Gemma Galgani. La sainte que padre Pio priait chaque jour (1942_ 2015)
 9782706712890

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Bernard Gallizia

SALVATOR

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GEMMA GALGANI

Du MÊME AUTEUR

SOUS LE PSEUDONYME DE BERNARD GILARDINO:

Ce que j'ai vu de Dieu, Téqui, 1997. Le vrai visage de Marie et de l'Eglise, Téqui, 1998.

SOUS SON NOM PROPRE-(BERNARD GALLIZIA) :

Cannabis: les jeunes méritent la vérité, Éditions de l'Emmanuel, 2007.

Le célibat des prêtres est-il justifié ?, Éditions de l'Emmanuel, 2012.

BERNARD GALLIZIA

GEMMA GALGANI La sainte que Padre Pio priait chaque jour

SALVATOR 103, rue Notre-Dame-des-Champs F-75006 Paris

© Éditions Salvator, 2015

Yves Briend Éditeur, S.A.

103, rue Notre-Dame-des-Champs F-75006 Paris www.editions-salvator.com [email protected]

Maquette intérieure : Atlant’ Communication

Maquette de couverture: François Sargologo ISBN :978-2-7067-1289-0 Tous droits réservés pour tous pays

Ce livre est dédié à tous les anges gardiens qui enseignent, guident et protègent les êtres humains depuis les premiers temps de leur création jusqu'aux derniers jours qui verront le retour du Christ. Je le dédie spécialement au mien qui m'a aidé dans la recherche des documents nécessaires pour écrire cet ouvrage.

Les anges gardiens ont leur demeure au ciel tout en restant auprès de nous; ils seront toute l'éternité avec nous si, comme Gemma, nous écoutons bien le nôtre pour faire partie des élus du ciel. Car tout ce que l’ange gardien dit à notre cœur vient de Jésus luimême.

Parfois Gemma voyait et entendait son ange gardien. Elle a eu de longs entretiens avec lui dont certains sont relatés dans ce livre. On peut penser qu’à sa mort,

il y eut une joie intense chez tous les anges gardiens qui la reçurent au ciel, et spécialement le sien qui vint à sa rencontre avec Jésus, dans une joie inexprimable.

J'espère que cet ouvrage fera du bien à tout baptisé désirant aimer davantage le Christ, et particulièrement

LA FOI EST UN COMBAT

aux prêtres, comme il m'en a fait à moi-même, ainsi

qu’à toute personne de bonne volonté. Père Bernard Gallizia,

prêtre du diocèse de Blois. Sociétaire de l'Association des écrivains catholiques.

PRÉFACE Étonnant visage pénétré de lumière et d’intério-

rité que celui de sainte Gemma Galgani! Par sa vie, cette jeune Italienne nous apparaît comme prophète pour notre temps: ayant traversé les épreuves du deuil, de la pauvreté, des incompréhensions familiales, elle fixe, non sans combats, tout son amour en

Jésus, et en Jésus crucifié. Par lui et en lui, Gemma évolue avec un cœur d’enfant, très naturellement, au sein des réalités invisibles: l'au-delà étant déjà un au-dedans, elle converse avec son ange gardien

qu’elle observe à ses côtés, appelle la Vierge Marie «Maman»

et se blottit sous son manteau,

tutoie

Jésus à une époque où l’on vouvoyait Dieu. Gemma, prophète du Royaume invisible, aurait aimé y introduire toute l'humanité. Généreuse, spontanée et sans calculs, en particulier envers les plus pauvres, elle se fait l’avocate des pécheurs et intercède avec véhémence en leur faveur.

Le père Bernard Gallizia s’est penché avec le plus grand soin sur les écrits des témoins ayant connu

et observé sainte Gemma. Avec précision, il retrace l’étonnant parcours de sa vie, mettant en relief sa

force de caractère dans une nature hypersensible,

GEMMA

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«

sa grande détermination à épouser Jésus crucifié.

Gemma fait partie des adorateurs en esprit et vérité que recherche le Père (Jn 4, 24): elle ne préfère rien à Dieu et développe, tout particulièrement envers Jésus Eucharistie, un amour passionné; avec son

père spirituel, le père Germano,

elle fait partie

d’une confrérie toute zélée à promouvoir l’adora-

tion eucharistique dans les paroisses. Elle nous transmet par toute sa vie la grandeur et la beauté des sacrements :baptême, confirmation, réconciliation, eucharistie, onction des malades, et manifeste

avec quelle richesse il est possible d’en vivre au cœur du monde. En France, dans le sanctuaire Notre-Dame de Montligeon (Orne), dédié à la prière pour les défunts et à l'annonce des réalités de l'au-delà, son portrait est exposé dans l’une des chapelles du transept sud de la

basilique; et les pèlerins témoignent de sa puissante intercession,

en particulier dans les situations

sui-

vantes : — Obtention de la pureté du cœur et de la chasteté. — Soutien des personnes très éprouvées par les blessures de la vie et qui recherchent leur vocation. — Réconfort du sacerdoce et inspiration d'œuvres eucharistiques. — Réconfort des malades et des personnes unies plus étroitement au Mystère de la Croix. Sainte Gemma nous apprend par sa vie à revenir à

la simplicité des tout-petits, à l'audace des enfants dans leur relation avec Dieu, au primat de l'amour! 10

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Que cette lecture nous entraîne sur un chemin de conversion et de confiance en l’amitié des saints qui intercèdent pour nous!

Mère Marie-Aimée, prieure de la communauté de la Nouvelle Alliance.

La Chapelle-Montligeon, le 11 avril 2015.

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INTRODUCTION Gemma Galgani est une sainte laïque italienne, une

vierge consacrée à Dieu dès son plus jeune âge. Née le 12 mars 1878 à Borgo Nuovo di Camigliano, dans la région de Lucques', en Toscane, elle fut stigmatisée à l’âge de 21 ans et mourut à Lucques, le 11 avril 1903, à

l’âge de 25 ans. Elle fut béatifiée par le pape Pie XI, le 14 mai 1933, et canonisée par le pape Pie XII, le 2 mai 1940. Sa courte vie, hors du commun, mérite vraiment de s’y arrêter. Plusieurs l'ont fait. Pour notre part, entreprenant à notre tour de faire un résumé de sa vie,

à la demande d’une religieuse imprégnée de la spiritualité de saint Paul de la Croix, fondateur de la Congrégation des Passionistes où Gemma voulait entrer, il était important de réunir plusieurs sources sérieuses.

Il s'agissait d'offrir au lecteur une étude synthétique et fidèle de la vie de cette grande sainte, contemporaine de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Gemma devait

d’ailleurs mourir à peu près au même âge que Thérèse, et de la même maladie: la tuberculose.

1. Lucca, en italien. Ville située au nord de Pise, 85 000 habitants aujourd’hui. 13

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Saint Maximilien Kolbe écrivait à sa mère, le 1% mars 1921 :« Voilà déjà trois fois que j'ai lu la vie de Gemma Galgani!, et cela m'a plu énormément: cette

lecture m’a fait plus de bien qu’une série d'exercices spirituels. »

Le pape Jean-Paul IT, de passage au sanctuaire dédié à sainte Gemma Galgani, à Lucques, déclara: «Nous nous sommes réunis, sœurs très chères, en

ce sanctuaire dédié à sainte Gemma Galgani. [...] Sainte Gemma a vécu, avec une particulière intensité, dans la petitesse et le détachement, l’œuvre de la réconciliation de l’homme avec Dieu, par la

participation à la Passion du Christ. Elle n'y a pas contribué en se donnant à des activités extérieures

spéciales, mais par l’offrande totale d’elle-même. »

Petite enfance de Gemma

Le père de Gemma, Henri Galgani, était pharmacien-chimiste dans cette ville. Son épouse, Auré-

lie, faisait partie de la famille des Landi. Ils étaient deux chrétiens authentiques, de grande foi, et fidèles

à l’enseignement de l'Église. Ils eurent huit enfants: 1. Il s'agissait certainement de la première biographie complète de sa vie, écrite sept ans après sa mort: Père Germano,

Sainte Gemma Galgani, la stigmatisée de Lucques, Mignard, Paris, 1910.

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cinq garçons dont un mourut en bas âge, et trois filles. Gemma était l’aînée des filles mais avait trois frères plus âgés qu’elle!. Les parents Galgani, en vrais catholiques désireux que leurs enfants reçoivent au plus tôt l'immense grâce du baptême, firent baptiser Gemma dès le lendemain de sa naissance, le 13 mars au matin. À cette époque,

les parents avaient à cœur que leurs enfants en bas âge reçoivent rapidement le plus grand don que Dieu ait fait aux êtres humains, et qui découle de la Passion de

son Fils. Moins d’un mois après la venue au monde de Gemma, Henri Galgani partit s'établir à Lucques

avec toute sa famille. Il serait ainsi plus près de son travail et des écoles. Il y avait en effet dans cette ville

un demi-pensionnat, laïc et mixte, pour les jeunes enfants, bien dirigé par deux femmes célibataires de la famille Vallini: Émilie et sa sœur Hélène, toutes deux données de cœur et d'âme à leurs élèves. Henri Galgani, qui les avait bien connues dans sa 1. Voici, par ordre de naissance, les noms de ces huit enfants: Guido, né le 13 mai 1871; Ettore, né le 21 mars 1873 et morten 1927; Gino, né le 5 juin 1876, mort à Lucques le 11 septembre 1894; Gemma Maria Umberta Pia, née le 12 mars 1878, morte le 11 avril 1903; Antonio, né le 14 mars 1880, mort à Lucques le 21 octobre 1902; Angela, née le 30 septembre 1881, pas de date de décès; Giulia, née le 30 octobre 1883, morte à Lucques le 19 août 1902; et un autre fils mort au berceau, dont on n’a pas de renseignements certains.

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jeunesse, du temps de son père Charles, leur confia

Eugène et Gemma. Cette dernière devait fréquenter pendant cinq ans cette institution renommée de la place Saint-François. Elle était alors demipensionnaire et rentrait chez elle chaque soir. Les Galgani habitaient rue des Borghi, à deux pas de la place Saint-François. Les qualités intellectuelles et de cœur de Gemma, exceptionnelles à cet âge, firent tout de suite l'admiration de ses deux maîtresses, Émilie et Hélène, qui en témoigneront volontiers

plus tard: « La chère Gemma n'avait que 2 ans lorsque son père la mit dans notre demi-pensionnat. Dès cet

âge, une intelligence précoce laissait croire à l’éveil de sa raison. Sérieuse, réfléchie, posée dans toute sa conduite, elle ne ressemblait en rien à ses com-

pagnes, même plus grandes. Jamais on ne la vit pleurer ni se quereller, et sa physionomie respirait toujours une paix souriante. Ni les louanges, ni les blâmes ne paraissaient l’émouvoir ;sa réponse dans ces circonstances consistait en un modeste sourire,

cependant que son attitude, malgré un tempérament vif et ardent, conservait un calme imperturbable. [...] Elle apprit de suite, et avant les autres élèves,

les prières en usage dans notre école, et dont la récitation intégrale ne demande pas moins d’une demi-heure. À 5 ans, elle lisait l'office de la Sainte Vierge et celui des morts avec autant de facilité

qu'une grande personne, tellement la sainte enfant

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avait apporté de diligence dans l’étude du bréviaire, qu'elle savait être un tissu de louanges du Seigneur. D'ailleurs, assidue au travail, elle saisissait en un

clin d'œil tout ce qu'on voulait bien lui apprendre, fût-ce des choses hors de portée de son âge. De telles qualités, si rares chez une jeune fillette, la faisaient aimer dans notre institution, surtout de ses compagnes qui paraissaient ne pouvoir se rassasier

de sa compagnie.[...]» Signé: Émilie et Hélène Vallini.

