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French Pages 393 [420] Year 1968

Académie royale de Belgique
Koninklijke Academie van België
CLASSE DES LETTRES
KLASSE DER LETTEREN EN
ET DES SCIENCES MORALES
ET POLITIQUES
DER MORELE EN STAATKUNDIGE WETENSCHAPPEN
MÉMOIRES
VERHANDELINGEN
Collection in-8°. — Tome LIX Fascicule 3
Verzameling in-8°. — Boek LIX Afievering 3
Art et organisation militaires dans la principauté de Liège et dans le comté de Looz
au Moyen Age par
Claude GAIER
Licenciê en Philosophie et Leilres j (Histoire)
BRUXELLES
BRUSSEL
PALAIS DES ACADÉMIES
PALEIS DER ACADEMIËN
Rue Ducale, i
Hertogsstraat, i 1968
n0 1813
LISTE DES PUBLICATIONS RÊCENTES DE L'ACADEMIE CLASSE DES LETTRES
ET DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES Mémoires in-8° — 2e Série Tome XXX
1.
1431. Favresse, F. L'avènement du régime démocratique à Bruxelles pendant le
moyen âge 1306-1423 ; 1932 ; 334 p 2. 1450. Rochus, L. Lalatinitéde Salvien ; 1934 ;142p
80 » 70»
Tome XXXI
1442. De Boom, Ghislalne. Les Ministres plénipotentiaires dans les Pays-Bas
autrichiens principalement Cobenzl ; 1932 ; 421 p
100 »
Tome XXXII
1445. Doutrepont, Georges. Jean Lemaire de Belges et la Renaissance ; 1934 ;
L-442p
80»
Tome XXXIII
1449. Vercauteren, Fernand. Étude sur les Civitates de la Belgique seconde.
Contribution à l'histoire urbaine du Nord de la France, de la fin du IIIe à
la fin du XI· siècle ; 1934 ; 10 cartes, 4 facs., 488 p
Épuisé.
Tome XXXIV
1460. Van Werveke, H. De Gentsche financiën in de Middeleeuwen ; 1934;
3diagr., 423 p
90»
Tome XXXV
1468. Bonenfant, P. Le problème du paupérisme en Belgique à la fin de l'an régime ; 1934 ; 579 p 160 » Томе XXXVI
1. 1462. Lefèvre, J. La Secrétairerie d'État et de Guerre sous le régime espagnol, 1594-1711 ; 1934 ; 268 p 2. 1481. Velge, H. У a-t-il lieu de créer en Belgique une Cour du contentieux administratif ? Quelles devraient être sa compétence et son organisation ? 1935; 159 p
60 » 40»
Tome XXXVTI
1.
1483. Puttemans, A. La censure dans les Pays-Bas autrichiens ; 1935 ; 1 pl. ;
2.
1482. Leemans, E.-A. Studie over den Wijsgeer Numenius van Apamea met
376 p
uitgave der fragmenten ; 1937 ; III-174 p
80»
80 »
Tome XXXVIII
1. 2.
1497. Cornll, Georges. Une vision allemande de l'État à travers l'histoire de la philosophie ; 1936 ; 198 p 1517. Yans, Maurice. Histoire économique du duché de Limbourg sous la Maison
de Bourgogne. — Les forêts et les mines ; 1938 ; 1 carte, 278 p
50 »
60 »
Томе XXXIX
1.
1523. Adontz,Nicolas. Samuell'Arménien, RoidesBulgares ; 1938 ; 61 p
3.
1526. Van Steenberghen, Fernand. Les œuvres et la doctrine de Siger de Bra-
2.
4.
1524. Delatte, Ivan, La vente des biens nationaux dans le Département de Jemap-
pes ; 1938 ; 136 p
30»
Épulsé.
bant ; 1938 ; 195 p 1549. P.Peeters,S.J.L'œuvredesBollandistes;1942;128p
60 » 60»
Tome XL
1532. Doutrepont, Georges. Les Mises en prose des Épopées et des Romans chevaleresques du XIV· au XIV· siècles ; 1938 ; 732 p Tome XLI
1534. Laurent H. et Qulcke F. Les origines de l'État Bourguignon. L'accession de la Maison de Bourgogne aux duchés de Brabant et de Limbourg ; 1940 ;
240 »
ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE CLASSE DES LETTRES
MÉMOIRES Collection in-8°.
Deuxième série.
TOME LIX, fasc. 3.
KONINKLIJKE ACADEMIE VAN BELGIË
KLASSE DER
LETTEREN
VERHANDELINGEN Verzameling in-8°.
Tweede reeks.
BOEK LIX, afl. 3.
BRUXELLES
BRUSSEL
PALAIS DES ACADÉMIES
PALEIS DER ACADEMIËN
Rue Ducale, i
Hertogsstraat, i 1968
IMPRIMERIE J. DUCULOT S. A.
GEMBLOUX
d.! 968. 0092. β
Art et organisation militaires dans la principauté de Liège et dans le comté de Looz
au Moyen Age par
Claude GAIER Licencié en Philosophie et Lettres (Histoire)
Impression décidée le 6 mars 1967
Lettres, t. lix, fasc. 3
A Monsieur le Professeur F. Vercauteren
«... vere non rusticos esse Leodienses, sed
milites, eosque stvenuos... » Raoul De Rivo,
Gesta pontificum Leodiensium, p. 42.
SIGLES
A.C.A.M.
Annales du Cercle archéologique de Mons
A.C.H.
Annales du Cercle hutois des sciences et des beaux-arts
A.F.A.H.Bg.
Annales de la Fédération archéologique et historique de
A.H.L.
Belgique Annuaire d'histoire liégeoise
A.H.R.
American historical review
A.I.A.L. A.P.L. A.S.A.N. A.S.H.A.M.
Annales de l'Institut archêologique du Luxembourg L'ancien pays de Looz Annales de la Sociétê archêologique de Namur Annales de la Sociétê historique et archéologique à
B.C.R.H. B.C.R.T.D.
Bulletin de la Commission royale d'Histoire de Belgique Bulletin de la Commission royale de toponymie et de
B.I.A.L. B.M.H.
Bulletin de l'Institut archêologique liêgeois Bulletin de la Section scientifique et littéraire de la Sociêtê chorale et littêraire des Mélophiles de Hasselt Bulletin de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège
Maestricht
dialectologie
B.S.A.H.D.Lg. B.S.S.L.L.
Bulletin de la Société des sciences et des lettres du Lim-
B.V.L. C.A.P.L.
Bulletin de la Sociêtê royale « Le Vieux Liège » Chronique archêologique du pays de Liège
C.R.H. M.A. M.G.H., S.S. P.L. R.B.N. R.B.P.H. V.M.K.V.A.T.L.
Commission royale d'Histoire Le Moyen Age Monumenta Germaniae Historica, Scriptores Patrologiae latinae cursus completus
V.O.G.O.S.H.
Verzamelde opstellen uitgegeven door den Geschied en
Z.H.W.K.
Oudheidkundigen Studiekring te Hasselt. Zeitschrift der Gesellschaft fur historische Waffen-und
bourg
Revue belge de numismatique Revue belge de philologie et d'histoire Verslagen en mededeelingen van de Koninklijke Vlaamse Akademie voor taal et letterkunde
Kostiimkunde.
BIBLIOGRAPHIE
I. SOURCES
I. Sources manuscrites
Archives État Liège, Val-Saint-Lambert, reg. 143.
Archives État Namur, Comptes communaux de Namur, reg. 22, 32. — Comptes communaux de Dinant, reg. 55. Archives générales du Royaume (Bruxelles), Chambre des Comptes,
Recette Générale des provinces ; duché de Limbourg et pays d'OutreMeuse, reg. 2437, 2447.
—
Chroniques de Monstrelet, fr. 2680.
Bibliothèque nationale Paris, Comptes de Barthélemi du Drach, trésorier des guerres, pour l'ost de Buironfosse et de Bouvines (1339-1341) , nouv. acquisitions, fr. 9239. — Recueil d'histoires tirêes de la Bible en français, fr. 6447.
Bibliothèque royale Bruxelles, Recueil liturgique de Bilsen, ms. 97869790.
II. Sources imprimées A. Sources narratives
Additions au texte de Mêlart extraites des manuscrits 37 et 39, éd. S. Balau
et E. Fairon, Chroniques liégeoises, t. II, in-40, Bruxelles 1931, p. 607667 (C.R.H.).
Adenes li Rois, Les Enfances Ogier, éd. A. Scheller, in-8°, Bruxelles 1874 (Acadêmie royale de Belgique. Collection des anciens auteurs belges, t- 13)·
Adrien de But, Chronique, éd. J. M. B. C. Kervyn de Lettenhove, Chroniques relatives â l'histoire de la Belgique sous la domination des ducs de Bourgogne, in-40, t. I, Bruxelles 1870, p. 211-717 (C. R. H.). Adrien d'Oudenbosch, Chronique, éd. C. de Borman, in-8°, Liège 1902 (Bibliophiles liégeois). Alberic de Troisfontaines, Chronica, éd. P. Scheffer-Boichorst, M. G. H., S. S., t. XXIII, p. 631-950.
Aliqua gesta notabilia, éd. D. Guilleaume, Leodium, 10 (1911), p. 87-91. Annales Agrippinenses (1092-1384), éd. G. H. Pertz, M. G. H ., S. S., t. XVI, p. 736-738.
Annales Aquenses, éd. G. Waitz, M. G. H., S. S., t. XXIV, p. 33-39· Annales Gandenses, éd. Funck-Brentano, in-8°, Paris 1896 (Collection Picard) .
IO
BIBLIOGRAPHIE
Annales Laubienses, éd. G. Pertz, M. G. H., S. S., t. IV, p. 9-28. Annales Rodenses, éd. G. H. Pertz, M. G.H., S. S., t. XVI, p. 688-723. Annales Sancti Jacobi Leodiensis minores, éd. J. Alexandre, in-8°, Liège
1874 (Bibliophiles liégeois). Annotations sur les années 1401 à 1506, éd. S. Balau et E. Fairon, Chro-
niques liégeoises, t. II, in-40, Bruxelles 1931, p. 237-272 (C. R. H.) . Anselme de Gembloux, Continuatio Sigeberti, éd. D. L. C. Bethmann, M. G. H„ S. S„ t. VI, p. 375-385· La bataille de Liège en 1408, éd. de Ram, Documents relatifs aux troubles
du pays de Liège..., in-4 0, Bruxelles 1844, p. 304-319 (C. R. H.). Chronijk der landen van Overmaas en der aangrenzende gewesten door eenen inwoner van Beek bij Maastricht, éd. J. Habets, Publications Soc. hist. et archéol. dans le duché de Limbourg, 7 (1870), p. 5-197. Chronijk van Maastricht en omstreken, éd. J. Habets, Publ. de la Soc. d'archéol. dans le duché de Limbourg, 1 (1864), p. 70-93. Die Chroniken der niedersächsischen Städte. Liibeck, éd. K. Koppmann, Leipzig 1884 ( Die Chroniken der deutschen Stãdte, t. XIX). Chronique de l'abbaye de Floreffe, éd. Fr. de Reiffenberg, Monuments pour servir à l'histoire des provinces de Namur, de Hainaut et de Luxembourg, t. VIII, in-40, Bruxelles 1848 (C. R. H.). Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, éd. C. de Borman, 2 vol., in-8°, Liège 1872-1877 (Bibliophiles liégeois) . La chronique liégeoise de 1402, éd. E. Bacha, in-8°, Bruxelles 1900 (C. R. H.) . Chronique des Pays-Bas, de France, d'Angleterre et de Tournai, éd. J. J. de Smet, Recueil des chroniques de Flandre, in-4 0, t. III, Bruxelles 1856 (C. R. H.) . Chronique du règne de Jean de Bavière, éd. S. Balau et E. Fairon, Chro-
niques liégeoises, t. I, in-4 0, Bruxelles 1913, p. 145-214 (C. R. H.) . Chronique du règne de Jean de Hornes, éd. S. Balau et E. Fairon, Chroniques liêgeoises, t. I, in-40, Bruxelles 1913, p. 339-569 (C. R. H.). La chronique de Saint-Hubert dite Cantatorium, éd. K. Hanquet, Bruxelles 1906 (C.R.H.).
Corneille de Zantfliet, Chronique, éd. E. Martene et U. Durand, Amplissima Collectio, t. V, in-fol., Paris 1729, col. 67-504. La correxion des Liégois, éd. de Ram, Documents relatifs aux troubles du pays de Liège..., in-4 0, Bruxelles 1844, p. 291-304 (C. R. H.). Cronica van der hilliger Stat von Coellen bis 1499, éd. Hegel, Die Chroniken der deutschen Städte, t. XIV /3 (Köln) in-8°, p. 641-918. Diegerick J. Documents concernant la bataille de Brusthem et la reddition
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Guillaume de Tyr, Historia rerum in partibus transmarinis gestarum a tempore successorum Mahumeth usque ad annum domini MCLXXIV, Migne, P. L., t. 201, col. 209-892.
Hae sunt injuriae et molestiae de quibus opidum Lewense conquaeritur illate domino duci Brabantiae et sibi dicto opido ab illis de Sancto Trudone, éd. C. Piot, Notice historique sur la ville de Léau (Brabant) , Messager des Sciences historiques de Belgique, 1843, p. 370-375. Helin, Miracula S. Foillani, AA. SS., oct. XIII, p. 417-420. Henri de Merica, De cladibus Leodiensium, éd. S. Balau et E. Fairon,
Chroniques liégeoises, t. I, in-4 0, Bruxelles 1913, p. 221-326 (C. R. H.). Heinricus de Diessenhoven, Chronicon ab a. 1316-1361, éd. A. Huber,
Heinricus de Diessenhofen und andere Geschichtsquellen Deutschlands im Späteren Mittelalter, Stuttgart 1868, p. 16-126 (J. F. Boehmer, Fontes rerum Germanicarum, t. IV). Henricus de Rebdorf, Annales imperatorum et paparum ( 1294-1362) , éd. A. Huber, Heinricus de Diessenhofen und andere Geschichtsquellen Deutschlands im Späteren Mittelalter, Stuttgart 1868, p. 507-568 (J. F. Boehmer, Fontes rerum Germanicarum, t IV) Heriger et Anselme, Gesta episcoporum Tungrorum, Trajectensium et Leodiensium, éd. R. Koepke, M. G. H., S. S., t. VII, p. 161-234. Histoire des Pays-Bas, depuis 1477 jusqu'en 1492, écrite en forme de journal par un auteur contemporain, éd. J. J. de Smet, Recueil des chroniques de Flandre, in-4 0, t. III, Bruxelles 1856 (C. R. H.). Introitus reverendi patris domini Ludovici de Borbonio electi confirmati Leodiensis, die 13 julii 1456, éd. de Ram, Documents relatifs aux troubles
du pays de Liège, in-40, Bruxelles 1844, p. 417-420 (C. R. II.). Jacques de Hemricourt, Le Miroir des Nobles de Hesbaye, éd. C. de Borman et А. Bayot, Œuvres de Jacques de Hemricourt, t. I, in-4 0, Bruxelles 1910, p. 1-486 (C.R.H.). Jacques de Hemricourt, Le Patron de la Temporalité du Pays de IJège, 6d. A. Bayot, Œuvres de Jacques de Hemricourt, t. III, in-40, Bruxelles !93i, p. 51-154 (C. R. H.).
12
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Jean Brandon, Chronique, éd. J. M. B. C. Kervyn de Lettenhove, Chroniques relatives à l'histoire de la Belgique sous la domination des ducs de Bourgogne, in-40, t. I, Bruxelles 1870, p. 1-166 (C. R. H.). Jean de Bueil, Le Jouvencel, suivi du commentaire de Guillaume Tringant, éd. L. Lecestre, 2 vol. in-8°, Paris 1887-1889 (Société de l'Histoire de France).
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liégeoises, t. II, in-40, Bruxelles 1931, p. 1-138 (C.R.H.). Jean Froissart, Chroniques, éd. S. Luce, G. Raynaud, L. et A. Mirot, 13 vol. in-8 0, Paris 1869-1957 (Société de l'Histoire de France). Jean de Haynin, Mémoires (1465-1477), éd. DD. Brouwers, 2 vol. in-80, Liège 1905- 1906 (Bibliophiles liégeois). Jean de Hocsem, Chronique, éd. G. Kurth, in-8 0, Bruxelles 1927 (C. R. H.). Jean de Looz, Chronicon rerum gestarum ab anno MCCCCLV ad annum MDXIV, éd. de Ram, Documents relatifs aux troubles du pays de
Liège..., in-40, Bruxelles 1844, p. 4-132 (C. R. H.) . Jean MoLiNET, Chroniques, éd. G. Doutrepont et O. Jodogne, 3 vol. in-40, Bruxelles 1935-1937. (Acadêmie Royale de Belgique. Collection des anciens auteurs belges).
Jean MoLiNET, Recollection des merveilleuses advenues, éd. N. Dupire, Les faictz et dictz de Jean Molinet, t. I, Paris 1936, p. 284-334 (Sociéti des Anciens textes français). Jean d'Outremeuse, Chronique abrégée, de 1341 à 1400, éd. E. Fairon, Chroniques liégeoises, t. II, in-40, Bruxelles 1931, p. 144-236 (C. R. H.). Jean d'Outremeuse, Chronique et geste, éd. A. Borgnet et S. Bormans, 7 vol. in-40, Bruxelles 1864-1887 (C.R.H.). Jean Placentius, Catalogus omnium antistitum Tungarorum, Traiectensium ac Leodiorum..., in-12, Anvers 1529. Jean de Roye, Journal connu sous le nom de Chronique scandaleuse ( 1460-1483) , éd. B. de Mandrot, 2 vol. in-8°, Paris 1894-1896 (Société de l'Histoire de France) .
Jean de Stavelot, Chronique, éd. A. Borgnet, 2 vol. in-40, Bruxelles 1861 (C. R. H.).
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in-8°, M. G. H., Nova Series, t. IV, Berlin 1955. Mémoires en forme de chronicque ou Histoire des guerres et troubles de Flandre, éd. J. J. de Smet, Recueil des chroniques de Flandre, t. VI, Bruxelles 1865, p. 507-586 (C.R.H.). Notae Colonienses (1 192-1369), éd H. Cardauns, M. G. H., S. S., t. XXIV, p. 362-365. Olivier de la Marche, Mémoires, éd. H. Beaune et J. d'Arbaumont, 4 vol. in-8°, Paris 1883-1888 (Société de l'Histoire de France). Onofrio, Mêmoire sur les affaires de Liège (1468), éd. S. Bormans, in-8°, Bruxelles 1885 (C.R.H.). Philippe de Clèves, Instruction de toutes manières de guerroyer, tant par terre que par mer, et des choses y servantes, in-12, Paris 1558. Philippe de Commynes, Mémoires, éd. J. Calmette, t. I (1464-1474), in-12, Paris 1924 (Les classiques de l'histoire de France). Philippe de Vigneulles, Chronique, éd. Ch. Bruneau, 3 vol. in-8°, Metz 1927-1932. Poème sur la guerre de Metz, éd. G. Wolfram, Die Metzer Chronik des Jaique Dex (Jacques d'Esch) iiber die Kaiser und Könige aus dem Luxemburger Hause, in-8°, Metz 1906. Poncelet E., Lettre écrite, le 8 avril 1489, à Jean de Hornes, évêque de Liège, touchant les événements du temps, B. C. R. H., 104 (1939), p. 61-71. Raoul de Rivo, Gesta pontificum Leodiensium ab anno tertio Engelberti a Marcka usque ad Joannem a Bavaria, éd. J. Chapeaville, Qui gesta
ч
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PRÉFACE
Le passé militaire de la principauté de Liège n'a guère retenu jusqu'ici l'attention des médiévistes. Sans doute des émdits ont-ils été amenés, dans le cadre d'études moins particulières, a en aborder certains aspects par le biais de l'histoire politique et sociale : tels par exemple Daris (^), Kurth (2) et MM. Lejeune ( 3) et Vercauteren ( 4). A cette catégorie se rattache également le chapitre que l'auteur de La Meuse et le Pays mosan a consacré au rôle militaire des villes liégeoises aux XIe et XII e siècles : cet aperçu mérite une mention spéciale en raison des vues pénétrantes qu'il développe sur les milices urbaines. De même le copieux passage relatif à la bataille de Steppes, dans l'étude de G. Smets sur Henri I er de Brabant, contribue valablement
à la connaissance d'un des grands moments de l'histoire liégeoise (5). D'autres références intéressantes seront relevées ci-après dans le corps de cette étude. Lorsque l'on se tourne vers les travaux spécialisés dans le domaine qui nous occupe, il faut bien admettre que le bilan n'est pas très fourni. Non sous le rapport de la qualité, — il en est parfois de fort pertinents, — mais du point de vue de (x) J. Daris, Histoire du diocèse et de la principauté de Liège, 3 vol., Liège 1887-1890 ; Id., Histoire de la Bonne ville, de l'église et des comtes de Looz suivie de biographies lossaines, 2 vol., Liège 1864-65. — C'est l'histoiie « événementielle» la plus détaillée et la plus complète qui soit pour la principauté de Liège et le comté de Looz mais, outre la conception générale, nettement dépassée, l'absence fréquente de critique rend l'ouvrage singulièrement insuffisant.
(a) G. Kurth, La Cité de Liège au Moyen Age, 3 vol., Liège 1909. — Ouvrage fondamental.
(3) Notamment : J. Lejeune, Liège et son Pays. — Naissance d'une patrie (XIIIe-XJVe siècles), Liège 1948. (4) F. Vercauteren, Luttes sociales à Liège (XIIIe et XIVe siècles), Bruxelles 1943, 2 e éd. 1946.
(5) F. Rousseau, La Meuse et le pays mosan en Belgique. Leur importance historique avant le XIIIe siècle, Namur 1930. — G. Smets, Henri Ier, duc de Brabant (1190-1235) , Bruxelles 1908.
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la quantité. Les exposés partiels sont rares (^), les monographies consacrées aux épisodes militaires saillants ne sont guère plus nombreuses (2) et elles restent de valeur très inégale. Quoi qu'il en soit, leur ensemble ne peut en aucune façon fournir la matière suffisante d'une synthèse. Celle-ci pourtant, s'avérait hautement souhaitable La principauté épiscopale de Liège, avec ce comté de Looz qui, sous la crosse du même souverain épousa ses destinées à partir du XIVe siècle, ne constitue-t-elle pas, au Moyen Age, une région de prédilection pour l'étude de l'art de la guerre ? Longtemps peuplée d'une noblesse d'épée fort batailleuse qui pouvait fournir une cavalerie lourde de quelque 700 hommes, elle fut aussi très tôt le siège d'une importante vie urbaine avec, comme corollaire, l'existence de plusieurs milliers de bourgeois mobilisables ( 3). En outre, située aux marches du Saint Empire et du royaume de France, la terre liégeoise ne fut jamais un havre de paix : les nombreux conflits qui s'y succédèrent jusqu'à la fin du XVe siècle en firent un creuset où vint s'imprégner la marque de l'envahisseur, du mercenaire et de l'aventurier.
Ainsi, militairement, le pays ne resta donc jamais en marge des graves secousses qui agitèrent l'Europe médiévale : expansion des principautés territoriales, querelle des Investitures puis du Sacerdoce et de l'Empire, conflits sociaux, guerre de Cent Ans, « impérialisme » bourguignon, sans parler des grandes entreprises à l'étranger : croisades contre les musulmans, contre les Prussiens et contre les Hussites. En ce sens, la principauté de Liège apparaît comme une sorte de microcosme où se reflète l'essentiel
des tendances de l'art de la guerre au Moyen Age. De ce fait notre étude vise non seulement à éclairer un point de l'histoire (1) P. Henrard, Les campagnes de Charles le Témêraire contre les Liigeois (1465-1488), in Annales Acad. archéol. de Belgique, Ser. II, 3 (1867) ; J. F. Ver-
bruggen, De krijgskunst in West-Europa in de Middeleeuwen (IXe tot begin XIVe eeuw), Bruxelles 1954, P· 255-264 ; R. Deprez, La politique castrale dans la principauté épiscopale de Liège du Xe au XIVe siècle, M. A., 65 (1959), p. 501-538 ; voir, dans l'index bibliographique, le relevé de nos travaux sur ]a stratégie, les effectifs et l'armement au pays de Liège. (2) Elles sont citées dans les appendices de cette étude auxquels elles se rapportent.
(3) Pour l'étude des effectifs militaires à partir du XII e siècle dans la princi-
pauté de Liège, nous renvoyons une fois pour toute à notre étude : Analysis of military forces... cit. dans l'index bibliographique.
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d'une principauté mais du même coup à contribuer à une meilleure connaissance du passé militaire en général. Tout aussi exceptionnelles que les circonstances historiques, sont les sources qui en portent témoignage.
Terre d'Église, donc peuplée de lettrés, le pays de Liège a connu une effloraison peu commune d'écrits de caractère annalistique. Un coup d'œil sur la liste bibliographique au début de cet ouvrage suffira pour s'en rendre compte. C'est dire que notre documentation est essentiellement d'ordre narratif et
que les sources diplomatiques y tiennent une place secondaire. A côté des chroniqueurs indigènes, bon nombre d'historiographes étrangers ont aussi traité des fastes militaires liégeois : il s'en est trouvé de tout temps mais particulièrement au XVe siècle, moment où la principauté se laisse entraîner dans les conflits franco-bourguignons. Ils constituent pour nous un apport précieux.
Quant à la valeur de ces témoignages, elle a déjà fait couler beaucoup d'encre (*). En somme, aucun jugement global ne peut être prononcé sur leur crédibilité : il n'y a que des cas d'espèce (2). Chaque événement doit faire l'objet d'une étude particulière car, même sous la plume d'un seul auteur, ne peut-on point trouver tour à tour sincérité et mauvaise foi, compétence et ignorance ?
Le terminus ad quem de ce mémoire est fixé tout naturellement par la proclamation de la neutralité liégeoise en 1492. Celle-ci marque la fin de l'évolution jusqu'alors si dynamique qu'avait connue l'art militaire dans la principauté et place pratiquement cette région en marge des tribulations guerrières de l'Ancien Régime.
De plus, la date retenue se situe à la veille des Guerres d'Italie, que l'on considère généralement comme la première grande manifestation militaire de l'Époque Moderne ( 3).
f1) Voir notamment à ce propos W. Erben, Kriegsgeschichte des Mittelalters, Munich-Berlin 1929, p. 31-51 et J. F. Verbruggen, op. cit., p. 43-69.
(2) Nous aurons l'occasion d'examiner quelques-uns de ces cas dans le corps de cette étude, comme nous l'avons fait déjà, avec les remarques méthodologiques qui s'imposaient, dans notre article Analysis..., p. 209-211.
(3) Cfr M. Chambord, Quelques époques de la pensêe militaire, in L'Armée — La Nation, décembre 1954, mars J 955. février 1957, mars J 957·
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Quant au point de départ, il coïncide naturellement avec la naissance du Saint Empire Romain Germanique, dont la principauté a toujours fait partie, et avec les débuts du régime de
l'Église impériale. Cependant, la rareté des sources avant le XII e siècle nous a amené à rassembler en un seul chapitre liminaire tous les faits militaires antérieurs à cette époque. Nous avons voulu faire œuvre de synthèse. Cependant la rareté des études de détail nous a forcé à nous livrer, au préalable, à un important travail d'analyse. Celui-ci a d'abord consisté à mettre sur fiches tous les épisodes de l'histoire militaire liégeoise du Xe au XVe siècles, ensuite à isoler les plus significatifs d'entre eux et à leur consacrer une monographie. Ces études particulières forment les annexes de ce mémoire : elles visent à la fois à fournir un aperçu des événements guerriers les plus riches d'enseignements et à alléger
l'apparat critique de la partie proprement synthétique où l'on s'y réfère constamment. La synthèse, quant à elle, se présente comme un exposé sur la technique de la guerre au pays de Liège : logistique, intendance, liaison pour arriver enfin à la tactique et à la stratégie. II faut dire qu'une certaine abondance documentaire nous a amené à gonfier le chapitre sur la tactique dans une mesure qui dépasse sans doute l'importance relative de ce secteur dans l'ensemble de l'art de la guerre au Moyen Age. Comme on l'a fort justement fait remarquer, — et récemment encore sous la plume d'un historien anglais (*), — la notion de bataille comme moyen principal et facteur décisif de la guerre est étrangère à cette époque. Sans aller jusqu'à prétendre qu'une bataille rangée ne s'engageait alors qu'à la toute dernière extrémité, il faut bien constater que la guerre était faite de sièges, de destructions et de pillages bien plus que d'affrontements en rase campagne et qu'en ce sens elle était plus « totale » qu'elle ne le fut jamais aux XVIII e et XIXe siècles ! Mais si la recherche du combat ne hantait
pas l'esprit des stratèges, il n'empêche que les occasions de se mesurer furent tout de même, par la force des choses, assez nombreuses pour que nous accordions à la tactique une particulière attention ; car celle-ci n'en demeure pas moins un sûr critère de l'état d'avancement de l'art de la guerre. f1) Cfr Verbruggen, De krijgskunst . . . , p. 457 sv. et Hewitt, The organization 0f war..., p. iii sv.
PRÉFACE
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Nous n'avons point envisagé les institutions militaires sur le plan théorique si même il nous est arrivé parfois de les évoquer au niveau pratique. Nous avons souvent aussi effleuré l'histoire sociale mais sans prétendre nous attaquer au problème de la condition des personnes qui demeure encore, pour la région liégeoise, plein d'inconnues. Les phénomènes locaux ont été replacés dans le cadre général à la lumière duquel ils acquièrent leur véritable signification : par là, nous avons cherché à sortir délibérément du cadre local pour nous raccrocher à l'histoire militaire européenne. L'illustration comporte des croquis topographiques (avec toute la part conjecturale que ces restitutions impliquent), des photographies de sites fameux dans les annales du pays de Liège et des reproductions de documents qui revêtent pour le passé militaire de cette région une valeur de témoignage. Au cours de l'exposé, nous avons eu fréquemment recours à des appellations modernes, — que l'on chercherait en vain à l'époque médiévale, — pour désigner des notions de théorie militaire. Le procédé, même s'il a quelque chose de choquant, nous paraît pourtant indispensable. On sait l'imprécision de la terminologie technique usitée au Moyen Age. Le domaine de l'art de la guerre ne fait pas exception à cette règle, surtout dans la région qui nous occupe. Les historiographes liégeois, en effet, ne sont qu'exceptionnellement des hommes de guerre professionnels et si même leur expérience personnelle les a mêlés, parfois, à des combats, leur science en la matière est toute d'empirisme et paraît bien ne rien devoir à la lecture de traités contemporains, de diffusion trop limitée, ou encore de l'œuvre de Végèce, pourtant largement répandue. Un minimum d'instruction livresque leur eût peut-être permis de disposer d'un vocabulaire plus spécialisé. Fait caractéristique en tout cas, ces auteurs n'attribuent jamais non plus l'inspiration d'une entreprise ou d'un fait militaire, dans le chef de son promoteur, à l'enseignement d'un ouvrage didactique (^). (l) L'influence de Vegèce en matière militaire n'est guère perceptible au pays de Liège. Et cependant, le succès des Epitoma rci militaris (fin du IVe siècle P. C.) fut considérable au Moyen Age ; cfr W. Erben, Kriegsgeschichte des Mittelalters, Munich-Berlin 1929, p. 58-66; A. R. Neumann, Publius (Flavius) Vegetus
Renatus, in Paulys Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, supplément t. X, 1965, col. 995-999. — Jean de Hocsem, qui connaît Végèce, ne le cite pas une seule fois à propos des événements militaires qu'il rapporte
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Dès lors, si nous ne voulons pas courir le risque d'appauvrir notre connaissance d'un passé qui souffre d'un défaut d'expression, nous devons nous résoudre, chaque fois que les faits historiques l'autorisent, à user d'un langage plus approprié. La crainte des anachronismes ne peut nous condamner à la paraphrase stérile des auteurs anciens. C'est précisément l'intérêt d'une étude de ce genre que de montrer la persistance, dans des circonstances données, de réflexes et de procédés militaires permanents. Un mot maintenant de la conception qui nous a guidé dans l'élaboration de l'ouvrage. Ce n'est pas celle de l'histoire-bataille, que nul historien ne songerait sérieusement à défendre aujourd'hui. Bien mieux, si la guerre ne résume pas l'histoire nous sommes également convaincu que les actions militaires au sens strict ne suffisent pas davantage à rendre compte de la guerre elle-même. A côté de cette « trame continue de faits tactiques » (x) dont Jean Norton Cru dénonçait l'illusion avec tant de véhémence, il y a une place à faire à d'autres circonstances, également déterminantes. Les données humaines sont de celles-là.
Difficilement quantifiables, il est vrai, mais tout au moins saisissables à travers les institutions politiques et sociales, elles sont présentes jusque dans les opérations guerrières les plus routinières. II est normal de chercher à connaître les « grands principes de base » (2) de l'art militaire d'antan mais on ne peut perdre conscience du caractère abstrait de ces schémas, dont la réalisation dépend, en dernière analyse, de la volonté des hommes qui en sont les exécutants. Ce n'est qu'en tenant compte de la conjoncture totale d'une époque que l'on peut arriver, en mesurant le poids des diverses composantes, à se faire une idée exacte et nuancée de l'art militaire que l'on y pratiquait. C'est une façon, en tout cas, de déceler, dans la prétendue liberté du grand mais bien pour appuyer une digression en matière politique et sociale ; encore, le passage emprunté à l'écrivain latin n'est-il lui-même qu'une transposition de la « Politique » d'Aristote ! Cfr Jean de Hocsem, p. 15 sv. et le commentaire de M. F. Vercauteren, Luttes sociales..., p. 109. Seul, Anselme de Liège fait exception en ce qu'il se pique de comparer les méthodes d'approvisionnement militaire instaurées par l'évêque Wazon à celles des Romains mais il ne cite pas sa source ; Anselme, p. 223 (« antiquo Romanorum more »). (') Jean Norton Cru, Du témoignage, 3 e éd., Paris 1930, p. 37. (2) Cfr la définition et l'exposé méthodologique d 'E. Velghe, Introduction à l'étude de l'hisioire militaire, in L'Armée — La Nation, août 1950, p. 17-23.
PRÉFACE
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capitaine, les limites imposées par un certain déterminisme et dans l'enchaînement apparemment inéluctable des procédés tactiques le rôle multiforme du hasard. Nous tenons à témoigner notre vive reconnaissance à la Classe des Lettres de l'Académie Royale de Belgique, à laquelle cette étude doit d'avoir reçu les honneurs de la publication dans la série des Mémoires, ainsi qu'à ses commissaires, MM. les Professeurs Fernand Vercauteren, Léopold Génicot et Félix Rousseau, auxquels nous sommes redevables d'un certain nombre d'améliorations que l'examen de l'exposé de nos recherches leur a suggérées.
Notre particulière gratitude s'adresse à notre Maître, M. Fernand Vercauteren. Apres avoir suivi son enseignement à l'Université de Liege et reçu de lui notre formation de médiéviste, nous n'avons cessé depuis de bénéficier de ses conseils éclairés et de ses
directives scientifiques qui sont pour nous un guide stimulant dans le domaine de la recherche historique.
C'est aussi un agréable devoir que de remercier M. André Joris, Chargé de cours associé au Séminaire d'Histoire médiêvale de l' Universitê de Liège. L'intérêt amical qu'il a porté à l' élaboration de ce mémoire et l'exemple de sa méthode sûre ont étê pour nous un indéfectible soutien. Nos remerciements vont aussi à tant d'autres personnes, qui voudront bien nous excuser de ne point citer leur nom ici. Toutes, à des titres divers, ont grandement contribué à la bonne conduite de cette recherche.
PREMIÈRE PARTIE
Aperçu de l'art militaire dans la seconde moitié du Xe et au XIe siècles
1. INTRODUCTION
Ce n'est pas tant la rareté de la documentation que son indigence qui nous a conduit à rassembler en un seul chapitre préliminaire les renseignements que contiennent les sources liégeoises sur la vie militaire dans le diocèse mosan avant le XIIe siècle. Cette pauvreté tient à la mentalité des gens de cette époque et forcément à celle des historiographes d'alors. Ceux-ci, des clercs, écrivaient dans un but apologétique pour témoigner de la foi qui les animait ou glorifier les hommes et les institutions qui en étaient les promoteurs. Dès lors, les faits militaires ne pouvaient venir au premier rang de leurs préoccupations, à moins qu'ils ne fussent l'occasion d'édifier le lecteur. Ce point de vue explique que nombre de récits de batailles, quand il ne s'agit pas d'une simple mention annalistique, font une large part à un finalisme facile et au merveilleux là où l'esprit moderne chercherait une description objective et une explication logique. Ainsi le récit de l'attaque de l'abbaye de Lobbes par les Hongrois (955), un des plus circonstanciés du genre pourtant et visiblement basé sur le rapport de témoins oculaires, foumit le prétexte à l'abbé Folcuin pour rapporter un miracle qui tourna à la confusion des « suppôts de Satan ». Du même coup, ce raccourci hagiographique nous dissimule à tout jamais les raisons véritables du retrait des assiégeants (x) . De même, le chanoine qui écrit la « Geste des évêques de Cambrai » voit dans la mort et la défaite à Florennes (12 septembre 1015) de Lambert, comte de Louvain,
grand ennemi de l'Église impériale, un signe de la volonté de Dieu. Au lieu de retracer les phrases de la bataille, il s'attarde à conter un prodigieux miracle qui causa la perte de Lambert, coupable d'un recel sacrilège de reliques (2). [l) Folcuin, p. 65-67. L'expression « socii Sathanae » se trouve p. 65.
(г) Gesta episcoporum Cameracensium, p. 469-470. La perte des reliques qui devaient le rendre invulnérable se produit « ex Dei voluntate ».
38 APERÇU DE L'ART MILITAIRE, SECONDE MOITIÉ DU Xe SIÈCLE Le même chroniqueur consacre un passage assez étendu à l'expédition du duc de Basse-Lotharingie, accompagné de l'archevêque de Cologne et des évêques de Liège et d'Utrecht, contre le comte de Frise Thierry II (1018). Mais le seul épisode qu'il retienne de la participation liégeoise est la mort de l'évêque Baldéric II, annoncée par un sinistre présage : lors du passage du prélat à Maestricht, l'autel surmontant la crypte qu'il avait fondée en l'église Notre-Dame se serait écroulé (« Hinc ergo malum omen multi opinabantur... »). A nouveau, lorsqu'il relate la défaite finale des Lotharingiens à Vlaerdingen (29 juillet 1018), foin d'explications : c'est une voix diabolique qui aurait provoqué la panique des vaincus en les incitant à la fuite (*). Par contre, il faut reconnaître que sous la plume du même historiographe, la narration de la bataille de Hougaerde (10 octobre 1013) échappe au piège facile de l'affabulation et il en va de même du récit qu'en donne parallèlement le moine de SaintJacques, auteur de la « Vita Balderici » (2). Mais hélas pour nous, aucun des deux auteurs ne s'intéresse aux détails du déroulement de cet affrontement mémorable et nous devons nous résoudre
à ne connaître que des généralités. Pourtant si les textes des contemporains ne nous facilitent
pas la tâche, ils n'en renferment pas moins certains indices suggestifs de l'aspect militaire véritable des faits. Ce sera notre souci que de tenter d'arracher aux documents ce qu'ils ne se préoccupent guère de nous dire expressément. La période qui s'étend depuis la fin des invasions hongroises jusqu'à la première
Croisade c'est-à-dire entre la bataille du Lechfeld (10 août 955) et la prise de Jérusalem (15 juillet 1099) vit s'affirmer la destinée politique du diocèse de Liège dans le Saint Empire. Mais les grandes familles des marches de la Francia Orientalis se plièrent souvent de mauvais gré à cette puissance grandissante et, fréquemment, s'y opposèrent par les armes. C'est alors que la
volonté des empereurs germaniques, les faveurs de l'Église impériale et la rudesse des mœurs engendrèrent des chefs d'une envergure telle que la principauté de Liège, qui en connut peu f1) Ibid., p. 471. (2) Ibid., p. 467-468 ; Vita Balderici, p. 727-728. Sur la valeur de ces témoi-
gnages, cfr Ch. Lays, Étude critique sur la Vita Balderici episcopi Leodiensis, Liège 1948, p. 100 à III.
INTRODUCTION
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de semblables par la suite, en conserva à jamais un souvenir exalté : un Notger (« Notgerum Christo, Notgero caetera debes »), un Wazon (« Ante ruet mundus quam surgat Wazo secundus ») (г), un Théoduin qui reçut l'hommage du comté de Hainaut, Henri de Verdun le Pacificateur, Otbert qui acquit la terre de Bouillon au chef de la première Croisade. Devant la turbulence des dynastes lotharingiens, ces évêques apparaissent durant les luttes féodales et la querelle des Investitures (2), comme des champions de la stabilité, de l'ordre et de l'autorité en vertu de l'obéissance qu'ils doivent à Otton le Grand et à ses successeurs. Ces circonstances ont fortement
marqué de leur empreinte l'histoire militaire liégeoise à ses débuts. Elles expliquent comment une simple principauté territoriale, et non des plus grandes, fut parfois amenée à jouer un rôle à l'échelle d'un empire.
(') Cfr G. Kurth, Notger de Liège et la civilisation au Xe siècle, 2 vol., ParisBruxelles-Liège, 1905 ; J. Closon, Wazon, évêque de Liège (1042-1048), in C.A.P.L., 28 (1937), p. 56-70; F. L. Ganshof, Note sur le rattachement féodal
du Hainaut à l'Église de Liège, in Miscellanea Gessleriana, Anvers 1948, p. 508521 ; H. Vander Linden, Le Tribunal de la Pai.. de Henri de Verdun (1082) et la jormation de la principautê de Liège, in Mélanges H. Pirenne, t. II, Bruxelles 1926, p. 589-596 et A. Joris, Observations sur la proclamation de la trêve de Dieu à Liège à la fin du XIe siècle, in Recueils de la Société Jean Bodin, t. XIV : La Рагл, Bruxelles 1962, p. 503-545 ; R. Deprez, La politique castrale dans la principauté êpiscopale de Liège du XIe au XIVe siècle, in M. A., t. 65 (1959), p. 506-507.
( 2) Cfr A. Cauchie, La querelle des Investitures...
2. LA STRATÉGIE OBSIDIONALE
Pour rechercher l'origine de la stratégie qui prédomine dans le diocèse de Liège, comme d'ailleurs dans toute la Lotharingie, à partir du milieu du Xe siècle, il faut remonter aux invasions normandes. Celles-ci, une fois passées les premières années de stupeur et de désarroi, ont engendré dans le chef des autorités publiques puis des particuliers un véritable complexe obsidional caractérisé par une fièvre de travaux de fortification : construction de châteaux, d'églises et de cimetières fortifiés, mise en état de défense des villes, des abbayes, des moulins, des ponts... Ce réflexe de défense s'avéra largement efficace car les moyens d'attaque étaient alors trop faibles pour venir normalement à bout des places-fortes, ce qui resta le cas pendant plusieurs siècles.
Cette infériorité de l'offensive engendra une stratégie essentiellement défensive. Chaque contrée se hérisse de points forts qu'il faut conquérir pied à pied. Cela exige une armée nombreuse et bien équipée, prête à entreprendre de longues opérations, conditions rarement réalisables alors.
La guerre devient fastidieuse. coûteuse et décourageante. En conséquence, elle doit souvent se limiter à des opérations de détail et se terminer par des négociations et des compromis. De si faibles moyens, encore restreints par la manie obsidionale, ne pouvaient aboutir à des réalisations de grande envergure. L'habitude, acquise pendant les attaques des Normands, s'implanta solidement. Elle ne fit que s'accentuer, comme en atteste officiellement l'édit de Worms de 926, durant les invasions hongroises, qui firent renaître les anciennes terreurs. Quant à la bataille rangée, on l'évite autant que possible parce qu'elle demande une concentration de troupes importante, difficile à réaliser, et qu'elle entraîne des pertes humaines beaucoup plus élevées qu'au cours des sièges ou des opérations de razzia (^). (') Cfr F. Vercauteren, Comment s'est-on dêfendu, au IXe siècle dans l'empire franc contre les invasions normandes, p. 1 17-132. F. Lot, L'art militaire et les
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Les Liégeois, qui eurent 300 tués, en plus des blessés et des prisonniers, à Hougaerde (1013), considérèrent cette défaite comme une véritable catastrophe nationale ('). Deux ans plus tard la bataille de Florennes, où périt le comte de Namur, se solda encore par le trépas de quelque 400 hommes (2). Pour apprécier l'ampleur de ces pertes, — que la triste réalité de notre époque pourrait nous porter à considérer comme négligeables, — il faut tenir compte des effectifs engagés, relativement faibles et de la qualité des combattants, pour la plupart de rang élevé, montés et bien armés, comme nous le dirons ci-après. La guerre aux Xe et XI e siècles est donc avant tout une guerre de harcèlement et, dans la mesure où les moyens techniques le permettent, une guerre de sièges. Les annales liégeoises fournissent de nombreuses illustrations de ces principes fondamentaux. Partout le besoin de rallier un point fortifié se fait sentir en cas d'invasion. En 880, les religieuses de l'abbaye de Moorsel, près d'Alost, fuyant les Normands, seraient venues se réfugier au castrum de C-hèvremont avec les reliques de sainte Gudule. Les moines de Stavelot, aux prises avec les mêmes difficultés, les imitèrent douze ans plus tard ( 3). D'après la tradition, la peur des Hongrois chassa les religieux de l'abbaye de Fosse, dépourvue de fortification, vers les rochers de Frênes qui, dominant la vallée de la Meuse, offraient aux fuyards la protection de leur escarpement, d'un antique poste de guet et de deux cavernes ( 4). Le cas de Lobbes est plus typique armées..., t. II, p. 446-449 (« La tactique défensive »). C. Erdmann, Die Burgenordnung Heinrichs T, in Deutsches Archiv, 1943, p. 59-101. (') Voir principalement la Vita Balderici, p. 727-728, probablement composée entre 1050 et 1060 d'après la tradition orale ; cfr également les Gesta Episcoporum Cameracensium, p. 467-468, œuvre de la première moitié du XI e siècle. — Cfr Ch. Lays, op. cit., p. 100 à 111 et J. Vander Velpen, De slag bij Hoegaarden, anno 1013, in Eigen Schoon en De Brabander, t. 39 (1956), p. 81-95. — L'Obituaire de Notre-Dame de Huy fait mention du décès à Hougaerde de l'avoué de Huy et de plusieurs autres ; cfr A. JoRis, Remarques sur les clauses militaires, p. 301 n. 4.
(2) Annales S. Jacobi Leodiensis minores, p. 9 ; Gesta episcoporum Cameracensium, p. 469-470 ; Gonzon, Ex miraculis S. Gengulfi auctore Gonzone abbate Florinensi, p. 794. (3) M. J osse, Le domaine de Jupille..., p. 39-41. (4) Helin, Miracula S. Foillani, p. 418 (œuvre écrite vers 1100). E. del Marmol, Frf.nes près de Profondeville, in A. S. A. N., t. 2 (1851), p. 333-340.
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encore car l'histoire des malheurs de cet établissement religieux est intimement liée au contexte politique du diocèse de Liège. Avant la fin du Xe siècle, cette abbaye n'était pas fortifiée et lorsqu'un danger survenait, comme par exemple en 879 lors de l'invasion normande, les moines l'abandonnaient purement et simplement pour aller chercher refuge en leur « castrum munitissimum » de Thuin, situé à 3 kilomètres de distance. Mais le comte de Hainaut Régnièr III qui y voyait un poste ennemi avancé, susceptible de recevoir des troupes liégeoises, le détruisit. Si bien qu'au moment de l'invasion hongroise de 955 les moines de Lobbes se virent privés de leur refuge habituel. II y eut bien une tentative de restauration de la forteresse mais les chevaliers commis à cette mission furent empêchés de la mener à bien par le même Régnier. La suite des événements est caractéristique et rappelle trop bien ce qui se produisit bien souvent au siècle précédent en Francie occidentale. Pas une seule force organisée n'ose s'opposer aux hordes magyares. C'est ce que Folcuin de Lobbes, un contemporain, exprime par la phrase : « nulla exstante fiducia in re militari ». L'aristocratie militaire lotharingienne en effet se terre dans ses fortifications, réflexe automatique que l'on retrouvera moins d'un siècle plus tard lorsque l'évêque Wazon entreprendra d'extirper une rébellion. Les moines tentent alors de racheter le pillage de l'abbaye en chargeant un des leurs de remettre 200 sous aux envahisseurs. Ceux-ci acceptent mais les religieux, qui se méfient tout de même, mettent une partie de leur « trésor » en sûreté dans une certaine place-forte et conservent l'autre en l'église abbatiale, où repose le corps de saint Ursmer. Eux-mêmes, accompagnés de leur familia, s'établissent à pro-
ximité du sanctuaire, sur la plus haute place du monastère, et se retranchent tant bien que mal au milieu d'un rempart de charrettes et de matériaux divers. L'attaque tant redoutée se produisit le 2 avril. Elle échoua et le récit qui nous en conserve le souvenir attribue la retraite des assaillants à l'inter-
vention miraculeuse de Dieu et du saint patron. II y eut des victimes et de sérieux dégats par le feu mais Lobbes ne fut pas détruite. Plus tard, l'évêque Notger (972-1008) reconstruira le castrum de Thuin non seulement pour renouer avec la tradition des moines de Lobbes (in protectionem Lobiensis ecclesia) mais
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pour doter la frontière occidentale de son diocèse d'une place forte (in defentionem marchie episcopalis) (x). Ceci nous amène à parler de ce que l'on a appelé la « politique
castrale » des évêques de Liège. Ceux-ci en effet, à partir d'Éracle (959-971), se sont efforcé de matérialiser leur dominium temporel par l'acquisition ou l'érection systématique de place-fortes, dont un grand nombre situées aux frontières. Ce souci stratégique, né au Xe siècle, restera une constante de la vie militaire liégeoise pendant tout le Moyen Age (2). Ces forteresses seront surtout, à l'origine, des établissements ecclésiastiques fortifiés, on ne saurait assez le souligner, puis, à partir du XIe siècle, des châteaux et des enceintes urbaines. Le cas de Lobbes et de Thuin a êté
évoqué ci-dessus. L'abbaye de Fosse est remparée en dur par Notger. Le grand bâtisseur articule le tracé de l'enceinte de Liège sur trois ëglises en pierre : Saint-Servais, Saint-Martin dont il couvre le cloître par un triple fossé et le renforce d'un mur avec des tours et des barbacanes, Saint-Denis enfin qu'il fonde et bâtit pour défier les assauts ( 3). Rappelons également que Huy et Dinant n'avaient pour toute fortification, à l'origine du moins, que les « encloîtres » de leur collégiale. Ce n'est que postérieurement, au plus tard dans la première moitié du XIe siècle, qu'elles s'adjoignirent un château sur l'éperon rocheux dominant l'agglomération ( 4). Dans le plat pays, nombre d'églises et de lieux consacrés par le culte assumèrent aussi, quoique plus modestement, un rôle défensif et il est probable que certains furent conçus d'emblée comme des « Wehrkirchen » (5). Toujours est-il que les impératifs militaires prennent souvent le pas sur la fonction religieuse au point qu'au XI e siècle les Conciles excluent du bénéfice de la Paix de Dieu les églises fortifiées ou tenues par des brigands. C'est même dans le but de faire respecter cette Paix que l'évêque Henri de Verdun donne l'assaut, en 1086, à la tour du monastère de
(x) G. Kurth, op. cit., t. I, p. 175-176 ; Folcuin, p. 61, 65-67. (2) R. Deprez, op. cit., p. 501-538. (3) G. Kurth, op. cit., t. I, p. 178-179, 147-151. (4) Cfr A. JoRis, La ville de Huy au Moyen Age, p. 102-103 I J- Gaier-Lhoest, L'évolution topographique de la ville de Dinant au Moyen Age, p. 36-37 et 30 n. 7.
(5) Pour plus de détails sur les églises fortifiées nous renvoyons à notre étude : La fonction stratégico-défensive du plat pays au Moyen Age dans la région de la Meuse moyenne, p. 754-763.
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Saint-Trond et qu'il punit ses défenseurs de la pendaison ou de l'amputation de la main droite ('). Les fortifications d'origine laïque acquièrent également une grande importance : Mirwart, Waremme, Bouillon, Couvin, Clermont... Ces places contribuent à renforcer l'autorité épiscopale et la puissance militaire du pays et c'est à raison pensons-nous qu'on a pu les considérer, non plus uniquement comme cet instrument d'oppression, qu'y voyait le Siècle des Lumières, mais comme un élément positif de sécurité (2). L'appréciation est évidemment toute autre si l'on envisage les fortifications privées que les féodaux construisent partout pour affirmer leur puissance aux dépens de celle de l'évêque, encore que ces châteaux aient eux aussi contribué à donner à la stratégie du temps ce caractère passif et obsidional. Dans ces conditions, il n'y a rien d'étonnant" à ce que presque toutes les actions militaires de l'époque se limitent à des sièges ou finissent par y aboutir. Nous rappellerons, pour le Xe siècle, les échecs réitérés des armées impériales devant la forteresse de Chèvremont.véritable bastion de l'insubordination lotharingienne ( 3). Notons aussi que la lutte qui se termina par la bataille de Hougaerde (1013) eut pour enjeu l'érection d'une fortification de frontière. L'évêque Baldéric avait en effet entrepris la construction, sur son alleu de Hougaerde, d'un castrum, vraisemblablement une motte. Lambert de Louvain, son parent, considérant cet ouvrage comme une menace pour son comté, s'opposa à l'achèvement des travaux et déclencha contre la principauté une série de raids dévastateurs. L'évêque hésite à prendre des sanctions mais les doléances de ses sujets le poussent finalement à excommunier le comte de Louvain tandis que ses vassaux, convoqués en conseil sur le point de décider de quelle façon on mettrait un terme aux incursions ennemies, se montrent peu enclins à prendre les armes. Mais finalement, la promesse d'une solde aidant, l'expédition est décidée. (') P. Timbal Duclaux de Martin, Le droit d'asile, Paris 1939, p. 162 sv. ;
A. JORis, Le plus ancien verdict de la Paix de Liège : la condamnation d'Aubert le manchot (1086), p. 42 sv. (2) R. Aubenas, Les châteaux-forts des Xe et XIe siècles, p. 548-586 et spécialement p. 564-577· (3) Cfr M. Josse, op. cit., p. 41-44.
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Elle se termina par l'échec que l'on sait mais, faut-il le dire, la victoire des Brabançons n'eut rien de décisif sur le plan poli-
tique. Ce qu'il faut retenir, c'est la réticence à l'égard de tout affrontement direct (*). Sur la bataille de Florennes (12 septembre 1015) nous ne nous étendrons guère puisqu'il ne s'agit pas d'un fait proprement liégeois mais nous dirons tout de même notre impression, — elle ressort de la lecture d'un texte contemporain et du lieu-même de rencontre, — que l'enjeu de la partie était peut-être l'occupation militaire du monastère fortifié de Florennes (2). En 1047 et 1048, la lutte entre l'évêque Wazon et les grands féodaux soutenus par le duc de Basse-Lotharingie ne donne lieu à aucune bataille rangée. L'évêque se cantonne d'abord dans la défensive et axe sa résistance sur les places de Liège et de Huy. Lui rnême reçoit le conseil de se retirer dans cette dernière ville, qui a l'avantage d'un « castellum situ loci munitissimum ». Godefroid le Barbu entre en campagne mais rebrousse chemin, découragé par ces obstacles fortifiés. Avec des moyens puissants pour l'époque, l'évêque s'emploie alors à réduire l'un après l'autre les châteaux des rebelles par des travaux de siège tout en empêchant le duc de leur porter secours ( 3). Plus tard, sous Théoduin, lorsque la guerre éclate avec le comte de Flandre, les seuls faits saillants que les annales du temps ont retenus sont encore des prises de places fortifiées : Thuin et Huy, incendiées par Baudouin V et son fils en 1053 ( 4). Dans cette perspective stratégique se situe également le conflit entre le comte de Flandre Robert le Frison et Baudouin II de Hainaut Í1) Cfr supra n. i, p. 41. La Vita Balderici, p. 727, 1. 21, qualifie les chevaliers du comte de Louvain de milites, magis rapinae aptos quam miliciae. — Le fait que les travaux de Hougaerde aient débuté par le creusement des fossés et la date reculée de l'événement suggèrent l'érection d'une motte, construc.tion en bois juchée sur un monticule artificiel élevé au moyen de terres de déblai. Ce serait donc la plus ancienne mention écrite de ce genre d'ouvrage fortifié, antérieure même à celle de la motte de Montglonne (Anjou), construite vers 1030 ; cfr J. F. Fino, Forleresses de la France mádiévale, p. 10g. — La bataille de Hougaerde connut, au niveau tactique, un prolongement de ce réfiexe obsidional sur le plan stratégique : le comte d'Ename, voyant la partie perdue, se réfugia dans l'église Saint-Gorgone ; Gesta episcoporum Cameracensium, p. 467-8. (2) Gonzon, Ex miraculis S. Gengulfi, p. 794. Gonzon, qui était le frère de l'évêque Wazon et abbé de Florennes, rédigea ses « Miracles » avant 1050. —
Cfr supra, n. 2, p. 41. (3) Anselme, p. 222-223. — Cfr A. JORis, La ville de Huy, p. 107. (4) Ibid., p. 108. — A nnales S. Jacobi Leodiensis minores, p. 11.
Ф APERÇU de l'ART MILITAIRE, SECONDE MOITIÉ DU Xe SIÈCLE lorsque la « munitio » de Wavrechain, — une simple palissade entourée de fossés, occupée par 300 chevaliers, — put un moment tenir en échec la puissance hennuyère et quand seule une attaque par surprise dirigée tant par le comte de Hainaut que par son puissant seigneur de Liège parvint à neutraliser cette redoute f 1). Enfin, pour clôturer une suite d'exemples qui pourrait être plus longue encore, nous mentionnerons la sédition de Saint-Trond de 1086, qui se termina par le siège de la tour fortifiée du monastère (2).
f1) Gislebert de Mons, p. 15-16.
(2) Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, t. I, p. 36-43, 48.
3. LA TACTIQUE
Les chroniqueurs, nous l'avons vu, sont si avares de mots qu'il faut renoncer à se faire une idée précise de la tactique employée dans la région mosane aux Xe et XI e siècles. Néanmoins il est possible de dégager à grands traits la physionomie des armées liégeoises à cette époque. La force militaire essentielle jusqu'à la fin du XI e siècle est incontestablement, à Liège autant qu'ailleurs, la cavalerie. En cas de conflit, à de très rares exceptions près dont nous reparlerons plus loin, il n'est question que de milites, c'est-à-dire de combattants à cheval pourvus d'armes offensives (principalement la lance et l'épée) et défensives (le casque, la cotte de mailles et le bouclier). Ils jouissent d'ailleurs d'une position sociale élevée sinon d'un statut juridique privilégié. Les liens vassaliques, ceux de leur parenté et la puissance des armes leur confèrent un énorme prestige qui contraste avec l'humilité du « troupeau inepte, bon pour l'agriculture, non pour la guerre » dont se gausse le chroniqueur Lambert de Hersfeld (^). Leur aspect est celui dont le Christ triomphant du pignon de la châsse de saint Hadelin (vers l'an iooo), les guerriers du bénitier d'Aixla-Chapelle (voir figure i) ou les chevaliers normands de la broderie de Bayeux nous restituent l'image. Au sujet des effectifs de la milicia liégeoise, un curieux document datant vraisemblablement de 981 nous fournit quelques ( l) Citation reprise par F. Lot, L'art militaire..., t. II, p. 146. — L'importance des liens de parenté qui l'unissent à des ennemis de son suzerain se manifeste dans l'attitude de Baldéric II à l'égard du comte de Louvain (1013) et du comte de Frise (1018) ; cfr Lays, op. cit., p. 104, 132. — Des partisans de l'abbé Lupon, qui tiennent garnison dans la tour de Saint-Trond, Rodulphe dit qu'ils étaient : « multarum in corpore et parentela virium » ; Chronique Saint-Trond, t. I, p. 39. On sait en tout cas que certains d'entre eux ont bénéftcié de l'appui du duc de Limbourg, du comte de Duras, du comte de Flandre et même du comte de Looz puisque c'est à lui et non à l'évêque qu'ils rendent la fortification ; cfr A. JORis, Le plus ancien verdict de la Paix de Liège, p. 37, 41 n. 5.
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précisions. II s'agit du relevé des loricati lotharingiens, franconiens, souabes et bavarois convoqués pour une expédition en Italie au service de l'empereur Otton II. Ferdinand Lot, qui s'est intéressé, parmi d'autres, à cet « indiculus », a avancé l'hypothèse pertinente selon laquelle il ne concernerait que des contingents appelés en renfort (2080 ou 2090 cavaliers) et que par conséquent il n'aurait pas de valeur représentative en ce qui concerne l'ensemble des forces militaires impériales. Cette réserve mérite considération mais pour notre part, nous nous bornerons, dans l'intérêt du sujet qui nous occupe, à retenir la seule valeur relative du document puisqu'aussi bien il ne fait aucun doute que la « pyramide féodale » ne mettait à la disposition du suzerain qu'une très petite partie du potentiel militaire réel de ses grands vassaux.. Or on constate que les 60 loricati de l'évêque de Liège constituent un des plus forts parmi les cinquante et un contingents que les archevêques, évêques, abbés, ducs, comtes et grands laïques envoient à Otton II. En fait quatre seulement de ces contingents l'emportent nettement sur celui de Liège : ceux des archevêques de Mayence et de Cologne et ceux des évêques de Strasbourg et d'Augsbourg, avec chacun 100 cavaliers. Cinq autres régions le surpassent de peu : les archevêchés de Trèves et de Salzbourg et l'évêché de Ratisbonne ainsi que le duché d'Alsace avec 70 hommes, l'abbaye de Reichenau avec 65 recrues. Tous les autres ecclésiastiques ou laïques sont ou égaux ou inférieurs en effectifs. On peut donc en conclure qu'à la fin du Xe siècle, l'évêché de Liège était un des plus puissants parmi les fiefs d'empire de moyenne importance (*). Pour retrouver, dans l'historiographie liégeoise, un document de pareille portée, il faut attendre près d'un siècle mais c'est pour aboutir à nouveau à de semblables conclusions. En effet, la notice rédigée en 1076 à la suite de l'inféodation du comté
de Hainaut à l'Église de Liège et qui consigne les obligations respectives du vassal et du seigneur, stipule que l'évêque de Liège doit pouvoir fournir au comte un auxilium de 500 chevaliers trois fois par an pendant quarante jours. II s'agit ici d'un chiffre (') Indiculus loricatorum Ottoni II in Italiam mittendorum, éd. L. Weiland, M. G. H„ Constitutiones, t. I, Hanovre 1893, p. 633. Cfr F. Lot, op. cit., t. II, p. 159-160.
LA TACTIQUE
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théorique encore qu'il implique forcément la présence dans la principauté d'un nombre plus élevé encore de combattants. En d'autres termes, on arrive facilement, pour la seconde moitié du XIe siècle, au chiffre de 700 milites qui se maintient aux XIIe et XIIIe siècles, comme nous le verrons ci-après (^). Cependant, si la suprématie de la cavalerie est alors incontestable et toujours incontestée, il semble qu'une certaine place doive déjà être faite à partir du XI e siècle, à l'infanterie liégeoise. La présence de gens de pied dans les armées composées de cavaliers n'a jamais cessé d'être indispensable fût-ce en raison des services nombreux que l'aristocratie militaire continuait d'attendre de sa valetaille en temps de guerre. Les manutentions diverses, les transports, la main-d'œuvre des travaux de siège devaient requérir nombre de bras. Mais la piétaille, dont le rôle auxiliaire allait de soi, ne jouait aucun rôle militaire actif et même si elle prenait les armes tout se passait comme si on ne lui attribuait aucune espèce d'importance tactique. Pourtant, dès les environs de 1050, cette situation est en train de changer au pays de Liège sous l'effet de conditions nouvelles c'est-à-dire grâce à l'essor des villes. Pendant la révolte des féodaux de 1047, Wazon, qui s'appuye sur sa capitale et sur la place de Huy, privé sans doute aussi du soutien de ses vassaux, travaillés par les menées du duc de Lotharingie, ordonne aux citadins de Liège de s'armer. L'armée qu'il emploie à détruire les fortifications des rebelles comporte d'ailleurs des milites gregarii (2). Dix-neuf ans plus tard, dans la charte de franchise qu'il accorde aux bourgeois de Huy, l'évêque Théoduin fait allusion aux milices de sa capitale autant qu'à celles de Huy, d'une façon qui ne fait aucun doute sur le recours régulier à l'infanterie de ces deux villes en cas de guerre nationale. De plus, le document de 1066 stipule que la garde du château de Huy sera assurée par les citadins pendant les vacances du siège épiscopal, autre concession qui, en raison de l'importance de cette forteresse-clé, est le sûr indice de la confiance relative
(*) La teneur de cette notice nous est connue par la chronique de Gislebert de Mons, p. 14. Cfr à ce sujet F. L. Ganshof, Note sur le rattachement féodal äu Hainaut à l'église de Liège, Miscellanea Gessleriana, 1948, p. 508-521. (2) Anselme, p. 222-223.
50 APERÇU DE L*ART MILITAIRE, SECONDE MOITIÉ DU X e SIÈCLE que l'élément roturier avait déjà su acquérir sur le plan militaire (*). Enfin, les événements qui eurent pour cadre l'abbaye et la ville de Saint-Trond en 1086 fournissent encore des exemples
de ce changement des habitudes militaires. Ils s'inscrivent sur l'arrière-fond de la Querelle des Investitures et trouvent leur occasion dans l'élection contestée du successeur de l'abbé Adé-
lard II. Le candidat impérial Lupon est excommunié par l'évêque de Liège mais ses partisans, que l'on nous dépeint comme des personnages influents, ne désarment pas : ils mettent la tour de l'abbaye de Saint-Trond en état de défense et l'occupent tandis que les bourgeois de la ville prennent fait et cause pour eux. Le 7 juillet 1086, l'évêque de Liège Henri de Verdun s'en vient attaquer ce foyer de rébellion. La ville était alors entourée d'un retranchement en terras-
sement et en charpente et l'abbaye, avec sa tour forte renforcée de hourds en bois constituait le réduit de l'ensemble défensif,
conformément aux principes de la castramétation du temps.
Le premier assaut échoua. Mais il suffit sans doute à amollir le courage des oppidani car le lendemain ceux-ci composent avec l'évêque et proposent de se rendre à merci. Seuls les défenseurs de la tour résistent de pied ferme. Mais les habitants de la localité voisine de Brustem, ennemis farouches
des Saintronnaires, profitent du moment d'accalmie qui accompagne les tractations pour fondre sur la ville, à l'insu de l'évêque, et y bouter le feu. Du même coup, les bourgeois reprennent les armes mais, pressés par le nombre, doivent chercher refuge dans le monastère. Ils y seront finalement rejoints et subiront une cuisante défaite.
Seule la garnison de la tour tint bon ; mais elle s'éclipsa à la faveur de la nuit en remettant la fortification aux mains du comte de Looz. De tous ces faits on retiendra ici le rôle militaire
important quoique malheureux des bourgeois de Saint-Trond, leur ardeur combattive intra muros et la violence de l'attaque
des Brustémiens qui, comme leurs ennemis, sont à pied. Enfin l'attitude conciliante de Henri de Verdun àl'égard des bourgeois est déjà l'annonce d'un comportement qui caractérisera les rapports des dirigeants liégeois avec leurs sujets et aussi l'indice (*) Cfr A. JoRis, Remarques sur les clauses miliiaives des privilèges urbains liégeois, p. 298-301, 306.
LA TACTIQUE
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d'un changement de facto extrêmement précoce dans le rapport des puissances (^). Bien entendu on ne peut pas encore parler, loin s'en faut, d'une mise en question de la supériorité tactique de la cavalerie. Pourtant l'historien, qui éprouve l'impérieux besoin de tout expliquer a posteriori, se plaira sans doute à discerner dans les quelques éléments dont nous avons fait
état le signe d'une force nouvelle qui déjà, — pour reprendre une formule qui fit fortune en d'autres temps, — aspirait à devenir quelque chose.
(r) Chronique Saint-Trond, t. I, p. 36-43, 48. — Cfr à ce sujet J. L. Charles, La ville de Saint-Trond au Moyen Age, p. 87-90, 144-145 ; A. Joris, Le plus ancien verdict de la Paix de Liège, p. 41-42.
4. LES MOYENS TECHNIQUES
Le peu que nous pouvons saisir de l'organisation militaire au XIe siècle reflète la pauvreté des moyens techniques mais aussi, déjà, il convient de le souligner, le souci d'efficacité et un certain effort d'organisation. Sur le plan de la logistique, la difficulté de réunir, de nourrir et d'acheminer une armée apparaît immense. Les déplacements se font habituellement par la route. Leur lenteur est inévitable lorsque l'approvisionnement régulier n'est pas assuré. Le récit de la traversée des Ardennes, de Liège à Verdun, en II 07, par une troupe de quelque 2000 chevaliers, que nous a laissé Raoul de Saint-Trond, est à ce point de vue particulièrement éloquent. U montre que ces cavaliers se sont déplacés à la vitesse moyenne de 20 kilomètres par jour, ce que le chroniqueur juge d'une lenteur excessive car il prétend qu'un voyageur ordinaire pourrait couvrir la même distance en deux fois moins de temps (г). Notons que les acheminements militaires, pour autant que le théâtre des opérations le permît, pouvaient également se faire par bateau. Ce fut le cas pour le contingent liégeois lors de la campagne contre Thierry II de Frise, dont l'affrontement final eut lieu près de l'embouchure de la Meuse, à Vlaerdingen (29 juillet 1018). Le recours à des embarcations, certainement des barques marchandes, postule une organisation assez développée pour assurer la préparation d'une expédition (2). On ne peut sans doute pas en dire autant des approvisionnements. Dans les armées féodales, les obligations découlant du contrat vassalique couvraient en principe les besoins aUmentaires des combattants, encore que cela n'implique pas nécessairement l'existence d'un service d'intendance régulier. On le voit bien (') Chronique Saint-Trond, t. I, p. 100-103. (2) Gesta episcoporum Cameracensium, p. 471 ; l'évêque s'embarque à Maestricht et meurt à Merwede (29 juillet 1018), entre Gorcum et Dordrecht.
LES MOYENS TECHNIQUES
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dans la notice rédigée à la suite de l'inféodation du comté de Hainaut où il est surtout question des frais de bouche à charge
du seigneur. Quant à l'approvisionnement proprement dit il n'est pas question de l'assurer mais simplement de le faciliter : le comte de Hainaut doit veiller à ce que l'évêque et ses troupes
puissent se procurer des vivres à un juste prix dans son comté et leur donne également le droit de fourrager librement ou de réquisitionner la nourriture des chevaux. Le document ne prévoit donc pas les cas où les vivres pourraient faire défaut, où les marchands ne se rendraient pas aux armées, et où la disette aurait démuni la campagne de céréales sur pied ou engrangées (J) ! Sans doute dans ces conditions le pillage systématique des contrées traversées, dont Raoul de Saint-Trond dénonce les excès,
n'était-il que trop fréquent (2) ! Cependant, une mention spéciale doit être faite d'une initiative de l'évêque Wazon au bénéfice de l'armée, composée à la fois de cavaliers et de fantassins, qu'il emploie à réprimer la révolte des féodaux du diocèse en 1047 : l'organisation d'un service quotidien d'intendance, le remboursement aux propriétaires des animaux comestibles réquisitionnés et l'interdiction de priver les paysans de leurs bêtes de trait. L'admiration du chanoine Anselme de Liège pour cette organisation trahit assez ce qu'elle devait encore avoir d'insolite au XIe siècle. A propos de l'apport journalier de vivres, il ne manque d'ailleurs pas de souligner qu'il était de règle dans les armées de l'ancienne Rome (3). Remarquons que cette innovation s'explique fort bien du fait que les troupes en question opéraient en territoire liégeois et qu'il convenait de ne pas astreindre la population à des
charges aussi insupportables que celles dont le brigandage en cours de répression l'avait précisément accablée. Comme nous le verrons par la suite, ce fut là un souci constant des autorités liégeoises. Les sources ne nous disent pratiquement rien du matériel
de transport et de génie utilisé. Seule l'étude des sièges permet (^) Gislebert de Mons, p. 14. (*) Chronique Saint-Trond, t. I, p. 100-103.
(3) Anselme, p. 223. — C'est la seule description d'un fait militaire dans l'historiographie liégeoise par référence à l'Antiquité. Cette coquetterie de lettré ne signifie évidemment pas que Wazon se soit inspiré de la pratique des Romains.
54 APERÇU DE L'ART MILITAIRE, SECONDE MOITIÉ DU Xe SIÈCLE
d'entrevoir les moyens technologiques dont disposaient alors les armées. Le cas de Chèvremont
Le plus grand événement de l'histoire militaire liégeoise entre les invasions hongroises et la bataille de Hougaerde a sans doute été la prise et la destruction du château de Chèvremont. Ce siège fit une telle impression que la légende eut tôt fait de s'en emparer et même de se substituer au simple récit des faits au point qu'il est devenu difficile de nos jours d'y voir clair. D'autres s'y sont essayé et nous nous bornerons ici à faire état des remarques que l'épisode nous inspire du point de vue strictement militaire (г). On sait qu'il existait une résidence fortifiée des souverains
carolingiens sur la colline de Chèvremont, à environ 8 kilomètres du lieu où devait se développer la cité de Liège. Ce château servit de lieu de refuge contre les Normands et devint même le point fort des révoltes successives qui secouèrent la Lotharingie contre les rois et les empereurs de Germanie au Xe siècle.
Le duc Gislebert y fut assiégé en vain en 922 par Charles le Simple et en 939 par Otton I er. En 960, alors qu'il était tenu par le comte Immon, un nouvel assaut ordonné par l'archevêque Brunon n'eut pas plus de succès. Le dernier siège signalé fut mené en juin 987 par les troupes et peut être en présence de la régente Théophano, veuve d'Otton II. On suppose qu'il était alors occupé par un vassal lotharingien révolté pendant la minorité d'Otton III. La correspondance de Gerbert semble indiquer que l'évêque Notger a été mêlé à cette action. Toujours est-il qu'il ne sera dès lors plus jamais question de la forteresse de Chèvremont. On sait qu'elle était en ruines au milieu du XIe siècle, moment où un chroniqueur attribue sa destruction à Notger, désireux de libérer sa capitale d'une présence fort menaçante (2). Cette J1) Le problème de l'existence et de la destruction du château de Chèvremont a été récemment repris de façon critique par M. Josse, Le domaine de Jupille.... p. 24-25, 38-50. Nous renvoyons le lecteur aux sources citées dans cet ouvrage, (2) D'après une ancienne tradition, tout évêque de Liège devait jurer, lors de son avènement, que jamais il ne relèverait les ruines de Chèvremont ; G. Kurth, Notger de Liège, t. I, p. 188.
LES MOYENS TECHNIQUES
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explication est d'autant plus plausible qu'elle replace l'épisode dans la ligne, par ailleurs bien connue, de la politique notgérienne. La seconde moitié du Xe siècle est l'époque où Liège commence à briller d'un éclat particulier sous l'impulsion de son chef et sous la protection des empereurs germaniques, qui voyaient dans cette expansion un moyen de faire pièce aux grands féodaux.
Si les dires du chroniqueur liégeois sont exacts, — et rien ne nous permet de les tenir pour erronés, — il faut sans doute
admettre que le siège ultime de Chèvremont fut celui de 987 et qu'il fut l'œuvre à la foi des armées impériales et de l'évêque de Liège. Mais en quoi cet épisode peut-il intéresser notre sujet puisque nous ignorons justement la façon dont la place fut prise ? Or précisément, une tradition liégeoise du XIIe siècle attribue la chute du nid d'aigle à un stratagème de Notger : celui-ci se serait emparé de la place après s'être introduit dans ses murs sous prétexte de venir donner le baptême au fils du châtelain. Cette version, qui ne manque pas de pittoresque, connut un énorme succès auprès de nombre d'historiens et de littérateurs et elle réussit si bien à s'intégrer à la légende du grand évêque qu'elle finit par éveiller la suspicion. Mais l'étude de la poliorcétique au Xe siècle nous ramène plutôt à cette explication et, faute d'autres éléments d'appréciation, nous engage à lui accorder le bénéfice du doute.
L'ensemble fortifié de Chèvremont défiait alors tous les moyens d'attaque connus. Deux auteurs au moins, et parmi eux le fameux Liutprand de Crémone, s'accordent pour déclarer qu'il en imposait autant par ses ouvrages que par son assiette naturelle. Une visite au site actuel de Chèvremont ne peut que confirmer cette affirmation. II s'agit d'un imposant éperon orienté Nord-Est — Sud-Est qui domine d'une centaine de mètres le cours de la Vesdre, en amont de Liège. Une succession de dépressions, au Nord le fond de Vaux-sous-Chèvremont, à l'Ouest la rivière, au Sud le vallon du ruisseau de la Casmatrie délimitent un
plateau aux parois abruptes bien propre à recevoir un ouvrage fortifié. Pour barrer l'accès de ce promontoire, il suffisait de le défendre à l'Est par un obstacle artificiel. Quant à la superstructure, des fouilles anciennes et d'autres en cours au moment ou nous rédigeons ces lignes ont révélé qu'il s'agissait d'une
56 APERÇU DE l'aRT MILITAIRE, SECONDE MOITIÉ DU Xe SIÈCLE enceinte en pierre, flanquée de tours qui englobait toute la surface utile de l'assiette.
Elle abritait une abbaye, une église et sans doute des habitations et un réduit défensif. En somme, il s'agissait d'un type de fortification courant au haut Moyen Age qui fait songer par exemple, pour autant que l'on puisse hasarder une comparaison, à la résidence de l'évêque de Trèves Nicet telle que nous la décrit le poète Fortunat au VIe siècle (*). Tout donne à penser que cette place était imprenable de vive force au Xe siècle.
On se souviendra d'ailleurs des sièges infructueux de 922, 939 et 960. Comment aurait-on pu s'y prendre pour s'en rendre maître ?
Les documents contemporains, soit narratifs soit iconographiques (enluminures) trahissent la grande pauvreté technique des méthodes d'attaque. On ne dispose d'aucun moyen pour détruire les fortifications à distance : les catapultes névrobalistiques, — quand leur mention n'est pas une réminiscence livresque de l'Antiquité, — n'ont que des effets anti-personnel et les machines à contrepoids ne sont pas encore en usage (2). Et même le seraient-elles que le promontoire de Chèvremont resterait hors de portée de leurs coups, comme le sera encore le château de Bouillon en 1141 ( 3). Seuls, les travaux d'approche sont efficaces. L'usage des mantelets et des galeries couvertes est connu ( 4). II permet de parvenir au rempart et de le saper ou de l'incendier avec un maximum de sécurité. Parfois, en l'absence de ce matériel, la manœuvre
l1) Cfr J.-F. Fino, op. cit., p. 104-105. ( 2) Sur la poliorcétique à cette époque, cfr ibidem, p. 23-24, 98-101 et fig. 18, 19, 20, 21, 42. La terminologie technique des auteurs anciens est si floue et le pédantisme littéraire si développé que les érudits modernes ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur le sens à attribuer à leur témoignage. En général, on estime, comme E. Sander, Der Belagerungskrieg irn Mittelalter, p. 99-110, que l'usage des catapultes antiques à ressort s'est perdu dès le haut Moyen Age mais on hésite quant à la date d'introduction des lithoboles à contrepoids en Occident ; cfr notamment K. Huuri, Zur Geschichte des Mittelalterlichen GeschUtzwesens..., p. 43-70.
(3) Cfr Annexe IV.
(4) Richer, t. I, p. 142 ; t. II, p. 132. II convient de tenir compte du fait que la chronique de Richer, pour les événements antérieurs à 969, n'est généralement qu'une amplification des Annales de Flodoard ; cfr Introduction, t. I, p. IX.
LES MOYENS TECHNIQUES
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de la tortue (x) suffit pour protéger les assaillants contre les projectiles légers dont on les accable. Vers l'époque présumée de la chute de Chèvremont, on sait que le roi de France Lothaire ordonna de construire une tour mobile d'au moins 40 pieds de haut qu'il fit placer sur des rouleaux et tirer par des bœufs jusqu'à ce qu'elle atteignît le rempart de Verdun assiégé (985). Cette « machina bellica » fit merveille à ce qu'il paraît et amena la reddition de la ville mais il faut dire que son emploi avait été rendu possible par les abords dégagés de la place. Les déboires de Hughes Capet au siège de Laon, trois ans plus tard, prouvent que ces lourds engins ne pouvaient être mûs en terrain accidenté ou en pente. Le fils de Hughes le Grand avait en effet fait mander un « ingénieur » pour construire un énorme bélier posé sur trois roues. Mais une fois montée, la machine dut être abandonnée
car on ne parvint pas à la pousser au sommet de la colline où se trouvait la ville (2). Dans ces conditions, on comprend que le nid d'aigles de Chèvremont devait être invulnérable. Reste le blocus. Mais pour qu'il soit efficace, il faut des forces d'investissement considérables.
Les effectifs fort maigres que l'on alignait habituellement à cette époque auraient-ils permis d'investir complètement unpérimètre de 2 à 3 kilomètres ? Nous ne le pensons pas. Dès lors nous serions enclin à accorder foi à la version de la ruse de Notger même si le récit du stratagème, devenu légendaire, ne doit pas être pris à la lettre (3).
Ce que nous savons de la poliorcétique liégeoise au XI e siècle ne nous permet pas de conclure que celle-ci ait accompli de grands progrès. Les relations de sièges sont rares il est vrai. La recherche de l'effet de surprise explique sans doute le succès des chevaliers liégeois et hennuyers qui réussirent à s'emparer du camp retranché de Wavrechain près de Valenciennes. Quant à la prise de Saint-Trond par les Brustémiens en 1086, on ne voit pas qu'elle mette en œuvre d'autres procédés que celui du percement direct du mur de l'atrium fortifié ou de l'incendie. On notera d'ailleurs que la tour-donjon du monastère (') Ibid., t. I, p. 282 ; t. II, p. 134. (*) Richer, t. II, p. 134-138 (p. 128 : ... civitas eo situ posita est ut a fronte planitie pervia meantibus accessum praebeat...) ; ibid., p. 178. (3) F. Lot, op. cit., t. I, p. 104-123 ; t. II, p. 142-148, 159-160.
