formé sur livor ; voir ce mot. (I, 97 (note).) melancholia / melancolia : la mélancolie, la bile noire. Une des humeurs. (I, 13, 49, 61, 64, 66, 86, 97 (Schott), 103, 106, 109, 178, 196, 209 ; III, 7, 36.) nequidam : mot latin sans doute altéré ; à rapprocher de nequitia : mauvaise qualité, en particulier morale, paresse, débauche… (III, 25.) nimmolus : [?] Nom de plante. P. Monat traduit par cannelle. M.-L. Portmann traduit par Pfefferkraut : la sarriette. (I, 15.) offa : boulette (aliment). (I, 70.) orfimae : scrofules, écrouelles. Le chapitre 60 du Livre III est entièrement consacré à un remède contre les scrofules. (I, 91, 101, 104, 132, 143, 210 ; III, 11, 42, 45, 60.) patella : diminutif de patina : plat creux, récipient pour faire cuire des aliments. Désigne un récipient de cuisson : casserole, poêle… Origine du mot français poêle. (I, 33, 40, 58, 59, 64, 68, 73, 103 (Schott), 112, 118, 129, 137, 138, 140, 142, 144, 185 ; III, 26.) paulinum : mot employé dans l’édition de Schott, citée par la Patrologie, pour désigner un remède, probablement un électuaire. À la place de paulinum, le texte de la Patrologie donne le mot paulum, dont le sens dans le contexte reste aussi énigmatique que paulinum. (I, 177.) pecarium : [?] Désigne un récipient pour boire : gobelet (?). (III, 22.) pigmentum : en bas latin, désigne les aromates et les épices. Origine des mots français piment et pigment. (I, 144, 182.) praecipitatio : force déchaînée. P. Monat : force bouillonnante. M.-L. Portmann : Verderben : ruine, perte, destruction… (I, 16.) ruse : mot latin ? Hypothèse : « partie rouge » d’un bouton (sur la peau), d’après le latin russus : rouge foncé. (III, 22.) sartago : poêle à frire. (I, 70, 106 ; III, 16.) scabies : gale, démangeaison, aspérité, rugosité. (I, 2, 7, 70, 106, 124, 224.) scinctura : invocation dans une prière accompagnant un rituel de guérison. Il s’agit de « la sainte scinctura de la sainte Incarnation ». Le mot scinctura étant inconnu en latin, la Patrologie propose deux interprétations :
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1) cinctura : la ceinture. Cette interprétation permet à un traducteur de proposer : « le saint ventre de la sainte Incarnation ». La cinctura de la sainte Incarnation pourrait désigner le lien, la puissance de l’union des natures (divine et humaine) dans la personne du Verbe, la ligature de ces deux natures ; 2) scissura : la coupure, la séparation opérées par l’Incarnation. (III, 26.) scobat : vraisemblablement scabat, du verbe scabo : gratter, racler. Cf. scobis : raclure, copeau… (III, 30.) sibula : vraisemblablement faute d’impression pour fibula. (I, 194.) solatrum : terme anciennement employé pour solanum, nom générique des morelles, ayant servi à désigner la famille des solanacées. On trouve ainsi Solanum nigrum, la morelle noire ; Solanum lethale, la belladone. (III, 16.) sorbiciuncula, sorbiuncula = sorbitiuncula : petit breuvage, bouillie. Diminutif de sorbitio : breuvage, tisane, potion ; bouillie, pâté. (I, 15, 21, 114.) stemfarn : polypode (fougère). (III, 12.) temperare, temperamentum, temperies : notion d’équilibre, très importante dans le système de Hildegarde. Ces mots sont généralement traduits par équilibrer, équilibré, équilibre. Ex. : calor temperatus : « chaleur équilibrée ». Parfois, le contexte exigera d’autres traductions comme compenser, modérer, etc. Occurrences très nombreuses. vermis : ce nom latin du ver et son diminutif vermiculus désignent toutes sortes de parasites et de vermine. (I, 2, 43, 101, 103 (Schott), 109 (Schott), 145, 154, 169, 172, 185, 186, 226 ; III, 3.) viriditas : « verdeur », force vitale. Cf. Hertzka p. 39 et 212. (I, 64). virviscella : papillon (?) Cf. Albert le Grand (1193-1280), De animalibus, § 32 : « Hoc autem animal sic alatum et ex eruca generatum a quibusdam Latine communi nomine verviscella vocatur… » « Cet animal ailé et né d’une chenille, est appelé par certains, en latin, du nom répandu de verviscella… » (III, 8 (note).) vis : la force. Pluriel vires : les forces, les facultés, les propriétés… (la notion de force restant présente dans toutes les acceptions). Occurrences très nombreuses.