Henri Galgani avait pour sa fille Gemma une trop grande affection. Il la voulait toujours auprès de lui. Lorsqu'il rentrait le soir, si on lui confirmait que Gemma était à la maison, il allait aussitôt la rejoindre dans sa chambre où elle aimait se retirer pour étudier,

travailler ou prier. Il pensait lui faire plaisir, alors que Gemma chérissait son coin de solitude. C'était aussi une joie pour ce père de sortir seul avec elle en promenade, dans la ville ou dans la campagne. S'il ne lui était pas possible de rentrer à l'heure pour les repas, et que Gemma se trouvait seule à la maison avec sa mère, il lui faisait livrer des mets exquis. Enfin, il lui achetait sans

cesse de beaux habits. Une telle préférence de ce père de famille envers Gemma risquait, vis-à-vis de ses autres enfants, de créer jalousies et discordes. D'ailleurs, Gemma le pressentait

car elle possédait une belle finesse d’esprit et une grande droiture. Bien que ses petits frères et sœurs ne soient pas jaloux des cadeaux qu’elle recevait de son père, elle

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protestait vivement qu'elle ne les méritait pas, mais son père continuait et Gemma en était très contrariée.

La grande tendresse d’Aurélie Galgani envers sa fille était, heureusement, d’une tout autre nature. Cette femme, d’une rare vertu, était l'exemple par-

fait de ce que doit être une mère chrétienne. Elle priait sans cesse et assistait chaque matin à la messe, lorsque sa santé délabrée lui laissait un répit pour se

rendre à l’église, car elle se déplaçait avec difficulté. Mais l’'Eucharistie la remplissait de force pour s’ac-

quitter parfaitement de tous ses devoirs d'épouse et de mère de famille. Elle chérissait tous ses enfants de la même manière. Cependant, elle nourrissait secrètement un amour singulier envers Gemma, non par une affection désordonnée, comme son époux,

mais parce qu'elle discernait en elle les dons exceptionnels que Dieu lui avait accordés, et qu’elle voulait développer. En effet, Dieu avait, très tôt, commencé à façonner l’âme de Gemma qui manifestait un grand penchant pour la solitude et le silence, un éloignement des jeux et des fütilités puériles, et qui gardait une gravité.que l'on ne voit pas habituellement chez un enfant. Aurélie Galgani, loin d'agir comme son mari par une affection débordante envers sa fille, cherchait sur-

tout à accomplir son devoir de mère chrétienne auprès d'elle. Elle voulait l'aider à développer ses vertus nais-

santes, et y arrivera si bien que Gemma déclarera plus tard devoir surtout à sa mère la connaissance de Dieu et l'amour de la vertu. Sa mère la tenait fréquemment 18

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auprès d’elle, la prenait dans ses bras et ne cessait de lui enseigner les vérités de la foi. Mais elle lui montrait aussi les vertus à acquérir pour plaire à Dieu et vivre en bonne compagnie avec les autres.

Un jour, elle avouera à Gemma: «J'ai tellement prié Jésus de me donner une fille. Il m'a accordé cette consolation, mais trop tardivement, car je suis malade et il me faudra bientôt te quitter. Profite bien des instructions de ta mère. Oh, si je pouvais temmener avec moi, viendrais-tu ?»

Gemma, qui ne comprenait pas grand-chose à ce discours, l’interrogea: « Et où t'en vas-tu?» Sa mère lui répondit: «En paradis, avec Jésus et les anges!»!

Cette réponse alimenta le premier désir du ciel dans l’âme de cet enfant.

À ce sujet, Gemma confiera plus tard dans son autobiographie : « Ce fut ma mère, qui me fit, toute petite, désirer

le ciel, mais maintenant, si je désire encore y aller au plus tôt, et que j'en demande la permission à mon confesseur, il me répond par un grand “non” et me fait de vifs reproches. Pourtant j'avais dit à ma mère 1. Cf. Manuscrit autobiographique, écrit à la demande de son directeur spirituel, le père Germano, du 17 février au 15 mai 1901 environ. Elle y relate ses premiers souvenirs. Ce docu-

ment comprend quatre-vingt-seize pages d’un cahier conservé à Rome, à la maison générale des pères passionistes, à SaintsJean-et-Paul. 19

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que je voulais bien la suivre, et comme, de son lit

d’agonie, elle parlait toujours de m'emmener avec elle au ciel, je ne voulais plus la quitter ni sortir de sa chambre, de peur de manquer le moment de partir avec elle. Le médecin me défendait de m’approcher du lit de ma mère mais il était inutile de me donner un tel ordre: je n’obéissais pas. Chaque soir, avant d’aller au lit, je m'agenouillais à son chevet et nous disions nos prières. » La mère de Gemma lui enseignait souvent, et sans jamais se lasser, le prix de l’âme, la laideur du péché, le bonheur d’être touteà Dieu et la vanité des choses passagères de ce monde. Parfois, lui montrant l’image du crucifix, elle lui disait: «Regarde, Gemma, ce cher

Jésus est mort sur la croix pour nous. » Et elle lui faisait comprendre, par des explications

à sa portée, le mystère de l'amour de Dieu pour les hommes et la manière dont tout chrétien doit y correspondre. Dès le lever, pour lui donner l’habitude de la prière, elle récitait avec elle diverses oraisons, et de même avant le coucher. Avec persévérance, elle

les renouvelait aussi dans la journée. Quand on voit ce que. deviendra Gemma dans le monde et sa place dans l’Église, on ne peut que remercier Madame Galgani d’avoir si bien soutenu les désirs de Dieu, dans l'éducation spirituelle de sa fille. Et on ne saurait assez remercier toutes les mères chrétiennes du monde qui favorisent, là où elles sont, le développement des vertus de leurs enfants, dès leur plus jeune âge.

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Cet éveil à la foi faisait le bonheur de la petite Gemma. Elle ne se lassait pas de prier et d'écouter les enseignements de sa mère; et lorsque celle-ci, ayant terminé de lui donner ses recommandations pour qu'elle grandisse en vertu, s’éloignait pour retourner à son travail, Gemma s’accrochait à ses vêtements en

disant:

«Maman, parle-moi encore un peu de Jésus!»

Madame Galgani, on l’a dit, était de faible santé.

Elle souffrait de plus en plus physiquement d’un mal qui s’avérera être la tuberculose, et sentait intuitivement

que sa fin était proche. Aussi mettait-elle davantage d’ardeur à éduquer chacun de ses enfants dans la foi. Chaque samedi, elle préparait ceux en âge de recevoir le sacrement de Réconciliation, voulant les habituer à se confesser régulièrement. Au confessionnal, Gemma devenait grave et réfléchie et manifestait toujours un vif repentir de ses péchés.

Un jour, sa mère lui dit pour la seconde fois: «Gemma, si je pouvais temmener là où Jésus m’appelle, viendrais-tu avec moi?» Gemma lui redemanda où elle allait. « Au paradis avec Jésus et les anges», lui répondit sa maman. Ces paroles firent, de nouveau, un grand effet sur l’enfant. Son désir du ciel ira en augmentant toute sa vie. Il finira même par la consumer

entièrement, autant que la tuberculose qui l’emportera de la même manière que sa mère. En effet, depuis cinq ans, la tuberculose érodait peu à peu le corps d’Aurélie Galgani, maïs la maladie n’avait pas encore été diagnostiquée. Dès que les médecins eurent authentifié la maladie, ils interdirent 21

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aux enfants d'approcher du lit de leur mère. Vivement affigée de se voir séparée de celle qu’elle aimait plus que

tout au monde, et plus qu’elle-même, Gemma disait à son entourage en pleurant: «Et maintenant, loin de maman, qui m'apprendra à prier et à aimer Jésus?» À force de supplications auprès de son père, elle obtint cependant d’être la seule des enfants à rester dans la chambre de la malade, et ne s’en priva pas! Plus tard,

après la mort de sa mère, elle sera prise de scrupules à ce sujet, et se reprochera longtemps d’avoir offensé Jésus, en imposant sa volonté propre à son entourage. Chaque soir, Gemma, qui avait alors 7 ans, allait régulièrement auprès de sa mère malade. Dans son auto-

biographie, elle a raconté très brièvement ces moments sublimes pour elle:«Je m'approchais, je m'agenouillais au chevet du lit et je priais.» Cependant la tuberculose épuisait la malade, et le jour de son départ définitif approchait. Malgré sa fatigue, Madame Galgani se préoccupa que Gemma reçoive le sacrement de confirmation qui se donnait alors avant la communion!. Elle voulait ainsi, avant de mourir, confier sa fille à l'Esprit saint, disant à ses proches qu’au moins, elle savait à

Qui elle allait la laisser. Quelle foi extraordinaire chez cette sainte maman!

1. C'est encore le cas dans certains pays. Il serait logique qu'il en soit toujours ainsi car le rituel du baptême, en vigueur aujourd’hui chez les catholiques, rappelle que l'enfant baptisé

recevra un jour la confirmation puis l’eucharistie. 22

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Malgré son jeune âge, Gemma était bien préparée par sa mère à la réception de ce sacrement. Toutefois,

celle-ci fit venir chez elle une catéchiste! pour compléter l’enseignement qu’elle prodiguait à sa fille. Enfin, le 26 mai 1885, on conduisit Gemma à la basilique de Saint-Michel-in-Foro, l’église de Lucques où l’Archevêque, Mgr Nicolas Ghilardi, conférait le sacrement

de la confirmation. Gemma pleura beaucoup après avoir été confirmée, mais avouera plus tard que c'était dû à la peur que sa mère ne meure pendant la messe qui

suivit la cérémonie! Finalement, Gemma retrouva rapidement son calme dans l’église et pensa plutôt consacrer ce temps d'action de grâce à recommander à Dieu sa pauvre mère presque mourante. Écoutons-la raconter ce souvenir dans son autobiographie: «Jécoutais de mon mieux la sainte messe, et je

priais pour maman lorsqu'une voix me dit soudain au cœur: “Est-ce que tu veux bien me donner ta maman? — Oui, répondis-je, mais à condition que vous me preniez aussi. — Non, reprit la voix,

donne-moi volontiers ta maman je la conduirai au ciel. Toi, tu dois pour l'instant rester avec ton

papa.” Je fus bien forcée de répondre “oui”. Quand la messe fut terminée, j'ai couru à la maison. »

1. Il s’agit d'Isabelle Bastiani, laquelle témoignera au procès

apostolique de l'effort de Gemma pour apprendre ses leçons et de sa fidélité à ses prières. 23

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.

Telle fut la première locution dont Gemma fut favorisée!, parmi tant d’autres à venir qui seront en partie rapportées dans cet ouvrage. Gemma venait de faire à Dieu le sacrifice de la personne qui lui était la plus chère au monde. De retour à la maison, elle entra dans la chambre de sa mère et, s’agenouillant au pied de son lit, elle éclata en sanglots, pria d’un

cœur angoissé et déclara à ses proches qu’elle n’abandonnerait pas ce chevet, qu’elle voulait «recueillir les suprêmes paroles de sa mère’». La vérité est qu'elle gardait encore le secret espoir de la suivre au ciel,

malgré ce que Jésus lui avait dit. Pour la comprendre, pensons au lien étroit qui unit généralement un enfant de 7 ans à sa mère! Elle va rester ainsi encore

deux mois à aller régulièrement au chevet du lit de sa mère et à prier. Après une amélioration temporaire, la maladie reprit son cours, enlevant définitivement tout espoir à

l’entourage. Gemma ne pouvait pas s’arracher du lit de sa mère, malgré les recommandations de la famille pour l'en retirer. Aussi Monsieur Galgani, voyant

que l’agonie était proche, et que Gemma

dépéris-

sait, décida de l’éloigner de la maison, et la confia à

Monsieur Landi, frère de Madame Galgani, et à son épouse, Hélène, couple qui vivait dans le bourg de San

Gennaro, près de Lucques. La fillette obéit dans une souffrance extrême et un déchirement de tout son être. 1. Elle avait alors 7 ans et deux mois.