58 APERÇU DE l'aRT MILITAIRE, SECONDE MOITIÉ du xe SIÈCLE
ne fut pas enlevée de haute lutte mais qu'elle se rendit de guerre lasse (^). Une mention spéciale, cependant, doit être faite de la campagne menée par l'évêque Wazon, en 1047-1048 pour réduire une à une toutes les fortifications de son diocèse où se tenaient les féodaux
révoltés. II s'agissait de châteaux de plaine ou assis sur des promontoires. On ne sait rien des opérations sinon qu'elles furent couronnées de succès.
Le chroniqueur attitré de Wazon évoque cependant un de ces sièges sans le situer géographiquement. Le repaire de « brigands » en question était un château entouré de fossés. Les approches furent facilitées par l'emploi de mantelets en c.layonnage. Les douves furent comblées avec des fascines et, fait nouveau, la place fut bombardée jour et nuit par une catapulte lançant des pierres (2), cependant que le prélat se répandait en prières et implorait le ciel de lui accorder la victoire, détail qui n'est certainement pas une figure de style de chroniqueur mais bien dans l'esprit du temps, où le sentiment religieux jouait un rôle primordial, aussi bien en matière militaire que dans d'autres domaines ( 3). Les secours envoyés par le duc furent vraisemblablement interceptés. Entretemps, la place se rendit et fut rasée. On ignore malheureusement quel fut le type de lithobole mis en œuvre ( 4) mais c'est sans doute la première mention d'artillerie de siège dans les armées liégeoises. On voit que l'évêque, devant la gravité de la situation intérieure, n'a pas hésité à recourir à de grands moyens, encore peu répandus de son temps. En résumé, les artifices techniques dont disposaient alors les armées Hégeoises se montrent très limités. Cependant ce handicap n'exclut pas un souci d'organisation qui ne fera que se préciser aux époques ultérieures. (') Gislebert de Mons, p. 14 ; Chronique Saint-Trond, t. I, p. 41-43, 48. (a) Anselme, p. 222-223. (3) Nous avons insisté sur la valeur militaire du sentiment religieux liégeois
dans notre article : Le rôle militaire des reliques et de l'étendard de saint Lambert dans la principauté de Liège, p. 238 et 239 principalement. (4) Cependant, l'usage de projectiles pondéreux que requiert la mise en batterie de cette catapulte contre le château semble indiquer qu'il s'agit déjà d'une machine à contrepoids.
DEUXIÈME PARTIE
Quelques aspects techniques de Forganisation militaire à partir du XIIe siècle
1. LES EFFECTIFS
Nous avons consacré récerament une étude approfondie au problème des effectifs militaires dans la principauté de Liège et dans le comté de Looz. II n'est donc pas question de nous étendre longuement ici sur cette question. Toutefois, afin de ne pas passer sous silence un chapitre aussi essentiel pour la compréhension du sujet, nous nous permettrons de reprendre brièvement les conclusions auxquelles nos recherches nous ont permis d'aboutir tout en renvoyant le lecteur, pour de plus amples détails, au travail original (] ) d'une part et à la première partie du présent ouvrage d'autre part. Qui fait la guerre au pays de Liège entre iioo et 1500 ? II n'y a pas d'armée permanente, hormis, dès le XIIIe siècle en tout cas, une petite force d'intervention représentée par les confréries d'hommes de trait (archers, arbalétriers puis arquebusiers). Mais ceux-ci ne sont pas destinés à fournir le cadre des troupes en temps de guerre car ils remplissent de par leur statut et de par leur armement des missions particulières. II faut donc recourir à l'appel sous les armes des sujets du prince, c'est-à-dire, en principe, de la noblesse féodale et de tous les habitants mâles âgés de 16 à 60 ans environ. Mais ce principe général souffre tant de dérogations qu'il est presque démenti dans les faits.
Pour des raisons économiques et matérielles d'abord. On sait que chaque homme, noble, bourgeois ou paysan, était tenu de fournir son propre équipement. Or, les armes ont toujours coûté fort cher au Moyen Age, ce qui rendait impossible à un très grand nombre de conscrits l'achat d'un armement individuel complet. De plus, celui-ci, conservé à domicile, subissait dégradation, aliénation, perte, vol. (l) C. Gaier, Analysis 0/ military Jorces in the principality oj Liège and the county oj Looz jrom the Iweljth to the fijteenth century, Studies in Medieval and Benaissance history, 2 (1965), p. 205-261 ; nous renvoyons une fois pour toutes à cet article.
02
ORGANISATION MILITAIRE λ PARTIR DU XIIe SIÈCLE
Si les nobles étaient généralement pourvus des instruments qui constituaient, en quelque sorte, leur raison d'être, il n'en allait pas du tout de même des roturiers. L'obligation, constamment rappelée par les autorités, de s'équiper et les exemples montrant que bien des gens y contrevenaient expliquent l'obligation de facto de recourir à un nombre restreint de recrues, bien infórieur au chiffre virtuel des mobilisables, mais dont
l'armement présente, cette fois, toutes les garanties souhaitées. Ce système, encore renforcé par celui du payement des contingents de marche pour la durée des opérations, finit par prévaloir dès le XIVe siècle.
La question des approvisionnements complique singulièrement le problème : les déplacements du train étaient si lents, les itinéraires si difficiles, que les convois de victuailles pour une troupe nombreuse entravaient la marche ou ne suivaient pas et que la nourriture pouvait venir à manquer ou à se détériorer. De plus, l'économie médiévale, essentiellement rurale, s'accomodait fort mal d'une fuite de main-d'œuvre agricole pour des besoins militaires pendant une certaine période de l'année, précisément celle où la plupart des opérations guerrières avaient lieu.
Signalons également la difficulté de réunir rapidement un grand nombre d'hommes et la préférence donnée à des corps expéditionnaires plus restreints. Rappelons en second lieu que des circonstances d'ordre politique pouvaient fortement atténuer, voire annuler les effets d'un appel sous les armes : divergences d'intérêts dans un même parti, divisions en factions, propagande subversive, se rencontrent fréquemment dans les sources. Tertio, des caractères d'ordre institutionnel s'ajoutent aux précédents. Les décrets de mobilisation subordonnaient leurs exigences numériques à la gravité de la situation. II en résulte qu'il n'y eut sans doute jamais, pendant la période envisagée, de mobilisation générale du pays au sens moderne du mot, sinon de vagues injonctions de se tenir prêt, nous dirions aujourd'hui un « pied de paix renforcé ». Ce procédé était d'ailleurs justifié par le caractère localisé des campagnes militaires et par l'habitude de n'y faire participer que les sujets les plus proches de leur théâtre de déroulement. II n'empêche que, même dans ce cas, les mesures prises étaient encore rendues largement
LES EFFECTIFS
inefficaces par suite du contrôle peu sévère auquel leur application était soumise. Les recrues ne venaient pas toujours et lorsque les officiers du prince ou des villes les enregistraient, il s'agissait de toute façon, — ne l'oublions pas, —· d'un rôle de présence théorique. Même lorsque celui-ci correspond à la réalité, il resterait encore à prouver que les levées sont bien en état de porter les armes, quand elles n'en sont pas carrément dépourvues ! Les exemptions pures et simples n'étaient d'ailleurs pas rares. Quant à la désertion, individuelle ou massive, c'est un véritable fléau, dont les proportions sont parfois telles que les autorités n'arrivent pas à l'arrêter et doivent s'en accomoder.
II convient sans doute aussi de souligner un facteur d'ordre idéologique qui a dû restreindre la portée du service général : l'indifférence de la plupart des gens du Moyen Age pour les guerres entreprises au nom d'intérêts qui n'étaient pas les leurs. N'oublions pas que les faits étudiés se situent chronologiquement avant l'apparition de principes modernes, — celui des nationalités, du patriotisme, — et de procédés : la propagande politique à grande échelle, par exemple. Enfin, il n'est peut-être pas inutile d'insister sur la différence quantitative considérable entre la population des régions envisagées au Moyen Age et de nos jours : l'agglomération de Liège est à elle seule beaucoup plus peuplée maintenant que ne l'était alors le pays tout entier. Une mention d'effectif doit donc être, pour en apprécier l'importance relative, située dans son contexte démographique. Pour connaître le nombre d'hommes engagés à un moment donné de l'histoire liégeoise, il conviendra de tenir compte de ces remarques et de s'efforcer de discerner dans quelle mesure les circonstances historiques leur ont permis de jouer. Idéalement, il faudrait même pouvoir évaluer l'importance numérique des catégories de militaires dont les sources ne parlent pas toujours mais dont la présence était nécessaire et constante pour seconder l'action des troupes de marche : guets, mortes-payes des garnisons de forteresse, personnel chargé du transport et de la remonte, groupes qui ne sont pas souvent mêlés à l'action mais qui font néanmoins partie des effectifs. Quelle était l'importance numérique des différents contingents qui composaient l'armée liégeoise ou lossaine ?
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ORGANISATION MILITAIRE À PARTIR DU XIIe SIÈCLE
Envisageons d'abord la cavalerie féodale. II semble bien que les comtes de Looz disposaient, au XIIe siècle, de quelque 400 cavaliers (chevaliers et sergents) mais que ce nombre diminua au point de tomber, à l'époque du passage du comté de Looz sous la souveraineté des évêques de Liège (1366), à 250 chevaux environ. Quant aux évêques, ils pouvaient compter, dès le XI e siècle, sur 700 hommes d'armes montés. Cet effectif se maintenait encore à 500 ou 600 unités vers le milieu du XIVe siècle, moment où l'apport des forces lossaines le porta à 800 environ. Mais dès ce moment et au fur et à mesure que l'on se rapproche du milieu du XVe siècle, ce chiffre apparaît
plus théorique que réel. Car le prince convoque de moins en moins l'ensemble de ses vassaux et ceux-ci se montrent de moins
en moins disposés à prendre les armes. Le plus souvent, l'évêque se borne à faire appel aux gens d'armes à ses gages, moins nombreux mais plus fidèles, qui composent sa Maison. En outre, le comte de Looz et surtout l'évêque de Liège eurent
largement recours à de la cavalerie mercenaire d'origine étrangère, surtout germanique. Celle-ci, réunie pour un temps limité en des circonstances d'exceptionnelle gravité, pouvait représenter en effectif le triple ou le quadruple des forces équestres regnicoles.
Par ailleurs, la bourgeoisie communale, dans la constante nécessité où elle se trouvait de se mesurer à la gendarmerie épiscopale, prit également l'habitude de recruter en son sein des troupes équestres. La ville la plus peuplée, celle de Liège, put de la sorte lever jusqu'à un millier de cavaliers encore que, d'habitude, elle se contentait de quelques centaines d'hommes. Enfin, pour compléter le tableau, nous devons signaler également les bandes à cheval qui constituèrent l'essentiel des effectifs équestres du Pays pendant les guerres civiles de la fin du XVe siècle. Ces reîtres, d'appartenances sociales fort diverses, étaient composés de nationaux sans doute mais surtout
de Français, d'Allemands, d'Écossais. Leur nombre rarement dépasse le millier. En ce qui concerne l'infanterie, les villes liégeoises et lossaines réunies disposaient certainement, en théorie, d'une quinzaine de milliers de combattants. Liège, la capitale, pouvait à elle seule en lever le tiers ; les autres communes parmi les plus importantes (Huy, Dinant, Saint-Trond, Hasselt) avaient cha
LES EFFECTIFS
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cune environ un millier d'hommes de milice. En fait comme nous
le remarquions plus haut, les levées en masse étaient exceptionnelles. Pour la milice rurale, les chiffres théoriques s'avèrent plus hasardeux parce que la mobilisation des campagnes, lorsqu'elle avait heu, était localisée ou partielle. On sait en tout cas qu'au XVe siècle, l'ensemble des corps francs recrutés principalement dans les villages lossains sous le nom de « Compagnies de la Verte Tente » comptait environ 4.000 hommes, encore que ce chiffre comportât un certain nombre d'éléments d'origine urbaine. Quant aux confréries permanentes d'hommes de trait, leurs effectifs qui se chiffraient tout au plus par centaines, ne viennent pas, rappelons-le, s'ajouter à ceux des milices urbaines ou rurales mais au contraire les grever puisque leurs membres provenaient de la masse des mobilisables des villes et des campagnes. Pour en terminer avec l'infanterie, remarquons que les Liégeois n'ont guère fait appel à des gens de pied mercenaires avant le XVe siècle. Par contre, dès ce moment, le recours à ces stipendiaires devient constant : lansquenets, Suisses, Gascons, Français et nationaux, dont le nombre pouvait aller jusqu'à 2.000 pour un des belligérants. Ces conclusions diverses appellent quelques réflexions. La constance relative des forces équestres des évêques de Liège, — d'autant mieux que celles-ci se doublaient de l'apport fréquent d'effectifs mercenaires, — est un élément capital. Numériquement parlant, seule de toutes les villes du pays, la cité de Liège était capable de rivaliser avec la cavalerie épiscopale. Dans le cas d'une coalition urbaine, la capitale supporte toujours la plus grosse part de l'effort de mobilisation. Par ailleurs, la cavalerie se compose de militaires de profession, l'infanterie, dans sa presque totalité, de combattants occasionnels, ce qui
explique les divergences de conception qui opposeront parfois ces deux forces.
Quant aux milieux ruraux, ils n'ont pris dans l'effort de guerre du pays qu'une part secondaire accentuant ainsi, par contraste, l'importance militaire des villes. Les mesures les plus intensives de mobilisation semblent bien avoir été prises, du moins sur le plan urbain et rural, au XVe siècle, moment où la menace bourguignonne commande la mise en commun, dans la mesure du possible, de la majeure partie des forces nationales.
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Enfin, constatons que les guerres civiles de la fin du XVe siècle et les troubles politiques qui les entretiennent firent éclater les structures traditionnelles de l'Armée liégeoise, structures où d'ailleurs des signes de déclin s'annonçaient déjà depuis une cinquantainc d'années au moins. Aux modes de recrutement habituels se juxtapose et, le plus souvent, se substitue le recours au mercenariat, c'est-à-dire que, dans le désordre général, l'initiative privée prend la relève des institutions défaillantes. Ainsi, l'étude des effectifs et du recrutement au pays de Liège fait apparaître en pleine lumière les implications militaires d'une civilisation urbaine se développant dans une société féodale et l'importance historique des guerres bourguignonnes. Dans une certaine mesure enfin, l'analyse du potentiel guerrier de cette région permet de dégager certains facteurs déterminants de son histoire politique.
2. LES PERTES
On sait les outrances des chroniqueurs médiévaux en fait d'évaluations numériques. Nous avons montré pourtant qu'il y avait souvent, dans ces exagérations, une manière de logique interne (x). Bien des historiographes de l'Antiquité ont également versé dans le même travers. Cela provient de ce que nous ignorons presque toujours non seulement les critères de dénombrement en usage par le passé mais aussi dans quelle mesure les annalistes nous en restituent le fruit. Devant tant d'impondérables, la réaction caractéristique de l'historien averti a consisté, depuis un demi siècle, a ne tenir pour vraisemblable que les chiffres les plus modestes (2). Mais la précaution n'est que le début de la sagesse... elle ne débouche pas sur une méthode ! La question des pertes humaines dans les batailles a droit à plus d'un titre à ce qu'on lui accorde une certaine attention. Elle pose un problème d'ordre critique dont la signification met en cause la crédibilité des sources narratives en général. Elle revêt également une importance capitale sur le plan de la tactique et de la stratégie. Enfin, — et cette dimension s'adresse davantage au démographe, — elle possède certaines implications humaines en ce qu'elle influe sur la vie même d'une société. Rien n'est plus malaisé que de connaître la répartition des pertes humaines en tués, blessés ou prisonniers. De nos jours encore, où pourtant l'enregistrement des effectifs mobilisés est f1) Voir notre étude Analysis of military forces..., 2 (1965), p. 207-211. (2) Cfr T. A. Dorey, Roman casualty figures at Trasimene and Cannae, in
University of Birmingham Historical Journal, 7 |i (1959), p. 4 : « where there is a tradition of a lower figure it is unwise to accept the higher one ». F. Lot, L'Art militaire..., op. cit., passim, a poussé la mise en question des chiffres
fournis par les sources jusqu'à l'hypercritique. La même tendance s'affirme dans une étude plus récente, publiée à titre posthume : F. Lot, Recherches sur les effectifs des armées françaises dss Guerres d'Italie aux Guerres de Religion (1494-1562), Paris 1962. — Avec J. F. Verbruggen, (De krijgskunst . . . , p. 31-40) on en revient par contre à une appréciation plus pondérée de la documentation médiévale à cet égard.
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ORGANISATION MILITAIRE À PARTIR DU XIIe SIÈCLE
infiniment plus systématique qu'au Moyen Age, il faudrait une véritable recherche d'historien et d'archiviste faite après coup pour arriver à présenter des dénombrements satisfaisants à propos d'un épisode particulier. De toute façon c'est le recours aux rôles écrits qui fournirait la solution car le volume des guerres actuelles interdit tout contrôle direct efficace. D'ailleurs, l'étiquette « disparu » qui couvre les cas douteux montre assez l'impossibilité dans laquelle on se trouve de trancher tous les problèmes. A fortiori, les moyens d'investigation limités qu'on connaissait jadis autorisaient moins de rigueur encore. Comment savoir si les mentions « blessés » et « prisonniers » utilisées dans nos sources ne se recouvrent pas en partie ? Combien parmi les captifs n'étaient-ils pas mis à mort ? Combien de blessés ne périssaient-ils pas, à une époque où les soins médicaux aux armées étaient aussi sommaires qu'inefficaces ? Tout ceci revient à dénoncer le caractère essentiellement
incomplet des témoignages les plus minutieux. II est radicalement impossible d'embrasser une réalité mouvante et complexe dont l'ensemble non seulement n'est pas immédiatement saisissable dans le temps mais encore ne se limite pas à l'espace du seul champ de bataille. D'ailleurs, les chroniqueurs eux-mêmes n'étaient pas sans se rendre compte de ces limites. Un Anselme de Gembloux, par exemple, sait faire la part du conjectural lorsqu'il établit le bilan de la journée de Wilderen (1129) : « ... tanta strages fuit, ut peditum utrinque 824 numero insimul opperierint, exceptis his qui fugientes in segetibus vel in silvis vulnerati perierunt, et his qui in aquis prefocati sunt, et his qui ad sua regressi incertis horis et diebus mortui sunt. Horum summa non potuit colligi ». De même, l'auteur de la « Vie de sainte Ode » lorsqu'il rapporte le nombre de victimes brabançonnes à la bataille de Steppes (1213) a soin d'ajouter qu'il n'inclut pas les combattants qui moururent avant l'engagement ni, — ce
qui nous intéresse plus particuhèrement, —- après (x). II faut dire que la tâche de dénombrer les victimes n'était pas chose facile même si l'on laisse de côté les blessés et les prisonniers pour se limiter aux tués sur place on se rend compte f1) Anselme de Gembloux, p. 381 ; Vita Odiliae, p. 184-186. — La plupart des chroniqueurs prennent la peine de préciser, par rapport au champ de bataille, l'endroit où les hommes sont tombés.
LES PERTES
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que plusieurs circonstances liées aux mœurs médiévales expliquent cette difficulté. Tout d'abord, la dispersion des cadavres : les corps non seulement s'entassaient sur le champ de bataille mais ils jalonnaient aussi les itinéraires divers empruntés par les fuyards dans l'espoir d'échapper à la poursuite. Dans ces conditions, le massacre qui suivit la bataille de Steppes (1213) a dû se prolonger jusqu'à 7 kilomètres au moins du point de départ, tandis qu'en 1468, les Bourguignons tuent les Liégeois depuis Othée jusqu'aux abords de Sainte-Walburge (10 kilomètres) et qu'en 1482 les soudards de La Marck venus pour débloquer Zichen, abattent les Maestrichtois depuis cette place jusqu'à la cité mosane (7 kilomètres). Après Zonhoven (1490), la « chasse » se poursuit jusqu'aux abords de Liège c'est-à-dire sur près de 40 kilomètres (J) ! Ensuite, il y avait la difficulté de distinguer, parmi des cadavres dépouillés et mutilés, les amis des ennemis. La visite des charniers n'avait rien d'agréable, rien en tout cas qui pût favoriser un dénombrement correct.
A Steppes, il fallait écarter les chiens maraudeurs à coups de bâtons, à Lantin, on devait, pour traverser le village, fouler aux pieds les cadavres amoncelés sur la grand'route, à Zonhoven les corps restèrent à pourrir dans la bruyère sans jamais recevoir de sépulture (2). II arrivait aussi que les morts soient enterrés, ce qui les soustrayait ipso facto à toute investigation numérique postérieure : ce fut le cas à Brustem (1467) encore qu'ici la mesure ne fut que partielle ( 8). C'est précisément à l'occasion des ensevelissements collectifs que les pertes pouvaient être chiffrées ( 4) : or justement (') Cfr les appendices VI et XVI ; Onofrio, p. 126 sv. ; Chronijk der landen van Overmaas, p. 67-68 ; Chronijk van Maastricht en omstreken, p. 77 ; Fragment d'une chronique de Saint-Jacques de Liège, p. 34. (*) Renier, p. 112 ; Onofrio, p. 134 ; Chronique du règne de Jean de Ногпеч, p. 412 n. e. — La distinction entre les morts de l'un et de l'autre camp n'était pas non plus aisée : il fallait identifier chaque cadavre avant de pouvoir se prononcer sur son appartenance. Cfr la description d'une reconnaissance de corps par des Bourguignons, dans les documents publiés par E. Poncelet, Le combat du faubourg Saint-Léonard à Liège, 27 octobre 1468, A. H. L., 2 (1940), p. 268 sv.
(3) Jean de Haynin, I, p. 231 : les Bourguignons ne firent enterrer qu'une partie des morts. (4) C'est même ce que nous dit Renier de Saint-J acquks, p. 111, à propos des pertes brabançonnes à Steppes : « Nunc de numero occisorum et captivorum
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le résultat de ces dénombrements ne vaut que si tons les corps ont bien été amenés à la fosse commune (voir fig. 2). Enfin, un élément qui devait nécessairement brouiller les pistes était cette coutume qu'avaient les parents des victimes de venir chercher sur le champ de bataille la dépouille de leur proche afin de lui accorder les honneurs funèbres. C'est ainsi, nous le savons, qu'ils procèdent à Montenaeken (1465), à Brustem (1467) ou à Lantin (1468) en se servant, pour leur macabre transport, de tonneaux de chaux ou de charrettes (x). D'ailleurs, lorsque le déroulement des opérations le permettait, les corps étaient ramenés sous la protection (2) ou même par les soins des forces alliées ( 3). Quoi qu'il en soit cela faisait autant de morts soustraits à la vue d'un observateur tard-venu.
Et pourtant, les relevés des pertes humaines n'ont pas manqué à l'occasion des conflits sanglants du pays de Liège. II est possible même que certains de ces dénombrements aient été le résultat d'une enquête officielle ( 4). Nous en avons dit assez pour suggérer combien celle-ci devait nécessairement comporter d'erreurs par omission ou même par double emploi. II importe donc de considérer les chiffres fournis par les documents, même les plus vraisemblables, comme l'indice d'un ordre de grandeur et non en valeur absolue, en tout cas comme un louable effort des
contemporains dans la poursuite de la vérité. volumus scribere, sicut ab eis audivimus qui eos tumulaverunt veridica relalione » ; les corps avaient. été sommairement inhumés ou jetés dans des marnières. C'est aussi sur le nombre de cadavres enterrés que l'auteur de la Chronijk der landen van Overmaas, p. 70, se fonde pour fixer à 1300 le chiffre des victimes de la prise de Bilzen (1483).
P) Jean de Haynin , I, p. 124, 230-231 ; Olivier de la Marche, p. 66 ; Onofrio, p. 133 et Adrien d'Oudenbosch, p. 211. ( 2) Le convoi funèbre est accompagné, le lendemain de la bataille de Montenaeken, par un détachement de cavalerie ; Jean de Haynin, I, p. 124. (3) Les restes du contingent maestrichtois, anéanti le 26 juillet. 1430 dans une embuscade préparée par des troupes namuroises, sont rapatriées par les soins de la milice de Ciney ; Jean de Stavelot, p. 253. (4) Cela semble avoir été le cas à Hougaerde (1013), à Florennes (1015),
à Wilderen (1129), à Steppes (1213), à Erbonne et à Hoesselt (1328), à Brustem (1467). Un dénombrement célèbre, opéré in situ, est celui des hommes d'armes français (1.542) tués à Crécy, comptés par les clercs de Sir Reginald Cobham ; Burne, Tlie Crecy War..., p. 184. Celui des victimes de la bataille de Cassel (1328), publié par H. Pirenne, Le souUvement de la Flandre maritime de 13231328, Bruxelles 1900, constitue un relevé fait après coup par des commissaires du roi de France.
LES PERTES
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Mais ce désir de mesurer les pertes reçues ou infligées est humain et s'inspire de considérations tout à fait pratiques. On peut donc s'attendre à ce qu'il se manifeste envers et contre tout, quels que soient les défauts des sources qui en portent témoignage. C'est pourquoi nous nous gardons bien, en tout cas, de rejeter en bloc l'apport des documents narratifs en ce domaine. Le problème des pertes peut se réduire à une critique constructive : le cas de la bataille de Brustem (1467) et celui de l'épisode de Lantin (1468) en fournissent notamment la preuve. Toutes les sources qui traitent de la rencontre de Brustem (J) évaluent le nombre des tués liégeois entre 3 et 4.000. Ces chiffres très élevés auraient bien de quoi nous étonner s'ils ne faisaient une telle unanimité ( 2). Mais il y a mieux. On possède, sur l'événement, une série de lettres écrites aux armées par des bourgeois d'Ypres qui participèrent à l'action sous l'étendard bourguignon ( 3). Or, la lecture de ces missives, datées de la fin d'octobre et du début de novembre, permet de suivre presque jour après jour le cheminement des informations qui nous intéressent, recueillies par de simples combattants. Le 29 octobre, soit le lendemain de la bataille, Louis van den Rine, qui n'a pas participé à la poursuite des fuyards liégeois, évalue le nombre des victimes à 2 ou 3.000 hommes. Le 2 novembre, il revient sur le sujet et porte le chiffre à environ 4.000 en prenant soin de préciser qu'il se réfère à sa propre estimation et au vu des cadavres sur place. Le 6 novembre, Jan de Cuupere annonce que l'on connaît enfin avec certitude le nombre des victimes : 3.600 Liégeois. Voilà qui confirme les évaluations des chroniqueurs, d'autant plus que l'un de ceux-ci, Henri de Merica, va jusqu'à avancer le bilan d'environ 3.500 morts. Nul doute qu'il ne s'agisse d'un dénombrement officiel : celui-ci, d'ailleurs, a certainement été
entrepris puisque l'on sait qu'une partie des corps fut enterrée. Mais le fait qu'il a fallu attendre entre le 2 et le 6 novembre, c'est à dire quatre jours au moins après la bataille, pour disposer d'un chiffre autorisé et considéré comme valable nous oblige (') Cfr annexe XXII, pour le relevé des sources. (2) Seul le chiffre fourni par Philippe de Commynes, I, p. 107, est aberrant et inacceptable : 6.000 tués. (3) Ces lettres ont été publiées par Diegerick, op. cit., dans notre annexe XXII.
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à une certaine circonspection quant à sa précision absolue. Combien de dépouilles n'ont-elles pas, pendant ce temps, été soustraites aux investigations des comptables, d'autant plus que les Liégeois s'étaient souciés d'aller quérir leurs morts dès le 29 octobre. Ainsi, le chiffre de 3.600, qui paraît déjà quelque peu arrondi, peut difficilement passer pour rigoureux mais le contexte documentaire nous autorise pourtant à l'accepter comme représentatif des pertes liégeoises. Venons-en à la journée de Lantin (^). A l'aube du 22 octobre 1468, un fort détachement de milice sort de Liège et se porte vers le Geer dans l'espoir de surprendre les troupes francobourguignonnes qui font route vers la Cité. Mais tels sont pris qui croyaient prendre puisque, aux environs d'Othée, les Liégeois sont découverts. Très Vite, ils lâchent pied ; poursuivis, ils sont massacrés jusqu'aux abords des murailles de leur ville. Seul un groupe de quelques centaines d'hommes a fait front en essayant de tenir l'église de Lantin. Pas un seul d'entre eux, nous dit-on, n'en réchappa. Ici, contrairement à la bataille de Brustem, les chiffres des pertes proposés par les sources varient considérablement. L'un éveille d'emblée la méfiance, c'est celui de Jean de Haynin, 2 à 3.000 tués, car il est vraisemblablement supérieur à celui des effectifs liégeois engagés à cette occasion. Ensuite vient le total fourni par le légat Onofrio : 1.500 cadavres. Chiffre plus raisonnable mais celui qui le rapporte ajoute qu'il résulte d'un dénombrement effectué un certain temps après la bataille. Quand ? on se le demande puisque s'il est vrai que les Liégeois allèrent quérir leurs morts dès le lendemain de l'action il est peu probable que les Bourguignons, qui logeaient à Othée, leur aient permis d'accomplir leur besogne bien au delà des environs immédiats de la Cité.
Peut-être le légat pontifical confond-il les pertes subies ce jour-là avec celles de sorties ultérieures de la garnison liégeoise. En tout cas on peut le croire lorsqu'il affirme que près de 200 cadavres ont été relevés aux abords des portes de Liège car il a f 1) Cfr Onofrio, p. 124-134 ; Adrien d'Oudenbosch, p. 210-211 ; Jean de Haynin, II, p. 72-73 ; lettre d'Antoine de Loisey du 3 novembre 1468 et celle de Jean de Masilles du 8, dans Gachard, Rapport sur un voyage littéraire en France, C. R. séances Comm. Royale Hist., Ser. I, 3 (1840), p. 29-30 et 31-33.
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pu se trouver en mesure de contrôler ce chiffre. De sorte que
si on ajoute ce bilan à celui que le même chroniqueur, — d'accord en cela avec un témoin bourguignon ( ] ), — fournit pour le village-refuge de Lantin (500 tués) on arrive à égaler approximativement le nombre de victimes relaté par Adrien d'Oudenbosch : plus de 800 morts. C'est là, pensons-nous, un reflet satisfaisant de la réalité. Une fois de plus, la véracité des
témoignages écrits ne peut être mise en doute (2). Au terme de ces remarques préalables, il nous faut maintenant tirer de l'examen des sources les conclusions qui s'imposent sur le plan militaire. Le massacre des vaincus
La conclusion la plus radicale, la plus terrible aussi, qui se dégage de l'analyse d'une trentaine de batailles liégeoises du XI e au XVe siècle, c'est l'énorme proportion de tués parmi les vaincus. La moyenne fluctue habituellement entre 20 et 50 % (3) ! Cette coupe sombre est sans équivalent dans les luttes contemporaines : à Waterloo (1815) les Français n'eurent pas 10 % de tués, non plus que l'armée nordiste à Gettysburg (1863) (4), sans parler des guerres de ce siècle où les effectifs engagés sont si nombreux que le chiffre absolu des pertes, quelque sérieux qu'il puisse être, apparaît relativement bas. Comment dès lors expliquer ce nombre effarant de morts au Moyen Age alors que les armes étaient bien moins efficaces ? Or c'est un fait indéniable,
(") C'est Jean de Masilles, op. cit., n. précédente. (2) C'est ainsi que les fouilles les plus remarquables qui soient d'un champ de bataille médiéval, celui de Wisby (1361), dans l'îie de Gotland, n'ont fait que confirmer le nombre des tués avancé par une source contemporaine : 1.800 morts En effet, les 3 fosses communes, — sur les 5 que comportait le site, — qui ont pu être explorées renfermaient les restes de 1 .185 individus ; cfr B. Thordemann, P. Nörlund et B. E. Ingelmark, Armour from the battle of Wisby, 1361, 2 vol. in-40, Stockholm 1939. (3) En chifíres absolus, les batailles où les Liégeois subirent les plus lourdes pertes nous paraissent être, par ordre décroissant : Brustem (1467) 3.600 Tourinne (1347) 2.500 -) Hollogne (1483) 2.000 -| Montenaeken (1465) 1.800 -| Peer (1483) 1.500 -| Hoesselt (1328) 1.319 — Othée (1408) 1.300 — Zonhoven (1490) 1.000. (4) Cfr A. Bikar, Les Belges à Waterloo, in Revue internationale d'histoire
militaire, 24 (1965), p. 390 ; G. Bouthoul, Le phénomène — guene, Paris 1962, p. 106.
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que l'on peut également vérifier en dehors de la principauté de Liège (*). Nous voyons pour notre part au moins trois raisons à ce phénomène.
a) une raison d'ordre tactique : l'essentiel de la tactique médiévale consiste soit à rompre et à désorganiser le dispositii adverse soit à l'encercler. Dans le premier cas, la percée entraîne presque toujours la débandade de l'ennemi, qui se laisse généralement occire sans résistance au cours de la poursuite qui s'ensuit.
Dans le second, on assiste au massacre de l'armée, prise dans un étau et incapable de manœuvrer (2).
b) une raison liée à la mentalité du temps : les blessés sont presque toujours achevés, souvent dans le but de les détrousser ( 3) car le pillage est pratiqué par tous les combattants, sans distinction de rang ( 4). ( 1) A Courtrai (1302), il y a 40% de chevaliers français tués, 18% à Arques (ϊ3 ο3), 12% seulement au cours de Ia journée indécise de Mons-en-Pévèle (1304) ; cfr J. F. Verbruggen, De krijgskunst. ., op. cit., p. 319, 325, 335. — A Cassel (1328) la moitié au moins des communiers flamands est anéantie, à
Halidon Hill (1333) 55% (1346) 18% au moins des (1356) il v a plus de 40% 328-329, 363, 347; A. H.
de la cavalerie écossaise mord la poussière, à Crécy chevaliers français restent sur le carreau, à Poitiers de tués ; F. Lot, L'art militaire . . . , op. cit., I, p. 277, Burne, The Crecy War..., op. cit., p. 169 sv. — A
Azincourt (1415), il y aurait eu, sur 20.000 Français engagés, 8.000 tués mais plus de la moitié de ce chifïre, — qui représente une perte de 40%, — serait constituée par des prisonniers massacrés ; C. Hibbert, Agincourt, Londres 1964, p. 128, 133. — Cfr également Ch. Brusten, L'armée bourguignonne de 1465 à 1468, Bruxelles 1953, p. 200-201. ( 2) Voir notamment les appendices in fine mais il y a d'autres exemples encore dans l'historiographie liégeoise et notamment de nombreux cas de milices paysannes décimées. Le plus tragique de ces massacres est celui de Peer (14 mai 1483) qui fit 1 .500 morts, dont le souvenir fut officiellement célébré jusqu'en 1850 ; cfr Jean de Looz , p. 89-90 ; Jean Placentius, f° 97 vn ; P. Daniels, Un registre du XVe siècle de l'Agneten-Dal (Val Sainte-Agnès) à Peer, A. P.L., 2 (1897), p. 47-48. (3) Les cadavres sont dépouillés et les blessés achevés à Steppes (1213) : Renier de Saint Jacques , p. 109 ; Vita Odiliae, p. 184. — De même à Erbonne (1328) : Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 259. (4) « The desire for booty was a motive in all medieval warfare » ; D. H ay, The division 0/ the spoils of war in XIVih century England, in Transactions of the Royal Hisiorical Society, Ser. V, 4 (1954), Ρ· 9 1 · — ^-)es Saintronnaires, après avoir tué des bourgeois de Léau au cours d'une escarmouche (vers 1300) « ipsos interjectos spoliabant et corpora eorumdem nudabant » ; Haec sunt injuriae et molestiae . . . , p. 373. Après la surprise de Tongres (1468), certains Liégeois
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Parfois, les malheureux sont victimes de la racaille qui sévit dans leur propre camp (^).
c) une raison d'ordre médical : il ne fait aucun doute que l'impuissance de la médecine et l'indigence des services de santé devaient donner lieu à bien des issues fatales.
Les pertes minimes des vainqueurs Même si l'on fait la part d'un compréhensible désir de glorification qui pousse le vainqueur à minimiser ses pertes, il n'en reste pas moins que celles-ci, dans la majorité des cas, restaient peu importantes. En effet, elles ne se produisaient guère que durant la phase précédant la déroute de l'ennemi et leur importance ne dépendait que de l'âpreté de la lutte. Après, elles se faisaient plutôt rares et occasionnelles (2). Une bataille médiévale est presque toujours une exécution massive qui débute par la recherche d'un bourreau.
de petite condition dévalisent les cadavres qui jonchent le sol ; Onofrio, p. 9596. Des combattants vont jusqu'à déserter pour se livrer à cette basse besogne ; cfr les mesures de Guillaume de la Marck avant la journée de Hollogne, Annexe XXIV. A l'issue de la bataille de Brustem (1467), cavaliers comme fantassins bourguignons dépouillent les morts ; Jean de Haynin, I, p. 230. f1) Après le combat de Waremme (2 juin 1328), un grand nombre de Saintronnaires blessés sont lâchement achevés et détroussés par des pillards, — dont une femme, — sortis de Saint-Trond en même temps qu'eux sous couleur d'appartenance au corps de milice. Cinq des coupables furent arrêtés et justiciés : quatre d'entre eux furent roués et le cinquième, un « patricien », simplement emprisonné. (2) En général, le vainqueur incontesté d'une bataille décisive perd peu de monde ; cfr Visé (1106), Steppes (1213), Erbonne, Waremme (1328), Tourinne (1347), Othée (1408), Montenaeken (1465), Hollogne (1483), Zonhoven (1490). — Lorsque la lutte est plus serrée ou indécise, il peut par contre se faire que le gagnant y laisse aussi du monde : cfr Wilderen (1129), Donmartin (1325), Hoesselt (1328), Kriekelerenbosch (1466), Brustem (1467). — Une mention
spéciale doit être faite des combats qui opposent gens d'armes et paysans ; quelle que soit l'issue de la bataille, ces derniers, moins bien armés et entraînés, éprouvent des pertes relativement élevées : c'est ainsi que dans un engagement
qui tourne à leur avantage les I-iégeois ne perdent que 2 hommes alors que les manants du Verdunois ont 105 tués (1385) ; Raoul de Rivo, p. 62 ; Corneille de Zantfliet, col. 328 ; à Lierneux (1387), les paysans perdent 25% de leurs effectifs contre des reîtres pillards qui ne laissent dans la rencontre qu'i% des leurs ; ibid., col. 332 ; Raoul de Rivo, p. 61 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 404 ; par contre, à Helchteren (1363), les Campinois, qui réussissent à mettre en déroute une troupe de brigands, ont autant de morts que leurs adversaires mais il est vrai que ces derniers laissent aussi des blessés et les cadavres de 20 chevaux ; Chronigue de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 324.
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Les combats de cavalerie font généralement exception Dans les combats entre cavaliers, les pertes en vies humaines sont minimes et ce, pour deux raisons : la pratique de la rançon et le port d'une armure qui protège assez efficacement l'homme d'armes. C'est ainsi qu'à Loncin (1298) les décès sont insignifiants
de part et d'autre, tandis qu'à Waremme (1313) les vaincus ont à peine 10 % de tués. A Donmartin (1325), que l'on considérait comme une pesante journée, les Waroux déplorèrent la mort de 18 % de leur contingent, les Awans de moins de 6 % : rappelons qu'il s'agissait alors d'un duel « à outrance » entre deux partis rivaux. Remarquons cependant que les batailles de cavalerie seule furent extrêmement rares au Pays de Liège (J) .
Vulnérabilité relative de l'infanterie par rapport à la cavalerie C'est l'infanterie qui paye le plus lourd tribut de vies humaines. La difficulté qu'elle éprouve à manœuvrer l'expose à l'encerclement, la lenteur de ses déplacements l'empêche de fuir en cas de désastre, la simplicité de son équipement défensif la livre aux coups de l'adversaire. A propos de la bataille de Wilderen (1129) on cite ce vers singulièrement suggestif : « Miles nulla luit, vulgus inherme ruit » (2). Le cavalier, par contre, dispose de la protection puissante de son cheval et de son armure et, pour autant qu'il puisse conserver sa liberté d'action, il reste à même de frapper 011 de se dérober à sa guise. Pourtant il est un ennemi qu'il craint par dessus tout : les armes de jet. Nous verrons que celles-ci ne furent guère employées efficacement au pays de Liège sinon notre conclusion eût varié : au cours du petit combat de Bosnau, la chevalerie liégeoise laisse 20 % de morts sur le terrain au cours d'une charge contre des archers anglais et picards ! C'est l'introduction des armes à feu qui vint mettre un terme à la situation privilégiée de la cavalerie : à la bataille de Hollogne une bande de 300 reîtres (!) Cfr Annexes VII, VIII ct X. (2) Gilles d'Orvai., p. 99. — La formule de Renier de Saint-Jacques, p. 108, appliquée à la rencontre de Steppes (1213) vaut aussi bien pour le dénouement de presque toutes les batailles du Moyen Age : « in fugam se verterunt qui erant
equites, et passim capiebantur vel interficiebantur qui erant pedites ».
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du pays de Clèves, au service de Guillaume de la Marck, fut anéantie (*). II faudra pourtant attendre le XIXe siècle pour assister au triomphe définitif du feu sur les deux atouts principaux du combattant monté : l'armure et le mouvement.
Faiblesse des pertes dans la guerre de siège Bien que nous n'ayons pas encore parlé jusqu'à présent de la guerre de siège, il paraît intéressant de comparer le bilan des pertes qu'elle entraînait avec celui des batailles rangées. Le contraste est frappant. A moins que la place investie ne soit emportée de vive force (2), ce qui est assez rare, les assiégés ne déplorent que fort peu de morts ( 3). II en va de même des assiégeants, à moins qu'ils ne soient eux-mêmes attaqués en rase campagne et mis en déroute ( 4). L'expédition de Bosnau (17 avril
(') Cfr Annexes XVIII et XXIV. (2) Dans ce cas, relativement rare, la garnison était passée au fil de l'épée : comme celles de Bosnau (1436), d'Elderen et de Landen (1482), de Bilzen (1483), de Millen (1489) cfr l'appendice XIX ; Luttes et mort de Guillaume de la Marck, p. 334 ; Jean de Looz, p. 84 ; Chronijk der landen van Overmaas, p. 69-70;
Kroniek der Luiksche Oorlogen, p. 239 ; Jean Molinet, I, p. 412 ; Chronique du rcgne de Jean de Hornes, p. 394. — Parfois, seul le commandant de la place était exécuté : à Herck (1364) ou à Rummen (1366) ; Raoul de Rivo, p. 13, 16. — Dès le Moyen Age, la prise des places et le sort des garnisons semblent déjà réglés par des lois de guerre rigoureuses ; celles-ci, mieux connues à partir du XVI e siècle, ont été décrites par J. L. Charles, Le sac des villes dans les Pays-Bas au XVIe siècle. Etude critique des règles de guerre. (3) Ainsi, en 1366, la garnison de la forteresse de Rummen, qui se rend après plus de 9 semaines de siège, n'a perdu que 6 combattants pour un efïectif de 130 hommes ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 133. (4) Comme par exemple au siège de Zichen (1482) ou à celui de Saint-Trond (1489) ; cfr supra n. 1, p. 69 ; Mémoires en forme de chronique, p. 577-578. — Un autre facteur susceptible d'entraîner la perte des assiégés est l'impréparation et l'absence de moyens techniques, comme par exeir.ple au siège de Heins-
berg (1389) ; Chronique liégeoise de 1402, p. 413. L'imprudence des assiégeants, forcément plus exposés aux projectiles que les assiégés peut également être ]a cause de certaines pertes et ce danger ne fera que croître avec l'introduction des armes à feu. En tout cas, à partir du XVe siècle, l'action antipersonnel de l'artillerie de place oblige les assiégeants à prendre des dispositions spéciales de sécurité : au siège d'Agimont (1445), les Liégeois ont soin de se renseigner sur l'angle de tir des bombardes du château en interrogeant des prisonniers ;
Jean de Stavelot, p. 559 ; au siège de Huy (1467), les assiégeants progressent vers les remparts de la rive gauche en se tenant hors de portée des canons ; Adrien d'Oudenbosch, p. 173. — Cfr l'assaut meurtrier des Liégeois contre le
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au 24 mai 1436) qui se solda par la prise de quatre châteaux-forts ne coûta la vie qu'à cinq liégeois. A l'occasion du second siège de Maestricht (31 mai au 22 septembre 1408), un chroniqueur s'étonne de ce que, un certain jour, le bruit courait que chacune des quatre armées assiégeantes eût à déplorer au moins 3 ou 4 morts. Rappelons qu'à l'issue de ce siège, la bataille d'Othée causa en un seul jour la perte de 1.300 Liégeois (J) ! Ainsi donc, en bref, les batailles rangées s'avèrent extrêmement coûteuses. Elles permettent au vainqueur de détruire la moitié des forces de l'adversaire surtout si l'on ajoute encore au chiffre des morts celui des blessés et des prisonniers (2). L'infanterie surtout subit des pertes effroyables. C'est dans la mesure où elles se soldent par la destruction des forces de l'ennemi que les batailles peuvent être décisives : comme Andenne (1151) brise la puissance du comte de Namur,
Steppes (1213) détruit celle du duc de Brabant ; les villes liégeoises sont écrasées à Tourinne (1347) et à Othée (1408) ; l'autonomie du pays disparaît après Brustem (1467) ; l'ambition de Guillaume de la Marck trouve une fin brutale à Hollogne
(1483), celle des Aremberg à Zonhoven (1490). Par contre, lorsque les pertes n'affectent qu'une petite partie des forces vives à abattre, la bataille n'arrange rien et, toujours aléatoire par essence, elle s'avère en plus dispendieuse. La guerre de siège est tout le contraire de cela : elle ne vise pas tant à détruire « boulevard » de Bouvignes, en 1430 ; Corneille de Ζαντγί,ιετ, col. 423 ; I'échec des Bourguignons à Huy (1467) ; Jean de Haynin, I, p. 218. (') Cfr Annexes XV et XIX ; Chronique du rè.gne de Jean de Bavière, p. 191 ; après plus de 9 semaines de siège devant Rummen, les Liégeois, s'en retournent vainqueurs « cum modico damno suorum » ; Corneille de Zantfliet, col. 287. ( 2) Jusqu'au milieu du XVe siècle, les prisonniers sont généralement des nobles ou des riches bourgeois, capables de payer une forte rançon ; les combattants de condition plus modeste n'ont pas droit, d'habitude, à tant de ménagements. Ainsi, après la défaite de Hoesselt (1328), les plus riches parmi les captifs sont rançonnés par le comte de Gueldre (« a quibus magnam habuit pecuniam »). Plus tard, les Liégeois allèguent la pauvreté à laquelle cc-tte exploition de leurs patriciens les a réduits ; cfr Levold de Northof, p. 72 (citation) ; Chronique liégeoise de 1402, p. 306. — Dans le dernier quart du XVe siècle, on constate que l'on fait des prisonniers en masse parmi la piétailie. L'explication, pensons-nous, réside dans le fait que les mercenaires (Suisses, lansquenets) étaient nombreux et que, au lieu de les mettre à mort, on préférait s'assurer leur service en échange de leur liberté ; cfr Annexes XXIV et XXV ; sur le combat d'Opheers, au cours duquel les vaincus perdent en tués et en prisonniers la quasi totalité de leur infanterie ; cfr Jean Molinet, II, p. 153.
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l'adversaire qu'à occuper ses positions, elle n'économise pas nécessairement les moyens mais elle évite de les compromettre. Aussi est-elle infiniment moins meurtrière tant pour les assaillants que pour les autres et, partant, infiniment plus fréquente. Nous avons, plus haut, fait allusion aux conséquences démographiques des batailles. C'est un domaine où les données sont rares autant que difficilement quantifiables pour le Moyen Age. Mais si l'on tient compte du fait que le poids de la guerre reposait, dans la principauté de Liège et dans le comté de Looz, sur l'ensemble de la population mâle des villes et des campagnes, sans parler encore de la noblesse, on ne peut pas manquer de s'interroger sur les conséquences de ces coupes sombres répétées. Certes, ce qu'il est convenu d'appeler le volume des guerres, c'est-à-dire le nombre d'hommes qu'elles affectent, était alors assez restreint. Pour nous limiter aux combattants engagés dans une bataille, leur importance n'a jamais dépassé 3 à 4 % de la population totale du pays. Jean de Haynin ne s'étonne-t-il pas devant le petit nombre des défenseurs de Dinant (1466) ? Et Commynes de remarquer que lors de l'entrée des Bourguignons à Liège, après l'hécatombe de Brustem, il « n'y paroissoit en riens de la perte de la bataille » (^). Mais un examen plus attentif lui eût révélé que c'était les fèvres, les houilleurs et quantité de membres des petits métiers que la mort venait de faucher par milliers, c'est-à-dire l'élément le plus industrieux d'une cité. De sorte que si les pertes enregistrées lors des batailles ne représentent quantitativement qu'une minime partie de la population, elles affectent qualitativement ceux sur qui reposait alors l'industrie artisanale des villes et, parfois ceux qui fournissaient la main-d'œuvre agricole des campagnes. Ce serait certainement un péché d'omission que de négliger ce facteur dans une vue élargie de l'évolution historique d'un pays. Mais en dépit de son importance militaire et humaine la bataille ne résume pas la guerre médiévale. Loin s'en faut d'ailleurs et ce sera notre souci de montrer combien la stratégie cherchait à se traduire par d'autres moyens.
(^) Jean de Haynin, I, p. 172; Philippe de Commynes, I, p. 115: en réalité, Liège était encombrée de paysans venus, avec leur famille et leurs biens, y chercher refuge.
3. LE RAVITAILLEMENT
Voici une vingtaine d'années, Ferdinand Lot exprimait ses regrets de ne pouvoir consacrer une étude d'ensemble à la question des approvisionnements dans les armées médiévales (*). II estimait prématuré de traiter d'un problème que ne venait point encore éclairer un nombre suffisant de monographies particulières. Aujourd'hui, il faut bien le dire, la lacune subsiste. Aussi, nous croyons faire œuvre utile en rassemblant sur ce sujet quelques données éparses que les sources liégeoises nous ont conservées. Nul doute, cependant, que des dépouillements d'archives pourraient encore, à l'avenir, apporter au dossier des précisions supplémentaires. Le combattant, avant d'être cet instrument tactique sur lequel les historiens de naguère avaient trop souvent tendance à fixer leur attention exclusive est d'abord, tout simplement, mais très impérativement, un être humain. Si ses prétentions se font modestes, elles n'en demeurent pas moins inéluctables. Faute d'avoir de quoi les satisfaire, il cesse tôt ou tard de remplir le rôle qui lui est assigné. Ainsi, le ravitaillement en nourriture constitue justement la condition sine qua non du rendement militaire : « Quant vitaille fault, on ne poeut plus longuement durer » (2) constate Jean le Bel. De tout temps, l'approvisionnement en subsistance d'une armée s'est heurté à deux difficultés majeures : l'action de l'ennemi et les conditions matérielles dans lesquelles le service même est assuré.
De nos jours, le danger d'interception est devenu l'obstacle principal mais il n'en allait pas de même au Moyen Age où c'était précisément l'acheminement des vivres qui causait le plus grand souci. (*) F. Lot, L'art militaire et les armées au Moyen Age en Europe et dans le Proche Orient, I, Paris 1946, p. 17. ( 2) J. le Bel, Chronique, I, p. 117.
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L'exemple liégeois vient illustrer cette particularitc. Ce n'est sans doute pas l'effet du hasard si les annales militaires de la principauté sont avares d'épisodes centrés sur l'attaque et la capture de trains de ravitaillement. Le rôle stratégique des opérations déclenchées contre ces convois était pourtant reconnu. Un fait célèbre de la Guerre de Cent Ans en atteste : la bataille
de Rouvray dite « destrousse des harengs » (12 février 1429). Elle vit l'échec retentissant d'une tentative franco-écossaise
visant à s'emparer des chariots de vivres, principalement de harengs, envoyés de Paris aux assiégeants anglais d'Orléans (*). Toutefois une action aussi spectaculaire et concertée représente l'exception. Généralement, parce que les guerres sont relativement limitées dans l'espace et que l'ennemi a tout juste assez d'hommes pour fixer le front de l'adversaire, l'interception reste le fait d'insoumis ou de contingents opérant isolément sur les arrières d'une armée. C'est là le processus normal, que nous font découvrr les sources liégeoises. Ainsi, en 1141, pendant les 53 jours que dura le siège de Bouillon, les forces assiégeantes, séparées du pays de Liège par une contrée étrangère et d'abords malaisés, souffrirent de la pénurie de nourriture et même, à la fin, connurent les affres de la famine. Pourtant on s'était préoccupé d'établir un service d'intendance entre la principauté et l'armée de siège. Mais il fut contrecarré voire interrompu par des éléments d'obédience barroise ou agissant pour leur propre compte le long de la ligne de communication. II s'est même trouvé un défenseur de Bouillon, un chevalier, pour sortir de la place, quérir des secours, et se joindre aux pillards (2). Plus tard, ne voit-on pas la garnison de Hannut, — qui bien que brabançonne avait obtenu des Liégeois vainqueurs à Steppes la permission de rester à son poste à condition de déposer les armes, — fondre sur un convoi de vivres provenant de Huy,
au mépris de ses engagements ? Et pour dégager ses arrières l'armée de l'évêque Hughes de Pierrepont qui progresse vers Louvain, n'hésite pas dans ce cas à effectuer une contre-marche pour venir châtier les parjures ( 3). Les esprits modernes (*) Cfr F. Lot, op. cit., II, Paris, 1946, p. 47-53.
(2) Cfr notre Annexe IV et spécialement le Triumphus Sancli Lamberti de Castro Bullonio, p. 503, 508. (3) Cfr notre Annexe VI et spécialement Renier de Saint-Jacques, Annales S. Jacobi, p. iio-iii ainsi que Vita Odiliae, p. 185.
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s'étonneront peut-être de ce qu'une armée puissante consente à renoncer aux bénéfices de l'exploitation d'une victoire décisive et abandonne sa progression pour s'attarder devant une simple tour de village ? C'est là un trait qui vu sous l'angle de la « Vernichtungsstrategie » contemporaine, semble trahir, dans la stratégie médiévale, de l'incohérence et de l'impéritie. II paraît plus normal si on le replace dans la perspective qui est la sienne : celle d'une époque où les moyens d'attaque restent inférieurs à ceux de défense c'est-à-dire où la moindre maison-
forte peut entraver les appuis logistiques d'une armée (^). Mais les obstacles que devait surmonter un chef militaire pour mettre à l'abri des coups de main la subsistance de ses troupes ne sont rien à côté des embarras permanents qu'il éprouvait à la constituer et à l'acheminer. Cette fois, les raisons de la difficulté ne tiennent plus aux aléas d'une campagne : elles résident dans les limites étroites d'une certaine économie agraire. On sait que l'Europe occidentale a souffert, au Moyen Age, d'une pénurie alimentaire chronique mais il est vrai que celle-ci se manifestait avec plus ou moins d'acuité selon le lieu et le temps. Or, dans une société où, en règle générale, le niveau de la production alimentaire n'excédait guère celui de la consommation, le moindre déséquilibre dans un secteur géographique donné pouvait y entraîner une crise de subsistance. Ainsi, l'accroissement immédiat de
la demande que représentait la constitution d'un convoi d'approvisionnement militaire menaçait de plonger une contrée dans la disette (2), sans parler encore des extorsions de gens de guerre. En l'espace d'une semaine à peine, l'évêque Albéron II de Chiny et la petite troupe de cavaliers qui l'accompagne dans son expédition (août 1141), épuisent toutes les céréales de la terre de Bouillon. Or il s'agit de la nouvelle récolte, toujours
l1) Cette stratégie des accessoires persiste à l'Époque Moderne : cfr R. Mousnier, Les XVIe et XVIIe siècles, dans Histoire générale des civilisations (collection Crouzet), Paris 1954, p. 127-128 et F. Lot, Recherches sur les effectifs des armêes françaises des guerres d'Italie aux guerres de Religion (1494-1562), Paris, 1962, p. 110. — J. L. Charles, Le sac des villes..., p. 291. Voir notre chapitre sur la stratégie. (2) Ce problème des crises de subsistance a été brièvement mais lumineusement évoqué par G. Duby, L'économie rurale et la vie des campagnes dans l'Occident médiéval, I, Paris 1962, p. 216, 221-223 ; II, Paris 1962, p. 547-549.
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sur pied au moment de leur arrivée, et que le prince considère comme sienne puisqu'il revendique la souveraineté de la région. Mais on objectera sans doute qu'une contrée comme celle-là devait compter bien plus de forêts que de terres arables et que son rendement n'a jamais pu atteindre une valeur considérable. Pourtant trente ans plus tard, on constate qu'une guerre entre le comte de Looz et Gislebert de Duras, au moment de la moisson,
provoque bel et bien la famine dans l'hinterland de Saint-Trond, terroir richement emblavé cette fois (^). Manifestement donc les théâtres d'opérations militaires subitement envahis par un surplus de bouches à nourrir risquent la pénurie alimentaire. Si maintenant nous nous éloignons de la ligne des combats pour nous rapprocher de 1'« arrière », nous constatons les mêmes défaillances. Ici encore, le « civil » fait les frais de cette ponction de vivres. En septembre 1467, le tribun Raes de Heers ne trouve rien de mieux, pour refaire les réserves de la forteresse de Huy, que de réquisitionner tous les greniers de la ville. Pendant ce temps, à Liège, il incombait aux aubergistes d'assurer le ravitaillement des troupes (2). Mais à côté de ce problème constant et dont la cause n'était pas de nature proprement militaire il convient encore de signaler d'autres difficultés, plus spécifiques, qui débilitaient l'organisation de l'intendance.
On ne connaissait pas alors, — faut-il le dire, — le principe des rations de campagne ni, bien entendu, celui des aliments concentrés. C'est dire que, par bouche à nourrir, il fallait un volume plus encombrant de vivres plus pondéreuses qu'il n'est accoutumé de nos jours. On sait qu'un des chariots du train liégeois à Brustem (1467) transportait deux tonneaux : le premier renfermait des aliments solides capables de nourrir 19 hommes deux semaines durant ; l'autre, du vin en quantité suffisante pour abreuver ces personnes pendant deux jours (3). Pour sa part, un personnage de rang ( 1) Triumphus S. Lamberti de Castro Bullonio, p. 502 ; Chronique de l 'abbaye de Saint-Trond, II, p. 69. (2) Adrien d'Oudenbosch, Chronique, p. 168, 174. (3) Jean de Haynin, Mémoires, I, p. 231. La prise de ce chariot échut à la compagnie de Jean de Haynin.
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assez élevé, l'avoué de Hesbaye, partait en campagne avec une charretée de vin rien que pour son usage et celui de sa suite (J) . Dans ces conditions, on imagine l'importance du charroi que requérait une armée de plusieurs milliers de combattants. La masse des provisions était si considérable que, dans le but de réduire leur voiturage, on allait jusqu'à restreindre volontairement les effectifs : c'est ce qui arriva en 1436, lors de la campagne contre les pillards de Thiérache. Et même, ces précautions ne réussirent pas en fin de compte à conjurer la disette (2). Une technique de conservation des aliments rudimentaire n'était pas pour apporter un correctif aux aléas et à la lenteur des transports. La putréfaction des victuailles menaçait d'entraver les opérations prolongées, comme cela se produisit en septembre 1380. Une expédition de représailles contre le damoiseau de Rodemacher tourna court à deux jours seulement de la victoire totale parce que l'avarie des provisions amenées par les Hutois empêchait toute progression ultérieure ( 3). Dans le cas d'alimentation carnée, l'obstacle de la préservation était souvent surmonté de la façon la plus préjudiciable au principe de la liberté d'action : il fallait se résoudre, bien souvent, à emmener le bétail comestible sur pied, à la suite des troupes. Celui-ci accompagnait donc les véhicules « à cul de chare » ( 4) au lieu de leur servir de chargement. Les embarras et pertes de
temps qui devaient en résulter se passent de commentaires, (') C'est ce que stipule un « record » de 1321, manifestement inspiré d'un usage ancien : St. Bormans et E. Schoolmeesters, Cartulaire de l'église Saint-Lambert de Liège, III, Bruxelles 1898, p. 230.
(2) Jean de Stavelot, Chronique française, p. 363, 368. — Voir aussi notre annexe XIX.
(3) Corneille de Zantfliet, Chronique, col. 317 ; Jean d'Outremeuse, Chronique abrcgée, p. 214-215. (4) Le « record » de la justice de Ciney de 1437 stipule que les manants de la mairie de cette ville doivent d'ancienneté livrer en cas de guerre nationale une bête à corne, bœuf ou vache, pour accompagner le chariot du contingent
condrusien ; J. Borgnet, Cartulaire de la commune de Ciney, Namur 1869, p. 12. — Un autre document, de 1368, qui énonce les prétentions du seigneur de Wintershoven sur certains manants du domaine de l'abbaye d'Herkenrode déclare que ceux-ci sont tenus de lui procurer, en cas d'expédition militaire : boves, vaccas, mutones ac alia animalia comestibilia ; J. Daris, Notice sur les églises du diocèse de Liège, VI, Liège 1871, p. 126. — On peut supposer que la vache, c.itée dans les deux cas, était destinée à fournir l'alimentation lactée.
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d'autant plus que la tentation de multiplier les animaux au-delà des besoins immédiats pour en faire du butin devait être forte. Tant pis pour la mobilité et le bon ordre des armées ! Celle qui, en 1490, traverse la bruyère campinoise pour marcher contre Jean de Hornes est encombrée de bétail volé (*). Ce spectacle fut monnaie courante pendant tout l'Ancien Régime, lié comme il l'était à un certain type d'évolution matérielle et d'organisation. Après avoir passé en revue les différents problèmes matériéls qui pesaient sur la constitution et l'acheminement du ravitaillement militaire, nous tenterons d'en définir la composition. Les données dont nous disposons sur cet aspect de la question demeurent malheureusement fort rares. Néanmoins, il ne nous
paraît pas inutile de les rassembler ici. Comme le pain formait alors la base de l'alimentation, il est normal de découvrir qu'il constituait aussi l'ordinaire du combattant liégeois.
On emportait des pains cuits (2), propres à la consommation immédiate, ou des céréales panifiables ( 3). La discrétion des (x) Cfr notre annexe XXV. — Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 412. (2) Cfr l'exemple cité ci-dessus n. 3, p. 83. Voir aussi le « record » des manants
d'Yvoz (24 décembre 1388) : Arch. État Liège, Val-Saint-Lambert, reg. 143, f° 171-172, analyse dans J. G. Schoonbroodt, Inventaire analytique et chronologique des archives de l'abbaye du Val-Saint-Lambert lez-Liège, I, Liège 1875, p. 286, n° 770. Les manants d'Yvoz étaient tenus en cas de guerre de venir garder la Sauvenière à Liège avec des provisions fournies par leur seigneur, l'abbaye du Val-Saint-Lambert : un muid d'épeautre en pains, un quartier de bœuf et une aime de cervoise. Cette curieuse coutume remonte au temps
où la cathédrale Saint-Lambert possédait le territoire d'Yvoz (jusqu'en 1261 ; cfr Schoonbroodt, op. cit., n° 267) et celui de la Sauvenière (jusqu'en 1287) ; cfr Ed. Poncelet, Notes de topographie Liêgeoise. La Sauvenière et sa cour des
pairs, A.H.L., 2 (1940), p. 483-491. — Jacques de Hemricourt, Le patron de la temporalitê, p. 138, n° 182, atteste également la persistance de cette coutume.
Pain fourni aux lansquenets par les Dinantais (1483-84) ; Arch. État Namur, Comptes de Dinant, 55, f° 6 verso. — En 1486, Mélart de Wanze du parti des La Marck, tient garnison au château de Harzé. En vue des brèves incursions qu'il opérait dans l'arrière-pays avec quatre compagnons, chaque homme quittait la place en emportant un torteal de III pannechey ; D. Tihon, Extraits des registres aux œuvres de la cour de Wanze, A. C. H., 13 (1901), p. 288. ( 3) Cfr exemple cit. p. 84 n. 3. — Récoltes enlevées à Tellin en 1141 : Triumphus S. Lamberti de Castro Bullonio, p. 506. — En prévision du siège de Rummen (1366) : provisionibus grani, vini et aliorum victualium ; Bormans et E. Schoolmeesters, op. cit., IV, Bruxelles 1900, p. 421. — Exemple cité n. 2, p. 83.
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sources à ce sujet ne permet pas de discerner les raisons qui poussaient à adopter une formule plutôt qu'une autre. II n'est pas exclu que les deux aient été utilisées simultanément tant pour parer au plus pressé que pour assurer des besoins à longue échéance. De toute façon, la confection de cette nourriture
en campagne à partir du grain implique forcément l'existence de moulins à farine portatifs et de cantines volantes. A côté de cette denrée essentielle, une large place était faite à d'autres produits encore. Parmi ceux-ci, la viande occupe une place de choix : le bœuf, le mouton et le porc sont cités (^). Les bêtes suivaient l'armée sur pied comme nous l'avons vu précédemment ou bien elles étaient préalablement abattues, découpées et emportées sous forme de salaisons ( 2). II y a tout lieu de supposer en extrapolant que les armées
liégeoises affectionnaient d'autres denrées : œufs, volailles, poissons, légumes, graisses, fromages, épices, dont on sait que les contrées voisines faisaient usage ( 3). Mais il faut dire que les documents consultés ne fournissent point de détail et qu'ils font allusion à des quantités de vivres indéterminées. Quant
aux aliments liquides, ils étaient représentés par le vin, la bière
(') Exemples cités ci-dessus, p. 84 (records de la mairie de Ciney et de Wintershoven), p. 85 (record d'Yvoz et comptes de Dinant où Γοη parle de viande de porc).
(2) Viande salée : cfr n. 3, p. 83 ; quartier de bœuf : cfr record d'Yvoz cit. p. 85.
(3) Voir par exemple, pour le Brabant : G. des Marez, L'organisation du travail à Bruxelles au XVe siècle, Mêmoires couronnês de l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique (in-8°), 65 (1903) p. 391 ; nombreuses données intéressantes dans : N. Van Werveke, Auszug aus der Rechnungsablage Jan Raimbauts filr die erste Expedition Antons von Burgund, 1412,
2 Januar — 20 Juli, Programme publié à la clôture de l'année scolaire 18891890 de l'Athénêe royal Grand-ducal de Luxembourg, 1890, p. 2-5, 7-13 ; Auszug aus der Rechnungsablage Johanns von Schoenvorst, filr die zweite Expedition Antons von Burgund, 1413, 30 Juni — 29 Augustus, ibzd., p. 26-39 ; F. Quicke, L'intérêt... du troisième compte des expéditions militaires d'Antoine de Bourgogne, duc de Brabant et de Limbourg, dans le duché de Luxembourg (1er sept. 141324 dêc. 1414), Publications de la section historique de l'Institut grand-ducal de Luxembourg, 64 (1930) p. 333-350. — Pour les armées liégeoises le fromage, en tout cas, est mentionné ; cfr n. 3, p. 83. — Voir les quantités de vivres achetées par le comte de Namur pour sa « chevauchée » sur Utrecht, en 1345, dans J. Balon, L' organisation militaire des Namurois au XIVe siècle, Namur 1932 (t.-à-p. des A.S.A.N., t. 40) p. 78.
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et la cervoise, peut-être le lait (*). A qui incombait la charge de constituer les approvisionnements ? Les vassaux du prince devaient probablement se préoccuper individuellement de leurs provisions mais c'était l'évêque qui en assumait les frais (2). De même, dans le cas d'une guerre où les forces du pays tout entier se trouvaient engagées, il semble que le prince participait aux dépenses alimentaires. Ce fut le cas par exemple, en août 1366, en prévision du siège de Rummen. Quant à la masse des roturiers, ils dépendent sous ce rapport des autorités locales auxquelles ils obéissent. Ainsi les surcéans d'Yvoz étaient nourris par leur seigneur, l'abbaye du Val-SaintLambert ( 3), tandis que les manants des villages de la châtellenie de Dinant ou du pavs de Looz constituaient leur propre approvisionnement ('). Dans les Bonnes villes, ce sont les corporations de métier qui se préoccupent de ravitailler leurs conscrits : elles font, chacune, les provisions de vitailles pour le sustentations de ceulx quy seront en armes et en supportent le coût éventuellement avec les bourgeois non appelés sous les armes (5). Le Magistrat (l) Cfr documents cités pages 84 et 85 et : E. Fairon, Chartes confisquées aux Bonnes villes du pays de Liège et du comté de Looz après la bataille d'Othêe (1408), Bruxelles 1937, p. 223-224; Cronica van der hilliger Stat von Coellen bis 1499, p. 80g ; P. Poncelet, Les bons mêtiers de la Citê de Liège, B. I. A. L., 28 (1899), p. 23. — Nous déduisons la consommation de lait du fait que des vaches accompagnent parfois les troupes ; cfr p. 84. (s) L'usage féodal normal est rapporté par Jacques de Hemricourt, Le patron de la temporalité, p. 86 ; voir aussi le cas de l'avoué de Hesbaye dans le document cité p. 84. — Le cas du seigneur de Wintershoven, nourri pendant toute la durée de ses campagnes militaires par les corvées et redevances en nature de ses manants, indique à la fois que l'intéressé devait s'inquiéter de
ses propres besoins et que, dans son cas tout au moins, l'aide épiscopale ne semble pas être entrée en ligne de compte ; cfr document cit. p. 84. La question de l'existence d'un service d'intendance « féodal » reste ouverte. Dans le comté
de Flandre les provisions de bouche des vassaux étaient parfois fournies par le comte, mais le plus souvent celui-ci se contentait d'en supporter les frais. J. F. Verbruggen, Het leger en de vloot van de graven van Vlaanderen, Bruxelles 1960, p. 56.
(3) Voir note 2 p. 85.
(4) D. D. Brouwers, Cartulaire de la commune de Dinant, VII, Namur 1907, P· 353 ! les milices des bourgades lossaines emmenaient une réserve de vivres en campagne : cfr A. Hansay, Le droit de bourgeoisie accordé par la ville de Hasselt à des bourgades lossaines . . . , V. O. G. O. S. H., 11 (1935) p. 377-379 et Chronijk van Maastricht en omstreken, p. 74. (5) Citation dans Th. Gobert, Métier des houilleurs. Le plus ancien règlement connu, B. I. A. L., 23 (1892) p. 210 ; E. Poncelet et E. Fairon, Liste chrono
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urbain pouvait aussi intervenir dans les frais, par exemple ceux des compagnies militaires assermentées (^). Cependant, ne l'oublions pas, il n'y a pas de corps d'intendance constitué. C'est dire que la mise sur pied d'un tel service en cas de guerre reste absolument facultative. Pourtant, il ne faudrait pas en conclure qu'elle ne fut, à Liège, qu'occasionnelle. Au contraire, il est étonnant de constater qu'en dépit des difficultés inhérentes au système, le recours à un ravitaillement organisé en campagne fut très fréquent. En fait, il paraît obéir à des règles bien précises qu'il convient de dégager. On s'efforçait, semble-t-il, en ces matières, de se conformer à un grand principe directeur que l'on peut formuler comme suit : dans la mesure du possible, emporter ses provisions à l'intérieur des frontières, vivre sur l'habitant en territoire ennemi.
Dans le premier cas, lorsque l'action se déroulait dans la principauté ou qu'il s'agissait de la traverser pour atteindre l'objectif, les troupes liégeoises se munissaient du nécessaire pour éviter de devoir subsister au dépens des indigènes. Le convoi de vivres accompagnait l'armée ou les groupes d'individus qui la compose ou, plutôt, il la suivait car la lenteur de son déplacement l'obligeait souvent de rester à la traîne. Mais le service d'intendance ne s'en tenait pas là : l'appui
logistique était assuré en campagne après l'ouverture des hostilités. II en est déjà question sous le règne de Wazon, comme nous l'avons remarqué dans la première partie de cette étude. Cela se pratiquait, semble-t-il, à partir d'une localité amie proche du théâtre d'opérations. Ainsi, en 1213, c'est la ville
de Huy qui assure par convoi, la subsistance des troupes en action à la frontière occidentale du pays tandis qu'en 1430, Ciney fait parvenir des vivres à la colonne qui marche sur le Namurois (2). logique d'actes concernant les métiers et conjréries de la Cité de Liège, A.H.L., 2 (1940) p. ii ; Jean de Stavelot, op. cit., p. 253, 363. Voir également infra p. 93 n. 3. — Les exemples de dépenses consenties par les communautés urbaines abondent sans qu'il soit possible d'y faire la part des sommes consacrées aux vivres ou à l'équipement. — Le rôle du magistrat ou des corporations en matière d'intendance n'est pas universellement répandu au Moyen Age. II est plus sporadique dans les villes souabes par exemple : cfr Karl Saur, Die Wehrverfassung in Schwäbischenstädten des Mittelalters . . . , Biihl, 1911, p. 22-23. (1) Cfr Fairon, Chartes confisquées, p. 223-224. (2) Cfr n. 3, p. 81 et Jean de Stavelot, p. 253.
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Le fait qu'il y ait eu des manquements à cet effort pour mettre la population liégeoise à l'abri des exactions des troupes nationales n'est pourtant pas douteux : à preuve cette nuit du 12 au 13 mai 1364 où les milices de Saint-Trond, en opération contre Arnoul de Rummen, vinrent dévorer les provisions de la ferme des chevaliers teutoniques à Opheers, sans parler des menus larcins que les sources ne se donnaient même pas la peine de signaler tant on les considérait comme monnaie courante (^). II en va tout autrement en cas d'expédition militaire à l'étranger. Ici, on ne s'embarrasse plus de scrupules à l'égard des habitants. La subsistance devient affaire de vol.
Villes, châteaux et campagnes sont pressurés sans merci. Le pillage s'érige en procédé logistique, ce pillage que l'on retrouve à la base de toute guerre médiévale au point que l'on se demande souvent s'il n'en est pas la cause plutôt que le symptôme. Dans ces conditions, la marge entre approvisionnement et butin devient ténue tant les intentions se confondent dans la même rapacité (2). En août 1141, la localité de Tellin est complètement vidée de ses réserves de vivres et de céréales par un contingent hutois de passage ( 3). En 1379, les habitants de Bouillon qui accompagnent les Liégeois dans leur opération sur Chassepierre en profitent pour faire main-basse sur les pourceaux de Florenville. Quelques années plus tard, le prévôt de Bouillon et le bailli de Moha reviennent du Verdunois avec une prise d'environ 300 têtes de bétail ( 4). Aucun épisode n'illustre plus clairement
(') Chronique de Saint-Trond, II, p. 328. — L'auteur du Triumphus Sancti Lamberti de castro Bullonio, p. 509, considère le larcin comme une pratique courante aux armées ; cfr, sur ce passage, le commentaire de M. F. Vercauteren, Marchands et bourgeois..., p. 670-671. (2) Voir notre chapitre sur la stratégie. — « The desire for booty was a motive in all medieval warfare » : D. Hay, The division of the spoils of war in XI V'h century England, Transactions of the Royal Historical Society, 5 e série, 4 ( 1954) p. 91. — C'est ainsi que la garnison liégeoise qui, en 1465, occupe contre le Brabant la tête de pont de Montenaeken n'a pas de quoi se ravitailler. Elle doit, pour se nourrir, passer la frontière et mettre les villages ennemis en coupe réglée. Pour les déloger, l'armée brabançonne pratique la politique « de la terre brulée » ; Jean de Haynin, I, p. 119 sv. (3) Triumphus Sancti Lamberti de Castro Bullonio, p. 506. (4) E. Liégeois, Compte de larecette de Chiny pour l'année 1378-1379, A. I. A. L 44 (1903) p. 159 : « por les porceaulx de Florenville que ceaulx de Buillon avoient pris quand il chevalchont en la terre de Chassepierre », Wenceslas de Luxembourg
dépècha à Liège deux messagers ; Corneille de Zantfliet, Chronique, col. 328.
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ce genre de pratique que la campagne menée de concert par le pays de Liège et le Brabant contre le duc de Gueldre (juinjuillet 1398). Les deux alliés s'entendent au préalable sur l'itinéraire à suivre. Ils iront chacun de leur côté à travers le Juliers afin de se ménager une zone respective où ils se procureront vivres et fourrage par le pillage. Mais pendant le siège de Ruremonde, l'élu Jean de Bavière, qui a conclu secrètement une paix séparée avec l'ennem', lève le camp et ramène son armée vers le bercail. Or, l'accord interdisait le pillage du pays durant cette retraite : privée de ressources, l'armée liégeoise se voit donc forcée d'intercepter un train d'approvisionnements venu de Maestricht et destiné aux Brabançons. Quant à ceux-ci, qui ont fini par lever à leur tour le siège, ils se retirent en volant leur nourriture chez l'habitant ; malgré cela, ils n'échappèrent finalement à la disette qu'en se faisant à nouveau ravitailler, mais efficacement cette fois, par les
Maestrichtois (J). Ceci met en évidence le principal inconvénient d'ordre militaire lié au système de vie sur l'habitant : le territoire ennemi est rarement assez riche pour nourrir convenablement une armée
de passage (2). C'est pourquoi les Liégeois, qui s'en rendaient bien compte, ont souvent essayé d'y remédier en emportant tout de même à l'étranger certaines provisions de bouche. Celles-ci venaient s'ajouter à l'ordinaire toujours problématique que procuraient les hasards de l'itinéraire. En tout cas, les armées anglaises d'invasion procédaient, autant que possible, de la même façon en France, au XIVe siècle. A Liège, on voit bien l'importance des approvisionnements pendant l'expédition de Bouillon (1141), celle de Chassepierre (1379) ou celle de Bosnau (1436). En 1464, les communes liégeoises et lossaines se réclament (^) Edmond de Dynter, Chronique des ducs de Brabant, II, p. 132-140 ; Chronigue liégeoise de 1402, p. 438 ; Corneille de Zantfliet, col. 353-354. Les déprédations commises par les troupes liégeoises et brabançonnes sont évoquées dans certains documents comptables de 1398 ; Arch. générales du royaume, Chambre des Comptes, Recette gênérale des provinces : Limbourg, reg. 2437, fos 237-237 v°, 255 v° sv„ 258. ( 2) Ainsi en septembre 1397, au cours d'une première incursion brabançonne dans le Juliers, les envahisseurs, insuffisamment pourvus de vivres, avaientdû, faute de pouvoir trouver sur place une nourriture abondante, se contenter de manger pendant 2 ou 3 jours des fruits enlevés aux arbres ; Chronique liégeoise de 1402, p. 435.
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même de l'amitié de la ville de Cologne pour faire ravitailler leurs milices devant Rheidt bien que celles-ci eussent déjà emporté leurs provisions (^).
Le grand principe que nous énoncions plus haut souffre pourtant deux exceptions dans son application : il ne joue
pratiquement plus en cas de guerre civile ou d'opérations menées par des mercenaires. Les luttes fratricides qui ont déchiré la principauté de Liège furent nombreuses : elles n'échappèrent pas aux cruautés qui caractérisent de tout temps ce genre de conflit. Ici, on se conduit, en matière d'approvisionnement, exactement de la même façon que lors d'une campagne hors frontières. Les pillages ne se comptent plus et le butin que l'on prend à la faction rivale est un moyen de se nourrir en l'affaiblissant. L'évêque Adolphe de Waldeck le sait bien qui se venge des rebelles de Fosse en faisant appel à une force d'intervention hutoise. Cette milice,
pour se nourrir, « mange » toutes les provisions qu'elle trouve dans la ville (1302). En 1407, ce sont les Liégeois rebelles qui, en route vers Maestricht, cantonnent à Wonck et dévorent tout pendant trois
jours. Cette habitude de piller une région du Pays que des dissentions séparent momentanément est invétérée : nous voyons encore en 1487 l'évêque Jean de Hornes menacer de sa grieff indignation ceux qui s'aviseraient de faire subir des dommages à ses sujets du marquisat de Franchimont, où il s'efforce de vider la forteresse des rebelles qui l'occupent (2). II est même probable qu'en cas d'actions rapides dans un rayons restreint, les troupes liégeoises ne s'embarrassaient pas de chariots de vivres et plaçaient dans un larcin ou dans le secours de populations amies leur espoir de se restaurer. C'est le cas de ceux qui en 1315 sont assaillis dans une taverne champêtre (^) Triumphus, op. cit., p. 505 sv. ; Jean d'Outremeuse, Chronique abrégée, p. 214-215 ; Corneille de Zantfliet, col. 317 ; Jean de Stavelot, p. 363 ; Cronica von der hilliger stat von Coellen bis 1499, p. 809. — Cfr Hewitt, The organization of war..., p. 101.
(2) Jean de Hocsem, Chronique, p. 109 ; le chroniqueur utilise ici la formule « consumptis victualibus » qui est déjà sans doute la transposition latine de l'expression de l'ancien français « mangé », que l'on rencontre constamment au bas Moyen Age. On disait : manger une ville, une ferme, un château ; — Chronique du règne de Jcan de Bavière, p. 171 sv. ; de Ram, Documents relatifs aux troubles du pays de Liège..., Bruxelles 1844, p. 824.
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où ils s'abreuvaient au retour d'un raid ou de ces fantassins
tongrois qui, harassés et affamés après la poursuite de reîtres dans le nord du comté de Looz, sont invités par la dame de Petersheim à recevoir un repas au château (*). Enfin ce tableau serait incomplet si nous omettions de mentionner les mercenaires au service du Pays ou d'une des factions qui s'y disputent l'hégémonie. Ici, plus d'amis ni d'ennemis lorsqu'il s'agit de se nourrir ; les soudards exercent indistinctement leurs extorsions. Liés par contrat, ils ne se sentent justiciables d'aucune institution locale.
Les bidauts que l'évêque solde contre les rebelles hutois à la fin du XIIIe siècle -pillent des domaines ecclésiastiques. En 1327, ce sont les stipendiaires de la commune de Liège qui se jettent sur les greniers des menses épiscopale et capitulaire (2). A la fin du XVe siècle, alors que le mercenariat international est devenu une nécessité et une plaie la principauté paye un lourd tribut à ce signe des temps. Le Grote Garde, ce ramassis composé des Franco-Wallons de Jacques de Croy et de ses partisans liégeois, se distingua par ses ravages exercés surtout dans les régions thioises : aussi les paysans, saignés à blanc, désignèrent-ils ces individus du nom de «gâteurs de terre »(« des lants verdevers r>). S'agit-il pour ceux-ci de se nourrir, entre deux opérations militaires ? Qu'à cela ne tienne, ils quittent leur cantonnement de Liège et fondent sur les récoltes de Hesbaye (3) . Parfois, les soudards acceptent de s'abstenir de toute exaction à condition d'être entretenus par la population. Celle-ci, apeurée et trop heureuse d'échapper à leur rapacité, s'efforce de les satisfaire. Tels ces lansquenets qui logent aux portes de Dinant et se contentent de consommer pain, viande et cervoise fournis par la municipalité ( 4). II nous reste à examiner un point obscur : celui de la répartition du ravitaillement entre les combattants.