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Index A
C
absinthe 72 achillée millefeuille 75 agenbaum 150 aigremoine 75 ail 60 alkékenge 51 aloès 97, 112 amandier 133 ancolie 84 aneth 56 arbre à la goutte 152 aristoloche 89 armoise 71 arnica 91 arroche 70 arum 47 asaret 47, 109 aulne 143 aunée 66 avoine 27
camphre 43 cannelle 36 cataire 87 cédratier 137 cèdre 137 céleri 57 cerfeuil 58 cerisier 130 champignons 96 chanvre 30 chardon 67, 113 chardon Marie 107 charme 145 châtaignier 134 chélidoine 86 chêne 141 chervis 106 chicorée sauvage 51 chou 62 ciboule 61 ciguë 42 citronnelle 71 clou de girofle 38 cognassier 127 colchique 45 contre les scrofules 154 cornouiller 147 cornouiller sanguin 149 courge 63 cresson alénois 58 cresson de fontaine 59 cumin 35 cyprès 138
B bardane 67 basilic 113 baumier 98 bec-de-grue 88 belladone 48 benoîte 93 bétoine 82 beurre 100 blé 26 bleuet 80 boucage saxifrage 83 bouillon blanc 80 bouleau 144 bourdaine 146 bourrache 106 brome 113 bryone 44, 107 buis 139
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D dictame 76
E échalote 60 églantier 150, 155 encens 98 épeautre 28 épicéa 139, 155
épine-vinette 148 érable champêtre 147 érable sycomore 143 esculus 132 euphorbe épurge 84 euphorbe ésule 48 euphorbe réveille-matin 48
F fenouil 55 fenouil des Alpes 84 fenugrec 41 fève 29 ficaire 97, 108 figuier 135 fougère 46 fraisier 95 frêne 142 fumée 153 fusain 145
G galanga 31 garance 93 genévrier 147 genévrier cade 137 genévrier sabine 138 géranium des prés 93 germandrée petit-chêne 80 gingembre 33 graine de lin 90, 104 grande camomille 77 grande consoude 88 grande gentiane 40 grande passerage 42 guimauve 87
H harbaum 149 hellébore noir 39, 90 herbe à la goutte 90 herbe aux goutteux 90 hêtre 141 hièble 78, 113
houblon 52 humela 47 hysope 54
I if 144 impératoire 94 iris 77
J jonc 92 joubarbe 43, 107 jusquiame noire 73
L lait 99 laitue 64 laitue scarole 64 laitue vireuse 64, 106 laurier 135 lavande 41 lavande aspic 38, 107 lentille 29 lentille bâtarde 103 lentille d’eau 111 lichen 93 lierre 87 lierre terrestre 70 lilim 52 lis 37 liseron 50 livèche 86 lupin 29 lupin blanc 103
M mandragore 49 marrube 40 mauve 66 mélisse 51 melon 63 menna 69 menthe aquatique 59 menthe des champs 60
menthe pouliot 81 menthe romaine 60 menthe sylvestre 59 miel 99 millepertuis 111 millet commun 30, 104 millet des oiseaux 30 morelle noire 79 mouron des oiseaux 90, 91 mousse 153 moutarde 65 moutarde des champs 65 muguet 92 mûrier 132 myosotis 84 myrrhe 98 myrte 147 myrtille 95
N néflier 134 nénuphar 110 nigelle cultivée 31 noisetier 133 noix de muscade 36 noyer 126
O œuf 102 oignon 62 olivier 136 onguent d’Hilarion 153 orge 28 origan 74 orme 149 ortie 68 oseille 43
P pain trempé 101 palmier dattier 137, 154 panais 106 parnassie des marais 89 pastel 108