2. Cf. Manuscrit autobiographique.

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En plus, son père la fit partir le jour même! Elle ne devait jamais revoir sa mère vivante. Celle-ci

s’éteignit

saintement,

le 17 septembre

1886, âgée seulement de 39 ans. Son époux, accablé par la disparition de celle qu’il aimait tant, et avec laquelle il avait eu la joie d’avoir huit enfants, rendit

aussitôt visite à la famille Landi et apprit la triste nouvelle à Gemma. La résignation de la fillette fut admirable. Pourtant, cette petite fille au cœur si pur et si sensible, qui aimait sa mère plus qu’elle-même, ressentit plus fortement que d’autres jeunes filles de son âge l’absence de celle qui lui avait appris, par son admirable exemple, comment on doit aimer Jésus plus que tout et son prochain comme Il nous a aimés, jusqu’à accepter de mourir pour ses amis ou ses ennemis.

À San Gennaro, avec son oncle et sa tante Écoutons Gemma nous parler de la suite de son séjour chez son oncle et sa tante:

« Ma vie fut complètement changée quand je suis allée vivre avec mon oncle. Il y avait aussi ma tante,

mais elle était tout à fait différente de ma mère. Elle était bonne et pratiquante, mais n'était inté-

ressée aux choses de l’Église que jusqu’à un certain point. Comme je regrettais le temps où ma mère

me faisait beaucoup “trop” prier! Et pendant tout le temps que j'ai passé chez ma tante, il ne m'était

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pas possible d’aller me confesser (jen avais tant le désir). Je m'étais confessée seulement sept fois;

mais après la mort de ma mère, j'aurais voulu y aller chaque jour. Ma mère, après ma confirmation, m'y envoyait chaque semaine. » «Ma tante voulait me prendre et m'élever comme sa propre fille, mais quand mon frère a su la chose,

il ne le permit à aucun prix. Le jour de Noël, je suis donc revenue vivre dans ma famille avec mon père, mes frères, deux petites sœurs [...] et deux servi-

teurs. Quelle consolation j'ai éprouvée de revenir avec eux, et surtout d’être sortie d’entre les mains

de ma tante! Elle me voulait un bien infini mais moi, je n’en voulais pas du tout. Alors mon père m’a

envoyée à l’école, à l'institut Sainte-Zita qui était dirigé par des religieuses. Durant tout le temps que je me trouvai avec ma tante, je fus mauvaise. Elle

avait un fils qui était toujours à me tourmenter, il mettait mes mains dans mon dos et les tirait. Un jour qu'il était monté sur un cheval, ma tante me

dit de lui apporter - je ne me rappelle plus ce que c'était - une sorte de manteau pour se couvrir. Je le

lui ai apporté et quand je me suis approchée pour le lui donner, il m'a pincée. Alors je lui ai donné une

bonne poussée et il est tombé et se fit mal à la tête. Pour me punir, ma tante m’a attaché les mains dans

le dos pendant une journée entière. Cette punition me mit très en colère et je lui ai dit des choses horribles. Je l’ai même menacée de me venger mais je ne le fis pas.»

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Par ce récit, on voit à la fois ce que Gemma eut à souffrir chez cette tante, mais aussi combien elle se laissait encore emporter par son caractère entier. Petit

à petit, elle va apprendre la douceur et la patience face à des épreuves bien plus pénibles qu’elle va avoir à vivre par la suite.

Son entrée à l’école de Sainte-Zita — première communion (1887) Henri Galgani, soucieux de mettre Gemma dans un bon établissement pour la suite de ses études, l’inscrivit à l’école des Sœurs Oblates du Saint-Esprit, aussi appelées Sœurs de Sainte Zita’. L'école se trouvait dans le couvent des religieuses. Gemma y vécu très heureuse, et osa confier aux sœurs son désir de faire sa première communion. Elle avait alors 9 ans, mais

à cette époque, on la faisait un peu plus tard. Les sœurs la trouvant encore trop ignorante sur la doctrine eucharistique, et un peu dissipée à l’école, l'en découragèrent! Cependant, devant la demande réitérée de Gemma de faire sa première communion, et voyant la force inouïe de son désir, elles donnèrent gain de cause à la fillette. 1. Cet Ordre fut fondé par Sœur Elena Guerra que l'Église proclamera bienheureuse. Encore de ce monde du temps de Gemma, elle l’enseignera. Elle mourra onze ans après Gemma, un 11 avril et un Samedi saint comme elle.

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GEMMA

GALGANI

Dans

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communions

‘couvent avaient

des

sœurs,

les

lieu en juin, mais

premières pour

être

admise à la faire, il fallait que Gemma obtienne l’autorisation de son père de rentrer provisoirement au couvent des sœurs pour y faire la retraite préparatoire. Son

père refusa catégoriquement. Elle se mit alors à pleurer longuement, sachant que c'était le seul moyen de le faire céder. C’est ce qui se passa: en effet, elle obtint la permission le soir même! Aussi, le lendemain matin,

très tôt, elle se précipita au couvent où elle resta quinze jours, éloignée de toute sa famille, ce qui lui était totalement indifférent. Son bonheur était, en effet, de bien se préparer à recevoir Jésus pour la première fois dans

son cœur, et de se retrouver chaque jour à la chapelle près de Lui pour le remercier d’une telle grâce. Pendant ces journées où Gemma se sentit «comme au paradis», elle demanda à sa maîtresse de lui parler

de la vie de Jésus et spécialement de.sa Passion. Un soir que celle-ci lui parlait du couronnement d’épines et de toutes les souffrances de Jésus sur le chemin du Calvaire, Gemma en éprouva une telle compassion qu’elle en tomba malade. Elle eut une forte fièvre qui l’obligea

à garder le lit le lendemain. À partir de ce jour-là, la maîtresse n'osa plus lui parler de la Passion de Jésus, sinon très brièvement. Elle pensait faire acte de prudence et dut certainement s’en expliquer à Gemma. Mais quelle souffrance le changement d’attitude de sa maîtresse occasionna au cœur sensible de Gemma qui ne comprit pas pourquoi ce qui avait, la veille encore, tant d'importance pour le salut de l'humanité, 28

GEMMA

GALGANI

paraissait maintenant un sujet à éviter! La compas-

sion envers Jésus crucifié ne serait-elle plus de mise? Gemma restait perplexe. Pour cette fillette, c'était à n’y

rien comprendre! J'ai connu un enfant de 5 ans à qui sa nourrice parlait avec amour de la passion du Christ. L'enfant, plein de compassion pour les souffrances de son Sauveur,

s'inquiétait de savoir s’il n'avait pas enfoncé une épine dans la tête de Jésus, lorsqu'il avait commis une désobéissance. La mère de ce jeune garçon, prise de peur devant la réaction de son fils qu’elle ne comprenait pas, demanda à la nourrice de se taire sur ce sujet. Devant le silence soudain de celle qui lui faisait communier aux souffrances de Jésus, l'enfant s’interrogea sur le bienfondé de l’enseignement reçu, et perdit totalement la foi qu'il ne retrouva qu’à l’âge de 28 ans. Puisse cet exemple servir de conseil pour les mamans. Si elles avancent avec prudence sur ce sujet avec un enfant, il faut qu’elles aillent jusqu'au bout. Jésus prépare des saints depuis le plus jeune âge. Heureusement, Gemma qui était plus âgée et plus solidement enracinée en Jésus, garda la même foi envers Dieu et continua à entretenir avec cette sœur une tendre relation qui devait encore se fortifier par la suite. Gemma commença la retraite proprement dite le 9 juin, avec onze autres enfants. Elle était prêchée par

le père Raphael Cianetti. Tous les enfants se préparèrent avec enthousiasme à bien recevoir Jésus. Mais, étonnamment, Gemma semblait distraite comme

si elle n'y trouvait pas d'intérêt! Elle dira dans son 29

GEMMA

GALGANI

«

autobiographie «qu’elle ne pensait faire aucun changement dans sa vie, qu’elle écoutait les sermons mais les

oubliait bien vite». Ce n’était pas tout à fait exact. Encore une fois, dans ses écrits, Gemma ne cesse de s’humilier en

se rabaissant. En réalité, une partie des prédications l’ennuyait certainement car elle était bien plus avancée spirituellement que les autres enfants de la retraite. Et le prédicateur se mettait à la portée des moins avertis. Mais lorsqu'il disait: « Celui qui se nourrit de Jésus, vivra de sa Vie», ces paroles rem-

plissaient alors Gemma d’une telle consolation, qu'elle se disait en elle-même: « Donc lorsque Jésus sera en moi, je ne vivrai plus par moi-même, parce

que c’est Jésus qui vivra en moi.» Et elle passait des nuits entières à méditer ces paroles! Elle était alors saisie d’un désir de communier qui la consumait littéralement. Enfin, la veille de la cérémonie, elle écrivit à son père ce texte touchant, admirable pour une fillette de 9 ans:

«Cher papa. Je Nous sommes à la veille du jour de ma première communion; un grand jour de joie pour moi. Je vous écris ces quelques lignes pour vous assurer de mon affection et vous demander de prier Jésus pour

qu'à sa première venue en moi, il me trouve bien disposée à recevoir toutes les grâces qu'il a préparées pour moi. Je vous demande pardon de tous les déplaisirs et pour tant de désobéissances dont je me

30

GEMMA

GALGANI

suis rendue coupable. Je vous prie ce soir même de tout oublier. Je demande votre bénédiction. Votre fille qui vous aime, Gemma.» Notre jeune retraitante demanda à faire une confes-

sion générale!. Préparée par les religieuses, elle la fit en trois fois auprès de Mgr Volpi, évêque auxiliaire de Mgr Ghilardi, archevêque de Lucques, et la termina la veille de sa première communion. Le lendemain, dimanche, elle se leva très tôt et courut littéralement à l’église pour être la première à recevoir Jésus! Son immense désir fut enfin satisfait. Elle a communiqué son état d'âme dans son autobiographie: « Pour la pre-

mière fois, j'ai compris cette promesse de Jésus:“Celui qui se nourrit de moi vivra de ma Vie.» 1. La confession générale, pratiquée à différentes époques, est toujours en vigueur dans les Exercices de saint Ignace. Elle a tendance à se perdre aujourd’hui chez les catholiques, à une époque où les fidèles ne voient pas l'utilité d’avouer des fautes

déjà pardonnées par Dieu. Or il s’agit, en fait, de leur permettre de revenir sur les péchés les plus importants de leur vie, afin d’enfouir ceux-ci une fois de plus dans la Miséricorde divine pour en exalter la grandeur. Il ne saurait être question de douter

du pardon déjà accordé pour les péchés déjà accusés et pour lesquels le pécheur a reçu l’absolution !C’est pourquoi l’accompagnateur spirituel doit vérifier que la démarche n’est pas scrupuleuse, mais uniquement désirée pour approfondir le mystère de la Miséricorde de Dieu, afin de faire naître dans le pénitent

l’action de grâce pour le Salut qui lui est gratuitement offert, malgré toute l’ingratitude dont il a pu faire preuve dans sa vie passée.