Malheureusement, les sources font ici presque totalement défaut et nous devons nous borner à émettre en l'occurrence
(') Chronijue liégeoise de 1402, p. 277-278 ; Corneille de Zantfliet, col. 315. j2) Jean de Hocsem, p. 100-101, 187. (®) Chronijk van Maastricht en omstreken, p. 83-86 ; Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 424 sv., 468 ; Kroniek der Stad Bilsen uit de XVde eeuw, p. 41. ( 4) Cfr document cit., n. 2, p. 85 ; voir aussi Pl. Lefevre, Documents relatifs aux dégâts causés à l'abbaye d'Averbode..., dans Analecta Praemonstratensia, 41 (1965), p. 61-69.
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quelques considérations critiques. Ces problèmes ne sont pourtant pas insaisissables, du moins dans certaines régions d'Europe où la documentation abonde, — mais on ne leur a pas accordé l'attention qu'ils méritent. II semble bien qu'en général, du moins dans les grandes armées nationales des XIVe et XVe siècles, les combattants, lorsqu'ils ne vivaient pas purement et simplement sur le pays, devaient payer eux-mêmes la nourriture qu'ils obtenaient soit dans le train de ravitaillement soit auprès de marchands ambulants. Ce système explique les plaintes nombreuses des militaires rapportées par les mémorialistes, lors du renchérissement des vivres aux armées (*). Nous n'oserions affirmer, faute de preuves, que les forces liégeoises n'ont jamais eu recours à des marchands « civils » itinérants pour assurer leur subsistance.
D'ailleurs les gens de fiefs n'étaient pas nécessairement nourris par l'évêque mais plutôt défrayés, ce qui n'implique donc pas forcément la présence d'un convoi de vivres d'accompagnement (2). Cependant, en ce qui concerne les milices urbaines et rurales tout au moins, cela ne serait pas compatible avec l'existence, — que l'exposé ci-dessus atteste largement, — d'un service d'intendance organisé et assuré par les autorités auxquelles incombait précisément la charge du ravitaillement. Quant à la gratuité des distributions, elle paraît probable : elle devient douteuse dans le cas où les conscrits reçoivent un viatique comme c'est souvent le cas à la fin du Moyen Age. Le fait qu'au siège de Bouillon de 1141, les pauperes populi fussent cruellement frappés par la disette n'implique pas nécessairement qu'ils étaient tenus de payer leur pitance. II fait plutôt songer à une répartition inique entre eux et les chevaliers des ressources que leurs concitoyens de Liège leur faisaient parvenir (3). (1) Ch. Brusten, L'armêe bourguignonne de 1465 à 146S, Bruxelles, 1953, p. 22-26 ; remarque pertinente dans Ph. Contamine, Azincourt, Paris 1964,
p. 99-101 ; C. Hibbert, Agincourt, Londres 1964, p. 40. ( 2) Jacques de Hemricourt, p. 86 parle bien en effet de « livreir tous jrais de bouckes ». Cfr ci-dessus, p. 87. — L'acte d'inféodation du comté de Hainaut (1076), dont il est question dans la première partie de cette étude, parle de faciliter l'acquisition de vivres, sans plus. (3) Ainsi à Herck en 1464 : Is. Kempeneers, L'expédition de Reydt en 1464, A. P. L., 2 (1897) p. 54 ; à Liège en 1477 ; Fairon, Regestes, IV, Liège 1939, p. 372 ; à Saint-Trond en 1496 : Straven, II, Saint-Trond 1886, p. 216-217. Dans ce dernier cas, le document envisage les trois façons possibles, sans doute
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ORGANISATION MILITAIRE À PARTIR DU XIIe SIÈCLE En conclusion, on peut affirmer que l'importance militaire
du ravitaillement en vivres était couramment reconnue dans la
principauté de Liège. On constate, en conséquence, qu'un grand effort fut souvent déployé pour assurer ce service. Comme la meilleure façon de garantir une réserve suffisante de nourriture était encore de l'emporter en campagne, on eut recours dans bien des cas à un véritable service d'intendance destiné
à fonctionner pendant toute la durée de l'opération en cours mais qui ne fut jamais érigé en institution permanente. Dans ce pays peuplé de villes et de villages qu'était la principauté
de Liège l'essentiel des dépenses et de l'organisation du train était assumé par les autorités urbaines ou rurales et par les corporations professionnelles. On retrouve ici un témoignage supplémentaire du dynamisme de cet élément roturier qui jouait alors sur les bords de la Meuse un rôle capital en matière militaire, politique et sociale.
Mais ce système avait, bien sûr, ses limites. C'était celles du niveau technique de la civilisation médiévale. Les convois de vivres lents et encombrants paralysaient les armées qui, pour progresser, prenaient les devants ou se réduisaient à des effectifs médiocres. A l'étranger, le souci de préserver la liberté d'action se joignait à la soif de pillage et l'on cherchait sa nourriture sur place. Mais en s'exposant ainsi au risque permanent de s'en voir privé, on se trouvait, du même coup, forcé de tenir compte de ce facteur dans la conduite des opérations. Tôt ou tard, en dehors des frontières, cet angoissant problème se posait car les quelques vivres de secours que l'on emportait ne tardaient point à s'épuiser. Ajoutons encore à ces considérations une question que, faute de sources, nous n'avons pu même effleurer ici : l'approvisionnement des chevaux en fourrage. Quelle servitude la nourriture des milliers de montures et de bêtes de somme que comptaient les armées n'imposait-elle pas ? Peu de régions, sans doute, pouvaient supporter pareille consommation. Et pourtant, jamais on n'aurait pu parvenir à emporter suffisamment de réserves alimentaires, en raison du volume que traditionnelles, de récolter le montant de la solde : en le prélevant sur le budget de la Ville, par une contribution générale des citadins ou encore par un impôt levé sur les personnes dispensées du service armé. — Triumphus äe Castro Bullonio, p. 509.
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celles-ci occupaient, pour assurer les besoins des chevaux pendant la durée d'une campagne. De sorte que, ces inconvénients s'ajoutant à ceux-là, et les combattants liégeois s'étant généralement inquiétés de recevoir une nourriture régulière et décente, le problème de la levée d'une armée s'avérait écrasant pour l'époque. II n'y a donc rien d'étonnant dans de telles conditions à ce que la guerre menée avec de grands moyens constituât alors l'exception.
4. LES TRANSPORTS
Le déplacement des armées liégeoises, hommes et matériel, se faisait, dans la majorité des cas, par voie de terre. Pratique qui ne tient pas à une quelconque précellence de la route. Elle s'explique plutôt par des circonstances fortuites. Car ce sont précisément des régions sans réseau hydrographique important : Hesbaye, Campine, Condroz, qui furent le théâtre de la plupart des guerres. Dans ces conditions, la ligne de communication de la Meuse, orientée Sud-Nord, ne pouvait être d'aucun secours dans ces secteurs excentriques. L'acheminement des vivres, des armes, des tentes, de l'artil-
lerie et autre matériel de campagne était assuré par des trains de chariots. La documentation ne permet pas de définir le type de véhicule employé et même, l'imprécision des sources qui en relatent l'usage semble suggérer que l'on se souciait peu du modèle pourvu qu'il répondît à sa destination. Ces voitures étaient tirées par des chevaux, 4 en général (J ), mais on peut citer un texte où l'on déclare se contenter de 3 animaux de trait (2). Bien entendu, dans le cas de chargements exceptionnellement pondéreux, leur nombre pouvait toujours être accru. Les 14 chariots que le duc de Bourgogne réquisitionne au pays de Liège en 1475 pour mener son artillerie devant Neuss, avaient chacun 7 bêtes de harnais ( 3). i1) J. G. Schoonbroodt, Inventaire analylique et chronologique des archives de l'abbaye du Val-Saint-Lambert-lez-Liège, I, Liège 1875, n° 453 (1322) ; J. Borgnet, Cartulaire de la commune de Ciney, Namur 1869, p. 12 (1437) ; Id., Cartulaire de la commune de Fosses, Namur 1867, p. 113-114 (1447) ; Is. Kempeneers, L'expêdition de Reydt en 1464, A. P. L., 2 (1897) p. 54. (2) Le chariot d'Elderen : cfr A. Hansay, Le droit de bourgeoisie accordê par la ville de Hasselt à des bourgades lossaines au cours des XIVe et XVe siècles, V. O. G. 0. S. H., II (1935) p. 377-379· (') E. Fairon, Notes sur la domination bourguignonne dans la principauté de Liège (1468 à 1476), B. I. A. L., 42 (1912) p. 13. — Autre réquisition de deux chariots d'Artillerie à 4 chevaux, attestée à Russon cn 1489 ; J. Finot, Invent. sommaire des arch. départementales antérieures à 1790-Nord : Archives civiles, Série B : Ch. des Comptes de Lille, VIII, Lille 1895, p. 278, col. 2.
les transports
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D'ailleurs, on prévoyait parfois des chevaux d'allège ('). II y avait au moins un charretier par véhicule (2). Le parc réuni à l'occasion de campagnes importantes atteignait des proportions considérables. Ne parle-t-on pas de 300 véhicules au moins pour l'expédition de Bosnau en 1436, autant pour la bataille de Brustem en 1467 et de quelque 150 chariots, —■ 50 pour l'artillerie et 100 pour l'approvisionnement, — devant le château de Rheidt (1464) ( 3) ? Ces chiffres sont peut-être exagérés, certes, mais le seul fait que des chroniqueurs aient jugé bon de les signaler indique absez leur étonnement devant pareil charroi. Au reste, il n'est pas douteux d'ailleurs que le remplacement des catapultes traditionnelles par des pièces d'artillerie, beaucoup plus lourdes, a sensiblement accru le poids du matériel militaire à dater du XVe siècle tout au moins. II est vrai que, jusqu'à la fin du Moyen Age, les bouches à feu de fort calibre ne possédaient pas d'affût de route : elles étaient donc acheminées par voiture jusqu'à la position et mises en batterie en présence de l'objectif ( 4). Or, le transport et la manutention jusqu'alors inouïs d'engins aussi pondéreux durent poser des problèmes nouveaux aux techniciens et artisans de cette époque. Les solutions qu'ils imaginèrent représentent à coup sûr un apport original sur lequel les historiens n'ont pas assez insisté et qui, en fin de compte, doit être mis à l'actif de l'introduction en Europe de la poudre à canon : utilisation d'appareils nouveaux de levage, de véhicules plus puissants, amélioration de la voirie, intensification du trafic routier. Ne voit-on pas, en Bourgogne, en 1409 une bombarde de près de 4 tonnes placée sur un char ferré spécial et tirée par 32 bœufs et 31 chevaux à la vitesse invraisemblable de 5 kilomètres par jour ? II faut 25 hommes pour la diriger. Mais la puissance était alors à ce prix : une fois mis en batterie, ce canon lançait un boulet de 400 kilos. L'année suivante, ce sont les routes qui doivent être refaites pour (г) Cfr document de 1322 cit. n. 1, p. 96. (2) Cfr documents cit. n. 1 (1437 et 1464) n. 2 et n. 3, p. 96 ; J. Daris, Notice sur les êglises du diocèse de Liège, IV, Liège 1871, p. 126. (3) Enguerrand de Monstrelet, VI, p. 271 ; Additions au texte de Mélart..., p. 626 ; Kroniek der Luiksche oorlogen uit de XVe eeuw, p. 207. (4) Voir à ce sujet J. Garnier, L'artillerie des ducs de Bourgogne d'après les documents conservés aux Archives de la Côte-d'Or, Paris 1893, p. 246-248 et passim.
g8
organisation militaire à partir du xiie siècle
permettre le voiturage d'une autre bouche à feu « pour ce que bonnement l'on ne povoit mener pour la pesanteur d'icelle ». En 1412, le déplacement d'un énorme canon bourguignon de près de 8 tonnes, en deux pièces, requiert trois grands chariots ferrés : deux pour porter les deux parties de la bombarde et le troisième pour y mettre un affût et une machine de levage. Le pont d'Auxonne, sur la Saône, est préalablement renforcé en prévision du passage de ce monstre de l'industrie médiévale (г). Cette petite digression, si elle se nourrit d'exemples choisis en dehors de la principauté, n'en illustre pas moins des problèmes qui ne manquèrent pas de se poser aux armées liégeoises, avec une acuité sans cesse accrue puisque, nous venons de le voir, aux vivres, armes et tentes du charroi traditionnel, le bas Moyen
Age vint ajouter la charge énorme du train d'artillerie : bouches à feu, affûts, munitions, poudre, outils de montage et d'entretien. Abstraction faite des canons, quelques documents permettent d'établir un rapport entre le nombre des véhicules utilisés et celui des combattants : on comptait au pays de Liège un chariot pour 25 fantassins environ (2), peut être autant pour un homme d'armes à cheval avec sa suite (3). Si l'on admet que cette proportion puisse être valable dans tous les cas, elle constitue sans doute un moyen non négligeable d'évaluer les effectifs. Par exemple, on sait que certains villages lossains avaient coutume de répartir leurs milices en petites unités de marche dotées chacune d'un chariot. Tant et si bien
(') Ibidem, p. 27 n. 1, 31 (citation), 58 n. 1. (2) Les 40 arbalétriers de Saint-Trond utilisent 2 chariots ; F. Straven, Inventaire analytique et chronologique des archives de la ville de Saint-Trond, II, Saint-Trond 1886, p. 10-12. On n'avait, au XIVe siècle, prévu qu'une seule voiture pour accompagner les arbalétriers de Tongres, au nombre de 40 au moins. Mais lorsque, au début du XVI e siècle, le chiffre des membres fut passé à 50, il fut question de deux véhicules ; J. Lyna, Het heldentijdperk van onze schutters-
gilden, V. 0. G. 0. S. H., 15 (1939) p. 275. A Herck, en 1464, on constate l'usage d'un chariot pour 27 hommes ; cfr Kempeneers, op. cit., ïoc. cit., n. 1. — Ce rapport de 1 chariot pour 25 hommes environ paraît normal au Moyen Age. On rencontre en Hainaut, en 1407 et 1408, une proportion très voisine : 1 à 32
et I à 27 ; E. Roland, La ville de Braine-le-Comte et sa châtellenie dans le conflit liégeois (1404-1409)..., A. C. A. M., 63 (1958) p. 80, 91-92. (3) Le seigneur de Wintershoven emmenait un chariot lorsqu'il partait en guerre ; J. Daris, op. cit., loc. cit. — Dans le train de campagne d'un personnage de marque, comme l'avoué de Hesbaye, il y avait déjà un chariot rien que pour le transport du vin ; St. Bormans et E. Schoolmeesters, Cartulaire de l'êglise Saint-Lambert de Liège, III, Bruxelles, 1898, p. 230.
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que le terme « wagen » désignant le véhicule, a fini par signifier la section combattante elle-même.
Or, si l'on multiplie par 25 le nombre de « wagen » de chaque localité, 011 arrivera vraisemblablement à déterminer la quantité d'hommes que chacune entendait appeler sous les armes. Ainsi, la Bonne ville de Herck possédait 5 « wagen », Zonhoven 4, Zolder, Curange et Stevoort, chacune 3, Elderen 1, Beringen et Heusden, ensemble 1 seul f1). Les chiffres auxquels on arrive par ce moyen restent dans les limites d'une parfaite vraisemblance.
D'où provenaient ces véhicules ? Les armées liégeoises n'ont pas connu au Moyen Age de corps permanent de trarsport. II fallait donc que le charroi fût, en cas de besoin, emprunté au secteur « civil », sous la supervision des autorités militaires. La documentation serait, sur ce point d'une navrante pauvreté, si nous n'avions conservé quelques traces écrites des coutumes locales qui régissaient alors la constitution du parc. On peut supposer que les hommes de fief amenaient à l'ost leur propre véhicule, comme ce seigneur de Wintershoven qui prétend disposer d'un chariot et de charretiers en vertu d'un droit de corvée qui pèse encore jusqu'en plein XIVe siècle sur les manants du domaine de Scoenwinckel (2). Plusieurs terres, par ailleurs, étaient grevées de l'obligation de fournir une voiture au souverain du Pays ( 3). Mais il y a tout lieu de penser que l'armée féodale, évêque en tête, ne pouvait s'en remettre au hasard de pareils usages et qu'elle devait ordinairement faire appel à du matériel et à des servants rétribués c'est-à-dire à des rouhers de profession. Nous n'en avons malheureusement pas la preuve mais on voit mal comment il eût pu en être autrement en raison de l'importance des services requis ( 4). (') Cfr à ce sujet l'article de Hansay cit. p. 96. (2) Voir note 3 p. 98. (3) J. G. Schoonbroodt, op. cit., n° 453 (terre d'Ans), n. 525 (terre de Ramioul). — Cet usage fut particulièrement répandu en Brabant, où le charroi ducal devait être constitué, du moins en théorie, au moyen des chariots de corvée fournis par les communautés religieuses ; de nombreux documents en attestent
pour les XIVe et XVe siècles : cfr P. Gorissen, De karweien der Brabantsche Kloosterhoeven..., p. 1 sv (4) Le recours à des rouliers, engagés pour la durée des opérations, est habituel dans l'armée bourguignonne (Ch. Brusten, L'armée bourguignonne de 1465 à 1468, Bruxelles 1953, P- J 8) comme d'ailleurs dans toutes les armées médiévales.
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Quant aux communautés rurales, elles constituaient ellesmêmes leur charroi mais, ici encore, nous ignorons par quels moyens (^). Enfin, les villes avaient également la charge de réunir leurs propres véhicules. A nouveau la façon dont elles se les procuraient nous échappe. Dans le cas de compagnies militaires assermentées, ce sont les autorités communales qui fournissaient le nécessaire (2). En outre, le rôle de pourvoyeur paraît avoir été dévolu aux communautés religieuses mais dans une mesure effective que nous serions bien en peine de préciser ( 3). L'éventualité de réquisitions est à retenir comme celle d'un recours à des services privés rétribués ( 4). Force nous est de laisser dans l'ombre la question de la remonte : les rares éléments qui, dans les textes, nous permettent de connaître la source d'approvisionnement en chevaux de trait, indiquent une origine semblable à celle des véhicules (5).
II y a lieu, avant d'en finir avec les transports terrestres, de signaler en passant deux utilisations supplémentaires du charroi, au Pays de Liège comme ailleurs. Tout d'abord nous voulons parler de l'affectation occasionnelle des chariots à l'évacuation des blessés. Un cas notoire est celui
du transport, par des voitures de la commune de Ciney, des débris d'un corps expéditionnaire maestrichtois surpris et mas
(') Pour le pays de Looz, cfr n. 2 p. 96 ; pour la châtellenie de Dinant : D. D. Brouwers, Cartulaire de la commune de Dinant. VII, Namur 1907, p. 353 ; pour la mairie de Ciney : J. Borgnet, Cartulaire de la commune de Ciney, Namur 1869, p. 11-12. (a) Par exemple à Saint-Trond : cfr Straven, op. cit., loc. cit., n. 2, p. 98 ; à Tongres : cfr Lyna, op. cit., loc. cit. ibidem. (3) La Maladrerie de Fosse doit prêter aux mattres et au Conseil de cette ville un chariot à quatre chevaux en cas de guerre nationale ; J. Borgnet, Cartulaire de la commune de Fosses, Namur 1867, p. 113-114 ; cfr le servitium curruum demandé par l'évêque à l'abbaye d'Averbode, en 1494 ; Pl. Lefevre, Documents relatifs aux dégâts..., p. 73. — Le recours en ce domaine aux institutions ecclésiastiques est également attesté en Bourgogne (J. Garnier, op. cit., p. 248) et surtout en Brabant (cfr n. 3, p. 99).
( 4) L'occupant bourguignon recourt volontiers à ce procédé : cfr n. 3, p. 96. — II semble être d'application à Liège en 1487, en vertu de i'autorité du princeévêque, et décelable à l'expression : « toutes personnes sommeis pour amenneir chairs, cherios, chevaulx... » ; cfr de Ram, Documents relatifs aux troubles du Pays de Liège..., Bruxelles 1844, p. 823-824. (5) II est chaque fois question, en effet, de fourniture de véhicules attelés.
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sacré en 1430 par Гагшбе namuroise (*). Enfin, nous reviendrons plus loin sur l'usage du parc roulant comme fortification de campagne, élément important de la tactique médiévale. Comme nous le constations plus haut, le réseau hydrographique de la principauté, ne permettait guère d'acheminer des bateaux chargés d'hommes et de bagages. Le débit trop faible ou le cours irrégulier de la majorité des rivières n'eussent pu s'accommoder d'embarcations à tirant relativement élevé, comme devaient
l'être celles utilisées à des fins militaires (2). Seule, la Meuse autorisait un transit de fort tonnage. Aussi lorsqu'il s'agissait de diriger des forces armées et leurs impedimenta d'une ville mosane à l'autre, il n'est pas rare que l'on y procédât par cette voie. Les sources n'ont retenu que quelques exemples d'acheminement de cette espèce mais la vraisemblance suggère que les cas d'application, — devant la nécessité de fréquents déplacements Nord-Sud et vice-versa, — ont dû être fréquents. Bien entendu, la présence de matériel d'accompagnement sur les embarcations, — qui seul nous intéresse ici, — n'est pour ainsi dire jamais spécifiée (3) mais implicite. En 1018, ainsi que nous l'avons vu plus haut, les troupes épiscopales descendent la Meuse jusqu'à son embouchure lors de la campagne contre Thierry II de Frise. En 1151, les milices liégeoises et hutoises qui viennent surprendre l'armée namuroise dans la cuvette d'Andenne, remontent
le fieuve jusqu'à l'objectif (4). En 1464, les Liégeois descendent (!) Jean de Stavelot, Chronique, p. 25. — La coutume d'Elderen prévoit que le chariot militaire des manants servira le cas échéant au transport des blessés ; cfr Hansay, op. cit., p. 377-379.
(2) La flotille des Liégeois et des Hutois, composée de 23 bateaux, qui descend la Meuse en 1464 transporte, — si nous comprenons bien la formule ambiguë du chroniqueur, — 450 fantassins et 340 cavaliers, soit une moyenne de 20 hommes de pied et 15 cavaliers par embarcation. A ce fret humain, il faut bien entendu ajouter les chevaux d'usage et de rechange, les bagages et l'équipage ; Adrien d'Oudenbosch, Chronique, p. 97-98. — On trouve bien mention, dans
les Comples communaux de Namur (Arch. état Namur, reg. 32, f° 41) d'un raid dirigé contre cette ville en 1466 par quelques habitants de Thuin, I.es assaillants atteignent l'objectif en descendant la Sambre sur une embarcation chargée d'artillerie avant de se faire arrêter près du but. Mais on ne possède aucune indication sur la taille du bateau employé.
( 3) Les Dinantais par exemple, font venir par bateau deux bombardes provenant du siège de Rochefort et d'Agimont ; Brouwers, Cartulaire de la commune de Dinant, II, Namur 1881, n° 72.
( 4) Renier de Saint-Laurent, Triumphale Bulonicum, p. 592.
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la Meuse en bateau jusqu'à un point de ralliement situé entre Stokkem et Maeseik. Là, après avoir fait jonction avec les Lossains, ils débarquent et marchent sur Rheidt. Les fantassins et cavaliers hutois et dinantais les rejoignent quelques jours plus tard ; ils accomplissent la première partie du voyage dans une flotille de 23 bateaux (^). Les archers de Maestricht qui accompagnent le sire de Humbercourt à Liège, en 1472, arrivent
également par la Meuse, ainsi que le fera, dix ans plus tard, l'infanterie transférée de Liège à Huy et vice versa (2). Et ces exemples ne sont nullement exhaustifs. Pour des parcours plus restreints, on pouvait se contenter d'un ponton. Celui que l'abbaye du Val-Saint-Lambert prête traditionnellement aux manants d'Yvoz sur pied de guerre permet à ceux-ci d'acheminer armes et vivres sur les quelques 15 kilomètres qui les séparent de leur poste de garde à Liège ( 3).
Malgré l'absence de service de transports militaires organisés, il ne semble pas que la constitution du charroi d'ordonnance ait jamais représenté, à Liège, un problème sérieux. Du moins les sources n'en font pas état. Cet argument a silentio, que confirment des témoignages péremptoires sur l'abondance des voitures du train, démontre que le système d'appropriation des véhicules était efficace et suffisant pour l'époque. Nous aimerions pourtant en connaître plus long sur la façon dont on s'assurait le concours d'un tel charroi et comment il s'administrait. Encore
une fois, le laconisme des sources ramène nos prétentions à des
proportions fort modestes. Pourtant, l'appréciation largement positive que l'on peut formuler à l'adresse des moyens logistiques mis en œuvre se fait sévère lorsque l'on envisage leurs implications du point de vue de la stratégie. L'effet paralysant des transports militaires sur le plan des opérations fera l'objet de quelques remarques critiques dans un autre chapitre. f1) Cfr op. cit., n. i, p. 101 et Kroniek der Luiksche oorlogen uit de XVe eeuw, p. 206-207. On suppose que le transport terrestre entre les bords de la Meuse et le château de Rheidt était assumé par le détachement lossain après la jonction. Cela impliquerait un système développé d'organisation du charroi. (2) Adrien d'Oudenbosch, p. 235, 268. Dans le premier cas, il s'agirait d'archers, d'après Jean de Looz, Chronicon rerum gestarum..., p. 68 ; Jean Placentius, Catalogus..., p. 93.
(3) Schoonbroodt, op. cit., n° 770 et Arch. État Liège, Val-Saint-Lambert, reg. 143, f° 171-172.
5. LA MARCHE
I. Le dispositif de marche
L'adoption d'un dispositif de marche est considéré comme très importante au Moyen Age (x). Les sources liégeoises s'appliquent elles aussi à mettre l'accent sur la cohésion et la discipline de route des armées. Les manquements graves sont signalés lorsqu'ils entraînent des conséquences fatales. En 1255, par exemple, les milices hutoises, retour d'un assaut infructueux contre la forteresse de Moha, réintègrent leur ville en ordre dispersé : alors qu'une partie d'entre elles est déjà à l'abri des murs, l'autre s'attarde encore à 4 kilomètres en arrière, entre Antheit et Vinalmont. C'est le moment que choisit le comte de Juliers pour tomber sur le dos des traînards (10 août 1255). La même négligence, que les Hutois commettent à nouveau en 1301, les mène également à la catastrophe, entre Neuvillesous-Huy et le bois de Tihange, à 3 kilomètres des remparts. Assurément, une colonne d'un millier d'hommes, étirée sur
3 ou 4.000 mètres devait s'avérer bien vulnérable lors d'une attaque de cavalerie ! Les Maastrichtois en éprouvèrent eux aussi la triste expérience lorsque, en 1393, sous la conduite généreuse mais peu éclairée d'un cordonnier, ils sortirent en désordre et non groupés, au nombre de 400, à la poursuite des reîtres pillards du comte de Meurs. Ces derniers firent volte-face et, montés sur des forts destriers, eurent trop beau jeu de bousculer cette piétaille (2). La cavalerie elle-même n'est d'ailleurs pas davantage à l'abri des suites fâcheuses qu'un dispositif de marche défectueux peut engendrer. Le cas de Louis de Bourbon au combat de Chênée est tristement célèbre : le prince va à la rencontre de son ennemi ( 1) Cfr J. F. Verbruggen, De krijgskunst in West-Europa in de Middeleeuwen (IX e tot begin XIVe eeuw) , Bruxelles 1954, p. 154 sv., 341 sv. (2) Chronique liêgeoise de 1402, p. 191, 263-264 ; ibid., p. 423 ; Corneille dï Zantfliet , col. 341.
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personnel, Guillaume de la Marck, absque dispositione et ordine, avec une petite troupe équestre. Pris au dépourvu, il est assailli et tué avant d'avoir pu esquisser une défense cohérente. D'autre part, la dispersion momentanée de la colonne donne à l'ennemi l'occasion d'agir efficacement : à preuve ce détachement d'infanterie urbaine imprudemment attardé dans une taverne au retour d'un raid sur la terre de Logne et mis à mal par l'abbé de Stavelot, qui profite de l'occasion pour intervenir (1315). Tel aussi ce corps de Saintronnaires qui rompt les rangs près de Waremme à l'heure du repas et se fait surprendre par les forces épiscopales (1328) lancées à sa poursuite (^). Mais nous n'avons fait qu'énumérer ici des exceptions. Elles illustrent la vulnérabilité du combattant médiéval pris individuellement : il reste inopérant en dehors de l'action concertée du groupe au sein duquel il doit occuper une place déterminée. Nous aurons l'occasion de revenir sur cet aspect fondamental de l'art de la guerre au Moyen Age. L'essentiel pour une armée en marche était de présenter un bloc solide et cohérent, capable de décourager toute action ennemie. Les chroniqueurs liégeois témoignent de ce souci. Sans doute ne l'attestent-ils pas avec une égale précision, ce qui nous empêche de saisir l'évolution des dispositifs de marche successivement adoptés. Pourtant, les données que nous pouvons retenir, échelonnées du XIIe au XVe siècle, n'en constituent pas moins un ensemble hautement suggestif. Le processus d'entrée en campagne appliqué aux milices urbaines en général se trouve défini avec concision et exactitude, dans un texte de 1300 environ, relatif aux Saintronnaires : « illi de Sancto Trudone ... campanis vibratis, baneriis apertis, phalangiati et armati... (2) ». On ne saurait mieux dire en si peu de mots. Dans les villes, l'appel aux armes suivi du rassemblement est annoncé par le tintement de la cloche communale ou « bancloche », attestée à
partir du XIII e siècle. A ce signal, les hommes valides ou désignés (1) Adrien d'Oudenbosch, p. 269 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 277 ; voir l'appendice sur le combat de Waremme (annexe VIII). (2) Extrait d'un cahier de doléances : Hae sunt injuriae el molestiae de quibus
opidum Lewense conquaeritur illatae domino duci Brabantiae et sibi dicto oppido ab illis de Sancto Trudone, éd. C. P iot , Notice historique sur la ville de Léau, in Messager des sciences historiques de Belgique, (1843), p. 371.
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s'arment et accourent, vers la place du marché généralement, où a lieu la concentration des milices. Chaque combattant, selon la spécialité professionnelle qu'il exerce, se range sans tarder sous le pennonceau de son « métier ». Un ensemble de pennonceaux apparentés se rallie sous une grande bannière corporative. Chaque corporation occupe d'ailleurs sur l'esplanade un emplacement déterminé (*). C'était là, pour s'exprimer comme un auteur du XVe siècle « buteez fours toutes les baniers et pengnecealz » (2) . Vraisemblablement cette procédure était-elle déjà d'application avant que, vers 1300, la répartition professionnelle des forces urbaines ne se fût imposée. Seulement, à ce moment, la prise d'armes devait s'opérer selon un critère d'ordre topographique : les recrues étaient distribuées sous les drapeaux de leur quartier et, parfois même, réparties, à l'intérieur de ces catégories, en petites sections de combat ( 3). Quant aux troupes féodales, elles pouvaient également se réunir, — tout au moins en partie, — sur le forum de Liège, lorsque cette cité servait de point de départ à une expédition (4). Elles étaient appelées, semble-t-il, par une sonnerie de trompette (5). Dans bien des cas, cependant, l'ost épiscopal, formé par essence même d'éléments de provenance dispersée, concentrait plutôt ses effectifs dans les environs immédiats de la zone opérationnelle et, en temps de guerre civile, à l'écart des villes dont (') Sur le rassemblement des milices liégeoises, cfr C. Gaier, Analysis of military forces in the principality of Liège and the county of Looz..., Studies in Medieval and Renaissance History, 2 (1965) p. 242 sv. — L'appel sous les armes est évoqué dans : Vita Odiliae, p. 182 ; Chronique liêgeoise de 1402, p. 200, 353 ! Jean de Hocsem, p. 197 ; Chronique de Saint-Trond, II, p. 237 ; O. Thimister, Cartulaire... de l'église colUgiale Saint-Paul..., Liège 1878, p. 284-285 ; Chronique du règne de Jean de Bavière, p. 196 ; Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 493 ; très nombreux exemples dans Adrien d'Oudenbosch, passim et Jean de Stavelot, Chronique, p. 34, 79, 110-111, 196, 286, 299-308, 313, 44°. 457·
( 2) Ibid., p. 457.
(3) La subdivision en vingtaines, introduite par le tribun Henri de Dinant, persista jusqu'à la fin du XIII e siècle mais la levée des forces par quartier remonte certainement à l'origine même des milices communales. Cfr C. Gaier, op. cit., p. 243.
(4) Par exemple, en 1403 : Chronique du règne de Jean de Bavière, p. 157. (5) F. TiHON, Documents concernant les La Marck et l'évêque Jean de Hornes, in B. I. A. L., 38 (1908) p. 334 ; Adrien d'Oudenbosch, p. 179. — L 'usage de la cloche pour appeler les fantassins et de la trompette pour les cavaliers est également attesté dans les villes souabes : cfr K. Saur, op. cit., p. 18.
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le Magistrat lui était hostile (J). D'ailleurs, même en ce qui concerne les forces urbaines, les concentrations importantes étaient opérées, par souci d'espace, en dehors du marché et de l'enceinte. C'est ainsi que les troupes liégeoises qui se préparent, en juin 1398, à envahir la Gueldre et le Juliers, font jonction aux environs de Visé ; et celles qui, à l'aube de cette journée du 23 septembre 1408, vont marcher contre le duc de Bourgogne, se rassemblent dans la campagne en dehors de la porte SainteWalburge ( 2). L'appel aux armes des milices rurales était proclamé au son du tocsin. On pouvait, par ce moyen, mobiliser une région entière en un temps très court. L'histoire liégeoise offre plusieurs exemples de l'efïîcacité de ce procédé : grâce à lui, on enraye, en 1320, une invasion namuroise en Hesbaye, on débarrasse le village de Helchteren d'une bande de pillards en 1363 ; c'est encore ainsi que la victoire se décide en faveur du capitaine
Gracien de Guerre au combat de Heers (1489) ( 3). II serait vain de chercher à réduire à un seul schéma organique le dispositif de marche usité au Moyen Age : « i'en ay veu de beaucoup de manieres, selon l'affaire que lon pensoit avoir », déclare un homme de guerre fameux de la fin du XVe siècle ( 4). Bien au contraire la diversité des solutions adoptées par les (') Par exemple, en 1203. l'armée liégeoise se concentre à Waremme afin d'attaquer le Brabant ; Renier, Annales S. Jacobi Leodiensis, p. 68. En 1328, l'ost fait jonction à Hoeselt, dans le but de marcher sur Tongres ; cfr notre annexe XI.
( a) Chronique liégeoise de 1402, p. 438 ; toutefois la jonction des Hesbignons et des Lossains avec les Liégeois ne se fit qu'à Rothem, près de Maestricht, une semaine après l'arrivée de ces derniers. Le comte de Saint-Pol, quant à lui, rejoignit le gros des troupes à Goele, où on l'attendit deux iours ; cfr Arch. générales Du Royaume, Ckambre des Comptes, Recette génêrale des provinces : Limbourg, reg. 2437, fos 237-237 v°. Chronique du règne de Jean de Bavière, p. 196.
(3) Jean de Hocsem, p. 168 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 283 ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 324 ; Jean Molinet, II, p. 153. — Au XVe siècle, une charte stipule que le village lossain de Heusden devait répondre au tocsin de Beringen ; cfr A. Hansay, Le droit de bourgeoisie accordê par la ville de Hasselt à des bourgades lossaines au cours des XIVe et XVe siècles, V. O. G. O. S. H., ii (1935) p. 372. — Jean d'Outremeuse, Chronique, VI, p. 258, nous a laissé une description extrêmement vivante et valable d'un appel aux armes des paysans hesbignons, à propos du combat de Bierwart (1331)·
(4) Philippe de Clèves, p. 26. Cet auteur connaît bien les Liégeois pour les avoir tour à tour combattus et commandés.
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stratèges selon chaque cas d'espèce témoigne plutôt d'un perpétuel souci d'adaptation aux nécessités du moment bref, pour tout dire, d'une réelle intelligence militaire. Bien entendu, cette souplesse devait nécessairement s'exercer dans les limites déterminées qu'imposaient les conditions matérielles de la guerre dans une certaine civilisation : dualité infanterie-cavalerie, encombrement et lenteur du charroi, état des
routes, liaisons difficiles, etc. Cette contrainte sous-jacente explique les traits communs à tous les dispositifs employés, dans la région qui nous occupe comme ailleurs en Europe occidentale ; la souplesse de la pensée militaire qui se plie aux circonstances explique leurs différences. Nous examinerons tour à tour les aspects les plus caractéristiques de cette conjoncture. a. La division des forces en corps de marche
Rarement explicites, nos sources laissent trop souvent l'impression que les armées en marche formaient un seul bloc informe et inarticulé. Un coup d'œil en dehors des frontières de la principauté nous met pourtant en garde contre cette trop hâtive présomption. La progression des Croisés vers Ascalon en 1099, celle de l'armée de Richard d'Angleterre de Saint-Jean-d'Acre à Jaffa (1191) offrent l'image d'un ensemble de corps de troupes ordonnés dans la poursuite d'un même objectif et non pas d'un agglomérat compact. De même les mouvements qu'effectuent les armées de Philippe Auguste et de son adversaire Othon IV avant la bataille de Bouvines (27 juillet 1214), ou ceux de l'ost de Philippe III en Roussillon (1285) et de Philippe VI avant Cassel (23 août 1328) (χ) . Pendant ces manœuvres non seulement l'infanterie est distincte de la cavalerie mais à l'intérieur de
chacune de ces deux armes on constate que le contingent se trouve scindé en plusieurs formations de route qui progressent de concert mais avec plus ou moins de distance entre elles. A vrai dire, ces dispositifs ne semblent adoptés que sous la menace (x) Cfr J. F. Verbruggen, De krijgskunst . . . , op. cit., p. 158-159, 341, 381, 401-402, 412; F. Lot, L'Art militaire . . . , op. cit., I, p. 241. — La notion de discipline de marche était déjà solidement implantée à l'époque des premières croisades : cfr R. C. Smail, Crusading warfare (1097-1193), Cambridge 1956, p. 120 sv. ; la Règle du Temple est formelle sur ce point, J. F. Verbruggen, op. cit., p. 155 sv.
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d'un engagement prochain. Avant cette phase d'alerte, il n'est pas interdit de penser que les troupes se contentaient de marcher en une seule masse ou selon des groupements déterminés naturellement par la provenance géographique des combattants. Ces constatations se vérifient au pays de Liège, du moins à partir du XVe siècle, lorsque les sources relatent ces matières avec assez de détails. Témoin l'armée qui envahit le comté de Namur en 1430. Les milices de Liège, suivies de leur charroi, venaient alors renforcer les Hutois et les Dinantais devant la
forteresse de Poilvache. L'avant-garde, à cheval, s'articule en deux corps que commandent respectivement l'évêque et son père de Heinsberg. En 1436, une vaste expédition punitive, à laquelle participent des combattants de toutes les régions de la patria, est déclenchée contre Bosnau, un repaire de pillards situé en Thiérache. La jonction des forces a lieu à Dinant mais l'ultime
dispositif de marche est seulement imposé à partir de Regniowelz, à une douzaine de kilomètres de l'objectif. C'est là que l'ost est divisé en quatre « batailles », deux à cheval et deux à pied, et passé en revue. II reçoit aussi ses dernières instructions. Un des corps de cavalerie est envoyé en avant, pour s'assurer des abords de la place. Les autres gens d'armes, avec les deux groupes de piétons, suivent sous la direction de l'évêque de Liège. Un troisième exemple est sans doute moins typiquement médiéval : il se rapporte à la marche effectuée le 3 avril 1490 par les forces de Jean de Hornes et celles de ses adversaires rebelles, avant la rencontre de Zonhoven. Les premières se présentent en une
seule colonne d'infanterie flanquée de cavalerie, les secondes en deux compagnies de gens de pied également encadrées par des troupes montées. La différence, du côté des fantassins, résulte vraisemblablement de la disparité des effectifs. Quoi qu'il en soit, la recherche d'un déploiement plus souple, évidente de part et d'autre, n'est sans doute pas sans rapport avec l'origine étrangère de la majorité des recrues, soldats d'Allemagne, de Suisse et de France, formés à des méthodes novatrices (^). L'adoption d'un ordre de marche fractionné offre incontestablement de plus grandes possibilités stratégiques et tactiques qu'un simple groupement de route monobloc. II autorise une liberté d'action plus (') Enguerrand de Monstrelet, VI, p. 271 ; Jean de Stavelot, Chronique, p. 254 ; voir notre annexe XXV.
la marche
étendue et permet d'envisager a priori une gamme plus large d'évolutions stratégiques. b. Les sécurités
La nécessité de connaître la zone de l'objectif et de s'en assurer l'accès était expressément reconnue. Certains textes, en effet, attestent l'usage d'une sécurité éloignée, formée d'éclaireurs. Par exemple en 1362, l'armée liégeoise qui marche sur Stokkem se fait précéder d'un parti de 80 cavaliers et en 1380, avant d'atteindre la forteresse de Chassepierre, que l'on prétend abandonnée par sa garnison, elle envoie également reconnaître
la place. En 1433, une expédition punitive lancée à la poursuite de pillards français suspend sa progression à proximité du bourg d'Hannappes, où l'ennemi vient de trouver refuge. Onze hommes, connaissant le dialecte local, sont d'abord dépêchés sur place pour espionner l'état des lieux et c'est sur la foi de leur rapport que l'attaque finale sera organisée et menée. La sécurité éloignée devait donc exécuter une mission de simple reconnaissance et fournir des renseignements sur l'ennemi sans engager l'action (J) . La sécurité rapprochée, au contraire, consistait à ouvrir au gros des troupes le passage vers l'objectif ; ses effectifs étaient donc forcément plus copieux. Celle qui, en 1436, fraye la route à l'armée liégeoise près de Bosnau compte plusieurs centaines d'hommes d'armes, c'est-à-dire la moitié de l'ensemble des
forces équestres engagées (2). En général, les sécurités sont formées de cavaliers. Toutefois, les armées composées de fantassins connaissent également un système semblable. La surprise de Tongres, en octobre 1468, en offre un exemple éloquent. Dans l'espoir de se rendre maître de Landen grâce à la complicité de quelques habitants, un fort parti d'infanterie liégeoise se met en campagne nuitamment et s'enfonce dans la Hesbaye. Mais l'ennemi est sur ses gardes ; la surprise est déjouée. On abandonne le projet et le raid ne dépasse pas Montenaeken. La troupe rebrousse aussitôt chemin. Pourtant, en passant par Fexhe-le-Haut Clocher, elle remarque dans le lointain, vers f1) Raoul de Rivo, p. 11 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 385 ; Jean de Stavelot, p. 355-356. — Un autre exemple, en 1489 : Jean Molinet, II, p. 152. (2) Enguerrand de Monstrelet, VI, p. 271.
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Tongres, une concentration insolite : c'est l'élu Louis de Bourbon qui vient d'entrer en force dans la vieille cité avec des troupes bourguignonnes. La tentation du beau coup de main est trop forte. L'un des chefs liégeois se détache avec 300 piétons et, par la chaussée d'Amay et le pont de Lowaige, s'en vient à Koninksem, à 11 kilomètres au nord de Fexhe. De là, il dépêche deux éclaireurs à Tongres, située à 2 kilomètres au Nord-Est. Les renseignements fournis par ces espions permirent d'élaborer un plan d'attaque dans lequel l'ensemble des fantassins liégeois fut impliqué et qui, d'ailleurs, réussit splendidement. II semble bien que l'on puisse considérer ce genre d'échelonnement comme un exemple typique de mise en œuvre de sûretés éloignées et rapprochées (г).
c. Les gens de trait ouvrent et ferment la marche
Certains documents, hélas trop rares pour que l'on puisse en inférer la fréquence des pratiques qu'ils attestent, révèlent que l'infanterie de trait était parfois placée en avant du gros des troupes et qu'elle fermait la marche au moment de la retraite. La charte qui, en 1482, rétablit les arbalétriers de Liège dans leurs anciens privilèges, perdus par faits de guerre, leur assigne expressément ce rôle. Ce sont eux, d'ailleurs, qui marchaient en tête de l'armée qui devait se faire écraser dans la campagne d'Othée (1408). Des arbalétriers sans doute aussi ces Hutois qui tentèrent en vain d'arrêter au pont de Chênée les premiers éléments de l'armée que Guillaume de la Marck menait contre la cité (2). La mission que l'on entendait ainsi confier à ces gens de pied apparaît mieux à la lumière de situations analogues constatées dans des régions étrangères : ils doivent s'interposer entre l'assaillant et l'armée, au cas où celle-ci viendrait à être surprise en cours de progression, et la couvrir d'un rideau protecteur de traits. Cette première intervention était destinée à ralentir l'attaque tout en donnant au gros des forces le temps d'organiser la riposte. Le caractère d'antériorité de cette fonction pendant la marche correspond bien au rôle d'initiateurs du combat que (*) Onofrio, p. 90 ; Kroniek der Luiksche oorlogen..., p. 218-219. (2) E. Fairon, Regestes äe la cité de Liège, IV, Liège 1939, p. 474-477 ; Chronique du règne de Jean de Bavière, p. 197 ; Jean Placentius, p. 93 (voir à ce propos notre annexe XXIII).
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III
les archers et les arbalétriers remplissaient sur le champ de bataille. Pendant sa progression de Saint-Jean d'Acre à Jaffa (1191), Richard Cœur-de-Lion dispose ses arbalétriers en avant, en arrière et en flanc-garde afin d'écarter de l'armée des Croisés les cavaliers musulmans. Ce sont encore des arbalétriers qui couvrent le dos des troupes royales pendant la contre-marche que Philippe II Auguste leur fait exécuter de Mortagne à Bouvines (1214). Lorsque Philippe III pénètre en Roussillon, en 1285, il étend sur les flancs de ses deux premiers corps d'avantgarde une haie d'arbalétriers (*). Le cas liégeois n'est donc nullement particulier : il répond, de ce point de vue, aux grandes entreprises militaires du Moyen
Âge. d. La cavalerie protège l'infanterie Nous avons vu qu'une fraction de la cavalerie assumait généralement une mission de découverte, en avant de l'armée. En raison de sa relative mobilité, la cavalerie lourde servait
aussi à protéger la colonne de marche de l'infanterie qui, au pays de Liège, — ne l'oublions pas, — constituait le plus souvent le gros des forces. La position des gens d'armes varie selon les circonstances mais elle est toujours périphérique, mis à part un éventuel rideau d'arbalétriers ou d'archers.
I. La cavalerie marche en avant de l'infanterie
Instinctivement, un combattant monté a tendance à progresser plus vite qu'un piéton. Au cours d'une poursuite, en tout cas, — comme on le constate en 1254 en 1301 (2) —, le but même de l'action pousse la gendarmerie à ne pas se soucier d'une infanterie trop lente. Pourtant, normalement, la coordination entre les deux armes est assurée. On peut dire que dans la plupart des campagnes militaires liégeoises, les gens de cheval marchaient un peu en avant des gens de pied. Au cours des opérations qui aboutirent au siège de Stokkem puis à celui de Rummen, en 1362 et en 1366, l'évêque chevauchait en tête avec les hommes d'armes du pays ; de même en 1430, (*) J. F. Verbruggen, op. cit., p. 381 ; F. Lot, op. cit., I, p. 241. (2) Chronique liégeoise de 1402, p. 185, 244.
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en 1436, en 1482. A Othée (1408), les milices se trouvent encore derrière les chevaux (^). II n'est pas jusque au franchissement des cours d'eau qui ne témoigne également du respect de cette ordonnance. Les fantassins de Liège qui, en 1347, passent le gué de la Meuse à Hermalle-sous-Argenteau, sont précédés par des cavaliers. En 1406, la Semois est traversée à Bouillon par la gendarmerie d'abord, puis par la cavalerie dinantaise et enfin par la piétaille de Dinant ( 2). 2. La cavalerie couvre la retraite de l'infanterie Seuls, quelques exemples tardifs viennent à l'appui de cette affirmation mais rien ne porte à croire qu'elle ne pourrait s'appliquer à l'époque antérieure. On constate qu'après le raid infructueux sur Liège, en 1491, l'armée de Jean de Hornes, jointe à celle du duc de Saxe, se retire par la rive droite : les reîtres de l'arrière-garde, cachés dans le bois de Robermont, mettent en déroute une troupe de vilains qui tentait de donner la chasse aux pillards. En tout état de cause, au terme d'une expédition nationale, c'est l'évêque qui ferme la marche avec sa gendarmerie lorsque les combattants regagnent leurs pénates (3).
3. La cavalerie flanque l'infanterie Dans certains cas, — qui s'expliquent peut-être par le souci de maintenir une plus grande cohésion à proximité de l'ennemi —, la cavalerie est placée sur les flancs de l'infanterie. Les exemples liégeois de cette disposition datent du XVe siècle. Ils sont contemporains de répartitions semblables, constatées dans l'armée bourguignonne (4). (>) Ibid., p. 348, 353 ; Jean de Stavklot, p. 254, 364 ; Enguerrand de Monstrelet, VI, p. 271 ; Jean Holinet, I, p. 374 ; Chronique dit règne de Jean de Bavière, p. 196. ( 2) 13. Fisen, Historiarum Ecclesiae Leodiensis partes duae, Liège 1696, p. 112113 (cet ouvrage utilise la partie disparue de la chronique de Jean d'Outeemeuse) ; Jean de Stavelot, p. 101-102. (3) Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 454-455, 480 ; Adrien d'Oudenbosch, p. 246.
(4) Jean de Haynin, I, p. 189 ; cfr notre annexe XXV. — Sur un dispositif analogue de l'armée bourguignonne au XVe siècle, cfr Ch. Brusten, L'armée bourguignonne de 1465 à 1468, Bruxelles 1953, p. 153. — On trouve une singulière application de ce principe de protection de l'infanterie par la cavalerie
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e. Les préséances dans l'ordre de marche de l'infanterie Depuis le XI e siècle, la coutume et bientôt les chartes prévoient l'antériorité de la levée des milices de Liège par rapport à toutes les autres, suivie immédiatement de celle des Hutois puis, sans doute, des autres villes par ordre d'importance. En cas de mobilisation de toute la patria, les milices rurales arrivaient, théoriquement du moins, seulement après la levée des contingents urbains (] ). Nous croyons que l'ordre de marche des fantassins était calqué sur la succession chronologique des appels sous les armes. A la fin du XVe siècle en tout cas, aux dires d'un témoin
oculaire, la colonne de route des milices urbaines se répartissait comme suit : les gens de Liège, ceux de Huy, de Dinant, de Tongres, de Saint-Trond, les Lossains, puis les Hasseltois (2). Nous ignorons tout de la façon dont les hommes étaient rangés pour la marche. Nous savons seulement qu'ils l'étaient. Le seul renseignement précis que nous possédions à ce sujet se rapporte à la retraite qu'opéra l'armée liégeoise le 7 septembre 1466, en présence des forces bourguignonnes établies sur le Geer. La crainte de l'ennemi, qui assiste à leur départ, oblige ceux de Liège à adopter un ordre serré, garant d'une plus grande cohésion. La cavalerie chevauche sur les flancs, vraisemblablement en
dehors de la route, le charroi est placé à l'intérieur de la colonne d'infanterie. La voie empruntée par les fantassins est un axe important qui, partant de Liège, passe par Othée, franchit le Geer par le pont de pierre de Lowaige et gagne Saint-Trond par Heers. pont de pierre de Lowaige et gagne Saint-Trond par Heers. La description que Jean de Haynin en donne se réfère probablement à une artère que la Coutume liégeoise qualifiait de « réal en 1151 : la flotille liégeoise qui fait voile vers Andenne navigue sous la protection des hommes d'armes de l'évêque en progression sur la rive ; cfr notre annexe V.
(') Sur les bases institutionnelles de cette pratique, cfr A. Joris, Remarques sur les clauses militaires des privilèges urbains Hégeois, R. B. P. H., 37 (1959), p. 299 sv. — A propos des milices rurales, cfr Thimister, op. cit., p. 284-285 ; en fait, celles-ci étaient parfois levées sans tenir compte d'une quelconque préséance mais selon la proximité du théâtre d'opérations. (*) Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 480. A noter que les villes de l'Entre-Sambre-et-Meuse ne sont pas citées : généralement leur contingent marchait avec celui de Dinant. — Sur le rang que devaient occuper les villes de Flandre et de Brabant au cours d'une campagne, cfr Guillaume, Hisloire de l'organisation militaire sous les ducs de Bourgogne, p. 31 sv.
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chemin ». Les gens de pied en occupaient toute la largeur, c'està-dire qu'ils progressaient en une colonne de 12 à 16 hommes de front (^). f. La place des bagages et de l'artillerie
Le charroi suit généralement les fantassins, c'est-à-dire qu'il traîne en queue d'armée, avec les valets (2). Toutefois, lors de la journée de Lowaige, — évoquée ci-dessus —, la proximité de l'ennemi, donc la menace de pillage, a déterminé l'adoption d'un dispositif plus compact : les chariots occupent, au milieu du chemin, le centre des rangs de l'infanterie (x). L'ordre de marche idéal d'une armée liégeoise au bas Moyen
Âge s'établit donc comme suit : en avant les éclaireurs, suivis d'une sécurité rapprochée, puis le gros des troupes avec, tout d'abord, les arbalétriers, ensuite la cavalerie, les milices urbaines et rurales, enfin le charroi. Cavaliers et fantassins peuvent, à leur tour, se répartir en plusieurs corps de marche, ce qui autorise plus de mobilité et de manœuvrabilité. La colonne de marche liégeoise cherche donc à préserver sa solidité par l'effet de masse et à assurer la protection de son noyau stable et essentiel, l'infanterie lourde, au moyen d'éléments mobiles placés à la périphérie : gens de trait et cavalerie. L'effort tend à garantir la sécurité d'une infanterie trop vulnérable. Le déplacement en colonne s'explique sans doute par la contrainte qu'imposait la rareté des grandes routes stratégiques, sans doute aussi par la difficulté de coordination qu'eussent éprouvée des corps de marche parallèle à une époque où les transmissions restaient rudimentaires.
Cette progression en profondeur aggrave le problème que posait le passage de l'ordre de marche à l'ordre de bataille, celui-ci bien au contraire tout en largeur.
f1) Jean de Ηλυνιν, I, p. 189. — Sur la largeur des chemins au pays de Liège, cfr F. TiHON, Les chemins creux de la Hesbaye, B.I.A.L., 25 (1896) p. 9 : le réal chemin devait avoir une largeur de 40 pieds, une route interurbaine 32 pieds. (2) Corneille de Zantfliet, col. 348 ; Jean de Stavelot, p. 254 ; Enguerrand de Monstrelet, VI, p. 271.
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II. Le moment de la marche
On a cru pouvoir affirmer que l'on ne combattait guère pendant
l'hiver au Moyen Âge (^). L'exemple liégeois, en tout cas, infirme cette façon de voir. II vaudrait mieux dire que l'on considérait alors l'automne et l'hiver comme peu propices à une campagne militaire. Rien d'étonnant à cela, les stratèges contemporains n'ont pas cessé de partager cet avis et de redouter les « généraux janvier et février » : « vous fault entendre que toutes choses prinses en saison sont bonnes et dehors de saison n'en vient que mal » disait-on.
Le gros de l'armée liégeoise, c'est-à-dire l'infanterie, était particulièrement vulnérable aux atteintes de la mauvaise saison : déplacement plus lent que les cavaliers, effort quotidien plus intense, logement médiocre. Aussi voit-on, lorsque les frimas
s'annoncent précoces, que les responsables de la levée des troupes évitent, dès la mi-septembre, de lancer les gens de pied dans une campagne. Car d'aucuns estimaient, non sans arrière pensée politique parfois, qu'il n'est « nient temps d'alleir commone fours por le temps d'yvier » (2) . Et l'on déplorait que les communiers « pesans armeir » dussent aller « àpiet en la guerre en temps delyvier » (3). Crainte assurément fondée ! Au cours de la journée de Momalle (février 1326), l'infanterie rebelle liégeoise qui fait face à une importante armée épiscopale ne peut manœuvrer à cause du verglas et doit négocier sa retraite. Tel aussi ce siège de Heinsberg, finalement abandonné, le 8 octobre 1389, devant les premières atteintes de l'hiver. Témoin encore, en janvier 1433, les opérations menées par les gens de métier de Liège contre certaines demeures patriciennes (1) Wilhelm Erben, Kriegsgeschichte des Mittelalters, Miinich-Berlin 1929, p. 88. (2) Philippe de Clèves, p. 70. — Chronique liégeoise de 1402, p. 412, 435436 ; dans le premier cas, le Chapitre qui s'entend avec l'ennemi, le seigneur de Heinsberg, essaye de temporiser jusqu'au 30 novembre pour empêcher la sortie des milices ; dans le second cas, le bourgmestre de Liège tente de saboter l'alliance avec le Brabant en alléguant les dangers d'une entrée en campagne dès la mi-septembre. — La citation provient de Jean de Stavelot, p. 359 et s'applique à des événements de l'année 1435 ; dans ce cas, l'argument est utilisé par le Sens du Pays afin de faire reposer sur l'armée féodale seule la responsabilité d'une expédition punitive. (®) Argument utilisé par Jean d'Outremeuse, Myreur, VI, p. 201, 486.
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du plat pays : le froid oblige de tout écourter (^). II n'est pas jusqu'aux hommes d'armes eux-mêmes, pourtant montés « sus des bons destriers » (2) , qui ne doivent déposer les armes devant des contrariétés d'ordre météorologique : tels ceux que des pluies diluviennes et le froid contreignent à pactiser avec le duc de Brabant, que l'on eût cependant donné pour battu (avril 1333) ou encore ceux-là qui interrompent leur chevauchée dans le Luxembourg en 1379. D'ailleurs, ne voit-on pas, à la veille de Brustem, le départ de l'armée liégeoise différé d'un jour à cause de la pluie ? ( 3) N'oublions pas que les routes, pour la plupart de simples chemins de terre, se transformaient rapidement en bourbiers impraticables pour lesvéhicules du train. C'était là sans doute l'effet le plus redoutable des conditions atmosphériques défavorables. L'été aussi avait ses surprises, et certaines dramatiques. Une expédition de représailles que l'évêque conduit, en août 1367, avec ses gens d'armes, contre des reîtres du Juliers ne reçut-elle pas le surnom éloquent de « chaude chevauchie » ? Près d'un siècle plus tard, la chaleur faillit compromettre une campagne quelques heures après son ouverture. Un grand nombre de Liégeois, embarqués le 26 juin 1464 sur une flottille de guerre qui devait descendre la Meuse, sont rapidement frappés d'insolation. On constate trois décès et les malades, débarqués à Visé pour recevoir des soins, refusent le lendemain de poursuivre la route ( 4). Tous ces exemples prouvent assurément l'importance réelle des facteurs fortuits en matière militaire. Mais surtout, ils
témoignent du fait que, son déroulement dût-il en pâtir, la guerre se livrait dans n'importe quelles conditions. Les saisons, même l'hiver, n'avaient aucun rapport avec la
fréquence des campagnes engagées (5) . Si les accidents climatiques (г) Chronique liégeoise de 1402, p. 290 ; Corneille de Zantfliet, col. 337 ; Jean de Stavelot, p. 307. (2) Jean d'Outremeuse, Myreur, VI, p. 201.
(3) Jean de Hocsem, p. 220 ; Corneille de Zantfliet, col. 316 ; Adrien d'Oudenbosch, p. 177. — Autre exemple du retard causé par la pluie : le 19 août 1465, elle empêche le contingent liégeois, formé de cavaliers et de fantassins, d'intercepter à temps le duc Jean I er de Clèves qui traverse la principauté pour gagner Tirlemont ; cfr ibid., p. 121. (4) Jean d'Outremeuse, Chronique abrégée, p. 194 ; Adrien d'Oudenbosch, p. 97-98.
(s) Nous donnons ici une liste, nullement exhaustive, d'années au cours desqueiles des opérations militaires furent entreprises par les troupes liégeoises
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pouvaient infléchir le cours d'une opération, c'était des arguments d'ordre militaire qui, par priorité, en déterminaient le déclenchement.
Les opérations étaient menées n'importe quel jour de la semaine. Le repos dominical lui-même, dont la religion prescrivait pourtant la stricte observance, n'était respecté que dans la mesure où il ne devait pas entraver la bonne marche d'une campagne. C'est ainsi par exemple qu'après sa victoire de Tourinne (1347), l'évêque interrompt sa promenade victorieuse à travers la Hesbaye l'espace d'un dimanche mais que, par contre, l'urgence de la situation pousse les Liégeois à rencontrer les Brabançons un dimanche à Steppes (1213) et les Bourguignons un dimanche à Othée (1408) (^). De même donc que l'on combattait au besoin par tous les temps au mépris des difficultés matérielles ainsi pouvait-on enfreindre les impératifs spirituels devant de pressantes nécessités d'ordre militaire. En règle générale, on marchait le jour, de l'aube au crépuscule (2). II arrivait cependant que l'on prît le départ à une heure plus avancée de la journée mais alors par suite d'un contretemps ( 3). La marche de nuit était également pratiquée soit dans le but de gagner du temps soit dans l'intention de créer un effet de surprise. La progression dans l'obscurité n'allait cependant pas sans risques, surtout à proximité de la zone opérationnelle : on conserve ainsi le souvenir d'une certaine traversée
du bois de Perwez accomplie dans la nuit du 26 au 27 juillet 1430 par les milices de Liège. Pleines de crainte à la pensée que le corps expéditionnaire maestrichtois qui les précédait venait de tomber entre novembre et mars : en novembre (1327 - 1378 - 1406 - 1407 - 1490) ; en décembre (1150 - 1300 - 1327 - 1406 - 1407 - 1439 - 1465 - 1482 - 1490 - 1494) ; en janvier (1195 - 1314 - 1334 - 1397 - 1407 - 1408 - 1433 - 1466 - 1483 - 1486 1487 - 1491 - 1495) ; en février (1151 - 1238 - 1326 - 1379 - 1433 - 1487 - 1491) ; en mars (1106 - 1301 - 1334 - 1483 - 1488 - 1489 - 1490). I1) Jean le Bel , II, p. 144 ; cfr Annexes VI et XVI. (2) Voir par exemple le départ des milices d'Ouffet, en 1141 : Triumphus, p. 506 ; de Huy, en 1301 : Chronique liêgeoise de 1402, p. 244 ; de Liège vers Huy en 1328 : Jean de Hocsem , p. 198 ; de I-iège vers Othée, en 1408 : Chronique du règne de Jean de Bavière, p. 196. (3) Ainsi, le 12 octobre 1213, le départ des milices de la Cité est contrarié par l'attente des contingents du sud de la principauté ; Vita Odiliae, p. 182. Le 23 octobre 1467, l'armée liégeoise n'entre en campagne que l'après-midi à cause du retard apporté par la cérémonie de levée de l'étendard de SaintLambert ; Adrien d'Oudenbosch , p. 177.
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dans un guet-apens, elles ne durent le succès final de leur marche qu'à la poigne solide de leur chef (^). III. La vitesse des déplacements
La vitesse maximale des déplacements terrestres était celle que pouvaient atteindre les moyens de locomotion utilisés au
Moyen Âge, au pays de Liège aussi bien qu'ailleurs : la marche, le chariot, le cheval. II s'en fallait de beaucoup, pourtant, que ces possibilités, encore bien modestes à nos yeux, ne fussent réalisées dans la pratique militaire. En fait les moyennes restaient souvent bien en deçà et ce pour de multiples raisons : état des routes, conditions atmosphériques, importance des effectifs, encombrement du charroi, recherche des points d'eau et du logement. Ces contingences, qui se conjuguent différemment selon les cas d'espèce, sont responsables de la longueur, essentiellement relative, des étapes. En général, le gros de la cavalerie s'efforçait d'adopter le rythme de l'infanterie lorsqu'elle était censée l'accompagner. II pouvait se faire, cependant, que les fantassins n'arrivassent pas à conserver la même allure que les gens d'armes, à cause des embarras du charroi. Dans ce cas, les cavaliers faisaient
halte en un point du parcours jusqu'à ce que les véhicules du train vinssent les rattraper. Cette pratique témoigne du souci d'assurer la cohésion et aussi de maintenir le contact entre les
troupes et les approvisionnements. Malheureusement, elle interdisait tout mouvement rapide dès que des effectifs importants se trouvaient en ligne. II faut dix-huit jours, par exemple, à l'armée liégeoise pour franchir les quelque 150 kilomètres qui séparent leur capitale du château de Bosnau en Thiérache, soit à la moyenne incroyablement basse de 8 kilomètres par jour ! Le trajet de Liège à Brustem, qui comporte une trentaine de kilomètres, ne demande-t-il (') Jean de Stavelot, p. 253-254 (1430). Autres exemples : avant Steppes : voir Annexe VI ; en 1327 : Jean de Hocsem, p. 186 ; en 1362 pour marcher sur Stokkem : Raoul de Rivo, p. 10 ; en 1385 pour activer des représailles en Verdunois ; Corneille de Zantfliet, col. 328 ; en 1468 avant la surprise de Tongres : Onofrio, p. 90 ; en 1489, par deux fois, pour « écheler » Maestricht ; Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 396 ; en 1491, dans le but de surprendre la ville de Tongres : ibid., p. 437.
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pas cinq jours de marche aux forces coalisées de la patria ? En fait, dans les deux cas, le parcours était hérissé d'obstacles : temps d'arrêt et détours rendent compte de la lenteur de la progression. Un observateur contemporain de la bataille de Brustem (1467) ne s'extasie-t-il pas devant ce qu'il considère comme la prouesse d'un fuyard liégeois qui aurait, en changeant
trois fois de monture, regagné la capitale en moins de 6 heures (J). En 1347, l'évêque de Liège, victorieux à Tourinne, avec ses « amis » mercenaires, atteint Tongres en trois jours : en deux étapes de 12 kilomètres séparées par un jour plein de repos. II est vrai qu'il s'agit bien plus d'une promenade victorieuse que d'une invasion et que l'on se livrait encore, çà et là, à des pillages et à des actions de détail propres à détourner les troupes du chemin le plus direct. Le choix de l'Yerne puis du Geer comme lieux de halte indique d'ailleurs que la recherche des points d'eau pour les hommes et les bêtes n'était peut-être pas étrangère en l'occurrence au tracé de l'itinéraire.
Nous parlerons également des milices liégeoises en 12 12 : elles sortent de Liège le I er mai au matin, poussent jusque Horion-Hozémont, hésitent devant les forces brabançonnes qu'elles vont devoir affronter, rebroussent chemin et rentrent le lendemain dans la matinée. II leur aura donc fallu un jour et une nuit pour couvrir 25 kilomètres.
C'est toujours le cas à la fin du Moyen Âge puisque en 1483 les troupes qui quittent la capitale le 8 janvier n'atteignent Hollogne-sur-Geer que le 9 (2). II arrive toutefois que les moyennes de route soient plus élevées, sous la pression des circonstances. L'allure de l'armée rebelle qui se dirige vers Tourinne avec armes et bagages en 1347 nous paraît bien modeste : 25 kilomètres en deux jours. En 1213, à la veille de Steppes, cavaliers et fantassins de Hughes de Pierrepont franchissent une trentaine de kilomètres d'une seule traite. En 1141, l'infanterie atteint Bouillon en trois jours : la deuxième étape est de 45 kilomètres (Ouffet-Tellin). L'armée qui, en 1408, allait se faire écraser par le duc de Bourgogne (·) Cfr nos annexes XIX et XXII. — Jean de Haynin, I, p. 231. (2) Jean le Bel, II, p. 143-144 ; Vita Odiliae, p. 175 ; Jean Molinet, I, p. 408410. — Signalons encore qu'en 1407, l'armée met deux jours pour couvrir la distance de Liège à Maestricht et loge à Wonck-sur-Geer ; Jean de Stavelot, p. 112.
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couvrit en deux heures la douzaine de kilomètres qui séparait Othée des murs de Liège (*). Quant à la cavalerie, — lorsqu'elle pouvait donner toute sa mesure —, sa vitesse de route dépassait naturellement celle de l'infanterie. On voit qu'en 1212 l'évêque couvre à cheval la distance Liège-Huy et retour en un seul jour, soit 60 kilomètres, ce qui dépasse très largement la moyenne de 20 kilomètres dont parle Rodulphe de Saint-Trond en 1107 (2). En bref, — et nos conclusions rejoignent celles que l'on a formulées pour d'autres régions ( 3) —, la longueur des étapes
franchies par les armées au Moyen Âge dépend moins de la rapidité des moyens de locomotion que des circonstances, — différentes selon le cas d'espèce —, qui présidaient à l'accomplissement de chaque marche. Néanmoins, pour tâcher de fixer les idées dans un domaine aussi mouvant que celui du relatif, nous dirons qu'un parcours journalier de 25 kilomètres devait être considéré comme très satisfaisant. Nous doutons même qu'un tel train eût pu ordinairement être soutenu pendant plusieurs jours consécutifs. La lenteur de l'expédition vers Bosnau (1436) en atteste. Quant à la marche vers Bouillon (1141), son allure
s'avère rapide pour l'époque mais n'oublions pas que le charroi était resté en arrière. La cavalerie, pour sa part, en principe plus prompte à se déplacer, était souvent freinée par l'infanterie qu'elle devait soutenir. Si bien que le chiffre de 25 représente un ordre de grandeur kilométrique plutôt élevé, valable pour les chevaux, les voitures et les gens de pied.
Nous pouvons conclure de cet aperçu que la marche des armées liégeoises obéissait à des règles pratiques et traditionnelles qui
constituaient au Moyen Âge cette notion imprécise de disciplina militaris. L'ordre dans la progression était l'élément primordial, garant de l'objectif essentiel : le maintien de la cohésion. La formule du dispositif de route massif, empruntant un itinéraire ( 1) Fisen, op. cit., p. 113, col. 2 ; Renier, p. 105 (Liège-Lens-sur-Geer) ; cfr Annexe IV ; Chronique du règne de Jean de Bavière, p. 196-197. ( 2) Renier, p. 105 ; Gesta abbatum Trudonensium, t. I, p. 100-103. (3) Cfr Erben, op. cit., p. 73-74 ; pour le bas Moyen Age : Ch. Brusten, Les itinéraires de l'armée bourguignonne de 1465 à 1478, Publ. du centre européen d'études burgondo-médianes, (1960), p. 55-67 ; cfr les remarques critiques d'Y. Renouard, Procédés d'information et grandes découvertes, dans Encyclopedie de la Pléiade : l'Histoire et ses méthodes, Paris 1961, p. 113-114.
la marche
121
unique, constituait la règle avec, comme correctif, l'articulation éventuelle du contingent en corps de marche, ce qui conférait à l'ensemble une certaine souplesse dans un but stratégique évident. La répartition des hommes selon leur origine géographique ou corporative prévenait la confusion, les difficultés de commandement et préparait aussi la fragmentation en cellules combattantes adoptée, au niveau tactique, sur le champ de bataille.
Malgré ces précautions, la difficulté du passage de l'ordre de marche à l'ordre de bataille constituait un handicap dont
l'infanterie surtout pouvait redouter les effets en cas de surprise. Sa lenteur, encore accrue par le poids mort du charroi, la rendait extrêmement vulnérable. L'appui de la cavalerie, plus rapide et plus manœuvrière, était donc, de ce fait, indispensable. Une haie de gens de trait et un système de sécurités détachées venaient encore offrir au vaste corps en mouvement la garantie de protections supplémentaires. En somme, une armée liégeoise en campagne est un bloc compact assez bien adapté aux conditions de la guerre du moment et capable de prendre la route au besoin par tous les temps. Mais si même dans le contexte matériel de son époque elle ne détonne pas, elle nous frappe aujourd'hui par la lenteur extrême de ses mouvements et d'autant plus lorsque les effectifs étaient élevés. Ce trait contribue sans doute à expliquer la préférence
marquée des militaires au Moyen Âge pour les actions de détail et les raids, moins décisifs peut-être mais plus rapides et moins onéreux.
6. LE STATIONNEMENT DES TROUPES EN CAMPAGNE
Au sujet du stationnement, les sources liégeoises ne nous apprennent rien que nous ne sachions déjà par des documents étrangers. Toutefois ces données ont également leur place dans une synthèse générale et elles méritent, à ce titre, que l'on s'y arrête.
En campagne, pour la durée d'une halte prolongée, les troupes occupaient soit des camps soit des cantonnements ou encore des logements qui tenaient à la fois de l'un et de l'autre. I. Les camps
A partir du XIIe siècle, la documentation devient suffisamment abondante pour nous permettre de constater que les cavaliers aussi bien que les fantassins emportent dans leurs bagages des tentes et des pavillons « trossés » c'est-à-dire repliés (2). Cet équipement leur donne la possibilité de se loger à leur guise en un lieu de leur choix. La prise de cantonnement implique naturellement l'existence d'une discipline collective qui préside à la disposition et à l'occupation des quartiers. Un document du
XIVe siècle
nous fait
assister à la
distribution de ces
emplacements par un chef d'armée. Nous apprenons ainsi que les grands moments qui ponctuent la vie journalière du camp, — les repas par exemple, — étaient annoncés à son de trompe (2). Si l'on remonte dans le temps on découvre déjà, au XIIe siècle, une organisation analogue, à travers le récit du Triumphus sancti P) Jean d'Outremeuse, Chronique, VI, p. 378 ; Id., Chronique abrégée, p. 179 ; J. Diegerick, Documents concernant ia bataille de Brusthem..., B.S.S.L.L., V (1861) p. 361.
(2) Jean d'Outremeuse, Geste, IV, p. 611, col. 1 et 613, col. 2 : l'auteur imagine le camp de l'empereur Henri IV devant Milan ; il est clair cependant qu'il décrit une armée du XIVe siècle.
le stationnement des troupes en campagne
i23
Lamberti de castro Bullonio. En 1141, l'évêque Albéron II vient planter le siège devant Bouillon. II choisit une basse prairie au bord de la Semois : au centre, il fait placer, dans une petite chapelle, la châsse de saint Lambert. Tout autour, se dressent
les tentes des dignitaires de l'Église de Liège, avec leur « familia » et des clercs attachés au culte quotidien du saint patron. Ce noyau est environné des logements de la troupe, les « cives et populus Legiae », sous les ordres de l'avoué de Hesbaye. Les chevaliers liégeois et namurois, arrivés précédemment, avaient sans doute élu domicile dans un secteur séparé, avec l'évêque et le comte de Namur. La chronique nous révèle également combien le maintien de l'ordre et de la discipline dans cette petite ville de toile était chose malaisée (^). La sécurité du stationnement était assurée par des sentinelles mais, en cas de danger pressant, on faisait appel à la vigilance de tous les combattants (2). II. Les cantonnements
On constate assez souvent que les troupes logeaient dans des habitations réquisitionnées. Cela pouvait se produire dans les villes comme ce fut le cas en 1328 pour les mercenaires au service des rebelles (à Liège) ou en 1406 pour l'armée nationale (à Visé) (3). Les hommes cantonnaient aussi bien dans les villages : telles les milices urbaines autour de Waleffe (1347) (4). Enfin, les bâtiments isolés et de grande dimension étaient également recherchés : moulins, fermes, couvents, résidences fortifiées (5). Ils offraient l'avantage supplémentaire de pouvoir être mis rapidement en état de défense. ( 1) Cfr les sources cit. dans notre annexe IV. La citation est empruntée au Triumphns de Bouillon, p. 508 ; cfr également le chapitre sur « le Ravitaillement », n. i, p. 89. (2) Cfr notamment le Triumphus de Bouillon, p. 503 et 510. — L'existence d'un véritable rôle de garde est attestée au siège de Tongres, en 1328 ; Hocsem, p. 212.
(3) Hocsem, p. 209 et J. de Stavelot, Chronique, p. 100-101. (4) Cfr notre annexe XIV. (5) Cfr successivement : Arch. gén. royaume, Chambre des comptes, Recette Génêrale des Provinces : Limbourg, reg. 2437, f° 258 (moulins de Millen occupés en 1398 par l'armée liégeoise en route vers Ruremonde) ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 328 (ferme des chevaliers teutoniques à Opheers) ; Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 357-359 (Chartreuse près de Liège) ; Onofrio,
p. 154, 160-161 (maisons-fortes à Fooz).
124
organisation militaire à partir du xiie siècle III. Les logements mixtes
Lorsque les gens de guerre devaient séjourner longtemps en campagne, par exemple en cas de siège, ils érigeaient des logis en planches, sans doute plus confortables que les tentes. Comme aucune source ne mentionne de baraques « préfabriquées » et qu'il n'est point davantage question de transport de matériaux de construction dans les bagages des armées, il faut croire que les cabanes étaient dressées à l'aide de bois trouvé sur place. D'ailleurs, on cite des cas où elles étaient détruites par leurs occupants dès la levée du camp ( l). Avant de conclure, il nous faut évoquer ici une question à laquelle la carence documentaire ne nous a pas permis d'apporter une réponse formelle : les camps liégeois étaient-ils défendus ? Si l'on excepte l'exemple déjà cité du logement dans un lieu fortifié (2) et les travaux de circonvallation de la guerre de siège ( 3), on conviendra que nos sources ne font aucune mention d'ouvrages d'art temporaires autour des camps. Or, on sait que cette précaution était souvent prise au Moyen Age et qu'elle finit par devenir systématique ( 4). Le campement était généralement enclos d'un fossé, de palissades ou tout au moins d'un rempart constitué par les chariots du parc disposés en cercle. II est difficile de croire que les Liégeois, qui savaient fort bien tirer parti des véhicules du train et excellaient dans les travaux de terrassement
n'eurent pas recours à ces procédés.
I 1) Chronique du règne de Jean de Bavière, p. 196 (siège de Maestricht, 1408) ; Jean de Stavelot, Chronique, p. 255 (siège de Bouvignes, 1430). (2) Onofrio , p. 154, 160-161. (3) Cfr les fossés de circonvallation creusés par les Liégeois au siège de Maestricht (1408) : Chronique du règne de Jean de Bavière, p. 210 et sv. ; Bormans, Recueil des ordonnances de la principauté de Liège, i re Série, Bruxelles 1878, p. 427. — Cfr les ouvrages devant Bouvignes (1430) : Jean de Stavelot,
Chronique, p. 255. (4) Cfr Ch. Brusten, op. cit., p. 139-141 ; J. F. Verbruggen, De krijkskunst..., op. cit., p. 160. — Philippe de Clèves , p. 33 sv., insiste sur ce point, comme sur tout ce qui touche à l'établissement des campements en général. On peut considérer que ce traité, écrit vers 1500, constitue une somme de l'art de la guerre à la fin du Moyen Age.
7. LE RENSEIGNEMENT ET LES TRANSMISSIONS
I. Le renseignement
Nous avons vu dans un autre chapitre de cette étude que les troupes en campagne cherchaient à obtenir des informations sur l'ennemi au moyen d'éclaireurs. Ceux-ci constituaient une sécurité éloignée dont le rôle n'était pas d'engager l'action mais de faire rapport au gros des forces sur leur reconnaissance du territoire hostile. Au besoin, ils pouvaient même se livrer
à l'espionnage pour parvenir à leurs fins. II arrivait également que de tels gens fussent chargés de mission à partir de villes ou de cantonnements sur pied de guerre, et pas seulement à partir d'une armée en marche (*). Mais comme il y a à toute règle son exception, cette pratique n'empêcha pas, parfois, que les armées liégeoises fussent prises en flagrant défaut par l'adversaire ou purement et simplement informées par des collaborateurs occasionnels (2). II n'en reste pas moins que la nécessité du renseignement était reconnue et, dans une large mesure satisfaite. Nous ignorons malheureusement, — la faute est imputable à l'état des sources —, à qui incombait ce genre de mission. On ne trouve nulle trace en tout cas d'un service organisé ( 3). (1) Voir le chapitre sur « La Marche ». — Éclaireurs de la ville de Tongres, en 1378 : Raoul de Rivo , p. 41 ; du camp liégeois à Hanzinelle (1314) : Chronique Hégeoise de 1402, p. 272. (2) Ainsi, en 148g, Jean de Hornes et Albert de Saxe tombent dans une embuscade entre Tirlemont et Saint-Trond ; Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 385. D'autre part, la même année, le commandant de la garnison de Tongres apprend la nouvelle de l 'entrée en Hesbaye d'un parti « français » par la bouche de paysans ; Jean Molinet, Chroniques, II, p. 152. (3) La ville de Dinant demande la constitution d'un véritable service à la fois de renseignement et de liaison en 1465 mais on ignore si cette proposition fut jamais agréée ; St. Bormans, Cartulaire de la commune de Dinant, II, Namur 1881, p. 124.
126
organisation militaire à partir du xiie siècle
Nous sommes porté à croire que ces éclaireurs étaient choisis
au hasard des besoins parmi les combattants qui présentaient les dispositions requises. II. Les transmissions
L'efficacité d'une action militaire exige une stricte coordination des forces qui l'entreprennent conjointement. Cette condition n'est remplie que si un réseau de transmission des ordres et des nouvelles assure les liaisons.
Or l'étude des sources liégeoises nous révèle un manquement stupéfiant sous ce rapport. Nous ignorons trop la représentativité des exemples illustrés dans les documents pour en tirer des conclusions à valeur statistique mais on connaît tout de même
de très nombreux cas où les transmissions entre des groupes distincts de combattants furent totalement inexistantes ou
encore si lentes qu'on les devine livrées au hasard (*). II n'est pas rare de constater en effet que deux corps de troupes distants sur le terrain d'une ou deux heures de cheval ignorent tout l'un de l'autre, même l'existence d'une manœuvre ou d'un
engagement décisifs. Quelques exemples, fort suggestifs, méritent mention. En août 1321, alors que les troupes du pays de Liège lèvent le siège de Bouvignes après un investissement inutile de 41 jours, un détachement liégeois remporte de son côté, le même jour, un succès sur les Namurois à Bierwart. Les deux théâtres d'opérations sont à peine éloignés d'une trentaine de kilomètres et cependant rien ne transpire d'un côté à l'autre : l'évêque de Liège ne sait pas que les hommes commis par lui à la garde de la Hesbaye viennent d'empêcher ses ennemis de faire diversion et d'autre part, le parti victorieux n'est pas au courant du retrait du gros des troupes qu'il est censé appuyer ! Le même cas se présentera à nouveau en 1430, au cours d'un autre siège de Bouvignes : ignorance de la situation des alliés distants d'environ 45 kilomètres (2) ! Et que dire des milices tongroises surprises en rase campagne par les ennemis qui (x) Cfr l'étude générale de Y. Renouard, Information et transmission des nouvelles, dans Encyciopédie de la Pléiade : L'Histoire et ses méthodes, Paris 1961, p. 95-142.