patience blanche 83 patience noire 83 pavot 66 pêcher 128 persil 57 pétasite 108 peucédan 110 piloselle 77 pin sylvestre 145 pissenlit 48 pivoine 81, 112 plantain 68 plantain psyllium 37 plante sur laquelle poussent les rifelbere 111 poireau 61 poirier 125 pois 28 pois chiche 103 poivre 34 poivre cubèbe 38 poix 102 polypode 107 pommier 124 potentille ansérine 89, 90 potentille tormentille 92 pourpier 59 prêle 110 primevère 108 pruma 150 prunellier 151 prunier 131 psaffo 111 pulmonaire 39 pyrèthre 35
Q quenouille 111 quintefeuille 49
R radis 63 raifort 78 rave 63
réglisse 35 renouée poivre d’eau 94 résine 102 rhinante crête-de-coq 113 ronce 95 rose 36 rue 53 rue des murailles 85
S sanicle 45 sarriette 91 sauge 52 sauge sclarée 92 saule 146 saule blanc 146 saule marsault 146 scammonée 110 scolopendre 39 seigle 27 sel 100 serpolet 40 sorbier 132 souci 79 soufre 103 stur 105 stutgras 62, 105 sucre 99 sureau 148 sysemera 41, 154
U ugera 85
V valériane 87 véronique cressonnière 58 verveine 91 vesce cultivée 103 vigne 151 vinaigre 101 violette 69 vulnéraire 44
W wizsgras 62
Z zédoaire 32 zugelnich 111
T tanaisie 73 tanaisie des jardins 104 thym 112 tilleul 140 tormentille 94 trèfle des prés 72 tremble 143 troène 149 truffe du cerf 40 tussilage pas-d’âne 109
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Table des matières Avant-propos Bibliographie
SAINTE HILDEGARDE DE BINGEN PHYSICA livre i les plantes Préliminaires Préface Chapitre 1. Le blé – De tritico Chapitre 2. Le seigle – De siligine Chapitre 3. L’avoine – De avena Chapitre 4. L’orge – De hordeo Chapitre 5. L’épeautre – De spelta Chapitre 6. Le pois – De pisa Chapitre 7. La fève - De faba Chapitre 8. La lentille – De lente Chapitre 9a. Le lupin – De vichbona Chapitre 9b. Le millet commun – De hirs Chapitre 10. Le millet des oiseaux – De venich Chapitre 11. Le chanvre – De hanff Chapitre 12. La nigelle cultivée – De ratde Chapitre 13. Le galanga – De galgan Chapitre 14. La zédoaire – De zituar Chapitre 15. Le gingembre – De ingeber Chapitre 16. Le poivre – De pipere Chapitre 17. Le cumin – De kumel Chapitre 18. Le pyrèthre – De bertram Chapitre 19. La réglisse – De liquiricio Chapitre 20. La cannelle – De cynamomo Chapitre 21. La noix de muscade – De nuce muscata Chapitre 22. La rose – De rosa Chapitre 23. Le lis – De lilio Chapitre 24. Le plantain psyllium – De psillio Chapitre 25. La lavande aspic – De spica Chapitre 26. Le poivre cubèbe – De cubebo Chapitre 27. Le clou de girofle (ou le giroflier) – De gariofiles Chapitre 28. L’hellébore noir – De cristiana Chapitre 29. La pulmonaire – De lunckwurcz Chapitre 30. La scolopendre – De hirtzunge Chapitre 31. La grande gentiane – De gentiana Chapitre 32. Le serpolet – De quenula
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13 15 25 26 27 27 28 28 28 29 29 29 30 30 30 31 31 32 33 34 35 35 35 36 36 36 37 37 38 38 38 39 39 39 40 40
Chapitre 33.