Si

GEMMA

GALGANI

Elle

écrit

immédiatement

à

son

confesseur

Mgr Volpi:

«Cher Père, je ne saurais pas comment exprimer ce qui s’est passé entre moi et Jésus à ce moment. Jésus se fit sentir très fort à ma pauvre âme. Je compris en cet instant que les délices du ciel ne sont pas comme ceux de la terre. Je me suis sentie éprise

d’un grand désir de rendre continuelle cette union avec mon Dieu. Puis, je me suis sentie de plus en plus détachée de ce monde, et de plus en plus disposée au recueillement. C’est ce matin-là que Jésus me donna cette profonde aspiration à devenir religieuse. »

On voit combien Jésus s’est saisi de l’âme de

Gemma, et comme il est donc important de ne pas retarder des enfants, bien préparés dans leur cœur, à recevoir leur première communion. Ainsi Gemma a

reçu l’appel à se consacrer entièrement à Dieu, à l’âge de 9 ans, en faisant sa première communion. Avant de quitter le couvent, notre première communiante"prit

certaines résolutions: «Se confesser et communier,

comme

si c'était

la dernière fois; visiter souvent Jésus dans le Saint Sacrement de l'autel, spécialement lorsque je serai affigée; me préparer à chaque fête de la Vierge Marie par quelque mortification, et chaque soir

demander

32

la bénédiction

à ma

Mère

du ciel;

GEMMA

GALGANI

demeurer toujours en la présence de Dieu; et enfin chaque fois que l’horloge sonnera, répéter trois fois:

“Mon Jésus, prends pitié de nous.” »

Gemma aurait aimé rajouter d’autres résolutions à celles-là mais la sœur directrice de l’école ne le lui permit pas. C'était prudent. En fait, Gemma ne tiendra pas toutes ses résolutions! Un an après sa première communion, elle déclare les avoir oubliées. Pourtant Jésus continuait à se montrer proche d'elle. À chacune de ses communions, qu’elle recevait trois fois par

semaine, Jésus se faisait sentir de plus en plus fortement en son cœur. Parfois, il lui faisait goûter de très grandes consolations. Mais Gemma, toujours humble et craignant qu'on l’admire, écrira dans son autobiographie que, s’en retournant dans sa famille, elle redevenait «hautaine, plus désobéissante qu'avant»; qu’elle

était «un mauvais exemple pour ses compagnons et un scandale pour tous ». On aura compris qu'elle force volontairement les traits par humilité! Cependant Gemma veut, en toute

vérité, nous faire comprendre qu'elle avait encore gardé beaucoup de défauts liés à son jeune âge et à une vivacité naturelle qu’elle aura à combattre longtemps. En

effet, il ne se passait pas une journée à l’école où elle n'était pas punie, mais C'était parce qu'elle ne savait

pas ses leçons, et non par dissipation ou désobéissance. Cela venait d’un relâchement passager, à moins que Gemma eût vraiment de réelles difficultés à apprendre? Ce qui est possible. Peut-être faudrait-il mettre cela 53

GEMMA

GALGANI

sur le compte d’une vie de loisirs favorisée par son père. Tous les jours, elle allait longuement se promener avec lui, et y trouvait du plaisir. Elle mettait ses plus beaux vêtements, autant pour honorer son père qui les lui

achetait, que par coquetterie. Elle trouvait alors naturel qu'il pourvoie à ses dépenses et ne lui reprochaïit plus la trop grande affection qu’il avait pour elle! Il s’ensuivit une certaine distance avec la prière. Gemma cessa de dire ses prières habituelles du matin et du soir mais, heureusement, n’oubliait jamais de réciter trois «Je vous salue Marie», les mains sur ses genoux, une pratique que sa mère lui avait enseignée

afin que Jésus la protège chaque jour des péchés contre la vertu de pureté. Ce relâchement général qui aurait pu s’aggraver, mais que Jésus va vite corriger, ressemble

à une première et sévère attaque du démon qui ne voulait pas que Gemma progresse vers la perfection. Car l’'Ange des ténèbres sait ce qui peut lui en coûter plus tard quand une âme marche sur la voie de la perfection. Quand on sait ce que devint Gemma, on peut comprendre qu'il ait voulu la freiner très tôt sur le chemin de la sainteté. Mais Jésus, malgré son Adversaire, va poursuivre son œuvre admirable dans le cœur de sa servante. Voyant qu'elle avait décroché dans sa vie de prière et qu'elle avait moins d'intimité avec Jésus, Gemma désira alors se remettre en paix avec sa conscience, et retrou-

ver sa ferveur d'autrefois, en faisant une confession

générale. Mais Mgr Volpi ne le lui permit pas. Elle se confessa à lui normalement mais eut un tel repentir de

34

GEMMA

GALGANI

ses péchés, en conçut une telle douleur, qu’elle devait se souvenir toute sa vie de l’état d’âme qu’elle connut à ce moment-là. Après cette confession, elle alla voir

sur-le-champ les religieuses qui l'avaient enseignée et leur demanda humblement pardon, car elle pensait que c'était envers elles qu’elle avait le plus péché.

Sa nouvelle conversion ne plut pas à son père et à ses frères. L'un de ses frères la gronda même sévèrement parce qu'elle voulait désormais aller à la messe chaque matin. Mais, à partir de ce moment, Jésus lui fit sentir davantage sa proximité. La religieuse enseignante, qui lui avait si bien expliqué la Passion au début de sa retraite, lui fit cette recommandation: «Ma Gemma, tu es de Jésus et tu dois être toute sienne. Sois bonne: Jésus est content de toi, mais tu as tant besoin d’aide. La méditation de la Passion doit être la chose qui te soit la plus chère. Oh! Si je pouvais toujours t'avoir avec moi! !»

Cette bonne religieuse ne se crut pas autorisée à lui représenter à nouveau la Passion de Jésus, mais elle l'invita à la méditer régulièrement. Elle aimait prendre tendrement Gemma dans ses bras, et la jeune écolière qui avait alors 11 ans s’attacha si fort à elle qu’elle l’appela rapidement «maman». Après ce qu’elle appelle «sa conversion», Gemma

s’unit davantage à Jésus pendant la communion où s

il parlait souvent à son cœur.

Elle communiait tous

1. Cf. Manuscrit autobiographique.

35

GEMMA

GALGANI

les jours, ce qui était relativement rare à l'époque, et appelait l'Eucharistie «la fête de l'amour». Elle s'émerveillait tout particulièrement devant l’institution de ce sacrement, et écrivit le 21 septembre 1900 à une amie, Madame Giuseppina Imperiali:

«Voilà deux heures environ que je suis allée recevoir Jésus et je le sens encore en moi. Oh! Si je pouvais maintenant l'y ensevelir à jamais! Comme Jésus me rend heureuse! Que son esprit

est doux! Mais je reste confondue: quel est donc le motif qui l’a poussé à se communiquer à nous de cette manière

aussi belle, aussi admirable?

Réfléchissons :Jésus, notre nourriture! Jésus, ma nourriture! Que de choses j'aimerais vous dire

en ce moment! Mais je n’y parviens pas, je ne réussis qu'à pleurer en répétant:Jésus ma nourriture !Pensez qu’il a fait cela à cause de son grand amour, et que je le paye de retour par une telle ingratitude! Et il ne continue pas moins de me supporter, de m’aimer, de m'attirer à lui. Qu'il est bon, mon Jésus! Mes péchés, il les a oubliés, il ne se souvient que de sa Miséricordet. »

a

Et encore:

«Ÿ aura-t-il des âmes qui ne comprennent pas ce

qu'est l’'Eucharistie?Il est impossible qu’il y ait des 1. Sainte Gemma Galgani, Leftres, traduction d’Anne-Marie Picard et du père Jean-Louis Picard, Téqui, coll. «Livres d’or des écrits mystiques», Paris, 1993, p. 747. 36

GEMMA

GALGANI

âmes insensibles aux étreintes divines, à la mystérieuse et ardente effusion du Sacré-Cœur de mon Jésus! Comment donc, 6 Jésus, ne pas vous consacrer tous les battements du cœur, tout le sang des

veines? Cœur de Jésus, Cœur d'Amour: .» Puis elle rajoutera cette pensée personnelle qui montre bien la très haute estime qu’elle avait pour ce sacrement, comme étant le plus grand trésor auquel le baptême lui a donné accès: «Savez-vous, quand je serai au paradis, de quoi je

veux tant remercier Jésus? De la sainte communion plus que de toute autre chose’. »

La charité de Gemma envers les pauvres

Gemma aimait les pauvres. Elle ne quittait jamais la maison familiale sans demander de l'argent à son père

pour eux. S'il lui refusait, elle prenait des provisions dans la cuisine et sortait à leur rencontre. À ceux qui venaient frapper à sa porte, elle donnait aussi quelquesuns de ses vêtements. Cependant, son confesseur, Mgr Volpi, lui défendit d’agir de la sorte. Gemma lui obéit aussitôt. Elle 1. Gemma Galgani : Lettere, Estasi, Diario, Autobiographia e altri scritti, Postulazione dei PP. passionisti, Rome, 1978, AO

2. Ibid., L 150: Lettre au père Germano (voir table des matières: Premier contact avec le père Germano).

37

GEMMA

GALGANI

sublima ainsi ses désirs dans l’obéissance. comme son père ne lui donnait plus d'argent, être à la demande de son confesseur, et comme pouvait plus rien prendre dans la maison, il lui

Enfin, peutelle ne devint

impossible de donner quoi que ce soit aux pauvres. Elle en conçut une telle peine qu’elle cessa de sortir, sauf quand elle y était vraiment obligée. Mais son amour des pauvres durera toute sa vie. Quand, plus tard, elle fut hébergée dans la famille des

Giannini à Lucques, elle recevait les miséreux qui sonnaient à la porte de la maison, les faisait entrer dans la cour. Elle allait alors chercher des restes à la cui-

sine avec la permission de tante Cecilia et les servait de sa main; puis elle s’asseyait près d'eux pour leur parler de Jésus. Car Gemma mettait en pratique, sans le connaître, le conseil de saint Vincent de Paul aux Filles de la Charité:

«Il faut [...] contribuer de tout votre pouvoir au service des âmes, pour les rendre amies de Dieu, c'est-à-dire en les disposant avec grand soin à recevoir les sacrements, et cela avant même

que vous

vous occupiez du corps. Il faut leur parler avec tant de charité et d’affabilité qu’ils voient que seul l’intérêt de la gloire de Dieu et de leur salut vous porte à leur faire cette proposition!. »

1. Pierre Coste, «Saint Vincent de Paul, Correspondances, document IX, Entretiens aux filles de la Charité», tome I, p. 21. 33

GEMMA

GALGANI

Assise près du pauvre, Gemma lui posait des questions: «Assistez-vous à la messe? Combien y a-t-il de temps que vous ne vous êtes pas approché des sacrements ?Et la prière, la faites-vous matin et soir? Pen-

sez-vous quelquefois à ce que Jésus a souffert pour nous? Etc.!.» Dans notre société actuelle, même des mouvements

catholiques d’aide aux malheureux hésitent à parler de Dieu, de peur d’être taxés de prosélytisme, c’est-à-dire d'être soupçonnés d'échanger l’aide matérielle apportée contre un enseignement destiné à faire de nouveaux disciples du Christ. Gemma, qui était dans la vérité et la charité, voulait seulement faire partager à tous son amour débordant pour Jésus, pour qu’ils soient heureux comme elle! Cette disciple du Christ ne se contentait pas de nourrir et de vêtir les pauvres, elle les soignait: «Une domestique de la maison des Giannini,

afigée d’abcès répugnants aux jambes, reçut ainsi l'offre de ses services et en fut soignée avec un admirable empressement. La dernière des servantes n’eût pas montré autant de sollicitude pour la meilleure des maîtresses. Gemma faisait son lit, rangeait sa chambre et, à genoux devant elle, pansait ses plaies purulentes qu’elle fut surprise, un jour, à baiser affectueusement. Pour toute reconnaissance, cette 1. Pères Germano et Félix, Sainte Gemma Galgani, la stigmatisée

de Lucques, Brunet (Arras) et Mignard (Paris), 1940, p. 129. 39

GEMMA

GALGANI

femme grossière couvrait sa charitable infirmière d’injures et de mépris: “Vous m'’êtes en horreur, lui

dit-elle un jour, et je ne veux plus vous voir auprès de mon lit” Loin de se fâcher, la douce jeune fille, redoublant de dévouement, cherchait de nouveaux

moyens d’être agréable à l’ingrate!. »