( 2) Levold de Northof, p. 68 ; Jean de Stavelot, Chronique, p. 256-257.
le renseignement et les transmissions
127
venaient, à leur insu, d'écraser les autres forces urbaines à Othée
(1408) ? Ou encore des Hutois qui se portent sur Montenaeken (1465) en ignorant que la garnison amie avait subi une terrible défaite ? Ainsi la bataille de Hollogne-sur-Geer (1483) n'est autre que le résultat d'une méprise imputable à la carence des moyens de transmission. Guillaume de la Marck, venu pour débloquer un château s'aperçoit trop tard que celui-ci est déjà tombé aux mains de ses adversaires et doit engager le combat. Citons enfin le cas du siège de Maeseick, en 1490. La place, investie par l'évêque Jean de Hornes, capitule le 16 janvier ; à Liège où l'on attend anxieusement le résultat des opérations, auxquelles des forces locales participent, la nouvelle n'est connue que le 20 à midi. Elle a donc mis quatre jours pour franchir une cinquantaine de kilomètres (x). Faute d'un service de transmissions régulier entre ce que l'on appellerait aujourd'hui la première ligne et l'arrière, on assiste à des décalages effarants dans la propagation des informations militaires : la défaite de Tourinne (1347) n'est connue à Saint-Trond, à vingt kilomètres du champ de bataille, que 11 heures après son accomplissement, tandis que l'annonce de la bataille d'Othée met 9 heures pour franchir la même distance en 1408 (2). On est étonné de voir à quels palliatifs l'absence de renseignements régulièrement transmis obligeait parfois de recourir et à quelle source d'information on devait alors faire crédit. Sait-on que Raes de Heers craignant l'ire de ses concitoyens qu'il n'avait pas su préserver de la défaite à Brustem (1467) s'enquit auprès d'une passante de l'état d'esprit qui régnait dans la capitale avant de prendre le risque d'y rentrer ( 3) ? L'arrivée des Bourguignons et de Louis de Bourbon à Tongres, en octobre 1468, est signalée à Liège par marchand ambulant ( 4). Quant à la chute de Dinant (1466), elle ne fut pas annoncée immédiatement à Liège ainsi qu'il eût fallu s'y attendre puisque f1) Cfr respectivement : Chronique du règne de Jean de Bavière, p. 200 et Enguerrand de Monstrelet, p. 18 ; Adrien d'Oudenbosch, p. 126-127 '· Jean MoLiNET, Chroniques, I, p. 408-410 ; Chronique du règne de Jean de Hornes, p- 396-399·
(2) Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 291 ; Chronique du règne de Jean de Bavière, p. 200. ( 3 ) Adrien d'Oudenbosch, p. 178. (4) Theodericus Pauli, p. 210.
128
organisation militaire à partir du xii e siècle
les forces de la capitale se préparaient à voler au secours de leur alliée mosane : simplement, la nouvelle se propagea comme une onde autour du point d'origine. Ce sont des voyageurs qui vinrent la rapporter à Liège après avoir recueilli la rumeur dans le Condroz et en Hesbaye (*). II est vrai pourtant que l'on rencontre des cas où la liaison entre des armées agissant de concert se trouvait soigneusement assurée : pendant la campagne de 1141 contre Bouillon, durant celle de Steppes (1213), à un moment donné de la journée de Tourinne (1347) (2)· Ceci montre que la nécessité des transmissions était reconnue, et plus souvent peut-être que les sources, — plus sensibles au spectaculaire qu'au quotidien —, ne nous le laissent entendre. Mais le mépris de cette exigence que trahissent les nombreux manquements analysés plus haut donnent à penser qu'elle ne s'était pas encore absolument imposée dans la pratique militaire. A preuve les efforts que le magistrat de Dinant déploie en septembre 1465, au moment où la ville est aux abois et où la principauté vit une des heures les plus sombres de son histoire, pour obtenir de la cité de Liège la mise sur pied d'un service de « mesagiers ou gens poursuivans avisans le conduit desdittes gens d'armes, tant pour vostre seurté comme le nostre » ( 3). N'est-il pas révélateur de constater que l'instauration d'un service de liaison aussi essentiel était encore envisagé comme une mesure d'exception à la fin du XVe siècle ? Et pourtant le principe de l'action concertée interalliée était accepté : il semble en tout cas n'avoir que difficilement dépassé le niveau de la transmission des ordres généraux. La lenteur des communications ne favorisait pas la diffusion rapide des derniers développements d'une campagne une fois celle-ci entamée ( 4). Quant aux techniques de la transmission elles étaient, faut-il le dire, rudimentaires.
(') Adrien d'Oudenbosch, p. 147. (2) Cfr nos annexes IV et VI pour Bouillon et Steppes ; pour 1347, cfr Jean d'Outremeuse, Chronique abrégée, p. 180-181 : transmission d'un renseignement entre l'armée campée à Waleffe et la garnison de Saint-Trond qui paraît résulter de la libre initiative d'un combattant liégeois agissant sans ordre. (3) Voir note 3 p. 125. (*) Jusqu'au moment du siège, le Magistrat de Dinant eut le souci de maintenir un contact épistolaire avec les forces de la châtellenie afin de les tenir au courant de l'évolution de la situation militaire ; St. Bormans, Cartulaire de la commune
de Dinant, II, Namur 1881, n° 93 sv.
le renseignement et les transmissions
I2Ç
Le système le plus utilisé était celui par messager à cheval. On trouve aussi le cas d'un signal visuel : un grand feu allumé au-dessus du château de Huy pour rappeler à la rescousse les milices urbaines en opération dans la campagne environnante f1) . II est aussi question du signal auditif que constituent des coups de feu correspondant à un ordre convenu (2).
I 1) Jean DE Haynin, I, p. 219.
(*) Kroniek der Luiksche oorlogen..., p. 219.
8. LES SIGNES DE RALLIEMENT ET DE RECONNAISSANCE
A une époque où les engagements ne concernaient généralement qu'un nombre restreint de combattants et où le niveau technique de la civilisation n'autorisait que des moyens rudimentaires de transmission, les signes visibles ou audibles de ralliement revêtaient une importance primordiale. A preuve leur multiplicité, — que nous allons considérer dans le cadre du pays de Liège. I. Les signes visibles
a. Étendards, bannières, pennons La mention d'étendard, de bannière ou de pennon évoque invariablement pour nous l'idée de drapeau. Or le rapprochement est fallacieux. Entre ces emblèmes anciens et ceux que nous connaissons de nos jours, la ressemblance est de pure forme. Loin d'avoir pour base une idée abstraite, ces symboles médiévaux possédaient toujours une valeur personnelle et concrète. Ce caractère en faisait des signes de ralliement d'autant plus respectés qu'ils s'adressaient à des combattants unis par un intérêt commun et, presque toujours, par l'habitude d'une mutuelle fréquentation militaire et extra-militaire. Avant tout, les étendards appartenaient à quelqu'un, c'est-à-dire à une personne physique ou morale : l'évêque (J), les féodaux (2), les maîtres de Liège ( 3) ou bien la cathédrale (4), les Bonnes villes (5), les (1) Jean le Bel, I, p. 200 ; Jean de Stavelot, Chronique jrançaise, p. 457, 557. Chronique du règne de J . de Bavière, p. 157 ; Adrien d'Oudenbosch, p. 245. — On ne manquera pas, sur ce chapitre, de faire un nouveau rapprochement avec les particularités relevées pour les villes de Souabe par K. Saur, op. cit., p. 19-20.
(2) Jacques de Hemricourt, Awans et Waroux, p. 42. (3) Adrien d'Oudenbosch, p. 245. (4) C'est l'étendard de saint Lambert, cfr infra. (5) Renier de Saint-Jacques, p. 114 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 184185. Straven, Invent. analytique et chronologique des arch. de la ville de SaintTrond, I, Saint-Trond, 1886, p. 315.
les signes de ralliement et de reconnaissance
i3i
corporations et confréries (*). C'est à ce titre qu'ils ralliaient ceux qui relevaient de l'autorité militaire du possesseur. La « personnaUté » de ces emblèmes se marquait notamment par leur représentativité. Leur déploiement en un endroit donné signifiait la participation militaire officielle de leur propriétaire, même lorsque celui-ci n'était pas présent de corps. C'est ainsi qu'à Tressin (1340), les hommes de l'évêque de Liège remportèrent la victoire sur leurs ennemis du parti anglais sous la bannière de leur seigneur et maître bien que celui-ci ne prît nulle part à l'action. C'est sans doute pour cette raison que l'honneur de la journée leur fut formellement reconnu en tant que Liégeois (2). Cette conception de la bannière était à ce point ancrée dans la mentalité du temps qu'elle allait jusqu'à verser dans le pur formalisme. II suffit que le mambour du pays de Liège soit assuré que l'étendard de son seigneur et ennemi le duc de Brabant, — dont il tient sa terre de Perwez —, ne soit
pas sur les champs pour qu'il puisse, en bonne conscience, donner le signal de l'attaque à Othée (1408) ( 3). En fait la simple levée d'une bannière entraîne l'engagement de son propriétaire à prendre les armes comme elle invite ses suivants à se rendre disponibles pour venir 1'« estoffer » ( 4). Le droit coutumier fait aussi une place à ce symbolisme. La vie militaire de la Bonne ville de Fosses, par exemple, étaH réglée par les déplacements de la bannière de l'avoué héréditaire, le seigneur de Morialmé. En cas de guerre, celui-ci devait venir, avec son emblème, se mettre à la tête des milices urbaines et les conduire à l'ost
épiscopal. Mais, pour en quelque sorte rappeler, pendant sa mission, la permanence de l'autorité militaire qu'il exerçait sur la ville, l'avoué déléguait ses pouvoirs aux hommes du village de Nalinne en leur confiant un pennonceau aux armes de Morialmé, avec l'obligation pour eux de tenir garnison à Fosse (5). (x) E. Fairon, Regestes de la cité de Liège, II, Liège 1937, P· 58, 80 : le second document fait obligation aux métiers de posséder une bannière particulière. (2) Jean le Bel, I, p. 200 sv. ; Jean Froissart, II, p. 58 sv., 246. (3) Edmond de Dynter, p. 175. — Ce formalisme étroit se manifestait parfois au mépris de la discipline militaire : témoin les gens d'armes français qui, à la bataille d'Azincourt (1415) refusèrent de se laisser ranger sous d'autres bannières que les leurs ; C. Hibbert, Agincourt, Londres, 1964, p. 127. (4) Cfr la levée de 1477 : Adrien d'Oudenbosch, p. 245. — Expositions de bannières à Liège dans Jean de Stavelot, Chronique, p. 286, 457. (5) J. Borgnet, Cartulaire de la commune de Fosses, Namur 1867, p. 70, 82-83.
132
organisation militaire à partir du xiie siècle
Ceci nous amène à parler d'une signification supplémentaire attachée, au Moyen Age, aux emblèmes personneîs : une nuance d'ordre numérique. En général, la levée d'un étendard ou d'une bannière ne se produit que lorsque le propriétaire se propose de faire la guerre avec un maximum d'effectifs. Au contraire, sa participation aux hostilités avec une partie seulement des forces valides se traduisait par la présence d'un pennonceau seulement c'est-à-dire, comme l'explique un auteur de la fin du XVe siècle : « cumparvis vexillis vulgariter dictis pennonceaux ». C'était un fanion de petites dimensions, rappelant l'aspect des
couleurs principales. Les corporations liégeoises rassemblaient sous leurs bannières respectives un certain nombre de pennonceaux correspondant chacun à un groupement de personnes engagées dans la même spécialité professionnelle. Lorsqu'une corporation n'exposait qu'un ou plusieurs pennonceaux, cela signifiait qu'elle n'entendait mobiliser pour la circonstance que des effectifs partiels, autrement la levée du grand étendard eût été de mise. L'existence de cette pluralité de petites enseignes à l'intérieur d'une même formation favorisait une certaine
articulation tactique dont nous aurons l'occasion de reparler (г). Ce dédoublement en quelque sorte de l'emblème principal permettait donc à un individu, un chevalier, un évêque, d'investir une autre personne d'une portion de son autorité militaire (2), aussi bien qu'à une cellule combattante de subordonner ses différentes sections à un emblème central. Celui-ci vient à son tour s'insérer dans une hiérarchie où les bannières s'ordonnent
suivant l'importance sociale ou politique de leur propriétaire ( 3). Au sommet de cette pyramide flotte l'étendard de saint Lambert, l'emblème « national » liégeois par excellence au Moyen Age. (1) Ibid., p. 82-83 ; J ean DE Stavelot, Chronique française, p. 110, 196, 286, 299, 300, 302-303, 308, 440, 441, 457, 464 ; citation d'après la Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 354. (2) Pour le chevalier, cfr le cas du seigneur de Morialmé, évoqué n. 5, p. 131. — Pour l'évêque, cfr la remise de son pennonceau en 1445 dans Jean de Stave-
lot, Chronujue, p. 557. — Un cas suggestif : en 1433, un détachement liégeois qui va incendier une maison patricienne n'arbore qu'un seul pennonceau, celui des maîtres mais cet emblème représente, nous dit-on, la Cité tout entière ; cfr ibid., p. 308. (3) L'organisation des milices liégeoises sous les bannières est décrite dans le « Régiment des XII » de Jean de Bavière (1416) ; cfr St. Bormans, Recueil des ordonnances de la principauté de Liège, i re série, Bruxelles 1878, p. 492. — Quant à la noblesse montée, elle se subdivise en bannerets et en bacheliers, les premiers
portant bannière et commandant aux autres, dotés de pennons.
les signes de ralliement et de reconnaissance
i33
A l'origine simple bannière de l'église cathédrale, il se chargea, vers la fin du XIIe siècle, d'une valeur sacrée à la suite de succès
militaires attribués aux reliques du patron du diocèse. Dès lors il fut tenu pour le symbole de la présence de saint Lambert luimême aux côtés des armées du pays. II était levé solennellement, au cours d'une cérémonie d'un formalisme rigoureux, chaque
fois que la terre de l'Église de Liège se trouvait en danger. Toutes les forces de la principauté reconnaissaient en lui à la fois un signe de ralliement général et un gage de victoire. II était en principe porté par le chef des milices urbaines et rurales, l'avoué de Hesbaye. On l'arbora au combat vraisemblablement pour la dernière fois en 1482 (] ). En résumé, le rôle dévolu aux bannières apparaît comme
capital. Celles-ci concrétisent la structure même de l'armée liégeoise, à elles seules elles en constituent le squelette ou, pour reprendre un mot à la mode, l'organigramme. Les divisions et l'articulation des troupes n'avaient pas alors la base administrative et abstraite qu'on leur connaît surtout depuis le XVIII e siècle. II s'agissait alors de cellules combattantes plus ou moins autonomes juxtaposées à l'occasion d'une campagne militaire : leur interdépendance, issue de liens concrets d'ordre hiérarchique et social, était consacrée par l'usage d'emblèmes chargés d'un sens très précis. b. Les livrées
L'habitude de revêtir d'une même tenue les militaires affectés
à une tâche commune est, on le sait, moderne. Et encore, pendant
longtemps, les troupes ne furent-elles souvent habillées « à l'uniforme » qu'en vertu d'un critère d'ordre administratif plutôt que tactique. Les sources liégeoises sont, par bonheur, assez riches en matière de détails vestimentaires. Elles attestent
dès le Moyen Age l'usage fréquent de livrées, pièces d'habillement que l'on peut considérer comme les ancêtres de l'uniforme. II convient, pensons-nous, de distinguer trois sortes de livrées : celles de l'hôtel d'un grand personnage, celles des confréries militaires permanentes, celles des milices. (i) Cfr C. Gaier, Le rôle militai'e des reliques et de l'étendard de saint Lambert dans la principauté de Liège, M. A., 72 (1966) p. 235-249.
134
organisation militaire à partir du xiie siècle
I. Les livrées de Maison
Les gens attachés au service d'un haut personnage avaient le privilège de porter une tenue particulière. Cette prérogative s'étendait d'ailleurs aussi bien à ceux investis d'une fonction
civile que militaire, comme à tous ceux qui se trouvaient occasionnellement dans l'équipage d'une grande maison. On ne voit pas que ces accoutrements fussent fixés une fois pour toutes : on recueille plutôt l'impression qu'ils changeaient d'aspect au gré de la fantaisie du maître. L'originalité de la livrée ne semble pas avoir résidé dans la coupe mais bien dans la couleur (^). L'évêque de Liège était celui qui, par excellence, avait pouvoir de distribuer « draps
ou robes de livrées » (2). II tenta même, à la fin du Moyen Âge, de s'en réserver le monopole. En 1435, tous les gens de sa suite équestre de nobles et de prélats qui se rendent aux fameuses négociations d'Arras portent blanche livrée. En 1442, il assiste au couronnement de Frédéric III avec 250 cavaliers « tous d'on drap vestis ». Enfin, détail qui montre bien le caractère occasionnel des accoutrements officiels : lors de l'entrée solennelle à Liège de Jean de Heinsberg (1419), le prélat, en deuil de sa mère, est tout de noir vêtu ainsi que la plus grande partie de sa compagnie ( 3). Les dignitaires et officiers épiscopaux, ecclésiastiques, maires, échevins, etc. avaient aussi la faculté de revêtir leurs gens d'une livrée. On voit par exemple, en 1456, que les deux maîtres de Liège et leur suite portent houppelande partie et chapeau orné de plumes d'autruche bicolores. Les nobles également habillent leurs sujets ( 4). A la fin du XVe siècle, à la faveur d'un état d'anarchie chronique, cette (*) C'est par la couleur, en tout cas, que les sources les caractérisent. (2) F. TiHON, Documents concernant les La Marck et l'évêque Jean de Hornes, in B.I. A. L., 38 (1908), p. 37 : expression empruntée à un cri de perron du 6 juin 1480. — La livrée des conseillers de l'évêque est signalée en 13 15 mais il ne fait point de doute qu'elle était déjà de mise au siècle précédent ; Jean de Hocsem, p. 15g.
(3) Cfr Corneille de Zantfliet, col. 437 D ; Jean de Stavelot, Chronique française, p. 494, 169. (4) Liste des dignitaires autorisés à porter livrée dans Adrien d'Oudenbosch, p. 258 ; cette prescription s'applique certainement aussi aux hommes d'armes de la maison de l'évêque, mentionnés ibid., p. 256. — Cfr Introitus reverendi patris domini Ludovici de Borbonio..., p. 417-420.
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pratique prit de l'extension et des allures séditieuses. Louis de Bourbon et Jean de Hornes réagirent en essayant d'interdire la distribution de « draps » par des particuliers (x) : ils échouèrent. De véritables armées privées se créèrent : certains mauvais garsons de Guillaume de la Marck endossaient des robes rouges avec une hure de sanglier sur la manche gauche et les affidés de Jacques de Croy reçurent le surnom d'aghès (« les pies ») à cause de leurs livrées triparties de noir, de blanc et de rouge sang (2).
2. Les livrées des confréries militaires II semble bien qu'en principe tous les gens assermentés devaient posséder un habit ou un accessoire vestimentaire conforme aux normes imposées par la confrérie dont ils faisaient partie. Ici encore, on a toute raison de supposer que les tenues variaient selon les circonstances de leur emploi. Les couleuvriniers de Saint-Trond avaient pour signe distinctif un chaperon ( 3), les confrères arbalétriers et les bombardiers de Saint-Trond, comme les canonniers de Dinant, endossaient une robe fournie
par la ville ( 4). II s'agit dans ces cas-là de livrées réglementaires. Par contre, en certaines occasions, les confrères paraissent arborer des habits neufs spécialement coupés pour la circonstance : telle la livrée des compaingnons tongrois en 1441, celle, de couleur rouge, des Liégeois en 1444, celle à cotte verte et chaperon rouge des archers maestrichtois en 1497 (5). 3. Les livrées des milices
Certains membres des milices corporatives, nantis de fonctions importantes, portaient un signe distinctif d'ordre vestimentaire : (') Cfr F. tihon, op. cit., loc. cit., et p. 332 ; Adrien d'Oudenbosch, p. 238. 256, 258 ; de Ram, op. cit., p. 792, 800.
(2) Jean de Roye, p. 118 ; Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 463. (a) E. Fairon, Chartes confisquêes . . . , op. cit., p. 223-224; Straven, op. cit., II, Saint-Trond 1886, p. 281 : cette coiffe fut remplacée par un casque à partir de 1512.
(4) Ch. P10T, Cartulaire de l'abbaye de Saint-Trond, II, Bruxelles 1874, p. 343347; Straven, op. cit., II, p. 13-14; D. E. Brouwers, Cartulaire de la commune de Dinant, VIII, Namur 1908, p. 61. (5) Cfr respectivement Jean de Stavelot, Chronique, p. 455, 534 ; G. D. F.,
De handboogschutters-gilde te Maastricht, De Maasgouw, 3 (1881), p. 431.
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ainsi les porte-bannière ou les gouverneurs (x). Quant aux combattants ordinaires on les affublait parfois de livrées au moment de partir en campagne. Le choix de la couleur autant que de la forme de ces vêtements était soumis à l'appréciation particulière de chaque « métier ». II pouvait donc varier d'une cir-
constance à l'autre. Écoutons décrire une expédition en 1445 : « avoit tous les mestiers, ch'est assavoir cascun par ly, sa devise, l'un de cotte et cappiron, l'autre de cappiron, et l'autre de petit jornaldes, qui estoient faites de pluseurs coleurs de draps comme ilh plaisoit à cascun mestier ». En 1477, c'est avant de marcher contre les partisans de Raes de Heers, que chaque conscrit du Bon métier des merciers reçoit, pour confectionner une livrée, deux aunes de drap vermeil ( 2). Mais le choix des habits échappait parfois à l'initiative corporative et s'uniformisait dans le cadre d'un groupe politique plus vaste : tels le survêtement blanc des petites gens de Vottem en 1312, la cotte blanche à croix rouge des rebelles liégeois en 1347, la livrée rouge des « Vrais Liégeois » en 1467 ou, à la même époque, l'habit parti de vert et d'une autre couleur selon le village d'origine des compagnons de la Verte Tente ( 3). Dans tous ces cas apparaît le souci de distinguer par le costume les unités de combat selon des critères de recrutement ; encore faut-il préciser que pour être très répandue cette pratique n'était certainement pas obligatoire. Elle ne s'appliquait qu'à des chefs militaires ou à des combattants d'éUte, en nombre restreint. La masse du petit peuple des villes et des campagnes en était apparemment réduite, pour se vêtir, aux moyens forcément disparates résultant de l'initiative individuelle.
c. Les signes de reconnaissance Outre les livrées, il existait encore un moyen de signaler son appartenance à un groupe ou à un parti : le port de signes de reconnaissance. Ceux-ci sont des emblèmes de petites dimensions f1) Cfr Th. Gobert, Mêtier des Houilleurs. Le plus ancien règlement connu, B. J. A. L., 23 (1892) p. 2 10-21 1 ; E. Poncelet, Les trente-deux banneresses de la cité de Liège, ibid., 26 (1897) p. 54. (s) Jean de Stavelot, Chronique française, p. 558; E. Fairon, Regestes..., op. cit., IV, Liège 1939, p. 371. ( 3) Cfr respectivement : Jean de Hocsem, p. 136; Jean d'Outremeuse, Chronique abrégée, p. 177 ; Jean de Looz, p. 47, 33.
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qui font partie de la tenue individuelle et qui viennent se superposer au vêtement. Les nobles alliés aux rebelles liégeois en 1314 se reconnaissaient à la main qu'ils portaient peinte sur leur bouclier. On signale encore, pour le XIVe siècle, des écharpes blanches (^). Pour le XVe, on sait que les partisans de la lutte à outrance contre le duc de Bourgogne avaient adopté, comrne signe de ralliement, la croix blanche et droite du roi de France : ils la portaient cousue sur la poitrine ou sur leurs bannières. A un moment donné, pour tromper leurs ennemis, ils se parèrent même de la croix de Saint-André (2). Certains arboraient sur la manche le slogan « Vive Ligois >\ Enfin, une tradition incertaine rapporte que les traîtres à la cause de Louis de Bourbon ornèrent leur chapeau de feuilles de chêne pour signaler à Guillaume de la Marck leur adhésion à sa cause (1482) ( 3). Tous ces signes étaient, faut-il le dire, purement temporaires et occasionnels. Leur portée était limitée à un usage précis par un groupe de personnes au courant de leur signification. d. Les blasons
L'usage du blason est lié à une certaine conception de la guerre, celle d'une classe qui fut, au Moyen Age, le principal dépositaire du métier des armes. Le rôle des armoiries peut se comparer à celui des signes de ralliement. Elles cimentent l'unité des familles et des lignages et facilitent, sur le champ de bataille, le groupement des unités combattantes. C'est aussi, l'orgueil aidant, un puissant stimulant : nus n'ozoit estre coars, par tant que on conissoit les bons et les mavais à leurs blazons ( 4). Dès le XIIe siècle s'établit l'usage d'arborer ses armoiries sur la cotte d'armes et
C1) Chronique liégeoise de 1402, p. 271 : itt quibus erant manus depicte in signum confederationis ; Jean d'Outremeuse, Myreur, VI, p. 120: l'évêque fist faire des blanques esquerpes qui la connissanche d'eaz mosteroit. (г) Onofrio, p. 50 ; Adrien d'Oudenbosch, p. 202 ; Henri de Merica, p. 299 ; Theodericus Pauli, p. 220 ; Jean de Wavrin, p. 570 ; Thomas Basin, II, p. 202 ; Jean de Haynin, I, p. 121. (3) Jean de Looz, p. 47 ; Additions au texte de Mélart, p. 640-641. (*) L'œuvre de Jacques de Hemricourt est remplie d'allusions au rôle militaire du blason ; citation dans A wans et Waroux, p. 39. — Sur les origines du blason, cfr D. L. Galbreath, Manuel du blason, p. 23-43 ; P· E. Schramm, III, p. 963-977; L. White, Medieval technology..., p. 33.
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sur l'écu. Bientôt le cimier du casque prit également une signification héraldique ('). Par imitation les roturiers finirent par se parer eux aussi d'emblèmes permanents à valeur d'armoiries : armes des « vinâves » ou quartiers, armes de la cité sur les bannières, armes des métiers sur les boucliers (2). Les armées liégeoises ont donc connu une foule de signes de ralliement qui leur permettait, dans une certaine mesure, de renforcer l'unité de leurs forces combattantes tout en les distin-
guant entre elles. Mais cette diversité même devait constituer un grave défaut et risquer d'engendrer la confusion d'autant plus qu'aucun des symboles adoptés, à l'exception des bannières, n'était permanent (3). II n'en reste pas moins qu'il faut y voir l'ébauche d'un système rationnel mais basé sur des rapports personnels et concrets plutôt que sur une conception abstraite. II. Les signes audibles
Les cris de guerre tenaient lieu de signe audible de ralliement. Ils étaient lancés par tous les combattants au moment de l'engagement. Leur fonction était double : ils constituaient d'une part soit une invocation religieuse soit une profession de foi politique et, d'autre part, ils étaient un encouragement à l'action. Les hommes d'armes à cheval avaient pour cri celui de la famille noble à laquelle ils appartenaient : c'était une formule de ralliement limitée dans sa portée à un individu ou tout au plus à quelques personnes apparentées. II s'agissait le plus souvent de l'énoncé d'un nom de fief. Ainsi donc, au moment de charger, à Steppes, avec sa chevalerie, le comte de Looz crie par trois fois « Looz » (12 13). (') Cfr C. Gaier, L'évolution et l'usage de l'armement personnel déjensii au pays de Liège du XIIe au XIVe siècle, Z. H. W. K., 1962, p. 68, 74, 76, 79. (2) Jacques de Hemricourt, Miroir, p. 303 ; St. Bormans, Recueil des ordonnances de la principauté de Liège, i re Série, Bruxelles, 1878, p. 492 ; J. Diegerick, Documents concernant la bataille de Brusthem. . ., B. S. S. L. L., 5 (1861) p. 366. (3) Les blasons eux aussi pouvaient subir des modifications : la brisure en est une qui explique, par exemple, la confusion entre les deux demi-frères ennemis de Morialmé au combat de Tressin (1340) ; cfr Annexe XII. — La méconnaissance de l'héraldique était aussi de nature à empêcher l'identification des combattants : à la bataille de Steppes, le comte de Looz échappe de peu au coup de hache d'un Liégeois qui ne l'avait pas reconnu : Vita Odiliae, p. 184.
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Au combat de Tressin (1340), les Liégeois rangés sous la bannière de Robert de Bailleul assaillent, aux cris de « Morialmé »,
leurs ennemis du parti anglais. Ceux-ci courent au devant du danger car ils s'imaginent avoir affaire à leurs propres gens, de la compagnie de Guillaume de Morialmé, demi-frère du précédent, et qui se sert de la même expression d'origine familiale (!). Mais à côté de ces cris individuels, il y a aussi ceux que poussaient collectivement les combattants de l'armée liégeoise. Ordinairement, la formule était : « Notre-Dame et saint Lambert »
du nom des protecteurs de l'Église de Liège, mais on rencontre aussi « saint Lambert » seul (2). Cette coutume militaire de l'invocation religieuse remonte aux armées romaines. Le cri « Adjuta
Deus » transmis par les Byzantins se conserve au Moyen Âge avec le fameux « Diex aïe » des Croisés ( 3). On possède, pour le pays de Liège, un témoignage de cette tradition dès le Xe siècle : les défenseurs de l'abbaye de Lobbes, assiégée en 955 par les Hongrois, cherchent leur réconfort en proclamant : « kyrie eleysson » et « sancte Ursmare adiuva ». Cet appel aux vertus auxiliatrices d'un saint local se retrouve également à Huy, où le cri de guerre était « saint Mengold » ( 4). Pour des raisons politiques, on a parfois substitué au nom d'un des deux saints patrons l'expression d'un engagement idéologique. En 1408, le parti des Haidroits use du cri « Notre-Dame Perwez », signifiant ainsi son attachement au nouveau mambour de la principauté tandis qu'en 1465 les francophiles se manifestent au combat par un « saint Denis et saint Lambert » (5) . II arriva même que le cri, abandonnant toute attache avec la tradition locale, prît la forme du slogan politique pur et simple : tels ces « vive le roi », « vive le roi et francs Liégeois », « vive Liège et la
(') Renier de Saint-Jacques, p. 107 ; Jean Froissart, II, p. 60 et Annexe XII. (2) Adrien d'Oudenbosch, p. 173 ; B. Fisen, Historiarum ecclesiae Leodiensis partes duae, Liège 1696, p. 108-109, 112 (d'après Jean d'Outremeuse). (®) F. Lot, La langue du commandement dans les armêes romaines et le cri de guerre français au Moyen Age, in Mélanges dédiés à la mémoine de F. Grat, I, Paris 1946, p. 203-209. (4) Folcuin, p. 66 ; B. Fisen, op. cit., p. 108-109. — II y avait d'autres cris d'usage local, comme par exemple celui des habitants de la châtellenie de Couvin : St. Bormans, Cartulaire de Couvin, Namur 1875, p. LXIX. (5) Enguerrand de Monstrelet, II, p. 16 ; Jean de Haynin, I, p. 121.
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Verdure » ou « Tongres bon Liégeois » qui fleurirent au moment de l'ultime résistance à la mainmise bourguignonne (Ί ). Enfin signalons, dans le domaine des signes audibles de ralliement, que l'usage du mot de passe était également connu (2). La valeur militaire des cris de guerre, en fin de compte, n'est nullement négligeable : loin d'y voir simplement une extériorisation primitive du sentiment belliqueux et un désir d'effrayer l'ennemi, on y découvre une profession de foi religieuse ou politique bien faite pour forcer l'unanimité des combattants qui les proféraient.
(') Adrien d'Oudenbosch, p. 202 ; Onofrio, p. 50, 169 ; Jean de Haynin, I, p. 74. — La « Verdure » se réfère à la compagnie de la Verte Tente, composée d'irréductibles liégeois et lossains ; la mention « Tongres » évoque le coup de main réussi, en octobre 1468, contre cette ville tenue par les Bourguignons. — Les Liégeois n'hésitèrent pas à faire usage du cri de guerre de leurs ennemis («Bourgogne ») pour mieux les tromper ; Jean de Wavrin, V, p. 570. (г) Cfr notamment à la bataille de Tourinne où l'avant-garde épiscopale ne parvient à déjouer la vigilance des gardes du camp liégeois qu'en se servant de leur mot de passe ; Jean d'Outremeuse, Chronique abrégêe, p. 181.
TROISIÈME PARTIE
La tactique à partir du XIIe siècle
On n'a pas conservé de traité sur l'art militaire, et en particuiier sur la tactique, écrit par un sujet des évêques de Liège. Et cette lacune documentaire ne résulte probablement pas d'une perte accidentelle. Aucune source narrative liégeoise ne se réfère, à propos d'un événement militaire, à un quelconque ouvrage théorique composé dans la principauté, pas plus d'ailleurs qu'à un recueil étranger ni à un de ces fameux monuments de l'Antiquité gréco-romaine ('). Bien mieux, aucune ne fait allusion à un chef militaire qui se réclamerait d'un principe ou d'une doctrine codifiés. En fait, la formation des tacticiens médiévaux,
du moins avant le XVe siècle, ne devait rien, pour l'essentiel, à un « corpus » écrit. Elle n'en découlait pas moins d'une solide tradition transmise par l'enseignement oral et par l'expérience (2). C'est dire qu'elle comporte une part de routine et d'inertie mais également une dose de réalisme et de dynamisme. Le produit du savoir et de l'expérience aboutissait alors à cette notion vague que l'on appelait la bellica disciplina ( 3). De surcroît une large place était encore faite, selon le cas, à l'improvisation où, justement, s'est imprimée de tout temps, la marque du génie militaire. Lorsque l'application pure et simple d'un plan tactique préconçu s'avérait néfaste, on admettait qu'il convenait de le modifier en fonction des circonstances : c'est ce que l'on nommait agir « à l'œil » ( 4). Les chroniqueurs du Pays de Liège désignaient les hommes de guerre éprouvés, par des expressions qui en disent long sur le rôle primordial que l'on attribuait à la valeur de leur expérience : « in bellicis rebus expertissimos », « rei militari peritissimus », « en armes prisiés » (5). Parfois, le bénéfice de campagnes menées (^) Cfr supra, p. 31 et 32.
(2) Cet empirisme des conceptions militaires médiévales a été fort bien mis en lumière par R. C. Smail, Crusading warfare (1097-1193), Cambridge 1956, p. 120 sv.
(3) L 'expression, couramment utilisée au Moyen Age, se trouve notamment dans Jean de Looz, p. 29.
(4) Plusieurs mentions dans Philippe de Clèves, notamment p. 84. (5) Cfr respectivement : Jean de Hocsem, p. 71 ; Fisen, op. cit., p. 113, col. 1 Jean d'Outremeuse, Geste, V, p. 687, vers 8.034.
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à l'étranger venait renforcer le poids de ces épithètes : de tel preux chevalier on disait « partout ilh parsiwoit les armes, dedens le paiis et dehors ». On remarquait aussi que tel chef populaire s'était formé « multis externis expeditionibus » ou qu'un autre « estoit li maistre del ordineir, car ilh avoit parsuit en pluseurs
paiis les guerres et convenoit bien deleis le sangnour en laciteit (^). L'histoire de la tactique au pays de Liège est tout entière dominée par la combinaison et souvent par l'affrontement de la cavalerie et de l'infanterie. Certes, cette dualité n'a, dans son
principe, rien de spécifique : elle ne fait que participer d'un
phénomène général propre au Moyen Âge. Pourtant les formes qu'elle a revêtues dans le cadre liégeois s'avèrent originales et dignes de la plus minutieuse investigation historique. On peut même dire que la principauté de Liège constitue, en raison de l'évolution politique et sociale qu'elle a connue, un terrain de prédilection pour l'étude de la tactique médiévale.
(') Jacques de Hemricourt, I, p. 120 ; Fisen, op. cil., p. 114, col. 1 ; Jean de Stavelot , p. 300.
1. L'INFANTERIE
I. Précocité et suprématie de l'infanterie urbaine liégeoise
L'acquisition de privilèges par les communes urbaines au XIe siècle marque les débuts du rôle tactique de l'infanterie dans l'évêché de Liège. Auparavant, tout porte à croire que les fantassins y souffraient du discrédit général qui accompagnait leur déclin progressif depuis l'époque mérovingienne (^). Mais la situation change rapidement après l'an mil. II se trouve que certains roturiers ont maintenant quelque chose de commun à défendre : un capital, un genre de vie nouveau et, bientôt, un statut privilégié ; les burgenses vont obtenir de protéger leur patrimoine par les armes. L'autorité paraît consciente de l'importance militaire de cette motivation : elle s'empresse, pour servir ses desseins politiques, de la canaliser, et de mettre cette nouvelle puissance de son côté. Désormais, à côté des forces « nationales » traditionnelles, composées de cavaliers, vont marcher des contingents pédestres de milice urbaine. C'est au XI e siècle que l'armée liégeoise a trouvé sa forme définitive, celle qu'elle gardera pour l'essentiel jusqu'à la fin du Moyen
Âge (2). (') ... Francis pedetemptim certare inusitatum est. . . » ; Annales Fuldenses cit. dans F. Lot, L'art militaire . . . , I, p. 316, n. 2 ; cfr aussi ibid., p. 91 sv. Sur le déclin de l'infanterie au haut Moyen Age, cfr également J. F. Verbruggen, De militairen in de Middeleeuwen en de Bourgondische tijd, in Flandria Nostra, V. 1960, p. 171 sv. — L 'infanterie anglo-saxonne, toutefois, semble se maintenir à l 'écart de cette tendance : C. Warren Hollister, The Norman conquest and the genesis of English jeudalism, in A. H. R., 66 (1961) p. 641-663. (2) Voir la première partie du présent ouvrage. — Cfr aussi M. Prou, De la nature du service militaire dû par les roturiers aux XI e et XIIe siècles, in Revue historique, 44 (1890), p. 312-327 ; F. Rousseau, La Meuse et le Pays mosan en Belgique. Leur importance historique avant le XIIIe siècle, Namur 1930, p. 132141 ; J. Lyna, Les Bonnes villes du comtê de Looz, in B. I. A. L., 49 (1924), P· 73-76 ; J. Behets, De verlening van de vrijheden en de rechten van de burgers van Luik aan de Loonse gemeenten had een dejensiedoel, in Limburg, 41 (1962),
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Dorénavant, il n'y aura pratiquement plus de campagne militaire au pays de Liège et dans le comté de Looz sans la parti-
cipation effective de l'infanterie des villes (x). La supériorité de l'élément équestre de l'armée, pour des raisons tant sociales que militaires, n'est pas encore mise en question mais le fantassin liégeois va acquérir tant d'importance qu'il se rendra bientôt indispensable. C'est chose faite dès le XII e siècle. Au combat de Visé (1106) la tactique adoptée par les fidèles d'Henri IV, si elle accorde le beau rôle aux gens d'armes, ne s'explique pas sans l'action des vires civitatis (2). A Saint-Trond, en 1114, le popiilus repousse par deux fois la chevalerie de Godefroid le Barbu avant de succomber sous le nombre ( 3). Quinze ans plus tard, à Wilderen, c'est la milice hutoise assistée d'une poignée de chevaliers qui transforme en victoire un engagement qui menaçait de se solder par une catastrophe. A Bouillon, en 1141, l'évêque se fait quémandeur. Ses forces, composées exclusivement de cavaliers, sont insuffisantes pour mener à bien les travaux de siège : il fait appel aux cives et populus Legiae. Ceux-ci arrivent en force mais les prétentions qu'ils émettent prouvent suffisamment à quel point déjà ils se montrent conscients de leur valeur. C'est d'ailleurs à ce moment que se répand la croyance en l'intercession militaire de saint Lambert. Persuadées que le saint patron, présent par ses reliques ou représenté par l'étendard de la cathédrale, les assistait sur le
champ de bataille, les milices purent désormais se prévaloir d'une protection surnaturelle. Le siège de Bouillon marque un tournant décisif dans l'histoire militaire liégeoise. A dater d'alors, les évêques se rendent compte que leurs milices constituent un élément capable de compléter les effectifs, trop souvent déficients, de leurs vassaux ou ministériaux. Ceux-ci, en effet, constituent une classe peu docile, travaillée par les factions et toujours susceptible de retirer son appui en cas de danger. Désormais, les fantassins vont se trouver en surnombre par rapport aux cavaliers ; graduellement, ils se p. 136-137 ; A. JoRis, Remarques sur les clauses militaires des privilèges urbains liégeois, in R. B. P. H. 37 (1959), p. 297-316. f1) Cfr respectivement : Heriger et Anselme, p. 222 ; A. Joris, op. cit., loc. cit. ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, I, p. 36-37 ; cfr J. L. Charles, La ville de Saint-Trond au Moyen Age..., p. 88-89, 389-392. (2) Cfr Anncxe I.
(3) Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, I, p. 184.
l'infanterie
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chargeront de rétablir la balance des forces de plus en plus compromise par le déclin de la noblesse féodale et par les hasards de la politique (*). On n'a pas reconnu, on ne dira jamais assez la part énorme qui revient aux milices dans lcs deux grandes victoires nationales : Andenne (1151), contre le comte de Namur, Steppes (1213), contre le duc de Brabant. II est indispensable de se rappeler que dans les deux cas, pour mener leur contre-offensive, les évêques se virent privés de l'appui de leurs chevaliers. En 1151, ils n'eurent pas le temps de les réunir ; en 1213, l'immense majorité de la gendarmerie régnicole fit défection. A Andenne, la masse des combattants est constituée par des fantassins soutenus par un petit nombre de cavaliers. II en va de même à Steppes mais cette fois Hughes de Pierrepont a obtenu l'alliance du comte de Looz et du duc de Limbourg. Ce dernier d'ailleurs
se montrera peu digne de la confiance qu'il avait d'abord inspirée en raison de son attitude équivoque pendant la bataille. Tactiquement parlant, c'est sans doute au comte de Looz qu'il faut attribuer le grand mérite de la victoire, comme le fera d'ailleurs un contemporain, Renier de Saint-Jacques, en guise d'oraison funèbre du dynaste. Mais ce n'est pas sur lui que le prestige rejaillit. Le fait que le 13 octobre resta fête nationale liégeoise durant tout l'Ancien Régime indique assez le caractère populaire de la « Warde de Steppes » et l'on imagine sans peine combien les milices urbaines se glorifièrent d'y avoir ainsi contribué (2). (') Le même phénomène se produit, au XII e siècle, au cours des Croisades : les chevaliers latins, peu nombreux, ne peuvent se passer de l'infanterie dans leurs luttes contre les Musulmans, comme l'a très bien montré J. F. Verbruggen, De krijgskunst in West-Europa..., p. 213-216. Par contre, R. C. Smail dans Crusading Warfare (1097-1193), Cambridge 1956, p. 116-120, tout en admettant le rôle appréciable des fantassins d'Outre-Mer, insiste sur la médiocrité de leur science tactique dont les progrès restent nuls pendant un siècle : « all their feats would have been possible at any time in history to a body of resolute men armed with bow and spear (p. 119) ». Cet argument mériterait en tout cas d'être soumis à un second examen ; il n'empêche que le fait nouveau
et important, pour les Liégeois comme pour les Latins en général, c'est la promotion nouvelle d'une piétaille, jusqu'alors discréditée.
(2) Cfr Annexes V et VI. — Sur le culte militaire de saint Lambert, cfr notre article : Le rôle militaire des reliques et de l'étendard de saint Lambert dans la Principauté de Liège, in M. A., 72 (1966), p. 235 sv. Le panégyrique du comte de Looz se trouve dans Renier de Saint-Jacques, p. 133.
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Un fait survenu en 1171 est également à mettre en rapport avec ces deux grandes victoires liégeoises, bien qu'il fût nettement moins spectaculaire : la rencontre, dans la campagne de Brustem entre l'infanterie de Saint-Trond assistée de quelques chevaliers du comte de Duras et la garnison du village fortifié de Brustem comportant un grand nombre d'hommes d'armes du comte de Looz. Ces derniers furent défaits (x). On voit donc que le mythe de l'incapacité de l'infanterie aux prises avec des cavaliers ne survécut pas au XII e siècle dans la principauté de Liège et le comté de Looz. Pourtant, jusqu'alors, les fantassins ne se hasardèrent pas encore à affronter seuls les gens d'armes en bataille rangée. Leur rôle, à côté de la cavaierie alliée, est celui d'auxiliaires. A partir du XIII e siècle, ils se mettront à l'école de l'indépendance. Les luttes sociales qui vont opposer les riches bourgeois aux gens du commun forceront ces derniers à se défendre ou à attaquer seuls les armes à la main. Leurs succès tactiques seront à vrai dire fort minces contre les « patriciens », les nobles, et l'évêque avec ses mercenaires étrangers. Devant tant de forces qui se dressent contre eux, ils devront faire l'apprentissage, dur mais combien bénéfique, de la solitude. De fait, la « plèbe » n'hésite pas à s'en prendre à la gendarmerie épiscopale, pourvu que celle-ci soit en assez petit nombre. L'organisation du recrutement est améliorée et lés ligues urbaines qui se créent enlèvent au prince la chance de remporter une victoire décisive (2). Le XIVe siècle est le grand siècle de l'infanterie communale liégeoise. L'audace des milices ne connaît plus de bornes. Elles s'attaquent à n'importe qui avec résolution et récoltent, à côté ( 1) Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 66-67. (2) Sur l'organisation des milices à partir du XIII e siècle, cfr notre article
An analysis oj military jorces..., p. 242 sv. — Le roi des Romains interdit aux villes liégeoises de se confédérer sans le consentement de leur évêque (1231) ; cfr S. Bormans et E. Schoolmeesters, Cartulaire de l'église Saint-Lambert à Liège, I, Bruxelles 1893, p. 276-277 ; A. Joris, La ville de Huy au Moyen Age, Paris 1959, p. 461-462. — Le rapport numérique des forces, défavorable aux
évêques, oblige souvent ceux-ci à limiter la guerre qu'ils font à leurs sujets rebelles au blocus économique des villes ; cfr A. Joris, Un problème d'kistoire mosane : la prospérité de Huy aux environs de 1300, in M. A., 58 (1952), p. 356357. — Actions offensives de l'infanterie urbaine contre des gens d'armes : Chronique liêgeoise de 1402, p. 184-185, 189-190.
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d'inévitables échecs, un grand nombre de succès (*). Surtout, elles inspirent partout la crainte. II y a dans les écrits des chroniqueurs liégeois de cette époque des phrases pleines de résonances à ce sujet. Vraies pour le fond sinon pour la forme, on voit en les lisant craquer les structures mêmes de la vieille société médiévale. C'est ainsi que l'on prête au chevalier Persand de Rochefort la justification suivante de son refus de s'opposer à l'évêque : « Che qu'ilh at en aide toutes les gens menues ». En 1307, le souverain, à la tête de son armée, n'ose pas engager la bataille contre les sujets rebelles qui ont pris position à Vottem : considerans non esse tutum cum tanto populo dimicare (2) . Rappelons que l'éclatant succès de Vottem (1346) ne fut pas le seul que les fantassins obtinrent contre une « armée de seigneurs » ( 3) entendez de cavaliers : en 1327, les Tongrois assaillent le maréchal de l'évêque à Vreren, le capturent et culbutent ses hommes, tandis qu'en 1378 ils s'en prennent à nouveau avec autant de succès aux cavaliers de Wenceslas de Brabant. La
même année, ce sont les milices de Liège et de Saint-Trond qui mettent en fuite les hommes d'armes du duc de Brabant rassemblés en la terre de Dalhem.
C'est à l'occasion de cette campagne que l'archevêque de Cologne et le duc de Juliers auraient rendu hommage à l'armée liégeoise en des termes élogieux. Leur réflexion illustre si bien la réputation acquise par les milices au XIVe siècle que nous n'avons pas hésité à la mettre en exergue à cette étude (4). Le XVe siècle qui s'achèvera par l'instauration de la neutralité liégeoise sera aussi marqué par le déclin de l'infanterie communale. Le mouvement amorcé au XI e siècle est à bout de
souffle. L'idéal qui animait les populations urbaines et exaltait leur combativité s'émousse avec l'accession sociale et politique. Le sentiment de classe fait le plus souvent place à l'esprit de f 1) Jean de Hocsem , p. 155, 159-161, 167, 185-187, 198 sv. ; B. Fisen, op. cit., p. 112-113 ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 290; Raoul de Rivo, p. 41 sv. ; Corneille de Zantfliet , col. 314 ; Jean de Stavelot, Chronique, p. 589. — Sur la cohésion sociale des milices, cfr J. Lejeune, Liège et son Pays..., p. 282 sv. et F. Vercauteren, Luttes sociales..., p. 53, 98.
(2) Jean (3) (4)
Citations extraites de : Jean d'Outremeuse, Geste, V, p. 681, vers 7527 ; de Hocsem , p. 124. L'expression est de Jean d'Outremeuse, Chronique abrégée, p. 181. Jean de Hocsem , p. 185-186 ; Corneille de Zantfliet , col. 314 et spéciale-
ment Raoul de Rivo , p. 41 sv.
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parti, aux dépens de l'unité. L'organisation militaire se fige en des formules surannées. Mais si l'armée liégeoise n'était plus ce qu'elle était, il n'empêche qu'il fallut s'en contenter pour faire face aux vicissitudes d'un siècle fort agité. Certes, les beaux faits d'armes ne manquent pas mais aucun ne rachète le poids de défaites comme Othée, Montenaeken ou Brustem. La ville
de Liège est encore toute puissante : en matière militaire on nous dit que le prince ne pooit riens avoir ne faire sens l'aide delle cité. Mais, pour son malheur, le pays dut se mesurer à l'armée la plus puissante d'Occident, celle des ducs de Bourgogne, dont l'organisation était de loin supérieure à celle des milices traditionnelles. Face à un tel adversaire, on comprend le sarcasme d'un chroniqueur à l'adresse des forces du pays : « plus habens de presumptione quam de fortitudine, minusque de potentia quam de arrogantia » (^). Après la mort du Téméraire, la principauté ne se releva des ruines que pour retomber dans les affres d'une guerre civile qui dura 15 ans. Les institutions militaires n'échappèrent pas à la profonde désorganisation générale. On peut même dire qu'elles succombèrent. Dès lors, la gloire des milices urbaines n'est plus qu'un souvenir. La parole est aux soudards de profession et mieux encore à ces redoutables fantassins venus d'Allemagne et de Suisse. L'infanterie communale est ravalée au rang d'auxiliaire (2). A propos de la journée de Zonhoven (1490), Jean Molinet ne remarque-t-il pas que, parmi les piétons des villes, « la plupart n'avaient jamais vu de lance en arrêt » ( 3) ! De telle sorte que l'infanterie liégeoise proprement dite ne participe que très indirectement à l'avènement de la tactique nouvelle de la Renaissance dont elle avait cependant, par ses succès d'antan, préparé le règne.
(*) Citations de Jean de Stavelot, Chronique, p. 558 ; Henri de Merica, p. 283.
(8) Nous avons esquissé dans ses grandes lignes l'évolution de l'armée liégeoise à la fin du XVe siècle dans notre article An analysis..., p. 245. — Discréditées, les milices urbaines tombèrent, à partir du XVI e siècle, au niveau d'une simple garde civique ; cfr l. Gothier, L'organisation militaire de la principauté de Liige au XVIe siècle, in R. B. P. H., 12 (1933), P· 87. (3) Jean molinet, II, p. 178.
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II. L'infanterie rurale
A une époque où l'on avait accoutumé de mesurer la valeur militaire à l'aune du prestige social il est normal que les milices rurales n'aient pas joui d'une très haute considération. Pour s'en convaincre on se rappellera à leur propos la remarque de Lambert de Hersfeld, au XIe siècle : « Vulgus ineptum, agriculturae potius quam militiae assuetum... » (x). Cependant, leur rôle guerrier ne fut pas inexistant au Pays de Liège. La fréquence des actes diplomatiques où il est fait spécialement mention de l'ost et le chevauchie dus à l'évêque par les manants des domaines ruraux prouve le cas que l'on faisait de cette prestation. Au reste des paysans combattent déjà dans les rangs liégeois à Wilderen (1129) et à Bouillon (1141) et il en sera de même jusqu'à la fin du XVe siècle (2). Mais la valeur de ces troupes est très limitée. Pour l'apprécier, il faut tenir compte de la mentalité propre aux populations rurales, mentalité qui existe non seulement
au Moyen Âge mais dans n'importe quel type de civilisation agricole ( 3). Les manants ne combattent vraiment bien que pour défendre leur terre, leur maison, leur village c'est-à-dire que leur rayon d'action efficace ne dépasse pas quelques kilomètres. Toute atteinte à la paix de leur environnement provoque leur réaction violente mais dans leur contre-offensive il y a souvent (*) F. Lot, op. cit., II, p. 146. (2) Cfr notre article ,An analysis..., p. 248-251 et les appendices à cette étude. (3) II cst intéressant de comparer ce que l'on sait de nos milices rurales du Moyen Age avec les habitudes militaires de la garde civique et des milices locales du Sud Viet-Nam actuel, armement mis à part bien entendu. On ne peut manquer d'être frappé par une certaine identité de mentalité malgré l'écart
chronologique et géographique entre des troupes qui, toutes deux, sont d'origine paysanne. Cfr les remarques de Philip Dodd, correspondant à Saïgon du Chicago Tribune (118 e année, n° 173, 21 juin 1964, p. 1 et 6) : « All Vietnamese fighting men from the arvins (armée régulière) down to and including the hamlet militia have one quality in common-they do their best fighting when defending their home communities. Militia and popular force units have been known to fight to the last man in defense of their home hamlets or villages, but they would not consider going a few miles to help a neighboring community fight ofï a communist attack.
Even arvin units are kept in their home provinces if possible... For 20 centuries, the Vietnamese peasant-and most of the soldiers of this country come from peasant stock-has lived close to the land. A town 10 miles away is like another country to him, and a soldier away from his home area is inclined to loot, steal, or go « over the hill » back to his home ».
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plus de déchaînement que de sens tactique. Pourtant, usant de l'effet de surprise, il leur arrive de mettre en déroute des troupes de cavaliers : ainsi les Campinois en 1363 et en 1397 ou les gens du ban de Bouillon en 1387 (*). Mais, dans bien des cas, ils se laissent grossièrement manœuvrer et ne parviennent pas à fournir une défense cohérente. Alors c'est la débandade et, souvent, le massacre. La manifestation la plus tragique de cette faiblesse eut lieu à Peer en 1483 où quelque 1500 personnes périrent sous les coups de soudards auxquels ils avaient opposé une résistance armée. Le chiffre des victimes fut le plus élevé de ceux enregistrés pendant les engagements contre Guillaume de la Marck. La mémoire de ce triste événement fut officiellement célébrée jusqu'en 1850 en l'église de Peer par une messe annuelle chantée à la Saint-Servais (13 mai), veille du jour anniversaire (2). Dans les batailles rangées, livrées pour des causes étrangères à leurs préoccupations immédiates, les milices rurales font généralement pâle figure. A Loncin (1298), elles s'éclipsent purement et simplement du champ de bataille parce qu'elles estiment que le combat a assez duré. A Montenaeken (1465), c'est un « cuneus ingens hominum imbéllium et agrestium populorumv qui se fait stupidement écraser ( 3). Jusqu'à présent, nos propros ne plaident guère en faveur des
aptitudes militaires des combattants du plat pays. Pourtant le tableau serait incomplet si nous n'évoquions certaines circonstances particulières au cours desquelles les milices rurales surent tout de même faire preuve d'un certain sens tactique. II semble que ces succès partiels puissent se ramener à deux cas précis : celui des milices commandées par un chef éprouvé d'une part, celui des milices « politisées » ensuite. Les manants ont, en effet, remporté à plusieurs reprises de véritables batailles rangées contre des armées d'invasion assez importantes où la cavalerie était largement représentée. Mais (^) Cfr respectivement Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 324 ; Corneille de Zantfliet, col. 348 et 332. (2) Jean de Looz, p. 89-90; Jean Placentius, p. 97 v° ; Annotations . . . , p. 267 ; cfr P. Daniels, Un registre du XVe siècle de l'Agneten-Dal (Val SainteAgnès) à Peer, in A. P. L. 2 (1897), p. 47 ; Van Hasselt et Croisier, Notice historique sur le couvent Sainte-A gnès à Peer, ibid., 5 (1901), p. 26. (3) Cfr Annexes VII et XXI.
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il s'agissait chaque fois d'une action préparée, exécutée par les milices de plusieurs villages voisins sous le commandement de gens de guerre professionnels, appartenant à la noblesse d'épée : Jean et Arnoul de Harduémont à Latinne (1303), Ameil de Bovenistier à Bierwart (1321), Lambert d'Oupeye et le bailli Jacques Chabot à Boneffe (1356), le capitaine Gracien de Guerre à Opheers (1489) (*). Ici, les fantassins du plat pays font merveille. Et pourtant, le réflexe d'auto-défense n'est plus le seul mobile qui les guide si même il contribue peut être encore à soutenir leur moral d'autant plus que le théâtre de l'action n'est guère éloigné de leur foyer. En tous cas ils deviennent un instrument tactique capable, aussi bien que l'infanterie des villes, de mettre à mal des forces de cavalerie. Enfin, les milices rurales
jouèrent un rôle appréciable en une autre occasion encore : à l'époque des guerres bourguignonnes (1465-1468). Une partie de la population des campagnes ne laissa pas d'être entraînée dans l'opposition active à Louis de Bourbon et comme les meneurs de l'insurrection liégeoise avaient besoin de toutes les forces du pays pour faire face au duc de Bourgogne ils firent plus d'une fois appel à des contingents issus des campagnes pour grossir leurs effectifs. Le fait que des paysans se soient départis de leur traditionnel esprit de clocher pour se lancer dans de pareilles aventures prouve à la fois l'impopularité des tenants de la mainmise bourguignonne et une certaine conscience d'un danger « national ». A côté d'un désastre comme celui de Montenaeken,
on enregistre quelques beaux succès à l'actif de ces milices. C'est ainsi qu'en 1467 les milices d'Amay s'emparent seules de Huy-Petite après son évacuation par l'élu. Elles se gardent bien cependant de s'attaquer directement à la partie de la ville située sur l'autre rive de la Meuse : elles conservent leur position, demandent des renforts à Liège et, grâce à ces troupes fraîches, conquièrent aussi Huy-Grande. C'est une tactique dont la sagesse échappe à tout reproche (2). Signalons encore que la courageuse participation des gens de pied du ban de Franchimont aux phases ultimes de la lutte contre Charles le Téméraire prouve que ceux-ci étaient, au même titre que les bourgeois (') Cfr respectivement Jean de Hocsem, p. 117-118; ГАппехе IX; Raoul de Rivo, p. 7 ; Jean Molinet, II, p. 152-153 et Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 384.
(2) Adrien d'Oudenbosch, p. 118.
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de la capitale, rompus aux coups de main auxquels l'action liégeoise se limitait alors. La légende des « 600 Franchimontois » naquit probablement de l'admiration que cette belle prestation avait inspirée (^). Enfin, c'est encore au fondement politique de leur organisation
que les éléments ruraux groupés sous le nom de « Compagnons de la Verte Tente » durent leur succès. Un engagement comme celui du Kriekelerenbosch témoigne de méthodes de combat relativement efficaces et même novatrices (2).
Au total, on peut donc admettre que les fantassins ruraux ont participé, dans des limites que nous nous sommes efforcé de préciser, au développement et à la bonne fortune de l'infanterie au pays de Liège.
(') Selon une légende, — qui a la vie dure parce que bien des érudits ont cru pouvoir l'admettre au rang des vérités historiques, — un groupe de 600 Franchimontois se serait distingué, dans la nuit du 29 au 30 octobre 1468, en allant assaillir le logis du duc de Bourgogne et du roi de France en dehors de la porte
Sainte-Walburge. Cet épisode a pris une place importante dans l'historiographie
liégeoise, trop importante puisqu'en réalité il s'agit d'un faux problème : cfr notamment J. Demarteau, Les 600 Franchimontois, in Conférences de la Soc. Art et Hist. du diocèse de Liège, 1892, p. 73 -114 ; J. de Chestret de Haneffe, La joyeuse entrée d'Ernest de Bavière à Liège, in B. I. A. L., 24 (1894), p. 143 ; G. Ruhl, L'expédition des Franchimontois à Sainte-Walburge (30 octobre 1468), 'mB.S.A.H.D. Lg., 9 (1895), p. 147-157; J. Coenen, Franchimontois ou Liêgeois, in B. I. A. L., 42 (1912), p. 249-262 ; G. Kurth, A la rescousse des Six Cents, in Bull. Cl. Lettres Acad. R. de Belgique, 1913, p. 486-502 ; E. Fairon, Les six cents Franchimontois, in Wallonia, 22 (1914), p. 136-155 ; E. Fairon, Lantin et Loncin. Deux noms glorieux de nos fastes militaires, Miscellanées historiques, Liège 1945, p. 187-192. — Ce qui est incontestable, c'est qu'un coup de main a effectivement eu lieu, qui mit en péril la personne de Charles le Téméraire et de Louis XI. Son attribution à 600 Franchimontois repose sur le seul témoignage de Philippe de Commynes, I, p. 156-157, dont la précision peut déjà sembler pour le moins suspecte en pareilles circonstances. Les autres chroniqueurs sont moins catégoriques et parlent de 300 à 600 hommes, aussi bien Liégeois et Rivageois (habitants de la grande banlieue en amont de Liège) que Franchimontois. Le ban de Franchimont, en raison sans doute de sa situation excen-
trique, était assez rarement appelé sous les armes : on cite le cas de 1328 (Jean de Hocsem, p. 211) et de 1436 (Jean de Stavelot, Chronique, p. 370). La levée de 1468 (Adrien d'Oudenbosch, p. 210) s'explique du fait de l 'épuisement des forces de Ia Cité et du fait que cette milice était alors la seule avec celle des Rivageois à n'avoir pas été coupée de la ville de Liège par l'avance bourguignonne. Toujours est-il que l'honneur du combat de Sainte-Walburge ne peut revenir aux seuls Franchimontois.
(2) Cfr notre article : Un étonnant précwseur : le combat du Kriekelerenbosch (17 janvier 1466), in Revue internationale d'histoire militaire, 1965, p. 283-287.
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III. Le choix du terrain et de la position
A l'opposé de certains de ses émules européens, le fantassin liégeois n'a jamais cherché de façon systématique à vaincre son adversaire en l'obligeant à livrer bataille dans un site accidenté ou malaisé (x) . En général, il ne mise pas sur l'exploitation d'un type de terrain déterminé, où il aurait automatiquement l'avantage, pour la bonne raison que lui même ne s'accommode vraiment que d'une seule position : « à plains champs » (2) . La mise en bataille des troupes et l'adoption d'un ordre massif tel que l'infanterie le concevait au Pays de Liège exigeaient en effet un espace dégagé, dût-il se trouver à la portée de l'ennemi. A preuve d'ailleurs le fait qu'en général nos gens de pied ne manœuvrent jamais en terrain couvert. Ils se contentent de s'y réfugier lorsque leur salut en dépend : c'est le cas au Kriekelerenbosch ( 3), dans les bois de Florennes, à la journée de Lowaige ( 4), à Brustem. La coïncidence, au cours de la même année (1466), de ces quatre rencontres, également caractérisées par une tactique où la défensive prédomine, témoigne plutôt de l'état d'infériorité de l'armée liégeoise d'alors qui renonce à engager le combat en rase campagne (5) . On peut encore citer deux autres cas où la règle souffrit des exceptions mais c'est, pour ainsi dire, par la force des choses : au cours d'une attaque par surprise en quelque lieu que l'ennemi se trouvât, ou lors d'un combat autour d'un point de passage obligé (6). P) Cfr J. F. Verbruggen, Het leger..., p. 339-341. (2) Jean le Bel, II, p. 142 (à propos de la bataille de Tourinne). En 1304, les Saintronnaires « ordinant aoiem in campo retro ortos suburbii » ; Chronique
de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 237 ; en 1465, les Dinantais vont se ranger « aux champs » en dehors de leurs remparts ; Gachard, Collection de documents inédits concernant l'histoire de la Belgique, II, Bruxelles 1833, p. 220. (3) Voir note 2 p. 154. (4) Jean de Haynin, I, p. 153-154, 184. (5) Cfr Annexe XXII. Le dispositif des Liégeois à Brustem postulait pourtant que l'éventualité d'un engagement en terrain découvert avait été prévue mais les seules forces efficaces furent celles de l'avant-garde, couverte par des obstacles naturels et artificiels.
(®) Attaque surprise : les Liégeois, lors de l'attaque du camp épiscopal à Hoesselt (1328) ; les Maestrichtois surpris par les Namurois en 1430 ; cfr Annexes XI et XVII. — Point de passage obligé : au « pas » d'Erbonne (1328) ; au combat d'Argenteau (1347) ; cfr Fisen, op. cit., p. 112-113 ; au passage du pont de Meersen (1397) ; Jean d'Outremeuse, Chronique abrégée, p. 233 et Corneille de Zantfliet, col. 348.
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Pourtant ce mépris de la dérobade, cette tactique démonstrative, ne vont jamais jusqu'au refus de la position privilégiée. Loin s'en faut puisque le premier souci d'une armée de fantassins autant que de cavaliers, en arrivant sur le champ de bataille présumé, est d'obtenir « lieu, vent et soleil à l'avantage ». Lieu c'est-à-dire presque toujours l'occupation d'une éminence, vent afin d'assurer aux projectiles la trajectoire la plus précise et, plus tard, d'éviter la fumée des canons, soleil pour se garder de l'éblouissement.
Dans ces conditions le premier arrivé acquiert immanquablement la suprématie de la position, comme les Hutois à Erbonne (1328) ou les Liégeois à Tourinne (1347) (*). L'advcrsaire peut toujours refuser le combat (2) ou, par un subterfuge, amener les premiers venus à abandonner l'endroit qu'ils occupaient ( 3). Ou encore, — et c'est ce qui se passe notamment lorsque les opposants arrivent simultanément sur place —, on se met à « bargainer » la position c'est-à-dire à manœuvrer de telle sorte que l'on s'assure le plus d'avantage possible sans engager l'action. Ce curieux préliminaire se produisit à Zonhoven, en 1490 : ici l'enjeu ne résidait pas dans le site, invariablement plat, mais l'armée de Jean de Hornes réussit à avoir le dessus du vent tandis que les La Marck purent tourner le dos au soleil ( 4). Le cas d'Othée (1408) est aussi typique : l'armée de Jean sans Peur marche à la rencontre des Liégeois dont ses éclaireurs viennent de signaler l'approche puis elle se range « sur une place un peu avantageuse ». Surviennent les milices qui, à la vue des Bourguignons installés de pied ferme, pivotent sur leur droite pour venir s'adosser à la campagne de Tongres, ville dont ils espèrent un secours. En même temps, ils se déployent, le dos au soleil, sur une haute place séparée de l'ennemi par une petite dépression. De là ils font donner le canon contre leurs adversaires dont la position a priori excellente est désormais, par le jeu de la manœuvre, devenue précaire (5). (*) Expression de Jean Molinet, II, p. 179. Ce souci est un des lieux communs de la tactique médiévale ; cfr Marcel Chambord, Ouelques époques de la pensée militaire, in L'Armée — La Nation, mars 1954, p. 13 ; mars 1955, p. 12. — Cfr les Annexes XI et XIV ; Philippe de Clèves, p. 80. (2) Comme une partie de l'armée épiscopale à Vottem (1346) ; Annexe XIII. (3) Ce que fit l'évêque à Tourinne (1347) en laissant courir des faux bruits de négociations ; Annexe XIV. (4) Cfr Annexe XXV. (5) Cfr Annexe XVI.
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Une autre façon pour les communiers liégeois de se ménager une position avantageuse consistait à se ranger en bataille à proximité d'une ville. Outre le réconfort moral que cette tactique leur assurait et la crainte qu'elle pouvait inspirer à l'ennemi, elle permettait de rester en communication effective avec un point d'appui entouré d'une enceinte et garni de troupes fraîches. Ainsi procèdent les fantassins de Saint-Trond en 1304, ceux de Liège en 1307 et en 1346, les Dinantais en 1465 (^). C'est là, soit dit en passant, un témoignage supplémentaire de la solidarité des communes : le fantassin des villes n'est jamais un combattant isolé. II a derrière lui non seulement ses semblables mais aussi
toute la force politico-sociale et les ressources matérielles de la cité, dont il n'est que l'émanation et au nom de laquelle il prend les armes (2). Cela explique la différence fondamentale de mentalité entre le communier, dont l'attitude est faite d'un
certain civisme aux accents quasi modernes, et le féodal, dont l'action militaire s'insère dans un cadre de référence nettement
différent, plus primitif et pétri d'individualisme. D'autre part cette tactique du point d'appui évoque le rôle stratégique des villes, sur lequel nous aurons l'occasion de revenir. Indépendamment du choix d'un terrain favorable, on constate
qu'au Moyen Âge les troupes, — et spécialement les gens de pied — , cherchaient à renforcer leur position de combat en érigeant autour d'elles des obstacles artificiels. Les exemples abondent ( 3). Or, les Liégeois ne paraissent guère avoir eu recours à cet artifice et le cas de Vottem n'est que l'exception qui confirme la règle. Par contre, ils firent un large usage, au (') Cfr n. 2, p. 155 ; Jean de Hocsem, p. 124 ; Annexe XIII. (2) Cette cohésion sociale a été soulignée, dans le cadre liégeois, par F. Vercauteren, Luttes sociaUs à Liège (XIIIe et XIVe siècles), Bruxelles 1946, P· 53. 98 ; J. Lejeune, Liège et son Pays, Liège 1948 ; de façon plus générale, par J. F. Verbruggen, op. cit., p. 284 sv. (3) Surtout à partir de la ·< renaissance » de l'infanterie, au XIV e siècle : J. F. Verbruggen, op. cit., p. 340 et 569. — Au lac Copaïs (1311), à Buironfosse (1339), à Cocherel (1364), à Poitiers (1356), à Roosebeke (1382), à Aljubarrota (1385), à Nicopolis (1396), à Tannenberg (1410), à Monthléry (1465), à Vaslui (1475)... Cfr respectivement F. Lot, op. cit., I, p. 391 ; E. Deprez, Les préliminaires de la guerre de Cent Ans..., Paris 1902, p. 268 ; Récits d'un bourgeois de Valenciennes, p. 322 ; F. Lot, op. cit., I, pp. 357, 451, 453 ; II, p. 220, 157 ; Philippe de Commymes, I, p. 37-38 ; F. Lot, op. cit., II, p. 240 ; sur la bataille d'Aljubarrota, cfr en outre Alfonso Do Paço, The battle of Aljubarrota, in Antiquity, 148 (1963), p. 264-269 (vestiges des travaux de campagne).
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XVe siècle tout au moins, des chariots à bagages comme rempart
mobile. II s'agit le plus souvent des véhicules ordinaires du train, parfois de voitures spéciales, les ribaudequins, renforcés et conçus pour être attachés l'un à l'autre. On les plaçait côte à côte, en ligne continue, sur les flancs et le dos du dispositif de bataille, de façon à décourager toute attaque autre que frontale et à concentrer les efforts pratiquement dans une seule direction. Ce procédé fut employé à Othée (1408), à Montenaeken (1465) et à Lowaige (1466). Mais les chariots servaient également de première défense en cas d'attaque surprise, exactement comme chez les Boers ou les pionniers américains au XIXe siècle.Ainsi des troupes rebelles, en 1404, couvrent leurs arrières de cette façon afin d'empêcher leurs ennemis de les encercler sur la place du marché de Saint-Trond. De même en 1430, le contingent maestrichtois assailli à l'improviste par des Namurois, s'entoure des véhicules du train. Enfin, au cours du siège de Liège de 1468, après sa sortie du côté de Saint-Léonard, le parti de Jean de Wilde dresse un retranchement de chariots et repousse pendant 4 heures les assauts de l'ennemi ('). L'usage des chariots à des fins tactiques remonte à l'Antiquité : déjà Xénophon en parle rétrospectivement à propos de la bataille de Thymbrée entre Cyrus
l'Ancien et Crésus (2). Au Moyen Âge, il est répandu depuis l'Europe occidentale jusqu'en Moscovie. On sait le succès des Huss'tes qui savaient faire de leurs véhicules à bagages un véritable « Wagenburg » ( 3). En conclusion, la recherche systématique d'un champ de bataille propre à embarrasser l'ennemi n'a jamais fait partie des principes tactiques de l'infanterie liégeoise. Contrairement à d'autres bons fantassins médiévaux, Gallois, Ecossais, Fla-
mands et Suisses, nos piétons placent toute leur force dans leur cohésion et dans le respect d'un dispositif de combat préalable. Même lorsqu'ils créent des obstacles artificiels autour d'eux, c'est encore dans le but de préserver le plus longtemps possible ( ! ) Cfr respectivement : nos appendices XVI, XXI et XVII ; Jean de Haynin, I, p. 183-184 ; Jean de Looz , p. 42 ; Corneille de Zantfliet , col. 366 ; Philippe de CoMMYNES, I, p. I49. (2) E. Wanty, La pensée militaire..., p. 26.
(3) Cfr F. Lot, op. cit., I, p. 53, 341, 357 ; II, p. 48, 158, 202, 205, 208, 229, 231, 340, 395. — Exemple flamand, en 1197, dans J. F. Verbruggen, op. cit., p. 250. — Cfr également J. Macek, Le mouvement hussite en Bohéme, Prague 1958, p. 67 et V. Denkstein, The Bohemian pavise in Turin..., p. 37-39.
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leur formation initiale. L'exploitation des terrains accidentés en tout cas n'entre pas dans leur conception ordinaire de la tactique. IV. Le dispositif et les formations de combat Le fantassin médiéval est essentiellement dominé, conditionné
même, par la crainte de la cavalerie. A Liège, au début du XIVe siècle, un cavalier mis à prix vaut dix fois plus qu'un homme de pied ; à la fin du XVe , les temps ont bien changé mais le rapport reste encore de un à deux (^). Cette estimation, pour brutale qu'elle soit et sans doute teintée de préjugés sociaux, n'en traduit pas moins l'inégalité foncière des deux armes. Le thème de la supériorité de principe des gens de cheval constitue en tout cas un prétexte dont on use habituellement à Liège lorsqu'on désire dissuader l'infanterie de livrer bataille. Pourtant, les communiers ont compris que cette tare n'était pas sans remède. Si un individu isolé ou même un agglomérat de combattants à pied représente une proie facile pour un homme d'armes en pleine charge, par contre un groupe organisé a moins de raison de crainte et peut soutenir le choc de l'assaillant. II suffit de ranger les hommes de façon telle qu'ils forment une masse impénétrable. Le dispositif de combat de l'infanterie liégeoise est imprégné de ce principe essentiel. Lorsqu'ils combattent seuls, ou avec des cavaliers démontés, les fantassins liégeois se forment en une seule phalange épaisse, rectangulaire ou en manière de triangle, avec une des pointes dirigée vers l'ennemi (2). Les termes utilisés par les chroniqueurs pour décrire ces dispositifs traduisent parfaitement la recherche de l'effet de masse : les piétons, nous disent-ils, se tiennent in acervo conglobati, in unum compacti, en une flote, groupés en f1) Jean de Hocsem, p. 161 ; E. Fairon, Regestes de la Cité de Liège, IV, Liège 1939, p. 378 : cet acte, que l'éditeur date de 1477, porte en réalité la date
de 1488, ainsi que le rectifie P. Harsin, Études critiques sur l'histoire de la principautê de I.iège, I, Liège 1957, P- 2°6, n. 91. (2) La forme rectangulaire est la plus courante ; celle en triangle se rencontre
à Bierwart (1321) et, quelque peu modifiée, à Othée (1408) ; cfr Annexes IX et XVI. Le « carré » n'est pas clairement attesté mais nous sommes porté à croire qu'il fut adopté à Hanzinelle (1314).
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une turma (^). A l'intérieur de ces formations, les combattants se tiennent au plus près les uns des autres afin de ne présenter aucune faille à travers laquelle une attaque ennemie puisse percer ; « todis se tenoient si sereis que illi fussent cosus ensemble » (2), remarque Jean d'Outremeuse à leur propos. II y a peu de chose à dire des bataillons rectangulaires uniformes (quasi murus) ( 3). Ils constituent le type par excellence de la phalange primitive, celui de l'infanterie grecque à ses débuts, des armées romaines avant Camille ou des Francs du
haut Moyen Âge. Cette formation étirée était d'ailleurs également en honneur en dehors des limites de la principauté, notamment dans le royaume de France, y compris la Flandre. Quant aux « batailles triangle », ou aux carrés, ils ne constituent qu'une variante du groupement linéaire et non une forme plus évoluée.
II ne faut pas, en tout cas, les confondre avec les articulations des armées de l'Antiquité ou de la Renaissance (manipules, carrés) , qui ne représentaient que l'unité de base d'un ensemble tactique plus vaste. Le triangle des Liégeois, lui, est composé de l'ensemble des forces pédestres combattantes. La formation
connue au Moyen Âge qui s'en rapproche le plus est le dispositif en cercle, en usage dans certaines armées : ctiez les Suisses, les
Écossais (les fameux schiltrons), les Flamands. N'oublions pas non plus la tactique défensive des Templiers pendant la troisième Croisade ni celle de Renaud de Boulogne à Bouvines (1214). Pourtant le triangle liégeois se distingue de ces « couronnes » par deux aspects : les hommes en remplissent toute la surface alors que seul le périmètre des « couronnes » est occupé ; d'autre part il s'oriente de façon bien définie en dardant vers l'ennemi une de ses pointes, tenue semble-t-il par les hommes les plus aptes et les mieux armés ( 4).
(') Chronique liêgeoise de 1402, p. 273 ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 288, 290 ; Jean d'Outremeuse, Chronique et Geste, IV, p. 310 (récit imaginaire d'événements du XII e siècle racontés à la façon du XIVe). (2) Ibid., VI, p. 201 (à propos de la bataille de Hanzinelle).
(3) Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 288. — D'après Philippe de Clf.ves, p. 82, qui parle rétrospectivement, la phalange aurait comporté 3 ou 4 hommes de profondeur.
(4) J. F. Verbruggen, op. cit., p. 139, 298 sv., 425 ; après chaque charge, le comte de Boulogne se réfugie avec ses chevaliers derrière une double rangée de piquiers « brabancons » disposés en cercle. — Cfr Annexes IX et XVI.
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Dans tous les cas les chariots à bagages étaient rassemblés en un seul parc et placés derrière la phalange ou disposés autour de la formation, comme un rempart (^). L'usage des dispositifs décrits ci-dessus n'est avéré, pour la principauté, qu'à partir du début du XIVe siècle. II n'est pas douteux cependant que leur existence remonte à une époque antérieure car l'ordre phalangique apparaît, —■ l'exemple d'autres régions d'Europe occidentale nous en fournit la preuve —, comme le plus ancien qui soit. II semble bien demeurer inchangé au pays de Liège jusqu'au milieu du XVe siècle. A ce moment, une certaine évolution se dessine sous l'influence de la réintro-
duction de l'ordre profond, qui tend alors à se généraliser. Les formes antérieures ne disparaissent pourtant pas mais on observe une volonté d'abandonner le dispositif unique et même la formation massive et continue.
C'est ainsi qu'à Brustem (1467) un observateur bourguignon remarque que les Liégeois sont échelonnés en profondeur, sur trois lignes à savoir l'avant-garde, la bataille et l'arrière-garde : en quelque sorte l'amorce d'un retour aux trois lignes de la légion romaine. Néanmoins, dans ce cas précis, la défection des combattants en réserve empêcha toute tactique perpendiculaire. Seule la puissance des moyens, l'importance des effectifs, notons-le, ont permis à de grandes armées du XVe siècle, celles du duc de Bourgogne, du roi de France ou de l'Empereur, d'apporter à ce dispositif nouveau un début de mise en œuvre. A Liège, il faut se contenter de recueillir des indices. A Hollognesur-Geer (1483), l'infanterie ne forme plus un bloc compact : une partie est dispersée en première ligne dans les intervalles entre les cavaliers, les autres se trouvent derrière, probablement en une phalange rectangulaire. A Zonhoven (1490), les fantassins forment, d'un côté, de gros carrés juxtaposés, de l'autre, deux cordons minces échelonnés. Par contre, en 1491, on voit encore l'infanterie tongroise se grouper en une seule phalange, avec succès d'ailleurs (2). (!) Le parc se trouve derrière à. Hanzinelle (1314) et à Bierwart (1321) ; cfr Annexes IX et XVI ; cfr supra n. 1 p. 158.
( 2) Cfr Annexes XXII, XXIV et XXV ; Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 468. — Sur les origines du dispositif profond au bas Moyen Age, cfr J. F. Verbruggen, TJn plan de bataille du duc de Bourgogne (14 septembre 1417) et la tactique de l'époque, in Revue internationale d'histoire militaire, 1959, p. 443-451.
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Jusqu'ici, nous avons mentionné les dispositifs adoptés par les gens de pied lorsque ceux-ci combattaient seuls. Leur ordonnance, toutefois, varie lorsqu'ils combinent leur action à celle de la cavalerie. Dans ce cas ils calquent leur arrangement sur celui des cavaliers. Aussi voit-on, par exemple, des forces d'infanterie distribuées en trois
« batailles » selon la
division traditionnelle adoptée par la gendarmerie médiévale : à Steppes (1213), dans le Namurois (1430), à Herstal (1489). On cite même un cas où ce dispositif fut choisi par une armée strictement de fantassins (1465) mais c'était peut-être dans le but de repousser un adversaire à cheval en imitant son ordre de bataille (^). Quant aux formations adoptées en pareils cas, on a tout lieu de croire qu'elles restaient semblables à celles auxquelles les gens de pied étaient accoutumés : témoins ces pedites, pro muro... conglobati, derrière la cavalerie qu'ils soutiennent à la Warde de Steppes (2). V. L'armement des fantassins
L'insuffisance de l'armement défensif est une caractéristique de l'infanterie urbaine ou rurale qui la différencie de la cavalerie féodale. Les propos attribués à un tribun populaire du début du XIVe siècle sont tout à fait significatifs à cet égard : (vous) qui asteit gens menue, Mals armeis et tous nus, vous asteis gens perdue. Li Grans sont bien armeis, et partant ont-ilh jà la batalhe vencue. Or vous traheis arire ( 3). Cet état de fait s'explique par des raisons économiques. On sait que chaque personne était tenue de se procurer à ses frais et de conserver chez elle son équipement militaire individuel. Or l'armure était, de toutes les pièces d'armement, la plus chère. Peu de roturiers pouvaient se permettre l'achat d'un harnois complet ; aussi bien certains l 1) Cfr Annexes VI et XVII ; Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 391 ; Henri de Merica, p. 245 (raid des Liégeois dans le duché de Limbourg). (2) Triumphus S. Lamberti in Steppes, p. 184.