Le marrube – De andron Chapitre 34. La truffe du cerf – De hirtzswam Chapitre 35. La lavande – De lavendula Chapitre 36. Le fenugrec – De fenugraeco Chapitre 37. La sysemera – De sysemera Chapitre 38. La grande passerage – De pefferkrut Chapitre 39. La ciguë – De scherling Chapitre 40. Le camphre – De ganphora Chapitre 41. L’oseille – De amphora Chapitre 42. La joubarbe – De huszwurtz Chapitre 43. La bryone – De stichwurtz Chapitre 44. La vulnéraire – De wuntwurtz Chapitre 45. La sanicle – De sanicula Chapitre 46. Le colchique – De heylheubt Chapitre 47. La fougère – De farn Chapitre 48. L’asaret – De haselwurtz Chapitre 49. L’arum – De herba aaron Chapitre 50. L’humela – De humela Chapitre 51. L’euphorbe ésule – De wulffesmilch Chapitre 52. La belladone – De dolone Chapitre 53. Le pissenlit (?) – De dauwurtz Chapitre 54. L’euphorbe réveille-matin – De brachwurtz Chapitre 55. La quintefeuille – De funffblat Chapitre 56. La mandragore – De mandragora Chapitre 57. Le liseron – De winda Chapitre 58. L’alkékenge – De boberella Chapitre 59. La mélisse – De binsuga Chapitre 60. La chicorée sauvage – De sunnewirbel Chapitre 61. Le houblon – De hoppho Chapitre 62. La lilim – De lilim Chapitre 63. La sauge – De selba Chapitre 64. La rue – De rutha Chapitre 65. L’hysope – De hyssopo Chapitre 66. Le fenouil – De feniculo Chapitre 67. L’aneth – De dille Chapitre 68. Le persil – De petroselino Chapitre 69. Le céleri – De apio Chapitre 70. Le cerfeuil – De kirbele Chapitre 71. La véronique cressonnière – De pungo Chapitre 72. Le cresson alénois – De crasso Chapitre 73. Le cresson de fontaine – De burncrasse Chapitre 74. Le pourpier – De burtel Chapitre 75. La menthe aquatique – De bachmyntza Chapitre 76. La menthe sylvestre – De myntza majori Chapitre 77. La menthe des champs – De minori myntza
40 40 41 41 41 42 42 43 43 43 44 44 45 45 46 47 47 47 48 48 48 48 49 49 50 51 51 51 52 52 52 53 54 55 56 57 57 58 58 58 59 59 59 59 60
Chapitre 78.