Retraite de 1891

Tous les deux ans, les religieuses faisaient une retraite en interne, ouverte également aux étudiants

non pensionnaires. Gemma s’y inscrivit. Elle sut profiter de cette circonstance pour mieux se connaître elle-même, pour s'améliorer davantage afin de plaire à Jésus. Après quelques jours, les prédicateurs de cette retraite firent une méditation sur le péché, et ce fut une occasion pour Gemma d’avoir une conscience plus claire et plus vive de ses péchés. De cette journée marquante, elle écrivit dans son autobiographie qu'elle était «digne d’être méprisée de tous» car elle se voyait «ingrate envers Dieu et couverte de péchés ». Durant les derniers jours de la retraite, les

retraitants eurentà considérer les exemples d’humilité, de douceur, d’obéissance et de patience de Jésus. À partir de cette méditation finale, Gemma formula deux résolutions:

1. Ibid, p. 124. 40

GEMMA

GALGANI

«1. Faire chaque jour une visite à Jésus au Saint Sacrement de l'autel, et lui parler davantage avec le cœur qu'avec la langue.

2. Faire plus d'efforts pour essayer d'éviter de parler de choses profanes, mais plutôt des choses célestes. » À la fin de la retraite, elle obtint de son confesseur la permission de recevoir la communion trois fois par semaine, et d’aller se confesser, également trois fois

par semaine, ce qu'elle fit régulièrement jusqu’en 1895, soit pendant quatre ans. C’est pendant cette période fervente qu’elle va perdre son frère préféré Gino.

La mort de Gino

Henri Galgani a toujours aimé d’une façon toute particulière deux de ses fils Gino. Et Gemma autres frères et sœurs. Pendant les vacances,

enfants: sa fille Gemma et son aimait Gino plus que tous ses Ils étaient toujours ensemble. ils s’'amusaient à fabriquer de

petits autels, pour y célébrer les fêtes. Quand il fut adolescent, Gino exprima le désir de devenir prêtre. On

l’envoya au petit séminaire puis au grand où il portait la soutane, comme séminariste, ce qui plaisait beaucoup à Gemma, mais il mourut très vite, en 1894, au début de ses études. Il allait sur ses 18 ans! Les derniers temps où il était alité, il ne voulait pas que Gemma s'éloigne de lui. Le médecin avait aban-

donné tout espoir de le guérir. Comme sa sœur était bouleversée à la pensée que son frère allait mourir, AI

GEMMA

GALGANI

elle avait enfilé sa soutane en espérant mourir avec lui! En effet, il s’en est fallu de peu qu’elle ne meure

peu de temps après. Un mois après la mort de Gino, elle tomba très gravement malade, en réaction à son

immense chagrin. Près du lit de sa fille, son père pleurait et suppliait

Jésus de le laisser mourir à sa place. Il appela à l’aide le corps médical, employa tous les remèdes possibles et, après trois mois, Gemma était enfin guérie. Mais

le médecin de famille interdit toutefois à la jeune

convalescente de retourner à l’école jusqu’à sa complète guérison. Elle resta donc chez elle pour un temps. À plusieurs reprises, la mère supérieure et ses religieuses enseignantes qui aimaient tant Gemma firent tout leur possible pour la reprendre chez elles,

mais son père ne voulait plus la renvoyer aux études. Chaque jour, il se promenait avec elle et lui donnait tout ce qu’elle désirait. Mais, cette fois, Gemma ne se laissait plus distraire :elle continuait à communier trois

ou quatre fois par semaine. Jésus lui faisait sentir sa Présence et lui confiait beaucoup de choses intimes. Gemma attirait les regards par sa grande beauté et sa sérénité. Elle plaisait évidemment aux jeunes gens désireux de fonder un foyer, mais elle refusa tout net plusieurs offres de mariage, voulant être toute à Jésus, et devenir religieuse. Elle atteignait maintenant l’âge de 17 ans, et son désir de se consacrer entièrement à

Dieu ne cessait d'augmenter. Chaque retard dans la réalisation de son projet lui causait une grande souffrance. 42

GEMMA

GALGANI

Méditation de la Passion du Christ

Depuis que sa santé s'était améliorée, Gemma avait

repris ses études. Plus que les matières profanes enseignées, c'était le désir d’en savoir plus sur la Passion du

Christ qui croissait sans cesse en elle. Au point qu’elle obtint de sa nouvelle religieuse enseignante de la lui expliquer pendant une heure, à chaque fois qu’elle aurait la note 10 quand elle l’interrogerait. Comme elle le désirait intensément, chaque jour elle avait la note 10 à son interrogation, et avait droit à une expli-

cation d’une heure sur quelque passage de la Passion! Notons, à ce sujet, cette phrase touchante rapportée par Gemma dans son autobiographie: «A plusieurs reprises, en pensant à mes péchés et à mon ingratitude envers mon Jésus, nous nous mettions

à pleurer ensemble. » Durant quatre années, cette religieuse lui enseigna aussi quelques petites pénitences à faire pour Jésus. La première était de porter une petite corde autour de ses reins. Mais Gemma n’obtint jamais la permission de son confesseur de faire cette pénitence, malgré ses demandes réitérées. Alors la religieuse lui enseigna plutôt à mortifier ses yeux et sa langue, et réussit ainsi

à l'aider à s'améliorer. Mais ce fut avec beaucoup de difficultés. Cette bonne institutrice mourut après avoir dirigé son élève pendant six ans. Gemma passa alors sous 43

GEMMA

GALGANI

la direction d’une autre religieuse, aussi zélée que la première, et prit la résolution de prier davantage. Chaque soir, l’école finie, elle rentrait chez elle, s'enfermait dans sa chambre, et récitait un Rosaire

entier à genoux! Souvent, elle se levait la nuit, environ un quart d'heure, pour recommander son âme à Jésus.

Première apparition de son ange gardien

Durant l’année 1896, Gemma, qui entrait dans sa

dix-huitième année, reçut en cadeau une montre en or avec sa chaîne. Elle en conçut un peu de vanité, et avait même du mal à attendre de sortir pour qu’on l’admire

sur elle. Un jour qu’elle revenait à la maison et commençait à l’enlever, son ange gardien lui apparut pour la première fois et lui dit très grayement: «Gemma, rappelle-toi que les précieux bijoux qui ornent et embellissent l'épouse d’un Roi crucifié ne peuvent être autres que des épines et la Croix!.» Elle n’osa pas rapporter à son confesseur l’apparition de son ange gardien et ses paroles! En fait, cette admonition lui fit très peur, tout comme la vision de l’ange. Mais, peu après, en réfléchissant à tout cela, elle prit cette résolution:

1. Cf Manuscrit autobiographique.

44

GEMMA

GALGANI

«Je me propose, par amour pour Jésus et pour lui plaire, de ne jamais plus porter cette montre, ni même

parler de choses qui ont saveur de vanité!.» Elle portait aussi une bague à son doigt. Elle l’enleva immédiatement et, à partir de ce jour-là, elle ne porta plus jamais de bijoux de fantaisie. Elle résolut de changer radicalement de vie, puisque Jésus lui avait donné la claire lumière qu’elle devait être consacrée à Lui dans une vie de virginité, de pauvreté et d’obéissance. Comme on était au début de l’année 1896, elle

écrivit sa résolution de l’année dans un petit cahier: « Durant cette nouvelle année, je prends la résolution de commencer une nouvelle vie. Je ne sais pas ce qui m'arrivera durant cette nouvelle année. Mais je m’abandonne entièrement à vous, mon Dieu. Toutes mes aspirations et mes affections seront toutes pour vous. Je me sens si faible, cher Jésus, mais avec votre aide, j’espère et me propose

de vivre une vie différente, c’est-à-dire plus près de vous. »

On remarquera et admirera la simplicité des mots et le réalisme de cette résolution. Aucune emphase, aucune complaisance, mais une vraie humilité.

1. Jbid. 45

GEMMA

GALGANI

Son grand désir du ciel

Depuis le jour où sa mère lui avait fait entrevoir la beauté du ciel, Gemma l’avait toujours désiré

ardemment. Chaque fois qu’elle avait de la fièvre ou qu'elle se sentait gravement malade, elle avait un véritable espoir d'obtenir rapidement la réalisation de son immense désir! Mais c'était ensuite la dou-

loureuse déception de voir qu’elle recouvrait chaque fois la santé. Aussi, un jour, n’en pouvant plus, après

avoir communié, Gemma demanda clairement à Jésus pourquoi il ne l’avait pas encore prise pour aller au

ciel. Celui-ci lui répondit: «Ma fille, je ne te prends pas parce que durant ta vie je te donnerai beaucoup d'occasions d'acquérir de grands mérites, en supportant avec patience les épreuves de la vie, et en faisant croître ton désir du ciel!.»

N

Ces paroles, qui éloignaient un temps Gemma de la délivrance de sa vie terrestre, ne l’'empêchèrent pas de penses continuellement au ciel. De fait, elles ne firent

qu'augmenter son désir d'y aller.

4

Durant la même année 1896, quand Gemma fêta ses 18 ans au mois de mars, un autre désir commença à grandir en elle: aimer ardemment Jésus-Christ dans les souffrances de sa Passion. Comme l’apôtre saint Paul, elle ne voulait connaître que Jésus-Christ crucifié, elle désirait participer à ses afflictions pour l’aider, 1. Cf. Manuscrit autobiographique.

46

GEMMA

GALGANI

par l’offrande de ses propres souffrances quotidiennes, à sauver les âmes en union avec lui.

Un jour, elle fut prise d’une telle compassion en regardant le crucifix qu’elle tomba par terre, évanouie! Son père, qui était à la maison à ce moment-là, lui fit un sévère reproche en lui disant qu'il n’était pas bon

pour elle de toujours demeurer à se languir à la maison. Il Jui commanda de se lever tôt le lendemain matin

pour sortir se promener avec lui. Il ne la laissa pas aller à la messe les deux matins suivants, certainement pour

l’obliger quelque temps à penser à autre chose qu'aux choses spirituelles. Pourtant Henri Galgani était un grand chrétien, mais il s'était inquiété de l’évanouissement de sa fille. Gemma, mécontente, lui répondit: «Il n’est vraiment pas bon de me faire du mal en me tenant éloignée de Jésus dans le sacrement’!» Cette

façon de lui répondre inquiéta davantage son père car il avait remarqué combien la voix de sa fille était faible. Gemma monta ensuite s’enfermer dans sa chambre

et se déchargea de sa peine sur Jésus, en lui disant les paroles suivantes, qu’elle a rapportées plus tard dans son autobiographie: «Jésus, je veux vous suivre, peu m'importe ce qu'il m'en coûtera en déchirements et difficultés; je veux vous suivre avec une ferveur résolue. Non,

Jésus, je ne veux plus vous “donner la nausée” par ma vie tiède et amollie, comme je l'ai fait jusqu’à 1. Ibid. 47

GEMMA

GALGANI

maintenant! Je ne veux pas vous apporter chagrin et déplaisir! Je prends donc la résolution de rendre mes prières plus ferventes et mes communions plus fréquentes. Jésus, je veux souffrir, et souffrir beau-

coup pour Vous. La prière sera toujours sur mes lèvres. Si celui qui fait de fréquentes résolutions tombe souvent, qu’en sera-t-il de celui qui en prend rarement?»