(3) Jean d'Outremeuse, Chronique et Geste, p. 167, 659 ; c'est encore l'argument que le légat pontifical Onofrio fait valoir aux Liégeois en 1468 pour les dissuader d'attaquer les Bourguignons ; Onofrio, p. 122. — Cfr nos articles L' évolution et l'usage de l'armement personnel défensif au pays de Liège du XIIe au XIVe siècle, in Z. H. W. K., 1962, p. 65-8 ; Le problème de l'origine de l'industrie armurière liégeoise au Moyen Age, in C. A. P. L., 1962, p. 22-75.
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devaient-ils se contenter de quelques pièces défensives seulement voire se passer de toute protection. C'est ce qui explique qu'à Othée (1408), où par mesure exceptionnelle tous les hommes valides de Liège étaient mobilisés, se trouvait quantité d'inermes et debiliter loricati. Or, les gens de pied se rendaient parfaitement compte de l'avantage conféré a priori par un armement défensif suffisant, Avant tout, il y avait l'effet moral : tels ces archers maestrichtois qui « ne soy dobtoient de nullus, partant qu'ilh estoient si bien armeis » (*) . De sorte qu'au Pays de Liège la tendance à faire du combattant à pied un fantassin lourd se dessine malgré tout (2). On ne remarque pas en tout cas, — exception faite pour les Couleuvriniers à la fin du XVe siècle —, que l'on ait cherché à prendre argument de la relative pauvreté de son armement défensif pour lui confier un rôle de voltigeur comme les
Gallois ou les Écossais ou de guerrier mobile comme les Suisses ou, plus tard, les lansquenets. A Liège, cette insuffisance est considérée comme accidentelle et l'on s'efforce d'y porter remède, par exemple en réunissant des petites troupes d'élite ( 3). Dans le cas de levées en masse, les hommes qui disposent de bonnes armures sont placés en première ligne. C'est aussi ce qui explique partiellement pourquoi la noblesse, lorsqu'elle combat à pied avec l'infanterie, prend position en avant des troupes ( 4). Ainsi donc la conception de l'armement défensif qui prévaut dans la principauté contribue à renforcer l'efïet de masse que l'on attend de l'ordre phalangique prédominant. La même conclusion se dégage de l'examen de l'armement ofïensif en usage au pays de Liège. Dans ce domaine, le fantassin (}) Jean de Stavelot, p. 253 ; l'armement des archers maestrichtois est décrit dans G. D. F., De handboogschutters-gilde te Maastricht, in De Maasgouw, 3 (1881), p. 430. (!) Cette tendance à créer une infanterie lourde fut un moment bien près
de l'emporter en Angleterre, sous le règne d'Édouard II mais elle perdit toute faveur sous Édouard III ; cfr J. C. Morris, Mounted infantry in Mediaeval warjare, in Transactions of the Royal Hist. Society, Ser. III, 8 (1914), p. 87-88 ; M. PowicKE, Military obligation in Medieval England, Oxford 1962, p. 142 sv. (3) Cfr les Leodienses confederati bene loricati et armati qui, en 1315, entreprennent un raid sur la terre de Logne ; Chronique liêgeoise de 1402, p. 277. — Les gens de pied très bien habillés et embâtonnés qui marchent sur Bosnau en 1436 ; Enguerrand de Monstrelet, VI, p. 271. (4) Ainsi à Bierwart (1321) et à Othée (1408), où ce sont évidemment chaque fois des nobles qui disposent du meilleur armement ; cfr Annexes IX et XVI.
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liégeois n'a jamais manqué de rien : le coût relativement modique des instruments individuels de guerre les mettait à la portée du plus humble des gens de pied. Parmi les armes destinées au combat rapproché, la pique jouit d'une faveur constante. Maniée en masse, elle crée en efïet en avant des combattants un rideau
protecteur où viendra se briser le choc de l'ennemi. Couchée lors d'un assaut au pas de charge, elle confère à celui qui la
manie une force de pénétration considérable (^). Comme partout ailleurs en Europe, l'épée est d'un usage courant. Plus caractéristique pourtant est l'emploi intensif d'armes de choc comme le marteau et la masse d'armes ou la hache ; elles ne sont pas sans évoquer les outils familiers des bourgeois et des paysans
qui les maniaient si même on sait qu'elles se différenciaient déjà des simples instruments de travail par certains détails de construction.
Quant aux armes de jet, surtout l'arbalète et accessoirement l'arc, leur usage fut fort répandu. Cependant leur rôle tactique resta négligeable : il n'y a pas une seule bataille rangée à l'actif de l'infanterie liégeoise dont le succès ou simplement le déroulement soit attribuable à l'emploi de ces engins de jet. La faute en est sans doute non pas tant à l'inaptitude des hommes de trait qu'à une insuffisance de leurs effectifs qui interdisait toute tactique analogue à celle de l'archerie anglaise. C'est ce qui fait dire à Monstrelet qu'à Othée (1408) le trait des Liégeois était « de petite valeur ». Le capitaine Henrard avait vu juste, il y a trois quarts de siècle, qui constatait en des termes généraux : « le nombre des gens de trait qui firent partie des armées communales ne fut à aucune époque assez considérable pour avoir une influence bien marquée sur le résultat des luttes où elles furent engagées ». L'apparition de l'artillerie à poudre aurait t1) Les exemples liégeois d'utilisation de la pique par les fantassins sont trop nombreux pour que nous puissions songer à les énumérer ici. Signalons tout de même le mur de lances à la bataille de Steppes (1213) ; cfr Triumphus S. Lamberti in Steppes, p. 184. — En cas de guerre, le village de Bocholt devait fournir à la commune de Hasselt, en plus de 25 arbalétriers, soit 25 cavaliers soit 25 piquiers ; J. Gessler, Le droit de bourgeoisie de Bocholt..., in Mélanges C. de Borman, Liège 1919, p. 171-172. — Rappelons également la charge efficace des gens de pied liégeois à Brustem (1467) « qui avoyent leurs picques longues, qui sont bastons avantageux » ; Philippe de Commines , I, p. 106. — Le Speculum regale norvégien n'affirmait-il pas qu'« à la guerre une lance vaut plus que deux épées » ? ; cfr A. Bruhn Hoffmeyer, Midäelalderens Tveaeggede Svaerd, I, Copenhague, 1954, P· 2 °7-
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pu compenser cette carence (x) . Dès l'aube du XVe siècle, l'artillerie de campagne communale s'avère redoutable et dès le milieu du siècle les armes à feu portatives commencent à faire parler d'elles (2). Mais la cadence de tir reste si faible et la portée si réduite que le mouvement l'emporte toujours sur le feu. En fait il en sera de même en Europe pendant des siècles encore. Tout concourt donc à démontrer que l'armement de l'infanterie liégeoise n'a fait que servir la tactique phalangique traditionnelle, en donnant la prédominance à l'effet de masse et au corps à corps. On peut même dire qu'il était de nature à avantager une action défensive plutôt qu'offensive. VI. Avantages et faiblesses de l'ordre phalangique
Que l'ordre phalangique adopté par les milices liégeoises ait pu leur valoir un certain avantage tactique, les échecs, les difficultés rencontrées par la cavalerie lourde ennemie en attestent hautement. L'exploitation de l'effet de masse est à la base de succès comme Hanzinelle (1314), Bierwart (1321) ou Vottem (1346) ; il explique encore la farouche résistance des vaincus à Tourinne (1347) et à Othée (1408). En tout cas, il prouve une chose : l'invulnérabilité d'une masse d'hommes disciplinée à un choc frontal de cavalerie. Les gens d'armes connaissaient si bien cette règle qu'ils évitaient autant que possible de s'attaquer de front à une phalange d'infanterie. Leur souci premier en tout cas restait de la desclore, c'est-à-dire de la désorganiser
afin d'opérer une percée. Les piétons, de leur côté, apparaissent pleinement conscients de la force que leur confère leur cohésion. Ils savent qu'ils ne doivent pas réagir aux feintes classiques, lorsque l'adversaire vient escarmoucher avant le choc ou s'il fait diversion sur le parc à bagages : contra florentissimorum
equitatum...victoriam omnem ponerent in ordinibus servatis (3). La discipline est la règle d'or. A cela, il convient certainement (*) Enguerrand de Monstrelet, II, p. 13. — P. Henrard, Histoire de l'artillerie en Belgique depuis son origine jusqu'au règne d'Albert et d'Isabette, p. 21, 26. (a) Cfr notre étude sur le combat du Kriekelerenbosch.
(3) Escarmouches à Vottem et à Tourinne ; cfr Annexes XIII et XIV. — et XIV. ·—· Diversion sur le parc à Bierwart et Hanzinelle ; cr Annexe IX. — Nous citons un passage de Jean d'Outremeuse, traduit par B. Fisen, op. cit., p. 108, col. 2, à propos de la bataille de Vottem.
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d'ajouter l'effet psychologique collectif créé par une importante concentration, en un seul lieu, de personnes en principe résolues à défendre un intérêt commun.
La phalange, pour autant que l'ordonnance en soit respectée, apparaît donc comme un remarquable instrument défensif. Mais qu'en est-il de l'offensive ? Quelques exemples prouvent que cette formation est capable de marcher à l'ennemi, qu'il soit à pied ou à cheval, et de le battre mais, à une condition, c'est que ce dernier soit en petit nombre afin qu'un effort continu ne soit pas nécessaire. Nous allons en voir la raison. La discipline... sagesse des armées, seule garante en fait de l'ordre phalangique ! Mais on ne commande bien que des statues et la piétaille liégeoise, comme toutes les piétailles du monde, est faite de chair et d'os. II lui arrive donc de désobéir aux
consignes de ses chefs. Cette faiblesse s'avère bien souvent fatale parce qu'elle pousse la formation à « se disjoindre » (J) et fournit à l'assaillant l'occasion unique de frapper. A Waremme (1328) une panique instinctive crée dans les rangs un flottement que l'adversaire guette et exploite. II en est de même en 1389, lorsque les milices de Visé et de la Basse-Meuse se dispersent sous l'effet
de la peur et tombent sous les coups des reîtres de Heinsberg (2) . A Tourinne (1347) de fallacieux espoirs de paix sont cette fois la cause de la fragmentation d'une masse jusque là inébranlable. A Montenaeken (1465) le piège grossier de la feinte retraite, auquel les Liégeois ne résistent pas, les prive brusquement de l'indispensable cohésion : le stratagème des Bourguignons réussit à les desrengier et mettre hors d'ordonanse, pour parler le langage du temps. Trois ans plus tard, peu avant le sac de Liège, la même erreur se reproduit et ce sera la funeste journée de Lantin ( 3). Mais en supposant que les fantassins liégeois ne commissent pas ces imprudences, ils s'exposaient encore néanmoins à subir certains revers par suite des inconvénients du système même. Et parmi ceux-ci, la lenteur de mise en œuvre n'est pas le moindre ! Le passage du repos ou de l'ordre de marche à l'ordre de bataille requiert un temps relativement
long, pendant lequel l'infanterie reste totalement vulnérable. (1) Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 260. (2) Chronique liégeoise de 1402, p. 411. (3) Cfr Annexes XIV et XXI ; citations de Jean de Haynin, I, p. 122. — Lantin : cfr ibidem, II, p. 72-73 ; Adrien d'Oudenbosch, p. 210.
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Les attaques surprises ont précisément pour but de la bousculer durant ce moment critique où sa défense se trouve en défaut :
c'est ainsi qu'une colonne hutoise est assaillie et détruite en 1301, près de Clermont, qu'une troupe liégeoise est décimée en 1315 dans la terre de Logne ou que la milice de Maestricht consacre sa perte en succombant à la brusque volte-face d'un adversaire qu'elle poursuivait en désordre (1393) 0). A Tourinne (1347), pourtant, la piétaille du pays de Liège, attaquée en plein sommeil, trouve encore, non sans pertes, la force d'opérer un certain regroupement dans le feu de l'action. La cavalerie ennemie réussit quand même à scinder les fantassins en petits groupes, qu'elle isole et détruit séparément. D'ailleurs, sans la vigilance de sentinelles avancées, les événements eussent déjà pu prendre semblable tournure à Hanzinelle (1314). Un cas extrême est celui du combat qui, sous la place d'Argenteau, oppose infanterie liégeoise et cavalerie du Brabant-Limbourg (26 juillet 1347). Les fantassins, campés sur la rive gauche de la Meuse, passent le fleuve à gué. Leurs adversaires les attendent de l'autre côté, rangés en bataille. Cependant les gendarmes, pour empêcher les piétons de se reformer une fois l'obstacle franchi, conçoivent le dessein de les attaquer pendant leur traversée. Mal leur en prit car, dans l'eau, ce sont leurs ennemis qui se révèlent les plus forts : les hommes d'armes sont repoussés vers leur point d'origine, puis au delà ; enfin, après une ultime tentative de résistance, ils doivent abandonner le combat, poursuivis par les Liégeois victorieux (2). L'impérieuse nécessité de n'engager l'action qu'après l'adoption d'un ordre de bataille oblige par exemple le capitaine de Dinant, en août 1465, à interdire à ses milices de sortir de la ville pour marcher contre des éléments bourguignons venus escarmoucher sous les murs. II craint en effet que dans la poursuite ses troupes ne soient tentées de sur eulx habandonner desordonneement.
Une fois formée, la phalange n'en devenait pas pour autant invulnérable. Car un terrible danger la menace, contre lequel elle ne peut pratiquement rien : l'encerclement. Ses chefs ne le savent que trop bien. Le même capitaine de Dinant recommande encore à ses hommes, dont l'infériorité numérique s'avère (') Jean de Hocsem, p. 102 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 277-278, 423. (2) Cfr Annexes IX et XIV ; Jean de Hocsem, p. 358 et B. Fisen, op. cii., p. 112-113.
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manifeste, de ne point s'exposer en rase campagne afin de ne pas être « enclos » (^). Car ces formations massives, condamnées à attendre le choc de peur de perdre leur ordonnance initiale, ne disposent d'aucun moyen pour empêcher l'ennemi de les aborder à sa guise, où et quand il le désire. Enguerrand de Monstrelet sait de quoi il parle lorsqu'il affirme : « plus hardis sont en bataille les envahissants que ne sont les attendants » (2) ! A Hanzinelle (1314), la cavalerie épiscopale qui enveloppe les confédérés, les oblige à un immobilisme total. Ce n'est que leur supériorité numérique qui les sauve et aussi, peut-être, le fait que les gens d'armes n'eurent pas le temps de démonter pour les attaquer pied à pied. A Tourinne, par contre, une manœuvre préalable fait éclater la phalange en autant de petites formations dispersées qui, tour à tour entourées, sont anéanties. Ce fut le cas à Brustem où, une fois le gros des troupes évanoui dans la terreur, les combattants de l'avant-garde commandés par Baré de Surlet « se mirte en un troppelet tous ensanble » ( 3) et subirent l'écrasement total. Mais que dire alors d'une formation que l'adversaire neutralise et sur laquelle il fait pleuvoir une grêle de traits ! Othée (1408) en est l'exemple classique : assaillies de front et de dos, les milices ont encore à subir, sur leurs flancs, un tir nourri de flèches. En conséquence la masse phalangique tend à se contracter tandis que la conscience d'une défaite imminente provoque des remous internes que l'on n'imagine que trop bien. Rien d'étonnant dès lors à ce qu'un chroniqueur ait pu affirmer que la moitié des tués de la journée le furent par la presse (4). L'immobilisme, l'encerclement, l'écrasement, serait-ce là le sort inéluctable réservé à la phalange ? L'examen des sources prouve qu'après avoir subi le choc elle ne pouvait passer à la contre-attaque avec quelque chance de succès que contre des adversaires ou désorganisés ou peu nombreux. Encerclée, elle n'avait plus qu'à périr sur place, une fois en mouvement elle tendait naturellement à se désorganiser, surtout en terrain coupé.
(') Gachard, op. cit., II, p. 220 et S. Bormans, Cartulaire de la commune de Dinant, II, Namur 1881, n° 102, p. 122 et n° 108, p. 134. (8) Enguerrand de Monstrelet, II, p. 10. (3) Jean de H aynin, I, p. 228. (4) Jean de Stavelot, p. 120.
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En fait, la formation classique des Liégeois n'était guère plus qu'un colosse aux pieds d'argile. Sa force apparente ne peut faire illusion, sauf peut-être aux gens de pied qui la composaient et qui tiraient de leur dispositif un réconfort moral et grégaire. Sur le plan de l'efficacité militaire en tout cas seuls les combattants des premiers rangs exposés étaient en mesure de se battre ; les autres assistaient passivement aux événements périphériques et subissaient, parfois en les aggravant, les mouvements de l'ensemble, qu'ils fussent raisonnés ou instinctifs. II convient donc d'en rabattre de beaucoup lorsqu'il s'agit de mesurer le rendement tactique de la phalange. Le souci premier d'assurer la défensive aboutissait à « paralyser les efïorts individuels en croyant les réunir au profit de la résistance totale » (x) . Dans de telles conditions, il est presque fatal que cette formation soit dépourvue de souplesse opérationnelle. Elle est condamnée à rester telle quelle pendant toute la durée d'un combat, sans possibilité d'adaptation au déroulement des opé-
rations. Pire encore apparaît son incapacité intrinsèque à se reconstituer une fois son ordonnance entamée. Dès qu'une faille se produit tout l'édifice se disloque. Puis c'est le sauve-qui-peut, la poursuite, le massacre. Cette particularité explique la proportion très élevée des pertes à l'issue des batailles. Au mieux, quelques éléments parviennent parfois à se regrouper au milieu de la panique générale mais la résistance qu'ils opposent aux vainqueurs est d'autant moins efficace que leur nombre est réduit. Au lieu d'un gros bataillon ils en reconstituent quelques petits, plus vulnérables encore (2). L'ordre phalangique adopté par les Liégeois présente encore un défaut bien plus grave. Le souci de « faire masse » amène les chefs militaires à réunir en un seul corps tous les effectifs disponibles c'est-à-dire à négliger la constitution d'une réserve. Cette lacune, ainsi qu'on l'a assez clairement montré, n'est pour-
tant pas si fréquente au Moyen Âge, où la nécessité d'une force d'appoint était généralement admise. En exposant d'un seul coup toutes leurs troupes, les chefs liégeois interdisaient de ce fait toute continuité à leur action. Si bien que leur façon de (') Henrard, op. cit., p. 15-16. ( 2) Ces défauts sont particulièrement apparents au combat de Waremme
(1328) et à la bataille de Tourinne (1347) ; cfr Annexes XI et XIV.
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livrer bataille ressemble davantage à un coup de dés où l'on risque de tout perdre à vouloir tout gagner (χ). Mais nous sommes conscients de ce qu'à la limite de notre bilan critique et, — disons le — -, volontiers négatif, il y a le danger de fausser la perspective historique. Malgré tant de défauts, la tactique phalangique liégeoise est encore parmi
celles qui, au Moyen Âge, se distinguèrent. Originale elle ne l'est que dans la mesure où, fondée sur un réflexe de peur collective, elle devint sur les bords de la Meuse, en certaines circons-
tances, un instrument de victoire. En libérant l'infanterie liégeoise de son complexe d'infériorité à l'égard de la cavalerie, c'est elle, en fin de compte, qui lui assura le bénéfice d'une certaine émancipation dont la portée dépasse largement le domaine de l'histoire militaire (2). VII. Tactique offensive ou défensive?
« Qiiant à la bataille à pié, elle est tout au contraire de la bataille à cheval ; car gens à pié ne doivent jamaiz querir ne requerir leurs ennemiz ; mais doivent demourer pié coy et garder leur alaine et trouver toutes les subtilitez qu'ilz pourront de faire marchier leurs ennemiz. Et, se leurs ennemiz ne veullent marcher, il leur vault mieulx demourer en leur place que eulx desroyez ne marcher ; car moult batailles s'en sont perdues » (3). Ainsi s'exprimait Jean de Bueil, grand capitaine du règne de Charles VII de France. C'est une synthèse de la sagesse militaire médiévale en ce domaine et l'érudition moderne est bien près, à l'examen des cas d'application, d'en confirmer la portée. Pourtant, il faut bien admettre que le passé militaire liégeois est riche en exemples de batailles offensives engagées, dans certaines conditions, par les milices communales ou rurales du pays. L'état de la documentation ne permet malheureusement pas toujours de déterminer les circonstances qui entourent et, fatalement, qui éclairent chaque épisode. C'est ainsi qu'il n'est (') Le problème de la réserve dans la tactique médiévale a été étudié par J. F. Verbruggen, De krijgskunst..., p. 354 sv. ; cfr également R. C. Smail, Crusading warfare (1097-1193), Cambridge 1956, p. 124 sv. (2) Sur le rôle tactique de la peur, cfr Verbruggen, op. cit., p. 552. (3) Jean de Bueil, II, p. 37.
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pas toujours possible de savoir à quelle phase précise du combat le mouvement est intervenu.
Dès le XIIe siècle en tout cas, l'infanterie liégeoise passe à l'offensive dans des engagements où elle accompagne la cavalerie : c'est le cas à Andenne (1151), à Brustem et à Looz (2 et 3 août 1179). II en va de même à Steppes (1213) (г). Plus tard, dans des opérations que les fantassins conduisent seuls, il leur arrive fréquemment de provoquer l'ennemi au combat. Néanmoins, il faut bien le dire, ils agissent la plupart du temps de la sorte contre un adversaire pris au dépourvu (à Boyenhoven, vers 1300, à Hoesselt en 1328) (2) ou peu nombreux. Comment manœuvrent-ils ? En cas d'embuscade cette question est secondaire puisque l'effet de surprise s'avère primordial. Mais ailleurs ? Quelques exemples révèlent l'adoption d'une formation classique au moment de l'attaque et ce n'est rien d'autre que la phalange défensive elle-même tout à coup mise en mouvement ! Sur le champ de bataille de Tourinne (1347), les Liégeois, d'abord surpris par une attaque-éclair, se regroupent en formation épaisse, marchent sur la première « bataille >> épiscopale, l'enfoncent., continuent leur progression et avec l'aide de renforts culbutent la deuxième unité ennemie. Seule l'arrivée de la troi-
sième « bataille », tenue en réserve, met un terme définitif à
l'avance liégeoise. Le même jour, les milices de Saint-Trond livrent, avec succès, un combat à front renversé. Au retour
d'un raid contre les faubourgs de Léau elles sont assaillies de dos à Boyenhoven, dépendance de Halle, par l'infanterie de la ville brabançonne assistée d'une cinquantaine de cavaliers. Ceux-ci sont commandés par un baron allemand qui avait
entrepris le voyage de Calais afin de louer son épée à Édouard III d'Angleterre et qui, de passage à Léau, avait persuadé les habitants de ne point accepter la défaite. Loin de se laisser désemparer, les Saintronnaires font volte-face et « in unum compacti » marchent à l'ennemi. Celui-ci, effrayé par tant de résolution et aussi par le nombre des contre-attaquants, rétrograde vers la ville brabançonne afin d'y trouver l'abri des fortifications. Dans la presse qui s'ensuivit, le chef des reîtres, qui fermait la marche, bascula dans le fossé urbain et périt sous les coups des gens de f1) Cfr Annexes V et VI ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 78. (2) Cfr Hae sunt injuriae..., p. 374 ; cfr Annexe XI.
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Saint-Trond. Brustem (1467) offre encore un exemple de mouvement offensif. Menacée d'être rejetée du village de Brustem où elle avait pris position, l'avant-garde liégeoise recule sous la pression des hommes d'armes et surtout des archers bouguignons. Mais ces derniers tombent à court de traits ; alors les Liégeois, « en une trouppe », baissent la pique et chargent si furieusement l'adversaire qu'ils l'auraient écrasé si les Bourguignons n'avaient opportunément fait donner la réserve. En revanche, le gros des forces de la principauté s'abstint maladroitement de toute intervention ; cet absentéisme fut fatal. Enfin attirons encore
l'attention sur un épisode qui, bien que tardif, procède directement de la tactique médiévale. Le 11 août 1491, une troupe de quelque 200 gendarmes français se dirige vers Tongres. Hardiment, l'infanterie bourgeoise, groupée en une formation massive, fait une sortie et repousse les assaillants (x). II convient donc d'amender l'opinion traditionnelle qui tient l'infanterie médiévale dans son ensemble pour frappée d'immobilisme. Les milices liégeoises, pour leur part, surent plus d'une fois prendre l'offensive. Mais fréquence ne signifie pas succès ! Pour que cette tactique fût réellement efficace, il eût fallu que nos fantassins pussent disposer de formations plus souples et mieux adaptées que la seule phalange, mieux faite pour tenir la défensive et qui, fatalement, avait tendance à se disloquer une fois mise en mouvement. De plus, la recherche de l'effet de masse avec son corollaire, l'absence de réserve, interdisait pratiquement toute continuité dans l'action en plaçant dans une seule charge le sort tout entier d'un engagement. En fait, il faudra attendre la fin du XVe siècle avec les Suisses, pour aboutir à un compromis valable entre cette agressivité de l'infan-
terie et une formule tactique appropriée (2). VIII. Mentalité collective des fantassins liégeois
Au terme de cet aperçu de particularités tactiques il nous faut encore, pour compléter le tableau, dire un mot du comportement et des réflexes spécifiques de l'infanterie liégeoise. L'action militaire d'un groupe d'hommes ne se traduit pas seulement f1) Cfr Annexes XIV et XXII ; Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 468. (2) Sur la tactique des Suisses, cfr E. Wanty, op. cit., p. 185.
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par la mise en application de procédés de combat en présence de l'ennemi, cette « trame continue de faits tactiques » dont
Norton Cru dénonçait si justement le mythe (*). Elle se marque aussi par. une certaine attitude collective propre à un type particulier de société. L'étude de l'infanterie médiévale, au moins
avant le milieu du XVe siècle, est inséparable en effet du problème de la hiérarchie du corps social. La supériorité du cavalier sur l'homme de pied a des fondements qui dépassent de loin l'ordre militaire. En revanche, la mentalité du fantassin des villes ou
même des campagnes procède d'un complexe dont le facteur guerrier n'est qu'une des composantes. Assurément, la conception même de la guerre de ces milites gregarii (2) est déjà assez singulière. Elle présente en tout cas des traits qui la différencient fondamentalement de celle admise par la noblesse féodale et même, qui ne sont pas sans analogie avec des formes actuelles.
Avant toute chose, le fantassin liégeois, — si l'on excepte toutefois une minorité de gens de trait de profession —, n'est qu'un civil sous les armes, un militaire occasionnel. II ne se bat donc généralement que par devoir ou, si la classe à laquelle il appartient se trouve menacée, par réflexe d'auto-défense. Par ailleurs, que la cause à défendre lui paraisse juste et acceptable et il fera preuve d'une remarquable promptitude d'opération. On est surpris de constater à qutl point l'élément pédestre et populaire possède le sens de la riposte. II se targue même d'un « jusqu'au-boutisme » qui le conduit parfois à l'aveuglement. La simplicité relative de son armement et du cérémonial qui en règle l'usage explique partiellement cette facihté de mise sur pied de guerre : « pietons, qui n'ont que à prendre leurs arcs ou leurs picques » ( 3) comme disait précisément PhiUppe de Clèves. En contre partie, cette impulsivité se marque, en cas de brusque revers des armes, de façon négative : découragement, panique désastreuse, désertions. Tant et si bien que, par leurs réactions portées aux extrêmes, de l'enthousiasme au défaitisme, les (') J. Norton Cru, Du témoignage, 3 e éd., Paris 1930, p. 37. (2) Expression singulière que l'on trouve sous la plume (J'Anselme, p. 222223 et de Raoul de Rivo, p. 2. (3) Philippe de Clèves, p. 117. — Les annales militaires liégeoises abondent en conflits entre les fantassins et leurs chefs, jugés trop timorés aussi bien qu'en catastrophes dues à l'aveuglement des milices.
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milices échappent volontiers au contrôle de leurs chefs. Au reste, elles disposent d'un bagage de théorie militaire assez sommaire qui ne laisse guère de place à l'improvisation mais tient, au contraire, dans quelques grands principes d'application générale en dehors desquels on ne s'aventure pas (*). Cette étroitesse des conceptions tactiques s'accompagne d'une crédulité excessive et d'un certain manque de discernement. Tout cela, racheté par une grande cohésion, au moins apparente, et par un sens certain de l'intérêt commun. Cet esprit de classe ou de milieu aboutit même à une grave contradiction : les chefs, qui appartiennent presque toujours à l'aristocratie d'épée et qui sont, eux, des professionnels de la guerre, ne jouissent pas toujours de l'entière confiance de leurs hommes (2). Ceux-ci, qui ont besoin des « grands » pour les diriger, redoutent d'autant plus leur défection qu'ils ne peuvent en aucun cas se prévaloir d'une cause absolument commune.
Un autre aspect de cette mentalité collective est la pratique, aux accents tristement modernes, d'une guerre totale et en marge de toute convention. La population ennemie, civile ou militaire, en pâtit indistinctement : «ш populos et accolas... sine misericordia saeviebant, sicubi manus mittere possent » ( 3) déclare un texte à propos des Liégeois. Au combat, on ne songe qu'à détruire l'adversaire et ce à l'époque où la noblesse féodale s'appliquait souvent à le ménager. En général, le fantassin ne prend point à rançon. A Vottem, les petites gens des métiers ne songent nullement à tirer profit de la capture de leur ennemi, fleur de la noblesse rhénane : au lieu de cela, ils « tuoient et assom-
moient ces chevaulx et ces chevalliers sans nulle pité et sans point de renchon ». Cette phrase ne fait-elle pas songer aux accents indignés du Roman de Thèbes (XIIe siècle) ? « Entre vilains fait mal chaier ; de rien qu'il puissent sorpoier n'avront ja merci f1) A Othée (1408), par exemple, l'infanterie liégeoise ne comprend pas le sens du mouvement tournant des Bourguignons ; cfr Annexe XVI. (2) Ce sens communautaire peut se traduire de façon étrangement « moderne » par l'octroi de véritables « pensions d'invalidité » aux anciens combattants des milices. On connaît par exemple les noms de trois éclopés du siège de Ruremonde (1398) qui reçurent une rente viagère de six muids d'épeautre ; cfr Ed. Poncelet, Invalides de guerre, p. 40. — A Waremme (1328), les Saintronnaires se défient de leur chef, le châtelain de Montenaeken ; cfr l'annexe XI.
Nombreux autres exemples.
(3) Thomas Basin, II, p. 275, 277 ; il s'agit d'exilés liégeois qui guerroient vers 1471, dans le duché de Bourgogne.
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li vilain /» ou encore : « Veez, seignor, com nos ocit la gent de piê toz nos chevaus / » (x) II arrive même que les prisonniers soient exécutés sommairement (2). Bref, la fin justifie les moyens et nous sommes loins de la « guerre en dentelles ». Enfin, l'idée que l'on peut se faire de la piétaille liégeoise serait incomplète si l'on n'ajoutait aux traits principaux qui la caractérisent un goût invétéré pour le pillage. Mais, disons tout de suite que l'on aurait tort de s'en étonner puisque, au
Moyen Âge, cette tare pèse indistinctement non seulement sur tous les gens de pied mais aussi sur ceux qui combattent à cheval ( 3). Pour nous en tenir aux limites de cet ouvrage soulignons que l'appât du gain semble indissolublement lié, dans l'esprit du fantassin, à la notion même de guerre. Pas de victoire sans butin, avec, en demi-teinte, son inquiétant cortège d'attelages chargés d'objets hétéroclites ( 4), de larrons ployés sous les sacs (5), de détrousseurs de cadavres (6). On ne craint même pas (J) Récits d'un bourgeois de Valenciennes, p. 212 ; passage du Roman de Thèbes cit. par G. Raynaud de Lage, Les romans antiques et la reprêsentation de l'Antiquité, in M. A., 67 (1961), p. 269. (2) Ainsi la garnison de Golzinne (1430) qui a tenté de s'échapper après avoir déposé les armes; Jean de Stavelot, p. 25. — Les hommes, femmes et enfants capturés, en août 1467, dans la tour de Bombaye ; Adrien d'Oudenbosch, p. 171. — Les massacres sont particulièrement nombreux en cas de guerre civile, comme par exemple celui des partisans du duc de Bourgogne lors du retour des « Vrais Liégeois » dans la Cité ; ibid., p. 202. — II arrive même que l'on interdise aux combattants de faire des prisonniers avant la fin du combat
pour éviter qu'ils se détournent de leur mission principale ; Jean de Looz, p. 86. — Signalons aussi qu'à Steppes, les blessés brabançons furent achevés sur place ; Renier de Saint-Jacques, p. 109. (3) Cfr D. H ay , The division of the spoils oj war in XIVa century England, in Transactions 0/ the Royal Historical Society, Ser. V, 4 (1954), P· 91-109 ; Hewitt, The organization of war..., p. 111 sv. — Cfr la troisième partie de cette étude, sur la Stratégie. (') Après la prise de Huy (1467) le pays tout entier est sillonné par des chariots chargé de butin ; Kroniek der Luiksche oorlogen, p. 209. — En 1465, il y eut même des femmes qui, revêtues d'habits masculins, accompagnèrent les milices pour piller le Limbourg ; Henri de Merica, p. 245. (5) En 1489, sur une fausse nouvelle annonçant la chute de Maestricht, une nuée de paysans se munit de sacs et se porte sur la ville dans l'espoir de la piller ; Chronique du règne de J. de Hornes, p. 377-378. (β) A Steppes, l'infanterie lossaine se contente de détrousser les cadavres des Brabançons alors que les milices liégeoises participent à la poursuite des fuyards ; Renier de Saint-Jacques, p. 108. — Cadavres détroussés après un combat, vers 1300, entre Saintronnaires et gens de Léau ; Hae sunt injuriae et molestiae . . . , p. 373. — Pratiques semblables en 1328 (cfr Annexe XI) et après la prise de Tongres (1468) ; Onofrio, p. 95-96.
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d'emporter jusqu'aux statues des saints (^). D'ailleurs un chroniqueur liégeois n'hésite pas, à propos de ses compatriotes, à
reprendre aux Écritures une expression imaginée : « locustarum more devastans » (2) . On comprend qu'une telle rapacité risquait fort de prendre le pas sur le devoir proprement militaire. En fait, les sources font état d'entrées en campagne suscitées par le seul attrait du gain ( 3). Les chefs des milices étaient pourtant conscients de ce travers mais à l'attitude générale ils ne purent opposer qu'une bien faible coercition ( 4). T;1 qu'il apparaît, avec son côté primitif, ses maladresses, sa rudesse, son dynamisme et ses traditions mais aussi ce je ne sais quoi qui annonce de loin le soldat citoyen (« a taste for organisation rather than splendour, for efficiency rather than gallantry » (5)), le fantassin du pays de Liège occupe, dans l'évolution de l'art militaire, un stade marquant. Aussi, la renommée des gens de pied liégeois a-t-elle survécu à la neutralisation définitive de la principauté. Elle se cristallisera trois quarts de siècle plus tard dans une de ces formules lapidaires dont Louis Guichardin possédait le secret : « moult hardis, forts, et brusques aux armes dont ils ont faict de tout temps...evidente profession » (e).
(1) Après le sac de Léau (1213) les Hutois emportent une statue du Christ, dérobée dans une église : « Itaque versum est in proverbium, quod Deus Brabantie venerat in castrum Hoiense » ; Renier de Saint-Jacques, p. 113. (2) Corneille de Zantfliet, col. 423 : à propos de l'expédition en Namurois (430). (3) Ainsi, l'entrée en campagne des Saintronnaires en 1213 et en 1347 ; cfr Annexes VI et XIV ; celle des métiers liégeois en 1465 ; cfr Annexe XXI. (') Avant la bataille de Hollogne (1483), Guillaume de la Marck interdit, sur la hart, de détrousser les cadavres avant l'issue du combat ; J ean de Looz,
p. 86. — En 1487, un cri de perron fait défense de piller les habitants du marquisat de Franchimont où une opération va avoir lieu ; de Ram, Documents relatifs aux troubles du pays de Liège, Bruxelles 1844, p. 824. (5) c. L. cipolla, Guns and sails in the early phase of European expansion (1400-1700) , Londres 1965, p. 130. (·) Louis Guichardin, Description de tout le Païs Bas..., Anvers 1567, p. 374.
2. LA CAVALERIE
La cavalerie liégeoise, — nous voulons parler ici de la cavalerie féodale —, présente en général une singularité moins grande que l'infanterie du Pays. En fait, même, les militaires de profession qui la constituent peuvent passer pour les représentants
parfaits de la noblesse d'épée dans son ensemble au Moyen Âge (^). De sorte qu'en évoquant à grands traits en ces pages la figure de l'homme d'armes liégeois nous ne pourrons éviter d'énoncer certaines redites. Toutefois nous pensons qu'il n'est pas sans intérêt de mettre les théories générales à l'épreuve de sources de portée particulière, qui n'ont peut-être pas contribué à leur élaboration.
Avant tout, à la base de l'attitude militaire commune à toute
cette classe, on discerne un type d'armement et, pour employer une expression bien galvaudée, une certaine « Weltanschauung », qu'il convient d'analyser. I. L'armement des cavaliers
L'armement constitue à la fois la caractéristique la plus apparente et la supériorité individuelle des gens d'armes. On a assez dit et répété que le miles médiéval était un combattant à cheval revêtu d'une armure. II en est tellement bien ainsi au
pays de Liège qu'on n'y rencontre point, par exemple, de corps constitué de cavaliers armés à la légère. Mais ce qu'on ne dira jamais assez, c'est à quel point la tactique propre à la chevalerie ne se conçoit qu'à la lumière de l'armement utilisé. Lentement élaborée au lendemain de la pax romana, la formule du cavalier lourd (2), du « cataphractaire », empruntée P) Cfr J. F. Verbruggen, op. cit., p. 72 sv. (2) Sur les débuts de la suprématie de la cavalerie à partir du Bas-Empire, cfr F. Lot, op. cit., II, p. 412 sv. ; F. L. Ganshof, A propos de la cavalerie dans les armées de Charlemagne, in C. R. sêances Acad. Inscr. et Belles-Lettres, 1952, p. 531-536 ; J. F. Verbruggen, De militairen in de Middeleeuwen en de Bour·
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au proche Orient, finit par l'emporter sur celle, bien dévaluée, du fantassin léger ou pesamment armé. Déjà, en 891, à propos de la bataille de Louvain, l'annaliste de Fulda n'explique-t-il pas, en parlant entre autres des Lotharingiens, qu'ils « n'ont pas l'habitude de combattre à pied » (*) ? Jugement révélateur d'une profonde évolution si l'on songe que, trois siècles plus tôt, les Francs étaient réputés pour leur infanterie !
Certes, la qualité des montures varie selon l'état de fortune du propriétaire : il est de forts destriers, d'un grand prix, que l'on choisit pour leur endurance au combat, il en est d'autres, plus malingres, dont les moins fortunés doivent se contenter (2). Toujours est-il que, privé de coursier, l'homme d'armes, déchoit (3). Aussi, le prince est tenu de rembourser à ses féodaux la valeur des chevaux perdus à son service en des guerres lointaines ( 4). Car la monture offre, à son usager, d'incommensurables avantages : une mobilité supérieure, une plus grande puissance de choc, une garantie contre les fatigues de la marche et, élément dont nous dirons toute l'importance, la certitude de pouvoir fuir le massacre en cas de défaite.
Hemricourt témoigne de ce que les « seigneurs » étaient « conforteis de combatre à cheval » (6). La possession d'un destrier gondische tijd, in Flandria Nostra, V, 1960, p. 172-173, 174 sv. ; L. White, Medieval technology and social change, Oxford 1962, p. 28-38. (') Cit. par F. Lot, op. cit., I, p. 316 n. 2 : « Francis pedetemptim certare inusitatum est ».
(а) Cfr le passage de Jacques de Hemricourt, Awans et Waroux, III, p. 41, à propos du destrier du châtelain de Waremme, ainsi que p. 39-40. Voir aussi la remarque ibid., p. 43 : « al assembleir, jurent jort presseis ly basse monteis, car ilh en y out pluseurs jus cukiez et reverseis par le jorce des grans chevaz ». — La Vita Meingoldi (XII e s.), p. 560, résume en une formule concise les préparatifs d'un chevalier avant le combat : « armis acceptis, more militari equum ascendit ». — A propos de la rencontre de Hanzinelle (1314), Jean d'Outremeuse, VI, p. 201, fait dire au seigneur de Fauquemont que les Hutois et les Dinantais, qui combattent à pied, ne pourraient résister aux gens de l'évêque qui « astoient sus des bons destriers ».
(') Ainsi, au début du XIVe siècle, les frères Henri et Thierry d'Ongneez, de fortune très modeste, « servirent loiialement à piet leur dit linage, et gisoiient en warnison » ; Jacques de Hemricourt, Awans et Waroux, III, p. 18. — En Ï359, les chevaliers hesbignons, leurrés par les promesses du roi d'Angleterre, sont ruinés dans l'expédition pour laquelle ils avaient loué leur épée ; ils rentrent au pays « les ungs mal montez, les aultres à pyé » ; Jean le Bel, II, p. 293. (4) Jacques de Hemricourt, Patron de la temporalité, III, p. 86. (б) Id., Awans et Waroux, III, p. 43.
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est d'ailleurs inséparable de celle d'un armement personnel défensif : l'expression « homme d'armes » qui désigne habituellement le cavalier lourd le dit assez, comme presque tous les vocables synonymes successivement en honneur dans la princi-
pauté de Liège au Moyen Âge : loricatus, habregié, « armure de fer à cheval », « heaume », « grève de fer à cheval »... Parfois le cheval est également revêtu d'une armure (^). Le but est de faire du cavalier et de sa monture une sorte de monolithe, comme
l'illustre ce trait de légende rapporté par Jacques de Hemricourt. Selon lui, les anciens allaient racontant par la Hesbaye que le chevalier Guillaume de Hemricourt dit Malclerc, qui mourut vers 1300, était un cavalier tellement accompli que « onkes en nul fait d'armes on ne ly pout fair perde l'estrier, se ly strivier ne rompoit ». Un autre épisode de la petite histoire liégeoise, beaucoup moins mythique cette fois, mais qui n'en constitue pas moins un cas extrême, permet d'apprécier l'idée qui formait alors la base du concept de gendarmerie montée. Le jour de la bataille de Donmartin (1325), le châtelain de Waremme, homme de stature énorme, s'était fait revêtir d'une pesante armure et hisser sur un puissant destrier. Comme on lui reprochait le « malaize » qui pouvait en résulter, il rétorqua que s'il avait fallu deux hommes pour le mettre en selle, il en faudrait quatre au moins pour le désarçonner ! (2) Quant à l'armement offensif des cavaliers, il comporte des instruments conçus pour le combat rapproché : épée, dague, (1) Cfr C. Gaier, An analysis..., p. 216; Id., Le problème de l'origine de l'industrie armurière liégeoise au Moyen Age, in C. A. P. L., 1962, p. 24 sv. ; L'évolution et l'usage de l'armement personnel défensif..., p. 65-66, 79-80. — On trouve l'expression, à vrai dire moins courante, de « grevre de fier à cheval » dans Jean de Stavelot, p. 249 ; la grève est cette partie de l'armure qui protège la jambe entre le genou et le cou-de-pied. — On notera que les textes liégeois attribuent très souvent au mot « armes » un sens défensif lorsqu'ils se réfèrent à celles des cavaliers, à preuve qu'ils les considéraient comme une caractéristique. — La définition du cavalier médiéval tient dans cette expression de Jean d'Outremeuse, VI, p. 492 : « Ilh n'oit nulle pitons en cet oust ains furent toutes gens d'armes ». — Remarquons enfin que Raoul de Rivo (par exemple, p. 2) utilise l'expression milites gregarii pour désigner des communiers combattant à pied mais il faut peut-être chercher l'explication de ce vocable insolite et paradoxal dans la culture cosmopolite de l'auteur (+ 1403), natif de Bréda, licencié de Cologne, doyen de Tongres, qui séjourna longtemps à Rome ; cfr S. Balau, Les sources de l'histoire de Liège au Moyen Age, Bruxelles, 1903, p. 527-532. (2) Jacques de Hemricourt, Miroir..., I, p. 171 ; Id., Awans et Waroux, III, p. 41-42.
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masse ou hache principalement. Mais le plus important, celui qui confère à la charge toute sa force de pénétration et qui peut de ce fait emporter la décision dans un combat est sans conteste la lance. La chose est si importante que le mot avec son synonyme « glaive », désigne couramment le cavalier lourd à partir du XIVe siècle (^). C'est le moment de rappeler la remarque de l'auteur du Jouvencel, ce miroir de l'homme d'armes médiéval : « Les plus perilleuses armes du monde sont à cheval et de la lance ; car il n'y a point de holla » (2). Tout concourt à prouver que la noblesse féodale liégeoise et, de façon plus générale, ceux qui s'efforcèrent d'imiter les pratiques militaires de cette caste, marquèrent tant et si bien leur adhésion à ce principe que leur conception et leur art de la guerre s'en inspirent constamment. II. La mentalité
Mais s'il n'existe pas de noblesse guerrière sans un armement distinctif, l'individu qui en fait partie ne se conçoit pas davantage en dehors d'un réseau de liens familiaux qui, fréquemment, du moins avant la fin du XIVe siècle, modèlent son attitude au combat. Marc Bloch a lumineusement mis en relief l'importance du lignage, qu'il considérait comme « un des éléments essentiels de la société féodale » ( 3). Nos documents, particuhèrement en matière militaire, n'ont jamais cessé de lui donner raison. II apparaît en effet, — et notre vue moderne des rapports humains nous empêche certainement de mesurer toutes les implications de ce phénomène —, que le chevalier liégeois n'est jamais un homme isolé : il manifeste envers ses pairs consanguins une solidarité d'autant plus étroite qu'elle se double souvent d'une égalité sociale et d'une identité d'intérêt. A la guerre, il doit pouvoir compter sur sa famille d'abord, ensuite sur les charneils antis de sa parentèle : c'est une constante de l'histoire liégeoise pendant toute la période (') Cfr C. Gaier, An analysis..., p. 226 n. 40 ; Jean d'Outremeuse, Chronique abrêgêe, p. 203, 229 ; Jean de Sxavelot, p. 357. — Le terme « lance » désigne à ce qu'il semble, un seul combattant sous la plume des chroniqueurs liégeois. (2) Jean de Bueil, II, p. 100.
(3) M. Bloch, La Société féodale, I, p. 191-221 (citation p. 221). — Cfr également C. Gaier, A n analysis of military forces..., p. 218-220.
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que nous envisageons. Bien antérieure à lui, cette conception a survécu, sous des formes atténuées, à l'établissement du régime féodal. Sur le plan militaire, en tout cas, elle est demeurée vivace.
A la fin du Moyen Âge, certains comportements du chevalier liégeois font encore songer à la conception des guerriers Francs que nous décrit, au VIe siècle, l'auteur byzantin du Strategicon : « Au combat, fantassins comme cavaliers ne s'organisent pas en corps et en nombre défini, comme nos moeras et méros, mais en parentèles et familles et par inclinations, tellement que s'il arrive que des amis succombent, ils s'exposent au péril pour les venger» (!). Les formations tactiques de la cavalerie liégeoise seront calquées, jusqu'au milieu du XVe siècle, sur ces cellules sociales d'autant plus que l'importance militaire des féodaux restera grande au pays de Liège et dans le comté de Looz. D'autre part, contrastant avec ces cadres étriqués dans lesquels ils s'intègrent, les chevaliers ont accoutumé d'étendre leur rayon d'action bien au delà des limites politiques de la principauté. Ces gens s'en vont « poursuivre les armes » c'est-à-dire presque toujours vendre leur épée à des dynastes voisins jusqu'en Espagne ou en Prusse. En outre, on fréquente volontiers les toumois qui, ne l'oublions pas, constituent jusqu'au XIIe siècle de véritables « petites guerres ». On comprend que tant d'expériences accumulées ne se peuvent perdre ( 3). Justement, la compétence de ces gens d'armes en matière militaire est incontestable. Ils forment, en toutes circonstances,
l'élite des combattants et se montrent parfaitement conscients de cette légitime prérogative. Ce sont d'ailleurs non seulement de véritables professionnels de la guerre mais ils ne se comprennent pas sans elle : dans 1'« ordre du monde » d'alors ne repré(1) F. Lot, op. cit., I, p. 85. — Le Strategicon est un important traité byzantin d'art militaire. D'aucuns l'attribuent à l'empereur Maurice et le datent, comme Lot, ofi. cit., p. 43, de 582-584. Cette chronologie a été contestée ; cfr L. White, Medieval technology and social change, Oxford 1962, p. 144-145, qui place la rédaction du Strategicon au début du VIIIe siècle. (2) C. Gaier, op. cit., p. 228-229. (3) Ibid., p. 214-218. — Sur la nature et l'importance des tournois dans la
vie chevaleresque, cfr Verbruggen, De krijgskunst..., p. 84 sv. ; S. P. Uri, Het tournooi in de 12. en 13. eeuw, in Tijdschrift voor Geschiedenis, 73 (1960), p. 376-396. — Cfr la place occupée par les tournois dans la vie de Guillaume Malclerc de Hemricourt (+ ca. 1300) et dans celle des Awans et des Waroux, qui joutent pendant les trèves ; Jacques de Hemricourt, I, p. 170-176 ; III, P· 23-24.
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sentent-ils pas ceux qui « siervent...le saingnour en armes quant ly common peuple giest à repoise et fait son labure » (x) ! Pourtant cette connaissance, ce savoir-faire in bellicis rebus, — si grand que l'infanterie roturière essaye souvent de se les donner pour chef —, n'implique pas un souci de réalisme militaire tel qu'il entre par exemple dans nos conceptions actuelles. II apparaît qu'à cet égard la mentalité des nobles liégeois demeure très archaïque et, pour tout dire, bien plus éloignée de la nôtre que celle des anciennes milices communales. Lorsqu'ils combattent leurs semblables surtout, les gens d'armes donnent libre cours à ce sens ludique de la guerre qui caractérise bien les civilisations primitives. A cela s'ajoutent un code de l'honneur, un formalisme, un sentiment d'orgueil, très différents des principes d'action modernes. Cependant, il s'agit là de traits résurgents qui n'eurent que très rarement l'occasion de se manifester à l'état pur. En effet la conjoncture politique du pays de Liège plaça maintes fois les milites dans l'obligation de se mesurer à de l'infanterie qui, nous l'avons vu, pratiquait des méthodes plus réalistes et plus radicales. Une certaine adaptation en a résulté dans le chef de la noblesse montée : celle-ci a dû trouver les moyens de faire face à des situations nouvelles que son éthique ne prévoyait pas. II lui est même arrivé plus d'une fois de faire preuve d'une souplesse déroutante pour ses ennemis en s'écartant résolument de ses habitudes ancestrales.
Les gens d'armes de Liège jouirent à l'extérieur des frontières de leur petit pays d'une solide réputation de « tris bons guerroyeurs » (2) que la pratique généralisée du mercenariat ne fit qu'amplifier. Ils étaient connus sous le vocable de « Hesbignons », du nom de cette région naturelle qui abritait le plus grand nombre d'entre eux (3). Nous analyserons brièvement les composantes des succès qui justifièrent cette renommée. f1) Jacques de Hemricourt, III, p. 140. — Sur le sens de la guerre féodale, cfr M. Bloch, op. cit., II, p. 16-25. (2) Jean Le Bel, I, p. 123, place cette appréciation dans la bouche de Guillaume I de Hainaut.
(3) Nous avons souligné le rôle militaire des gens d'armes liégeois en Europe dans notre étude : An analysis 0} military forces..., p. 214-217. — A propos de la chevalerie hesbignonne, cfr ibidem, p. 216 ; sur sa genèse, vnir l'article original
d'E. Poncelet, L'extinction de la « familia » militaire dans la principauté de Liège, in Mélanges H. Pirenne, Bruxelles 1926, p. 359-368. — Déjà, Gislebert de Mons, p. 173, parle des Hesbignons soldés en 1184 par le comte de Hainaut :
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III. Le choix du terrain
La cavalerie a besoin, pour se déployer comme pour charger efficacement, d'un terrain découvert et libre d'obstacles. Toutes
les cavaleries du monde n'ont-elles pas eu ce souci lorsqu'elles envisageaient de combattre en rangs serrés. Giraud le Gallois, dans un passage célèbre, remarque que les cavaliers normands cherchent pour entrer en action des champs de bataille qu'il qualifie de plana et de campestria. On connaît l'exemple stupéfiant de la bataille de Melito (6 juin 1347) entre Naples et Aversa : le lieu du combat fut non seulement choisi, de commun accord, par des émissaires des deux parties adverses mais il fut encore, grâce au travail forcé des paysans, débarrassé des obstacles naturels (arbres, fossés) qui eussent pu entraver l'évolution des armées (x). Le cas n'est point unique : aussi ne faut-il pas s'étonner qu'il trouve parfois son pendant également au pays de Liège. A Waremme (1313) comme à Donmartin (1325) on choisit de vider le différend qui oppose des lignages rivaux sur une pice de terre préalablement désignée. Le trait va loin car il trahit, dans le chef des gens d'armes, une conception assez primitive qui fait de la bataille un simple champ clos où se déroule une manière de jugement de Dieu (2). La préférence va aussi, en principe, à une position surélevée, avec le soleil et le vent de dos, comme nous l'avons constaté
déjà à propos de l'infanterie (3). Bincium eciam militibus et servientibus equitibus et peditibus de Hasbanio circiter bis mille et 300 stipendiariis munivit. Comme on ne connaît pas pour cette époque de soudards liégeois combattant à pied en dehors de la principauté, on peut supposer que les fantassins en question sont peut-être ces mercenaires brabançons, fréquemment cités à partir des années 1160 ; cfr J. F. Verbruggen, De krijgskunst . . . , p. 221 sv. Pour le XIII e siècle, mention dans Adenes li Rois, Les Enjances Ogier, vers 2.492, 6.414 ; Jean van Heelu, Rymkronik, p. 172, 299. Le vocable se rencontre fréquemment au XIVe siècle mais parfois dans un sens plus large puisqu'il désigne la chevalerie de l'évêque de Liège dans son ensemble : ainsi, sous la plume de Jean le Bel, I, p. 41 ; II, p. 293 ou de l 'auteur d'un armorial hennuyer (vers 1363) ; cfr X. de Theux, La chevalerie hesbignonne au XIVe siècle, p. 245 sv. f1) Giraldus Cambrensis, V, p. 396 ; J. Glenisson, Notes d'histoire militaire.
Quelques lettres de défit du XIVe siècle, in Bibl. École des Chartes, 107 (1947-48), p. 242.
(г) Cette conception se reflète dans le symbolisme de la victoire ; cfr p. 163. (3) Le cas de Steppes (1213) est caractéristique : Renier de Saint-Jacques, p. 106 et Vita Odiliae, p. 183.
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Mais la guerre n'est pas toujours choix ; elle doit aussi obéir à des nécessités immédiates et dans ce cas la gendarmerie lié-
geoise est forcée de se plier aux conditions du moment. C'est ainsi qu'à Vottem (1346) ou à Hollogne-sur-Geer (1483) les gens de cheval ne peuvent charger un ennemi retranché, tandis qu'à Hanzinelle (1314) ils se contentent d'encercler un adversaire dont ils ne savent comment entamer la masse. En général, il faut lui rendre cet hommage, la cavalerie liégeoise ne s'acharne pas, dans des conditions défavorables, à maintenir à tout prix ses méthodes traditionnelles : la pratique de la cavalerie démontée, sur laquelle nous allons revenir, est une preuve de cet effort d'adaptation. IV. Dispositif et formations tactiques
Au pays de Liège comme ailleurs, il semble bien que le dispositif de combat traditionnel soit, pour la cavalerie, la division en trois formations dites « batailles ». L'exemple type est celui de Steppes (1213) ou encore celui de Vottem (1346) : les « batailles » sont juxtaposées sur le terrain, parallèlement au front ennemi avec une mission offensive et d'avant-garde à celle qui constitue l'aile droite. Les formations sont engagées successivement, en commençant par la droite. De cette façon, une certaine continuité d'action est assurée par le maintien en réserve d'une partie des effectifs l1). Nos sources, hélas, se montrent par trop laconiques sur ce chapitre et nous empêchent de mesurer la fréquence d'emploi de ce système. On sait pourtant qu'à Tourinne (1347) cet ordre parallèle et mince fut abandonné au profit d'un échelonnement en profondeur, garant d'un effort soutenu et que, d'autre part, on y mit en œuvre, en plus des trois « batailles » classiques, une quatrième formation chargée, en avant-garde, d'engager l'action. Ce dispositif est d'autant plus remarquable, — même s'il ne fut pas aussi exceptionnel que l'état de la documentation (*) Philippe de Clèves, p. 82, qui écrit au début du XVI e siècle sur la foi d'une expérience qui date de la fin du XVe, parle des « batailles » comme d'un dispositif du « temps passê » ; son témoignage, toutefois, est précieux parce qu'il y voit un souci d'assurer une continuité d'action par interventions successives. — Sur la division de la cavalerie en unités tactiques, cfr Ph. Contamine, Batailles, bannières, compagnies..., p. 19 sv.
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le donne à penser (J) —, qu'il était dérobé à la vue de l'ennemi par une adroite utilisation d'un site vallonné. Toujours est-il que la répartition des gens d'armes à cheval en trois batailles restera en vigueur jusqu'à la fin du Moyen
Âge (2). Cependant, à la fin du XVe siècle liégeois, apparaissent d'autres dispositifs adaptés aux méthodes nouvelles des combats : ligne unique frontale avec fantassins « entrelacés » à Hollognesur-Geer (1483) ; à Zonhoven (1490) deux lignes successives pour une partie des belligérants, gros carré ou escadron, annonciateur des Temps modernes, pour les autres. Bien entendu, la possibilité de fragmenter les groupes en autant de « batailles » sur le terrain dépendait des effectifs dont on disposait. Si ceux-ci s'avéraient trop peu nombreux, on se contentait de les réunir en une seule formation. On sait
que les évêques de Liège ne pouvaient guère lever sur leurs terres que quelques centaines de cavaliers à moins d'un recours, toujours temporaire et coûteux, à des mercenaires. Aussi ne doit-on point chercher, dans des engagements qui n'impliquent habituellement que des forces assez modestes, des dispositifs tactiques trop élaborés, réservés seulement à
quelques grandes batailles du Moyen Âge. L'ordonnance des cavaliers à la bataille de Donmartin (1325) paraît bien fournir l'image de la formation de combat habituelle dans la principauté avant le milieu du XVe siècle. L'unité tactique de base est la « rote », qui groupe les membres d'un même lignage ou simplement des vassaux rassemblés sous le pennonceau ou la bannière d'un chevalier bachelier ou banneret. Parfois,
elle comporte plusieurs parentèles associées pour la durée de l'action. L'effectif d'une rote se compte par dizaines d'individus seulement : il est constitué lors de l'opération qui porte le nom de « mise en conroy ». Ensuite, celle de la « mise en ordonnance » consiste à juxtaposer les rotes sur le terrain pour constituer les « batailles » en vertu du dispositif décrit plus haut. Une armée de cavaliers ne peut donc en aucune façon être assimilée à une (') Nous ignorons le succès qu'il rencontra dans la principauté de Liège ; il était connu au Moyen Age et parfois utilisé lorsque l'ampleur des effectifs
le permettait : cfr F. Lot, op. cit., II, p. 175, 178 ; Verbruggen, op. cit., p. 190. — L'idée de dissimuler la réserve afin que l'ennemi vienne de lui-même s'y jeter est déjà exploitée au Puiset (11 12) et à Thouars (112g) ; ibid., p. 360. (2) Ainsi en 1430 (Jean de Stavelot, p. 251) et en 1489 encore (Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 391).
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masse informe. Chaque homme, au contraire, occupe une place déterminée, en bon convenant ; au reste les signes héraldiques et les bannières sont là pour rappeler les positions assignées ('). Les cavaliers, à ce qu'il semble, sont plutôt rangés en largeur (par conséquert les « batailles » n'ont qu'une faible profondeur) et en formation serrée. Pendant la charge, on s'efforce de progresser bin ordinéement de façon à maintenir le dispositif initial. Dans ces conditions le choc peut avoir lieu « aviséement et de grant ordinanche » (2). Tant de précautions ont manifestement pour but de provoquer l'écrasement du front adverse en lui appliquant une pression aussi uniforme que possible. V. Le déroulement du combat
Malgré l'ordre scrupuleusement respecté par les gens d'armes au moment de donner la charge, il y a fort à parier que, dans la pratique, les formations ne pouvaient pas toujours aborder l'ennemi dans un alignement aussi parfait. II suffit de penser aux difficultés rencontrées par un simple manège lors de l'exécution d'une « figure » d'ensemble, a fortiori sur un champ de bataille avec des montures de force inégale, sur un terrain moins uniforme et, souvent, sous une pluie de projectiles ennemis. Quant au combat lui-même, il est matériellement impossible qu'il puisse se dérouler dans le cadre des formations initiales. Nous croyons, avec Smail (3) que le commandant d'une « bataille » perdait momentanément le contrôle de ses cavaliers une fois ceux-ci
mis en branle. Encore une fois, l'étude de la journée de Donmartin (1325) est pleine d'enseignements à cet égard. Le front du combat se pulvérise automatiquement en autant de petites formations ou rotes qui le composent c'est-à-dire que l'on en arrive à une lutte entre les unités naturelles, lignagères ou féo(1) Ph. CoNTAMiNE, op. cit., loc. cit., a tenté d'analyser la composition et la nature de la « bannière » comme unité combattante. II semble qu'en France l'intervention royale ait tôt fait d'altérer l'essence lignagère et féodale de la bannière primitive. (2) Toutes ces expressions sont dues à Jacques de Hemricourt, III, p. 13, 21. — Elles sont d'un usage commun dans les sources de langue française depuis le XIII e siècle. — Lcs cavaliers formaient parfois un simple cordon ne comportant qu'un seul combattant en profondeur mais ce dispositif est mal connu ; cfr Philippe de Clèves, p. 82, qui en parle rétrospectivement. (3) R. C. Smail, op. cit., p. 125.
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dales, les seules que le Moyen Âge pouvait vraiment concevoir. Ce phénomène est encore aggravé par l'individualisme farouche de la noblesse médiévale qui fait la guerre non pas seulement par nécessité politique mais surtout pour des raisons personnelles. Hemricourt déclare que les féodaux et leurs hommes attaquaient ceux qu'ils haïssaient le plus. Cette habitude de faire une affaire personnelle de choses que nous considérons actuellement comme de nature publique s'exprime de façon imagée dans la remarque que l'on prête à Ameil de Bovenistier, simple officier domanial en charge de défendre la Hesbaye. Comme on lui conseillait, à Bierwart (1321), de ne pas engager la bataille contre un adversaire trop puissant il aurait relevé le défi en rétorquant : « S'on me devoit pendre, je ne mengneray jamais si m'aray combatut à mes anemis que je voie devant moy ». Joignant le geste à la parole il eut le bonheur de remporter la victoire, ce qui lui valut d'être armé chevalier et de recevoir du Chapitre de Saint-Lambert dont il était bailli une pension viagère annuelle de 50 muids d'épeautre. Mais l'initiative aurait aussi bien pu tourner mal (г). Témoin celle, injustifiée, du chef des Hutois Rasse de Chantemerle à la bataille d'Erbonne (1328). Alors que sa mission devait se borner à défendre aux Liégeois l'accès du Mont Falise pour les canaliser vers le goulot d'Erbonne, tenu par l'évêque, il avise un parti de trente cavaliers ennemis et les charge avec les quinze écuyers qui l'accompagnent. Entraîné par son élan, il tombe sous les coups de la valetaille liégeoise. Même action gratuite en 1254 °ù de jeunes cavaliers au service des rebelles liégeois n'attendent pas pour se lancer à la poursuite des troupes de Henri de Gueldre le soutien de l'infanterie communale. Lorsqu'ils se trouvent soudain en présence de la cavalerie ennemie, pourtant bien supérieure en nombre, ils ne reculent pas. L'un d'eux, même, charge l'élu et le désarçonne d'un coup de lance. Aussitôt mis à mal par l'entourage du prélat et laissé pour mort, il parvient cependant à s'échapper et à rejoindre le gros des forces urbaines pour raconter ces « singula facta » (2). Cette digression montre à quel point l'action concertée de pareils combattants devait être malaisément réalisable. A la fin du
trot ou du galop de charge, alors que la lance s'était brisée sous le choc ou que, ayant manqué son but, elle devenait inutilisable f1) Jean d'Outremeuse, VI, p. 259-60 ; Jean de Hocsem, p. 168. (г) Chronique liégeoise de 1402, p. 185.
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en combat rapproché, la seule ressource était le corps à corps. En fait, celui-ci dégénérait fatalement en duels juxtaposés (J) avec ce correctif cependant que les combattants se retiraient au bout d'un certain temps de la première ligne afin de se regrouper en conroy et même recevaient l'ordre général de reformer les « batailles ».
C'était une façon de compter les pertes et de faire le point au risque d'ailleurs de discontinuer l'effort. II reste que cette façon d'agir témoigne d'un souci de coordination qui la distingue de la ruée instinctive des guerriers primitifs. Les troupes montées disposaient de possibilités tactiques étendues surtout par rapport à celles, plus limitées, de l'infanterie médiévale. Tout d'abord, elles avaient normalement le rôle offensif c'est-à-dire l'initiative du mouvement. II en sera de
même jusqu'au début de ce siècle car c'est bien là ce que l'École professait encore au début de la première Guerre Mondiale ! A ce propos Jean Norton Cru reproduit le conseil donné à son peloton par un lieutenant du 11 e Cuirassiers français au moment de monter au front, le 4 août 1914 ; « Vous vous rappellerez qu'en toute circonstance un cuirassier n'a rien à craindre d'un fantassin et qu'il doit toujours charger le premier sur son adversaire » (2). Ensuite, la mobilité de la gendarmerie la met à même de manœuvrer avec rapidité sans gros risque d'interception. Encerclement, comme à Hanzinelle (1314), débordement, comme à Waremme (1328) ou à Hollogne (1483), attaque en flanc comme à Zonhoven (1490), volte-face comme en 1367, après l'incendie d'Aldenhoven ( 3), action retardatrice comme à Tourinne (1347). Enfin, l'usage des chevaux permet aux hommes d'armes d'échapper par une fuite rapide au massacre général en cas de défaite alors que les fantassins ont rarement cette chance : l'exemple de Montenaeken (1465) le prouve bien. D'autre part, après la victoire, c'est à la cavalerie qu'incombe la mission de poursuite et d'exploitation. II convient cependant de noter que l'éthique (1) Verbruggen, op. cit., p. 150-151, 555, dans un Iouable effort pour réhabiliter la tactique médiévale, tend à minimiser ce qu'elle avait, tout de même, d'archaïque. (2) Cité par J. Norton Cru, Témoins, Essai d'analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928, Paris 1929, p. 127, d'après
R. Desaubliaux, La ruêe. Étapes d'un combattant, Paris 1920. (s) Corneille de Zantfliet, col. 291.
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chevaleresque n'imposait pas de poursuivre l'ennemi mais qu'elle se contentait de prescrire l'occupation du champ de bataille par le vainqueur au moins jusqu'au lendemain de l'engagement (^). Une fois de plus nous rencontrons cette conception ludique d'une guerre où il importait plus de se battre que de défaire l'adversaire. C'est aussi l'occasion de rappeler que la
noblesse d'épée n'avait point intérêt à se détruire : Froissart ne parle-t-il pas de ces gens d'armes qui soustenoient leur estat sur la guerre (2) . Ce réflexe de défense sociale explique la pratique de la rançon comme celle, corrélative, du massacre de la piétaille. Tant de qualités militaires pourraient laisser l'impression que la cavalerie était infaillible. Or, s'il faut lui reconnaître, en géné-
ral, une supériorité tactique évidente il convient de rechercher les faiblesses qui expliquent certains échecs. Dans le cas d'une bataille où n'interviennent que des gens
d'armes, l'issue demeure, par essence, aléatoire. Dans un affrontement d'hommes et de méthodes semblables seul un déséquilibre
des forces peut entraîner la décision : ainsi l'intervention d'une réserve comme à Loncin (1298) ou la défection de certains belligérants comme à Donmartin (1325). Dans l'action contre des fantassins, la fortune des armes obéit
à une géométrie plus rigoureuse. Ici, et singulièrement au pays de Liège, le mythe de la toute puissance de la cavalerie a reçu, nous l'avons vu, un précoce démenti. Nous savons que la gendarmerie peut parfois succomber à une attaque suprise et rester inopérante devant la masse de l'ordre phalangique (3). Mais, surtout, elle est extrêmement vulnérable au tir des armes de
jet. Heureusement pour elle l'infanterie à laquelle elle s'est habituellement mesurée, et en particulier celle de la principauté de Liège, n'a guère excellé dans l'emploi de tels engins. C'est (!) Philippe de Clèves, p. 84-85 étabiit la distinction entre les « grosses rencontres », c'est-à-dire les batailles engagées fortuitement, et les « batailles
assignées », livrées à la suite d'un défi. Pour les premières, la victoire doit se marquer par la faculté de demeurer sur le champ ou dans le camp ennemi jusqu'au lever du soleil ; pour les secondes, par l'obligation d'occuper le terrain pendant les trois jours qui suivent l'engagement. — Mais il s'agit là de critères fort théoriques. La possession du champ de bataille paraît bien constituer la seule consécration des journées de Loncin (1298) et de Donmartin (1325) et, dans la plupart des autres cas, la poursuite est considérée comme un moyen immédiat d'exploitation de la victoire. (2) D. H ay , The divisions of the spoils of war..., op. cit., p. 91 n. 2. (3) Cfr supra à propos de l'infanterie.
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ainsi que la gendarmerie liégeoise n'a pas dû participer aux efforts déployés par la chevalerie française d'abord, bourguignonne ensuite pour surmonter le dur obstacle créé par l'usage massif d'archers à la mode anglaise. Car les chevaliers liégeois n'étaient pas plus préparés à affronter cette menace que leurs émules occidentaux : le cuissant échec de Bosnau (1435) en apporte la preuve ( x). Mais si les circonstances ont voulu que le cavalier liégeois échappât à la grande peur de l'archerie elles ne l'ont pas empêché,
à la fin du Moyen Âge, d'avoir affaire à un ennemi aussi impitoyable : l'arme à feu. C'est ainsi qu'à Hollogne-sur-Geer (1483), les reîtres de Guillaume de la Marck sont si cruellement éprouvés
par le tir des Brabançons qu'ils n'osent plus aborder l'adversaire de front. Six ans plus tard, la cavalerie craint de s'approcher des murs de Tongres à cause du barrage d'artillerie et c'est sans doute pour la même raison qu'elle refuse, la même année, de donner l'assaut aux remparts de Saint-Trond (2). Cette phobie n'ira qu'en s'accentuant dans les armées occidentales à l'Epoque moderne mais la cavalerie ne succombera que beaucoup plus
tard, après l'adoption des armes à répétition. VI. La cavalerie démontée
Nous avons jusqu'ici tracé un portrait en somme assez conventionnel de la chevalerie liégeoise. On pourrait en conclure que ses méthodes de combat ne différaient point de celles des autres chevaleries d'Europe. Or il n'y a tout de même pas conformité absolue des moyens. Nous devons parler ici d'un procédé tactique fort en vogue dans la principauté de Liège et qui, dans bien d'autres pays, n'était pourtant guère prisé des gens d'armes : la cavalerie démontée. En réalité, il s'agit d'une question qui dépasse largement le cadre local pour se rapporter à l'histoire militaire du
Moyen Âge occidental dans son ensemble. Le paradoxe du combat à pied de la cavalerie médiévale a déjà retenu l'attention de quelques érudits mais l'angle particulier sous lequel leur approche (x) Cfr Annexe XVIII. ( 2) Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 387 ; Jean Molinet, II, p. 123 : une altercation aurait même éclaté devant Saint-Trond entre cavaliers et fan-
tassins sous prétexte que les uns ne tenaient pas à s'exposer plus que les autres.
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était conduite les a peut-être empêchés de discerner le vrai problème. Les vérités partielles qu'ils ont permis de dégager et les quelques cas liégeois que nous versons au dossier permettront peut-être, en tout cas, de poser quelques jalons. Jules de la Chauvelays avait parfaitement compris que le cavalier n'était pas nécessairement rivé à son destrier et qu'en certaines circonstances il savait se passer de monture f1). Les exemples liégeois, justement, abondent pour prouver que les chevaliers préféraient démonter et livrer bataille à pied soit lorsqu'il s'agissait de tenir fermement une position soit lorsque l'action se déroulait dans un milieu défavorable à l'emploi des chevaux.
Dans un but défensif d'abord : le combat de Waremme (1313) s'avère particulièrement édifiant à cet égard. On sait que Guillaume de Jeneffe avait le premier occupé avec sa chevalerie le lieu convenu où il devait affronter l'armée de Henri de Hermalle.
Comme celle-ci s'avéra très supérieure en nombre, le châtelain de Waremme fit démonter les siens et, ensemble, ils attendirent
l'ennemi de pied ferme, la lance en arrêt. A Hanzinelle (1314), à Bierwart (1321), à Othée (1408), toute la gendarmerie est à pied aux côtés des fantassins et, avec eux, subit le choc. Les chevaux sont relégués à la garde des valets et concentrés en un parc. Au combat de Tressin (1340), le point de passage obligé sur la Marque est gardé et défendu par une poignée de chevaliers démontés, groupés autour de la bannière épiscopale. On notera que, dans le camp adverse, la tactique est identique et qu'il s'agit également de sujets du Saint-Empire (Brabançons et Hennuyers). A Erbonne enfin (1328) l'évêque de Liège n'hésite pas à descendre de cheval avec toute sa suite pour défendre aux assaillants l'accès d'un « thier » encaissé.
Parfois c'est le champ de bataille lui-même qui ne se prête pas au combat à cheval. Ainsi au cours de l'échauffourée de rues qui précède le Mal Saint-Martin (1312) le «patriciat» est dépourvu de montures (2). A Hanzinelle (1314), c'est la (l) Le combat à pied, de la cavalerie au Moyen Age, Paris 1885. (s) Cfr J. HoYOUX, L'affaire de la porte Saint-Martin à Liège (3 août 1312), in C. A. P. L., 1941, p. 2-11. — Les « patriciens » combattent très bien à pied : ils sont moins de 200 et cependant ils parviennent à abattre une soixantaine de leurs adversaires qui, pourtant, dépassent le millier. Leur défaite et leur perte ne seront dues qu'aux conséquences d'une retraite bloquée. Cfr Chronique
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la tactique à partir du xiie siècle
masse impénétrable des adversaires qui décide l'évêque à renoncer à l'emploi des chevaux et à faire descendre ses gens, comme à Vottem (1346) ce sont les obstacles érigés par les Liégeois qui conduisent le seigneur de Fauquemont et sa suite à attaquer à pied. Déjà, en 1119, le même scrupule (propter loci difficultatem) avait poussé le comte de Montaigu à mettre pied à terre pour s'infiltrer à Huy le long de la rive droite de la Meuse. Et Jean d'Outremeuse ne rapporte-t-il pas, — non sans fondement historique peut-être —, que la fleur de tout l'oust de Henri de Gueldre estoient tous desquendus à piet pour déloger, en 1255, la milice hutoise de ses positions (r) ? En général, tous ces cavaliers démontés adoptent des formations serrées analogues à celles de l'infanterie. Ainsi les
« patriciens » qui luttent dans les rues de Liège la nuit du Mal Saint-Martin (1312) sont in unum conglobati (2). A Waremme (1313) les nobles du parti des Awans forment une sorte de hérisson. A Erbonne (1328) on se groupe auprès de l'évêque, comme à Tressin autour de la bannière épiscopale sans parler des engagements où les chevaliers, pour combattre à pied aux côtés des milices, usent des mêmes formations tactiques que les fantassins. Quoi de plus normal puisque, après l'abandon de leur monture, ils se trouvent astreints aux mêmes impératifs
que la piétaille ! Quant à connaître la façon dont ils se disposaient pour prendre l'offensive dans ces conditions, la discrétion des sources sur ce point ne nous permet guère de la déterminer. On suppose que la noblesse démontée, lorsqu'elle appuyait l'infanterie, s'ébranlait en faisant bloc avec la phalange. Lorsqu'elle combattait seule, elle adaptait vraisemblablement sa formation au terrain : c'est pourquoi les gens d'armes durent attaquer en colonne à Huy (11 19) et à Vottem (1346). Ainsi donc, dans la principauté de Liège, à l'image traditionnelle du chevalier juché sur son destrier se juxtapose, — occasionnellement mais avec une fréquence qui dénote un processus normal —, celle du cavalier démonté. Comment apprécier cette
note discordante pour une époque où, on le sait fort bien, le cheval était roi ? Parmi les historiens qui ont abordé ce problème, liégeoise de 1402, p. 263-264 ; Jean de Hocsem, p. 134-136 ; Annales S. Jacobi Leodiensis, p. 26 ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 245-246. (г) Jean d'Outremeuse, V, p. 331. (2) Chronique liégeoise de 1402, p. 263.
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au moyen d'exemples empruntés au passé militaire d'autres régions, peu ont su proposer une explication acceptable. La Chauvelays a eu l'intuition d'un phénomène marquant mais son manque de rigueur scientifique l'a empêché d'aller jusqu'au bout de ses conclusions. Ferdinand Lot (*), par contre, qui utilise l'ouvrage de ce précurseur, s'est refusé d'y voir clair, résolu une fois de plus à minimiser ou à ignorer les aspects constructifs de la pratique militaire médiévale. Quant à nous, nous sommes d'avis que le procédé de la cavalerie démontée, particulièrement en honneur au pays de Liège, atteste de la
persistance au Moyen Âge d'une certaine conception tactique, d'origine germanique, centrée sur l'emploi de l'infanterie et qui s'affirme parallèlement à celle qui prône l'usage du combat à cheval. C'est pourquoi on constate la faveur dont il jouit dans le Saint-Empire cis- et trans-rhénan comme en Angleterre. Ce trait ethnique n'a d'ailleurs pas tout à fait échappé à l'attention des contemporains comme un passage de la chronique de Guillaume de Tyr permet de le supposer. Le chancelier d'Amaury de Jérusalem remarque en effet, à propos d'une sortie des habitants de Damas assiégés, repoussée par le roi des Romains Conrad III avec ses chevaliers (1148), que ceux-ci sont descendus à pied « selon la tactique des Teutons, lorsque les circonstances les y obligent » (2) . Cette réflexion concorde parfaitement avec la conclusion qui se dégage des exemples liégeois. Une étude systématique des épisodes divers du passé militaire germanique donnerait sans doute l'occasion d'opérer des constatations analogues.
Épinglons au passage quelques cas connus où l'on rencontre des gens d'armes démontés : ceux du roi Arnoul à la bataille de Louvain (891), de Herman de Luxembourg au Pleichfeld (1086), d'Albert d'Autriche à Göllheim (1298), de Louis de Bavière à (') La façon dont il traite les origines de la tactique de la cavalerie démontée (op. cit., I, p. 315 sv.) ou l'art militaire dans le Saint-Empire (ibid., II, p. 142 sv. et surtout p. 148 n. 3) prouve que le problème lui a échappé. (г) « Ubi tam ipse quam sui de equis descendentes, et facti pedites (sicut mos est Teutonicis, in summis necessitatibus bellica tractare negotia) objectis clypeis, gladiis cominus cum hostibus experiuntur. . . »; Guillaume de Tyr , col. 677. — Rappelons ce que le Strategicon disait des Francs : « S'ils se trouvent en lieu resserré, les cavaliers, s'il en est parmi eux, mettent pied à terre et combattent
en fantassins » ; F. Lot, op. cit., I, p. 85. Cette habitude a fort bien pu persister й l'époque où la cavalerie avait acquis, chez les Francs, la suprématie.
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Miihldorf (1322) ou simplement les reîtres « allemands » à Lierneux (1387) et à Sancey en Verdunois (1440) (x). Eniin, rappelons que les chevaliers anglo-normands, héritiers, par les Saxons, d'une solide tradition en matière d'infanterie, mettent habituellement pied à terre pour combattre ; un certain nombre de rencontres célèbres du XII e siècle en attestent :
Tinchebray (1106), Brémule (1119), Bourg-Théroulde (1124), Northallerton (1138)... Ce procédé, combiné à l'usage du grand arc gallois, aboutit même dans ce royaume à une formule tactique originale dite « de la cavalerie démontée » (2). C'est sous cet aspect qu'il se répandit dans toute l'Europe à partir du milieu du XIVe siècle même dans des régions qui, comme la France par exemple, étaient jusque là restées réfractaires à un compromis entre la cavalerie et l'infanterie. Dès lors, entre la fin du XIVe siècle et la fin du XVe, toutes les cavaleries eurent
tendance à démonter pour aborder l'ennemi, quitte à maintenir une réserve à cheval. Les succès retentissants des Anglais furent sans doute l'occasion de cette évolution précipitée de la tactique mais à la base, répétons-le, il y a cette vieille habitude des peuples germaniques, longtemps vivace dans certaines régions.
Au terme de cet aperçu, la physionomie du cavalier liégeois apparaît, sous des dehors traditionnels, plus complexe et plus nuancée qu'il n'y semblait de prime abord. S'il partage avec ses pairs d'Europe une certaine conception de la guerre et une manière d'être, l'homme d'armes de la principauté de Liège ne se confond pas totalement avec eux. Tout d'abord, il s'apparente plutôt à la noblesse guerrière « allemande » par son attachement à la vieille tradition germanique du combat à pied. Ensuite, il se distingue par une connaissance approfondie de l'infanterie que la conjoncture politique du pays l'a forcé très tôt à combattre et à apprécier. Enfin, et ce fait découle directement du précédent, les contacts amicaux ou inamicaux, que les chevaliers ont eu avec la force grandissante et les méthodes guerrières inédites des communes les ont amenés à faire preuve d'un certain réalisme c'est-à-dire de mener une guerre totale assez différente de la recherche du simple fait d'armes. (') Cfr F. Lot, op. cit., I, p. 316 ; II, p. 148, 152, 154 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 404 ; Wurth-Paquet, Table chronologique des chartes..., p. 28. (2) Lot, I, p. 315 sv. ; C. Warren Hollister, The Norman conquest and the genesis of Englishfeudalism, in The American Historical Review, 66 (1961), p. 655-656.