La menthe romaine – De rossemyntza Chapitre 79. L’ail – De allio Chapitre 80. L’échalote – De alslauch Chapitre 81. Le poireau – De porro Chapitre 82. La ciboule – De lauch Chapitre 83. L’oignon – De unlauch Chapitre 84. Le chou – De kole Chapitre 85. Les wizsgras – De wizsgras Chapitre 86. Les stutgras – De stutgras Chapitre 87a. La courge – De kurbesa Chapitre 87b. Les melons – De peponibus Chapitre 88. La rave – De ruba Chapitre 89. Le radis – De retich Chapitre 90. La laitue – De latich Chapitre 91. La laitue vireuse (ou laitue sauvage) – De lactuca agresti Chapitre 92. La laitue scarole – De wilde latich Chapitre 93. La moutarde des champs – De herba senff Chapitre 94. La moutarde – De sinape Chapitre 95. L’aunée – De alant Chapitre 96. Le pavot – De papavere Chapitre 97. La mauve – De babela Chapitre 98. La bardane – De cletta Chapitre 99. Le chardon – De distel Chapitre 100. L’ortie – De urtica Chapitre 101. Le plantain – De plantagine Chapitre 102. La menna ( ?) – De menna Chapitre 103. La violette – De viola Chapitre 104. L’arroche – De melda Chapitre 105. Le lierre terrestre – De gunderebe Chapitre 106. La citronnelle – De stagwurtz Chapitre 107. L’armoise – De biboz Chapitre 108. Le trèfle des prés – De cle Chapitre 109. L’absinthe – De wermuda Chapitre 110. La jusquiame noire – De bilsa Chapitre 111. La tanaisie – De reynfan Chapitre 112. L’origan – De dost Chapitre 113. L’achillée millefeuille – De garwa Chapitre 114. L’aigremoine – De agrimonia Chapitre 115. Le dictame – De dictamno Chapitre 116. La grande camomille – De metra Chapitre 117. La piloselle – De musore Chapitre 118. L’iris – De swertula Chapitre 119. Le raifort – De merrich Chapitre 120. L’hièble – De hatich Chapitre 121. La morelle noire – De nachtschade Chapitre 122. Le souci – De ringula Chapitre 123. Le bouillon blanc – De wullena Chapitre 124. La germandrée petit-chêne – De gamandrea Chapitre 125. Le bleuet – De centaurea Chapitre 126. La menthe pouliot – De poleya Chapitre 127. La pivoine – De beonia Chapitre 128. La bétoine – De bathenia Chapitre 129. La patience noire – De sichterwurtz nigra
60 60 60 61 61 62 62 62 62 63 63 63 63 64 64 64 65 65 66 66 66 67 67 68 68 69 69 70 70 71 71 72 72 73 73 74 75 75 76 77 77 77 78 78 79 79 80 80 80 81 81 82 83
Chapitre 130.
La patience blanche – De sichterwurtz alba Chapitre 131. Le boucage saxifrage – De bibenella Chapitre 132. L’ancolie – De agleya Chapitre 133. L’euphorbe épurge – De springwurtz Chapitre 134. Le myosotis – De frideles Chapitre 135. Le fenouil des Alpes – De ber(w)urtz Chapitre 136. La rue des murailles – De stembrecha Chapitre 137. L’ugera – De ugera Chapitre 138. La chélidoine – De grintwurtz Chapitre 139. La livèche – De lubestuckel Chapitre 140. Le lierre – De ebich Chapitre 141. La guimauve – De ybischa Chapitre 142. La valériane – De denemarcha Chapitre 143. La cataire – De nebetta Chapitre 144. Le bec-de-grue – De cranchsnabel Chapitre 145. La grande consoude – De consolida Chapitre 146. L’aristoloche – De byverwurtz Chapitre 147. La potentille ansérine – De grensing Chapitre 148. La parnassie des marais – De morkrut Chapitre 149. La potentille ansérine – De gensekrut Chapitre 150. La graine de lin – De linsamo Chapitre 151. Le mouron des oiseaux – De hunsdarm Chapitre 152. L’hellébore noir – De nyesewurtz Chapitre 153. L’herbe à la goutte ou l’herbe aux goutteux – De herba gicht Chapitre 154. La verveine – De ysena Chapitre 155. La sarriette – De satereia Chapitre 156. L’arnica – De wolfesgelegena Chapitre 157. Le mouron des oiseaux – De syme Chapitre 158. Le jonc – De junco Chapitre 159. Le muguet – De meygilana Chapitre 160. La potentille tormentille – De dornella Chapitre 161. La sauge sclarée – De scharleya Chapitre 162. Le géranium des prés – De storcksnabel Chapitre 163. La benoîte – De benedicta Chapitre 164. La garance – De riza Chapitre 165. Le lichen – De musetha Chapitre 166. La tormentille – De birckwurtz Chapitre 167. L’impératoire – De astrencia Chapitre 168. La renouée poivre d’eau – De ertpeffer Chapitre 169. La ronce – De brema Chapitre 170. Le fraisier – De erperis Chapitre 171. La myrtille – De walt beris Chapitre 172. Les champignons – De fungis Chapitre 173. La ficaire – De wichwurtz Chapitre 174. L’aloès – De aloe Chapitre 175. L’encens – De thure Chapitre 176. La myrrhe – De myrrha Chapitre 177. Le baumier – De balsamone Chapitre 178. Le miel – De melle Chapitre 179. Le sucre – De zucker Chapitre 180. Le lait – De lacte Chapitre 181. Le beurre – De butyro Chapitre 182. Le sel – De sale
83 83 84 84 84 84 85 85 86 86 87 87 87 87 88 88 89 89 89 90 90 90 90 90 91 91 91 91 92 92 92 92 93 93 93 93 94 94 94 95 95 95 96 97 97 98 98 98 99 99 99 100 100
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Chapitre 183.