On va voir que Jésus ne va pas attendre longtemps pour exaucer le désir de sa servante de souffrir en union avec les souffrances de sa Passion.

Opération à un pied Nous sommes

encore

en 1896. Jésus va per-

mettre que Gemma passe par une sévère épreuve: une grande douleur survint dans un pied. Gemma, au début, n’en parla à personne et ignora même son mal, mais la douleur devint insupportable. Il s’agissait, en fait, d’une carie osseuse, apparue à la suite

de la chute d’un banc sur son pied, lors du séjour au couvent de Sainte-Zita.

Les médecins dirent à son père qu'une opération devait être faite en urgence, sinon il faudrait peut-être lui amputer le pied! Toute la famille et les proches furent très inquiets. Seule Gemma semblait indifférente. Pendant l'opération (sans anesthésie!), qui consistait à racler l’os pour enlever la tumeur, elle resta

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GEMMA

GALGANI

héroïque et fit l'admiration de tous les assistants. Elle ne put retenir quelques larmes et gémissements. Mais,

au témoignage de tous, on était loin des hurlements de douleur que, dans son autobiographie, elle assurera avoir poussés! En écrivant cela, elle a évidemment cherché à empêcher que l’on cède à quelque admiration à son égard. Il est possible aussi qu'étant certaine

d’être mauvaise, elle ait pensé, quelques années plus tard, que telle avait été sa réaction! Toutefois, malgré son courage héroïque, elle avouera avoir demandé aus-

sitôt pardon à Jésus pour avoir voulu se soulager en criant! Or, elle n'avait fait que gémir. Elle reconnaîtra tout de même, dans son autobiographie, que, depuis la mort de sa mère, elle n'avait «jamais passé un seul jour sans souffrir quelque petite

chose pour Jésus». Or on sait ce qu'il faut entendre par «petite chose» dans la bouche de Gemma! En revanche, elle ne manquait pas de belles consolations car, à cette époque, Jésus lui apparaissait souvent. Mais,

une fois cependant, elle eût certainement préféré ne pas le voir car elle écrit plus loin: «Une fois seulement, j'ai vu Jésus sévère avec moi, et j'aimerais mieux souffrir mille fois les peines de l'enfer en cette vie que de me retrouver devant un

Jésus aussi indigné et outré et d’avoir devant les yeux l’horrible portrait de mon âme, comme je l'ai déjà expérimenté... » Peut-être, des lecteurs pourraient-ils s'interroger ici sur ce «Jésus aussi indigné et outré» après tant

de dévotion et d’efforts pour Le suivre et Lui plaire? 49

GEMMA

GALGANI

:

Et se demander si c’est bien le Jésus de l'Évangile ou un Jésus reflet d'elle-même que Gemma décrit ici? Non, c’est bien le Jésus des Évangiles. Mais cette réaction du Christ mérite une explication: le Jésus de l'Évangile, tout en étant infiniment miséricordieux, est exigeant. Ce qui l’indigne, l’outrage

et le rend très sévère, c’est lorsque ceux à qui il a donné le plus de grâces manifestent de l’ingratitude envers son Père ou envers Lui-même! Il est incroyablement tolérant envers les pécheurs qui ignorent la Loi donnée à Moïse ou les Évangiles. Sa Miséricorde s'étend à tous. Pour donner un exemple concret, il

est évident qu'une personne mariée souffre davantage d’une petite indélicatesse de son conjoint, que d’une réflexion désagréable d’une personne engagée à son service. Gemma, à cette époque, se considérait comme la

fiancée de Jésus. Elle recevait de grandes lumières et des grâces de force de l'Esprit saint. Le Seigneur vou-

lait en faire son épouse et la configurer à Lui-même en lui donnant bientôt les stigmates qu’elle recevra très jeune, à 21 ans! Une faveur que Dieu n’a accordée. qu’à trois cent cinquante personnes en deux mille ans de christianisme. Il est évident que, pour un tel mariage, les fiançailles doivent être à la hauteur des grâces que Jésus lui faisait chaque jour. Devant la moindre ingratitude de Gemma, Jésus a de quoi «être outré et se montrer sévère ». Si l’apôtre Paul recommande la correction fraternelle entre nous, il est normal que Dieu puisse s’en servir aussi avec nous! 50

GEMMA

GALGANI

Son premier vœu :le vœu de chasteté

Pour Noël 1896, il fut enfin permis à Gemma, convalescente, d'aller à l’église pour assister à la messe. À cette occasion, elle espérait avoir l'autorisation de faire le vœu de virginité perpétuelle qu’elle désirait accomplir depuis plusieurs années, mais que son

confesseur n’acceptait jamais. Elle insista auprès de lui car il lui semblait que c'était le plus précieux cadeau qu’elle pouvait offrir à Jésus. Mais cette fois encore, elle n’obtint pas cette permission. Cependant, au lieu du vœu de virginité, son confesseur lui permit de faire celui de chasteté. Cela ne changeait rien aux yeux de

Gemma! Ce fut donc la nuit de Noël 1896, trois mois avant ses 19 ans, qu'elle fit son premier vœu à Jésus. Dans

son autobiographie, elle écrit ce qui se passa ensuite entre Jésus et elle: « Je me souviens que Jésus était très content et fut

si ravi qu'il m'a demandé, après la sainte communion, de joindre à ce vœu l’offrande entière de moimême, de tous mes sentiments, et l'abandon total

à sa sainte volonté. Je le fis avec tant de joie, que je passai la nuit et la journée du lendemain comme si j'étais en paradis!»

SE

GEMMA

GALGANI

La mort de son père (1897) L'année 1897 fut très douloureuse pour toute la

famille Galgani. Gemma fut la seule qui parut indifférente devant tant de malheurs, ce qui ne manqua pas d’étonner son entourage. Cette sérénité était la consé-

quence d’une parfaite maîtrise d’elle-même, due à son abandon total à la volonté de Dieu. Henri Galgani tomba soudain gravement malade. Un matin, après la communion, Gemma comprit

la grandeur du sacrifice que Jésus allait bientôt lui demander. Elle pleura beaucoup mais la présence de Jésus se fit ressentir plus fortement dans son âme durant ces jours d’épreuve. De voir son père accepter sereinement sa maladie et se résigner à mourir, si telle

était la volonté de Dieu, lui permit de mieux supporter les jours qui précédèrent sa mort. Le 11 novembre 1897, jour où mourut son père, après avoir reçu l’extrême-onction mais pas le viatique, car il ne pouvait

plus avaler, Gemma avoua que Jésus lui défendit «de s’'abandonner

à d'inutiles

lamentations

et pleurs».

Aussi, elle passa la journée à prier dans le calme. + Après la mort d'Henri Galgani, une tante de Gemma qui habitait Camaiore l’envoya chercher pour demeurer

chez elle pendant plusieurs mois. Ce n'était pas la même tante chez qui elle avait été reçue après la mort de sa mère. Chaque matin, cette tante l’amenait à la messe, mais Gemma ne recevait que rarement la communion

car elle n'avait pas l'habitude de se confesser à quelqu'un d'autre qu'à Mgr Volpi, et ne voulait pas communier si 52

GEMMA

GALGANI

elle ne pouvait se confesser fréquemment. Durant cette période, elle négligea un peu la prière et commença à accepter quelques divertissements. Mais entendonsnous bien, c’étaient des plaisirs innocents, des sorties

habituelles pour une jeune fille de son âge, laquelle savait que son corps était le Temple du Saint-Esprit, et avait fait le vœu de chasteté. L’ennui fut qu'elle accepta de sortir avec une autre nièce de sa tante, vivant également sous le même toit, et devenue son amie. Leur tante, n’y voyant aucun mal, les faisait fréquemment sortir ensemble. Or l'amour du monde et de ses attraits n'étaient pas insensibles au cœur de son amie. Elle essaya d'y entraîner Gemma qui était dans la fine fleur de ses 20 ans, et était fort jolie. Heureusement Jésus allait la secourir providentiellement. Écoutons Gemma nous le raconter dans son autobiographie: «Tout à coup je me suis tordue le dos et dus me courber car j'avais de terribles douleurs aux reins. J'ai enduré le mal quelque temps mais, voyant que ça allait en empirant, j'ai demandé à ma tante de me ramener à Lucques. Nous ne perdîmes pas de temps, et elle me fit immédiatement

raccompagner. » Malheureusement,

cette souffrance était le signe

avant-coureur d’une maladie qui allait rapidement la clouer au lit pour longtemps. Au cours de cette immo-

bilisation, la seule pensée d’avoir passé tous ces mois dans des sorties futiles la faisait frémir d’effroi. Dans

55

GEMMA

GALGANI

son autobiographie, elle avouera même que des pensées impures lui avaient alors traversé l'esprit, et qu'elle avait écouté avec un certain plaisir de mauvaises conversa-

tions, au lieu de les fuir. Il semblerait aussi qu’elle n'ait pas voulu, par miséricorde, juger le comportement de son amie et qu’elle ait tenté de l’excuser, en s’accusant elle-même, car elle écrivit à la suite de ces sorties:

« J'ai trompé ma tante en mentant pour couvrir mon amie; en bref, je voyais déjà l’enfer s’ouvrir pour moi.» Ce qui peut nous paraître ici comme des exagéra-

tions de langage est pourtant, en réalité, le signe de la conscience très pure de Gemma sur le péché, laquelle se rendait bien compte que ces sorties ne valaient

rien ni pour l’âme de son amie ni pour la sienne, et qu’elle était devenue en quelque sorte sa complice en la couvrant.

Une grave maladie (1898-1899) Arrivée à Lucques, elle se sentit un peu mieux, mais ses proches lui demandèrent de consulter un médecin, inquiets de ce qui lui était arrivé. Or Gemma ne souhaitait pas voir un médecin car elle ne voulait pas que quelqu'un la touche ou la voie déshabillée. Mais, un soir, le docteur appelé secrètement par la famille vint la voir chez elle sans crier gare. Il dut user de la force pour l’examiner et trouva un abcès dans son corps, au niveau des reins, qu’il jugea très grave parce qu’il communiquait 54

GEMMA

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avec l’épine dorsale et l’affectait. Il s'agissait, en réalité, du mal de Pott', affection très grave. Pendant longtemps, Gemma avait bien ressenti de

la douleur dans cette partie de son corps mais ne voulait pas s’examiner elle-même par extrême pudeur. Cela venait de sa compréhension personnelle des paroles de l’apôtre Paul qu’elle avait entendues de la part de sa mère, quand elle était petite: « Ton corps est le temple

du Saint-Esprit. » Cette phrase s'était si profondément inscrite dans son esprit que Gemma gardait son corps loin de tout regard, y compris du sien.

Après l'avoir examinée,

le médecin

fit appel à

d’autres confrères qui confirmèrent que c'était bien le mal de Pott, lequel provoque, là où l’abcès s’est installé, la destruction des disques intervertébraux et la carie des vertèbres. Durant les jours qui suivirent la

consultation, la douleur allait toujours en empirant. Gemma fut forcée de s’aliter, et bientôt ne fut plus

capable de bouger! Les médecins employaient tous les médicaments possibles, mais au lieu d'aller mieux, la malade allait de pire en pire. Ce qui l’accablait le plus, en dehors du fait de rester alitée, était d’être une source

d’ennuis pour ses proches et ceux qui la soignaient. Le second jour où elle dut garder le lit, elle ne trouvait pas la moindre paix. Alors elle écrivit à Mgr Volpi, 1. Localisation vertébrale antérieure du bacille tuberculeux.