3. LA PLACE DU CHEF
Au pays de Liège moins qu'ailleurs, où les effectifs étaient à la mesure d'une petite principauté territoriale, on n'a admis que le commandant puisse rester en dehors du combat qu'il dirigeait. Pas même l'évêque ne se dérobe à cette obligation (J) ; et s'il délègue souvent le pouvoir militaire suprême à d'autres personnages au cours de grands engagements (2), cela ne l'empêche pas de prendre part à la mêlée, parfois en première ligne : 4.1'evesque meïsmez serat en premier front » ( 3). L'histoire liégeoise n'a-t-elle pas connu nombre de prélats mieux faits pour le harnois de guerre que pour la mitre : Albéron de Chiny, Hughes de Pierrepont, Henri de Gueldre, Adolphe de la Marck qu'une supplique en cour d'Avignon qualifiait d'« illustre aux armes » ou Jean de Bavière qui entra dans Paris bourguignon en 1402 « non point comme un dignitaire ecclésiastique mais sous les traits d'Hector ou d'Achille » ( 4), pour n'en citer que quelquesuns. C'était bien la rançon d'une église impériale dont les chefs politiques devaient au besoin prendre les armes : « telle est l'usance des prelatz d'Allemaigne » remarque Commynes (5). (г) Voir la participation des évêques aux batailles d'Andenne (1151), de Steppes (1213), deHanzinelle (1314), d'Erbonne et de Hoeselt (1328), de Vottem (1346), de Tourinne (1347), d'Othée (1408), de Chênée (1482). (2) Les maréchaux, nommés au début à titre temporaire, remplissaient les fonctions effectives de commandant militaire ; cfr E. Poncelet, Les maréchaux
d'armêe de l'évêché de Liège, in B. I. A. L., 32 (1902), p. 111 sv. A Steppes, c'est Thierry de Rochefort qui range l'armée en bataille mais il semble bien que ce soit le comte de Looz qui assume le commandement des opérations et se trouve à la tête de l'avant-garde (aile droite). A Vottem, c'est l'évêque lui-même qui entend diriger l'action, bien qu'il y eût un maréchal : Jean de Hamal. A Tourinne, le maréchal suprême, commandant de l'avant-garde, est Renard de Schönau
tandis que, pour les forces proprement épiscopales, c'est encore Jean de Hamal qui remplit cet office. (3) Jean d'Outremeuse, IV, p. 613, col. 1. (*) Jean de Hocsem, p. 176 : « in armis inclitus hostes manu propria debellabat, oppugnando inimicorum castra, clipeo lapides excipiens et sagittes » ; Corneille de Zantfliet, col. 359-360.
(6) Philippe de Commynes, I, p. 132.
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A la fin du Moyen Âge pourtant on sent poindre cette conception qui entend faire du chef un meneur éloigné et lucide et non plus un simple acteur : c'est cette vue que l'entourage de Jean de Hornes tenta de lui faire partager à Zonhoven (1490). Mais l'évêque ne s'y conforma pas : une fois l'action entamée, il se précipite au plus fort du combat, la lance en arrêt et finit par lutter corps à corps, à la hache, comme n'importe quel homme d'armes du temps. D'une façon plus générale, cavaliers aussi bien que fantassins ne prétendent pas se battre sans leur chef : à Othée (1408), le mambour et son fils se rangent au premier rang, « en manière de bon meneurn (^), précise Monstrelet. L'exemple du commandant exalte les énergies ; corrélativement, sa mort provoque leur découragement et justifie la panique (2). Pour sa part l'infanterie ajoute souvent à ces exigences celle de voir les nobles qui la conduisent abandonner leurs chevaux et lutter, comme eux, à pied ( 3). Pour le commun de la piétaille, la possession d'un destrier n'offre-t-elle pas à celui qui le monte la tentation de déserter le champ de bataille ? De surcroît, l'excellence de l'armement individuel des chevaliers les désigne particulièrement pour occuper, dans des phalanges de piétons moins bien équipés, les endroits les plus exposés. On n'a, à aucun moment, l'impression, — à moins que les sources, par leur silence, ne nous cachent par trop la vérité ( 4) —, que les hommes de guerre Hégeois cherchent à se préserver parce qu'ils auraient compris que le commandement, pour être efficace, exige un certain éloignement. Même lorsqu'ils dirigent effectivement par personnes interposées il n'est pas jusqu'à l'évêque lui-même qui ne risque encore de laisser la vie dans l'aventure. Le chef, qui commande souvent une petite armée et dont l'action, par conséquent, s'étale au vu et au su de tous, (') Enguerrand de Monstrelet, II, p. 13. (*) Comme le faux bruit de la mort du comte de Looz à Steppes (1213), celle du seigneur d'Awans à Loncin (1298), celle de Jean de Hanefîe et d'Ameil de Bovenistier à Erbonne (1328), celle de l'évêque à Chênée (1482). (3) C'est le cas à Othée (1408). A Waremme (1328), l'infanterie prend pour une désertion la mission d'exploration de la cavalerie ; cfr Annexes XI et XVI. (4) On connaît de nombreux exemples de batailles médiévales où le chef n'entendit pas combattre en première ligne ; cfr Verbruggen, De krijgskunst..., p. 354 sv. Toutefois, il faut bien constater que, par tempérament ou par la force des choses, les commandants se laissaient souvent entraîner dans la mêlée.
la place du chef
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doit payer de sa personne et donner l'exemple dont dépendra, en fin de compte, l'attitude de la troupe. La question de savoir comment les ordres étaient acheminés dans le feu de l'action reste épineuse. Elle le sera peut-être moins si l'on songe à la hiérarchie et aux divisions nombreuses
qui devaient contribuer, en donnant une structure à la masse des combattants, à leur assurer, dans une certaine mesure, la
transmission des directives. En l'absence d'un dirigeant désengagé le commandement devait ressembler à celui qui, de nos jours, s'exerce dans les petites unités de combat lancées dans l'action avec, au départ, des instructions qu'on laisse au chef de section le soin d'adapter et de mener à bien, dès le moment où les moyens modernes de transmission ne peuvent plus lui assurer la liaison
avec ses supérieurs. Autant dire que les gens du Moyen Âge faisaient confiance ici encore à la valeur individuelle et aux
rapports personnels et directs lorsque, du moins, la modestie des effectifs permettait d'appliquer ces critères.
4. LA COMBINAISON CAVALERIE-INFANTERIE
La combinaison et la coordination des forces engagées dans une bataille paraissent, de nos jours, élémentaires. II n'en a pas toujours été ainsi surtout à une époque où cavalerie et infanterie se recrutaient parmi des couches de population que de profondes différences sociales et politiques n'étaient pas faites précisément pour unir. II en résultait des a priori et des critères d'appréciation mutuelle sans rapport parfois avec ceux qui composent notre définition moderne de l'art militaire. Dans de telles conditions, on comprend que la notion de « collaboration inter-armes » ne se soit pas imposée d'emblée. Dans le fond, le cavalier pouvait difficilement se départir d'un certain mépris à l'égard du fantassin : Hemricourt ne nous dit-il pas, — sans doute en généralisant quelque peu, —■ qu'au début du XIVe siècle
c'est-à-dire « quant ly saignors estoiient teilement sormonteis et ilh estoiient conforteis de conbatre à cheval », que ceux-ci « ronpoiient une batailhe de pitons, queil qu'elle fuist, et les foloiient tos » (^). A cette attitude, l'homme de pied opposait indifférence ou méfiance. De toute façon, le dessein tactique en souffrait. Par ailleurs, de nombreux exemples prouvent que l'on avait tout de même conscience de la nécessité d'opérer de concert et que, à maintes reprises les divergences de nature s'effacèrent devant des impératifs proprement militaires. II n'en reste pas moins que l'histoire militaire liégeoise comporte un certain nombre d'épisodes malheureux. A Loncin (1298) et à Donmartin (1325), batailles de seigneurs, la piétaille n'a aucune part active à l'action : d'un côté (Loncin) les Rivageois « décrochent » de leur propre initiative sans attendre l'issue qui, cependant, devait s'avérer favorable aux cavaliers de leur faction ; d'autre
part, les gens de pied sont rejetés, quasiment en spectateurs derrière les chevaux (Donmartin). Dans cette perspective, on se demande même pour quelle raison l'infanterie était requise, à moins que ce ne soit par souci de gonfler les effectifs ou de (l) Jacques de Hemricourt, Awans et Waroux, III, p. 43.
LA COMBINAISON CAVALERIE-INFANTERIE
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s'entourer d'une importante valetaille. Cette attitude ressemble à celle qu'à la même époque, le capitaine de la ville de Metz
exprime en ces termes : « Je me doubte de la pielaille / . . .Elle ne sceit rien de bataillejNe de poirter escul ne lance » (x). Pareils préjugés engendrent la défiance de l'infanterie roturière. Cette appréhension s'avérera fatale à Waremme (1328) ou à Othée (1408) lorsque les milices empêcheront la cavalerie de mener à bien une mission qui de reconnaissance, qui de contreattaque, par crainte d'une désertion massive, favorisée par l'usage d'une monture. A la fin du XVe siècle, les dissentions politiques viendront, à leur tour, semer la zizanie parmi les forces combattantes. A Chênée (1482), les Liégeois, travaillés par la propagande de Guillaume de la Marck, ne suivent pas la cavalerie de Louis de Bourbon. Celui-ci s'en trouve si affaibli qu'il ne peut prêter son aide aux Hutois, postés en avant-garde, et que sa mort sous les coups de l'ennemi ressemble davantage à un assassinat politique. Enfin, à Hollogne (1483), la cavalerie est seule à agir tandis que les gens de pied se tiennent coi et se débandent avant d'en venir aux mains (2). Pourtant, les chroniqueurs ont conservé dans leurs écrits le souvenir d'engagements au cours desquels les deux armes firent montre d'une bonne coordination. Une fois de plus, l'étude de ce point particulier nous donne l'occasion de vérifier l'exceptionnelle précocité de l'infanterie liégeoise. La tactique de la chevalerie sait parfois se fonder partiellement sur celle de l'infanterie, dont les services sont souvent requis pour compléter des effectifs équestres insuffisants. On sait que le même phénomène s'est produit au XIIe siècle en Palestine dans les armées des Croisés (3) . Dès 1106, au combat de Visé, c'est la piétaille de Liège qui constitue non seulement la réserve mais la pièce maîtresse du stratagème qui, en fin de compte, sera à la base de la défaite ennemie. A Wilderen (1129), à Andenne (1151), àBrustem (1171), gens de pied et de cheval collaborent à la victoire finale. Mais c'est l'étude du comportement des combattants à Steppes (1213) qui nous permet vraiment de mesurer les difficultés d'une com(l) Cfr Annexes VII et X ; Poème sur la guerre de Metz, p. 136. (a) Cfr Annéxes XI, XVI, XXIII et XXIV.
(3) Smail, op. cit., p. 116 sv. — Verbruggen, De krijgskunst..., op. cit., p. 346354·
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LA TACTIQUE À PARTIR DU XIIe SIÈCLE
binaison de forces sans cesse remise en question par les profondes différences de mentalité qui distinguaient leurs représentants. A l'origine, la mission des fantassins n'était point de porter atteinte aux Brabançons mais bien de former un « mur » derrière la chevalerie épiscopale afin de l'empêcher de fuir. Singulière conception de la collaboration. Mais nous pensons avoir montré qu'en fait les gens de pied des communes ne restèrent pas sur leurs positions. Ils prirent une part active à l'offensive générale qui suivit l'engagement de l'aile droite. Quant à l'infanterie lossaine, son cas est plus simple : elle déserta en masse sur un faux bruit de la mort de son chef pour ne reparaître qu'après la victoire. Nous ne reviendrons pas ici sur l'usage de la cavalerie démontée. Contentons-nous de rappeler que cette pratique est, en somme, une manifestation supplémentaire du désir d'unir les efforts des gens d'armes à ceux des piétons. Quant au moyen en lui-même il s'avère, il faut bien le dire, assez primitif puisqu'il consiste à obliger l'un des partenaires à adopter le procédé de l'autre pour éviter une divergence de tactique. Retenons également l'exemple de Tourinne (1347) où les milices furent sauvées d'un plus grand désastre par l'intervention tardive mais bien menée de la cavalerie alliée. Celle-ci, en inter-
ceptant les poursuivants épiscopaux, les empêcha d'exploiter complètement leur victoire. Enfin, à Zonhoven (1490) gens de pied et de cheval manœuvrent de concert (J). Le bilan n'est donc, au total, pas très riche. On sent que la « coopération inter-armes » sur le plan tactique était souhaitée mais qu'on éprouvait une difficulté majeure à trouver un terrain d'entente qui aurait permis à la cavalerie comme à l'infanterie de s'épauler sans jamais renoncer à leurs qualités opérationnelles respectives (2). (Ч Cfr Annexes I, III, V, VI, XIV, XXV ; Chronique de Saint-Trond, II, p. 66-67. — Infanterie et cavalerie collaborent également, en 1490, au combat de Diepenbeek ; Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 427. (2) C'est la conclusion qui s'impose, pensons-nous, à la lecture de l'étude de M. Verbruggen, cit. n. 3, p. 199 : l'exploitation combinée, sur le plan tactique, des qualités intrinsèques de chaque arme n'est pas si fréquente au Moyen Age. C'est surtout à partir du XVIe siècle qu'on saura vraiment en tirer parti. II convient aussi de se rappeler que le pays de Liège n'a pas fait un usage intensif d'hommes de trait, perdant ainsi une occasion supplémentaire d'accorder à la cavalerie un « appui feu » que cette dernière était incapable, par elle-même, de s'assurer.
QUATRIÈME PARTIE
La stratégie à partir du XIIe siècle
On ne possède aucun traité de stratégie rédigé, au Moyen Âge, par un Liégeois. Bien que ce genre de livre ne fût pas inconnu, ainsi qu'en témoignent certains ouvrages provenant d'autres
régions (^), il est évident que la connaissance pratique de la guerre s'acquérait alors dans les opérations réelles là où, aujourd'hui, on recourt d'abord à un écrit et à l'enseignement d'une doctrine. II n'en reste pas moins que la nécessité d'une stratégie était généralement reconnue et que l'on ne faisait pas la guerre n'importe comment à l'époque médiévale. Une remarque du chancelier du comte Baudouin V de Hainaut suffit à dissiper tout doute à ce sujet. A propos de la contre-offensive des troupes de son maître contre l'armée brabançonne, en 1184, Gislebert
de Mons déclare : « qui primus ad illos veniebat primus feriebat ». Et d'ajouter que c'était là agir « non ordine bellicoso » (2). Cette remarque dénote, dans le chef de son auteur, la conscience de normes déterminées, applicables à la conduite d'une campagne militaire, qui s'opposent à toute action instinctive et irréfléchie. C'est l'affirmation la plus simple de préoccupations stratégiques. Les sources liégeoises elles aussi témoignent de pareils soucis. Pourtant, si la guerre était déjà envisagée comme la mise en œuvre, dans un but déterminé, d'un certain nombre de moyens, il n'empêche que ceux-ci différaient radicalement de ceux que nous concevons de nos jours et que, pour les comprendre, il faut se garder de les mesurer à l'aune de critères modernes.
(') Pour un aperçu des traités de stratégie au Moyen Age, cfr J. F. Verbruggen, De krijgskunst in West-Europa in de Middeleeuwen..., p. 465 sv. ; Id., Un plan de bataille du duc de Bourgogne (14 septembre 1417) et la tactique de l'époque, p. 443-444.
(') Gislebert de Mons , p. 167.
1. LE RÉFLEXE OBSIDIONAL, OBSTACLE A LA GRANDE STRATÉGIE
L'aspect technique de l'art de la guerre avant les Temps modernes se caractérise par la supériorité des moyens de défense sur les moyens d'attaque. Depuis lors, ce rapport s'est inversé et ne cesse de s'accentuer dans un sens radicalement opposé à celui que l'Histoire a connu jusqu'aux environs de l'an 1500 de notre ère.
Le Moyen Âge présente cette singularité d'avoir exploité au maximum les implications militaires de cet état de fait ancien. Le pays de Liège constitue à coup sûr un terrain de prédilection pour l'étude de ce phénomène. Comme partout ailleurs, on a tenté d'y faire échec aux invasions en dressant partout, d'autorité publique ou privée, des obstacles artificiels : forteresses, églises, monastères et cimetières fortifiés, villes remparées, villages défendus, maisons-fortes, fossés (*). Ce mouvement prend naissance au IXe siècle, avec les invasions normandes (2) mais il se généralise surtout aux Xe et XIe siècles ; il atteint son apogée avant 1400. II engendra, sur le plan stratégique, un véritable réflexe obsidional permanent c'est-à-dire une réaction automatique qui consistait à répondre à une attaque en allant s'enfermer dans les points forts du pays en état de résister. De nombreux exemples illustrent cette conception. C'est ainsi, nous l'avons vu, que Wazon, devant la menace des féodaux révoltés en 1047, se retire au château de Huy tandis qu'en 1189, lors de l'invasion de son comté par Henri I er de Brabant, Gérard (!) L'évolution de ce mouvement dans la principauté de Liège a été esquissée dans : R. Deprez, La politique castrale dans la principauté épiscopale de Liège du Xe au XIVe siècle, M. A., 65 (1959), p. 501-538; C. Gaier, La fonction stratégico-déjensive du plat pays au Moyen Age dans la région de la Meuse moyenne, ibid., (1963), p. 753-771· ( 2) Sur la naissance du réflexe obsidional au Moyen Age, cfr F. Vercauteren, Comment s'est-on déjendu au IXe siècle dans l'empire franc contre les invasions normandes ?, A. F. A. H. B., (1936), p. 1 17-132. — Voir la première partie du présent ouvrage.
RÉFLEXE OBSIDIONAL, OBSTACLE À LA GRANDE STRATÉGIE 205 de Looz s'enferme dans Saint-Trond avec son armée. En 1212,
au moment de l'attaque brabançonne, l'évêque Hughes de Pierrepont se met à l'abri à Huy puis à Dinant. Plus évocateur encore est le siège de Poilvache, en 1238. La forteresse est investie par une grande armée qui comprend l'évêque de Liège, le comte de Looz, le comte de Flandre et de Hainaut. Malgré la disproportion des forces, la place résiste 3 mois. Finalement, les assiégés se sentent acculés à la reddition. C'est alors que la nouvelle de l'arrivée de Waleran de Poilvache à la tête d'une armée de
déblocus nécessairement modeste, jette la consternation chez les assiégeants. Et l'ost épiscopal liégeois de lever le siège pour aller s'enfermer dans l'enceinte la plus proche, celle de Dinant (J) ! On voit que le réflexe obsidional a pour corollaire une certaine crainte de la bataille rangée, ce qui est, à coup sûr, une autre caractéristique de la stratégie médiévale. D'ailleurs un affrontement en rase campagne n'a pas grande valeur stratégique s'il ne s'accompagne pas de la prise de places-fortes : la victoire de Wilderen (1129) ne livre pas à l'évêque la petite place de Duras, qui constitue pourtant l'objectif immédiat de la campagne (2). Surtout, cette guerre de siège permet de combattre efïicacement avec des effectifs minimes, c'est-à-dire « tenir a peu de gens contre tout le monde » ( 3). En maintes occasions, — et le cas de Poilvache est bien là
pour le prouver —, il suffit d'une petite place, gardée par une poignée d'hommes, pour tenir en échec une armée importante. N'oublions pas qu'en 1213, le duc de Brabant ne parvient pas à prendre la tour forte de la collégiale de Tongres tandis que, par ailleurs, Hughes de Pierrepont, qui triomphe à Steppes, ne peut exploiter sa victoire à cause du château de Hannut, qui
intercepte ses communications (4). Que dire aussi du village fortifié de Wellen qui résiste pendant deux ans aux troupes bourguignonnes (8), pour ne pas évoquer aussi les villes dont (') Heriger et Anselme, p. 222 : « relicto Leodio in Hoium se conferret castellum situ loci munitissimum » ; Gislebert de Mons, p. 240 ; cfr Annexe VI ; Albéric de Troisfontaines, p. 942-943. (') Cfr Annexe III. (3) Jean de Wavrin, p. 551 . à propos de ]a forteresse de Huy. (4) Cfr Annexe VI. (5) Cfr C. Gaier, Un étonnant prêcurseur..., p. 286.
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LA STRATÉGIE À PARTIR DU XIIe SIÈCLE
beaucoup défièrent toute attaque (x). S'étonnera-t-on dès lors de la réaction de l'évêque de Liège, en 1441, à l'annonce de l'arrivée dans le duché de Bouillon des terribles Écorcheurs de Xaintrailles, de la Hire et du bâtard d'Orléans qui viennent de ravager la Moselle et le Luxembourg ? Thierry de Heinsberg se contente de dépêcher à Bouillon une garnison dérisoire de 40 hommes d'armes. Les pillards ne s'y frottèrent d'ailleurs pas. La place était d'importance puisque Louis XIV la fera moderniser par Vauban et se réservera le droit d'y maintenir des troupes (2). Pareille supériorité de la défensive entraîne fatalement une grande confiance dans la vertu des remparts et dans la puissance que confère tout un système de fortifications. Dans la lettre qu'ils adressent au pape, en 1328, les princes allemands, auxiliaires d'Adolphe de la Marck, caractérisent la nation liégeoise, contre laquelle ils sont en guerre, de « in fortitudine murorum et loci difficultate confidens » ( 3). Conséquence fatale de cet état de fait, la passivité des combattants, jointe aux moyens considérables de protection dont ils disposent, implique forcément la pratique d'une stratégie d'usure où la défensive prédomine. II est rare qu'une campagne ne s'enlise pas dans des blocus ou dans la poursuite d'objectifs accessoires, rare aussi que l'exploitation d'une victoire soit complète et que l'ennemi se trouve anéanti.
L'étude de la stratégie médiévale, particulièrement dans la principauté de Liège, — pays de villes et de population dense, — est inconcevable sans une pleine conscience de ces conditions matérielles déterminantes.
(l) Ainsi l'élu ne parvint pas à prendre Liège par la force pendant la guerre civile de 1255 ; Jean de Hocsem, p. 27. (*) Jean de Stavelot, p. 447. — Sur le rôle historique de la place de Bouillon, cfr F. Lohest, Le château-fort de Bouillon, Bruxelles 1896 ; J. de Sturler, Un document inédit et quelques précisions topographiques concernant le tracé du « Chemin Neuf » de Liège à Sedan, B. C. R. H., 131 (1965), p. 82 n. 2 ; J. Muller, Bouillon..., p. 45-60. (3) E. Fairon, Regestes..., op. cit., I, p. 256.
2. LE SYSTÊME DÉFENSIF
La mise en défense du pays s'élabore dès le Xe siècle. Elle se fonde, à partir du XIIe, sur une série de points forts, qui jouent le rôle de fortifications d'arrêt. Ce sont d'abord les forteresses,
dont certaines se voient encore renforcées par les murailles de la ville étalée à leurs pieds. Les évêques, le Chapitre de SaintLambert, la bourgeoisie urbaine ensuite se sont efforcés de les acquérir et de les entretenir dans l'intérêt public. C'est à ce titre que l'on a pu parler d'une véritable « politique castrale » liégeoise (^). Parmi les places les plus importantes, il faut citer Huy que l'on considérait encore au XVe siècle comme « la plus forte de tout le pays », Dinant « assize sur frontieres de pays », Moha « maximum patriae munimen contra insultus Brabantinorum et Namurcensium » (2), Stockem cet avant-poste du comté de de Looz ( 3), Bouillon qui fut longtemps considéré comme inexpugnable. II y a également les villes remparées où se distinguent particulièrement Saint-Trond « porte et boulevard » vers le Brabant ( 4), Ciney « cleis et porte de nostre terre par devers Ardenne » comme le dit l'évêque (5), Thuin aux marches du (1) Cfr l 'étude de R. Deprez, op. cit., n. i, p. 204. (2) Citations dans : Jean de Wavrin, p. 551 ; St. Bormans, Cartulaire de la commune de Dinant, II, Namur 1881, p. 371 (27 juillet 1480) ; Corneille de Zantfliet, col. 306.
(3) Le rôle militaire de Stockem ressort particulièrement des passages suivants : Raoul de Rivo, p. 10 ; Jean d'Outremeuse, Chronique abrégée, p. 229 ; Corneille de Zantfliet, col. 353-354. L'avantage de la position résulte également de l'existence d'un gué de la Meuse à cet endroit ; Chronique liégeoise de 1402, P· 437·
(4) F. Straven, Inventaire analytique et chronologique des archives de la ville de Saint-Trond, II, Saint-Trond 1886, p. 86 (11 janvier 1481). — Le rôle de Saint-Trond comme poste frontière avancé apparaît à travers toute l'histoire lossaine et liégeoise ; cfr J. L. Charles, La ville de Saint-Trond au Moyen Age, des origines à la fin du XIVe siècle, p. 397 sv. (5) J. Borgnet, Cartulaire de la commune de Ciney, Namur 1869, p. 2-3 (mai 1321). Cette fonction stratégique se manifeste particulièrement durant la guerre dite « de la Vache » (1276) ; cfr notamment Jean de Hocsem, p. 60 Chronique liégeoise de 1402, p. 217-219.
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LA STRATÉGIE À PARTIR DU XIIe SIÈCLE
Hainaut (*). Liège, par contre, à cause de sa position, n'a jamais été considérée comme une place d'arrêt mais plutôt comme un réduit central, réserve d'hommes et ultime bastion du pays (2). Quant aux autres villes et châteaux, plus excentriques, l'évidence du rôle de forteresses de frontière qu'on entendait leur assigner est indiscutable ( 3). Mais à côté de ces points forts, le plat pays ne demeurait point dépourvu de défense. Villages, tours, cimetières et églises fortifiés constituaient autant de fortifications d'intervalle, capables avec plus ou moins de bonheur de soutenir un assaut. Leur destination primitive, d'ordre privé ou strictement local, ne les soustrayait pas pour autant à des causes d'intérêt public en cas de conflit généralisé ( 4). Leur rôle apparaît même parfois comme important : témoin celui du village de Wellen en 1466, celui des tours de la frontière brabançonne en 1347, celui du cimetière de Brustem en 1171, celui de l'église
de Wonck en 1406-1408, ou de Montenaeken en 1465. Signalons encore la fonction stratégique d'obstacles artificiels défendus, comme les fossés continus de 1439, 1454 et 1465 ou naturels comme le Geer (« la rivière de Hesbaye ») avec son chapelet d'églises fortifiées, les villes de Tongres et Maestricht, et le pont de Lowaige (2). Mais, malgré leur présence imposante, les fortifications ne constituent que des instruments passifs et sans effet s'ils ne (l) Thuin fut. le premier castrum de l'Église de Liège. II était déjà au Xe siècle un sujet de crainte pour le comte de Hamaut ; cfr Deprez, op. cit., p. 503. C'est toujours le cas au XVe siècle ; Chrcnique du règne de Jean de Bavière, p. 194 (1408).
(г) L'exemple le plus frappant est fourni par les guerres bourguignonnes (1465-1468). (3) L'existence de la notion de place-frontière au Moyen-Age a été contestée pour le Moyen Orient chrétien par R. C. Smail, Crusading warfare ( 1097-1193) , Cambridge 1956, p. 204 sv. ; pour la principauté de Liège par Deprez, op . cit., P· 534·
( 4) Nous renvoyons à notre article cité n. 1, p. 204. — Cfr le souci des villes de Liège et de Huy de se réserver le droit de tenir garnison dans de simples maisonsfortes ; E. Fairon Regestes..., op. cit., I, n° 322 (5 juin 1328) : II, n° 45 (16 novembre 1307). (') C. Gaier, op. cit., p. 761 sv. — Après la bataille de Tourinne (1347), le duc de Brabant abuse de sa situation d'allié de l'évêque pour incendier plusieurs maisons-fortes liégeoises le long de la frontière de son duché ; Jean de Hocsem,
P· 359- Voir aussi l'utilisation de tours contre la Hesbaye en 1491 ; Chronique du règne de Jean de Horne.s, p. 467. — Le creusement de fossés autour des Bonnes
villes fut décidé en 1439 en prévision d'une invasion des Écorcheurs français ; les travaux reçurent un début d'exécution ; Jean de Stavelot , p. 433.
LE SYSTÈME DÉFENSIF
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sont mis en œuvre. Aussi, en cas de guerre, les postes en état de résister devaient être approvisionnés en vivres, en armement
et en munitions (x). Ils se voyaient également dotés d'une garnison dont les effectifs variaient avec l'importance de la place : le plus souvent, cependant, quelques dizaines d'hommes suffisaient et ce n'est qu'exceptionnellement que les garnissaires dépassaient la centaine (2). La gendarmerie féodale était habituel-
lement sollicitée pour ce genre de mission, surtout pour les forteresses du pays ou les châteaux mis sur pied de guerre. Dans pareil cas, les milices urbaines ou rurales servaient souvent comme auxiliaires alors que leur rôle normal se limitait plutôt à la garde des villes et des villages ( 3). Bien mieux, les milices
paysannes des localités suburbaines étaient tenues de venir assurer la surveillance des villes pendant la durée des conflits ( 4). D'ailleurs, d'instinct, les ruraux n'avaient-ils pas tendance à se réfugier dans les centres urbains avec leur famille et leurs biens lorsque les points forts dont ils avaient normalement la garde menaçaient d'être emportés (6) ? C'est pourquoi les (1) Cfr la belle descriprion de la mise en défense du château de Huy par Raes de Heers en 1467 dans Adrien d'Oudenbosch, p. 174 ; la place venait précisément de tomber aux mains du tribun et des Li^geois parce qu'elle n'avait pas été convenablement approvisionnée en vue d'un siège ; cfr Jean de Haynin, I, p. 210 et Jean de Wavrin, p. 551. (2) Quelques chiffres dans C. Gaier, Analysis of military jorces in the principality of Liège..., op. cit., p. 259 n. (3) C'est ainsi qu'en 1465 tous les habitants de la châtellenie de Dinant sont tenus de se réfugier dans les places-fortes et les Bonnes villes ; en particulier, les manants de Sautour et environ doivent garder le château du lieu ; St. Bormans, op. cit., II, nos 93 et 94. — Déjà, en 1213, une partie des habitants de Tongres avait rejoint le comte de Looz en sa forteresse de Colmont ; Renier de Saint-Jacques, p. 103. (4) L'obligation pour les paysans de tenir garnison dans la ville qui constitue le chef-lieu de Ieur circonscription est attestée pour : Liège (Jacques de Hemricourt, Le Patron de la Temporalité, p. 137-139), Couvin (St. Bormans, Cartulaire de Couvin, Namur 1875, p. LXIX), Fosse (J. Borgnet, Cartulaire de la commune de Fosses, Namur 1867, p. 82-83), Ciney où cet usage n'est, paraît-il, avéré qu'à partir du XVI e siècle (J. Borgnet, Cartulaire de la commune de Ciney, Namur 1869, p. XCVI sv.) : or un passage de La chronique liégeoise de 1402, p. 302 nous permet de reculer cette date jusqu'au début du XIVe siècle. (s) Ainsi Huy sert de refuge aux Hesbignons et aux Condrusiens en 1276 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 219. — Après la défaite de Brustem (1467), il y avait à Liège « grant peuple retiré du pays d'envyron » ; Philippe de Commynes, p. 115 ; de même avant le sac de Liège (1468), Onofrio, p. 120. — De même à Saint-Trond pendant les événements de 1482 ; Straven, op. cit., II, p. 107-100. — Tous ces manants emmenaient avec eux leurs biens et leur bétail.
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LA STRATÉGIE À PARTIR DU XIIe SIÈCLE
villes formaient, en fait, le centre d'un complexe fortifié dont l'hinterland constituait l'avant-poste. Nos sources font état, à plusieurs reprises, de cette particularité. Ajoutons enfin que l'extension des bourgeoisies afforaines, ■— qui assurait aux cités le concours armé de la noblesse regnicole voire de simples roturiers, — et la pratique du mercenariat venaient encore
grossir le potentiel des garnisons (x). Ainsi, le pays de Liège sur pied de guerre se présentait au
Moyen Âge comme un inextricable réseau d'obstacles plus ou moins reliés (2), défendus avec plus ou moins de coordination ( 3), et situés tant aux frontières qu'à l'intérieur. Ce dispositif permettait de défendre le territoire pied à pied et mettait un ennemi dans l'obligation d'entreprendre nécessairement des opérations de longue durée pour en venir à bout. Dans ces conditions,on comprendra que la giierre d'usure représente l'aspect le plus caractéristique des conflits liégeois.
(1) Voir l'apport militaire des bourgeois nobles afiorains pendant les sièges de Maestricht de 1407-1408 ; G. D. Franquinet, Les sièges de Maestricht en 1407 et 1408, A. S. H. A. M., 1 (1854-5), annexe VI. — Cfr également A. Hansay,
Le droit de bourgeoisie accordé par la ville de Hasselt à des bourgades lossaines au cours des XIVe et XVe siècles, V.O.G.O.S.H., 11 (1935), p. 367-396. — Prise en solde d'hommes d'armes par la ville de Dinant, en 1458 ; D. D. Brouwers, Cartulaire de la commune de Dinant, VIII, Namur 1908, p. 63. (2) La construction à Visé, en 1379, d'un pont de bois sur la Meuse, afin de faciliter l'acheminement de renforts liégeois vers la petite place mosane, alors constamment menacée, témoigne du souci d'assurer la liaison entre un avant-
poste et le gros des forces de manœuvre ; cfr Raoul de Rivo, p. 45 ; Corneille de Zantfliet, col. 316.
(3) Dans la mesure, bien entendu, où les moyens de transmission, encore rudimentaires, permettaient d'agir de concert durant les hostilités.
3. LA GUERRE D'USURE
On ne peut pas dire que la guerre d'usure fût la seule que les stratèges liégeois concevaient (*). Ils étaient conscients de ce que la défaite rapide d'un adversaire constitue la solution la plus radicale d'un conflit. Pourtant, il faut bien admettre que si, parfois, la proportionnalité des moyens et des fins était assurée, l'entreprise militaire dégénérait presque toujours en opérations de détail ou s'enlisait en une interminable guerre de sièges. Les conditions matérielles du temps expliquent ce déroulement déconcertant : le réseau de fortifications, tant au
pays de Liège que chez les voisins immédiats, la difficulté de réunir des effectifs de marche suffisants, de maintenir la discipline parmi des troupes disparates, le système défectueux d'approvisionnement, l'épreuve des intempéries, les charges financières écrasantes d'une campagne (2). En général c'est l'élément populaire qui se montre plus enclin à pratiquer une stratégie offensive : dès le moment où il représente la puissance militaire principale du pays, soit depuis le XIII e siècle, il prend pour règle de marcher au devant de l'ennemi pour tenter de le vaincre du premier coup. Cette attitude correspond bien au tempérament des milices liégeoises, instinctif, bouillant, souvent irréfléchi comme celui du peuple, qui pense avec son cœur. Réflexe martial qui avait trouvé à s'exprimer par un de ces dictons dans lesquels se figeait alors la sagesse des nations : « nul ne passe le Habsbaing qu'il ne soit combatu le lendemain ». L'aphorisme avait même franchi les frontières liégeoises car les chroniques nous dépeignent la crainte des envahisseurs bourguignons qu'il ne vienne à se concrétiser ( 3). Pendant la guerre dite de la Vache (1276) les paysans de Hesbaye (l) Sur la notion de grande stratégie au Moyen Age, cfr J. F. Verbruggen, op. cit., p. 488 sv. (!) Pour ces particularités de la guerre médiévale, nous renvoyons aux autres chapitres de cette étude. (3) Olivier de la Marche , III, p. 65 ; Jean de H aynin , I, p. 147.
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LA STRATÉGIE À PARTIR DU XIIe SIÈCLE
et du Condroz reprochèrent à l'évêque sa passivité devant les incursions des Namurois. Le même blâme fut encore infligé au mambour par ses sujets en 1376 et en 1379 par les Liégeois et les Hutois, outrés de devoir mettre un terme à leur action
contre les seigneurs pillards des marches du Luxembourg. Rappelons encore, parmi tant d'autres exemples, l'attitude des milices opposées, à la veille d'Othée, à la prudente stratégie défensive de leurs chefs, comme ce sera le cas encore pendant les guerres bourguignonnes (1465-1468) (^). L'acharnement des forces urbaines à mettre en plaine maisons-fortes et châteaux participe également de ce « jusqu'au-boutisme » qui, en somme,
n'est pas si commun au Moyen Âge. II aurait arraché à l'archevêque de Cologne et au duc de Juliers, en 1378, les paroles d'admiration que nous avons mises en exergue à cet ouvrage : « vere non rusticos esse Leodienses, sed milites... » (2).
L'ost féodal, par contre, ne fait pas preuve d'autant de résolution : il est la proie des tergiversations, des lenteurs et des aléas de la mobilisation, de l'affrontement des intérêts particuliers dont il est composé, des jeux décevants de la diplomatie. II ne sait vraiment montrer de la décision que lorsqu'il s'engage dans une guerre sociale.
II faut dire que rien n'était plus difficile, au Moyen Âge, que d'amener un ennemi à accepter la bataille. La lenteur des mouvements, surtout ceux de l'infanterie, la faible portée des armes de jet, mettaient quiconque dans l'impossibilité de contraindre au combat ( 3) un adversaire que l'infériorité numérique ou la crainte d'une issue malheureuse pouvaient rendre hésitant. En d'autres termes, on n'en venait aux mains que par consentement mutuel, à moins de réussir à forcer le sort en organisant un guet-apens. Cette nécessaire convenance explique le recours au « défi », c'est-à-dire à cette formalité qui consistait à avertir (x) Chronique liégeoise de 1402, p. 219, 380 ; Jean d'Outremeuse, Chronique abrégée, p. 208 ; Onofrio, p. 122 sv. ; cfr notre appendice XXI. — La même impatience des milices s'était déjà manifestée en 1141, au siège de Bouillon ; Triumphus, p. 509.
(2) Cfr J. Lejeune, Liège et son Pays..., op. cit., p. 1 19-122 ; citation de Raoul de Rivo, p. 42.
(3) Cfr J. E. MoRRis, Mounted injantry in Mediaeval warfare, Transactions of the Royal Historical Society, Ser. III /8 (1914), p. 79. La même situation prévaut toujours au XVI e siècle ; cfr R. Mousnier, Les XVIe et XVIIe siècles, in Histoire générale des civilisations (Collections « Crouzet »), Paris 1954, p. 127128.
LA GUERRE D'USURE
213
l'adversaire de son intention de « requérir bataille ». Encore n'était-ce là que l'expression d'un désir, qui n'enlevait à aucune des parties la liberté de changer d'avis. La meilleure façon d'exercer une pression effective était encore de s'en prendre à une armée de siège, obligée ainsi, pour se dégager, de se frayer un
passage à la pointe de l'épée. De fait, la plupart des « journées » fameuses de l'histoire militaire Hégeoise se rapportent à un déblocus (^). Plus important encore est le sens qu'il convient d'attribuer à la bataille en tant que moyen. Sa portée diffère notablement de celle qu'elle a acquise depuis l'épopée napoléonienne. La
bataille entraîne rarement au Moyen Âge l'anéantissement de l'ennemi. Les troupes de marche vaincues en rase campagne sont loin de représenter le tout d'une force armée. Ce qui compte alors ce sont les places-fortes et leurs garnisons. Aussi n'est-il pas rare de voir le vainqueur in campo échouer devant une forteresse et l'exploitation d'un succès se muer en opérations de détail. C'est ici qu'apparaît sous son vrai jour la stratégie d'usure si caractéristique de cette époque. Elle procède de deux prémisses, profondément liées à la civilisation médiévale : l'impossibilité technique de mener une grande stratégie, le besoin invétéré de considérer la guerre comme une activité lucrative. Ainsi donc, disions-nous, le réseau
de points fortifiés qui couvre le territoire de la principauté et (') Le duc de Brabant refuse le combat en 1203 ; Renier de Sainx-Jacques, p. 68 ; en 1303, il vient camper entre Hollogne-sur-Geer, Omal et la chaussée romaine mais on ne l'attaque pas ; Chronique liégeoise de 1402, p. 251 ; en 1314, l'évêque refuse de marcher contre les Hutois qui l'attendent à Chapon-Seraing, Haneffe et Donceel ; ibid., p. 271 et Jean de Hocsem, p. 148 ; à Momalle (1326) les milices n'osent engager le combat car le terrain est très glissant ; Chronique liégeoise de 1402, p. 290 ; en 1332, le duc de Brabant, qui campe près de Heylissem, ne riposte pas aux attaques lancées dans son duché par l'évêque de Liège et ses alliés ; Jean de Hocsem, p. 220. — En 1378, les Liégeois demandent bataille au duc Wenceslas afin de mettre un terme aux ravages de la guerre mais ce dernier refuse le combat ; Raoul de Rivo, p. 42 ; en 1328, ce sont les rebeiles eux-mêmes qui se dérobent, après avoir défié Adolphe de la Marck : Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 260 ; en 1406, les « Haidroits » provoquent
Jean de Bavière, réfugié en Hainaut ; A. Lacroix, Épidode du règne de Jean de Bavière..., Mons 1841, p. 23. — Cfr J. Glenisson, Notes d'histoire militaire. Quelques lettres de défi du XIVe siècle, B.E. C., 107 (1947-48), p. 235-254. — Ajoutons que la fixation du lieu et de la date d'un combat est parfois un piège destiné à tromper la vigilance de l'adversaire. C'est le cas, dans le chef de l'évêque, à Hanzinelle (1314) ; cfr notre annexe IX.
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LA STRATÉGIE À PARTIR DU XIIe SIÈCLF.
de ses voisins condamne les armées à ne progresser qu'aux prix d'efforts démesurés auxquels peu résistent parce que, de place en place, les énergies s'émoussent. De plus, elles se divisent et s'affaiblissent : les châteaux sont pris, perdus et repris encore, succès et échecs s'équilibrent et s'annullent. Le but est de purger chaque poste de sa garnison, de la remplacer par des troupes sûres et d'exercer ainsi son contrôle sur les alentours de chaque redoute. De son côté l'ennemi tend à opposer forteresse à forteresse : dans cette perspective les duels sans fin entre Maestricht et les postes de garde de la vallée du Geer peuplent l'histoire liégeoise. Les sorties des combattants dans le plat pays, toujours basées sur une place-forte, ne visent que des objectifs très limités (^). C'est la stratégie des accessoires dans toute sa déconcertante monotonie : pourtant, on aurait bien tort de la considérer comme négligeable car elle représente assurément la façon la plus habituelle de faire la guerre au Moyen Age (2) ! Elle se réduit à des raids dévastateurs continuels et généralement assez Hmités dans le temps et dans l'espace ; et ceux-ci sont si fréquents, si normaux, serions-nous tentés de dire, qu'ils constituent à eux seuls 80 % des épisodes militaires de l'histoire liégeoise. S'ils avaient incontestablement pour efïet d'affaiblir et de décourager l'ennemi, on hésiterait pourtant à reconnaître dans cette raison stratégique le but avoué de leurs auteurs : il faut se résoudre à admettre que l'appât pur et simple du gain en constitue plus d'une fois le motif. En cela, ne l'oublions pas,
les gens du Moyen Âge étaient proches encore de la guerre dite primitive, de la « petite guerre », celle qu'ils désignaient euxmêmes en latin par un diminutif : « bellatio » ( 3). La noblesse
P) Voir, par exemple la stratégie des Liégeois dans le comté de Looz en 1179 ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 78 ; celle des La Marck en 1488 ; Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 367. (2) Cfr Hewitt, The organization of war..... p. 111 : « Writers who exclude devastation from the study of medieval campaigns, or regard it only as a « custom », may deal adequately with the art of war. They cannot portray the practice of war. ». — Cette remarque vaut aussi bien pour une partie des Temps modernes ; cfr R. Mousnier, op. cit., p. 127-128. (3) Cfr le mémoire (vers 1300) Hae sunt injuriae..., p. 373-374; les griefs dont cet écrit se fait l'écho évoquent fidèlement les aspects de la « petite guerre » telle qu'on la concevait au Moyen Age : une série de raids et de pillages dont le dernier, qualifié d 'ultimam bellationem, a entraîné la mort de 10 personnes et a fait 4 blessés.
LA GUERRE D'USURE
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d'épée tirait souvent de ces opérations un important butin (^), les mercenaires avec leurs « armées de scélérats » leur revenu (2). Les milices bourgeoises ou rurales, pour leur part, ne dédaignaient pas non plus, à l'occasion, de se conduire « comme des sauterelles » (3) en terre ennemie. D'où ce côté pittoresque qui fait sourire à l'époque de Verdun et de Stalingrad : comme ce duc de Brabant qui écrit aux Liégeois pour leur réclamer candidement « les porceaulx de Florenville que ceaulx de Buillon avoient pris quand il chevalchont en la terre de Chassepierre » ( 4) ! Mais ne nous y trompons pas : le pays, et les campagnes en particulier, souffraient affreusement de ces ravages répétés. Le paysan fait ici fignre de bête traquée : chaque entreprise militaire entraîne la destruction de dizaines de villages (5), de récoltes, de troupeaux, sans compter les morts et les captifs (6). Parfois, tout au moins à l'échelon régional, la famine (7) sévit parce que (') A la faveur du combat de Waremme (1313), le sire de Warfusée s'empare des chevaux et des vêtements d'Eustache le Franc-homme de Hognoul ; Jean de Hocsem , p. 158. En 1368, les hommes d'armes liégeois qui reviennent de Flandre, où ils ont fait campagne contre les Routiers, sont chargés de butin ; Corneille de Zantfliet , col. 292. En 1388, les chevaliers de Moha font un raid sur le Verdunois et ramènent quelque 300 têtes de bétail ; Raoul de Rivo, p. 61. — Sur la recherche du butin par la noblesse d'épée, cfr M. Bloch, La sociêté jéodale..., II, p. 22-23. (a) Chronique du règne de Jean de Hornes, p. 352. — La vie et les activités d'un mercenaire sont admirablement évoquées dans les documents du procès de Mélart de Wanze (exécuté en 1488) ; cfr C. Tihon , Extraits des registres aux œuvres de la Cour de Wanze, A. C. H., 13 (1901), p. 286-292. (®) Cette expression biblique est utilisée par Corneille de Zantfliet , col. 423 pour qualifier les agissements des Liégeois en Namurois en 1430 ; à ce propos,
cfr D. D. Brouwers, Indemnitês pour dommage de guerre au pays de Namur, en 1432, A.S.A.N., 40 (1932-33), p. 87-103. Parmi Ies dizaines d'exemples de rapines organisées qu'ofïre l'histoire militaire liégeoise, évoquons encore celles perpétrées dans les terres d'Outre-Meuse, en 1465 et auxquelles participent aussi bien des sujets du duc de Bourgogne : J. Ceyssens, Les premières hostilités entre les Liëgeois et les ducs de Bourgogne en 1465. La destruction de Dalhem, Leodium, 15 (1922), p. 84 sv. (4) E. Liégeois, Compte de la recette de Chiny pour l'annêe 1378-1379, A. I. A. L 44 (1909), p. 159. (δ) Le bilan d'une expédition s'établit généralement en villages brûlés. — Sur un aspect typique de la guerre dite « féodale » cfr Ies documents de 1150 dans Halkin et Roland, Chartes de Stavelot-Malmêdy, I, nos 222 à 225. (') Voir par exemple les raids de certains exilés liégeois contre les Bourguignons en 1471 : « in populos et accolas Burgundiae sine misericordia saeviebant, sicubi manus mittere possent » ; Thomas Basin, II, p. 277. (7) Comme la famine qui sévit, en 1171, dans le comté de Looz parce que la guerre qui oppose le comte de Duras à celui de Looz fait rage au moment de la moisson ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 69.
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LA STRATÉGIE À PARTIR DU XII e SIÈCLE
gâter la terre c'est détruire l'infrastructure d'une économie agraire. II arrive que l'on fasse aux manants la grâce de négocier le sac de leurs demeures (*), à preuve que la cupidité est le seul mobile de ce genre d'opération. Une telle vulnérabilité des campagnes accentue, par contraste, le sentiment de puissance qu'éprouvent les populations urbaines à l'abri de remparts que, bien souvent, on n'ose point affronter (2) alors qu'alentour tout est livré aux flammes.
La guerre est donc faite avant tout de pillages, souvent de sièges, parfois de batailles. Reste à savoir si, dans cette perspective, il y a place pour les grands principes de la stratégie. Ici encore, l'état rudimentaire de la civilisation technique portait à la réalisation d'entreprises guerrières un grave préjudice. Les moyens sont rarement proportionnels aux fins (manque d'hommes, de matériel, de ravitaillement) et par conséquent il y a peu ou pas de continuité d'action. Une campagne menée à son terme constitue l'exception, une entreprise qui tourne court la règle. Le vainqueur se contente parfois d'un simple dédommagement pécuniaire contre promesse de ne pas poursuivre les opérations, accommodement qui constitue sur le plan stratégique, ce que la rançon représente sur le plan tactique. Cet expédient semble avoir pour effet de provoquer le mécontentement des milices roturières ( 3). Cependant, pour autant qu'une petite principauté pût s'engager dans la « grande politique », on constate tout de même que certaines opérations militaires liégeoises ne sont pas dé (1) Par exemple, en 1171, le comte de Looz rachète pour 300 marcs le sac du village de Borlo ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 67. — Cette pratique du rachat sévit pendant tout le Moyen Age et motive le brigandage militaire ; ainsi les seigneurs de Thiérache qui, en 1435, s'emparent de Couvin, ne consentent à l'épargner qu'en échange d'une somme de 1400 clinquars d'or ; Jean de Stavelot, p. 355-356 ; en 1487, un « Raubritter » limbourgeois envahit la principauté abbatiale de Stavelot et exige, pour quitter le pays, 16.000 florins ; Aliqua gesta notabilia, p. 90. ( 2) Cfr le cas de Saint-Trond qui reste imprenable alors que la campagne avoisinante subit les aftres de la guerre ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, I, p. 217 ; II, p. 17-18, 67. (3) C'est ainsi que les Liégeois reprochèrent à Hughes de Pierrepont d'avoir, après la bataille de Steppes, accepté de mettre un terme à sa campagne victorieuse en Brabant en recevant de l'argent du duc Henri I er ; Vita Odiliac, p. 185 ;
Même mécontentement suscité en 1379 par les négociations entre l'évêque et le seigneur de Rodemacher dont on épargne le château ; Chronique liégeoise de 1402, p. 380.
LA GUERRE D'USURE
217
pourvues d'ampleur. Les actions combinées étaient pratiquées : ainsi celles qui nécessitent la réunion de forces liégeoises diverses comme l'invasion du comté de Looz en 1179, du Namurois en 1430, de la Thiérache en 1436, de la terre de Rheydt en 1464. Ensuite, les guerres entreprises de concert avec des souverains étrangers : la campagne de 12 13 en accord avec le comte de Flandre, celles du deuxième tiers du XIVe siècle contre le Bra-
bant, celles de 1397-1398 contre la Gueldre et le Juliers, celle de 1465 préparée avec Louis XI, celles de Jean de Hornes aux côtés de Maximilien d'Autriche (2). Pareilles entreprises impliquent naturellement, tout au moins au niveau préparatoire, une consultation préalable, un plan d'action, la conception de manœuvres et de mouvements convergents. Ces scrupules sur le plan théorique sont indéniables même si, au stade de la réalisation pratique, leur application laisse à désirer. ïls sont suffisamment évidents en tout cas pour nous permettre d'affirmer que la longue routine de la stratégie d'usure n'avait pas tué tout à fait la claire compréhension des buts ultimes et de la conduite de la guerre.
( l) Cfr Annexes VI, XVII, XIX, XX, XXI ; Chronique de l'abbaye de SaintTrond, II, p. 77-78 ; Gilles d'Orval, p. 109 ; Jean de Hocsem, p. 219-221 ; 227-229, 266 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 315, 321-323, 435 sv. ; Levold de Northof, p. 76-80 ; Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 271-274 ; Edmond de Dynter, II, p. 558 sv., 563 sv. ; III, p. 132-140. — A propos de la guerre de Maximilien contre les partisans liégeois du roi de France, cfr E. Poncelet, Lettre écrite, le 8 avril 1489, à Jean de Hornes, évfque de Liège, touchant les événements du temps, B. C. R. H., 104 (1939), p. 61-71.
4. LA TECHNIQUE DE LA GUERRE CIVILE
II est un aspect particulier de la stratégie liégeoise qui, en raison de sa récurrence en certaines circonstances, mérite une
mention spéciale : c'est celui que revêtent les guerres civiles qui opposent sujets à souverains du pays entre le XIIIe et le XVe siècle. Ces luttes politico-sociales présentent toutes, à travers la diversité des motifs historiques qui les animent, des traits communs que nous allons tâcher de caractériser brièvement (*). Elles voient toutes l'affrontement de l'évêque, appuyé par une partie plus ou moins grande de la noblesse féodale, d'une part, et des Bonnes villes coalisées, aidées par la population rurale et par une fraction des féodaux, d'autre part. L'armée épiscopale l'emporte toujours en cavalerie, celle des insurgés en infanterie, ce qui confère à la première une indéniable supériorité tactique (2) dans le plat pays, encore que celle-ci s'avère de peu d'effet devant les fortifications urbaines. Stratégiquement parlant, le plan de bataille et les moyens adoptés de part et d'autre peuvent se résumer comme suit : les villes rebelles font montre d'une grande solidarité et agissent habituellement de concert ( 3). Elles combinent leur action, s'envoient des renforts et du ravitaillement en cas de besoin ( 4). Leur premier souci est d'expulser le souverain et ses partisans des points forts qu'ils occupent dans le pays et qui leur permettent d'asseoir leur domination militaire. Dans ce but, ils entre-
prennent une série de sièges et d'actions de détail avec pour (J) Pour les faits, voir F. Vercauteren, Luttes sociales à Liège (XIIIeXIVe siècles), 2 e éd., Bruxelles 1946 outre les travaux généraux de Daris et de Kurth . — II s'agit essentiellement des événements de 1254-1255, 1299-1301, I3 J 4. 1315-1316. ЩЬ-гму, ^ЗУб-^ЗУ 8· i4°6-i4°8 ·
( 2) Comme l'exprime nettement Raoul de Rivo , p. 26. (3) Le roi des Romains avait pourtant interdit, en 1231, les confédérations urbaines dans l'évêché de Liège; Bormans et Schoolmeesters, Cartulaire de l'église Saint-Lambert à Liège, I, p. 276-277. (4) Chronique liégeoise de 1402, p. 186, 190.
LA TECHNIQUE DE LA GUERRE CIVILE
219
objectif de dégager l'hinterland urbain d'abord, de purger le pays de leurs ennemis et enfin de rejeter ceux-ci au-delà des frontières (^). De son côté, l'évêque s'efforce à la fois de ne pas perdre pied dans ses terres et aussi de mater la résistance rebelle. II s'applique à diviser ses adversaires, tant par la diplomatie que par la force (2), afin de briser leur coalition. II place des garnisons dans les forteresses du pays ou dans les châteaux de ses affidés ; ainsi, il coupe les communications ennemies et, de ces bases, lance des raids dévastateurs dans toutes les di-
rections. La cavalerie se fait l'instrument idéal de cette stratégie : sa rapidité d'action lui permet de frapper et de se soustraire à la riposte trop lente de l'infanterie adverse ( 3). Aussi, l'évêque emploie des fantassins légers, mercenaires qui jouent le rôle de voltigeurs : ils excellent dans le pillage et la dérobade (4). Car on évite la bataille rangée que les milices urbaines, plus nombreuses, seraient heureuses de pouvoir engager. On craint également d'entreprendre le siège d'une ville, trop puissante pour les faibles moyens dont on dispose (5). En somme, l'évêque en est réduit à harceler ses sujets. Encore ne le fait-il pas sans raison. Ce qu'il vise avant tout c'est le blocus économique des (') Le but des villes rebelles est dénoncé dans la lettre adressée au pape par l'archevêque de Cologne sur les affaires liégeoises (1328) : « in patrie se principes erigendo » ; E. Fairon, Regestes de la citê de Liège, I, n° 324, p. 250. — A propos des mêmes événements la Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, II, p. 261, déclare que les coalisés ont tellement détruit les villages et les fortifications qu'il restait à peine à l'évêque un « locus presidii » dans sa principauté ! L'attaque des maisons et châteaux des partisans de l'évêque est assurément l'aspect le plus commun de toutes les guerres civiles liégeoises. — L'expulsion graduelle des forces épiscopales est particulièrement visible au cours de la campagne de 1315-1316 ; Jean de Hocsem, p. 157-164 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 276-278. (') II obtient une paix séparée avec les Saintronnaires en 1255 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 191. II isole les Hutois de leurs alliés nobles en 1314 et conclut avec ces derniers un traité secret ; ibid., p. 271. Après la bataille de Hanzinelle les Dinantais quittent l'alliance interurbaine ; Jean de Hocsem, p. 14g. (3) Comme il appert particulièrement pendant les événements de 1406-1408, lorsque la cavalerie de Jean de Bavière est concentrée à Maestricht ; cfr Annexe XV.
(4) Voir, par exemple, le rôle des « bidauts » en 1299-1301 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 243-244 ; des voltigeurs de Moha et d'Ouffet en 1314 ; ibid., p. 271272. Sur les bidauts, cfr C. Gaier, Analysis of military forces..., p. 255. (5) En 1255, l'élu se contente de harceler ses sujets rebelles car il ne peut prendre Liège de vive force ; Jean de Hocsem, p. 27. — En janvier 1314, Adolphe de la Marck n'ose pas se mesurer aux Hutois et à leurs alliés en rase campagne ; Chronique liêgeoise de 1402, p. 271.
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LA STRATÉGIE À PARTIR DU XIIe SIÈCLE
cités rebelles (*) et, à cette fin, utilise le réseau fortifié du pays pour intercepter les convois de ravitaillement et les trains de marchandises. Les villes font tout pour se dégager de cet étau : elles soldent elles aussi des mercenaires qu'elles lancent à la riposte et au pillage des biens épiscopaux (2). Très souvent, l'évêque ne peut soutenir la guerre sur son propre territoire. II s'enfuit presque toujours en Brabant, où il réunit des alliés puissants pour l'aider à reconquérir ses terres. Pendant ce temps, il installe autour de la principauté un chapelet de garnisons hostiles qui ont pour mission de faire de l'extérieur ce qu'elles ne peuvent plus accomplir de l'intérieur même du pays : raids, pillages et incendies. Les Liégeois se protègent contre cette nouvelle menace en opposant aux places étrangères des forteresses nationales équipées pour leur résister et nanties de garnisons aussi entreprenantes ( 3). Enfin, l'évêque a parfois la satisfaction de réaliser son dessein en attaquant sa principauté avec une armée importante, réunie à l'étranger. La guerre se mue alors en une conquête analogue à n'importe quelle lutte nationale contre un envahisseur étranger. La technique de la guerre civile au pays de Liège est très intéressante à étudier. On constate que les antagonistes essayent de s'en prendre à ce qui fait la force de leur adversaire : l'évêque s'attaque aux villes en tant que centres économiques, les milices luttent pour expulser des seigneurs terriens et des officiers épiscopaux. Ces guerres sont longues, coûteuses (4) et atroces. (') A. J oris, a su, le premier, discerner l'aspect économique de la stratégie épiscopale dans Un problème d'histoire mosane : la prospérité de Huy aux environs de 1300, M. A., 58 (1952), p. 356-357. Les sources, il est vrai, ne paraissent insister sur cet aspect de la guerre civile que pour les conflits antérieurs à la paix de Fexhe (1316). En tout cas, elles montrent clairement que Liège en fut, aussi bien que Huy, la victime. (a) Cfr la lettre cit. n. 1, p. 219 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 272, 370 ; Jean de Hocsem, p. 160 ; Corneille de Zantfliet, col. 304, 307 ; Jean d'Outremeuse, Chronique abrégée, p. 206, 208. (3) Voir surtout en 1315, en 1376 et en 1406-1408 ; Jean de Hocsem, p. 159164 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 276-278 ; Raoul de Rivo, p. 26 ; Corneille de Zantfliet, col. 304-308 ; cfr Annexe XV. (4) On sait que l'élu Henri de Gueldre dut engager Hougaerde, Beauvechain et Malines au duc de Brabant afin de trouver les fonds nécessaires à la solde
de ses mercenaires ; Jean de Hocsem, p. 26 ; Chronique liégeoise de 1402, p. 189. — En 1376, c'est le poids des dépenses causées par l'entretien de ses soudards qui amène l'évêque à entamer des négociations avec ses sujets tandis que les contributions de guerre pour le payement de leurs gens d'armes poussent également les rebelles à demander la paix ; Corneille de Zantfliet, col. 307-308.
LA TECHNIQUE DE LA GUERRE CIVILE
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Les partis s'y affrontent résolument, à outrance. Si certaines se terminèrent par l'écrasement des rebelles, d'autres encore s'achevèrent sans vainqueur ni vaincu, dans l'épuisement général. Le bilan de ce chapitre s'oppose à une notion trop absolue de la stratégie militaire. Celle-ci, comme toutes les affaires humaines, est fille de son temps. II serait absurde de rechercher
au Moyen Âge, avec des moyens d'action encore rudimentaires et des conditions matérielles précaires, la conception dynamique d'une grande stratégie telle que nous la possédons depuis bientôt deux siècles. Mises à part quelques bévues, en désaccord avec la doctrine admise, comme il s'en commet à toutes les époques, on voit mal comment les stratèges d'alors auraient pu agir autrement. Ce qui n'en ressort pas moins, c'est la démarche rationnelle qui, déjà, se faisait jour dans la conduite de la guerre.
CONCLUSION
La première conclusion qui se dégage de cette étude est l'affirmation haute et claire de l'existence, dans la principauté
de Liège au Moyen Âge, d'un art militaire caractérisé. Celui-ci ne diffère guère, quant aux moyens mis en œuvre, de ceux pratiqués ailleurs en Europe occidentale. Comment pourrait-il en être autrement puisque partout domine le même type d'économie agraire et d'industrie artisanale ? Toutefois, il présente parfois, dans sa façon de faire face aux impératifs de la guerre, des solutions originales par rapport à celles connues à l'étranger. La seconde conclusion, cette fois de nature plutôt méthodo-
logique, c'est que l'abondance relative des sources liégeoises permet de connaître très largement la tactique et la stratégie de cette région et nous autorise à en brosser un tableau général très étoffé. Nous espérons en avoir fourni la preuve dans les pages qui précèdent. Pour revenir à notre premier point, le truisme dont d'aucuns pourraient le taxer n'est qu'apparent. L'hypercritique, devant
la difïiculté que représente l'étude de l'histoire militaire médiévale et les contradictions qui semblent s'y faire jour, ne se manifestet-elle pas par le refus d'y voir une action logique et cohérente ? « Le résultat final que nous nous appliquons à comprendre en inventant des plans, des manœuvres habiles, n'est probablement dû, le plus souvent, qu'à des incidents fortuits, inexplicables au fond » déclarait Ferdinand Lot (^) non sans une certaine dose de scepticisme. Mais l'existence d'incidents fortuits n'est
pas plus le propre du Moyen Âge que d'une autre époque ! Ce qui compte, c'est de mesurer la part qui leur revient et de ne pas les prendre pour des démarches raisonnées. f1) Op. cit., II, p. 444.
CONCLUSION
223
II convient, nous l'avons maintes fois répété, de replacer l'art militaire d'une époque dans son contexte historique pour en acquérir l'idée la plus juste. C'est pourquoi nous nous refusons à porter des jugements comparatifs sur les différentes formes de la pratique de la guerre à travers l'histoire. Le seul critère commun et objectif qui permette de mesurer la valeur du cavalier parthe, du légionnaire romain, de l'homme d'armes médiéval ou du « para-commando » est celui de l' efficacité dans un cadre de référence strictement contemporain, car il n'y a pas d'appréciation que le temps ne démente. Or sous ce rapport, l'organisation et le service en campagne de l'armée liégeoise laissaient fortement à désirer : mobilisation lente et incomplète, désertions, insuffisance de l'équipement, déplacements paralysés par la médiocrité des moyens de transport, ravitaillement assuré tant bien que mal à l'intérieur des frontières, problématique lors d'expéditions éloignées, difficulté d'imposer une discipline. Mais ces embarras ne doivent pas nous étonner : on les rencontre partout ailleurs au Moyen
Âge et ils correspondent bien à une civilisation au niveau technique encore rudimentaire. Tout autre est l'opinion que l'on peut se faire de la tactique et de la stratégie aux bords de la Meuse. Ici, une plus large part est faite aux facteurs humains et la faculté d'invention se révèle, multiforme, lorsque le substrat matériel doit être mis en œuvre. La persistance d'une noblesse et d'une aristocratie influentes comme l'existence précoce d'une classe florissante de roturiers font que l'art de la guerre est axé sur la dualité cavalerie-infanterie. En évoquant ce double jeu de forces, on pense tout de suite au comté de Flandre, qui connut semblable situation. Mais au départ de données à première vue équivalentes, les deux principautés vécurent, sous ce rapport, des évolutions assez différentes. La chevalerie des comtes de Flandre, qui fut un moment une des plus puissantes d'Europe, diminua rapidement en nombre et en importance à partir du XIIIe siècle. L'évêque de Liège, par contre, n'a jamais disposé d'un très grand contingent équestre encore que l'apport du comté de Looz, — dont il convient de souligner le rôle militaire appréciable, — ait contribué à maintenir plus ou moins constants les effectifs de la chevalerie liégeoise, tout au moins jusqu'au début du XVe siècle. II en résulte qu'au XIVe siècle alors que
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LA STRATÉGIE À PARTIR DU XIIe SIÈCLE
la gendarmerie flamande ne tenait plus qu'un rôle effacé, celle du petit état mosan n'avait pas cessé de bénéficier d'une certaine renommée. Par ailleurs, si l'apparition de l'infanterie urbaine
fut aussi précoce de part et d'autre, celle de Liège réussit la première à se rendre indispensable en raison même de la faiblesse relative des troupes équestres dont le prince disposait. Tactiquement parlant, cependant, en dépit de quelques brillants succès, les fantassins flamands autant que liégeois n'ont jamais atteint le niveau d'efficacité des gens d'armes à cheval. L'esprit qui anime l'ordre équestre liégeois est bien différent de celui qui caractérise les gens de pied. A nos yeux, il apparaît comme archaïque parce qu'il fait intervenir des sentiments que nous n'associons plus que très accessoirement à la pratique des armes : individualisme, sens de l'honneur, goût pour les actions d'éclat. Ce sont là des traits qui, bon an mal an, singulariseront la noblesse d'épée en Occident pendant tout l'Ancien Régime. C'est cette ingérence de l'éthique dans le pragmatique qui a égaré maints chercheurs au point de leur faire jeter le discrédit sur la valeur tactique de la chevalerie. Or, au pays
de Liège, c'est cette arme qui s'avéra la plus efficace jusqu'au milieu du XVe siècle. Les bouleversements idéologiques et techniques de l'époque contemporaine ont empêché d'apprécier à sa juste valeur la formule du cavalier lourd, qui eut tant de
succès au Moyen Age. Rares en tout cas sont les historiens qui ont mesuré l'apport positif de ce phénomène à l'art de la guerre. Car il s'agit vraiment là d'une corrélation idéale des principaux éléments tactiques : la puissance offensive, représentée par l'arme blanche, surtout la lance, et la protection (l'armure du cavalier et de la monture) réunies et supportées par une force motrice (le cheval). Les principes qui animent cette création sont restés à ce point valables que, pendant l'entre-deux-guerres, la recherche d'une force offensive mobile et protégée, — qui devait aboutir aux armées de blindés, — a pu s'en réclamer (*). La cavalerie lourde a conservé d'autant plus longtemps la prépondérance au pays de Liège qu'elle n'a rencontré que fort
(') Cfr J. F. C. Fuller, Armament and. history..., Londres 1946, p. 142. — Le général Fuller émet sur la valeur tactique de la cavalerie médiévale des idées très pertinentes dont il tira, en son temps, argument en faveur de l'usage massif des blindés.
CONCLUSION
225
tard des obstacles tactiques insurmontables. L'infanterie des villes, groupée en masses compactes, parvenait bien à briser l'élan d'une charge de cavaliers mais, le plus souvent, elle restait incapable d'exploiter son succès. D'autre part, l'archerie n'a jamais su s'organiser, dans la principauté de Liège, selon l'exemple d'Outre-Manche et n'a point joué, par conséquent, de rôle déterminant. Seules les armes à feu purent ravir à la cavalerie sa prépondérance séculaire, mais à la fin du XVe siècle seulement.
Cette longue suprématie s'explique par l'impéritie de l'infanterie, sans doute, mais aussi par une solide organisation au niveau tactique. Les liens personnels servent de ciment à de petites unités de combat qui manœuvrent de concert. Un certain penchant pour le combat singulier se manifeste parfois, il est vrai, mais jamais la bravoure personnelle n'est considérée comme un moyen suffisant. La remarque de cet observateur musulman (XIIe siècle) valable pour les Francs en général l'est aussi pour la gendarmerie liégeoise en particuUer : « l'habitude de l'ennemi est de charger en bloc et de considérer pour le choc les détachements dans leur ensemble » (г) . Cependant, nous l'avons souligné, cette chevalerie aux mœurs et aux usages si cosmopolites présente, du point de vue tactique, une caractéristique qui la rattache bien aux pratiques militaires germaniques : le réflexe de la cavalerie démontée. Celui-ci témoigne de la force de la tradition dans cette terre du Saint Empire mais le fait qu'il n'intervienne qu'en certaines circonstances spéciales dénote également une certaine adaptabilité des moyens aux fins. A cette science des combats, doublée d'une conception si déroutante de la guerre s'oppose le solide bon sens mais aussi la gaucherie de l'infanterie liégeoise. Précoce, celle-ci le fut, certes, comme les centres urbains qui lui donnèrent son impulsion. Redoutable, elle le devint aussi car elle apprit aux gens d'armes à se faire respecter. Surtout, ce qui la rend si proche de nous, bien plus proche en tout cas que la noblesse féodale, ce sont certaines réactions à l'égard de la guerre : celle de militaires occasionnels, résolus à se battre pour une cause précise, jusqu'au
(x) C. Cahen, Un traité d'armurerie composé pour Saladin, in Bull. d'études orientales (Institut français de Damas), 12 (1947-48), p. 149.
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LA STRATÉGIE À PARTIR DU XII e SIÈCLE
bout et par tous les moyens. D'où cet acharnement qui les caractérise souvent, cette obstination qui va jusqu'à l'aveuglement, leurs « psychoses de masse », leur intransigeance, leur étroitesse de vues. La formule tactique à laquelle ils s'efforcèrent de rester fidèles fut celle de l'infanterie lourde massée en pha-
lange. Cette formation manquait de souplesse mais elle leur permit tant bien que mal de briser l'effet de choc de la cavalerie. Son grand mérite fut de démontrer aux milices que la chevalerie n'était pas invincible. Mais il ne faut pas exagérer la portée militaire de l'émancipation tactique de la piétaille liégeoise. Prisonnière d'une méthode où tout était sacrifié à la défensive, son handicap majeur fut celui de l'immobilisme, qui l'empêcha presque toujours d'exploiter un avantage initial. Enfin lorsqu'à la fin du XVe siècle l'infanterie sembla reprendre le dessus, les antiques milices ne prirent qu'une part négligeable à ce succès, dont les mercenaires étrangers furent les artisans. On peut donc dire que les bouleversements politiques qui agitèrent le pays à cette époque eurent, sur le plan militaire, les plus profondes répercussions. La stratégie des armées liégeoises se révèle moins particulière que la tactique. Ici, la pauvreté relative des moyens s'avère déterminante, comme partout ailleurs en Europe. Non que la notion d'opération de grande envergure fût inconnue mais à cause des difficultés extrêmes sur le plan de la réalisation. La précarité des conditions matérielles interdit le plus souvent toute continuité d'action. C'est pourquoi le type de guerre le plus habituel est le raid et le pillage, le plus rare celui qui applique une stratégie d'anéantissement. Les plus chauds partisans de la grande stratégie furent d'ailleurs les fantassins des villes, dont l'impétuosité et le sens pratique excluaient toute action gratuite. En général, les Liégeois excellèrent dans le parti qu'ils tirèrent des fortifications de toutes espèces qui hérissaient leur pays. La faiblesse des moyens d'attaque par rapport à ceux de défense favorisa l'éclosion d'un véritable réflexe obsidional avec, pour conséquence, l'importance énorme de la guerre de siège où les milices font merveille et celle, bien secondaire, de la bataille rangée, terriblement meurtrière et où la cavalerie a souvent le beau rôle.
Tout bien pesé, notre étude, outre qu'elle vise à éclairer l'art militaire médiéval, illustre à sa façon la vocation historique
CONCLUSION
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de la principauté de Liège : terre du Saint Empire (^), au cœur de l'Occident, ouverte à tous les courants et où la force de la tradition fut tempérée et comme rafraîchie par les apports de la civilisation urbaine.
(4) Nous avons signalé, à plusieurs reprises, les sirailitudes qui apparaissent entre la vie militaire des villes liégeoises et celle des centres urbains de Souabe telle que la décrit K. Saur, Die Wehrverfassung in Schwäbischenstädten des Mittelalters..., op. cit., Seule la multiplication d'études monographiques permettrait d'établir d'autres analogies et nous pouvons présumer que les points communs entre les usages militaires du val mosan et ceux de la vallée du Rhin s'avéreraient nombreux.
Annexes
Annexe I
Le combat de Visé
(22 mars 1106) Le combat de Visé (^) se situe dans la dernière phase du conflit ouvert qui oppose Henri IV au roi des Romains, son fils. Durant le premier trimestre de l'an 1106, l'empereur, pourchassé, s'emploie à rassembler les sujets qui lui sont demeurés fidèles. Les villes rhénanes le soutiennent, Cologne et Aix-la-Chapelle l'accueillent cependant que l'un de ses partisans actifs, l'évêque de Liège Otbert (1091-1119) s'efforce de lui assurer le concours des princes lotharingiens. Ceux-ci conviennent de se réunir à Liège, où Henri IV vient de trouver asile, afin d'y célébrer la fête de Pâques (le 25 mars) en sa présence. A ces nouvelles, le fils rebelle comprend que cette solennité sera le ciment d'une coalition et marche, avec son armée, sur la cité
épiscopale dans le dessein de s'emparer de son père et de rompre l'alliance. II est le 18 mars à Cologne puis il atteint Aix. De là, sans rien laisser au hasard, il envoie en avant un corps de quelque 300 chevaliers (2) pour s'assurer du pont de Visé, point de passage de la Meuse, sur l'ancienne route d'Aix à Liège (3). Ceux-ci, qui n'ont P) Sources : énumérées, analysées et reproduites dans Gustav Richter, Annalen des Deutschen Reichs im Zeitalter der Ottonen und Salier, t. II /1 : Annalen des Deutschen Reichs im Zeitalter Heinrichs IV, Halle 1898, p. 508-520 et
surtout Gerold Meyer von Knonau, Jahrbiicher des Deutschen Reiches unter Heinrich IV und Heinrich V, t. V, Leipzig 1904, p. 297-299 et Excurs II : Der Kampf bei Visê am 22 Marz 1106. Travaux : F. Rousseau, La Meuse et le Pays mosan en Beîgique. Leur importance historique avant le XIIIe siècle, Namur 1930, p. 132-133. (2) Ce chifïre, tout à fait acceptable, est donné par la Chronique de SaintHubert et par le Chronicon Universale de Bamberg. — La première de ces deux chroniques qualifie ces cavaliers d'« optimates » et, de fait, Sigebert de Gembloux y signale un « comte Brunon », mais ces indications ne peuvent suffire à déterminer l'appartenance sociale de tous les combattants d'obédience royale. (3) Cfr John Knaepen, La route d'Aix-la-Chapelle à Visé, in B. I. A. L., 68 (1951), p. 5-37. La route d'Aix à Visé suivait le tracé de l'ancienne voirie romaine : jusque Gulpen par l'antique chaussée Aix-Maestricht, de Gulpen à Visé via Fouron-le-Comte.
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ANNEXE I
qu'une trentaine de kilomètres à parcourir, ne mettent sans doute pas plus d'un jour pour atteindre leur objectif (jeudi 22 mars 1106). A cette époque, Visé est une petite bourgade marchande d'origine gallo-romaine qui appartient au Chapitre de la cathédrale SaintLambert de Liège. Dépourvue de remparts, elle possède un pont, sans doute en bois, qui enjambe le fleuve à environ 150 mètres en amont du pont-route actuel (J). A cet endroit, — pour autant qu'il en fût de même au XIIe siècle que de nos jours, — la Meuse était large. La rive droite, où se trouve la localité, n'offrait que peu d'espace entre le versant et la berge. Par contre, la rive gauche présentait une plaine d'environ 2 kilomètres de largeur, propice au déploiement des troupes. La cavalerie royale, ainsi qu'il est normal de procéder pour la garde d'un ouvrage d'art, occupe les deux rives. La nouvelle de l'attaque parvient à Liège, où sont réunis plusieurs princes du parti impérial. Waleran de Limbourg, accompagné de son père le duc de Basse-Lotharingie, prend aussitôt le commandement (2) d'une force de chevaliers rassemblée pour la circonstance par l'évêque Otbert : certainement peu nombreuse, — et en tout cas inférieure à celle de l'adversaire, — elle ne réunit guère, sans doute, que les gens de la maison épiscopale, ceux de l'escorte du duc Henri, de son fils et du comte Godefroid de Namur, également présent. A ces combattants montés s'ajoute un contingent de la ville de Liège, dont nous ignorons la nature et l'importance. Le fait, cependant, qu'il soit distingué des forces princières et le rôle qu'il joua par la suite donnent à penser qu'il s'agissait sans doute de fantassins et dans ce cas, il n'a pas dû compter plus de quelques centaines d'hommes ( 3). (') Sur la topographie ancienne de Visé, consulter principalement J. Knaepen, Visé, place-forte. Les anciennes portes. Visé 1958 ; Id., Découvertes gallo-romaines
à Visé..., in B. V. L., n° 135 (1961), p. 69-107 ; Id., Visé. Évolution d'un domaine .... ibid., n° 141-142 (1963), p. 261-287. — L'ouvrage de Urbain-C. J. Dodemont, Histoire politique et administrative de la Bonne ville de Visé-sur-Meuse, Visé 1922, ne manque pas d'intérêt mais doit être utilisé avec prudence pour la période médiévale. — Le pont de 1106, détruit au XIII e siècle, se situait sans
doute déjà, comme celui qui lui succéda entre 1379 et 1408, au lieu-dit « porte au pont ».
(г) La fonction de chef exercée par Waleran de Limbourg est signalée à la
fois par les « Annales d'Hildesheim », la Chronique de Saint-Hubert et la Vita Heinrici IV.
(3) La Vita Heinrici IV déclare que les chevaliers du roi sont plus nombreux que ceux de son père. Mais ce document apologétique du reste remarquablement informé, est peut-être partial : il veut rehausser l'éclat de la victoire impériale. Cependant, le bon sens n'infirme pas sa valeur en l'occurrence. Les princes
lotharingiens réunis à Liège ne sont pas sur pied de guerre : ils disposent tout au plus d'une escorte armée. Quant à l'évêque, il ne peut songer à rassembler
LE COMBAT DE VISÉ
233
Cette petite armée d'intervention atteint Visé par la route de la rive gauche, celle qui, à la fin du Moyen Age, sera connue sous le nom de « Visé voie ». Le dispositif de combat est mis en place : l'infanterie, tenue en réserve, est dérobée et placée en embuscade en arrière de la cavalerie. Celle-ci progresse et engage le combat avec les éléments de l'armée royale stationnés sur la rive gauche, près du pont. Feignant bientôt la fuite, elle entraîne à ses trousses les ennemis qu'elle vient d'attaquer et même ceux qui, jusqu'alors, étaient restés de l'autre côté de l'eau. La ruse réussit. Aussitôt les cheva-
liers du roi des Romains tombent dans le piège convenu : ils se voient entourés par les fantassins, abattus, capturés. Saisis de panique, les survivants refluent vers le pont, poursuivis par les Liégeois, qui viennent à nouveau de faire volte-face, mais la presse est si grande que beaucoup d'hommes d'armes de Henri V sont précipités
dans le fleuve. La surprise s'est muée en désastre, instigante diabolo, ajoutent les Annales d'Hildesheim. Les vaincus auraient perdu près des deux tiers de leur effectif. Les vainqueurs un seul chevalier et on ignore les pertes de l'infanterie liégeoise (*). Devant la gravité de son échec, le roi dut se contenter de célébrer
à Bonn les fêtes de Pâques. Ensuite il se retira sur Mayence. Le nouveau revers qu'il essuya en juillet, au siège de Cologne, — place renforcée par les mercenaires du duc de Basse-Lotharingie, fidèle au vieil empereur, — contribua davantage à atteindre son prestige. Seule, la mort de Henri IV, survenue le 7 août 1106, désarma l'opposition et fit pencher en faveur du fils rebelle le poids des alliances politiques.
Du point de vue stratégique, le combat de Visé offre un remarquable exemple de contre-attaque préventive et immédiate. En effet, les forces liégeoises n'ont pas attendu l'arrivée du gros de l'armée royale, auquel elles n'eussent sans doute pas été à même de résister. Par une action rapide, elles détruisent la tête de pont ennemie. ses vassaux en un temps aussi bref ; quantité d'exemples montrent que la levée de l'ost prend des jours et même des semaines. Les chevaliers nobles ou ministériaux de son hôtel auront constitué le contingent de Visé. Quant aux vires eiusdem civitatis, il n'est pas aisé d'en déterminer l'efiectif car nous manquons, pour cette époque, de données démographiques concernant Liège. On sait pourtant qu'à la fin du Moyen Age, alors que le chiffre de la population dépassait celui du XII e siècle, la ville ne pouvait guère mobiliser à bref délai qu'un millier
d'hommes ; cfr C. Gaier, Analysis of military forces in the principality of Liège and the county of Looz frorn the XII"' to the XVth century, p. 247-248. t 1) Les sources sont unanimes à déplorer le grand nombre de morts du parti royal ; les « Annales de Padeborn » font état de près de 200 victimes, chiffre que nous acceptons comme vraisemblable vu la gravité des circonstances de la
défaite. La perte d'un seul chevalier du côté impérial est invraisemblable, à moins d'admettre que la victoire ne fut qu'un jeu facile.