Le vinaigre – De aceto 101 101 Chapitre 184. Le pain trempé – De meranda 102 Chapitre 185. Les œufs – De ovis 102 Chapitre 186. La poix – De pice 102 Chapitre 187. La résine – De hartz 103 Chapitre 188. Le soufre – De sulphure 103 Chapitre 189. Le lupin blanc – De vigbona 103 Chapitre 190. Le pois chiche – De kicher 103 Chapitre 191. La lentille bâtarde – De wisela 103 Chapitre 192. La vesce cultivée – De wichim 104 Chapitre 193. Le millet commun – De milio 104 Chapitre 194. La graine de lin – De semine lini 104 Chapitre 195. La tanaisie des jardins – De balsamita 105 Chapitre 196. Les stutgras – De stutgras 105 Chapitre 197. La stur – De stur Chapitre 198. La laitue vireuse (ou laitue sauvage) – De lactuca agresti 106 106 Chapitre 199. Le chervis – De gerla 106 Chapitre 200. Le panais – De pastinaca 106 Chapitre 201. La bourrache – De borith 107 Chapitre 202. La lavande aspic – De spica 107 Chapitre 203. La joubarbe – De semperviva 107 Chapitre 204. La bryone – De brionia 107 Chapitre 205. Le polypode – De polypodio 107 Chapitre 206. Le chardon Marie – De vehedistel 108 Chapitre 207. La ficaire – De ficaria 108 Chapitre 208. Le pastel – De weyt 108 Chapitre 209. La primevère – De hymelsloszel Chapitre 210. Le pétasite (ou grand pas-d’âne) – De hufflata majori 108 109 Chapitre 211. Le tussilage pas-d’âne – De hufflata minori 109 Chapitre 212. L’asaret – De asaro 110 Chapitre 213. Le peucédan – De hirceswurtz 110 Chapitre 214. La scammonée – De scampina 110 Chapitre 215. Le nénuphar – De nimphia 110 Chapitre 216. La prêle – De catzenzagel 111 Chapitre 217. La zugelnich – De zugelnich 111 Chapitre 218. Le psaffo – De psaffo Chapitre 219. La plante sur laquelle poussent les rifelbere – De herba in qua rifelbere crescunt 111 111 Chapitre 220. La lentille d’eau – De merlinsen 111 Chapitre 221. La quenouille – De dudelkolbe 111 Chapitre 222. Le millepertuis – De hartenauwe 112 Chapitre 223. Le thym – De thymo 112 Chapitre 224. L’aloès – De aloe 112 Chapitre 225. La pivoine – De plionia 113 Chapitre 226. Le rhinante crête-de-coq – De rasela 113 Chapitre 227. Le brome – De dorth 113 Chapitre 228. Le chardon – De cardo 113 Chapitre 229. L’hièble – De ebulo 113 Chapitre 230. Le basilic – De basilisca
206 |
SAINTE HILDEGARDE DE BINGEN PHYSICA livre iii les arbres Préliminaires Préface Chapitre 1. Le pommier – De affaldra Chapitre 2. Le poirier – De birbaum Chapitre 3. Le noyer – De nuszbaum Chapitre 4. Le cognassier – De quittenbaum Chapitre 5. Le pêcher – De persichbaum Chapitre 6. Le cerisier – De ceraso Chapitre 7. Le prunier – De prunibaum Chapitre 8. Le sorbier – De spirbaum Chapitre 8. L’esculus Chapitre 9. Le mûrier – De mulbaum Chapitre 10. L’amandier – De amygdalo Chapitre 11. Le noisetier – De haselbaum