55

GEMMA

GALGANI

lui demandant de venir la voir. Il arriva immédiatement et accepta qu’elle fasse une seconde confession générale, non parce que sa maladie s'était aggravée, mais simplement pour qu’elle retrouve la tranquillité de conscience qu’elle avait perdue. Après sa confession, Gemma fut rétablie dans la paix avec Jésus. Ensuite, la souffrance de son mal étant toujours plus forte, il fallut l’opérer. Trois médecins furent nécessaires pour l'intervention qui fut très douloureuse. Gemma a écrit dans son autobiographie ce qu’elle a ressenti: «Ce que je souffris du mal ne fut rien; ma plus

grande souffrance fut celle d’avoir été dévêtue presque entièrement, et touchée... Combien j'aurais préféré mourir! Finalement les médecins, voyant que tout soin me serait inutile, abandonnèrent mon cas tout à fait. Ils revenaient de temps à autre, par courtoisie, pourrais-je dire. »

Concernant la nature de sa maladie, ils furent presque tous d'accord pour dire que c'était bien une maladie qui affectait la colonne vertébrale; un seul insistait pour dire que c'était une «hystérie»! Dans son lit Gemma gardait toujours la même position, car il lui était impossible d’en changer par elle-même. Pour avoir quelquefois un peu de soulagement, elle devait prier l’un ou l’autre des membres de sa famille de lui déplacer tantôt un bras, tantôt une jambe. Ils lui donnaient alors sans problème tous les soins qui lui convenaient.

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GEMMA

GALGANI

Le réconfort de son ange gardien

Un soir, inquiète de son mal plus que d’habitude, elle se plaignit à Jésus en lui disant «qu’elle n’aurait pas prié autant si elle avait su qu'il n’avait pas l'intention de la guérir». Et elle lui a demandé, avec son innocence habituelle, pourquoi il avait voulu qu’elle soit malade

de cette façon. Elle ajouta dans sa prière que son alitement empêchait le réconfort intérieur qu’elle ressentait habituellement quand elle pouvait aller quotidiennement à l’église assister à la messe et communier régu-

lièrement. C'est son ange gardien qui lui répondit, signe que le Seigneur le chargeait de la réponse:

«Si Jésus t'affige dans le corps, il le fait toujours dans le but de purifier ton âme. Sois bonne’. » Combien

de fois, dans sa longue maladie, Jésus

instruisit Gemma, à travers son ange gardien, par des paroles qui, bien qu’elles nous paraissent rudes dans leur vérité, la consolaient visiblement. En fait, ce qui

l’affigeait le plus, étant obligée de rester au lit, était de ne pouvoir faire ce que les autres faisaient. Elle se sentait profondément inutile et s’en plaignait à Jésus. Mais un matin où un prêtre lui avait apporté la communion, Jésus lui fit directement un sévère reproche, sans passer par son ange gardien, lui faisant comprendre, sans détour, son manque de patience et d’esprit surnaturel: 1. Cf. Manuscrit autobiographique.

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GEMMA

GALGANI

«C'est ton mauvais amour-propre qui te fait souffrir de ne pas pouvoir faire ce que les autres font!» Il lui dit encore: «Cela te cause beaucoup d’embarras, humiliants

pour ta fierté, que d’avoir besoin d’être aidée par les autres. [| Si tu étais morte à toi-même, tu n’en serais pas aussi contrariée!. >.

Ces paroles de Jésus auraient peut-être découragé une personne débutant dans la vie spirituelle, mais

elles firent beaucoup de bien à Gemma qui ressentit immédiatement de la joie dans son âme. Ce qui prouve que ces paroles sévères de Jésus étaient accompagnées d'une grâce spéciale de Miséricorde qui l'avait en même temps rendue plus forte. Cela l’encourageait à suivre sans peur un maître et ami aussi bon. Car face aux souffrances inévitables de la vie sur terre, que tout être humain doit supporter, Jésus donne ses grâces en abondance. Le tout est de s’abandonner à sa volonté pour correspondre à ses grâces.

Vision du Frère Gabriel de Notre Dame Douleurs

des Sept

Durant le temps où Gemma gardait le lit, sa famille faisait des triduums et des neuvaines, et demandait 1. Jbid. 58

GEMMA

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à d’autres connaissances de les faire aussi, afin que la malade soit guérie, mais ils n’obtinrent rien! Gemma,

elle, demeurait indifférente car les paroles de Jésus l'avaient fortifiée.

Un jour, une dame qui avait l’habitude de venir la visiter, lui apporta un livre dont le titre était: La vie du vénérable Frère Gabriel\. Gemma n'avait aucun désir de

se lancer dans cette lecture, mais elle accepta cependant de prendre ce livre par politesse envers cette dame, et le posa sur son chevet. Mue par un pressentiment, la

personne insista alors fortement en priant Gemma de le lire sans tarder et de se recommander au vénérable Frère Gabriel. Mais, une fois cette personne sortie,

Gemma n'y pensa même plus. Durant le temps de sa maladie, sa famille, malgré les neuvaines

qui n'avaient apporté aucune

amélioration,

continuait chaque jour, avec persévérance, à réciter trois prières à son intention (le Parer, l'Ave et le Gloria). Un 1. Religieux passioniste sous le nom de Gabriel de l’'Addolorata. Né le 1* mars 1838 à Assise, en Italie. Religieux à 18 ans, de santé fragile, il se montre fidèle dans les petites choses, comme sainte Thérèse de l’'Enfant-Jésus. Mort comme elle, à 24 ans,

de la tuberculose, il sera canonisé par le pape Benoît XV en 1920, en même temps que Marguerite-Marie Alacoque. Son sanctuaire à Isola del Gran Sasso est visité chaque année par un million de pèlerins. Le pape Pie XI étendit sa fête en 1932 à l'Église universelle. En 2009, une église dans le quartier Don Bosco de Rome lui a été dédiée. 59

GEMMA

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jour, Gemma se trouvait seule. Il était midi passé quand elle fut attaquée par une forte tentation. Elle se trouvait maintenant fatiguée d’ennui, et sa vie alitée l’'irritait énormément. Le démon tira avantage de ces pensées et commença à la tenter en lui disant que si elle l'avait

écouté, il l'aurait guérie et lui aurait donné tout ce qu'elle aurait voulu. Ecoutons-la raconter la suite de cette tentation dans son autobiographie:

«Je fus presque sur le point de céder; j'étais nerveuse et si ébranlée que je me suis sentie vaincue. Mais soudainement une idée m'est venue. Mon

esprit s’est tourné vers le vénérable Frère Gabriel, et j'ai haussé la voix en disant: “D’abord l'âme et ensuite le corps! !” »

Néanmoins,

le démon

ne s’avoua pas vaincu et

recommença ses assauts avec plus de force. Une foule de pensées abjectes et laides se succédaient avec force dans l'esprit de Gemma. Alors, de nouveau, elle demanda l’aide du Frère Gabriel et, une fois encore,

elle parvint à vaincre facilement Satan! Aussi, le soir même, Gemma prit le livre qu’on lui avait offert sur la

vie du vénérable Frère Gabriel et commença à le lire. Elle le relut même plusieurs fois car elle ne se rassasiait 1. C'était l’expression favorite du vénérable Gabriel de l’'Addolorata, aujourd’hui canonisé. Il semble probable que la dame qui avait apporté le livre à Gemma lui ait cité cette phrase devant

elle pour résumer la vie du vénérable. Car Gemma l’emploie ici sans avoir encore ouvert le livre. 60

GEMMA

GALGANI

jamais d'admirer les vertus et les exemples de ce saint

religieux. À la suite de cette lecture assidue, elle prit de nombreuses résolutions.

À partir du jour où le Frère Gabriel de Notre Dame des Sept Douleurs lui avait permis de vaincre le démon, elle commença à lui vouer une vénération toute spéciale, dans laquelle son affectivité et sa sensi-

bilité n’étaient pas absentes. Par exemple, si le soir, elle ;

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Je

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02

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n'avait pas mis l’image du vénérable sous l’oreiller, elle ne trouvait pas le sommeil !

Une nuit, pour la première fois, elle l’aperçut en vision près d’elle. Dès qu’elle faisait une action imparfaite, sa pensée se tournait immédiatement

vers ce

vénérable Frère, et elle pouvait alors se ressaisir pour la fois suivante, ou la refaire mieux, si c'était encore

possible. Elle ne manquait pas un jour sans redire la belle formule invocatoire que le vénérable Frère aimait

répéter tout au long de la journée, et qui résumait bien sa vie: « Plutôt l’âme que le corps!»

Un jour, la dame qui lui avait apporté le livre sur la vie du vénérable Frère Gabriel vint pour le reprendre. Gemma le tira alors de dessous son oreiller et le lui tendit, mais ne put s'empêcher de pleurer. Voyant qu’il lui était si difficile de le lui rendre, la dame lui promit de venir le reprendre plus tard, c’est-à-dire pas avant que la personne qui le lui avait prêté ne le redemande. Elle revint malheureusement quelques jours après, et Gemma ne put 6I

GEMMA

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s'empêcher de pleurer une fois encore en le lui rendant, tant le sacrifice était grand. Mais le Frère Gabriel voulut vite récompenser son sacrifice car, cette nuit-là, il lui apparut en songe, revêtu d’un beau vêtement blanc. Elle ne le reconnut pas tout de suite. Mais quand il ouvrit son vêtement blanc et lui laissa voir, en dessous, son habit de religieux passioniste, elle le reconnut immédiatement et demeura en silence devant lui. Il lui demanda pourquoi elle avait pleuré lorsqu'on lui avait enlevé le livre qui relatait l’histoire de sa vie, et ajouta aussitôt, sans lui laisser le temps de répondre: « Vois combien ton

sacrifice m'a plu; il m'a été si agréable que je suis venu moi-même te voir. Est-ce que cela te fait plaisir?» Gemma ne répondit rien. Alors, après l'avoir réconfortée, il lui dit: « Sois bonne, car je vais revenir te voir.» Puis il lui demanda de baiser sa tunique, et s'en alla. L'originalité de cette apparition du vénérable Frère, au cours de son sommeil, avait excité l’imagination de Gemma et, chaque soir, elle était dans l'attente

de le revoir en songe, mais elle ne le revit pas avant plusieurs mois. Ce fut à l’occasion de la fête de l’Imma-

culée Conception. Durant cette période, les Moniales Barbantines! et les Sœurs de la Charité venaient lui

changer ses vêtements et l’assister. À l'aube de la fête, les religieuses étaient venues comme

d'habitude et,

1. Sœurs infirmières de la Famille de saint Camille de Lellis. 62

GEMMA

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pendant qu’elles étaient là, Gemma eut une idée. Elle se dit qu’en ce jour de la fête de sa Mère du ciel, si elle lui promettait de devenir Sœur de la Charité, peut-

être la Vierge Marie la guérirait-elle pour qu’elle puisse entrer dans leur congrégation?