234
ANNEXE I
Elles prennent donc le risque d'attaquer l'adversaire sur ses propres positions avant qu'il n'y ait concentré tous ses effectifs. Cetteinitiative réussit et a pour effet d'enrayer l'invasion. C'est, soulignons-le, une conception hardie pour une époque où l'on se serait plus volontiers résolu à attendre un siège qu'à le prévenir. Du point de vue de la tactique, nous avons là un exemple typique et précoce du parti que l'on entendait déjà tirer de l'infanterie quand la cavalerie était insuffisamment nombreuse. Mais, soit défiance à l'égard de la valeur des fantassins, soit souci délibéré de constituer une réserve à l'insu de l'ennemi, les gens de pied sont placés en arrière, dissimulés en embuscade. Ils évitent ainsi de faire les frais d'une attaque de cavalerie, à laquelle ils sont mal préparés et acquièrent l'avantage de la surprise. Ils apparaissent dès lors comme un élément particulièrement manœuvrier, « anticonventionnel », au point que, dans ce cas précis, leur rôle d'auxiliaires se fit déterminant. Enfin, notons que la totalité des fantassins
n'a qu'une seule origine : la cité de Liège. C'est elle qui supportera pendant tout le Moyen Age l'essentiel de l'effort de guerre des villes du pays.
Annexe II
Le siège de Huy (1119-1120)
La crise ouverte par la sucession de l'évêque de Liège Otbert (f 31 janvier II 19) constitue un nouvel épisode de la querelle des Investitures en Basse-Lotharingie. Car les deux rivaux, candidats au trône épiscopal, vont cristalliser autour d'eux les tenants du parti impérial et du parti pontifical (^). Alexandre, fils du comte de Juliers, a reçu l'investiture des mains d'Henri V. II est soutenu par la ministérialité du Brabant et de la
Hesbaye, par l'avoué de Saint-Lambert, par une bonne partie de ( l) Sur cet épisode, cfr principalement F. Magnette, Saint Frédéric, évêque de Liège (1191-1121) , in B. S. A. H.D.L., 9 (1895), p. 235-244 ; E. de Moreau, Les derniers temps de la querelle des Investitures à Liige. — De la mort de Henri IV au concordat de Worms (1106-1122), in B.C.R.H., 100 (1936), p. 320 sv. ; P. Bonenfant, La Basse-Lotharingie avant et après le concordat de Worms. Observations tirées de la crise liégeoise de 1119-1123, in A.F.H.A.Bg., 32, Anvers 1947, p. 95-104.
LE SIÈGE DE HUY
235
la noblesse lotharingienne surtout par le puissant duc de Louvain et de Lothier Godefroid le Barbu, par Lambert, comte de Montaigu
dont le père avait accompagné Godefroid de Bouillon à la Croisade, par les bourgeois de Saint-Trond et par leur sous-avoué, Gislebert, comte de Duras.
D'autre part, Frédéric de Namur a été élu à Cologne (29 avril 1119) et consacré à Reims par le pape Calixte II (26 octobre 1119). II bénéficie de l'appui de son père, Godefroid, comte de Namur avec une partie de ses vassaux, de Waleran II, comte de Limbourg, de Goswin de Fauquemont, de la cité de Liège et du clergé (^). Manifestement, l'évêque simoniaque l'emporte par l'importance des effectifs alliés dont il peut se prévaloir (2). Aussi, excommunié par l'archevêque de Cologne, engage-t-il une lutte armée contre son adversaire. Nous ne savons à peu près rien des péripéties de cette guerre mais on peut présumer qu'elle se borna aux accessoires, raids et rapines (3). Frédéric de Namur et ses amis étaient basés à Liège ; Alexandre dans le bourg de Saint-Trond, sans doute aussi dans le plat pays hesbignon, gagné à sa cause. A la fin de l'année
1119, pourtant, nous voyons le candidat impérial réfugié dans le château de Huy, probablement à la suite de revers tactiques qui l'obligèrent à adopter une attitude défensive. A cette époque, une partie seulement de l'agglomération hutoise comportait une ceinture fortifiée. Ce petit complexe castral, situé au confluent de la Meuse et du Hoyoux, englobait le domaine de la collégiale Notre-Dame et la résidence de l'évêque. II était relié à la rive gauche du fleuve par un pont de bois et dominé par un donjon, bâti sur le rocher de la rive droite. C'est dans cette tour que s'était jeté Juliers avec
la promesse d'un secours prochain de Louvain et de Montaigu : il n'avait probablement pas plus de quelques dizaines d'hommes
f1) Les deux sources principales sont contemporaines des faits, bien informées et dignes de foi : la Vita Friderici episcopi Leodiensis, p. 504-505, attribuée à Nizon de Saint-Laurent et la première continuation (1 136) de la Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, éd. C. de Borman, I, Liège 1872, p. 193-198. Voir aussi
le passage de Lambert le Petit (f 1194) des Annales S. Jacobi Leodiensis, éd. J. Alexandre, Liège 1874, p. 37. (s) Alexandre de Juliers disposait ainsi d'une masse de manœuvre, toute
théorique, d'au moins 1000 chevaliers puisque la Hesbaye liégeoise et brabançonne lui était favorable et que là précisément résidait la grande réserve de recrutement du Lothier. A cela, il faut encore ajouter le reste du Brabant et le
comté, — à vrai dire peu peuplé, — de Montaigu. Par contre, Frédéric de Namur, avec tous ses alliés, arrivait peut-être à dépasser la moitié du chiffre de son rival. (3) Comme le précisent la Chronique de Saint-Trond, op. cit., p. 194 et celle de Saint-Jacques, op. cit·., loc. cit.
236
ANNEXE II
avec lui mais les moyens d'attaque étaient encore si faibles alors qu'une telle garnison pouvait mettre une armée en échec f1). C'est ce qui arriva. A la fin de l'année 1119 ou au début de 1120 (2), Frédéric de Namur et le comte, son frère, rassemblent une force de siège : elle se compose de chevaliers mais la présence de fantassins de la capitale n'est pas exclue. A son arrivée, les citains de Huy lui ouvrent les portes du castrum et se mettent à sa disposition. Les assiégeants pénètrent dans l'enceinte, commencent leurs travaux d'approche et le « bombardement » du fort. Mais on apprend l'arrivée d'une forte armée de déblocus (3). Aussitôt, les assiégeants coupent le pont, pour barrer l'accès au duc de Lothier, qui survient par la rive gauche avec sa cavalerie et le comte de Duras à la tête des fantassins de Saint-Trond. De fait,
ceux-ci ne peuvent passer le fleuve et leur offensive est complètement enrayée (4). Cependant, sur la rive droite, Lambert de Montaigu tente de réaliser une manœuvre que l'on a tout lieu de considérer comme concertée. II va essayer d'atteindre les remparts par un chemin étroit qui s'insinue entre la falaise et la Meuse, le long de l'actuelle chaussée de Namur (construite à la fin du XVIIIe siècle seulement). En raison de la nature du terrain (propter loci àifficultatem), il met pied à terre, suivi d'une longue file de chevaliers, — sans doute également démontés, — et de fantassins (6). Mais le comte de Namur vient à sa rencontre, arrive à portée de voix, l'apostrophe et usant de sa lance comme d'un javelot (6), l'atteint à la gorge. (^) Sur les détails topographiques, voir A. Joris, La ville de Huy au Moyen Age, p. 135-152 et spécialement p. 143 n. 54 et 150. — Sur les effectifs des garnisons, cfr notre étude An analysis..., p. 258 n. 9. (s) La chronologie du règne de Frédéric de Namur est très mal connue. Magnette, op. cit., p. 246 hésite à placer le siège à la fin de 11 19 plutôt qu'au début de 1120 mais allègue le problème de la suspension des opérations en temps d'hiver. Pour notre part, nous voyons dans la rapidité d'exécution de cette campagne, d'un côté comme de l'autre des ennemis, un indice plausible de l'approche de l'hiver donc qu'elle eût lieu en novembre ou décembre 11 19. (3) La présence des fantassins de Liège n'est pas révélée par les textes mais le contraire paraît peu vraisemblable : Frédéric de Namur, en vue d'un siège, a dû penser à recourir à la main-d'œuvre roturière de sa Cité. — Lambert le Petit parle d'une grande armée ducale ; la Vita Friderici, de Vannonce de l'arrivée d'une nombreuse armée.
(4) Peut-être ne disposaient-ils pas du matériel de génie adéquat ou, plus simplement, redoutaient-ils de s'éterniser en un trop long siège. (') « . . . prosequente militantium atque inferioris ordinis longa caterva... » Vita Friderici, op. cit., p. 504. (·) La lance, encore légère et fruste, se maniait indifiéremment, jusque au début du XII e siècle, soit couchée à la hanche pour charger, soit pour être lancée comme un trait. L'habitude de la « coucher » en la maintenant sous le bras
coïncide avec l'usage de la « selle à piquer » qui s'impose au XII e siècle seulement.
LE SIÈGE DE HUY
237
Lambert, blessé, est capturé tandis que les siens sont mis en fuite. Quant à l'armée de Godefroid le Barbu, elle se retire en dévastant les terres de l'évêque. Alexandre de Juliers, devant la tournure des événements, fut contraint de négocier la reddition et dut vider la place. Cet épisode d'ailleurs, ne mit pas fin à une guerre qui, en fait, se prolongea dans l'évêché de Liège jusqu'à l'application du concordat de Worms.
Notre connaissance du siège de Huy de 1119, — on le voit, — demeure bien fragmentaire. Toutefois, un certain nombre de faits militaires caractéristiques paraissent se dégager de l'examen raisonné de son déroulement :
— Le rôle primordial et l'efficacité du réflexe obsidional chez Alexandre de Juliers d'abord, chez les assiégeants ensuite (des-
truction du pont). — La prépondérance de la cavalerie mais, néanmoins, la présence auxiliaire de fantassins.
— L'obligation pour les chevaliers de démonter lorsque le terrain les y oblige. — L'importance relative des effectifs et l'ampleur de ceux du comte de Namur et du duc de Lothier.
— La présence des chefs respectifs parmi les combattants, voire à leur tête.
— La manœuvre combinée des deux corps de l'armée de déblocus. — Le caractère stratégique évident d'un obstacle naturel comme
la Meuse et, son corollaire, celui du point de passage forcé que constitue le pont de Huy. Annexe III
La bataille de Wilderen
(7 août II 29) Le nombre élevé des sources qui consacrent une mention à la bataille de Wilderen reflète l'importance que les contemporains attribuèrent à cet événement (*). Hélas, leur laconisme permet — Cfr Lefebvre des Noextes, L'Attelage. Le cheval de selle à travers les âges, Paris 1931, p. 236. L'usage de la lance chevaleresque comme javelot disparaît précisément au XII e siècle ; cfr L. White Jr, Medieval technology and social change, Oxford 1962, p. 147. (x) Sur cet événement, cfr F. Rousseau, op. cit., p. 135 et le relevé complet des sources dans J. Closon, Alexandre Ier de Juliers, êvêque de Liège (11281135), dans B. S. A. H. D. Lg., 13 (1902), p. 417-421.
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ANNEXE III
à peine d'en restituer le déroulement. Nous essayerons pourtant d'en découvrir quelques traits saillants. L'évêque de Liège Alexandre Ier de Juliers (1128-1135), accompagné de Waleran II, comte de Limbourg et du comte de Looz Arnoul II assiègent, aux frontières du Brabant, la forteresse de Duras, centre d'un petit comté dont le chef, Gislebert, venait d'être dépossédé. Godefroid de Louvain, ex-duc de Lothier, assisté du comte de Flandre Thierry d'Alsace, vient débloquer la place. Les armées se rencontrent dans la plaine hesbignonne, entre le château de Duras et le village de Wilderen. Le champ de bataille, qui accuse une très faible pente du Sud vers le Nord était borné à l'Ouest par les marécages que draine actuellement le ruisseau de Saint-Odulphe, affluent de la Petite Gette, au Nord par une fange aujourd'hui asséchée et à l'Est par le marais du Molenbeek où s'abrite le château. Si l'on accepte comme limite méridionale le village de Wilderen, les différents repères topographiques circonscrivent ainsi un carré d'environ deux kilomètres de côté qui fut le théâtre de la bataille. II est infiniment probable, d'ailleurs, que cette aire dût être plus restreinte à l'époque, avant la rectification du réseau hydrographique f1). Nous ignorons tout des forces en présence. Toutefois le nombre de princes en campagne et celui des victimes parmi les fantassins portent à croire que les effectifs étaient, pour l'époque, assez élevés. Tenter d'en évaluer l'importance en additionnant le potentiel théorique des dynastes territoriaux en question, par ailleurs connu (2), (') Wilderen, prov. Limbourg, arr. Hasselt, canton Saint-Trond, Les sources contemporaines se contentent de situer le combat devant Duras. Gilles d'Orval, auteur postérieur d'un siècle mais avide collectionneur des traditions du Pays
de Liège, le place à Wilderen. Le récit qu'il donne de la bataille et les détails inédits qu'il rapporte militent en faveur de la valeur de son information ; cfr Gesta episcoporum Leodiensium, éd. J. Heller, M. G. H., S. S., t. XXIV, p. 98-99. — La nature marécageuse du terrain, révélée actuellement par la topographie (voir les canaux de drainage modernes du Sint Odulphusbeek et le cours compliqué du Molenbeek) et la toponymie (Het Venne, Hurbeek) est évoquée par Anselme de Gembloux, Continuatio Sigeberti, M. G. H., S. S„ t. VI, p. 381. (2) L'évêque de Liège pouvait alors lever 700 chevaliers, le comte de Looz et le comte de Limbourg chacun 200 ; cfr C. Gaier, Analysis oj military forces . . . , p. 222, 223 sv. ; le duc de Louvain disposait de 700 chevaliers ; cfr G. Smets, Henri I, duc de Brabant, Bruxelles 1908, p. 239 ; le comte de Flandre de 1000 chevaliers ; cfr J. F. Verbruggen, Het leger en de vloot van de graven van Vlaanderen vanaj het ontstaan tot in 1305, Bruxelles 1960, p. 73. — L'affirmation du Triumphus Sancti Lamberti de castro Bullonio, M. G. H., S. S., XX, p. 500 et celle du Triumphale Bulonicum, M. G. H., S. S., XX, p. 585 selon laquelle les gens du parti épiscopal étaient inférieurs en nombre sont hautement suspectes parce qu'elles semblent correspondre à un dessein apologétique.
LA BATAILLE
DE WILDEREN
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ne serait qu'illusoire. Mieux vaut s'en tenir aux modestes données des textes contemporains. II est certain que, de part et d'autre, il y avait des cavaliers et des fantassins. Combien d'hommes à che-
val ? On sait que le comte de Looz n'avait avec lui que quelques chevaliers (х) mais on ignore s'il en était de même de ses pairs alliés ou ennemis. Quant aux piétons, le chiffre de leurs pertes indique qu'ils devaient se compter par milliers (2). Du côté épiscopal, l'infanterie se composait vraisemblablement des milices urbaines (3), en tous cas de celles de Huy et probablement de Liège. Les travaux de siège requéraient d'ailleurs leur maind'œuvre et leur habileté.
Comment s'est déroulé le combat ? II faut faire une certaine
place à l'hypothèse sans cesser de se baser sur des indices réels. Les troupes liégeoises semblent rangées suivant un dispositif qui se retrouvera plus tard à la bataille de Steppes. Les fantassins sont groupés en unités distinctes sous le commandement d'un haut personnage entouré de ses chevaliers (4). L'infanterie a pris, de part et d'autre, une large part à la lutte ; le fait qu'elle paya un lourd tribut de vies humaines en atteste. L'absence de victimes parmi les cavaliers n'imphque pas leur inaction mais résulte plutôt de la protection efficace offerte par l'armure dont ils étaient revêtus (5). Dans la première phase de la mêlée, les troupes épiscopales furent mises en fuite mais la résistance des milices de Huy et de la chevalerie lossaine renversa les rôles (e). La capture de l'étendard de Godefroid de Louvain, planté, — selon la coutume de l'époque, — sur un char à bœufs, et le massacre de ses défenseurs décida de la victoire en
faveur d'Alexandre de Juliers (7). Au cours de la poursuite qui s'en (') Selon l'Obituaire de Neufmoustier : pauci admodum milites cum comite Arnulpho Lossensi. (s) Cfr infra. — Le chiffre d'un millier de fantassins tués pour les deux armées implique certainement au moins 2000 piétons dans chacune d'elles. (3) Peut-être aussi de contingents ruraux puisque la Chronique de Saint-Trond, I, p. 218 affirme que l'évêque dut disloquer son armée au moment de la moisson afin de rendre des bras à l'agriculture. — Sur l'importance des milices rurales cfr notre étude cit. n. 2 p. 238, p. 248-251. (4) L'Obituaire de Neufmoustier fait allusion au cuneus des Hutois avec le comte de Looz et ses chevaliers.
(5) Gilles d'Orval, op. cit., loc. cit., n. 2 exprime cette situation par l'aphorisme suivant : Miles nulla luit, vulgus inherme ruit. Au reste aucune source ne parle de victimes de l'ordre équestre. (e) Cette précieuse indication se trouve encore dans I'obituaire de Neufmoustier.
(') Sur cette coutume, attestée pour la première fois en Lombardie au XI e siècle (carroccio) cfr J. F. Verbruggen, De krijgskunst..., p. 241 ; W. Erben,
Kriegsgeschichte des Mittelalters, Munich-Berlin, 1929, p. 82. Cfr à ce sujet
ANNEXE III
240
suivit, l'armée brabançonne et flamande fut dispersée et une partie des fuyards se noya dans les marais. Aux yeux des contemporains, cette bataille fut très meurtrière. Elle fit un millier de victimes, toutes de la piétaille, c'est à dire 824 tués sur place et le reste disparu ou mort des suites de blessures (^). Les Brabançons en firent surtout les frais : ils laissèrent sur le champ de bataille une « multitude de tués inouïe pour notre époque » remarque un contemporain (2). Pourtant, cette victoire n'eut pas de résultat
immédiat. Non seulement la forteresse de Duras résistait-elle toujours mais les troupes victorieuses durent interrompre le siège quelques jours après la bataille pour permettre aux cultivateurs sous les armes de faire la moisson. Mais la journée de Wilderen avait enlevé à Godefroid de Louvain l'occasion de vaincre ses adversaires en une
bataille rangée. La guerre, réduite aux accessoires, devait encore durer deux ans jusqu'au jour où l'ex-duc de Lothier et Gislebert de Duras vinrent à Liège faire amende honorable (3).
Annexe IV
Le siège de Bouillon (17
août - 22
septembre
1141)
Le siège de Bouillon de 1141, dont un témoin oculaire nous a laissé une relation détaillée, mérite à bien des égards la faveur d'un commentaire (4). Car à lui seul, ce haut fait constitue un microcosme de Anselme, op. cit., loc. cit. ; Gilles d'Orval, op. cit., fournit d'intéressants détails sur cet étendard de plumes, cadeau de la fille de Godefroid le Barbu, épouse du roi d'Angleterre. Conservé comme trophée par les Liégeois à la cathédrale SaintLambert, on le porta pendant de nombreuses années à travers la cité à l'occasion des Rogations. (') Selon Anselme. op. cit., loc. cit. qui, manifestement, tient le chiffre des pertes d'un dénombrement précis des cadavres. Nous arrondissons à un millier en tenant compte de l'allusion qu'il fait aux victimes de la poursuite. (2) Cit. du Triumphus Sancti Lamberti de castro Bullonio, M. G. H., S. S., XX, p. 500. — Les Annales Rodenses, M. G. H., S. S., XVI, p. 709. déclarent nettement que les pertes des Brabançons furent les plus lourdes. — Ainsi donc,
la Chronique äe Saint-Trond, op. cit., I, p. 218, qui fixe les pertes des vaincus à plus de 400, est en dessous de la réalité. (3) Tous ces faits se trouvent dans la Chronigue de Saint-Trond, op. cit., loc. cit., n. précédente. (') Le Triumphus Sancti Lamberti Leodiensis de Castro Bullonio, éd. W. Arndt, in M.G.H., S. S., t. XX, p. 497-511 est l'œuvre d'un clerc liégeois, témoin
LE SIÈGE DE BOUILLON
24I
la conduite de la guerre au Moyen Age. Les enseignements que l'on peut en tirer sont multiples : importance de la fonction obsidionale, problème des effectifs, des déplacements de troupes, des approvisionnements, des moyens techniques, des mœurs militaires, de la mentalité des contemporains.
Possession de l'Église de Liège depuis Otbert (1091-1119) la terre de Bouillon était, en 1134, tombée sous la coupe de Renaud, comte de Bar. Celui-ci en avait occupé le château, qui servait de base aux rapines qu'il exerçait, — aux dires des sources liégeoises, — sur les frontières de l'évêché. Albéron II de Chiny (1136-1145), évêque de Liège, n'obtint pas, auprès de l'empereur et du pape, l'appui qu'il désirait pour l'en déloger. II décida en conséquence de recourir aux armes. En 1141, il profite de la réunion à sa cour d'un synode, c'est-àdire d'une assemblée des grands, clercs et laïcs, de son diocèse pour s'assurer les bonnes gràces des barons. En secret, il confie à certains
d'entre eux son projet de reprendre Bouillon en les priant de ne pas ébruiter l'affaire afin de ménager l'effet de surprise ; ainsi l'ennemi n'aura pas le temps de garnir la place d'hommes et de vivres. II leur demande d'engager à leur service des chevaliers mercenaires (x). Le 17 août 1141, l'évêque prend le départ, à la tête d'une troupe de cavaliers aux effectifs volontairement restreints, mais jugés suffisants pour un coup de main rapide et discret. Parmi ces hommes, peut-être une centaine (2), les chevaliers namurois semblent nombreux (3). Le jeune Henri, comte de Namur, les accompagne et, à
côté du prélat, fera figure de chef principal pendant toute l'expédition. oculaire du siège. C'est la source principale sur laquelle nous basons notre étude. Nous la complétons par le Triumphale Bulonicum, dû à Renier de SaintLaurent, ibid., p. 583-592. Ce récit, tributaire du premier cité, lui est inférieur car son auteur n'assistait pas à l'événement. Cependant, il y ajoute quelques précieux détails qu'il doit au témoignage de participants. Les notes critiques de S. Balau, Les sources de l'histoire de Liège au Moyen Age, Bruxelles 1903, p. 324-326, l 'emportent sur les fragiles arguments de K. Hanquet, « Triumphus »
et « Triumphale », deux œuvres de Renier de Saint-Laurent, dans Mélanges H. Pirenne, Bruxelles 1926, p. 181-188. — Sur le siège de 1141, cfr A. Joris, Remarques sur les clauses militaires des privilèges urbains liégeois, in R. B. P. H., t. 37 (1959), p. 302, 307-310 ; F. Rousseau, Henri l'Aveugle..., p. 27-31 (relevé des sources secondaires, p. 31 n. 1) et La Meuse et le pays mosan..., p. 136-137 ; J. Muller, Plans inédits de Bouillon, p. 39-41.
(*) L'usage de chevaliers mercenaires ou soldés est attesté au Pays de Liège depuis le XI e siècle ; cfr C. Gaier, op. cit., p. 213.
(2) Ce chiffre peut être induit du fait que l'auteur du Triumphus déclare la troupe équestre liégeoise inférieure en nombre à celle des pillards barrois qu'elle rencontre. Or, ceux-ci sont forcément moins nombreux que l'ensemble de la garnison dont ils provenaient et qui pouvait s'élever à quelque 150 hommes, ainsi que nous l'exposons ci-après. (3) Cfr Triumphus, p. 502, lignes 47 et 48.
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ANNEXE IV
Ils n'emportent pas de provisions de bouche. Mais voici que, non loin de leur objectif, ils tombent sur une bande de chevaliers pillards, commandée par les fils du comte de Bar, qui rançonnait la région ; ils la dispersent et l'obligent à refluer vers la forteresse. Ainsi, l'alerte est donnée, la surprise éventée et les chevaliers se voient contraints de planter le siège devant le château. La place (*) A vrai dire, il conviendrait plutôt de parler de complexe castral.
Sur un énorme éperon barré que contourne une boucle de la Semois est juchée la forteresse de pierre proprement dite, moitié creusée dans le roc, moitié en superstructure. Au XII e siècle, elle défie la technique des moyens d'attaque connus : à 70 mètres au-dessus du fond de la vallée, elle se trouve hors de portée absolue des projectiles d'arc, d'arbalète et de catapulte alors qu'elle-même couvre de son tir
un vaste rayon. C'est pourquoi les contemporains la tenaient pour inexpugnable (2). Le comte de Bar en avait encore défendu l'accès par deux barbacanes (3). (') Consulter l'ouvrage classique de Fernand Lohest, Le château-fort de Bouillon, Bruxelles 1896 et J. Muller, Plans inédits de Bouillon, p. 3-81. A noter que l'excellente monographie d'archéologie militaire de Lohest pèche par les libertés qu'elle prend trop souvent avec la critique historique lorsque elle fonde ses affirmations sur des textes. Pour restituer la topographie de la forteresse en 1141, mieux vaut s'en tenir aux détails du Triumphus et du Triumphale. Ainsi, par exemple, l'auteur professe des vues erronnées (p. 54) sur le système d'alimentation en eau de la place au XII e siècle. Nous avons également consulté J. Muller, Boiiillon. . p. 45-60. Pour tout ce qui concerne la topographie ancienne de Bouillon, nous sommes redevables envers M. Michel Corbiau, Administrateur du Syndicat d'Initiative de Bouillon, de nombreux renseignements, fruits de recherches personnelles, qu'il a eu l'extrême amabilité de nous communiquer. Qu'il en soit ici vivement remercié. — Un moulin hydraulique a subsisté, à l'emplacement probable de celui du XII e siècle, jusqu'à la seconde Guerre mondiale (voir croquis ci-contre). — Sur la fonction militaire des moulins fortifiés, cfr notre article La fonction stratégico-défensive. . . p. 766. ( 2) Triumphus, p. 499 : « Haec vero rupes in se vel in suis praeruptis scopulis nullos nisi de nubibus vereretur assultus... » ; Ex vita sancti Mochullei Hiber-
niensis episcopi, éd. C. P ertz, M. G. H., S. S., XX, p. 513 : « Primo, eo quod idem castellum in tantum natura munivit, ut nec ingenio humano nec armorum viribus si fraude vel fame non capiatur, sit inexpugnabile perpetualiter ». — Au XII e siècle, la portée des armes de jet portatives ou de siège ne permettait pas d'atteindre le château : « Ab his autem montibus, qui in castello fuerit, nec iactus lapidis nec tractus reformidat balistarum vel arcuum... » Triumphus, p. 499. — Ce ne sera pourtant plus le cas pendant le siège de 1406, où des catapultes d'un type plus puissant bombardèrent la forteresse ; cfr J. de S tavelot, p. 102 et Chronique du rcgne âe Jean de Bavière, p. 168-169. (3) Pour s'en tenir au Triumphus et au Triumphale, le castrum comportait . un donjon (maius castrum), une chapelle (la chapelle Saint-Jean), deux ouvrages
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En face, par delà la faille creusée pour barrer le rocher qui forme son assiette, une tour en bois lui fait pendant sur le Beaumont. Au pied de la forteresse, face au faubourg dOutre-Semois, un moulin hydraulique fortifié, sommé d'un beffroi, interdit de la rive gauche l'approche de la Semois. Un barrage partiel était établi à partir de la rive droite, en amont dudit moulin, vers lequel il forçait les eaux à se concentrer en un bief. Au reste, la Semois couvrait la place, sur trois côtés, de son vaste fossé naturel. Un pont enjambait la rivière, mais le fait que les sources ne signalent pas son rôle pendant
Figure 4
devant le donjon, érigés par le comte de Bar (duas munitiones, quas ante maius castrum comes extruxerat Rainaldus), d'autres points fortifiés reliés ou non
par une courtine, la tour de bois de Beaumont (turris lignea Bellimontis) . Seul l'emplacement du donjon, de la chapelle et de la tour de Beaumont est connu ;
c'est pourquoi nous ne nous hasardons pas à faire figurer les autres points forts sur le plan ci-dessus.
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ANNEXE IV
le siège indique que les assiégés, par des travaux de défense ou par un tir de barrage, avaient réussi à en défendre l'accès. Par ce pont,
passe nécessairement une importante voie stratégique, la route de Liège à Sedan. De sorte que Bouillon, modeste bourgade ouverte, joue déjà alors un rôle que lui reconnaîtra encore l'illustre Vauban : grâce à son château, à son pont et à son trafic c'est le verrou entre la France et les Pays-Bas (x) . Pourtant, la place de Bouillon présente, en 1141, deux points faibles sérieux, l'éloignement du moulin et l'absence de réserve d'eau suffisante. La garnison se voyait contrainte d'envoyer puiser de l'eau à la rivière, à laquelle on accédait, sur le front ouest du château, par un sentier escarpé, à portée de flèche des assiégeants (2). On comprend que ces derniers concentraient leurs efforts dans le but de faire obstacle à cette méthode d'approvisionnement. Les effectifs
a) Les assiégés n'ont jamais dû être très nombreux. Au XVe siècle encore, il suffira d'une quarantaine d'hommes d'armes pour tenir le château de Bouillon contre les Écorcheurs français. Au XVIIe , d'après Vauban, une garnison de 50 cavaliers et de 150 piétons était capable d'y « faire tourner la tête aux plus habiles gens du monde » (3). On sait qu'en 1141, la place était occupée par les deux fils du comte de Bar, Hughes et Renaud et par des chevaliers barrois, sans doute assistés de gens de pied. Faut-il accorder crédit à l'auteur du Triumfihus Sancti Lamberti qui parle de leur « grande multitude » ? Nous en doutons. Ou bien il se trompe, en ajoutant foi aux rumeurs inquiètes qu'on devait répéter dans le camp liégeois et qui confondaient (1) L'ancienne route Liège-Sedan abordait Bouillon par le plateau de la rive droite et s'infléchissait au nord-est de la localité en descendant vers la vallée.
Ce tronçon porte actuellement le nom de « Voie Jocquée ». Celle-ci traverse la Semois par le pont de Liège, — déjà mentionné en 1069, — situé en aval du pont moderne qui fait face au tunnel. Quant au pré l'évêque, on y accédait sans doute, au lieudit « La Poulie », par un ancien chemin relié à un diverticule de la route de Liège ; cfr La chronique de Saint-Hubert..., p. 59 et J. Vannerus, Confines Advenientium Francorum (926), B. C. R. T. D., 5 (1931), p. 93-113. (2) Cfr J. Muller, Plans inédits de Bouilïon, p. 41 n. 97. — Cette voie d'accès, malaisée mais praticable, entre le sommet de l'assiette castrale et la rive de la Semois est toujours connue actuellement des habitants de l'endroit. L'existence du grand puits est peu probable en 1141 car le recours à l'eau de la rivière eût été superflu. (3) Jean de Stavelot , p. 448 (en 1441) et F. Lohest, op. cit., p. 36 n. 1. — Notons qu'aux dires des ingénieurs militaires du XVIII e siècle, Bouillon pouvait à peine abriter 300 hommes de garnison ; cfr J. Muller, Plans inédits de Bouillon, p. 59 et 65.
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avec les combattants les manants réfugiés dans la basse-cour (J ) ou il essaye sciemment de magnifier le mérite de ses concitoyens et du saint patron. Les effectifs des plus grosses forteresses de l'évêché de Liège n'ont jamais, au Moyen Age, dépassé 150 hommes (2). C'est un ordre de grandeur maximum applicable, eri l'absence de données précises, à la garnison de 1141. b) Nous venons de voir que les assiégeants n'avaient, au début des hostilités, qu'un petit détachement de cavalerie, sans doute une centaine de chevaliers. Nous ne possédons pas d'estimation valable pour le total des forces liégeoises ; la seule connue, celle de Renier de Saint-Laurent, est dépourvue de fondement et relève de la plus haute fantaisie (3). Mais les données relatives des chroniqueurs et l'étude du terrain nous apportent heureusement plus de certitude. L'armée de renfort, levée par l'évêque, comportait des dignitaires ecclésiastiques et des grands personnages laïques dont l'avoué de Hesbaye, certainement accompagné de son escorte traditionnelle (4). En outre, dans l'esprit d'Albéron II, elle devait inclure les milices de Liège, des autres villes du pays et des campagnes. En fut-il ainsi ? En fait, seules Liège et Huy ont reçu les honneurs d'une mention dans le Triumphus. Celui-ci, il faut le dire, n'exclut pas absolument la présence de contingents originaires d'autres lieux, des villages par exemple, mais une telle parcimonie verbale à leur égard, dans un récit qui se donne tout entier à la glorification de la terre liégeoise, s'explique peut-être par la faiblesse de leurs effectifs (5). Quant à ceux des deux cités mosanes (1) Le Triumphus, p. 503, ligne 20, relate : in castro et in ejus suburbio copiosa multitudo tenebatur hominum. Phrase passe-partout ! II peut s'agir des manants réfugiés dans la place, comme ce sera encore le cas pendant le siège de 1406 ; cfr Jean de Stavelot, p. 101-102. (2) Cfr C. Gaier, op. cit., p. 259 n. (') II prétend en eflet que la tour roulante était tirée par 1500 chevaliers, performance irréalisable. Plus loin, il déclare « exercitu peditum, gui centenorum aestimabatur milium, exceptis equitibus guorum tria essent milia, certatim ad assultus concurrente ; cfr Triumphale, p. 589. (4) L'avoué de Hesbaye, ainsi que nous l'apprend la charte urbaine de Liège, — de la fin du XII e siècle mais qui cliche une situation antérieure, — était escorté de 40 chevaliers ; cfr C. Leclere, Le rôle militaire des avoués liégeois, in Mél. Ch. Moeller, Louvain-Paris 1914, p. 398. — Ces gens étaient nourris aux frais de l'évêque, ainsi que nous l'apprend un « record » de 1321 ; ibid., p. 388-9. (5) Mandaret guidem populo de civitate villisque et urbibus... ; Triumphus, p. 505. — Le camp est peuplé de cives et populus Legiae, ibid., p. 508. L'intervention des miiices rurales est signalée au pays de Liège dès le XIII e siècle dans des « records », ce qui permet d'en reculer encore l'usage jusqu'à une époque antérieure ; cfr C. Gaier, op. cit., p. 248-251.
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ANNEXE
IV
les plus peuplées du pays, ils ont dû être élevés. Des mesures avaient été édictées, dans la capitale tout au moins, pour que tous les bourgeois prissent les armes. Ces injonctions furent-elles efficaces ? L'argument a silentio nous autorise peut-être à le supposer, encore qu'il y ait un monde, au Moyen Age en particulier, entre la théorie et son application pratique (^). Toujours est-il qu'à l'annonce de l'arrivée possible d'un détachement barrois de déblocus, alors qu'ils sont à un jour de Bouillon, beaucoup de combattants désertent. C'est donc une armée déjà diminuée qui se présente sous les murs de la forteresse. Le camp est établi en aval de la place, — de telle sorte que l'éperon castral lui masque la localité, — sur une prairie basse bordant la rive droite de la Semois et que la toponymie désigne depuis sous le nom de pré l'évêque. Au centre, on a planté la tente qui abrite les reliques de saint Lambert ; autour d'elle, sont logés l'archidiacre Jean de Loverval avec ses serviteurs et les clercs attachés au culte du saint patron. Plus loin, les combattants, sous les ordres de l'avoué de Hesbaye. Or, si l'on excepte la partie du terrain qui se trouvait à portée des armes de trait de la forteresse, il reste que les assiégeants pouvaient occuper quelque 8 hectares. En vertu des règlements du service en campagne de la fin du siècle dernier, une telle superficie permettait de faire bivouaquer de 2000 à 2300 soldats. Les conditions matérielles du logement de la troupe n'ont guère varié entre le XIIe et le XIXe siècle : on peut aisément admettre que l'armée liégeoise n'a jamais dépassé les 2000 à 2300 hommes devant Bouillon, en 1141 et encore est-ce là un maximum théorique (2). Bien mieux, au bout de trois jours de siège, la peur et la faim aidant, les effectifs des fantassins seraient tombés à quelque 300. II faut peut être tenir compte de l'exagération d'un chroniqueur qui, bien que témoin, prend plaisir à noircir la situation pour faire éclater le triomphe réparateur du saint patron de l'évêché de Liège. Mais il y a également lieu de se demander si ce chiffre n'est point l'indice f1) La question de la portée réelle des levées de troupes est soulevée à plusieurs reprises dans notre étude citée à la note précédente. — On avait édicté à Liège la mesure habituelle en pareil cas pendant tout le Moyen Age : obligation de prendre les armes pour tous les bourgeois à peine de perdre ses biens ; cfr Triumphus, p. 505.
(2) Le toponyme « pré l'évêque », qui existe encore aujourd'hui, est cité en 1315 dans Poncelet, Le livre des fiefs..., p. 22. M. M. Corbiau a bien voulu nous confier que ce lieu dit apparaissait à plusieurs reprises dans les documents
d'archives bouillonais de l'Ëpoque moderne sous la forme « champ l'évêque ». — Les assiégeants devaient donc contourner le château, par la route de Liège, pour venir l'attaquer du côté du village. — La portée limite des armes de trait au XII e siècle était de 200 mètres. — Sur l'espace nécessaire au bivouac, cfr F. Lot, L'art militaire et les armées au Moyen Age..., t. II, p. 458.
LE SIÈGE DE BOUILLON
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d'un maximum inférieur encore à celui que les mensurations du terrain nous ont laissé supposer ! Les approvisionnements
Le parti de cavalerie qui accompagnait l'évêque au début de l'expédition n'avait pas emporté de vivres. II avait, semble-t-il, été convenu qu'un train d'approvisionnement devait le rejoindre à Bouillon. En attendant, trompés dans leur espoir de s'emparer rapidement du château, les assaillants avaient dû se nourrir sur place. Fort heureusement, ils survinrent avant la moisson et trouvèrent encore
sur pied le blé pour eux et leurs chevaux. Mais le convoi n'arrive pas : les transporteurs refusent de prendre le départ vers une région aussi sauvage, aux chemins si malaisés et où le brigandage sévit f1). Albéron II, contraint de faire appel au renfort de ses milices saisit l'occasion de leur adresser également une demande de vivres. Les Hutois, en tout cas, n'ont peut-être pas, au départ, emporté de provision de bouche parce qu'en cours de route, ils éprouvent le besoin de vider de ses récoltes un village du Luxembourg. Quant
aux Liégeois, il faut croire qu'ils se munirent du nécessaire requis puisque, pendant les quelques jours qui suivirent leur arrivée sur la Semois, les assiégeants vécurent dans l'abondance. Cependant, il apparaît que dans l'esprit des chefs des milices, ces provisions ne devaient pas suffire à alimenter la troupe pendant toute la durée du siège. Un train de ravitaillement provenant de Liège devait en effet suivre et venir compléter ultérieurement le stock reçu. Or, par malheur, pendant le mois de septembre, — où ce transport de relève était prévu, — les convois furent interceptés par des chevaliers d'obédience barroise qui opéraient, pour leur profit personnel, sur les arrières. Bientôt, les pauperes populi du camp épiscopal manquèrent du nécessaire. La famine sévit et la désertion ne se fit pas attendre. La capitulation de la place, le 22 septembre, vint heureusement
apporter un terme à ces privations. On est mal renseigné sur la nature des vivres consommées par les belligérants. II y a quelques raisons de penser que l'eau et les céréales panifiables y tenaient la place principale.
(4 L'aspect rébarbatif de la contrée est évoqué dans le Triumphus, p. 499. Au début du mois de septembre au plus tard, un chevalier se livrait au banditisme dans les bois aux dépens des convois de ravitaillemcnt des assiégeants ;
il fut bientôt rejoint par un chevalier barrois qui, après s'être glissé hors du château avec mission de contacter le comte de Bar, avait trouvé plus profitable de servir ainsi sa propre cause ; ibid., p. 507-508.
248
ANNEXE
IV
Les déplacements de troupe Nous ignorons quel fut l'itinéraire emprunté par le détachement de cavalerie épiscopale. On peut supposer qu'il correspond à celui que devait suivre, dix jours plus tard, l'armée urbaine ; c'est-à-dire l'axe routier vers la Haute Meuse tel qu'on le pratiquait depuis le XIe siècle au moins : Liège, Ouffet, Marche, Bouillon. C'est aussi cette voie que les Hutois sont venus rejoindre par une route transversale, vraisemblablement le tronçon Huy-Ouffet. La châsse de saint I.ambert était évidemment du voyage, avec de nombreux clercs attachés à son culte (*). L'intervention des troupes de secours fut très rapide. Elle s'explique par le souci de redresser rapidement la situation critique d'Albéron II, isolé en territoire hostile. A Liège, la levée des milices est accordée le 26 août. L'armée prend le départ le 28 et franchit ce jour-là environ 27 kilomètres, jusque Ouffet. Le lendemain, du matin au soir, elle progresse de quelque 44 kilomètres et parvient à Tellin. Le 30 août, enfin, elle atteint l'objectif après une marche de 34 kilomètres par des chemins malaisés à travers des bois épais. La moyenne journalière de 35 kilomètres que cette progression implique s'avère très satisfaisante pour l'époque : elle était encore considérée comme normale pour l'infanterie des armées napoléoniennes (2) ! Les liaisons et le renseignement La lecture du Triumphus Sancti Lamberti ne permet pas de se faire une idée suffisante de l'organisation de l'armée liégeoise en
campagne. Pourtant, elle révèle un souci d'établir des liaisons et, partant, une coordination, entre les corps d'une même armée. Sans insister sur la mission, en somme de caractère plutôt diplomatique, de l'archidiacre Henri de Leez à Liège, signalons le va-et-vient continuel entre les forces de renfort et celles d'investissement. La tâche
d'assurer les liaisons est confiée à des personnes de l'entourage de l'évêque, c'est-à-dire à des clercs. Ceux-ci, ne l'oublions pas, disposent (') II faut combiner les indications topographiques du Triumphus avec celles du Triumphale. C'est déjà la route que suit, en 1107, l'armée lotharingienne qui, accompagnée de Raoul, abbé de Saint-Trond, se dirige vers Verdun ; cfr Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, I, p. 100-103. — Sur les axes routiers ardennais, cfr A. Joris, La ville de Huy au Moyen Age des origines à la fin du XIVe siècle· Liège-Paris 1959, p. 226 et Id., Itinêraires routiers entre Rhènanie et pays mosan à la fin du XIIo siècle, p. 259-261.
(2) Voir notre chapitre sur les Communications et les passages du Général d'ARçoN (1795) et de Noizet de Saint-Paul (1811) citésparle Général A.Brialmont, La dèjense des états et les camps retranchés, Paris 1876, p. 33 et 34. Cfr W. Erben, Kriegsgeschichte des Mittelalters, Munich-Berlin 1929, p. 73-74.
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d'une grande autorité morale et politique ; ils peuvent aussi, le cas échéant, en cas de surprise de l'ennemi, se prévaloir de l'immunité et de la neutralité que leur confère théoriquement leur état. Durant l'étape du 29 août, un chanoine de Saint-Lambert vient informer les chefs des milices que l'armée de déblocus de Renaud de Bar est annoncée et que son attaque est fixée au lendemain. En guise de
réponse, on dépêche ce soir-là l'abbé de Cornillon et un prêtre afin de rassurer Albéron II sur l'arrivée imminente des combattants
qu'il a requis. Le lendemain, l'un des deux ecclésiastiques rejoint le corps de marche : il apporte la confirmation de l'invasion du comte de Bar, prévue dans la journée. Donc dans une circonstance parti-
culièrement grave comme celle-ci, on peut dire que la liaison était efficacement assurée.
Existe-t-il un service de renseignement où, pour s'exprimer en termes moins modernes, la source narrative principale reflète-t-elle la préoccupation de se procurer des informations sur les agissements de l'ennemi ? II y a des éclaireurs du côté barrois, sans doute aussi dans les rangs adverses. D'autre part, on sait que les Liégeois se souciaient de monter la garde aux alentours de leur camp (^). Les moyens techniques
La forteresse de Bouillon était en principe imprenable. Dès lors, il ne faut pas s'étonner si l'action des assiégeants se limita aux défenses avancées et aux dépendances sud et sud-est du complexe castral. Leur intention semble avoir été d'isoler la place puisqu'ils ne pouvaient l'enlever de vive force. Dans ce but, ils entreprirent une double action : tout d'abord celle d'empêcher l'arrivée de tout secours extérieur soit de la part de l'armée barroise, soit des garnisons des avant-postes du château. En second lieu, ils s'efïorcèrent d'affamer les assiégés en les privant d'eau et de pain. Leur tâche fut d'autant plus ardue
qu'ils ne disposaient pas de forces suffisantes pour réaliser un blocus complet (2) . Ils réussirent néanmoins, par l'importance relative de leurs effectifs, à intimider Renaud de Bar qui n'osa pas passer à l'attaque de leur camp. Mais ils échouèrent dans leurs tentatives d'emporter (') C'est le cas Ie premier jour de l'arrivée de l'évêque sous Bouillon et durant la nuit du 18 au 19 septembre, pendant la négociation des termes de reddition. (2) Nous avons vu en effet que les assiégés n'encerclaient pas le château ; ils ne couvraient que le front Nord-Ouest. Pour se porter sur les autres côtés, ils devaient cheminer pendant plusieurs kilomètres autour de l'éperon rocheux
dominé par la forteresse. — Vers le 7 septembre, un chevalier reçut pour mission de se glisser hors de la place, de contacter le comte de Bar et de revenir ensuite au château ; cfr Triumphus, p. 507-508. — Preuves que le blocus n'était pas hermétique.
250
ANNEXE IV
d'assaut le beffroi de bois du Beaumont. Ils avaient pourtant construit une tour roulante qu'ils avaient essayé d'amener contre ce fortin à travers un essart pratiqué pour la circonstance dans le bois qui couvrait la colline. Les câbles de traction se rompirent, la « machine » s'effondra et le procédé fut abandonné. En désespoir de cause, au cours d'un assaut général livré le 17 septembre, jour anniversaire de saint Lambert, on amassa des branchages autour du beffroi puis on y mit le feu. Mais un vent contraire empêcha la combustion de l'édifice tandis qu'il étouffait les assaillants sous des nuages de fumée ; en outre, la garnison se défendit avec acharnement à grand renfort de projectiles. Le soir, il fallut ordonner la retraite. Pour provoquer la famine dans la place, les Liégeois et les Namurois s'acharnèrent à détruire le moulin de la Semois. Dès le premier jour de son arrivée à Bouillon, le comte de Namur avait tenté, avec une poignée de chevaliers, de rompre le barrage de la Semois malgré un tir nourri de flèches provenant de la tour de défense du moulin. Blessé, il revint sur les lieux et mena son projet à bien. Mais ce n'est que le Ier septembre, à la suite d'un assaut général, que le moulin sera emporté et incendié. Quant au projet de construire une redoute, de l'amener aux bords de la Semois et de la garnir d'hommes de trait afin d'empêcher les assiégés de venir puiser l'eau de la rivière, il ne fut pas mis à exécution. En dehors de ces actions, entreprises dans les buts précis que nous venons de voir, le siège se limite à des escarmouches (г) voire à des moments d'inaction totale de la part des assiégeants. L'évêque et le comte de Namur étaient conscients de l'énorme supériorité défensive de la garnison. C'est pourquoi ils prirent le temps de construire des
machines de guerre (tour roulante et redoute). intempéries et le sentiment que les préparatifs empêchaient d'agir avaient miné le moral des conditions, l'attaque du Beaumont, qui fut un
Mais la faim, les de leurs chefs les troupes. Dans ces échec, n'était pas
pour ranimer les courages. Seuls des événements extra-opérationnels amènent la chute de Bouillon : la maladie qui vint frapper son chef, le fils du comte de Bar, sans doute la disette des assiégés (2) et la
médiation du comte de Salm. Commencé le 17 août 1141, le siège s'acheva le 22 septembre. La garnison put vider les lieux saine et (·) Les escarmouches sont signalées dans le Triumphale, p. 586. (2 ) C'est l'explication la plus plausible de la reddition. Souvenons-nous que le siège avait débuté un mois auparavant, à un moment où les nouvelles récoltes
n'étaient pas encore fauchées ; on peut présumer que la garnison a dû vivre sur de vieilles réserves annonaires. La destruction du moulin et la difficulté d'approvisionnement en eau ont certainement contribué également à la chute de Bouillon. — Signalons qu'en 1406-1407, le château se rendit après deux mois de siège, à court de vivres et d'eau, et sérieusement endommagé par un bombardement ; cfr Chronique du règne de Jean de Bavière, p. 168-169.
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25I
sauve, avec ses biens. En somme, Albéron II remportait un succès
politique incontestable. Au point de vue militaire, bien qu'il ne prît pas et qu'il n'eût pu prendre la forteresse de vive force, il réussit grâce à son armée nombreuse et à sa persévérance à provoquer la capitulation. L'habile utilisation des reliques du saint patron du diocèse y fut pour quelque chose. Dans l'esprit des contemporains, avides de légende dorée, elle constitua la cause du succès liégeois f1). Mais le pouvoir d'attaque était si faible au XIIe siècle et la foi si grande que la chute de Bouillon pouvait alors aux yeux de bien des gens revenir aux meritis sancti Lamberti, non viribus (2).
Annexe V
La bataille d'Andenne
(i er février 1151) La journée d'Andenne constitue le seul fait tactique saillant et décisif d'une guerre féodale « gravis et diuturna », comme il y en eut tant dans la Lotharingie du XIIe siècle. L'occasion du conflit fut une discorde entre Henri, comte de Laroche et le comte Godefroid
de Montaigu. La cause : la rivalité entre deux états voisins et expansionnistes, la principauté de Liège et le comté de Namur. Henri, dit l'Aveugle, comte de Namur et de Luxembourg embrassa le parti de son oncle de Laroche, l'évêque Henri II de Leez celui de Montaigu. Ce fut une guerre dont les récits contemporains, avares de mots, nous présentent une image confuse, faite de pillages et de destructions. Les épisodes les plus spectaculaires, survenus en 1150, sont : la dévastation de la bourgade de Ciney en Condroz par Henri de Namur et le coup de main manqué des chevaliers namurois contre l'évêque à Hollogne-sur-Geer, avec l'incendie consécutif de l'église-refuge du (') Le transport des reliques de saint Lambert a un aspect pratique : celui de légitimer, aux yeux des milices, l'action entreprise par leur souverain et ainsi d'avoir raison de leur réticence initiale. Plus tard cependant, les rigueurs du siège aidant, la présence de la fierte ne les empêcha pas de déserter en masse. II eut également un effet psychologique sur la garnison à laquelle nous ne doutons pas qu'il inspira de la crainte. Nous n'oserions affirmer que l'auteur du Triumphus, par ailleurs si lucide, soit lui-même dupe de la fiction hagiographique que son récit a l'air d'accréditer : l'importance psychologique et militaire du transport de la châsse ne devait pas lui échapper. (2) Annales Aquenses, in M. G. H., S. S., XXIV, p. 37.
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ANNEXE V
lieu (!). Malgré ces atermoiements, le comte de Namur était pourtant résolu à frapper un coup décisif. Réunissant une armée composée de cavaliers et de fantassins, il vint camper à Andenne, aux frontières de la principauté de Liège. Cette localité était alors une simple bourgade ouverte mais d'une haute importance stratégique. Située sur une grande voie de pénétration : la Meuse, dotée d'un pont en
pierre d'origine romaine qui la reliait au réseau routier vers la Hesbaye, le Condroz et l'Ardenne, elle présentait en outre l'avantage de se trouver à 3 heures de marche seulement de la capitale du comté. Le camp fut très certainement établi en amont du village, seul endroit où l'élargissement de la vallée autorise la concentration aisée des
troupes (2). Quels étaient les effectifs en présence ? Les sources n'en
disent mot. Pour s'en faire une idée, il faut se souvenir qu'Henri l'Aveugle ne pouvait guère réunir plus de 250 chevaliers. En a-t-il eu le loisir ? Cela est fort possible puisque la trêve de Noël de 1150 lui a donné le temps de convoquer son ost, sans oublier que les raids qu'il ne cessait d'opérer cette année-là avaient sans doute accoutumé une partie de ses vassaux à s'armer promptement. Quant au nombre
de fantassins dont il a pu disposer, on en est réduit à une pure hypothèse : au maximum un ou deux milliers puisque les effectifs les plus vraisemblables connus pour un dynaste voisin plus puissant que lui, le comte de Hainaut, sont de cet ordre (3).
Apparemment, l'évêque n'est mis au courant que fort tard de cette concentration offensive. En effet, selon l'usage militaire de son
État, il réagit en convoquant d'abord l'ost féodal mais comme ses chevaliers tardent à prendre les armes il pare au plus pressé et a recours, entretemps, à son infanterie communale. II envoie en avant les milices de Liège et de Huy qui, par bateau, remontent la Meuse en prenant directement Andenne pour objectif. Cependant, ces détachements doivent naviguer à découvert sur plus de 40 kilomètres, et l'obligation où ils se trouvent, comme ils avancent à contre-courant, de se
faire hâler de la berge les expose à une attaque de la cavalerie ennemie. I1) Sur cette guerre et la bataille, cfr les pages excellentes de F. Rousseau, Henri l'Aveugle, comte de Namur et de Luxembourg ( 1136-1198) , Liège-Paris 192 1, p. 35-39. L'auteur y fait le relevé des sources et fixe, de façon acceptable, la date au I er février 1 151. — L 'expression gravis et diuturna est dans les Annales Laubienses, M. G. H., S. S., IV, p. 23. La source essentielle, de loin la plus abondante, est le Triumphale Bulonicum de Renier de Saint-Laurent, M . G. //., S. S., XX, p. 592. Mais il convient de se méfier du caractère apologétique de ce document où l'auteur, contemporain et bien informé, sacrifie la vérité au dessein hagiographique : la preuve en est fournie ci-dessous, n. aux p. 253 et 254. (2) F. Rousseau, op. cit., p. 37 n. 1 situe également le camp namurois en amont d'Andenne et propose même de le localiser sur la rive droite. (3) Cfr Gislebert de Mons, Chronique, p. 186 et 219, 111, 117, 131.
LA BATAILLE D'ANDENNE
253
Pour prévenir cette éventualité, l'évêque se met à la tête des premiers contingents équestres, « très peu nombreux » (*), qui ont déjà répondu à son appel et accompagne, en flanc-garde, la flotille des deux villes mosanes.
Nous ignorons tout des détails d'exécution de cette contre-offensive. Liège et Huy, les deux villes les plus peuplées du Pays pouvaient assurément réunir quelques milliers de combattants mais, si l'on considère d'une part l'urgence de la situation et d'autre part la lenteur de la mobilisation au Moyen Age, il est plus plausible de supposer que ces troupes de marche étaient réduites peut-être à 1000 ou 1500 hommes. Quant aux cavaliers, ils n'étaient sans doute pas plus d'une centaine. Ces données numériques demeurent bien sûr hypothétiques mais elles se fondent sur l'examen des circonstances de l'époque et sur des faits attestés dans la même région au cours d'une période du Moyen Age plus riche en documents (2). Aucune source ne se donne la peine de décrire la façon dont s'opéra le débarquement avant l'attaque ; toujours est-il que l'arrivée de l'armée liégeoise eut un effet foudroyant dans le camp ennemi. La surprise semble totale. L'impréparation des Namurois ne s'explique
que par la rapidité et la décision de leurs adversaires. La lutte qui s'engage fut si inégale qu'un hagiographe contemporain s'est cru autorisé à en attribuer l'issue à l'intervention de saint Lambert,
patron de l'Église de Liège dont les reliques d'ailleurs accompagnaient l'expédition. Les plus hauts personnages de l'armée comtale, dont les tentes, sans doute, par leur opulence attirent les regards, sont mis hors combat et capturés. D'autres fuient à cheval et certains sont rattrapés. Les fantassins en débandade sont rejoints, arrêtés ou massacrés (3). Le village d'Andenne est ensuite incendié et détruit, le pont démoli, l'abbaye de femmes pillée. Les pertes du côté liégeois sont inconnues. Sur ces entrefaites, la châsse de saint Lambert, (') L'expression qui, remarquons-le, s'applique uniquement à la cavalerie, est due à Renier de Saint-Laurent, op. cit., loc. cit. (2) Cfr notre chapitre sur les efíectifs. — En 1464, les villes de Huy et de Dinant réunies fournissent, par voie fluviale, un détachement de 340 cavaliers et 450 fantassins transportés par 23 bateaux ; cfr Adrien d'Oudenbosch, Chronique, p. 98. (3) Les effets de l'attaque liégeoise sur les Namurois sont surtout évoqués
par Renier, op. cit., n. 1, par les Annales Laubienses, op. cit. et par le Sigeberti Auctarium Aquicinense, M. G. H., S. S., VI, p. 396. II ressort de ces récits que, la surprise aidant, le nombre des prisonniers l'emporta sur celui des victimes. — Renier s'interdit par un procédé littéraire toute explication militaire du phénomène de la victoire liégeoise au profit d'une vue où l'élément surnaturel est seul en cause. Cette attitude dont nous connaissons maints exemples dans
le domaine de l'historiographie militaire est propre à une certaine structure mentale, celle des clercs du Moyen Age classique.
254
ANNEXE V
abritée sous une tente dressée dans un pré, est l'objet des dévotions des chanoines qui en assurent la surveillance. Le lendemain, les vainqueurs rentrent en grand triomphe dans leurs foyers, chargés de butin (*). La bataille d'Andenne ne mit pas fin à la guerre. Néanmoins elle peut être considérée comme décisive car le comte de Namur ne se releva pas de ce désastre. Après plusieurs mois d'actions sans éclat, il dut se résoudre, l'année même, à faire la paix avec Henri de Leez.
Annexe VI
Les campagnes brabançonnes contre Liège (1212-1213)
L'épisode saillant des grands conflits européens du début du XIIIe siècle auquel la portée de cette étude nous commande de nous limiter est centré sur la bataille de Steppes, cette journée du 13 octobre
1213 où les Liégeois inspirés par saint Lambert écrasèrent les « Amaléchites », entendez les Brabançons. II nous paraît que ce haut fait ne peut être isolé de l'ensemble de la campagne militaire dont il constitue le point culminant et qu'il convient d'étudier celle-ci sur la base des renseignements, également précieux, que deux sources narratives de valeur nous ont transmis (2). Quant à la bataille pro-
prement dite, qui a déjà fait l'objet de travaux autorisés, nous nous (·) Le compilateur Gilles d'Orval, op. cit., p. 106 ajoute au texte du Triumphale un récit dont il ne spécifie pas la provenance et qui décrit les destructions des Liégeois à Andenne. On n'a pas reconnu jusqu'à présent la grande véracité de cet appendice. A l'encontre de l'invraisemblable mansuétude que Renier de Saint-Laurent prête aux vainqueurs, il fait état de violences très réalistes et bien dans les mœurs du temps dont, par ailleurs, Lambert le Petit, Annales, M. G. H., S. S., XVI, p. 648, semble confirmer l'existence. En outre, — le fait est capital, — l'appendice de Gilles d'Orval est le seul texte qui signale la présence de la fierte de Saint-Lambert sur le champ de bataille ; or s'il n'en avait pas été ainsi, Renier lui-même n'aurait pas jugé utile de parler de la journée d'Andenne dans son œuvre, consacrée au triomphe guerrier du saint
patron sur les ennemis de l'ÉgJise de Liège. (2) Elles sont strictement contemporaines et bien informées. Elles paraissent indépendantes : leur similitude semble plutôt provenir d'une source d'information commune. II s'agit des Annales Sancti Jacobi Leodiensis de Renier de Saint-Jacques, p. 93-96, 102-113 et du Vitae Odiliae Liber III De triumpho Sancti Lamberti in Steppes, p. 175-185.
LES CAMPAGNES BRABANÇONNES CONTRE LIÈGE
255
bornerons à lui consacrer quelques remarques critiques de nature à éclairer les différentes interprétations qu'elle a reçues. La succession du petit comté de Moha fournit l'occasion du conflit entre l'évêque de Liège Hughes de Pierrepont et le duc de Brabant Henri Ier f1). A la fin du mois d'avril 1212, prétextant son désir de trancher la querelle par les armes en assiégeant Moha, le duc envahit la principauté avec une forte armée de chevaliers encore renforcée quelques jours plus tard par le contingent du duc de Limbourg et par celui du comte de Gueldre. En outre, il n'est pas douteux que des fantassins l'accompagnaient. A ce moment, l'évêque est à Huy et agit comme s'il ignorait tout des effectifs et de l'intention
réelle de son adversaire. II y a tout lieu de croire, pourtant, qu'il a alerté la milice hutoise, puisque l'objectif connu du duc est un château (Moha) qui commande l'accès de la ville mosane vers la Hesbaye. Mais seule, l'infanterie communale liégeoise, flanquée d'une poignée de chevaliers (2), entre en campagne : quittant la vallée de la Meuse, elle fait route par le plateau hesbignon dans le but, nous semble-t-il, de prendre en tenaille les assiégeants de Moha. Le sens de cette manœuvre implique évidemment que l'évêque et les chefs militaires de la capitale aient agi de concert. Le I er mai, le corps de marche vient loger à Horion, à mi-chemin entre Liège et Moha. Mais devant le nombre jusque là insoupçonné des adversaires, les Liégeois ne vont pas plus loin : ils rebroussent chemin en désordre et rentrent chez eux
le lendemain (2 mai). C'est alors que l'archidiacre Henri de Jauche vient annoncer l'intention du duc de Brabant : prendre Liège, alors ville ouverte. Aussitôt, la panique s'empare des citadins ; certains prennent la fuite. L'évêque est rappelé mais comme il n'avait convoqué qu'un petit nombre de chevaliers, il arrive avec quelques cavaliers seulement. Trop tard d'ailleurs car le 3 mai la ville est attaquée, prise sans résistance et soumise au pillage. Prudemment, Hughes de Pierrepont retourne à Huy puis, s'éloignant davantage, va s'enfermer dans Dinant avec quelques hommes. Le sac de la ville dure cinq jours. Le 7 mai, au moment où les vainqueurs quittent Liège, on va répétant : « Inter Brabantinos sunt flores et inter Leodienses dolores » (3). L'armée qui retourne en Brabant échoue au passage dans sa tentative de prendre Moha, trop bien défendue (8 mai). Les Hutois préfèrent signer la paix. Le 13, les Liégeois qui avaient fui regagnent leur cité dévastée. (*) Pour la guerre de 1212-1213 et son contexte politique, cfr l'excellente étude de G. Smets, Henri I, duc de Brabant ( 1190-1235) , Bruxelles 1908, p. 13247-
(2) Le Vitae Odiliae Liber III, op. cit., p. 175, parle de 10 chevaliers, alors que l'adversaire dispose d'au moins 300 milites. (3) Ibid., p. 177.
256
ANNEXE VI
L'évêque, tandis qu'il frappe Henri I et ses alliés d'excommunication, conclut avec lui une trêve. En outre, il met ce répit à profit pour fomenter contre le duc une immense coalition qui réunit ses
parents et alliés français, ses vassaux, le comte de Flandre, celui de Namur, des contingents du roi de France et du duc de Lorraine (^). Au début de juillet, au moment où les trêves viennent à expiration, cette armée est massée sur le Piéton, à la frontière occidentale du
Brabant. Henri Ier, incapable de tenir tête à une telle armée, se dispose à traiter. De plus, les confédérés, incommodés par la sécheresse ne montrent aucun empressement à entrer en action. Des négociations sont entreprises et la paix est conclue. Les alliés se dispersent et regagnent leurs foyers. Ferrand de Portugal se porte garant de l'accord mais le duc fait preuve de mauvais vouloir. De son côté, l'évêque et son principal vassal et allié, le comte de Looz, n'ont pas confiance dans ce fragile équilibre : ils restent les derniers à déposer les armes tandis que la ville de Liège est remparée. Pendant la période d'un an qui suivit, la grande coalition qui devait aboutir à la bataille de Bouvines (27 juillet 1214) se renforça. Désireux d'abattre dans le chef du duc de Brabant à la fois un ennemi
héréditaire et un allié de Philippe Auguste, l'évêque de Liège et le comte de Flandre s'entendirent pour entreprendre, le 10 octobre 1213,
une attaque combinée de son duché, appliquée en des points distincts. Mais l'action fut mal menée puis contrecarrée. Ferrand, sans attendre son allié, envahit le Brabant et dévasta tout jusque Bruxelles. Alors, pour faire diversion, le roi de France attaqua les villes de la Flandre occidentale et contraignit le comte à abandonner l'aventure brabançonne. Henri Ier, alerté et certainement au courant du projet hostile, rassembla une armée de cavaliers et de fantassins. Le 10
octobre 1213, il pénètre en Hesbaye liégeoise : il incendie Tourinne, Les Waleffes puis Waremme sans pouvoir prendre la tour de Waleffe ni le château de Waremme. Le lendemain, il descend, jusque Tongres,
le cours du Geer par la rive droite, en brûlant tout sur son chemin. II se garde bien, cependant, de traverser le ruisseau et de se montrer ainsi coupable d'agression envers le comte de Looz dont il espère encore, sans doute, conserver la neutralité. Parvenu à Offelken (2), petite localité en face de Tongres, il range son armée en bataille dans le but d'attaquer la ville mais il trouve le pont du Geer occupé et défendu par les milices tongroises. Celles-ci lui interdisent longtemps (') Les effectifs théoriques réunis par l'évêque ont été fortement enflés par les chroniqueurs. II avait peut-être 1500 cavaliers sous son obédience ; cfr C. Gaier, op. cit., p. 2 10-21 1.
(2) Pour l'identification de ce toponyme, cfr C. de Borman, Les remparts de Tongres devant l'histoire, s. 1. n. d., p. 10-11.
LES CAMPAGNES BRABANÇONNES CONTRE LIÈGE
257
le passage mais, finalement, écrasées par le nombre, elles refluent à l'intérieur de l'enceinte. Des citadins apeurés vont s'enfermer dans la forteresse de Colmont, distante de 4 kilomètres ; les autres, avec femmes et enfants, se réfugient dans la collégiale Notre-Dame, qu'ils mettent en état de défense. Les Brabançons prennent la ville sans difficulté, la soumettent au pillage et au feu mais ils échouent devant le seul point fort du lieu : l'église. Ils vont alors loger entre Offelken et Xhendremael, à quelques kilomètres de Liège. Le duc fait reconnaître la Cité et apprend qu'elle est maintenant remparée : cette information dissipe donc toute velléité d'attaque par surprise. Pendant ce temps, l'évêque ne restait pas inactif. Le comte de Looz était venu à Liège pendant la nuit du 10 au 11, l'avertir des ravages de l'ennemi ; du même coup, sa présence avait quelque peu rassuré les bourgeois qui, déjà, s'apprêtaient à fuir la Cité. L'ost, convoqué antérieurement en vue d'une expédition offensive que l'invasion brabançonne avait muée en défensive, était en train de se réunir. Les troupes du nord de la principauté viennent se concentrer à Liège. Celles du Sud font leur jonction à Huy mais tardent à gagner la capitale : c'est pourquoi l'évêque se porte à leur rencontre pour hâter leur arrivée.
Le 12 octobre, c'est chose faite : les fantassins des villes de la Mar-
lagne (Fosse, sans doute aussi Thuin et Châtelet) et de la vallée de la Meuse (Liège, Huy et Dinant) sont réunis, nombreux, dans la capitale. Mais l'élément équestre fait singulièrement défaut dans les rangs épiscopaux. Plus de 150 chevaliers liégeois se trouvent en effet au service du comte de Flandre et le puissant lignage des Donmartin, qui compte des centaines de représentants, mais qui pactise avec Henri Ier, a fait presque entièrement défection. De sorte que la cavalerie de Hughes de Pierrepont se trouve réduite à une trentaine d'unités seulement (x). Thierry de Rochefort, avoué de Dinant, Hughes de Florennes et Arnoul de Morialmé sont investis du commandement. Cependant, après avoir, sans plus de succès, lancé à nouveau une partie de ses troupes à l'assaut de l'église de Tongres, le duc
de Brabant, conscient des préparatifs militaires de l'adversaire, avait résolu de battre en retraite. II employa la journée du 12 à rétrograder vers le Brabant en saccageant tout sur son passage : décrivant un arc de cercle à travers la Hesbaye dans le but, pensons-nous, d'éviter tout accrochage le long du Geer avec le comte de Looz, il (г) Vita Odiliae, p. 181, 182 ; Renier, p. 100, 105. — Le lignage de Donmartin était déjà entré en guerre avec la ville de Liège en 1184 ; cfr G. Kurth, La cité de Liège au Moyen Age, I, Bruxelles-Liège 1909, p. 93, 125-126. — Cfr également E. Poncelet, L'extinction de la « familia » militaire dans la principauté de Liège, in Mélanges H. Pirenne, Bruxelles 1926, p. 359-368.
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ANNEXE VI
passe par Donceel et vient planter ses tentes à Omal. Pendant ce
temps, l'armée liégeoise, qui a pris campagne, n'ose aborder les fuyards avant d'avoir reçu les renforts lossains et limbourgeois à pied et à cheval, que le comte de Looz rassemble à Brustem avec le duc de Limbourg. Elle vient loger à Lens-sur-Geer mais ses éclaireurs poussent jusqu'au camp ennemi (^). Pendant la nuit du 12 au 13 octobre, les deux commandements alliés conviennent par messages
de faire mouvement vers minuit et d'opérer leur jonction à l'aube, dans la campagne de Steppes. Ce plan bénéficie d'une exécution parfaite : l'armée épiscopale, réunie par des hérauts, se joint aux alliés, à l'endroit et au moment convenus. Un défi est porté au duc,
qui accepte la bataille. Celle-ci débute vers 9 heures. A midi tout est consommé et les vainqueurs liégeois arrêtent la poursuite des fuyards entre Hannut et Tirlemont. Le duc de Brabant fuit vers sa capitale. L'armée victorieuse infiéchit alors sa progression vers le Sud. Elle s'en vient loger à Hannut, en Brabant, qu'elle pille et incendie. L'évêque obtient la reddition du château mais se hasarde à le laisser aux mains de la garnison brabançonne dont il a obtenu, par serment, la neutralité.
Dans un souci remarquable de continuité dans l'action Hughes de Pierrepont décide de pousser vers Louvain, capitale du Brabant. Mais le comte de Looz parvient à difíérer la réalisation de ce projet et obtient, le 14 octobre, de faire d'abord marcher les troupes sur la ville de Léau, véritable tête de pont hostile, à la frontière de son état et grande rivale commerciale. L'armée atteint cet objectif, en brûlant tout sur son passage. Dans l'incendie et le pillage de la place qui s'ensuivirent les milices de Saint-Trond, localité voisine, et celles
de Huy se manifestèrent particulièrement. Par allusion au vol d'une statue du Christ dans une église, perpétré par des Hutois, ne dira-t-on pas familièrement : « Le Dieu des Brabançons est venu dans la ville de Huy » ? (2) Sur ces entrefaites, les efíectifs épiscopaux n'avaient cessé de croître : sans doute des traînards, des indécis et des « partisans de la victoire » venaient-ils de rallier le théâtre des opérations. L'attaque de Louvain est prévue pour le lendemain, 15 octobre, à l'aube ; l'ordre de marche est transmis. Mais on apprend qu'un convoi de ravitaillement parti (') Le détour du duc de Brabant peut s'expliquer également, pensons-nous, par le désir de vivre sur une contrée demeurée à l'abri des dévastations. — D'après la Vita Odiliae, op. cit., p. 182, les Liégeois auraient logé à Glons-surGeer : c'est certainement un lapsus calami car l'emplacement de cette localité, proche de Liège, ne s'accorde pas avec la proximité de Steppes que les deux sources, par ailleurs, attribuent au dernier camp épiscopal. (2) Renier, op. cit., p. 113 : « Itaque versum est in proverbium, quod Deus Brabantie venerat in castrum Hoiense ».
LES CAMPAGNES BRABANÇONNES CONTRE LIÈGE
259
de Huy a été intercepté par la garnison de Hannut, traître et parjure. Comme la nécessité de dégager les arrières et d'assurer l'approvisionnement s'impose, la tentative sur Louvain est annulée. On fait route vers la forteresse dissidente, qui est prise par force et rasée (г). Dès ce moment, l'agressivité des Liégeois s'émousse rapidement. Pourtant, le comte de Flandre, provisoirement délivré des attaques françaises, est venu camper sur le Piéton. Que la jonction avec les
forces épiscopales se produise enfin, et ç'en est fait de la résistance brabançonne ! Mais, au lieu de cela, les troupes du pays de Liège saccagent la campagne (2). Finalement, Hughes de Pierrepont et Ferrand de Portugal répondent aux sollicitations de Henri de Brabant : celui-ci leur achète la trêve à prix d'or. N'oublions pas que cet arrangement, d'où l'appât du gain n'était probablement pas absent,
épargnait aux chefs alliés le désagrément de devoir maintenir sous les armes des effectifs importants. Les problèmes matériels engendrés par une telle mobilisation, —■ que les chroniqueurs ne prennent pas la peine de signaler, — ont peut être pesé lourdement dans la décision de mettre fin aux hostilités. D'ailleurs la campagne se soldait par
un succès sans précédent, surtout pour l'évêque de Liège. Le duc, en attaquant isolément un des deux partenaires d'une coalition avortée, avait cru en venir à bout et prévenir une agression imminente. Mais il ne s'attendait pas à trouver un adversaire préparé, déjà sur pied de guerre et fortifié par une sorte de sentiment national issu de malheurs récents et nourri d'une rancune acérée.
Le rôle de l'infanterie à la bataille de Steppes
Les historiens ne s'accordent guère sur les raisons de la plus éclatante victoire de l'ancienne principauté de Liège. L'honneur en revientil à l'infanterie, à la cavaleríe ou à ces deux forces combinées ?
Godefroid Kurth osait écrire : « C'était surtout la Cité de Liège, et avec elle les autres villes de la principauté, qui se sentaient grandies et
confortées. La victoire de Steppes était leur victoire à elles, une victoire de bourgeois, comme, un siècle après, celle de Courtrai devait être une victoire de plébéiens. La féodalité liégeoise n'y avait pas
eu de part et n'en pouvait pas revendiquer l'honneur » (3). f1) II ne s'agit pas, comme on pourrait le croire à première vue, d'une action de détail. Un soldat peut se priver de bien des choses, mais jamais de nourriture. Comme nous le constatons souvent pour cette époque, c'est la ville la plus proche du théâtre des opérations, ici Huy, qui procure le ravitaillement.
(z) La contre-offensive liégeoise, après la victoire de Steppes, aurait entraîné l'incendie de 32 villages brabançons ; Renier, op. cit., p. 112. (3) G. Kurth, op. cit., I, p. 124.
2бО
ANNEXE VI
La remarque de Pirenne, plus nuancée, n'en renferme pas moins des formules sujettes à caution : « Pour la première fois dans les Pays-Bas, des troupes urbaines allaient combattre une armée féodale. Elles subirent brillamment l'épreuve et l'élan de la cavalerie brabançonne vint se briser sur les lances fichées en terre des bourgeois de Liège, de Huy et de Dinant. Sur un théâtre plus modeste et à cent ans de distance, la journée de Steppes annonce celle de Courtrai. Elle ne révéla pas seulement la force de l'infanterie urbaine lorsqu'elle est commandée par des chefs habiles et sait se tenir sur la défensive ; le triomphe de l'armée liégeoise fut dû, avant tout, à des causes morales » (x) . Plus récemment M. Verbruggen se livrait à une étude détaillée du combat : elle lui fournissait l'occasion d'expliquer clairement ce que les deux autres historiens n'avaient fait qu'évoquer en des formules dangereusement concises. Cette fois, la victoire est attribuée au rôle prééminent de la chevalerie liégeoise et lossaine (2) . Des idées aussi divergentes, voire contradictoires, appellent un
retour aux sources, seul garant d'une nécessaire mise au point. On sait que les troupes épiscopales étaient réparties en trois « batailles », disposition traditionnelle au Moyen Age. Le commandant en chef, Louis II, comte de Looz, se trouve à la tête de la première bataille,
celle qui, comme le veut la pratique militaire du temps, constitue l'avant-garde donc l'aile droite sur le champ de bataille (3). On y trouve la chevalerie lossaine et celle du duc de Limbourg, également présent, c'est-à-dire 3 à 400 cavaliers. Derrière, on a rangé l'infanterie lossaine, certainement peu nombreuse en raison de l'insécurité que l'invasion brabançonne avait créée dans les villes au nord du Geer (4). L'aile gauche se compose des contingents venus du sud du (*) H. Pirenne, Histoire de Belgique, I, Bruxelles 1929, p. 237. — M. F. Vercauteren, Het prinsbisdom Luik tot 1316, in Algemene geschiedenis der Nederlanden, II, Utrecht 1950, p. 340, fournit une interprétation analogue à celle de Pirenne. — C'est aussi celle du Général E. Wanty, La pensêe militaire des origines à 1914, Bruxelles-Paris 1962, p. 125, qui toutefois accorde à rinfanterie liégeoise un rôle plus grand. (2) J. F. Verbruggen, De krijgskunst in West-Europa in de Middeleeuwen, Bruxelles 1954, P· 39°"399 '· les opinions des auteurs antérieurs sont discutées p· 390-391·
(3) Cette pratique fut sans doute empruntée aux Grecs, par l'intermédiaire des Byzantins ; E. Wanty, op. cit., p. 79. (4) En 1189, le comte de Looz et le duc de Limbourg, assiégés dans SaintTrond, alignent ensemble des efíectifs importants en raison de l'invasion étrangère : 300 chevaliers et autant de sergents montés ; cfr Gislebert de Mons, p. 240. — II est certain que les milices des villes-frontières n'avaient pas pris l'ofiensive puisque, le 11 octobre, les Tongrois défendent leur propre cité et que, le 14, les Saintronnaires sortent de leurs murs pour attaquer Léau ; Renier, op. cit., p. 103, 110.
LES CAMPAGNES BRABANÇONNES CONTRE LIÈGE
2ÓI
Pays : l'infanterie dinantaise et de la Marlagne, précédée d'une poignée de cavaliers. Leur chef est Thierry de Rochefort, avoué de Dinant. Au centre, les fantassins de Liège et de Huy, en grand nombre, avec, devant eux, la maigre chevalerie tirée de la Hesbaye et, sans doute, l'évêque Hughes de Pierrepont. L'armée s'arrête à portée de voix des Brabançons. La disposition reste inchangée mais les fantassins reçoivent l'ordre de former à l'arrière un cordon défensif, hérissé de lances. L'intention est d'empêcher la cavalerie épiscopale de succomber à la peur et de pouvoir tourner bride i1). II apparaît donc clairement que l'on n'entendait pas faire engager le combat par les fantassins, sans doute dépourvus d'hommes de trait en suf-
fisance, ce qui est une caractéristique des milices liégeoises. D'autre part, la répartition des forces indique assez que l'aile droite était seule capable de s'acquitter d'une mission offensive décisive. Le déroulement subséquent des événements ne démentira pas ces prémisses. La cavalerie lossaine s'avance la première au-devant de l'ennemi. A ce moment, l'aile gauche de la chevalerie brabançonne dévale la colline où elle se trouvait rangée et applique son point d'effort sur la « bataille » du comte de Looz. Celui-ci enfonce les rangs adverses ; il est entouré, il aura ce jour-là trois chevaux tués sous lui. Le duc de Brabant, saisissant l'importance militaire du personnage, avait chargé des chevaliers de s'en approcher à pied pour mieux
l'abattre, mais en vain (2). L'aile gauche et le centre de Hughes de Pierrepont, cavaliers comme fantassins, s'élancent à leur tour à l'attaque (3). Seuls, les fantassins du pays de Looz sont restés sur leur position initiale sans engager le combat. Le faux bruit de la mort de leur prince, répandu de façon suspecte par le duc de Limbourg, suffit à leur faire prendre la fuite. Lorsque, mieux informés, ils reviennent sur le champ de bataille, ils n'y trouvent plus que des cadavres, qu'ils s'empressent de dépouiller, et le charroi ennemi, f1) La raison est donnée dans Vita Odiliae, op. cit., p. 184. (2) Ce sont eux, sans doute, qui s'acharnèrent à trancher les jambes des chevaux du comte, pour le désarçonner, comme le suggère le passage de Renier, op. cit., p. 107. (3) Le passage de Renier, op. cit., p. 107-108 est absolument formel sur ce point : les deux ailes dans leur ensemble, cavaliers et fantassins, passent à l'attaque. D'ailleurs, les armes attribuées par ce chroniqueur aux assaillants appartiennent bien à des piétons. De plus, le fait que le comte de Looz, désarçonné, ait failli, par méprise, succomber au coup de hache d'un Liégeois (Vita Odiliae, op. cit.. p. 184) indique non seulement la présence de l'infanterie dans le feu de l'action mais aussi que l'intervention des piétons eut lieu alors que Louis de
Looz n'avait pas encore mené à bien sa mission. La thèse de M. Verbruggen, op. cit., p. 397, 399, selon laquelle le mouvement offensif des communiers ne fut entamé qu'au moment de la déroute brabançonne ne résiste pas à l'examen des sources.
2Ö2
ANNEXE VI
qu'ils pillent (^). Les combattants brabançons ont fui, poursuivis par la cavalerie et l'infanterie liégeoise. En somme, Hughes de Pierrepont venait, en moins de trois heures (2), de remporter une victoire
décisive. II n'avait que deux atouts dans son jeu : le comte de Looz, cet indeficiens clipeus (3), avec sa cavalerie féodale et l'infanterie communale, nombreuse et consciente du danger national. La charge initiale du premier, — la seule charge digne de ce nom que l'évêque pouvait se permettre, — fit brêche dans les rangs ennemis. L'offensive générale des fantassins balaya toute résistance. Jamais peut-être la définition de la guerre donnée par Ruhle von Lilienstern, ce précurseur de Clausewitz, ne s'avéra aussi exacte : « un mélange d'art et de chance ». En exploitant habilement des conditions fortuites, nées de la conjoncture politique et sociale, les chefs liégeois surent retrouver de façon éphémère et par hasard, à une époque où l'ordre parallèle régissait les combats, le mécanisme oublié de la phalange macédonienne c'est-à-dire, en somme, l'exploitation par la masse des com-
battants d'une percée excentrique du front adverse. En fait, à Steppes, si la cavalerie avait rendu la victoire possible, les fantassins en furent les artisans.