Chapitre 12. Le châtaignier – De kestenbaum Chapitre 13. Le néflier – De nespelbaum Chapitre 14 . Le figuier – De fickbaum Chapitre 15. Le laurier – De lauro Chapitre 16. L’olivier – De oleybaum Chapitre 17. Le palmier dattier – De datilbaum Chapitre 18. Le cédratier – De bontziderbaum Chapitre 19. Le cèdre ou le genévrier cade – De cedro Chapitre 20. Le cyprès – De cypresso Chapitre 21. Le genévrier sabine – De sybenbaum Chapitre 22. Le buis – De buxo Chapitre 23. L’épicéa – De abiete Chapitre 24. Le tilleul – De tilia Chapitre 25. Le chêne – De quercu Chapitre 26. Le hêtre – De fago Chapitre 27. Le frêne – De asch Chapitre 28. Le tremble – De aspa Chapitre 29. L’aulne – De arla Chapitre 30. L’érable sycomore – De ahorn Chapitre 31. L’if – De ybenbaum Chapitre 32. Le bouleau – De bircka Chapitre 33. Le pin sylvestre – De fornhaff Chapitre 34. Le fusain – De spynelbaum Chapitre 35. Le charme – De hagenbucha Chapitre 36. Le saule – De wida Chapitre 37. Le saule marsault – De salewida Chapitre 38. La bourdaine – De folbaum Chapitre 39. Le saule blanc – De felbaum Chapitre 40. Le cornouiller – De erlizbaum Chapitre 41. L’érable champêtre – De mascel Chapitre 42. Le myrte – De mirtelbaum Chapitre 43. Le genévrier – De wacholderbaum Chapitre 44. Le sureau – De holderbaum Chapitre 45. L’épine-vinette – De meltzboum Chapitre 46. Le cornouiller sanguin – De hartbrogelbaum
115 117 124 124 125 126 127 128 130 131 132 132 132 133 133 134 134 135 135 136 137 137 137 138 138 139 139 140 141 141 142 143 143 143 144 144 145 145 145 146 146 146 146 147 147 147 147 148 148 149
Chapitre 47. L’orme – De iffa Chapitre 48. L’harbaum (?) – De harbaum Chapitre 49. Le troène – De schulbaum Chapitre 50. Le pruma (?) – De pruma Chapitre 51. L’agenbaum (?) – De agenbaum Chapitre 52. L’églantier – De hyffa Chapitre 53. Le prunellier – De spinis Chapitre 54. La vigne – De vite Chapitre 55. L’arbre à la goutte – De gichtbaum Chapitre 56. La fumée – De fumo Chapitre 57. La mousse – De mose Chapitre 58. L’onguent d’Hilarion – De unguento hilarii Chapitre 59. La sysemera – De sysemera Chapitre 60. Contre les scrofules – Contra scrophulas Chapitre 61. Le palmier dattier – De palma Chapitre 62. L’épicéa – De picea Chapitre 63. L’églantier – De tribulo
149 149 149 150 150 150 151 151 152 153 153 153 154 154 154 155 155
Annexes
157
1. À propos du Livre I 2. À propos du Livre III 3. Les humeurs 4. Démons et magie
157
Lexiques
194
1. Lexique germanique des Livres I, II, III des Physica 2. Lexique latin des Livres I, II et III des Physica
Index
178 181 188
194 200 202
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Dépôt légal : mai 2013 Imprimé à Mondovì, Italie sur les presses de l’imprimerie Arti Grafiche Dial pour le compte d’ADVERBUM