Cette pensée la consola et elle la communiqua à Sœur Leonida, responsable chez les Sœurs de la Charité. Celle-ci lui promit que, si elle guérissait,

elle serait prise comme postulante dans leur communauté. Le lendemain matin, il ne restait plus à Gemma qu'à faire cette promesse à Jésus, juste après la communion. Mgr Volpi vint la confesser en ce grand jour de fête, et lui donna la permission de demander sa guérison à la Vierge Marie. En effet, Gemma, ayant lié sa demande de guérison à celle de son entrée en religion, voulait humblement s’assurer que sa démarche était bien dans la volonté de Dieu en la plaçant sous l’obéissance à son confesseur ordinaire. Celui-ci lui concéda, en plus, une autre

autorisation aussi consolante pour Gemma: celle de faire ensemble, ce même soir, le vœu de «virginité

perpétuelle », un vœu qu'il ne lui avait jamais permis de faire auparavant. Mgr Volpi renouvela le sien,

et Gemma le fit pour la première fois avec une joie indescriptible. Pour elle, c'était un don total de sa

personne à Dieu. Ce soir-là, la malade fut remplie d’une parfaite paix, et la nuit venant, elle s’endormit. Tout à coup, elle vit 63

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dans un songe, au pied de son lit, le vénérable Frère Gabriel qui lui dit: «Gemma, fais librement et volontiers le vœu de devenir une religieuse, mais n’y ajoute rien d’autre.» «Pourquoi?», demanda-t-elle. Il lui fit alors un aimable sourire, lui donna une caresse sur le front, puis lui dit: «Ma sœur!» Gemma ne comprit pas ce que

cela signifiait, et elle ne devait le comprendre que bien plus tard. Elle le remercia et embrassa son habit. Le

Frère Gabriel prit alors le cœur de laine (que les passionistes portent sur leur poitrine), le lui fit embrasser

et Le plaça sur le drap, juste au-dessus de son cœur, et lui dit pour la seconde fois : «Ma sœur!» Et il disparut. À son réveil, il n'y avait plus rien sur le drap. Gemma communia avec ferveur en ce jour de fête de sa Mère du ciel, fit son vœu, mais prit soin de ne rien ajouter d’autre, selon le désir du Frère Gabriel. Elle ne parla à personne de cette apparition, ni à la sœur infirmière, ni à son confesseur. Mais, plus tard,

les sœurs lui rappelaient de temps en temps sa promesse, parce qu'elles pensaient toutes que Gemma avait réellement fait le vœu de devenir Sœur de la Charité, si elle guérissait.

Guérison miraculeuse (3 mars 1899) Les mois passaient et la santé de Gemma ne s’amé-

liorait pas. Le 4 janvier 1899, les médecins tentèrent 64

GEMMA

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un dernier traitement: ils opérèrent l’abcès et lui cautérisèrent le dos en douze endroits, le long de la colonne

vertébrale. Cela se fit sans anesthésie la refusa de peur que son corps ne dant qu’elle dormirait. L'opération son mal. Quelle souffrance la pauvre

parce que Gemma soit examiné penne fit qu'aggraver malade eut encore

à subir! Le 28 janvier, en plus de toutes

ses douleurs,

s’ajouta un mal de tête insupportable. Le médecin diagnostiqua une tumeur au cerveau! Mais le chirurgien ne pouvait pas l’opérer, car la malade était dans un état de faiblesse extrême.

Son mal s'aggravait chaque jour et, le 2 février, jour de la Présentation de Jésus au Temple, un prêtre lui apporta le viatique. Elle se confessa puis attendit dans la joie le moment de son départ de la terre. Les médecins qui pensaient qu’elle n’entendait pas dirent entre eux devant elle qu’elle n'arriverait pas jusqu’à minuit. Elle entendit leur conversation et s’exclama en elle-même: « Vive Jésus!» Son bonheur était à son comble! Dans peu de temps, elle serait enfin unie définitivement à son Sauveur, et personne ne pourrait plus

jamais essayer de la séparer de Lui. L'une de ses maîtresses d'école, Sœur Julia Sestini, la visita dans sa chambre et, voyant son état alarmant, l’implora de faire une neuvaine à la bienheureuse Mar. . , , . . guerite-Marie Alacoque, l’assurant qu’elle obtiendrait

sûrement la grâce d’être parfaitement guérie ou celle 65

GEMMA

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d’entrer immédiatement au ciel après sa mort. C'est

certainement pour cette deuxième raison que Gemma accepta de faire cette neuvaine! Avant de quitter son

chevet, cette religieuse lui fit faire la promesse de la commencer le soir même. C'était le 18 février, et la malade obéit. Mais le jour suivant, ses souffrances, qui lui retiraient toute sa concentration, l'empêchèrent

de poursuivre. Elle recommença donc de nouveau le lendemain cette neuvaine mais, le jour qui suivit, elle l’oublia encore.

Le 23 février, elle recommença pour la troisième fois! Et là, peu de temps avant minuit, elle entendit le cliquetis d'un rosaire, sentit une main se poser sur son front puis entendit quelqu'un réciter le Parer, l'Ave et le Gloria, et les répéter neuf fois! Elle ne pouvait presque pas répondre aux prières à cause de son intense douleur. Alors la personne qui avait dit les prières lui demanda: — Veux-tu être guérie? — L'un ou l’autre m'est égal, répondit Gemma. La personne reprit. as



Tu seras guérie, Prie avec foi le «Cœur de Jde »

chaque soir, jusqu’à ce que la neuvaine soit terminée.

Je viendrai ici avec toi, et nous prierons ensemble le Cœur de Jésus. — Et la bienheureuse Marguerite-Marie ?demanda Gemma. — Tu peux ajouter trois Gloria Parri en son honneur. 66

GEMMA

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Ceci se reproduisit pendant neuf nuits consécutives : la même personne venait chaque soir, restait invisible,

plaçait sa main sur le front de la malade, laquelle récitait avec elle les prières au Cœur de Jésus. Puis elle lui faisait ajouter trois Gloria Patri en l'honneur de la

bienheureuse Marguerite-Marie. On était arrivé au terme de la neuvaine et Gemma voulait recevoir la communion en ce dernier jour, qui était le premier vendredi du mois de mars. Elle fit appeler Mgr Volpi et se confessa. Le matin suivant,

elle communia et reçut alors une grande grâce car Jésus lui apparut et lui parla en des termes chaleureux. Écoutons Gemma raconter la scène dans son autobiographie: «Quels heureux moments j'ai passés avec Jésus! Il me répétait: “Gemma, veux-tu être guérie ?” Mon bouleversement était si grand que je ne pouvais pas répondre. Pauvre Jésus! Mais la grâce me fut accordée et j'étais guérie. “Ma fille, m'a dit Jésus en m'embrassant, je me donne entièrement à toi, et tu seras entièrement à moi.” Je ressentais bien le vide, après que Jésus m'eut enlevé mes parents, et

cela m'affigeait car, de temps à autre, je me sentais abandonnée. Ce matin encore, je me lamentais auprès de Jésus à cause de cela, et lui, toujours plus généreusement et toujours plus tendrement, me répétait :“Ma fille, je serai toujours avec toi. Je serai ton père, et ta 67

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maman, ce sera elle (m'indiquant Marie, la Mère des Douleurs'). Celui qui est entre mes mains ne manquera donc jamais de réconfort paternel. Tu

ne soupireras plus jamais après rien, même si je t'ai enlevé chaque consolation et chaque appui terrestre. Alors viens, approche-toi.…. tu es ma fille... N’es-tu

pas heureuse d’être la fille de Jésus et de Marie ?” L’affection surabondante que Jésus venait de faire naître en mon cœur m'empêchait de répondre. »

Environ deux heures après, Gemma

se redressa

dans son lit et se leva aussitôt! Tous ceux qui étaient dans la maison pleuraient de joie! Avant de partir, ce matin-là, Jésus avait dit également à Gemma: «Ma fille, à la grâce que je t'ai faite s’ensuivront encore de plus grandes. » Et nous verrons, en effet, dans la suite de ce récit, les signes visibles de cet amour divin. Depuis le jour de sa guérison, Gemma était prise

d’un désir intense de recevoir la communion chaque jour, mais il n’était pas toujours possible de trouver un

prêtre pour la lui apporter aussi souvent. Elle aurait voulu recevoir Jésus chaque matin, mais elle n'avait pas encore retrouvé toutes ses forces pour sortir et aller assister à la messe. Elle était convalescente. Enfin, le second vendredi du mois de mars 1899, elle put sortir

pour la première fois et aller à l’église. 1. Une statue de Notre Dame des Sept Douleurs que Gemma

tenait de sa mère, et qui était posée sur une table de sa chambre face à elle. 68

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Ce jour-là, des Moniales de Salesiane — c’étaient des

Sœurs visitandines — lui signalèrent qu’elles voulaient la rencontrer. Alors Gemma les visita. Elles lui firent la

promesse qu’au mois de mai, elles la prendraient avec elles pour qu’elle fasse une retraite spirituelle. En plus, elles lui promirent que si son désir d’être religieuse se révélait une véritable vocation, elles pourraient la prendre comme postulante dans leur communauté en

juin. Gemma éprouva une immense joie. Sa confiance était fortifiée par le fait que Mgr Volpi était en parfait accord avec cette proposition des Sœurs visitandines. Gemma, qui espérait tant devenir religieuse, voyait enfin l'horizon s’entrouvrir pour elle.

Le mois de mars s'écoula agréablement pour Gemma: elle allait à la messe chaque matin et ycommuniait. Là, Jésus la remplissait de grandes consolations. Vint ensuite la Semaine sainte. Aucun signe spécial ne se manifesta en elle, à part le fait que lorsqu'elle recevait la communion, Jésus se faisait connaître à elle

d'une manière toujours plus profonde.

Première Heure sainte : vision de Jésus crucifié On était le Mercredi saint. Comme Gemma en avait exprimé le désir depuis longtemps, son confesseur accepta finalement qu’elle fasse une nouvelle confes-

sion générale. Jésus, au cours de cette confession, 69

GEMMA

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Bernard Gallizia

Gemma Galgani (1878-1903) «Cette lecture m'a fait plus de bien qu’une série d'exercices spirituels. » Ainsi parlait Maximilien Kolbe en 1921, après avoir pris connaissance de la vie de Gemma Galgani. Béatifiée par Pie XI en 1933, puis canonisée par Pie XII lors de la fête de l’Ascension en 1940, cette Italienne laïque consacrée à Dieu reçut pendant deux ans tous les stigmates de la Passion du Christ, de la même manière que Padre Pio qui avait pour elle une grande dévotion. Son rayonnement spirituel est mondial. En Italie et en Espagne, sa renommée dépasse même celle de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus!

Gemma, de santé fragile, est l’objet dès son plus jeune âge de grâces toutes particulières : guérison miraculeuse par l’intercession de Marguerite-Marie Alacoque, apparitions du vénérable Gabriel de l’Addolorata (canonisé en 1920), extases, et surtout dialogues fréquents avec Jésus et avec son ange gardien, à partir de 1896.

Ce texte, écrit à la demande d’une religieuse imprégnée de la spiritualité de saint Paul de la Croix, fondateur de la Congrégation des Passionistes dans laquelle Gemma voulait rentrer, a déjà commencé à semer la conversion et l’émerveillement dans les âmes de‘ceux _ lu,

prêtres, religieux, laïcs. Chacun y trouvera une raison d'MZ s'améliorer.

de

== —

Le père Bernard Gallizia est prêtre du diocèse de Blois et l'Association des écrivains catholiques. Il a publié notamme les jeunes méritent la vérité (Emmanuel, 2007), Le célib est-il justifié? (Emmanuel, 2012) et, sous le pseudonym Gilardino, Ce que j'ai vu de Dieu (Téqui, 1997) et Le vrai vi

=: de * = bis: = tres = ard

et de l'Église (Téqui, 1998).

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ISBN :978-2-7067-1289-0

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