Annexe VII
Le combat de Loncin
(Ier juin 1298)
La guerre des Awans et des Waroux est une de ces guerres privées qui furent si fréquentes au Moyen Age. A l'origine simple querelle entre les seigneurs de deux châteaux distants de deux kilomètres (*) L'expression hominibus comitis, que Renier, op. cit., p. 108, emploie pour désigner les combattants restés en arrière ne peut signifier « vassaux du comte » puisque ceux-ci se trouvaient déjà mêlés à l'action dès la charge initiale. De plus, on sait que l'infanterie était précisément rangée en arrière des chevaux. (2) La bataille fut engagée après la Grand Messe, vers 9 heures, la poursuite s'acheva à midi. La nouvelle de la victoire parvint à Liège à 15 heures, colportée par un convers cistercien : le messager avait donc mis trois heures pour parcourir quelque 35 kilomètres. (3) Renier, op. cit., p. 133, ne tarit pas d'éloges lorsqu'il s'agit de rendre hommage au rôle important joué par le comte de Looz en cette circonstance. — II n'est pas exclu que l'aile droite liégeoise ait compté autant de cavaliers que l'armée brabançonne. Celle-ci, rappelons-le, n'avait guère plus de 300 chevaliers lors de l'offensive de l'année précédente ; cfr n. 2 p. 255.
LE COMBAT DE LONCIN
263
à peine (*), celui d'Awans et celui de Waroux, le conflit fit rapidement tache d'huile. II s'étendit à toute la noblesse féodale établie entre la
Meuse moyenne et le Démer, qui finit par embrasser plus ou moins activement le parti de l'un des deux antagonistes. A cette époque, — nous sommes à la fin du XIIIe siècle, — les liens du sang unissent ou opposent les lignages dont la cohésion interne l'emporte encore sur les obligations à l'égard d'un souverain ou d'un parti. Mais au pays de Liège, ces confiits de parentèles dégénèrent vite : le patriciat des villes s'en mêle, le « commun » aussi qui a besoin de chefs illustres ; l'évêque intervient. Pendant près d'un demi siècle, la chevalerie hesbignonne va s'entredéchirer les armes à la main. Presque toujours, il s'agit d'actions de détail, limitées à un clan, à un village, à un château ou à une maison forte. C'est le règne du coup de main et du règlement de comptes. Pendant les trèves, les adversaires de la veille, fidèles à un code d'honneur séculaire, nouent
des relations courtoises, participent à des tournois où, côte à côte, vont louer leurs services dans quelque guerre lointaine (2). Rien ne paraît plus étranger aux conceptions modernes de la guerre que celles dont se prévalent les nobles de Hesbaye. Et pourtant, à l'examen, il apparaît bien que cette façon archaïque de se battre,
ce jeu symbolique, cruel et primitif auquel, au Moyen Age, l'ordre équestre restera toujours attaché, n'exclut nullement une forme d'art militaire, logique et efficace. Le combat de Loncin, qui se situe au début de la guerre, constitue à une échelle minuscule, le prototype de la tactique chevaleresque médiévale. Signalé dans une chronique contemporaine (3), il a été
décrit par un auteur postérieur, Jacques de Hemricourt (1333-1403) sur Ia foi de témoignages oraux dont, pour notre part, nous faisons grand cas (4). (l) Cfr à ce sujet, outre les études d'histoire générale du pays de Liège : E. Fairon, L'abolition des guerres privêes au pays de Liège, in Mélanges G. Kurth,
t. I, Liège-Paris 1908, p. 157-170 et C. de Borman, Le tribunal des douze lignages au pays de Liège (1335-1467), ibid., p. 171-183. — La guerre des Awans et des Waroux mériterait de faire l'objet d'une étude spéciale, où l'aspect social et politique serait envisagé.
(г) Sur cette vie courtoise, cfr Jacques de Hemricourt, Le traité des guerres d'Awans et de Waroux, p. 23-24. (3) II s'agit de la mention que renferme une chronique contemporaine perdue
mais qui a été utilisée par : Jean de Hocsem , p. 100 et Chronique liégeoise de 1402, p. 241. Sur Ia filiation de ces chroniques, cfr J. Lejeune, La chronique liégeoise de 1402 et Henri de Dinant ( 1253-1256) , in Mélanges F. Rousseau, Bruxelles 1958, p. 413-432 et spécialement p. 431. (4) Op. cit., n. 2 supra, p. 12-14. — L'auteur évoque constamment le témoignage oral de vétérans des guerres qu'il raconte. On aurait tort, — lorsque rien ne vient la démentir formellement, — de rejeter systématiquement pareille
264
ANNEXE VII
Humbert Corbeau, chef du parti d'Awans est simple avoué de cette localité pour l'abbaye de Priim. Mais, dès le début du conflit, il est « ly plus poissans d'amis et ly miez wamis et stoffeis de proismes prochains » (x) de toute la Hesbaye. Apprenant que son voisin, Antoine de Jemeppe, est passé du côté Waroux avec tout le lignage de Sclessin, il convoque ses alliés en vue d'attaquer le Ier juin la nouvelle demeure fortifiée de Jemeppe en
voie d'achèvement. Mais l'intéressé a eu vent de ces projets et de la date fixée. A son tour, il fait appel à ses amis : les de Sclessin avec l'avoué Gérard de Berloz, Thierry Hustin de Seraing et son frère Guillaume ainsi que les manants de Jemeppe et de Seraing, à pied. II fut en outre convenu que le sire de Waroux ne leur prêterait main forte que si l'action devait se dérouler en rase campagne ; tant qu'ils resteront dans leurs villages, plus ou moins fortifiés (2), ils pourront fort bien en effet se défendre sans l'aide de renforts. Le I er juin, jour convenu, Humbert d'Awans quitte son château avec sa troupe,
qui compte notamment les de Flémalle, et se dirige vers la vallée de la Meuse. Arrivé à Loncin, il fait halte et tient conseil avec les plus expérimentés de sa suite : il s'agit de décider par où l'on forcera l'accès du village ennemi car, selon l'usage du temps et du pays, les abords en sont défendus par des obstacles. Le lignage de Flémalle propose de contourner l'objectif en passant sur ses terres, situées en amont, et ainsi de diriger l'attaque par la vallée, où, sans doute, on ne l'attend pas. Mais ces palabres retardent l'opération au point que les combattants de Jemeppe, prévenus, s'étonnent de ne point voir paraître leurs belliqueux voisins. Ils dépèchent des éclaireurs ; ceux-ci rapportent que les ennemis discutent, en plein champ. Alors source d'information. Elle émane de gens pour la plupart illettrés pour lesquels la parole sufïit dans bien des cas où, de nos jours, l'écrit fait foi. Quant à la précision des souvenirs, n'oublions pas qu'il s'agit de guerriers professionnels, qui s'expriment en connaissance de cause. C'est ainsi qu'un recours exclusif au témoignage oral pour reconstituer une bataille qui s'était déroulée plus d'un demi siècle auparavant a donné de remarquables résultats sous la plume d'un historien américain. En interrogeant des acteurs et témoins Peaux-Rouges, ce dernier a pu fournir le seul récit authentique et cohérent de la bataille de Little Big Horn, Montana (25 juin 1876) au cours de laquelle 5 escadrons du Sep-
tième Régiment de Cavalerie des États-Unis furent écrasés par plusieurs tribus indiennes confédérées. La société de guerriers illettrés que constituaient les Indiens du Nord-Ouest américain n'est pas sans analogie avec celle de la chevalerie hesbignonne à la fin du XIII e siècle ; cfr D. H. Miller, Custer's Fall.
The Jndian side of the story, New York 1963 (reproduit 1'editio princeps de 1957). P) Jacques de Hemricourt, op. cit., p. 2.
(2) Sur les villages fortifiés dans la région, cfr C. Gaier, La fonction stratégico-défensive du plat pays au Moyen Age dans la région de la Meuse moyenne, in Le Moyen Age (1963), p. 763-764.
LE COMBAT DE LONCIN
265
Antoine de Jemeppe et les siens, — non sans arrière-pensée sans doute, — se hasardent au-delà des palissades du village, constatent que les Awans n'ont pas bougé et marchent à leur rencontre « bin ordinéement », dans la campagne entre Bolsée et Loncin. Aussitôt, ces derniers se rangent « en conroy », c'est-à-dire en petites unités de cavalerie et se portent vers les assaillants. Or, cette initiative transforme l'événement en bellum campestre f1), c'est-à-dire qu'elle oblige le sire de Waroux à intervenir. Effectivement, il arrive avec sa « rote » et vient renforcer ses partisans. L'ordre de bataille est adopté de part et d'autre : ainsi, le choc se produit « aviséement et de grand ordinanche ». Le combat est acharné et dure assez longtemps. Trop longtemps, d'ailleurs, au gré des Rivageois à pied dont la plus grande partie s'écKpse, d'autant plus que leur parti semble un moment avoir le dessous. Mais voici qu'Humbert Corbeau est abattu. Sa mort suffit à retourner la situation : la panique s'empare de ses hommes, qui prennent la fuite. Le sire de Waroux ne leur donne même pas la chasse. II a subi des pertes, certes, mais moins lourdes que celles de ses adversaires, qui ont 14 tués, dont le chef du parti des Awans en personne. Waroux a marqué un point et cela suffit à lui attribuer
l'honneur du « pougnyche » de Loncin (2). Nulle part, le chroniqueur ne fait mention d'un rôle quelconque des fantassins. On les avait certainement mobilisés afin d'assurer
la défense du village. Le hasard les avait ensuite entraînés dans une querelle qui ne les concernait pas et dont ils s'arrogèrent d'ailleurs le droit de se désintéresser. Quant à la tactique des chevaliers en
présence, elle s'avère solide et pensée, fondée sur la cohésion et sur la force du choc. Des effectifs squelettiques, — sans doute quelques dizaines de cavaliers de chaque côté, — et des objectifs très limités n'empêchaient pas, en des circonstances favorables et malgré une conception de la guerre à courte vue, le recours à une méthode efficace, très différente de l'agression instinctive et désordonnée.
(l) L 'expression est dans Jean de Hocsem, op. cit., p. 100. (a) L'expression « pongnyche » qui est dans Jacques de Hemricourt, op. cit., p. 14 et au tome I, p. 208 (à propos du combat de Waremme, en 1313), signifie, au Moyen Age, Ï5 0. 155, J 55 n · 5- l6l > l64 n · !, l68 ,
Aisne, Vervins, La Capelle), rencontre de — (1339) : 157 n · 3-
Byzantins, 139, 260 n. 3.
Camille , dictateur romain,
160.
Campine, 96, 358. Milices de — : 75 n. 2, 152. Casmatrie, ruisseau de la —, (à Vaux-sous-Chèvremont), 55. Cassel, (France, Nord, Dunkerque), bataille de — (1328) : 70 n. 4,
comte
de
Charolais,
duc de Bourgogne, dit le téméraire, 150, 153, 335, 339, 341, 342 sv.
Charles VII, roi de France, 170.
Charles VIII, roi de France, 357. Moravie ,
roi
des
Romains ( Charles IV, empereur) 290 sv.
Charles le simple , roi de Germa-
nie, 54.
Chaude Chevauchie,
(1367) : 116.
Chênée , (Liège, Liège, Fléron), combat de — (1482) : 103, 110, 195 n. i, 196 n. 2, 199, 348 sv. Pont de — : 351.
Cheratte , (Liège, Liège, Dalhem), Chèvremont , (Liège, Liège, Fléron, Vaux-sous-Chèvremont), château de — : 41, 44, 54, 55, 56> 57-
Prise du château de — (Xe s.) : Chimay, (Hainaut, Charleroi), 318. Ciney, (Namur, Dinant). — : 84 n. 4, 88, 207, 209 n. 4, 251, 337· Commune de — : 100.
Mairie de — : 86, 100 n. 1.
Milice de — : 70 n. 3, 322, 323. Claude de Cilly , maître d'Hôtel
de Jean de Hornes, 357 n. 2. Clausewitz, Karl von, général, théoricien
militaire
du
XIXe
siècle, 262.
Clermont, (Liège, Huy, Nandrin),
74 n. i, 107.
Chapon-Seraing , (Liège, Huy, Jehay-Bodegnée), 213 n. 1.
de
Charleroi),
54 sv.
Calais , (France, Pas-de-Calais, Boulogne), 171, 304. Calixte II, pape, 235.
Charles
Châtelet, (Hainaut, milices de — : 257.
manants de — : 338, 339 n. 2.
172, 209 n. 5, 342 sv.
Bruxelles , (Brabant), — : 256, 327, 343. Buironfosse , (France,
Charles ,
vent et thier, v. Liège.
— : 167.
Château de — : 44, 298. Clèves , (ville d'Allemagne, Rhin septentrional-Westphalie) , duché de — : 77, 354, 355. Comte de — : 290, 293, 299. Duc de — : 337. Reîtres du pays de — : 354, 354 n · 4- 355·
Coblence , (ville d'Allemagne, Rhénanie-Palatinat), 290. Cocherel, (France, Eure, Evreux), bataille de — (1364) : 157 n. 3.
368
index des noms de
Colart le Panetier , écuyer lié-
geois, 287. CoLMONT, (Limbourg, Tongres, Overrepen),
Tongres,
château de — : 209 n. 3, 257. COLOGNE, (ville d'Allemagne, Rhin Septentrional-Westphalie) , — : 91, 179 n. i, 231, 235.
Archevêque de — : 38, 149, 212, 219 n. i, 235, 290 n. i, 333.
Contingentdel'archevêque de — : 48. Siège de — (1106) : 233. Compiègne , (France, Oise).
Siège de — (1430) : 321. C ondroz, 96, 128, 212, 252, 322. Baillage du — : 286. Habitants du — : 209 n. 5. Conflans , (France, Seine, Charenton) , paix de — (1465) : 339· Conrad III, roi des Romains, 193. Conrad de la Marck , frère de l'évêque Adolphe, chevalier, 279, 282, 282 n. i.
Copaïs , lac, (Grèce, ancienne Béotie) Bataille du — (1311) : 157· Cornillon, faubourg et abbaye de —, v. Liège,
Milices de — : 300 sv.
Crécy-en-Ponthieu, (France, Somme, Abbeville), bataille de — (1346) : 70 n. 4, 74 n. i , 275, 275 n. 3, 295, 295 n.
Crésus , roi de Lydie, 158. Croisades,
les — : 38-39, 46-47, 107 n. i, 147 n. i, 160, 235. Croisés, les — : 107, iii, 139, 147 n. 1, 199, 225.
Curange , (Limbourg, Hasselt), 99.
Hasselt,
Cuyck,
Comté de — : 149. Cyrus
l'ancien ,
fondateur
de
l'empire perse, 158.
Dalhem , (Liège, Liège), — : 338, 338 n. 2. Comté de — : 149. Damas (Syrie), 193. Démer (rivière), 263. Deule (ruisseau), 285. Diepenbeek, (Limbourg, Hasselt, Hasselt), combat de — (1490) : 200 n. 1. Diex aïe, cri de guerre, 139. Dinant, (Namur),
— : 43, 86 n. 2, 92, 108, 125 n. 3,
abbé de — : 249.
128, 128 n. 4, 205, 255, 268, 324, 327. 328, 329, 331, 337. Châtellenie de — : 87, 100 n. 1,
Coucy,
le bâtard de — : 331. « CouLEUVRiNiERS », parti faction liégeoise, 163.
personnes et de lieux
des — .
Coune de Lontzen, porte-bannière d'Adolphe de la Marck, 286, 287, 288.
209 n. 3.
Château de — : 207. Habitants de — : 85 n. 2, 101 n. 3, 219 n. 2.
Canonniers de — : 135.
Courtrai , (Flandre occidentale) ,
Mercenaires
bataille de — (1302) : 74 n. 1, 259, 260. Couvin , (Namur, Dinant),
Milices de — : 64, 79, 102, 108,
— : 209 n. 4, 216 n. i, 311, 325, 328, 329,
Châtellenie de — : 139.
Fortifications de —- : 44. Maire de — : 325, 326.
de
— :21o
n.
1.
112, 113, 155 n. 2, 157, 167, 178 n. 2, 257, 261, 269, 300 sv., 309, 322,
323,
331,
333,
333
n.
2,
344 n · 3·
Sac de — (1466) : 127, 342. Donceel , (Liège, Liège, Waremme), 213 n. i, 258.
index des noms de personnes et de lieux Donmartin , (Liège, Huy, Jehay-
Bodegnée,
Saint-Georges-sur-
369
Milices — : 321.
Villes — : 113 n. 2, 309.
Meuse),
Éracle , évêque de Liège, 43.
— : 272.
Erbonne , lieu-dit, thier,
Bataille de — (1325) : 75 n. 2, 76, 179, 183, 185, 186, 189, 198,
Espagne, 181.
272 sv.
Lignage des — : 257, 257 n. 1. Dordrecht , (ville des Pays-Bas, Hollande méridionale) , 52 n. 2. Du Guesclin , Bertrand de La Motte-Broons, chevalier, connétable de France, 362. Dunois, v. Orléans.
v. Huy.
Esplechin , Tournai),
(Hainaut, Tournai,
trêves d'— (1340) : 286 n.
Étienne de Zittert , chef de la commune de Saint-Trond, 280. Eustache de Hamal le vieux,
châtelain de Montenacken, 174 n. 2, 282.
Eustache de Streel , chef liégeois,
Duras , (Limbourg, Hasselt, SaintTrond), Château de — : 205, 238. Comte de — : 47 n. 1, 148, 215 n. 7.
344. 347· Eustache
le
franc-homme
de
Hognoul , partisan des Awans, 215, n. i, 266, 266 n. 3. Everard de la Marck , capitaine de Louis de Bourbon, 336 n. 2.
« écorcheurs », 206, 208 п. 5, Faimes, (Liège, Liège, Waremme,
^ 244, 33I, 332. Écossais, Cavaliers — : 74 n. 1. Fantassins — : 158, 160, Mercenaires — : 64, 349.
163.
Édouard II, roi d'Angleterre, 163 n.
2.
Édouard III, roi d'Angleterre, 163 n. 2, 171, 291, 293.
Elderen , (Limbourg, Tongres), Garnison — : 77 n. 2.
Emael, (Limbourg, Tongres, Zichem-Zussen-Bolder), village d'— : 337,
344 n. 3.
Emptinne , (Namur, Dinant, Ciney) château de — : 322. Dame d'— : 322.
Ename , (Flandre Orientale, Audenarde, Audenarde), comte d' — : 45 n. 1.
Englebert de la Marck , évêque de Liège, 290 sv. 298 sv. Entre-Sambre-et-Meuse, — : 325, 327.
Falhise , mont-, v. Huy.
Fauquemont , (ville des Pays-Bas), seigneur de — : 178 n. 2, 192, 269.
Tongres,
— : 96 n. 2, 99, 101 n. i.
fortifié
Celles), 267. Falais , (Liège, Huy, Hannut), village fortifié de — : 337.
Siège de — (1465) : 338· Ferrand de Portugal , comte de
Flandre, 256, 259. Ferry de Nivelles , capitaine aux
gardes de Maximilien d'Autriche, 358 sv. Fexhe-le-haut-clocher ,
Liège,
(Liège,
Hollogne-aux-Pierres),
— : 109, 110.
Paix de — (1316) : 220 n. 1. Flandre,
comté — : 87 n. 2, 160, 215 n. 1, 223, 256, 313. Comte — : 45, 47 n. 1, 205, 217,
223, 224, 256, 257. Fantassins — : 158, 271.
160,
270.
370
index des noms de
Milices — : 74 n. i. Piquiers — : 296 n. 2. Villes — : 113 n. 2.
Milices de — : 153, 154, 154 n. 1. François Royer, bailli de Lyon, envoyé de Louis XI, roi de France, 344, 346.
Flémalle,
lignage des de — : 264. Florence, (ville d'Italie, sur l'Arno), 290. Florennes, (Namur, Dinant),
Franconiens,
Contingent des — : 48. Francs,
les — : 160, 178, 181, 193 n. 2. Chevaliers chrétiens d'Occident :
bois de — : 155.
Monastère fortifié de — : 45. Bataille de — (1015) : 37, 41, 45, 70 n. 4.
Florenville, (Luxembourg, Arlon), 89, 215. Folcuin, abbé de Lobbes, 37, 48. Fontainebleau, (France, Seineet-Marne, Mélun), traitéde — (ΐ33 2- τ 337) : 285 η. i.
Fooz, (Liège, Liège, Hollogne-auxPierres) , maisons fortes à — : 123 n. 5. Fortunat, poète latin, 56. Fosse (Namur, Namur), — : 131, 209 n. 4, 268, 311. Abbaye de — : 41, 43. Habitants de — : 91. Maîtres et
personnes et de lieux
Conseil de — : 100
v. croisés.
Frédéric III, empereur, 134. Frédéric de Namur, évêque-élu de Liège, 235 sv. Frênes, (Namur, Namur, Namur, Lustin), refuge de — : 41. Frères mineurs, église des —, v. Liège.
Fresin, (Limbourg, Hasselt, SaintTrond), — : 340.
Tombes romaines de — : 340. Voie de — : 340 n. 2. Frise,
Comte de — : 47 n. 1.
Fuller, J .F.C., général anglais, 224, n. i.
n. 3·
Maladrerie de — : 100 n. 3. Milices de — : 131, 257, 300 sv.
Fouron-le-comte,
(Limbourg,
Tongres, Fouron-St-Martin), 231 n. 3. 33 8 · Français, armée des — : 73, 74 n. 1, 270. Chevaliers — : 74 n. 1. Gens de guerre — : 70 n. 4, 125 n. 2, 131 n. 3, 172, 296 n. 2, 359. Mercenaires — : 64, 65, 108, 349. Pillards — : 109. France, 2, 90, 160, 194, 244, 341. Roi de —, 70 n. 4, 137, 154 n. i, 161, 277 n. i, 327, 343.
Franchimont, (Liège, Spa, Theux),
Verviers,
Château de — : 337, 337 n. 2. Marquisat de — : 91, 154 n. 1, 176 n. 4, 328, 329.
Gaillard de la Roche, capitaine,
grand mayeur de Liège, 354, 355. 355 n. 2.
Gallois,
Fantassins — : 158, 163. Gascons,
Arbalétriers — : 354. Mercenaires — : 65, 349.
Geer, le (ruisseau), — : 72, 113, 119, 208, 214, 256, 257, 260, 272, 282, 309, 310, 311, 314.
354·
Gembloux, (Namur, Namur), 322. Georges de marquette, lieutenant de Ferry de Nivelles, 359.
Georges, (saint), 281. Gérard de Berloz, avoué, 264. Gérard, comte de Looz, 204, 205. Gérard de Thillice, capitaine liégeois, 326 n. i.
index des noms de personnes et de lieux Gerbert de Reims, pape sous le nom de Sylvestre II, 54.
Gesves, (Namur, Namur, Andenne), château de — : 322. Seigneur de — : 322.
Gettysburg, (ville des États-Unis, Pennsylvanie), bataille de — (1863) : 73. Ghistel, seigneur de —, banneret, 291 n.
Gilles
Becheron,
échevin
de
Liège, 273. Gilles de Floion, capitaine liégeois, 325, 326. Gilles Festeau de Jardin, échevin de Liège, 280 n. 2. Gislebert, comte de Duras, sous-
avoué de Saint-Trond, 83, 235 sv., 238.
garnison de — : 175 n. 2, 322. village de — : 322. Gonzon, abbé de Florennes, 45 n. 2. Gorcum, (ville des Pays-Bas, en Hollande méridionale), 52 n. 2. Goswin de Fauquemont, partisan de l'évêque Frédéric de Namur, 235·
Gotland, île de —, (Suède), 73 n.
2.
Gracien de guerre, capitaine du parti des La Marck, 106, 153. Grecs, 260 n. 3.
Grivegnée, (Liège, Liège), 351, 352 n. i.
« Grote garde », 92.
Gudule, (sainte), reliques de — : 41. Gueldre,
— : 106, 217.
Gislebert, duc de Lotharingie,
Armée de — : 284, 285. Gueldre,
54·
Gislebert de Mons,
chancelier
du comte Baudouin V de Hai-
naut, 203.
Givet, (France, Ardennes, Méziè-
Comte de — : 78 n. 2, 255, 283, 284 n. 3, 299 sv. Duc de —, 90. Guerre de Cent Ans, 28, 81.
Guerre dite de la Vache, 207 n. 5,
res), 331.
Glons-sur-Geer,
(Liège,
Liège,
Fexhe-Slins), 258 n. 1. Godefroid, comte de Montaigu,
211.
Guillaume I, comte de Hainaut, 182 n. 2.
Guillaume VI de Bavière, comte
251·
Godefroid, comte de Namur, 232,
de -
Hainaut
-
Hollande
-
Zélande - Frise, frère de l'élu
235 sv.
Godefroid de Bouillon, duc de
Basse-Lotharingie, 235. Godefroid
37i
de
Harduemont,
chevalier, 292, 302, 302 n. 3. Godefroid le Barbu, comte de
Louvain et duc de Lothier, 45, 146, 235 sv., 238 sv. Goele, [Geulle ?], village des Pays-Bas, 106 n. 2. Göllheim, (village d'Allemagne près de Worms), bataille de — (1298) : 193. Golzinne par Bossière, (Namur, Namur, Gembloux), château de — : 322.
de Liège Jean de Bavière, 307, 311,
312,
313
sv.
Guillaume de Bailleul, capitaine du parti anglais, demi-frère de Robert, 138 n. 3, 139, 286 sv., 287. Guillaume de Berloz, chef lié-
geois, 338, 341, 343, 344, 347. Guillaume de Flémalle, échevin
de Liège, 280 n. 2. Guillaume
de
Hemricourt
dit
Malclerc, chevalier, 179, 181 n. 3.
Guillaume II de Jeneffe, frère de Baudouin, châtelain de Wa-
372
INDEX DES NOMS DE
remme, chef des Awans,
igi,
266 sv., 280 n. 2.
Guillaume de Juliers, 270. Guillaume V de Juliers , marquis, ex maréchal de Louis de Bavière, pair d'Angleterre, 290, 293. Guillaume de la Marck , mambour, surnommé « La Barbe »,
75 n. 77, 78, 104, 110, 127, J 35. 137. 152, 176 n. 4, 190, 199, 34 8 sv ·. 353 sv · Guillaume d'Elter , partisan de Louis de Bourbon, 352. Guillaume de Seraing , frère de
Thierry Hustin de Seraing, 264. Guillaume de Tyr , chancelier du
roi Amaury I er de Jérusalem, chroniqueur, 193. Guillaume
de
Xhendremael,
échevin de Liège, 280 n. 2. Gulpen , (Liège, Verviers, Aubel, Hombourg /Montzen), 231 n. 3.
Guy de Brimeu , seigneur d'Humbercourt, 102.
Hadelin (saint), Châsse de — : 47.
PERSONNES ET DE LIEUX
Hamal,
seigneur de —, maréchal d'Englebert de la Marck : 302. Hamal, Limbourg, Tongres, Tongres, Russon) château de — : 298.
Haneffe , (Liège, Bodegnée) .
Jehay-
— : 213 n. i.
Seigneur de — : 273. Hannappes , (France, Ardennes, Rocroi, Rumigny), prise de — (14ЗЗ) : 109, 326. Hannêche , (Liège, Huy, Hannut), 271 n. 2.
Hannut, (Liège, Huy), — : 258, 299. Château de — : 205, 258, 259. Garnison de — : 81.
Hanzinelle , (Namur, Dinant, Walcourt) , bataille de — (1314) : 125 n. 1, 159 n. 2, 160 n. 2, 161, 165, 167, 168, 178 n. 2, 184, 188, 191, 195 n. i, 268 sv.
213 n.
i,
219
n.
2,
« Harengs »
Bataille
« Haidroits »,
Huy,
des
— : v.
Rouvray.
parti des — : 139, 213 n. 1, 306
Harzé ,
sv., 314 sv.
château de — : 85 n. 2. Hasselt , (Limbourg), — : 164 n. i, 353, 358, 359. Milices de — : 64, 113, 310 sv. Haut-Châtelet , (France, Arden-
Haies de Plumecoq, lieu-dit à Huy, v. Huy.
Hainaut,
Comté de — : 39, 48, 53, 93 n. 2, 98 n. 2, 208, 213 n. i, 269, 286, 307 n. 2, 308, 309, 310, 335. Comte de — : 46, 53, 205, 208
nes, Rocroi, Châtelet-sur-Samon-
ne), Château de — : 331.
Heers , (Limbourg, Tongres, Looz),
n. i, 252.
Chevaliers du — : 191, 287. Fantassins du — : 314, 354 n. 2. Gendarmerie du — : 313.
Hakendover, (Brabant, Louvain, Tirlemont),
(Liège, Huy, Ferrières),
343.
Halen , (Limbourg, Hasselt, Herckla-Ville), 336.
Halidon Hill , (village d'Écosse près de Berwick), bataille de — (1333) : 74 n· ΐ·
— : 113.
Combat de — (1489) : 106. Heinsberg , (ville d'Allemagne), Seigneurie de — : 310. Seigneur de — : 290, 293.
Seigneur de —, père de l'évêque Jean de Heinsberg : 108, 115 n. 2, 322, 324. Reîtres de — : 166.
Siège de — (1389) : 77 n · 4. "5·
index des noms de personnes et de lieux
373
Helchteren, (Limbourg, Hasselt, Peer),
Henri, duc de Basse-Lotharingie,
combat de — (1363) : 75 n. 2,
Henri I er, duc de Brabant : 27,
106.
232.
204, 216 n. 3, 255 sv.
Hellestraat
ou
Moordkuil,
chemin creux à Hoeselt.
Herck-la-ville, (Limbourg, Hasselt), — : 77 n. 2, 93 n. 3, 98 n. 2, 99,
v. Hoeselt.
Henri IV, empereur, 122 n. 2, 146, 231 sv.
Henri, roi des Romains, puis Henri IV, empereur, 231 sv., 234·
Henry d'Asse, chanoine de Saint-
Jean de Liège, 287. Henri, comte de Laroche,
251.
Henri, comte de Namur et de
333 n. 2, 337, 353.
Contingent de — : 333 n. 2. Herderen, (Limbourg, Tongres, Tongres), village fortifié de — : 337. Herkenrode, (Limbourg, Hasselt, Hasselt, Curange), abbaye de — : 84 n. 4. Hermalle-sous-Argenteau,
Luxembourg, dit l'Aveugle, 241
(Liège, Liège,
sv., 251 sv.
gué de —- : 112.
Henri de Dinant, tribun liégeois, Henri de Gueldre, élu de Liège, 187, 192, 195, 220 n. 4. Henri II de Guigoven, sénéchal
du comté de Looz, capitaine de l'évêque Englebert de la Marck, seigneur de Wintershoven, châtelain de Colmont, époux d'Ode d'Oborne, 298, 298 n. 2. Henri III de Hermalle, chef des Waroux, maréchal de l'évêché
Liège,
seigneur
banneret,
191, 266 sv., 273, 274.
Henri de Jauche, archidiacre, 255. Henri de Leez, archidiacre, (puis Henri II, évêque de Liège), 248, 251 sv. Henri de Merica, chroniqueur, 71. Henri,
roi
Herman de Luxembourg, anti-
roi des Romains, 193.
105 n. 3.
de
Fexhe-Slins),
de
Navarre,
futur
— : 338.
Église de — : 338. Hesbaye, 92, 96, 106, 109, 117, 125 n. 2, 126, 128, 187, 208 n. 5, 211, 234, 235 n. 2, 252, 256, 257, 264, 271, 272, 277, 286, 298, 299, 300, 321, 336, 356 n. i. Avoué de — : 84, 87 n. 2, 98 n. 3, 123, 133, 245, 245 n. 4, 246, 343. Habitants de — : 209 n. 5. Milices de — : 106 n. 2, 341, 355.
Hesbignons, chevaliers liégeois, 178 n. 3, 182, 182 n. 3, 261, 263, 264 n.
Heugem, (village des Pays-Bas),
Henri IV de France, 362.
Henri de Perwez, père de Thierry, évêque de Liège, mambour,
Herstal, (Liège, Liège), 162. Herstappe, (Limbourg, Tongres, Tongres), 314. Herve, (Liège, Verviers),
306
sv., 314 sv.
Henri d'Ongneez, seigneur hesbignon, 178 n. 3. Henri de Salm, fils du comte de
Salm, 315, 318.
Henri de Verdun (le Pacificateur), évêque de Liège, 39, 43, 50.
310.
Heusden, (Limbourg, Hasselt, Beringen), 99, 106 n. 3. Heylissem, (Brabant, Louvain, Tirlemont), 213 n. 1. hirson, (France, Aisne, Vervins), 331·
Hocheporte, porte fortifiée, v. Liège.
374
index des noms de
Hocht , (Limbourg, Tongres, Mechelen, Lanaken), 310. Hoeselt , (Limbourg, Tongres, Bil-
personnes et de lieux
Hughes
le
Grand ,
Seigneur de — :
— : 106 n. I.
v. Guy de Brimeu.
Moordkuil à — : 284 n. 2.
de
Humbercourt,
zen).
Bataille de — (1328) : 70 n. 4, 73 n. 3, 75 n. 2, 78 n. 2, 155 n. 6, 171, 195 n. I, 283 sv. Hellestraat à — : 284 n. 2.
comte
Paris, 57.
HumbertCorbeau , avouéd'Awans,
chevalier, 196 n. 2, 264 sv. Hunt von dem Busch , seigneur allemand,
château de — : 334. Hurbeek , lieu-dit,
HOLLANDE,
— : 308.
v. Wilderen.
Hollogne-sur-Geer , Liège, Waremme),
(Liège,
— : 119, 213 n. I.
Bataille de — (1483) : 73 n. 3, 75 n ·. 75 η · 2 , 7^> 78. 127, 161,
Hussites, les —, 28, 158. Huy, (Liège), Ville — : 43, 45, 81, 88, 102, 117 n. 2, 120, 153, 192, 205, 208
353 sv„ 359.
n. 4, 209 n. 5, 220 n. I, 248, 253, 255, 257, 259, 268, 277, 281, 282, 290 sv„ 322, 324, 328, 339, 344
Château de — : 353, 354.
n. 3. З50.
Église-refuge de — : 251.
Huy-Petite : 153. Chemin de Falhise : 278. Haies de Plumecoq : 278. Mont Falhise : 187, 277, Pont : 235, 237.
176 n. 4, 184, 185, 188, 190, 199,
Siège du château de — (1483) : 353·
hongrois, 37, 40, 41, 54, I39.
H00GBEEK, le, (ruisseau àBrustem),
Porte des Aveugles : 279.
345 n. 3.
HoRiON-HozÉMONT, (Liège, Liège, Hollogne -aux-Pierres) , — : "9, 255.
Rue des Malades : 279 n. 1. Thier d'Erbonne : 155 n. 6, 187, 277 sv.
Hougaerde , (Brabant, Louvain, Tirlemont),
Collégiale Notre-Dame : 41.
Église
Saint-Étienne-au-Mont :
— : 220 n. 4.
277.
Bataille de — (1013) : 38, 41,
Bourgeois : 236.
44, 54, 70 n. 4.
Habitants : 92, 219 n. 2. Patriciens : 266, 273.
Église
Saint-Gorgone
à
—:
45 n. i.
Fortifications de — : 44. Motte de — : 45 n. 1. HoYOux, le (ruisseau), 235. Hughes Capet, roi de France, 57. Hughes de Bar, fils du comte de Hughes de Florennes , chef des
d'Hugues
de
Pierre-
pont, 257.
Hughes de Pierrepont , évêque de Liège, 81, 119, 147, 195, 205, 216 n. 3, 255 sv.
Avoué : 41. Milices : 64, 84, 101, 101 n. 2, 102, 103, 108, 113, 127, 146, 156, 178 n. 2, 187, 199, 212, 213 n. I, 219 n. 5, 239, 245, 247, 252,
257, 258, 261, 266, 267 n. I, 269 sv., 291 n. 4, 300 sv., 309 sv.,
Bar, 242 sv.
troupes
278.
322 sv„ 333, 333 n. 2, 350 sv„ 354.
355·
Arbalétriers : 110, 350 sv.
Forteresse : 45, 49, 83, 129, 204, 205 n. 3, 207, 209 n. I, 235.
Siège (1119-1120) : 234 sv.
index des noms de personnes et de lieux Siège (1467) : 77 n. 4, 175 n. 4,
375
Jean de Haneffe, chef liégeois, 196 n. 2, 279.
343·
Attaque (1467) : 78 n. Bataille d'Erbonne (1328) : 70 П. 4, 74 П. 3, 75 П. 2, 156, 187, 191, 192, 195 n. I, 196 n. 2, 276 sv.
Ile de France, 335. Immon , comte, 54.
Indiens (peaux-rouges), 264 n. Italie,
Expédition d'— (X e siècle) : 48. Jacques Chabot, bailli, 153. Jacques de Croy, chanoine de Saint-Lambert, partisan des la Marck, 92, 135. Jacques de Hemricourt, chroniqueur, 263. Jaffa, ville et port d'Israël,io7,n 1.
Jan de Cuupere, bourgeois
Jean de Harduémont, chef des milices rurales, 153, 282. Jean de Haynin, chroniqueur, homme d'armes hennuyer, 72, 79, 83 n. 3, 113, 339. Jean de Heinsberg, évêque de Liège, 134, 307, 321, 327 sv . Jean de Hocsem, chroniqueur, 31 n. i, 270 n. 5.
Jean de Hornes, protonotaire puis évêque de Liège, 85, 91, 108, 112, 125 n. 2, 127, 135, 156, 196, 217, 352, 357 sv.
Jean de Jeumont, capitaine hennuyer, 316, 331.
Jean de la Boverie, chevalier, 329, 341. 344·
Jean de Langdries, conseiller de l'évêque de Liège, seigneur de Langdries, 273, 275, n. 4.
Jean, roi de Bohème, dit l'Aveugle,
Jean de Lobosch, frère naturel du seigneur de Wesemaal, 266,
285, 287, 290, 293. Jean, curé de Warnant, chroni-
Jean de Loverval, archidiacre,
d'Ypres, 71.
246.
queur, 270 n. 1.
Jean d'Arendael,
seigneur de
Rheydt, 332 sv. Jean de Bailleul, seigneur de Morialmé, avoué héréditaire de Fosses, 269.
Jean de Bavière, élu de Liège, 90, 132 n. 3, 195, 213 n. i, 219
n · 3. 3°6 sv„ 318. Jean de Beauraing, seigneur de la Thiérache, 327, 328, n. 2.
Jean de Borgneval, chef des Hutois à Vottem, 292.
Jean de Bueil, capitaine, 170. Jean de Fanson, patricien hutois, 267 n. 4.
Jean de Flemalle, échevin de Liège, 280 n. 2. Jean de Hainaut, sire de Beaumont, 290, 290 n. 2.
Jean
de
Hamal,
268.
maréchal de
l'évêché de Liège, 195 n. 2.
Jean de Luxembourg, comte de Ligny, 327, 331. Jean de Masilles, échanson du duc de Bourgogne, témoin du Sac de Liège, 72 n. 1, 73 n. 1. Jean de Wilde, chef liégeois, 158, 344·
Jean d'Outremeuse, chroniqueur, 289 n. 2.
Jean I, duc de Clèves, 116 n. 3. Jean Festeau de Jardin, échevin de Liège, 280 n. 2. Jean Froissart, chroniqueur, 285 n. 2, 287 n. I.
Jean le Bel, chroniqueur, 80. J εαν sans peur, duc de Bourgogne, 156, 312 sv. Jean, seigneur de Croy, 321. Jeannot le bâtard, bourgmestre de Liège, 359, 361.
Jemeppe, (Liège, Liège, Hollogne-
376
index des noms de
aux-Pierres), maison-forte de — : 264, manants de — : 264.
Jeneffe , (Liège, Liège, Hollogneaux-Pierres), 272, 272 n. 2, 273.
ville
jérusalem,
de
personnes et de lieux
Landen, (Liège, Huy), — : 109, 336· Garnison de — : 77 n. 2, 340. Lansquenets, 65, 78 n. 2, 85 n. 2, 92, 108, 150, 163, 349, 355, 358 sv.
l'État Lantin, (Liège, Liège, FexheSlins), 73.
d'Israël,
Prise de — (1099) : 38. jodoigne, (Brabant, Nivelles), 336. Juliers (duché de) : 80, 90 n. 2,
Combat de — (1468) : 69, 70, 71, 72, 73, 166.
Église de — : 72.
106, 217, 332. le comte de — : 103, 283.
Laon , (France, Aisne), siège de — (988) : 57.
le duc de — : 149, 212. le marquis de — : 299.
La Poulie , lieu-dit à Bouillon,
les reîtres du — : 116.
La Roche , (Luxembourg, Marche-
v. bouillon.
en-Famenne), 331 n. 3. Katzenelnbogen,
comte de — : 290, 293.
La Savatte , lieu-dit aux confins d'Othée et de Russon, 316 η·ι ,
Koninksem , (Limbourg, Tongres, Tongres), 110.
379-
Kriekelerenbosch , (lieu-dit entre Berlingen et Ulbeek),
— : 299, 300, 301.
combat du — (1466) : 75 n. 2,
Latinne, (Liège, Huy, Hannut combat de — (i3°3) : i53Latins, chevaliers
154. 155·
Kyrie Eleysson, cri de guerre, 139.
La Hire , Étienne de Vignoles, dit —, capitaine français, 206. La Marck , famille noble des —,
— : v.
Croisés.
Léau, (Brabant, Louvain), — : 258, 304, 305, 336. Bourgeois de — : 74 n. 4, 171, 175 n. 6. Garnison de — : 340.
Comte de — : 283, 299 sv. Damoiseau de — : 327. Parti des — : 69, 85 n. 2, 156,
Faubourg de — : 171. Fossés de — : 171.
214 n ·
n. 4.
357 sv -
Lambert , saint, évêque de Maestricht, — : 147 n. 2, 253, 254.
châsse de — : 123, 248.
reliques de — : 251. Lambert , comte de Louvain, 37,
Lechfeld ,
(Allemagne, Bavière,
près d'Augsbourg), bataille du — (955) : 38. Lens-sur-Geer , (Liège, Liège, Waremme), 120 n. 1, 258, 314. Léonard de Slins , capitaine, 359. Les trois tombes , lieu-dit entre
44·
Lambert, comte de Montaigu, 192, 235 sv.
Lambert de Hautepenne , partisan des Waroux, 273. Lambert de Hersfeld , chroniqueur,
Sac de — (1213) : 176, 258, 260
47,
151.
Lambert d'Oupeye , chef des milices rurales, 153.
Montenaken et Fresin, 340 n. 2. Les Waleffes , (Liège, Huy, J ehay-Bodegnée) , — : 123, 128 n. 2, 256, 281, 301, 304·
Château de — : 300. Levold von Northof , chroniqueur, 270 n. 5.
index des noms de personnes et de lieux
377
Faubourg Sainte-Walburge : 69,
Liedekerke,
lignage brabançon des de — :
350·
266.
Cimetière de Sainte-Walburge :
Liège , Évêché,
291.
Évêché de — : 218 n. 3. Évêque de — : 38, 46, 47 n. 1,
Thier de Sainte-Walburge : 292,
54. 55. 64, Io8 - II2 . I23> 13 1 .
Charborinage
191,
293 n. 2, 377.
205,
213
n.
I,
220,
272,
3 2 5. 3 2 &Liège , principauté, — : 90. 96, 143. 144. 45, 163, 251, 266, 280 n. 4, 328, 349.
Armée de : 41, 48, 75 n. 2, 77 n. 4, 78 n. I, 86 n. 3, 88, 89, 90 n. I, 91, 106 n. 2, 106 n. 4, 113, 117,
214 n.
I,
215 n. 3,
271.
Cavalerie de — : 47, 48, 49, 171, 288.
Milices de — : 150, 150 n. 2, 154 n. I, 161, 162 n. I, 162 n. 3, 213 n. I, 245 n. 5, 259, 336, 339. Villes de — : 78. Liège , ville,
— : 45, 52, 54, 55, 69, 72, 79, 79 n. I, 83, 89 n. 4, 92, 93 n. 3,
2 93·
de
la Batterie :
Moulin de la Crayère : 293, 377. Fond des Tawes : 377. Rue Fossé Crahay : 377. Haut des Tawes, 377.
impasse des Camus, 377. rue de la Limite, 352 n. 1.
impasse Chera, 352 n. 1. Liège , Cathédrale Saint-Lambert : 85 n. 2, 249.
chapitre de — : 115 n. 2, 187, 207, 232, 268. Avoué de — : 234.
Étendards de — : 117 n. 3, 130 n. 4,
132,
133, 343, 344,
352.
Reliques de : v. Lambert (saint). Châsse de : v. Lambert (saint).
Liège , Églises : abbaye
II7 П. 2, I18, II9, 120, I23, I27, 128, 131 n. 4, 134, 153, 159, 163, 192, 208, 208 n. 4, 209 n. 4,
344 n. 4·
209 n. 5, 219 n. 5, 220 n. I, 231,
Saint-Martin : 43. Couvent de la Chartreuse : 123
232, 240, 244, 246 n. I, 248, 253, 2 55. 2 57. 268, 268 n. I, 290 sv„ 300, 309, 314, 327, 333, 338, 350 361. Liège
Hocheporte : 292. Porte d'Amercœur : 351.
Porte Sainte-Walburge : 106, 154 n. I, 292, 315.
Basse-Wez : 351, 352 n. 1. Moulin de Basse-Wez : 352. Ruisseau de Basse-Wez : 352. Sauvenière : 85 n. 2. Thier de la Chartreuse : 351.
de
Saint-Jacques : 38,
IOO n. 4, 102, 105, IIO, 112, 113,
abbé de Cornillon : 249. Saint-Denis : 43.
n. 5·
Saint-Servais : 43.
Église des Frères Mineurs : 355 n .2. Liège,
Bourgeois de — : 78, 199, 235. Bourgmestre de — : 115 n. 2. Métiers de — : 115, 136. Milices de — : 49, 64, 69, 71, 72, 74 n. 4, 101, 101 n. 2, 105 n. I,
108, 112, 113, 117 n. 3, 132 n. 2, 13 2 n. 3, 149, 155 n. 6, 156, 157, 164, 176 n. 3, 187, 199, 212, 232 sv., 239, 245, 247, 252, 257, 261,
Bois de Robermont : 112.
276 sv., 283, 284, 291 n. 4, 300
Faubourg Saint-Léonard : 158. Faubourg Sainte-Marguerite :
sv., 309 sv., 314 sv., 322, 331,
350·
358.
333 sv„ 337, 344, 350 sv„ 355,
378
index des noms de personnes et de lieux 216 n. i, 256 sv., 269 sv., 290, 298 sv.
Arbalétriers de — : iio.
Mercenaires de — : 92.
Citadelle actuelle de — : 377. Combat de Sainte-Walburge (1468) : 154 n. I.
Sac de — (1468) : 209 n. 5. Lierneux , (Liège, Verviers, Stave-
Looz, cri de guerre, 138. Lorraine,
Duc de — : 256.
Lothaire , roi de France, 57. Lotharingie,
lot),
— : 54. 2 5i·
Combat de — (1387) : 75 n. 2,
duc de — : 49. aristocratie militaire de — : 38,
194.
Lille , (France, Nord),
48, 178. Lothier,
— : 285, 286.
duché : 235 et n. 2.
Limbourg,
duché de — : 162 n. 1, 175 n. 4, 336. 337 η · 2 · duc de — : 47 n. 1, 147, 255,
Louis II, comte de Looz, 256 sv. Louis XI, roi de France, 154 n. 1,
258, 260, 260 n. 4, 298 sv. Limbourg , (Liège, Verviers), siège de — (1465) : 339, 341,
Louis XIV, roi de France, 206. Louis d'Agimont , banneret, avoué
341 n. 2.
Little big horn , (États-Unis d'A-
217.
335.
339.
349.
de Hesbaye, 292, 303. Louis de Bavière, empereur, 193, 290.
mérique, Montana). Bataille de — (1876) : 264 n.
Louis de Bourbon , élu de Liège,
Liutprand de Crémome , chroni-
199. 333. 335. ЗЗ6. ЗЗ6 n. 2, 336 n. 3, 343, 348 sv„ 353. Louis van den Rine , bourgeois
queur, 55.
Lobbes ,
(Hainaut,
Charleroi,
Thuin), abbaye de — : 37, 41, 42, 43, 139,
Logne , (Liège, Huy, Ferrières, Vieuxville), terre de — : 104, 163 n. 3, 167. Lombardie , (Italie), 239 n. 7. Loncin , (Liège, Liège, Hollogneaux-Pierres), Combat de — (1298) : 76, 152, 189, 196 n. 2, 198, 262 sv. Looz, (Limbourg, Tongres), — : 353·
Combat de — (1179) : 171. Looz, comté de —, 64, 87, 92, 100 n. i, 148, 207, 214 n. i, 217, 266, 328, 336.
milices du — : 87 n. 4, 102, 106 n. 2, 113, 309 sv., 321, 333, 344, 344 n. 3, 353.
103,
1 10,
127,
135,
137,
153,
d'Ypres, 71. Louvain , (Brabant), — : 81, 258, 259, 343. Bataille de — (891) : 178, 193. Comte de — : 47 n. 1. Chevaliers du comte de — : 45. Lowaige , (Limbourg, Tongres, Tongres), Pont de — : 110, 113, 208. Rencontre de — (1466) : 114, 155. 158. Lûbeck, (ville et port d'Allemagne, Slesvig-Holstein), 290. Lupon , abbé de Saint-Trond, 47 n. i, 50.
Luxembourg, comté puis duché de —, 116, 206, 212, 247, 331 n. 3. З36. armée du — : 287.
Looz, comte de —, 47 n. 1, 50, 83, 138, 147, 148, 195 n. 2, 196 n. 2, 205, 209 n. 3, 215 n. 7,
Maeseik, (Limbourg, Tongres), 102, 333. 337-
index des noms de
personnes et de lieux
Siège de — (1490) : 127. Maestricht, (ville des Pays-Bas, Limbourg hollandais), — : 38, 52, 90, 91, 106 n. 2, 119 n. 2, 175 n. 5, 208, 210 n. I,
214, 219 n. 3, 231 n. 3, 307, 308, 309, 310 n. I, 313, 314, 318, 333, 336, 336 n. 2, 336 n. 3, 337, 344 n- 3. З52, 358. Colline de Saint-Pierre à — : 310.
Église Notre-Dame de — : 38. Moulins hydrauliques de — : 311.
379
Mélart de Wanze, partisan des la Marck, 85 n. 2, 215 n. 2. Melito, (Italie, village proche de Naples), bataille de — (1347) : 183. Melsterbeek, (ruisseau à Brustem), 345 n. 3. Merwede, (village des Pays-Bas en Hollande méridionale), 52 n.
2.
Metz , (France, Moselle), — : 199, 358 n. 2.
Évêque de — : 358 n. 2.
Pont de — : 333.
Sièges de — (1407-1408) : 309. (1408) : 78, 124 n. I,
Meurs,
124 n.
Meuse, la (fleuve) : 52, 96, 101,
3,
310-312.
comte de — : 103.
Archers de — : 102, 135, 163
101 n. 2, 102, 112, 116, 153,
n.
167, 170, 192, 207 n. 3, 210 n. 2, 232, 235, 236, 252, 257, 263,
i, 323.
Corps expéditionnaire de — : 70 n. 3, 100, 117.
Milices de — : 69, 103, 155 n. 6, 158, 167, 322. Malines, (Anvers), — : 220 n. I.
Marc de Bade, mambour de la
principauté de Liège, 335, 337 sv.
Marche-en-Famenne, (Luxembourg), 248. Marlagne, la, 257, 261, 310. Marque, la, (rivière de France, Nord), 285, 286. Maurice, empereur de Byzance, 181 n. I.
Maximilien
d'Autriche,
n. 2.
Milan, (ville d'Italie, Lombardie),
4.
Mal Saint-Martin (1312), 191, 192, 268 n.
264, 267, 272, 273, 308, 310, 311, 323, 328, 331, 333, 338. Mézières, (France, Ardennes), 307
souve-
rain des Pays-Bas, 217, 217 n. 1, 354 n. 2, 357.
Mayence, (ville d'Allemagne, Rhenanie-Palatinat) , — : 233·
122
n.
2.
Millen, (Limbourg, Tongres, Tongres), Garnison de — : 77 n. 2. Moulin de — : 123 n. 5. Mirwart, (Luxembourg, Marche, Nassogne), château de — : 44. Moha, (Liège, Huy, Héron), Comté de — : 255. Baillage de — : 215 n. 1, 286. Bailli de — : 89, 324. Châtelain de — : 279. Château de — : 103, 207, 304. Garnison de — : 219 n. 4, 306. Molenbeek (ruisseau). Marais du — : 238.
Momalle, (Liège, Liège, Hollogne-
Archevêque de — : 290 n. 1. Contingent de l'archevêque de —
aux-Pierres), Rencontre de — (1326) : 115,
48. Meersen, (village des Pays-Bas), pont de — : 155 n. 6. Méhaigne, la, 277.
Mons, (Hainaut), 307. Mons-en-Pévèle, (France, Nord, Lille) ,
213 n.
i.
380
index des noms de
Bataille de — (1304) : 74 n. 1. MoNTAiGU, (Luxembourg, Marcheen-Famenne,
La
Roche-en-
personnes et de lieux
Nalinnes, (Hainaut, Charleroi, Thuin), 131, 269. Namur,
Ardenne, Marcourt), Comté de — 235 n. 2.
Comté de — : 88, 108, 162, 215
Comte de — : v. Lambert.
Comte de — : 41, 78, 86 n. 3,
Montenaken , (Limbourg, Hasselt, Saint-Trond). — : 109, 313.
n. 3, 217, 251, 266, 320 sv.
123, 147, 256, 271, 290, 293, 298 sv„ 313, 314. Armée du comté de — : 70 n. 3,
village fortifié — : 337.
101, 106, 126, 155 n. 6, 158,
Bataille de — (1465) : 70, 70 n. 2,
212, 253.
73 n. 3, 75 n. 2, 127, 150, 152,
Infanterie du comté de — : 354
158, 166, 188, 335 sv. Châteain de — : 175 n. 2, 266,
n.
268.
Garnison de — : 89 n. 2.
Tour-refuge de l'église de — : 208, 341. Mont Falhise, v. Huy.
montglonne (France, Anjou), motte de —, 45. Montlhéry , (France, Seine-etOise, Corbeil), Bataille de — (1465) : 157 n. 3.
Montil-lez-Tours , (France, Indreet-Loire), Trève de — (489) : 357. 35 8 · Morialmé,
seigneur de —■ : avoué héréditaire de Fosses : 131, 132 n. 2.
Moorsel (Fl. or., Termonde, Alost), abbaye de — : 41. Mortagne , (France, Nord, Valenciennes,St-Amand-les-Eaux), 1 1 1 . Moscovie, 158. moselle,
Région de la — : 206. MouzoN, (France, Ardennes, Sedan) , — : 331·
Moyen-Orient, 208 n. 3.
Mûhldorf, (Allemagne, BasseBavière), bataille de — (1322) : 194. Musulmans, 147 n. i. Cavaliers — : 1 1 1 .
2.
Ville de — : 322, 336. Garnison de — : 340. Chaussée de — : 236. Naples , (Italie), 183. Nassau,
comte de — : 341. Neuss , (ville d'Allemagne, le Rhin) , siège de — (i475) : 96· Neuville-sous-Huy , (Liège, Huy, Huy), 103.
sur
Nevers, comte de — : 313.
Nicet , évêque de Trèves, Résidence de — : 56. Nicopolis , (ville de Bulgarie, sur le Danube), bataille de — (1396) : 157 n. 3. Nizon de Saint-Laurent , chroniqueur, 235 n. 1.
Normandie, — : 313·
Normands,
attaques de — : 40, 41, 54. Northallerton , (Angleterre, Yorkshire), bataille de —· (1 138) : 194. Notger , évêque de Liège, 39, 42, 43. 54- 55. 57·
Notre-Dame-Bourgogne,
cri
de
guerre, 317.
Notre-Dame
et
saint Lambert, cri
de guerre, 139. Notre-Dame-Hainaut, cri de guerre, 317·
index des noms de personnes et de lieux Notre-Dame-Perwez, cri de guerre, 139·
Ode d'Oborne , épouse de Henri II de Guigoven, 298 n. 2.
Odenkirchen (ville d'Allemagne), Château d'— : 334. Offelken , (Limbourg, Tongres, Tongres, Tongres). Pont du Geer à — : 256-257.
Ohey , (Namur, Namur, Andenne), 322.
163, 163 n. 4, 164, 165, 168, 174 n. i, 191, 195 n. i, 196, 196 n. 3, 199, 212, 312 sv., 348. Tumuli d'— : 315, 316 n. 1. Οττον I (le Grand), empereur, 39, 54·
Οττον II, empereur, 48, 54. Οττον III, empereur, 54. Othon IV, empereur, 107. Ouffet , (Liège, Huy, Nandrin), — : 117 n. 2, 119, 248. Garnison d'— : 219 n. 4.
Oleye , (Liège, Liège, Waremme),
Ourthe , 1'— (rivière).
traité d'— (1466), : 342. Olivier de la Marche , capitaine
— : 351.
des gardes de Charlesle Téméraire, chroniqueur, 344. Olne, (Liège, Verviers, Verviers), Manants d'— : 338.
213 n. i, 258. n. 3.
Opheers , (Limbourg, Tongres, Looz), combat d'— (1489) : 153. chevaliers
teutoni-
ques à — : 89, 123 n. 5.
terres d'— : 215 n. 3, 292, 338.
Paris , (France, Seine), 81, 195, Pays -Bas, 244, 260, 353.
Peer , (Limbourg, Hasselt), église de — : 152. Massacre de — (1483) : 73 n. 3, 74 n. 2, 152.
Persand de Rochefort , chevalier, — : 149·
Perwez, (Namur, Namur, Andenne), bois de — : 117, 323.
Orange,
Prince d'— : 313.
Terre de — : 131.
Orchimont,
seigneur d'— : 331. Ordingen , (Limbourg, Hasselt, Saint-Trond), 345. Oreye , (Liège, Liège, Waremme),
siège d'— (1429) : 81. Orléans, Jean Dunois,
bâtard
d'—, 206.
Otbert, évêque de Liège, 39, 231, 232, 234, 241.
Liège,
Petersheim , (Limbourg, Tongres, Mechelen, Lanaken), Château de — : 92. Dame de — : 92.
Petite-Gette , la — (ruisseau), 238. Philipot de Savigny , capitaine
314·
Orléans , (France, Loiret),
Othée, (Liège, Slins) .
Outre-meuse,
349·
Onofrio, légat pontifical, 72, 162
des
З52·
Oust d'Aublain , chef liégeois, 326.
Palestine, 199.
Omal, (Liège, Liège, Waremme),
Ferme
381
Fexhe-
— : 72,113, 117η. 2, 120, 312, 315.
Bataille d'— (1408) : 69, 73 n. 3, 75 n. 2, 78, 110, 112, 117, 127, 131, 150, 156, 158, 159 n. 2,
de Bosnau, 327. Philippe II Auguste , roi de France, 107, 111, 256. Philippe III, roi de France, 107, iii.
Philippe VI de Valois , roi de
France, 107, 285, 288, 295. Philippe de Clèves , capitaine, seigneur de Ravenstein, 173, 346, 353 sv.
382
index des noms de
Philippe de Commynes, chroniqueur, 79.
Philippe le Bon, duc de Bourgogne, 320, 321, 324, 331, 335, 337,
personnes
et de lieux
Raoul de Rivo, chroniqueur, 179 n.
i.
Raoul de Saint-Trond, chroni-
queur, 52, 53, 248 n. 1.
338, 352. plcardie, 358.
Rasse
plcards,
Rasse de Warfusée, sire de Wa-
archers — : 354 n. 2.
Pierre Roca, maître de Liège, 355·
PiÉTON, le (ruisseau), 256, 259. Pleichfeld, (Allemagne, Bavière, près de Wurtzbourg), bataille du — (1086) : 193. Poilvache, (Namur, Dinant, Dinant, Houx), forteresse de — : 108, 323.
siège de — (1238) : 205 ; (1430) : З23·
Poitiers, (France, Vienne), bataille de — (1 356) : 74 n. 1, 157 n. 3.
porte-au-pont, V. VlSÉ.
porte des aveugles, v. Huy.
Pré-l'évêque, v. bouillon.
Prum, (Allemagne, Trèves), abbaye de — : 264. Prusse, 181. Prussiens, les —, 28.
Puiset, (France, Eure-et-Loire, Chartres, Janville), bataille du — (1112), 185 n. 1. Purnode, (Namur, Dinant, Dinant) , 323.
de
Chantemerle,
bailli
du Condroz, 187, 277 sv.
roux,
capitaine,
général
des
forces urbaines, 292.
Ratisbonne, (ville d'Allemagne), contingent de l'évêché de — : 48. Ravenstein, v. Philippe de Clèves.
Régiment des XII, (1416), 132 n. 3. Reginald Cobham, Sir, capitaine anglais, 70 n. 4. Régnier III, comte de Hainaut, 42.
Regniowelz, (Namur, Dinant, Couvin, Cul-des-Sarts), 108, 329. Reichenau, abbaye de —, (sur le lac de Constance) ,
contingent de l'— : 48. Reims, (France, Marne), 235. Renard, châtelain d'Argenteau, 279- 3°2. 3°3-
Renard de Rouvroy, chevalier, 343·
Renard de Schönau, maréchal, 195 n· 2 . 3°°·
Renaud, comte de Bar, 241. les fils de — : 242 sv. Renaud, comte de Boulogne, 160, 160 n. 4. Renaud III, comte de Gueldre,
porte-bannière de l'Empire, 290 sv.
Renaud de Bar, fils du comte de Radou de Colonster, maître de
Bar, 242 sv.
la cité de Liège, chevalier, mercenaire des papes d'Avignon,
Renier de Saint-Jacques, chroniqueur, 147.
connétable de Lombardie, 302. Raes de Heers, tribun liégeois, 83, 127, 136, 209 n. i, 333, 337 sv. Rambures (France, Somme), seigneur de — : 323.
Renier de Saint-Laurent, chro-
Ramioul, (Liège, Liège, Seraing, Ramet), 99 n. 3.
niqueur, 245, 254 n. 1. Renier d'Oreye, écuyer,
280
n. 2.
Revogne, (Namur, Dinant, Beauraing, Honnay), prévôté de — : 328 n. 2.
index des noms de personnes et de lieux Rheidt, (Allemagne, Rhin-Septentrional-Westphalie) , — : 102.
Château de — : 91, 97, 102 n. 1, 217, 332 sv.
Prise de — (1464) : 332 sv.
Rhens , (Allemagne, près de Coblence): 290. Rhin (fleuve), vallée du — : 227. Richard dit Cœur-de-Lion , roi
d'Angleterre, 107, 111. Richard de Mérode , seigneur de houffalize, 358. Rivageois , les, (habitants des
faubourgs en amont de Liège),
v. Liège.
Robert de Bailleul , capitaine des Liégeois, frère bâtard de Guillaume de Bailleul, 138 n. 3, 139, 286, 287. Robert de Bavière , archevêque de Cologne, 333, 334, 334 n. 2. Robert de la Marck , frère de
Guillaume de la Marck, seigneur de Sedan et de Florange, 350. RoBERT , fils d 'everard III de
la Marck, 359, 361. Frison ,
comte
de
Flandre, 45. Rochefort — : (Namur, Dinant), siège de — (1445) : ю 1 η· 3·
Rodemacher , [Act. Rodemach],
Orientales), 107, 111.
Routiers, soldats-brigands, 215 n. 1. Rouvray , (France, Seine-Inférieure),
Bataille de — (1429), dite « destrousse des harengs » : 81.
Louvain,
Siège de — (1366) : 85 n · 3. 8 7> III.
Ruremonde , (Pays-Bas, Limbourg) , siège de — (1398) : 90, 123 n. 5, 174 n. 2.
Russon , le (ruisseau), 316 n. 1. Russon , (Limbourg, Tongres, Tongres), — : 96 n. 3, 314, 315.
Saint-André, (Liège, Liège, Dalhem), 338. Saint-André , croix de — (emblème), 137.
de guerre, 139, 340.
damoiseau de — : 84, 270 n. 3. Château de — : 216 n. 3. Rodulphe , abbé de Saint-Trond,
Saint Empire germanique, 191, 193- 193 n. i, 227.
empereur du — : 161.
Saint-Étienne-au-Mont ,
120.
église
à Huy,
roi des Romains,
le — : 148 n. 2, 218 n. 3. Roman de Thèbes, 174. Rome , capitale de l'Italie,
(Brabant,
Léau), forteresse de — : 77 n. 2, 77 n. 3, 78 n. I.
Saint Denis et saint Lambert, cri
(France, Moselle), seigneur de — : 216 n. 3.
179 n. I.
(Flandre Occidentale, Ypres, Passendale) , bataille de — (1382) : 157 n. 3. Rosmeer , (Limbourg, Tongres, Bilzen), Village fortifié de — : 337. Rothem , (village des Pays-Bas, près de Maestricht), 106 n. 2. Roussillon , (France, Pyrénées
Rummen ,
Bois de — :
le
Roosebeke [act. Westrozebeke],
Ruhle von Lilienstern , théoricien militaire, 262.
154, n. i, 198, 265. Robermont,
Robert
383
v.
Huy.
Saint-Georges-sur-Meuse,
53,
(Liège, Huy, Jehay-Bodegnée), 27З·
384
index des noms de
Saint-Jean-d'Acre, (ville et port d'Israël), 107, 111. Saint Lambert, cri des Liégeois, 139, 294.
Saint Lambert-Perwez, cri de guerre, 317·
Saint-Léonard, faubourg et porte
de Liège, Combat du faubourg — (1468) : 158. Saint Mengold, cri des Hutois, 139, 294.
Saint-Odulphe, ruisseau de —,
238. Saint-Pol, comte de —, 106 n. 2.
Saint-Quentin, bruyère de —, lieu-dit à Zonhoven,
359.
v. Zonhoven.
Saint-Trond, (Limbourg, Hasselt), — : 75 n. I, 83, 93 n. 3, 100 n. 2, 113, 125 n. 2, 127, 205, 207, 209
n. 5, 216 n. 2, 235, 290, 305, 307, 329 n. I, 337, 341, 344 sv„ 353,
personnes et de lieux
Salm, comte de — : 250, 290, 293, 313. 315·
Salzbourg, (ville d'Autriche), Contingent de l'Archevêché de — : 48·
Sambre (rivière), 101 n. 2. Samson, (Namur, Namur, Andenne, Thon), château-fort de — : 321. Sancey (France, Verdunois), combatde — (1440): 194,270^.3. Sancte Ursmare adiuva, cri de guerre,
139.
Saône (rivière), 98. Sautour, (Namur, Dinant, Philippeville), Château de — : 209 n. 3, 337. Sauvenière, la —, (ancien bras de la Meuse à Liège), v. Liège.
Savoie,
Duc de — : 313. Saxe,
Duc de — : 290 n. 1.
358· Fortifications : 50, 190.
Saxons,
Place du marché : 158.
Schiltron, (formation tactique des
Siège (1467) : 46, 50, 57, 77 n. 4, 146, 260 n. 4, 343. Abbaye : 44, 46, 47 n. 1, 50.
Sclessin,
Abbé Lupon : 47 n. 1, 50. Abbé Adélard II : 50. Bourgeois : 50, 74 n. 4, 219 n. 2,
Infanterie des — : 194.
Écossais), 160. lignage des de — : 264. Scoenwinckel, (Limbourg, Tongres, Looz, Wintershoven), manants du domaine de — : 99.
235·
Sébastien de Montfort, capitai-
Arbalétriers : 98 n. 2, 135. Bombardiers : 135. Couleuvriniers : 135. Milices : 64, 75 n. 1, 89, 104, 113, 128 n. 2, 148, 149, 155 n. 2, 157, 171, 175 n. 6, 176 n. 3, 236,
ne du parti des La Marck, 359. Sedan, (France, Ardennes), 244. Semois (rivière), 112, 123, 242 sv. Senlis (France, Oise), seigneur de — : 324. Seraing, (Liège, Liège), manants de — : 264. seigneur de — : 273. Simon de Lalaing, capitaine bourguignon, 321. Souabe, (Allemagne, Bavière),
258, 260 n. 4, 276 sv., 282, 291, 300 sv., 309 sv., 324, 344 n. 3.
Sainte-Walburge, porte et faubourg de Liège, v.
Liège.
Combat de — (1468) : 154 n. 1. Saive, (Liège, Liège, Waremme, Celles), 267.
villes de — : 88 n., 105 n. 5, 130 n. i, 227 n. 4.
contingent de — : 48.
index des noms de personnes et de lieux Spontin (Namur, Dinant, Ciney), — : 323
n.
Statte , (Liège, Huy, Huy, Huy), Stavelot , (Liège, Verviers), principauté abbatiale de — : i.
Abbé de — : 104. Moines de — : 41. Steppes , (Limbourg, Hasselt, Saint-Trond, Montenaken), bataille de — (12 13) : 27, 68, 69, 70 n. 4, 74 n. 3, 75 n. 2, 76 n. 2,
78, 81, 117, 118 n. i, 119, 128, 138, 147, 162, 164 n. i, 171, 175 n. 2, 175 n. 6, 183 n. 3, 184, 195 n. i, 195 n. 2, 196 n. 2, 199, 205, 216 n. 3, 239, 254 sv., 289. Stevoort , (Limbourg, Hasselt,
Herck-la-Ville), 99. Stokkem , (Limbourg, Mechelen),
Chevaliers : 160.
Théoduin , évêque de Liège, 39, 45. 49·
Theophano ,
veuve
d'Otton
II,
régente du Saint-Empire, 54. Thiérache,
— : 118, 216 n. i, 217, 325, 332. Seigneurs pillards de — : 84,
279, 324·
Tongres,
— : 102, 109, 333, 337.
Forteresse de — : 207. Gué : 207 n. 3. Siège de — (1362) : 111, 118 n. 1. Strasbourg, (France, Bas-Rhin), Contingent de l'évêque de — : 48. Strategicon, traité d'art militaire,
108, 327 sv. Thierry II, comte de Frise, 38, 52, 101.
Thierry
d'Alsace ,
comte
de
Flandre, 238 sv. Thierry deBurscheid , chevalier,
châtelain de Limbourg, 338. Thierry
IV
de
Fauquemont,
chanoine de Liège, burgrave de
Zélande, capitaine d'Édouard III d'Angleterre, 290 sv. Thierry de Heinsberg, évêque de Liège, 206. Thierry de Moha , chanoine de
Huy, 287. Thierry de Perwez, évêque de Liège choisi par les « Haidroits », 306 sv., 315 sv. Thierry de Rochefort , avoué de
Dinant, chef des troupes d'Hugues de Pierrepont, 195 n. 2, 257, 261. Thierry d'Ongneez , homme d'ar-
mes liégeois, 178 n. 3. Thierry
Hustin
de
Seraing,
frère de Guillaume de Seraing,
181 n. I, 193 n. 2. Suisses,
Fantassins — : 158,
Temple , ordre militaire.
Règle : 107 n. 1.
2.
Château de — : 322. Dame de — : 322. Stalingrad , (ville d 'U .R.S.S. sur la Volga), bataille de — (1943) : 215.
216 n.
385
264.
160,
163,
172, 172 n. 2.
Mercenaires — : 65, 78 n. 2, 108, 150, 349, 355. 358 sv.
Tannenberg , (village de l'acienne Prusse-Orientale), bataille de — (1410) : 157 n. 3. Tellin, (Luxembourg, Neufchâteau, Wellin), 85 n. 3, 89, 119, 248.
Thouars , (France, Deux-Sèvres, Bressuire), bataille de — (1129) ; 185 n. 1. Thuin , (Hainaut, Charleroi), — : 101 n. 2, 207, 269, 307. Castrum : 42, 43, 45, 208 n. 1. Châtellenie : 311.
Milices : 257, 300 sv. Thymbrée, (plaine de l'ancienne Phrygie), Bataille de — (548 av. J .-C.): 158.
386
index des noms de
Tihange, (Liège, Huy, Bois de — : 103. Tinchebray, (France, gentan), bataille de — (1106) : Tirlemont, (Brabant,
Huy),
personnes et de lieux
Trèves, (ville d'Allemagne), Archevêque de — : 290 n. 1, 358
Orne, Ar-
n.
2.
Contingent de l'archevêché de — : 194. Louvain),
48. Tristan, bâtard de Salle, 325.
116 n. 3, 125 n. 2, 258, 336, 343. Garnison de — . 340. Tongres, (Limbourg),
Trognée, (Liège, Huy, Landen),
— : 100 n. 2, 106 n. i, 110, 119,
Montenaken et Fresin, 340 n. 2.
125 n. I, 125 n. 2, 127, 156, 172, 179 n. i, 208, 256, 267, 272, 283, 305,
307.
З09.
314.
315-
353,
358, 359· Enceinte : 190. Collégiale Notre-Dame : 205, 257. Habitants : 209 n. 3.
300, 302.
Twee tommen veld, lieu-dit entre
Ursmer, saint,
Corps de — : 42. Utrecht, (ville des — : 86 n. 3.
Pays-Bas),
Évêque d'— : 38.
Chroniqueur : 331 n. 1. Arbalétriers : 98 n. 2. Milices : 92, 113, 135, 172, 256257, 260 n. 4, 276 sv., 283, 284, 309 sv., 318, 344.
Siège (1328) : 123 n. 2. Prise (1468) : 74 n. 4, 109, 118 n. i, 140 n. i, 175 n. 6. Tongres bon liêgeois, cri de guerre, 140.
Toul, (France, Meurthe-et-Moselle)
Évêque de — : 270 n. 3. TouRlNNE, (Liège, Huy, Hannut), — : 256. Bataille — (1347) : 73 n. 3, 75 n. 2, 78, 117, 119, 127, 128, 140 n. 2, 155, 156, 156 n. 3, 165, 166,
167, 168, 169 n. 2, 171, 184, I88, i95 п. i, i95 п. 2, 200, 208 n. 5, 298 SV.
TouRNAi, (Hainaut), Siège de — (1340) : 285. Transvaal, (province de l'Union sud-africaine), v. Boers.
Trembleur, (Liège, Liège, Dalhem), 338. Tressin, (France, Nord, Lille), Combat (1340) : 131, 138 n. 3, 139, 191, 192, 285 sv. Pont : 286 sv.
Valenciennes, (France, Nord), — : 57. 290.
Valkenburg, (ville des Pays-Bas), 336·
Val-Saint-Lambert, (Liège, Liège, Seraing, Seraing), abbaye du — : 85 n. 2, 87, 102. Vaslui, (ville de Roumanie), Bataille de — (1475) : 157 n. 3. Vauban,
Sébastien le Prestre,
marquis de —, ingénieur militaire, 206, 244.
Vaux-sous-Chèvremont, (Liège, Liège, Fléron), 55. Végèce (Publius Flavius Vegetus Renatus), 31 et n. Venne, Het — v. Wilderen.
Verdun, (France, Meuse), — : 52, 248 n. i. Remparts de — : 57. Bataille de — (1916) : 215. Verdunois,
le — : 75 n. 2, 89, 118 n. i, 215 n.
I.
« Verte tente », compagnies de la —, 65, 136, 140 n. i, 154.
Vesdre (rivière), 55. Vianden,
Comte de — : 290.
index des noms de personnes et de lieux
Waflard de la Croix, chevalier,
vletnamiens,
Combattants
387
— : 151
n.
286, 287.
3.
Wagenburg, chariot de guerre des
Paysans — : 151 n. 3.
Hussites, 158.
vllle,
lignage des de — : 273, 275. Villers-devant-Mouzon, (France, Ardennes, Sedan, Mouzon), Château de — : 331.
Waleffe,
vinalmont, (Liège, Huy, Huy),
Waleran II, comte de Limbourg, 235, 238 sv. Waleran, seigneur de Poilvache,
103.
vlrnebourg, Comte de —, 290, 293.
205.
ne, 336 n. 2.
— : 106, 116, 123, 333. Pont : 210 n. 2, 231 sv., 292. n.
232 n. 2.
Waleran de Sombreffe, capitai-
VisÉ, (Liège, Liège, Dalhem),
« Porte-au-pont »
v. Les Waleffes.
Waleran, comte de Limbourg, 232,
Waremme, (Liège, Liège),
(lieu-dit) : 232
— : 106 n. i, 256, 267, 340 n. 2.
Château : 44, 256, 282. Châtelain : 178 n. 2, 179, 273,
I.
« Visé-voie » (route) : 292. Milices : 166.
274.
Combat de (1106) : 75 n. 2, 146,
Combat (1313) : 76, 183, 191, 192, 215 n. i, 265 n. 2, 266 sv.,
199, 231 sv.
Vive le roi, cri de guerre, 139. Vive le roi et francs liêgeois, cri de guerre, 139.
Vive Liège et la verdure, cri de
268 n.
I.
Bataille (1328) : 75 n. 1, 75 n. 2, 104, 104 n. I, 166, 169 n. 2, 174 n. 2, 188, 196 n. 3, 199, 276, 281283.
guerre, 139-140.
Vlaerdingen, (Pays-Bas, Hollande méridionale) , Bataille de — (1018) : 38, 52.
Warfusée, (Liège, Huy, Jehay-
Vlasberg, anciennement Flasse, lieu-dit entre Zonhoven et Genk,
Seigneur de — : 215 n. 1, 266. Waroux, (Liège, Liège, Fexhe-
Terre de — : 273.
Slins, Alleur) ,
359·
voie jocquée, v. Bouillon.
Vottem, (Liège, Liège, Herstal), — : 136, 291 sv. Rue des Neuf Journaux : 291. Vieille voie de Tongres : 291. Perron : 291, 293.
П. 2, 301, 305.
liégeois,
adversaires
Paix de — (1347) : 305. Parti des — : 76, 181 n. 3, 262 sv., 269, 272 sv., 277.
Warsage, (Liège, Liège, Dalhem), 338. Wasseiges, (Liège, Huy, Hannut), 321, 324·
Bataille de — (1346) : 149, 156 n. 2, 157, 165, 174, 184, 192, 195 n. I, 195 n. 2, 289 sv., 298, 299 Vrais
Bodegnée, Saint-Georges),
Waterloo, (Brabant, Nivelles, Nivelles), Bataille de — (1815) : 73. Wa[u]thier de Hautepenne, che-
du
valier, frère d'Arnoul, avoué de Horion, 292, 302, 304.
Vreren, (Limbourg, Tongres, Tongres), Combat de — (1327) : 149.
Wavrechain, (France, Nord, Va-
duc de Bourgogne, 136.
lenciennes, Denain),
fortifications de — : 46,
57.
388
index des noms de
Wazon, évêque de Liège, 39, 42, 45, 45 n. 2, 49, 53, 58, 88, 204. Wellen, (Limbourg, Tongres, Looz), village fortifié de — : 205, 208, 337·
Wenceslas de Luxembourg, duc
de Brabant, 149, 213 n. 1.
Wezemaal, (Brabant, Louvain, Haacht),
lignage brabançon des de — : 266.
le seigneur de — : 266. Wijk, (Pays-Bas, faubourg de Maestricht), — : З 10 ·
Worms, (Allemagne, Hesse), Edit de — (926) : 40. Concordat de — (1122) : 237. Xaintrailles, Jean Poton de —, capitaine, 206. XÉNOPHON, historien grec, 158.
Xhendremael,
(Liège,
Liège,
Fexhe-Slins), 257, 344. Xhovémont, faubourg de Liège, — : 291
n.
4,
292,
294,
297.
Rue — à Liège : 292.
Yerne (ruisseau), 119, 272. Ypres, (Flandre occidentale), Bourgeois d'—, 71. Yvois, [act. Carignan], (France, Ardennes, Mézières),
murs de — : 311.
Wilderen, (Limbourg, Saint-Trond),
personnes et de lieux
Hasselt,
— : 331·
Yvoz, (Liège, Liège, Seraing, Ra-
— : 237 sv.
met),
Hurbeek, lieu-dit à — : 238 n. 1.
Seigneurie d'— : 85 n. 2, 86 n. 2,
Het Venne, lieu-dit à — : 238 n. i.
Bataille de — (1129) : 68, 70 n. 4, 75 n. 2, 76, 146, 151, 199, 205, 237 sv„ 361. Wintershoven, (Limbourg, Ton-
gres, Looz), Seigneur de — : 84 n. 4, 86 n. 2, 87 n. 2, 98 n. 3, 99.
Wisby, Suède, (île de Gotland), Bataille de — (1361) : 73 n. 2. Wonck-sur-Geer, (Limbourg, Tongres, Zichem-Zussen-Bolder),
86 n. 3,
Manants d'— : 85 n. 2, 87, 102.
Zichen, (Limbourg, Tongres), Siège de — (1482) : 69, 77 n. 4. Zolder, (Limbourg, Hasselt, Beringen), 99. Zonhoven,
(Limbourg, Hasselt,
Hasselt) , — : 99·
— : 91, 119 n. 2.
Bataille de — (1490) : 69, 73 n. 3, 75 n. 2, 78, 108, 150, 156. 161, 185, 188, 196, 200, 357 sv. Bruyère de Saint-Quentin à — :
Église de — : 208.
359-
ILLUSTRATIONS
LISTE DES ILLUSTRATIONS
1. 2. 3. 4.
Homrne d'armes (début XIe siècle). Inhumation à la fosse commune (XVe siècle). Poursuite de cavalerie et destruction de ville (XIII e siècle). Plan du siège de Bouillon (1141) — p. 243.
"v Lame funéraire d'Humbert Corbeau, sire d'Awans (1298). 6. Plan de la bataille d'Erbonne (1328) — p. 278. 7. La descente du chemin d'Antheit vers Huy.
8. Compte de Barthélemy du Drach, trésorier des Guerres du roi de France (1340). 9. Le « fond des Tawes ». 10. Vue vers le « liaut des Tawes ».
11. Bataille de Tourinne : théâtre des opérations (1347) — p. 301. 12. Le tumulus d'Othée.
13. Représentation imaginaire de la bataille d'Othée (XVe siècle). 14. Itinéraire de l'expédition de Bosnau (1436) — p. 330. 15. La tour-refuge de l'église de Montenaeken. 16. Champ de bataille de Montenaeken (lieu-dit Les trois tombes).
flg. i. — Homme d'armes (début XI e siècle).
L'équipement de l'homme d'armes n'a guère changé entre l'époque carolingienne et celle de la première Croisade. II n'existe pas encore d'armure complète : le tronc est protégé par une cotte de mailles, la tête par un casque dit à bandeaux. Le bouclier ovale s'inspire encore d'un modèle du bas Empire. La seule arme offensive représentée ici est la lance, qui n'est pas sans rappeler la framée mérovingienne. Bénitier en ivoire, Λιχ-la-Chapelle, Trésor du Dôme.
Copyright A. Miinchow, Aix-la-Chapelle.
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